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CO n° 25 du 11 avril 1973


EDITORIAL


UNE QUESTION QUE SE POSENT DES MILITANTS COMMUNISTES : "Aller plus loin”, Comment ?

Les élections étaient à peine finies en Guadeloupe que les partis de gauche, PCG en tête, étaient obligés de recourir à des manifestations.

La fraude avait été si grossière, tellement cynique, que l’indignation déborda dans la rue. On vit donc le Parti Communiste prendre la tête d’une série de manifestations dirigées contre la fraude. On entendit les dirigeants du PC faire des déclarations enflammées sur la lutte à poursuivre : « Nous voulons rendre le sol de la Guadeloupe brûlant sous les pieds de Cluchard et Brunon », « Nous nous engageons à porter la lutte à un autre niveau », etc.

De fait, ces déclarations étaient accompagnées d'une série de meetings dans tout le pays et de manifestations à Pointe-à-Pitre et Basse-Terre. De même, un Comité pour la défense et l’extension des libertés démocratiques était mis sur pied principalement à l’initiative du Parti Communiste, mais ouvert à toutes les organisations politiques et syndicales. Si bien que les discussions vont bon train sur ces faits. Beaucoup de travailleurs et de militants de différentes organisations se demandent si le PC est véritablement décidé à étendre et « porter plus haut le niveau de la lutte » ou tout simplement s’il va s’arrêter dès que le problème de l'annulation des élections sera réglé ou tout au moins quand il aura jugé que la démonstration en direction du gouvernement est suffisante pour faire annuler les élections.

Il est aussi fréquent d’entendre que la réaction du PCG, au lendemain des élections, était avant tout motivée par la peur d’être débordé par le mécontentement de ses propres militants et sympathisants.

Si le PCG a lancé, avec vigueur, au début, la campagne contre la fraude, c’est avant tout parce qu’il a été sensible au mécontentement profond qui régnait à sa base. Il y a non seulement le mécontentement, mais encore le désir assez profond, en tout cas très perceptible chez beaucoup de militants communistes de mener une autre politique que celle qui a triomphé dans leur parti jusqu’ici. Beaucoup de militants du PCG veulent qu’on fasse autre chose que ce qui a été fait jusqu’ici, lis veulent mener une lutte plus franche, plus active qui porte effectivement des coups durs au régime colonialiste. C’est en grande partie leur déception après l’échec d’Ibéné et Lacavé, dû à la fraude colonialiste qui leur a fait prendre conscience qu’il fallait lutter sur un autre terrain que le terrain électoral.

C’est ainsi qu’on peut expliquer l’attitude du PCG après les élections. Pour une grande part, les sympathisants et militants ont été satisfaits de le voir agir et non compter sur les seules armes juridiques pour obtenir l’annulation des élections et la condamnation des fraudeurs. De manifester à plusieurs milliers, d’être rassemblés à Pointe-à-Pitre, Baie-Mahault ou Capesterre à plusieurs centaines, a redonné confiance en eux-mêmes à beaucoup de travailleurs. La joie et la satisfaction étaient grandes chez les militants du PC dont beaucoup trouvaient qu'il ne « fallait pas s'arrêter en chemin », qu’on devait « aller plus loin », sans toutefois pouvoir définir comment.

Mais le simple désir d'aller plus loin dans la voie de la lutte, s’il est déjà réconfortant ne suffit généralement pas pour avancer. Beaucoup de militants du PC qui veulent « aller plus loin » restent enfermés dans le faux dilemme, lutte pacifique ou lutte violente. S’il est vrai que ce n’est pas en caressant un mur de la main qu’on l’abat, mais en lui assénant de violents coups de masse on ne peut en toute circonstance mener une telle politique. Nous ne reprochons pas au Parti Communiste de ne pas rechercher l’affrontement direct avec képis rouges et CRS (ce serait de l’infantilisme). Le problème est de mener une politique qui, en toute circonstance, à l’occasion de chaque conflit social ou politique, permette le rassemblement et la fusion en une seule armée de combattants de tous les éléments les plus avancés des travailleurs. Que chaque affrontement, chaque grève ou crise politique soient exploités à fond, systématiquement, pour inculquer avec acharnement aux exploités les principes élémentaires de la lutte révolutionnaire, pour creuser, élargir toujours plus le fossé moral et politique entre la classe ouvrière et la classe des capitalistes, pour montrer que les intérêts de ces deux classes sont irrémédiablement opposés et inconciliables. Profiter de toute circonstance pour préparer, regrouper, sélectionner les noyaux révolutionnaires ouvriers dans chaque entreprise, pour les lier ensemble et leur faire prendre conscience que la classe ouvrière peut tout faire quand elle est mobilisée et consciente.

« Aller plus loin », cela veut dire que chaque grève doit être soutenue à fond par ceux qui disent représenter les travailleurs. Chaque grève doit permettre aux travailleurs de sortir toujours plus forts, plus organisés (même s’ils n’ont pas obtenu la satisfaction de leurs revendications). Chaque grève dans un secteur quelconque, même le plus petit, doit être portée à la connaissance de tous les travailleurs. « Aller plus loin », cela veut dire qu’à propos de toute revendication, de toute lutte, des assemblées de travailleurs doivent se tenir sur les lieux de travail pour discuter et décider démocratiquement de l’action contre les patrons ou contre toute forme d'injustice d'arbitraire ou de répression. « Aller plus loin », c’est faire entrer la politique dans les entreprises, les chantiers, les champs, les magasins.

