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CO n° 38 du 22 mai 1974


EDITORIAL


Notre sort ne peut pas changer par les élections, changeons-le nous-mêmes par la lutte

Avec à peine plus de 400.000 voix, le candidat de la droite l’a emporté à ces élections.

Aux Antilles, comme en France, l’écrasante majorité des travailleurs qui ont participé à ces élections, l'ont fait en votant pour le candidat de la gauche. Cela, tout le monde l’a dit. Seulement les travailleurs ne constituent pas la majorité dans l'électorat ; d’autant moins que des millions d’entre eux, les travailleurs émigrés, les jeunes de moins de 21 ans, n'ont pas le droit de vote.
Un travailleur qui produit, qui crée des biens pour ses semblables, est infiniment plus utile à la société qu'un riche parasite qui se contente de dépenser l’argent gagné par le travail des autres. Pourtant, le suffrage du parasite vaut autant que celui du travailleur, à supposer même que ce dernier ait le droit de vote. C’est justement pourquoi ces élections, comme toutes les autres, sont profondément injustes pour les travailleurs. C’est justement pourquoi, malgré le vote de la grande majorité des travailleurs en faveur de la gauche, la droite est presque toujours majoritaire. C’est Justement pourquoi Ses travailleurs ne doivent pas mettre leurs espoirs de changement dans les élections.

Les élections sont une loterie truquée à laquelle les possédants convient de temps en temps les travailleurs en leur faisant croire que les chances de gagner sont les mêmes pour tous. Nous ne devons pas, nous les travailleurs, jouer notre sort à cette loterie truquée. D’autant moins que si, avec le billet perdant, nous sommes sûrs de perdre, avec le billet gagnant, nous ne sommes pas sûrs de gagner. Car, si nous sommes sûrs que Giscard mènera une politique hostile à nos intérêts, nous n’avons aucune garantie que celle de Mitterrand nous aurait été plus favorable.

Alors, tous ceux qui nous exploitent, nous oppriment, ou leurs représentants, ceux de l’administration coloniale, les usiniers, les békés, les Guillod, les Petit et autres Bernier, tous ceux que la victoire du réactionnaire Giscard réconforte, voudraient bien que nous soyons démoralisés, découragés par le résultat de ces présidentielles. Mais nous n’avons aucune raison de l’être. Notre force, nous ne l’avons pas perdue car elle n’était de toute manière pas dans la victoire hypothétique de Mitterrand. Notre force, c’est notre place dans l’économie, c’est notre rôle dans la production et notre capacité de l’utiliser dans notre propre intérêt.

Il n’y a pas si longtemps, les travailleurs de la Martinique ont laissé entrevoir leur force. Lors de la grève générale, les possédants, les colonialistes et la presse à leurs ordres ont crié à la catastrophe, à la paralysie de l’île. Eh oui I II n’y a que ceux qui travaillent qui peuvent paralyser l’économie car c’est eux qui la font. Et lorsque cela arrive, les bourgeois qui crânent en temps normal, sont eux-mêmes paralysés et tout leur échappe.

Même si c’est Giscard qui est à l’Élysée, les travailleurs des Antilles sauront utiliser leur force. Ils n’ont pas le temps d’attendre de nouvelles élections apportant un nouveau lot de déceptions. Ils sont pressés par les hausses de prix, par l’insuffisance insupportable des salaires, par les licenciements qui aggravent encore un chômage déjà obsédant, par la montée de la misère en un mot. Ils sont poussés par la colère contre ces képis rouges qui surveillent, épient avant de frapper ou de tuer, contre cette administration coloniale qui leur fait si souvent sentir qu’ils ne sont pas chez eux dans leur propre pays, contre l’oppression coloniale sous tous ses aspects.

Lorsque les travailleurs seront décidés à lutter, sur leur propre terrain avec leurs propres moyens. Ils pourront imposer la satisfaction de leurs revendications, même si l’homme qui se trouve à la tête de l’État oppresseur est le réactionnaire Giscard. Et ce qui est vrai pour les revendications les plus immédiates et les plus élémentaires, l’est également pour ce qui est du but indispensable à atteindre : balayer l’oppression coloniale et l’exploitation capitaliste.



A BAS LA REPRESSION COLONIALE !

La Martinique vit à nouveau à l’heure des procès colonialistes. Une fois encore l’administration coloniale s'attaque à des travailleurs, à des militants anticolonialistes.

Comme le souhaitaient tous les réactionnaires de La Vague à France-Antilles, la bourgeoisie essaie de trouver des boucs émissaires pour faire oublier les assassinats qu’elle a perpétré lors de la grève générale de février 1974.

Bien sûr, comme toujours dans ces cas-là, ce ne sont pas ceux qui, tous les jours, sont armés aux Antilles, ceux qui patrouillent jour et nuit, ceux qui envahissent les champs de cannes et répriment les manifestations, ceux qui ont assassiné en 1959, en Martinique, en 1967 en Guadeloupe, en 1971 en Martinique récemment encore à Chalvet en Martinique. Ce ne sont pas là, ces Képis Rouges CRS ou autres pandores coloniaux, qui sont poursuivis.

Ceux qui, aujourd’hui, sont poursuivis le sont parce qu’ils sont connus pour leurs idées anticolonialistes et pour leur activité aux côtés des travailleurs agricoles dans leur lutte pour réclamer un salaire et des conditions de travail décents. Ainsi donc, dans ce pays où 50 % de population active est au chômage, où la vie est si chère que le gouvernement lui-même accorde 40 % de vie chère à ses fonctionnaires ; où des licenciements collectifs se multiplient, comme les brimades et le racisme des patrons et de l'administration coloniale, c’est un crime que de revendiquer ou d’aider ceux qui le font. Depuis la grève générale de janvier 1974, l’arbitraire s’est de nouveau déchiré : perquisitions sans mandat, militants syndicaux arrêtés et emmenés de force à la gendarmerie.

Ce fut le cas de Cabor, Bravo et Ferdinand. Ce dernier sera gardé à vue huit jours.

Procès inique aussi, sous des inculpations des plus fantaisistes : tel celui de Ferdinand le 23 avril. Il passait devant le tribunal sous l’inculpation « d’outrage à agent » et de « détention d’arme ». En fait de « détention d’arme », il s’agissait d’un vulgaire pistolet d'alarme. Quant à « l’outrage à agent », le premier et seul outrage que l’on peut relever est bien l’attitude grossière des gendarmes vis-à-vis de Ferdinand et sa compagne

Cynique aussi ce procès qui a lieu aujourd’hui et qui a vu comparaître le 3 mai Cabort, Zamor, Fonsat et Crétinoir pour « atteinte à la liberté du travail » et pour provocation au meurtre non suivi d’effet.

Pas un mot bien sûr sur la provocation suivie, elle, d’effets meurtriers lors de la tuerie de Chalvet, de la part des forces colonialistes, tuerie qui fit deux morts et de nombreux blessés dont Crétinoir lui-même.

Mais la riposte s’organise. Ces procès ne se dérouleront pas dans l’indifférence.

Déjà cinq cents personnes étaient devant le palais de justice, soutenant les inculpés. Le soir même eurent lieu des manifestations et des meetings.

Cette riposte doit continuer et s’amplifier, elle doit s'élargir à toutes les organisations anticolonialistes.

Car, par cette répression, ce ne sont pas seulement les organisations où les militants qui sont visés, mais tous les travailleurs qui n’acceptent pas l’ordre colonial.

Le procès a été reporté au 23 juin. Il faut que le 23 juin nous soyons bien plus nombreux devant le tribunal pour exiger l'acquittement pur et simple des inculpés.

Il s’agit de faire reculer le colonialisme.



A BOURGEOISIE PORTUGAISE ASSOCIE LE P.C.
A LA DÉFENSE DE SES INTÉRÊTS

Au Portugal, un mois après le renversement de la dictature par les militaires, toute une partie de la population donne libre cours à sa soif de liberté. Un immense espoir est né de voir enfin les choses changer.

L’effervescence s’est étendue à tout le pays et dans tous les secteurs.

Ici, ce sont de jeunes soldats qui défilent avec, au bout du fusil, des fleurs rouges.

Là, ce sont des travailleurs qui exigent le départ d'un contremaître et la réintégration des employés licenciés pour des raisons politiques ou qui posent leurs revendications.

C’est dans un tel contexte que le général Spinola, Chef de la junte, a désigné son nouveau gouvernement.

Deux ministres, membres du Parti Communiste, participent au gouvernement, pour la première fois dans l’histoire du Portugal. L’homme qui a ainsi fait appel aux communistes, le général Spinola, n’est certes pas un homme de gauche, mais un militaire fasciste : ancien dignitaire de la dictature de Salazar puis de Caetano, ancien volontaire dans les troupes de Franco pour écraser la classe ouvrière espagnole, ancien volontaire encore dans les troupes de Hitler lors de la guerre contre l’URSS.

C’est le même personnage qui, avant de conclure que la solution la moins coûteuse pour le Portugal était le désengagement des colonies africaines, a, en Guinée- Bissau, en tant que commandant militaire, dirigé les opérations de police contre les combattants du PAIGC qui luttent pour l’indépendance.

Avec l’entrée des deux ministres communistes au sein du nouveau gouvernement portugais, la junte joue l’unité nationale pour le redressement du pays.

Mais personne ne peut se faire d’illusions sur le rôle que le Parti Communiste, au pouvoir, compte jouer. Il n’est pas bien difficile d’imaginer que, comme en France, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la classe ouvrière est devant une période de « Retroussez vos manches ! », de « Produisez d’abord, revendiquez ensuite ! ».

Ces slogans sont ceux que lançait, à l’adresse de la classe ouvrière, le PCF que De Gaulle, président du Conseil, avait appelé au gouvernement. C'est grâce au PCF que la bourgeoisie française a pu imposer à la classe ouvrière des sacrifices et de l’abnégation pour reconstruire l’économie au profit des capitalistes.

Aujourd’hui, la bourgeoisie, au Portugal, se trouve aux prises avec des difficultés économiques sans nombre. La guerre contre les colonies africaines absorbe près de 40 % des ressources de l’État et alimente dangereusement l'inflation.

C’est pour surmonter sans trop de mal ces difficultés, là encore, en imposant des sacrifices aux travailleurs, que le nouveau régime a eu recours au PC.