Une politique révolutionnaire ne se distingue pas d'une politique réformiste par le seul fait qu’on se bat contre les forces de répression plus farouchement que d’autres. Elle se manifeste avant tout dans la volonté de préparer systématiquement la classe ouvrière à l’affrontement décisif qui lui permettra, par l’insurrection révolutionnaire, de vaincre non seulement les forces de répression, mais surtout celle qui les paie, la bourgeoisie.

Ceux qui appellent les travailleurs à lutter pour la libération du joug colonial et contre l’exploitation doivent agir ainsi.

Pour répondre aux préoccupations de beaucoup de travailleurs communistes, nous disons que c’est, avant tout, dans leurs lieux de travail que les travailleurs doivent se préparer à toutes les luttes, pour les salaires, pour de meilleures conditions de travail, mais aussi sur le plan politique. Le rôle de militants ouvriers est justement de transmettre dans l'entreprise les idées politiques de libération de la classe ouvrière. C’est de se trouver aux avant-postes des moindres luttes pour l’amélioration des conditions de travail, c’est de travailler avec patience à organiser notamment dans les syndicats le plus grand nombre de travailleurs, c’est d’appeler le plus fréquemment possible les travailleurs syndiqués ou non à se réunir et à discuter de tous les problèmes de l’entreprise mais, aussi de ceux qui se posent ailleurs, politiques ou pas.

Ainsi se forge, petit à petit, une véritable armée des travailleurs, consciente et organisée, trempée dans d'innombrables conflits dont elle a tiré chaque fois les leçons, une armée qui est toujours allée au combat non pas avec un respect superstitieux des lois de la bourgeoisie, mais débordant le cadre légal chaque fois que ses forces et sa mobilisation le lui permettaient.

C’est ainsi qu’à notre avis se pose une partie des problèmes concernant la lutte des travailleurs.

Mais nous sommes prêts à discuter de tous ces problèmes avec les militants du PCG. C’est la confrontation des idées qui permet aux travailleurs de choisir librement la voie à suivre. La démocratie ouvrière est donc un bien précieux que nous devons avoir à cœur de respecter, les uns et les autres. Cela ne signifie évidemment pas que l’on doive se faire des concessions pour mieux s’entendre. En tout cas, ce n’est pas notre habitude ; nous concevons très bien que les critiques les plus vives puissent se faire de manière correcte sinon fraternelle. C'est cela que nous avons voulu faire en abordant les problèmes posés dans cet article.



En Guadeloupe
Manifestations et meetings pour la défense des libertés démocratiques

Au lendemain des élections législatives, l'indignation et la colère de la population étaient grandes. Sur les chantiers, dans les entreprises, dans les bureaux, femmes et hommes étaient dégoûtés par le cynique mépris des autorités coloniales.

C'est ainsi que dès la première réunion organisée par les représentants de l’Union de la Gauche (Parti Communiste, Mouvement Progressiste Guadeloupéen et Parti Socialiste), lundi 12, à la Maison des Jeunes Rémy-Nainsouta, des centaines de travailleurs, de jeunes, se pressaient pour dénoncer la fraude et aussi pour savoir quelles actions ces organisations décidaient d’entreprendre.

Le mardi 13 vers 19 heures, près d’un millier de personnes s'étaient rassemblées devant les immeubles Mortenol, prêtes à entrer en action. Ainsi, sans hésitation, vers 20 heures, une grande manifestation s’engageait dans les rues de Pointe-à-Pitre.

Le mercredi 14 mars, il avait la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre, dans le but de demander été décidé de manifester devant des comptes au responsable Cluchard. Ce jour-là, l’administration coloniale avait fait une véritable démonstration de force. Depuis 16 heures, plus d'une dizaine de cars de C.R.S. stationnaient sur la Place de la Victoire. C.R.S. et képis rouges, baïonnette au poing, casque sur la tête, matraque à la main, massés à l’entrée de toutes les artères, interdisaient

le passage, en particulier aux jeunes. Face à la provocation de ces centaines de C.R.S. et képis rouges occupant la Place de la Victoire, du Prisunic à l’école Dubouchage, la moindre résistance d’un groupe de jeunes, aurait transformé la manœuvre d’intimidation en une répression féroce.

Ne pouvant pas manifester, plus d’un millier de personnes se retrouvèrent au stade Bergevin. La colère était à son comble. Après avoir entendu les représentants des différentes organisations, les manifestants furent invités à défiler dans les rues, de Lauricisque à Mortenol. Une fois de plus, avec décision et entrain, l'ensemble des participants se retrouva dans les rues, scandant : « Annulez les élections », mais aussi « A bas le colonialisme », « C.R.S. dehors ».

Et lorsqu’un membre du P.C.G. invita quelques instants plus tard, les manifestants à se disperser, un grand nombre d’entre eux n'étaient pas satisfaits ; ils pensaient qu’il ne fallait pas s'arrêter là. Plusieurs personnes parlaient de grève générale immédiate, « d’arrêter la production, l’électricité, l’eau pour qu’ils voient que nous sommes mécontents et qu’ils ne peuvent pas se moquer de nous impunément ».

Deux jours plus tard, il y eut une nouvelle réunion à Mortenol. Cette fois-ci des camarades de notre tendance vendaient le journal Combat Ouvrier et discutaient avec les participants autour de notre banderole.

A partir de ce jour, pour les raisons expliquées plus haut, notre tendance a participé au développement de l’action pour la défense des libertés démocratiques.

Ainsi dès le samedi suivant, devant un millier de personnes, un de nos camarades pouvait expliquer pourquoi Combat Ouvrier était avec les travailleurs, avec la population laborieuse à laquelle le gouvernement colonialiste essaie de supprimer toute liberté démocratique. Le camarade rappelait ce qu'avait été la fraude, mais aussi les interventions des képis rouges dans les champs de canne, autour des usines, bafouant le droit de grève et le droit syndical le plus élémentaire. Contre tout cela, devait poursuivre ce camarade, seule la mobilisation effective de tous pourra permettre de garder la tête haute ; ce n’est pas en attendant la décision du Conseil Constitutionnel à 7.000 kilomètres, mais principalement par notre propre mobilisation, ici, en Guadeloupe. Par notre propre mobilisation, nous pouvons exiger le respect de la liberté d’expression politique, mais aussi le départ des képis rouges des champs de canne et même de la Guadeloupe. Et là encore, ce ne sera que le début d’un grand mouvement pour la libération totale de la Guadeloupe du colonialisme et aussi du capitalisme exploiteur.

Ces mêmes explications furent reprises pendant la semaine, à Baie-Mahault devant 500 personnes, à Lamentin (La Rosière) devant 200 personnes, à Gosier. A chaque fois, l’ensemble des participants, les militants du PC eux-mêmes, applaudissaient chaleureusement nos propos ; en particulier lorsque notre camarade insistait sur la nécessité de profiter de la situation pour s’organiser, pour poser les problèmes dans les entreprises, et sur les lieux de travail.

Les représentants des autres tendances dénonçaient eux aussi, les élections frauduleuses et les représentants du PCG eux-mêmes, allèrent jusqu’à déclarer qu’il fallait se battre sur un autre terrain que celui des élections et que, d’ailleurs, tout compte fait, les députés ne servent qu’à poser des questions écrites et orales et ne peuvent pas grand-chose à l’Assemblée nationale.

Les porte-parole du PS et du MPG précisaient eux aussi leur position, exprimant dans un langage fort imagé leur conviction que les Guadeloupéens sortiront de la situation actuelle en s'unissant et en luttant au coude à coude.

Néanmoins, malgré une certaine radicalisation dans leurs propos, les dirigeants du PCG et du PS n'en louèrent pas moins le Programme Commun de la Gauche, affirmant que si l’Union de la Gauche était passée en France, la situation de la population laborieuse aurait changée.

A Basse-Terre, dimanche 1er avril, plusieurs centaines de personnes s’étaient réunies sur la place de la Mairie. Cela a permis encore une fois, d’entendre les positions des différentes organisations. Notre camarade, après avoir repris les points développés tout le long de la semaine, insistait particulièrement sur la nécessité de s’organiser aussi à la base dans des comités de travailleurs, comités de quartier, pour lutter efficacement.

Vers 13 heures, plusieurs centaines de personnes manifestèrent dans les rues de Basse-Terre, montrant ainsi qu’une partie de la population en avait assez de supporter le mépris du colonialisme français.


Après la grève, Les travailleurs agricoles continuent la lutte

Après deux mois de grève, les ouvriers agricoles, les ouvriers d’usine ont repris le travail.

Pendant plus de deux mois, la grève a été pratiquement générale dans le secteur de la canne, et les usines sont restées fermées.

Mais, ni le cynisme du patronat, ni les forces armées qui occupaient les champs, sillonnaient les routes, n’ont brisé le moral des travailleurs.

Ces derniers, certes, n’ont pas obtenu satisfaction mais ils ont repris, la tête haute. Actuellement, les travailleurs ne sont plus en grève mais, tous les jours, ils harcèlent le patronat, tous les jours, ils sont en lutte pour exiger leurs droits, que ce soit sous la forme d’arrêts de travail brefs, que ce soit par tout autre mouvement de protestation.

C’est ainsi qu’à l’Anse-Bertrand, les travailleurs ont refusé catégoriquement de couper la canne sur une longueur de 60 mètres, alors que la tâche réglementaire est de 40 mètres. Après plusieurs arrêts de travail spontanés, pendant plusieurs jours, ils ont obtenu satisfaction.

Au Petit-Canal, devant le refus de la direction de l’usine Beauport d’admettre le délégué syndical désigné par la CGTG, les travailleurs organisèrent des arrêts de travail. Nous ne savons pas encore à l'heure où nous écrivons, s’ils ont eu gain de cause. Mais, ce qui est sûr, c’est que les travailleurs sont prêts coûte que coûte à imposer le droit syndical.

A Bonne-Mère, les ouvriers se sont arrêtés de travailler le 23 mars, pendant deux heures, pour leurs revendications de salaires.