Il est significatif que cette expérience, en d’autres temps inimaginable, se fait sans que la bourgeoisie des autres pays européens manifeste ni mécontentement ni hostilité.

Et, de toute évidence, c’est avec l'assentiment de la bourgeoisie anglaise à laquelle elle est traditionnellement subordonnée, que la bourgeoisie portugaise a laissé entrer les communistes au gouvernement.

De ce point de vue, ce qui se passe au Portugal constitue comme une sorte d’expérience de laboratoire. Devant la crise de plus en plus menaçante qui risque d’avoir des conséquences économiques et sociales désastreuses, la bourgeoisie européenne a tout l’air de se préparer à changer son fusil d’épaule et à sortir les partis communistes de l’isolement dans lequel elle-même les contenait depuis trente ans.

Mais si, demain, la bourgeoisie appelle les partis communistes au pouvoir, ce ne serait certes pas pour que ceux-ci y défendent les intérêts des travailleurs mais, au contraire, pour imposer en douceur à la classe ouvrière des mesures qu’elle n’accepterait pas autrement.

Ph. D.


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COMMENT UN SECRETAIRE C.G.T. DE LA BANANE LAISSE LICENCIER UN TRAVAILLEUR

Le lundi 6 mai, à la suite d’une discussion entre un ouvrier de la SOEFA, délégué du personnel et M. Sanner représentant de l’entreprise au cours de laquelle Bergopson réclamait à M. Sanner le paiement de ses heures supplémentaires, le représentant de la SOEFA, non seulement refusa de payer à ce travailleur son dû, mais en plus, il éleva très vivement la voix sur ce camarade travailleur qui ne se laissant pas intimider, éleva aussi la voix.

C’était trop pour M. Sanner, cet exploiteur qui se comporte en véritable esclavagiste. Le lendemain, il décida la mise à pied de ce travailleur en prétendant que ce dernier l'avait menacé.

En réalité, il s’agissait pour cet exploiteur de la SCEFA de se débarrasser d’un travailleur combatif. Car ne l'oublions pas, lors de la puissante grève des travailleurs de la Banane du 2 au 8 avril, ceux-ci ont montré aux patrons leur force. Les patrons, de leur côté, ont eu peur et c’est pour cette raison que sur toutes les plantations ils essaient de se venger et surtout de se débarrasser des travailleurs combatifs. Et ce travailleur est de ceux-là. Nous le répétons, la direction de la SCEFA cherche avant tout à se débarrasser d’un travailleur qui la gêne.

Cela, les travailleurs de la SCEFA l’ont bien compris, lorsqu’ils ont montré leur solidarité en débrayant le mercredi 8 mai sur l’habitation « Moulin-à-Cau ».

Lors du débrayage, les travailleurs syndiqués CGT sont allés à la Bourse du Travail pour proposer au secrétaire de faire quelque chose. Celui-ci, après avoir reproché aux grévistes d’avoir débrayé sans l’avoir averti, alla jusqu'à déclarer que le SOB (dont fait partie le travailleur menacé) n’avait qu'à défendre son délégué. Appel de pied évident à l’adresse du patron de la SCEFA : « Vous pouvez licencier, moi, secrétaire de la CGT, je n’ai rien contre ». Et pour qu’il ne puisse même pas y avoir d’ambiguïté, cet individu a même demandé au délégué CGT du CE de voter pour le licenciement.

L’appel fut entendu par le patron, car la direction de la SCEFA a licencié ce camarade. A signaler tout de même que tous les délégués CGT n’ont pas suivi les conseils du secrétaire et n’ont pas voté le licenciement.

Les travailleurs de la SCEFA se souviendront que, par sectarisme, et parce qu’un ouvrier menacé par le patron n’était pas de son syndicat, ce secrétaire CGT a préféré se ranger du côté du patron. Ils sauront que pour se défendre, il leur faudra se passer de ce monsieur et s'organiser eux-mêmes pour se défendre contre la SCEFA.


Notre campagne contre la vie chère

Notre tendance a organisé une campagne contre la vie chère.

En effet, au moment où brutalement nous assistions à une montée en flèche des prix des marchandises de consommation courante, où la colère commençait à monter dans la population laborieuse, nous avons entrepris de tenir des réunions publiques dans les communes.

C'est ainsi qu'à Morne-à-l'Eau, Baie-Mahaut, Lamentin, Capesterre, Sainte-Rose, Petit-Bourg, Moule et Saint-François, nous avons expliqué aux travailleurs présents (20 à 40 personnes et plus) que l'augmentation des prix était due seulement au fait que les capitalistes voulaient continuer à faire le maximum de profit. Nous avons expliqué que la fameuse pénurie de pétrole dont on parlait tant dans la presse écrite, à la radio, n’était qu’une pénurie voulue, organisée par les gros trusts capitalistes pour vendre plus cher leurs produits et ainsi continuer à faire de colossaux profits au détriment des travailleurs. En conséquence, les travailleurs, disions-nous, ne doivent pas continuer à faire les frais de la crise. Et, s'ils ne peuvent empêcher sa venue, ils doivent faire en sorte que ce soit les capitalistes qui en tassent les frais. Comment ? En luttant sans cesse pour des augmentations de salaire et pour la répartition du travail entre tous, avec diminution du temps de travail, s’il le faut, mais sans diminution de salaire. C’est donc autour de l’échelle mobile des salaires et de l’échelle mobile des heures de travail que la plupart du temps nos camarades sont intervenus.