Un peu partout, dans les champs et les usines en Guadeloupe, la lutte continue tous les jours.

Il n’est pas impossible que, avant la fin de la récolte, les capitalistes usiniers aient des surprises, car les travailleurs et les petits planteurs n’ont pas dit leur dernier mot.


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LA LUTTE DES O.S. CHEZ RENAULT

Il a suffi que 373 O.S. portugais, espagnols, italiens, et nord-africains pour la plupart se mettent en grève, au moment même où se déroulaient les manifestations de la jeunesse estudiantine, pour que le spectre de mai 1968 viennent hanter tous les défenseurs de l'ordre bourgeois.

Et c'est bien là la preuve, s'il en était besoin, que la seule chose que les capitalistes craignent réellement, c'est de voir les travailleurs s'organiser sur leur lieu de travail et lutter contre le patronat et son État, avec leur véritable arme : la grève !

Mais cette grève a montré bien plus encore, et ce dès les premières heures de son déclenchement. Elle nous a montré que moins de quatre cents ouvriers résolus peuvent bloquer la production d’une usine comme Renault qui compte plusieurs dizaines de milliers de salariés, et obliger la CGT à aller plus loin qu'elle ne le souhaitait.

Car cette grève n’était pas voulue par les bureaucrates qui dirigent la CGT. Et, dès l’éclatement du conflit, Sylvain, secrétaire de la CGT-Renault, et ses compères de l’appareil syndical ont tout fait pour régler le conflit en négociant avec la direction le plus vite possible, et quels que soient les résultats obtenus.

Les O.S. de Renault réclament le P 1 F pour tous. Ce qui signifie leur entrée dans une classification qui, sans être tout à fait celle des « professionnels », leur permet d'échapper à la classification des O.S. C'est-à-dire de gens sans qualification que le patron considère comme de simples appendices de ses machines. Et si les O.S. réclament le P 1 fabrication pour tous, c’est pour lutter contre des divisions injustifiées dans la mesure où ils font tous le même travail.

Que tous les O.S. réclament le P1 F ne faisait pas l’affaire de la CGT qui, à Renault comme ailleurs, est pour la sacro-sainte hiérarchie des qualifications et des salaires.

C’est la raison pour laquelle les délégués CGT, dans les deux premières réunions avec la direction, défendirent leur propre programme syndical et non pas les revendications des grévistes qu’ils étaient pourtant censés représenter.

Devant de tels agissements, l’indignation des ouvriers grévistes fut unanime, et ils refusèrent de reprendre le travail en se contentant des quelques miettes que les délégués avaient reçu de la direction. Ces miettes — une prime allant de 50 F à 100 F, prime qui saute si le travailleur change de poste — n’étaient pas leur revendication et ils se chargèrent de le faire comprendre à la direction tout comme aux directions syndicales. Et cela par la poursuite de leur mouvement.

Et la détermination des O.S. fut telle qu’elle força la CGT qui ne voulut pas courir le risque de se laisser déborder dans son « bastion Renault », à reprendre à son compte et à soutenir les revendications des grévistes. Et cela, le fait que toute nouvelle négociation entre direction et syndicat se fera cette fois sur le programme que s’étaient fixé les ouvriers eux-mêmes constitue déjà une victoire pour les O.S. de Renault. Une victoire pour eux et un exemple à nous tous, travailleurs, que seule une lutte résolue contre les exploiteurs, avec ou sans l’aide des organisations syndicales, peut nous ouvrir le chemin de la victoire.


ECHOS ECHOS


MARTINIQUE

Pour le capitaliste de Monoprix, Terrade fait des frais au carrefour de la Dillon

Mercredi 21 mars, le Monoprix de la Dillon a ouvert ses portes. Une fois de plus, nous avons pu voir comment l’État est à la disposition des gros capitalistes. Le carrefour de la Dillon a été réaménagé, on a posé des feux de signalisation et des gendarmes canaliseront le flot de voitures allant au nouveau Monoprix. Enfin, même la télévision fit de la publicité gratuite en projetant un film sur l'inauguration de ce supermarché.

Ainsi donc, la préfecture a laissé pendant plusieurs années un carrefour dangereux sans aucune signalisation et il a suffit qu'un capitaliste implante une entreprise dans cette région pour que Terrade la fasse arranger.


SEGTA (de Briant) : refusons les heures supplémentaires !
Burnon, embauchez du personnel !

Voilà bientôt cinq mois que notre chantier a démarré ; nous ne sommes seulement que trente ouvriers à exécuter, les travaux de fondation de deux bâtiments de vingt étages.

A toute heure, il nous faut laisser un travail commencé pour en entamer un autre, parfois tout seul. Non seulement nous n'avons aucun répit, mais encore, à ceci vient s’ajouter le fait que, il y a quelque temps, Burnon, le chef de chantier, a eu le culot de faire venir cinq de nos camarades pour effectuer des travaux. Et, après avoir terminé une tâche qui durait une bonne journée, Burnon ne leur a compté que six heures...

Face à cette double injustice, nous devons obliger Burnon à embaucher de nouveaux travailleurs.

Organisons-nous pour faire respecter nos droits !


SEGTA (de Briant) : Nous exigeons des conditions d’hygiène meilleures et une cantine

Depuis que notre chantier a commencé, aucune mesure n'a été prise en ce qui concerne l'hygiène. Le patron pense-t-il que la cantine ainsi que les douches sortiront de terre tout seuls ?

C'est vraiment nous prendre pour des bêtes, ne pas admettre que, nous aussi les travailleurs, nous aspirons à vivre sainement !

Quoi qu'en pensent ces messieurs les patrons, nous tenons à notre dignité et nous exigeons la mise en place, tout de suite, d'une cantine ainsi que d'un matériel sanitaire.


GUADELOUPE A la Minoterie de Jarry (Les Grands Moulins Antillais) :
une exploitation sans limite !

La minoterie de Jarry fonctionne depuis environ un an, et la vie qu’y mènent les travailleurs est à l'opposé de ce que pourrait laisser croire la belle façade extérieure de cette usine...

En effet, l’usine fonctionne jour et nuit, les chaînes tournant sans interruption, mais seulement avec deux équipes : une équipe commence à 7 heures le matin et termine à 19 heures ; une autre travaille de 19 heures à 7 heures le lendemain. Somme toute, chaque équipe travaille douze heures sans arrêt. Faire travailler douze heures des hommes, avec seulement un arrêt de vingt minutes à midi pour déjeuner, voilà qui en dit long sur l'exploitation dont sont victimes les travailleurs des Grands Moulins Antillais...

Le patron ignorerait-il qu'il existe ce que l'on appelle les trois fois huit heures ? Car, lorsqu'une usine travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il faut, et c’est la législation du travail qui le mentionne, trois équipes qui travaillent huit heures chacune... Mais il ne faudra pas attendre sur la bonne foi du patron pour voir les choses changer. Pour faire cesser cet esclavage, les travailleurs doivent s'organiser, créer un syndicat pour engager la lutte contre ce patron sans vergogne.

Ce n’est pas en réclamant des faveurs individuelles du patron, ni en devenant ses propres mouchards, que cette situation cessera. Bien au contraire, celui-ci profite de notre division pour mieux nous exploiter...


MARTINIQUE SANTI et BALLY : Licenciement de travailleurs

Plus d'une dizaine de travailleurs viennent d'être licenciés sur les chantiers de Santi-Bally ; motif, trop de personnel, fin de chantier...

Cela fait longtemps que les capitalistes se servent de cet argument, il commence à être usé ; car qui veut-on convaincre de cela, alors que nous savons que chaque fois qu’un chantier se termine, un autre commence. Alors, pourquoi licencier des travailleurs dont beaucoup sont anciens dans l'entreprise ?

C’est simple. Les patrons veulent renouveler leur main-d’œuvre parce qu’ainsi, ils peuvent plus facilement asseoir leur autorité et perpétrer leurs abus, face à des travailleurs qui ne se connaissent pas et qui s’observent.

Nous devons lutter contre cela, afin que demain ne vienne pas notre tour.


Combat Ouvrier de nouveau saisi

Décidément, M. Brunon est entouré de bien zélés serviteurs. Une fois de plus, Houël, officier de la Police Air Frontières, a fait bloquer un colis contenant 50 kilos de journaux (numéro 23 de Combat Ouvrier), soit près de trois mille exemplaires.

Ces exemplaires sont parvenus au Raizet le 1er mars et contenaient notamment des pages destinées à expliquer la participation de Combat Ouvrier aux élections, et notre programme pour les élections.

Brunon a non seulement bloqué le journal, mais encore attendu la fin des élections pour nous faire transmettre l’avis d’arrivée. C’est à croire d’ailleurs que la police contrôle également tout ce qui se passe à la Compagnie Air France.

Ces faits ne sont pas les premiers. Déjà, en 1971, le préfet Brunon avait fait saisir les numéros 1, 2, 3, 4 de Combat Ouvrier par le même et très zélé M. Houël. Par la suite, Brunon mentant effrontément, affirmait qu’il avait pris un arrêté d’interdiction de nos numéros de mai-juin-juillet-août 1971, sur tout le territoire de la Guadeloupe, alors que l’arrêté en question n’aurait paru qu’en septembre. C'est donc bien illégalement que ces saisies furent opérées.

Cette fois-ci, il semble en être de même, d’autant plus que cela se passait pendant la période électorale et constituait donc une entrave à notre campagne électorale.

M. Brunon et son collègue Cluchard, à la mine patibulaire, pensent sans doute étouffer ainsi la voix des révolutionnaires. Mais ils se trompent, car les idées révolutionnaires trouvent toujours différents chemins pour parvenir à la conscience des travailleurs et du peuple.

Cependant, nous ne devons pas laisser les mains libres à l’arbitraire colonial, qui bafoue tous les jours un peu plus les libertés les plus élémentaires. Nous faisons appel à tous ceux qui lisent Combat Ouvrier, à tous ceux pour qui la liberté de presse et d’expression n’est pas un vain mot, pour qu’ils soutiennent notre lutte, pour exiger que soit mis fin aux tracasseries et aux entraves que fait subir à notre journal, le préfet Brunon.

En particulier, étant donné les pertes financières que nous cause le blocage de plusieurs milliers d’exemplaires de plusieurs parutions, nous faisons appel à vous, pour nous aider à faire face à ces difficultés supplémentaires.