Cité Scolaire Baimbridge (Guadeloupe) : la lutte continue

Comme leurs camarades en France, les lycéens du Technique et du Classique et Moderne de Baimbridge ont commencé à lutter contre les lois Fontanet et Royer.

D'ores et déjà à l’appel du CAL (Comité d'Action Lycéen) ont déjà eu lieu meetings, rassemblements, comme ceux du 29 avril et du 2 mai.

Malgré la trêve électorale, malgré l’approche des examens et des vacances, les lycéens entendent bien poursuivre leurs luttes contre la loi Fontanet qui accentue la sélection, et barre la route des universités aux plus défavorisés, les enfants des travailleurs, et contre la loi Royer qui, sous couvert « d’apprentissage » veut livrer à l'exploitation les jeunes dès 14 ans.



LE 1er MAI DES TRAVAILLEURS ANTILLAIS


En Guadeloupe

Le 1er mai, en Guadeloupe, a été marqué par plusieurs manifestations, à Basse- Terre, Pointe-à-Pitre et Sainte-Rose. A Basse-Terre, un certain nombre de travailleurs dont un bon nombre de dockers ont défilé dans les rues, réclamant notamment le maintien du port de Basse-Terre, le refus des licenciements.

A Pointe-à-Pitre, les syndicats CGT, FEN, FO, SNET, SNADGI, ont tenu un meeting au Hall des Sports, rassemblant environ trois cents personnes. Ces syndicats, et, en particulier la CGT avaient tenu à respecter la trêve sociale pour les élections et avaient refusé de défiler comme d’habitude dans les rues de Pointe-à-Pitre, bien que beaucoup de travailleurs exprimaient leur mécontentement, de voir ainsi leur 1er mai perdre de sa vigueur. Les directions syndicales n’ont fait que prouver à quel point elles subordonnent la lutte des travailleurs aux élections.

De leur côté, les syndicats SOB (syndicat des ouvriers de la Banane), UDITA, FTG (Bâtiment) réunissaient soixante-dix à quatre-vingts personnes à la Mutualité, et, à l’appel de l’UTA, une nombreuse assistance participait à un défilé à Sainte-Rose, suivi d’un meeting au stade.

Reculade des grandes organisations syndicales, sectarisme des autres, tout cela conduit au même résultat.

En Guadeloupe, cette année, le 1er mai n’a donc pas été ce qu’il aurait pu être : une démonstration de la force des travailleurs et de leur volonté de lutte.



En Martinique

Dès le matin, il y avait eu plusieurs défilés dans les grandes communes de l'île, dont un de 500 personnes organisé à Trinité par le Comité de grève des ouvriers agricoles et les nationalistes. Malgré le peu de préparation (pas d'assemblées de syndiqués) on peut donc estimer ce chiffre élevé.

C'est environ un millier de travailleurs qui ont défilé le 1er mai à Fort-de-France.

A part les cortèges syndicaux, on pouvait remarquer les cortèges des organisations politiques, PCM, JC, GRS et aussi des ouvriers agricoles défilant avec des militants nationalistes.

Notre tendance a aussi défilé en scandant : « Le pouvoir aux travailleurs », « Une seule solution, la Révolution », « A bas l’État des flics et des patrons » et en chantant l’internationale.


En France

A l’appel de Combat Ouvrier et du GRS, environ quatre-vingt-dix émigrés antillais participaient à la manifestation organisée en France par l’extrême-gauche révolutionnaire (20.000 participants Les militants et sympathisants de notre tendance scandaient de nombreux slogans : « Aux Antilles comme ailleurs, le pouvoir aux travailleurs », « A bas l’État des flics et des colons », les chants révolutionnaires étaient aussi de la partie (« L’Internationale », «La jeune garde », « La Varsovienne », « Le Front ouvrier »)... En un mot, un cortège très dynamique.


La démocratie musclée des dirigeants de l'UTA

Il ne se passe guère de manifestation, de meeting où les ex-militants du GONG qui dirigent l’UTA ne montrent pas leur mépris de la démocratie ouvrière, et par la même occasion, leur mépris des travailleurs.

La dernière occasion en date leur en a été fournie au 1er mai, durant le meeting qui suivit la manifestation organisée par l'UTA-UGTG à Sainte-Rose. Le service d’ordre s’en est pris à des militants de Combat Ouvrier présents au stade où le meeting eut lieu, cherchant à les mettre dehors. Par la suite, ce fut le tour d’un militant des Jeunesses Communistes d’être bousculé et expulsé du stade manu militari.

L’attitude des membres de l’ex-GONG qui dirigent l’UTA montrent bien ce que ces gens veulent : interdire aux travailleurs qui les suivent d’entendre, de discuter avec des militants des autres tendances qui ne partagent pas leur point de vue. Tout cela, cette fois-ci, à l’occasion du 1er mai, fête justement de tout le mouvement ouvrier, avec toutes ses tendances et sa variété.