Envoyer tout soutien à : Marie-Eugène ZOZOR, CCP 22 222 36 Paris, avec la mention : « Contre le blocage de C.O. ».



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NOTRE PARTICIPATION A LA LUTTE CONTRE LA FRAUDE

Notre tendance participe, depuis plusieurs semaines déjà, à la lutte contre la fraude électorale et contre les atteintes aux libertés démocratiques, au côté du Parti Communiste Guadeloupéen, du Parti Socialiste, du MPG, de l’Union des Femmes, de l’UJC et de la CGT.

Notre position dans cette circonstance et notre attitude ont été dictées par la politique constante que nous appliquons, d’unité d’action contre le colonialisme.

Au lendemain d’élections cyniquement frauduleuses, il était juste d'agir, de descendre dans la rue, d’entreprendre une campagne d'explications et de dénonciations, enfin de mobiliser les travailleurs contre de tels procédés.

Les militants du PCG, en particulier, et tous les travailleurs, les paysans pauvres qui, en masse, ont voté pour les candidats du PCG se sont sentis atteints dans leur dignité de voir leurs suffrages bafoués par les Brunon et Cluchard. Bien que nous pensions que cela n’aurait pas changé grand-chose que Lacavé et Ibéné aient été proclamés élus, comme cela aurait dû être, même sur ce problème, nous sommes solidaires des militants et sympathisants du PC. D’autant plus que les divergences qui nous séparent d’eux ne doivent en aucune manière profiter à la bourgeoisie et au pouvoir colonial.

C'est pourquoi nous participerons aux actions unitaires contre la fraude et les atteintes aux libertés démocratiques, actions qui seront décidées en commun par les organisations faisant partie du comité qui s’est constitué à cet effet. Cela en continuant à critiquer la politique de ceux avec qui nous menons cette action unie, chaque fois que cela semble nécessaire.


La fraude en Guadeloupe

Dès le lundi 12 mars au soir, des manifestations de mécontentement mettant en cause les résultats des élections législatives se sont déroulées un peu partout en Guadeloupe.

Car cette fois, le gouvernement français par Préfet et Sous-préfet interposés a dépassé la mesure. La fraude a été organisée de la manière la, plus grossière, la plus cynique qui soit ; et cela, dans le but de permettre l’élection des trois candidats patronnés par la préfecture : Hélène, Jalton et Guillod. Ces trois candidats ont été élus, mais personne ne se trompe sur leur compte, sur leur « victoire ».

Ainsi, dans la première circonscription, le candidat U.D.R. Hélène a pu l’emporter grâce à la seule commune du Gosier. En effet, la participation électorale qui, en général, ne dépasse guère 60 % en Guadeloupe, a atteint le record de 85 % à Gosier où tous les moyens de fraude avaient été mis en œuvre.

Par exemple à Port-Blanc (troisième bureau), le président déclara le scrutin ouvert sans permettre de vérifier si l’urne était bien vide. Résultat dans ce bureau, sur 779 inscrits, 768 votants (soit une participation de 98,5 %) dont 657 voix à Hélène et 97 à Ibéné.

A Cocoyer, l'urne et les procès verbaux sont enlevés au cours de leur transfert au bureau recenseur, par les sbires de Cluchard et dirigés chez Hélène. Là, on remplit de faux procès-verbaux en imitant grossièrement les signatures des assesseurs. Les procès-verbaux disparus donnaient sur 827 inscrits, 648 votants dont 108 voix à Ibéné et 498 à Hélène ; les faux, 748 votants (soit une participation de 90 %) avec 18 voix et Ibéné et 718 à Hélène. Dans les autres bureaux, le vote des morts et les votes multiples ont permis d’atteindre une participation allant de 75 à 90 %.

Dans la deuxième circonscription, aux Abymes, les résultats ne sont publiés que le lendemain matin 12 mars, alors qu’en France

tous les résultats sont connus quatre heures après la fermeture du scrutin. Dans un des bureaux, le suppléant du candidat communiste est expulsé manu militari. Aux Saintes, Lacavé qui, au premier tour avait obtenu 26 voix n’obtient que 3 voix au deuxième tour. Par contre Jalton passe de 745 voix au premier tour à 1.228 au deuxième. Ailleurs, les procédés utilisés ont été un peu plus subtils.

Dans la troisième circonscription, à Saint-Martin par exemple, le maire de Marigot déclara à Cléry, le candidat du P.C.G.

« Ecoutez, je vous donnerai 150 voix ». En réalité, il ne lui a donné que 33 voix, par contre il en

a donné 1.328 à Guillod, le candidat de l’U.D.R.

Tout ceci montre bien comment se sont déroulées ces élections législatives en Guadeloupe. Hélène, Jalton et Guillod ont été proclamés élus parce que tel était le désir du gouvernement français. Et, au mépris de ses propres lois, la bourgeoisie française a montré aux travailleurs guadeloupéens comment elle les considère. Mais si les travailleurs veulent vraiment se faire respecter, s’ils veulent que toutes les libertés démocratiques soient respectées, ils doivent compter sur leur propre force et porter leur mouvement de protestation à un autre niveau.


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EN FRANCE, LA LUTTE DES ELEVES DES LYCEES ET DES C.E.T.