Ce n’est pas pour rien que ces gens-là renient un des principes les plus sacrés du mouvement ouvrier, celui de respecter la démocratie en son propre sein : car en fait, ni par leur idéologie nationaliste, ni par leurs buts, ils ne font pas partie du mouvement ouvrier. Ils tentent d’encadrer les travailleurs afin de se servir d’eux, comme des paysans pauvres pour construire un régime bourgeois nationaliste, du même type que celui de Boumedienne en Algérie, où les travailleurs n’ont pas le droit à la parole, pas le droit de s'organiser dans des organisations politiques et syndicales de classe.

Eh bien, il appartiendra aux travailleurs de les empêcher qu’ils ne détournent leurs luttes contre l’exploitation et contre l’oppression coloniale vers un tel objectif contraire aux intérêts des travailleurs. Et de toute façon, les travailleurs sauront imposer le droit pour tout un chacun de s’exprimer, de discuter librement et de choisir en connaissance de cause et non pas sous la pression de gros bras d’un service d’ordre.




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AU 1er tour DES PRESIDENTIELLES :

600.000 travailleurs ont voté Arlette Laguiller

600.000 voix, soit 2,33 des suffrages exprimés, se sont comptées au premier tour sur la candidature de notre camarade, Ariette Laguiller, candidature qui était présentée par Lutte Ouvrière.

Ce chiffre a étonné bien des commentateurs bourgeois et même. ici aux Antilles la première réaction de France-Antilles a été de parler d’électorat « féministe ».

En fait, ces résultats, sensiblement identiques en pourcentage à ceux obtenus par l'organisation trotskyste Lutte Ouvrière dans les cent soixante-treize circonscriptions, et elle était présente aux législatives de 1973, confirment l’existence en France d’un courant, d’une fraction du mouvement ouvrier qui se reconnaît dans l’extrême-gauche révolutionnaire et en particulier dans la candidature d’Arlette Laguiller. Bien sûr, l’existence d’un tel courant ne date pas d’aujourd’hui, il y a toujours eu une fraction du mouvement ouvrier plus à gauche, qui se reconnaissait dans les partis socialistes et les partis communistes à l’époque où ceux-ci étaient encore des organisations révolutionnaires. Et, c’est tout à l’honneur des révolutionnaires d’avoir su gagner leur confiance.

Par solidarité avec la majorité des travailleurs qui a exprimé au premier tour son désir de voir Mitterrand élu plutôt que Giscard, ceux qui ont voté pour Ariette Laguiller au premier tour, ont reporté leurs suffrages sur la candidature de Mitterrand, comme le leur avait demandé Ariette Laguiller et comme nous l’avons demandé pour notre part, ici, aux Antilles. Ainsi même ceux qui se méfiaient de Mitterrand ont pu voter pour lui au second tour, sans craindre que leur vote puisse être confondu avec celui d'un Jalton, car l’occasion leur avait été don­née de marquer leur réticence au premier tour.

Pour nous, travailleurs des Antilles, ces 600.000 voix sont un encouragement, ils témoignent de l’existence d’un courant révolutionnaire dont l’importance se fait déjà sentir sur le terrain de lutte des travailleurs, dans les entreprises. Encourageant parce que, par-delà le pays, il est composé de travailleurs qui ont les mêmes aspirations que nous et notamment qui luttent pour l'avènement d'une société plus juste dirigée par les travailleurs, pour eux-mêmes.

D'autre part, il ne peut nous être indifférent que dans la métropole qui nous colonise se constitue et croisse un courant qui s’oppose résolument à l’exploitation capitaliste et à l’oppression coloniale.


2072 voix aux Antilles pour les candidats révolutionnaires


2.072 travailleurs ont voté en Guadeloupe (793) et en Martinique (1.279) pour les candidatures des révolutionnaires.

1,5 % des suffrages exprimés, cela représente donc un net accroissement par rapport aux suffrages obtenus par notre tendance aux législatives de 1973.

Là encore comme en France la majorité des suffrages s’est portée sur notre camarade Ariette Laguiller. Elle a, en effet, obtenu 648 voix (1,18 %) en Guadeloupe et 931 voix (1,10 %) en Martinique.

Ces nombres sont bien sûr encore très faibles et nous montrent que le chemin à parcourir avant que tous les travailleurs soient conscients que seule la lutte paie, est encore très long.

Mais ce nombre est tout de même important car ce sont les plus conscients, les plus avancés, les plus décidés qui ont voté Laguiller ou Krivine. Ce sont ces travailleurs que l’on retrouvé en tête des luttes, dans les chantiers, dans les habitations, dans les entreprises.

Et en ce sens le nombre de voix obtenues par les révolutionnaires est donc lourd de signification pour l’avenir.


NOTRE CAMPAGNE EN GUADELOUPE

En Guadeloupe, les premiers jours de la campagne pour es élections présidentielles furent très calmes. Les grands partis avaient l’air de se trouver mal à l’aise. Et même si, pour des raisons diverses, de Jalton à Ibéné, ils ont appelé à voter pour le candidat commun de la gauche, le cœur ne semblait pas y être vraiment, et l’enthousiasme des militants et des sympathisants encore moins.