A l'heure où nous écrivons, il y a un mois que l’agitation parmi la jeunesse des lycées, des facultés et des CET se poursuit.

Les lycéens et les étudiants sont d’abord entrés en lutte contre la loi Debré qui vise à restreindre le droit au sursis dont bénéficiaient jusqu’à présent la plupart des étudiants.

Au bout d’un mois, ils ont fini par rallier à leur action les organisations de gauche qui, au début, ont tout fait pour la saborder.

La revendication des lycéens, établissement et extension des sursis, est bien sûr, une revendication catégorielle qui ne peut concerner que les lycéens et étudiants seuls.

Pourtant, à leur mouvement, se sont joints les jeunes des CET qui y ont trouvé l’image de leur propre aversion pour l’armée.

Car l’armée, c’est un instrument aux mains des classes dirigeantes dont elles se servent, en temps de paix par exemple, contre les travailleurs, pour briser leurs grèves.

Mais, non seulement elle joue un rôle de répression mais encore elle a pour fonction également de façonner de « bons » citoyens devant se laisser exploiter, brider et brimer sans broncher.

Parce qu’ils refusent d’être encasernés, eux aussi, pour apprendre à courber l’échine et à devenir des briseurs de grève, les jeunes des CET, futurs travailleurs, sont descendus dans la rue aux côtés des lycéens et étudiants, et ont notamment défilé avec eux lors de la manifestation organisée à Paris, le 2 avril dernier.

De ce vaste mouvement de la jeunesse scolarisée, l’on peut déjà tirer deux leçons.

La première, c’est qu’en décidant de se battre et en s’organisant pour le faire, ces jeunes ont montré qu’ils ne se sentent aucunement liés par les décisions des parlementaires ou des membres du gouvernement.

Quoi qu’il en soit du gouvernement ou du parlement, grâce à leur lutte, ils sont en passe d’obtenir satisfaction sur la question du sursis.

La deuxième leçon, c’est que le mouvement a entraîné après lui, dans la lutte, les élèves des CET.

Ces derniers ont commencé à soutenir les lycéens. Par la suite, ils se sont rendu compte que s’ils se contentaient d’emboîter le pas aux lycéens et soumettre leur lutte à la direction de ces derniers, ils n’avaient aucune chance de faire connaître leurs revendications propres, à plus forte raison de les défendre. Or, des revendications propres, les jeunes des CET en avaient.

D’une part, sur la question des sursis : les mots d’ordre avancés par les lycéens et étudiants ne concernaient pas les jeunes des CET ; car revendiquer le droit de choisir — en fait de pouvoir retarder — la date de départ à l’armée, n’a aucun sens pour eux.

C’est dans ces conditions que la seule revendication mise en avant à ce sujet, par les collégiens des CET a été la « suppression du service militaire ». Et cela parce que seule cette revendication concernait l’ensemble de la jeunesse, scolarisée ou pas.

Mais, d’autre part, dans les CET mêmes, les jeunes avaient d’autres revendications à formuler et ont profité de l’occasion favorable pour le faire. En effet, même comme élèves, ces futurs travailleurs ont déjà, de fait, des conditions de travail pénibles :

  • embrigadement par le même personnel qu’à l’armée ;

  • professeurs les moins compétents, une administration souvent raciste ;

  • locaux vétustes ;

  • nourriture médiocre ;

  • manque d’hygiène ;

  • mauvaises conditions de travail ;

  • pas de foyer, pas de possibilité de lire la presse de son choix, aucune liberté.

Et pour que toutes ces revendications puissent être entendues, il fallait pour les collégiens des CET, une organisation à part. Et le fait qu’ils ont pris conscience de cela est un acte positif.

Bien entendu, cette organisation à part des jeunes des CET ne les a pas empêchés d’être aux côtés des lycéens et étudiants, et de les soutenir. Elle leur a permis de le faire sans être à la remorque de ces derniers.

Sur leur chemin, les collégiens des CET ont eu à surmonter de nombreux obstacles :

  • d’abord, de la part d’organisations telles le Parti Communiste et l’une de ses organisations de jeunesse, l’UNCAL, qui cherchaient à tout prix à s’emparer de la tête du mouvement pour enfermer celui-ci dans des limites « raisonnables » ;

  • ensuite, de la part de faux amis qui, soi-disant, étaient à leurs côtés comme les organisations gauchistes OCI-AJS et Ligue Communiste qui cherchaient à mettre les élèves des CET à la remorque des lycéens et traitaient leur tentative de s’organiser indépendamment des lycéens et étudiants comme une tentative de division. C’est là une vieille objection que les représentants d’autres classes sociales opposent toujours aux travailleurs lorsqu'ils commencent à prendre conscience de leurs intérêts propres.

Eh bien, ces difficultés-là, les jeunes des CET les ont affrontées et en partie surmontées. Et si aujourd'hui on parle de leurs problèmes, c’est grâce en grande partie à la manifestation indépendante des CET où quinze mille d’entre eux ont défilé à Paris, le 4 avril passé.