Au cours de ces élections présidentielles, et pour la première fois, à la radio et à la télévision, une travailleuse révolutionnaire, Ariette Laguiller, a pu dire ce que pense la majorité des travailleurs de la société des patrons, de sa police, de son armée. Tout au long de ses interventions, cette militante révolutionnaire a dénoncé les conditions d’exploitation journalière de l’ensemble des travailleurs, des émigrés, ainsi que la double exploitation dont sont victimes les femmes. Ariette Laguiller a aussi dénoncé le système colonial qui permet qu’aux Antilles, CRS et Képis rouges matraquent et assassinent les travailleurs en lutte.

C’est bien une des leurs que les travailleurs, les femmes des Antilles ont reconnue.

Lors de nos réunions publiques et de nos prises de parole, très souvent des travailleurs nous disaient : « Ti fem-m’ la solid’ ! » ou encore « c’est la seule qui soit sincère ».

La campagne des révolutionnaires a ainsi eu un impact bien plus important que les 640 voix recueillies en Guadeloupe et ceci surtout parce que de nombreuses femmes, de nombreux jeunes, des travailleurs étaient satisfaits d’entendre une travailleuse dire ce qu’ils ressentent profondément

mais n’ont jamais la possibilité d’exprimer publiquement.

Max RODON.




MORNE-A-L'EAU

La réunion commença par l'écoute collective d’une intervention radiodiffusée d’Arlette Laguiller.

Puis des camarades de notre tendance expliquèrent dans leurs exposés que les travailleurs doivent refuser la trêve sociale alors que l'on assiste à la hausse générale des prix.

Ils affirmèrent aussi la nécessité de lutter contre le chômage, de lutter pour prendre les terres aux mains des riches propriétaires et tout cela les travailleurs l'arracheront par leurs luttes et leur organisation et non pas par les belles promesses, même si elles viennent de Mitterrand.

A la salle Ramier de Morne-à-l’Eau, une centaine de personnes était venue écouter notre position sur les élections.

D'autres réunions publiques furent organisées, à Petit-Bourg, devant les Docks de Pointe-à-Pitre.


Comme à chaque élection : le GONG fait une brève apparition

A l’occasion des récentes élections présidentielles, on a pu voir distribuer un tract portant la signature du GONG, et appelant à la désormais traditionnelle « abstention révolutionnaire ». Ce n’est pas nous, bien entendu, qui allons reprocher à qui que ce soit de défendre son point de vue lors des élections, même si nous pensons, pour diverses raisons, que la position de l’abstention n’est pas la plus efficace, et ne saurait en aucun cas tenir lieu de panacée.

Ce qui est plus amusant, c’est de constater que le GONG, toujours prêt à fustiger impitoyablement « les électoralistes de Combat Ouvrier », intervient politiquement, et cela depuis plusieurs années, presque exclusivement à l’occasion des élections. La lutte quotidienne des travailleurs, leurs problèmes, la hausse des prix, la crise économique, et même les luttes d’envergure qui ont pu être déclenchées dans la période que nous venons de vivre, tout cela, apparemment, ne mérite pas l’attention des dirigeants du GONG...

On pourrait même croire, en période « ordinaire » (c'est-à-dire de misère quotidienne et d’exploitation pour les travailleurs), qu'ils ont cessé d’exister. Mais que survienne une élection, qu’elle soit présidentielle, législative, ou cantonale, et, comme par enchantement, on voit apparaître un tract signé du GONG, demandant aux électeurs de s’abstenir.

N’apparaître qu’au moment dès élections, n'est-ce pas là de l’électoralisme !

Car il faut croire que le GONG attache infiniment plus d'importance aux élections que Combat Ouvrier (même si c’est pour appeler à l’abstention) puisqu’il ne se manifeste qu’à cette occasion.

Ainsi le GONG dit bien à chaque élection ce qu’il ne faut pas faire (c'est-à-dire voter). Mais il est curieusement muet lorsqu’il s’agit de proposer aux travailleurs des réponses aux problèmes qu’ils se posent, non pas tous les quatre ans, mais tous les jours face à l’exploitation du capital et du colonialisme...

Pour notre part, nous avons la conviction que ce n’est pas tous les quatre ou cinq ans que les travailleurs doivent faire de la politique et avoir le point de vue des organisations qui se réclament d'eux. C’est tous les jours partout où ils se trouvent, sur les chantiers, dans les usines, dans les champs, dans les ateliers et les bureaux.



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Mal 67 en Guadeloupe
Un massacre du colonialisme

Les 26 et 27 mai 1967 à la Guadeloupe, plus de 50 personnes, des travailleurs et des jeunes, étaient assassinées par les troupes armées du colonialisme français. Cela dura trois jours pendant lesquels la ville de Pointe-à-Pitre fut mise en état de siège par les CRS. Les jours précédant ce massacre les travailleurs du Bâtiment étaient en grève et réclamaient 2 % d'augmentation de salaire. Le 26, des négociations se déroulaient à la Chambre de commerce quand un patron blanc sortit et insulta les travailleurs, leur lançant des injures racistes. Cela mit les travailleurs en colère et des projectiles divers furent lancés sur les importantes forces de CRS qui se trouvaient aux abords du lieu de la négociation. A ces projectiles les CRS ripostèrent en tirant sur les ouvriers du Bâtiment. C'était le début d'une répression brutale qui devait durer trois jours et être suivie de l’arrestation de nombreux militants anti-colonialistes.

Les 26 et 27 particulièrement, les forces de répression tirèrent sur tous ceux qu'elles rencontraient dans les rues. Des mitrailleuses étaient mises en batterie sur des jeeps pour intimider la population.

Des dizaines de jeunes et de travailleurs ont ôté abattus. Mais pendant ces événements il y a eu une prise de conscience aiguë de ce qu’était le colonialisme et rien ni les discours ni les proclamations officielles ne changeront rien à ce fait. En cette occasion, les travailleurs et les masses pauvres ont eu une nouvelle et sanglante illustration de ce que valent les propos des ministres de passage et politiciens professionnels sur « l’œuvre de la France », sur la « Guadeloupe française » et autres balivernes que nous entendons à la radio tous les jours.

Souvenons-nous des 26 et 27 mai 1967 à la Guadeloupe. Souvenons-nous du 13 février 1974 à la Martinique. Mais il ne suffit pas de commémorer. Il faut lutter pour que de telles choses ne puissent pas se reproduire.

Et, ne nous berçons pas d'illusions. Tant que les Antilles seront quadrillées par des militaires et des policiers coloniaux, le doigt sur la gâchette, quel que soit le gouvernement en France, nous sommes à la merci de nouveaux massacres. Chasser les forces coloniales et leurs maîtres, prendre en main la direction politique et la gestion économique de nos pays, voilà la tâche à laquelle les travailleurs des Antilles ne peuvent faillir !

Claude ROCHA


Élections à Saint-Domingue
Les dictateurs se suivent, les méthodes sont les mêmes

Les élections viennent une fois de plus de désigner à une écrasante majorité Joaquim Balaguer, président de la République dominicaine. C’est le même genre de majorité que l’on retrouve en Haïti ou dans toute autre dictature qui a encore l’impudence d'organiser une parodie d’élection. Majorité qui, dans les conditions dans lesquelles elle est fabriquée, ne témoigne pas de l’assise du régime mais bien plutôt du degré de pourriture, de corruption et d’ignominie de ces gouvernements.

La République dominicaine est depuis bien longtemps la chasse gardée de l’impérialisme américain. L’impérialisme envahit tout d’abord le pays et en fait une colonie à partir de 1916, mais assez rapidement, Washington va désengager ses troupes en prenant bien soin d’installer à Saint-Domingue un régime entièrement à sa solde ; Raphaël Léonidas Trujillo sera élu avec un nombre de suffrages supérieur au nombre des électeurs ! Aussitôt vont suivre des exécutions sommaires et une vague d’attentats qui expédieront ses adversaires dans un monde meilleur. Pendant ses trente ans de dictature, Trujillo fit de Saint-Domingue, selon l’expression d’un commentateur bourgeois : un pays « sinistre mais prospère » ; sinistre pour les travailleurs et prospère pour les sociétés capitalistes américaines.

Après l’assassinat de Trujillo, en mai 1961, s’ouvrit une période d’instabilité à Saint-Domingue, les différentes fractions de la bourgeoisie se battant d’une part entre elles pour installer leur personnel politique et, d’autre part, contre la vague de protestations qui déferlait sur le pays.

Coupant court à une timide tentative de démocratie avec Juan Bosch, l’impérialisme débarque en 1963 40.000 soldats pour écraser l’effervescence populaire déclenchée par cette tentative. Les Etats-Unis vont finir par mettre en place, de force, un régime à leur solde, ce régime sera symbolisé par Joaquim Balaguer. Élu en 1966, l’ancien serviteur de Trujillo, Balaguer, saura se débarrasser de tous les opposants par une série d’assassinats politiques, criant comme de coutume dans ces cas-là au « loup communiste ».

Cette situation signifie pour les grosses compagnies américaines des profits sans précédents, pour les travailleurs et pour toute la population laborieuse, la misère, l’exploitation sans borne et la répression.

Mais tout comme celui de son prédécesseur Trujillo, il n’est pas dit que le régime de Joaquim Balaguer durera éternellement et pourra longtemps organiser ces parodies d’élections.

J.P.- VALDE.


Le colonialisme portugais contraint au recul

Un mois après son arrivée au pouvoir, la junte a donc autorisé le ministre des affaires étrangères Soares à rencontrer le représentant du P.A.I.G.C. Et de cette rencontre est sortie la décision de négociations officielles qui débuteront le 26 mai...

Ainsi donc, après treize ans de guerre coloniale avec tout son cortège de crimes et d’horreurs, la bourgeoisie portugaise est forcée d’avouer qu’en dépit de tous les moyens qu’elle a mis en œuvre, elle est incapable de venir à bout des 700.000 habitants de Guinée-Bissau.

Bien sûr on ne sait pas combien de temps dureront ces négociations.

Aboutiront-elles rapidement ou au contraire l’État portugais fera-t-il traîner les choses ? Cela, bien sûr, nul ne peut y répondre maintenant. Mais il apparaît clairement que la junte est aujourd’hui résignée à entériner l’accession de la Guinée-Bissau à l’indépendance.

On aurait cependant tort d'en déduire que les dirigeants portugais entendent régler l'ensemble du problème colonial, dans le sens de la reconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Si la bourgeoisie portugaise est acculée à la négociation en Guinée-Bissau où de toutes façons la quasi-totalité du pays est déjà contrôlée par le PAIGC, son attitude risque d'être différente en Angola et au Mozambique.

Dans ces deux pays les capitalistes portugais possèdent de gros intérêts et il y existe une forte majorité de colons d’origine européenne.

Dans cette minorité on trouve à la fois des exploiteurs qui vivent du travail des autres et pour l’essentiel du travail des opprimés africains, mais on trouve aussi nombre de petits blancs qui n’ont

guère d'autres privilèges que ceux que donne la peau blanche dans un pays colonial.

Comment ces « petits blancs » réagiront-ils face à une éventuelle politique de dégagement du Portugal ?

Feront-ils alliance avec les minorités blanches racistes d'Afrique du Sud et de la Rhodésie voisines pour essayer de constituer en Angola et au Mozambique des régimes du même type ?

Suivant la réponse qui sera donnée à ces questions, l’émancipation nationale des peuples de ces deux pays s’effectuera plus ou moins rapidement et avec plus ou moins de violence.

Quoi qu’il en soit, les conditions d'accession à l'indépendance risquent d'être beaucoup plus dures pour ces deux derniers pays que pour la Guinée-Bissau.

Ainsi pour ceux qui luttent eh Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau et depuis treize ans pour certains, la guerre n’est pas encore finie, même si les chefs officiels de l’État qui les opprime ne s'appellent plus aujourd'hui Salazar, Caetano et Spinola, mais Spinola, Soares et Cunhal.


LA FUMISTERIE DU MARCHE COMMUN MISE A NU UNE FOIS DE PLUS

Face à l’aggravation du déficit de la balance des paiements, le gouvernement italien vient de décide une série de mesures visant à freiner les importations et la sortie des devises italiennes du pays.

D’une part, toutes les importations de biens de consommation et de produits finis ou semi-finis devront être couvertes en partie par le versement à la banque d’Italie d’une somme égale à 50% de leur montant, les dépôts ayant une durée de six mois et sans intérêt. D’autre part, les voyages à l’étranger ne pourront être accomplis qu’avec une somme de 500.000 lires une fois par an. Chaque touriste italien aura à emporter 200.000 lires en liquide.

Ces mesures de sauvegarde, de « sauve qui peut», du gouvernement italien (ainsi que du gouvernement danois qui a pris de son côté des mesures protectionnistes) prouvent combien est précaire et ridicule la fameuse « Europe des neuf », « Europe unie », ou «Marché commun». Ce n’est pas la première fois qu’un des pays du Marché commun rompt brutalement avec « l’Unité européenne » quand il s’agit de sauver « son économie nationale ». Et, ces mesures risquent de provoquer des réactions en chaîne dans différents pays européens comme la France, dont les exportations seront freinées par les mesures italiennes.

Dans ce cas, force serait au gouvernement français à son tour de fouler aux pieds les principes de la communauté pour adopter un certain nombre de mesures protectionnistes.

Les différents gouvernements européens seraient bien mal venus aujourd’hui de reprocher à l’Italie son attitude actuelle, car eux tous agissent de même lorsque leurs intérêts nationaux sont en cause : ainsi, en juin 1972, le Royaume-Uni n’avait-il pas brisé l’accord monétaire européen en laissant « flotter » la livre, et, en janvier 1974, la France en laissant aussi « flotter » le franc pour éviter l’amenuisement de ses réserves. Et nous pourrions citer une infinité d’exemples du même type.

Cette fameuse unité européenne dont la propagande bourgeoise nous rebat les oreilles comme une grande réalisation n’existe que tant que tous les États capitalistes y trouvent leur intérêt. Mais dès que ce n’est plus le cas pour l’un d’entre eux, il ne se gêne pas pour s’en retirer, car ils en gardent tous la possibilité. L’unité, c’est bien joli, mais les affaires sont les affaires...

Aucun État bourgeois n’abandonnera de plein gré le droit d’utiliser les douanes, les mesures protectionnistes pour aider ses capitalistes à maintenir leur profit.

Déjà branlant, le système européen a de plus en plus de mal à résister aux coups de l'inflation mondiale. La hausse vertigineuse du prix du pétrole n’est pas sans rapport avec le déficit de certaines balances des paiements européennes, et tout cela, au profit de l’impérialisme américain qui possède les plus grands trusts pétroliers du monde.

Cette crise ne peut que s’accentuer dans les jours à venir, ne peut avoir que des conséquences de plus en plus graves pour les couches laborieuses de la population. En Italie, les travailleurs se verront obligés de se « serrer la ceinture » devant la hausse des produits alimentaires ou leur pénurie, en France de même. De plus en plus, les capitalistes tenteront de geler les salaires pour ne pas perdre trop de profits devant le ralentissement de la production. Et, derrière ces mesures, se profile déjà la menace de la crise qui risque de frapper les travailleurs des Antilles aussi bien que ceux d’Italie.

La société capitaliste est irrationnelle, seule, la loi du profit est observée par ceux qui dirigent ce monde. C'est pour cette raison que seuls les travailleurs sont capables de gérer la société actuelle suivant un plan cohérent, un plan d’ensemble qui ne tiendra compte que des besoins des populations et non du profit de quelques-uns.