A BAS LE SERVICE MILITAIRE, A BAS L'ARMEE

L’armée est un moyen de répression au service de la bourgeoisie, des riches, des privilégiés. Et — contrairement à ce que prétendent les PC par exemple — la conscription générale et obligatoire n'y change rien. Ce n’est pas parce qu’il y a des jeunes des classes travailleuses dans ses rangs qu’elle en est plus démocratique.

Moyen de répression contre ceux contre qui elle est employée — à l’extérieur ou à l’intérieur du pays — l'armée l’est également contre les jeunes enrôlés dans ses rangs. Elle permet à la classe dirigeante de tenter de détruire l'esprit de contestation et de combativité chez les jeunes, en les embrigadant et en leur imposant une absurde et ridicule discipline. Elle soumet les jeunes à l’autorité sans contrôle de quelques crétins galonnés qui s’emploient

à les briser, à les embrigader, à en faire des citoyens obéissants. Elle détache les jeunes qui ont bien mieux à faire de leur activité sociale, pour les maintenir dans l’ennui et le désœuvrement.

De plus, pour les jeunes qui viennent des colonies, il y a toujours des brimades supplémentaires : le racisme ouvert ou voilé des chefs, le bourrage de crâne colonialiste sur « l’œuvre de la France » et autres fadaises du même acabit. Sans parler des cas où on utilise les jeunes d’une colonie pour briser les mouvements d’émancipation d'une autre colonie.

Il ne s’agit pas de laisser l’apprentissage des armes à une caste spécialisée de militaires de carrière. Au contraire, cette dernière, qui existe largement mal

gré la conscription, doit disparaître. Mais l'apprentissage des armes peut très bien se faire sans embrigadement, sans casernes, sans brimades, en restant des hommes ou des femmes libres et non des « bidasses ». Il peut se faire sur le lieu du travail, dans les usines, dans les bureaux ou dans les champs et sous le contrôle des travailleurs. Ce qui signifierait d'ailleurs, que les jeunes des Antilles par exemple, pourraient apprendre le maniement des armes sans quitter le pays, sans qu’ils soient utilisés comme force de répression ailleurs, alors que les Antilles sont livrées aux képis rouges, CRS et autres gendarmes.

Le seul mot d'ordre juste qui répond à l’aversion des jeunes contre l’embrigadement à l’armée est : A bas le service militaire !


MARTINIQUE Les lycéens en lutte contre la " loi Debré ”

Après une semaine de préparation au lycée Schoelcher, ce sont plusieurs centaines de lycéens qui manifestaient mardi 27 et mercredi 28 dans les rues de Fort-de-France contre la loi Debré. Le jeudi 29, environ cent cinquante lycéens étaient au Ciné-Théâtre à un meeting organisé par Jeunesse d’Avant-Garde. Là, il était annoncé une journée d’action dans les lycées de Fort-de-France pour le mercredi 4 avril. Au lycée de Trinité, le mardi 3 avril, un Comité de grève était créé, et rassemblée générale convoquée l’après-midi prenait la décision de faire grève le lendemain et de manifester le jour-même, à Trinité.

Le mercredi donc, c’est environ mille cinq cents lycéens et étudiants qui défilaient dans les rues de Fort-de-France. On y trouvait représentés les lycéens de Schoelcher, du Technique, du lycée de jeunes filles, de l’AMEP ainsi que les étudiants du Centre d’Etudes Supérieures Scientifiques et de Vizioz.

Un meeting où prirent la parole des représentants du SNES, des étudiants en sciences, du Comité contre la loi Debré, du PCM et du GRS clôtura la manifestation.

A Trinité eut lieu aussi une manifestation très dynamique qui regroupait cinq cents lycéens sur les mille quatre cents que compte le lycée en scandant les mots d’ordre « A bas l'armée coloniale ! A bas la loi Debré » !

Après avoir fait le tour de la ville, avec l’approbation de la population, les lycéens clôturèrent cette manifestation par un meeting sur la place publique.

En somme, cette journée fut largement un succès.


Le mouvement lycéen en Guadeloupe

Le mardi 27 mars 1973, les élèves des lycées classique et Technique de Baimbridge faisaient une journée de grève pour protester contre la loi Debré. Cette loi, votée en 1970, supprime le sursis militaire à tous les étudiants ou élèves âgés de vingt et un ans, à l’exception des étudiants en médecine ou en pharmacie...

Une des conséquences fâcheuses de cette loi, c’est que beaucoup d'élèves en Guadeloupe ne pourront certainement pas passer le baccalauréat, l’âge moyen auquel les élèves vont au bac, en

Guadeloupe et en Martinique se situant autour de vingt et vingt et un ans. Nul n’ignore, en effet, que dans ces dernières colonies françaises, les élèves, à cause du milieu culturel défavorable, accusent un retard de deux à trois ans, par rapport aux élèves de France...

Et cette année même, certains lycéens de la terminale A et de la terminale F ont dû voir leur scolarité interrompue, pour s’en aller faire le service militaire. A moins d’un effort et d’une volonté très grands, ces élèves n’ont guère plus de chance de posséder le baccalauréat...

En clair, la loi Debré vient en quelque sorte, renforcer la discrimination sociale dont sont victimes les fils de travailleurs, et des couches pauvres de la Guadeloupe et de la Martinique. Nombreux sont ceux qui ne pourront plus entreprendre des études supérieures, ce qui était déjà chose très difficile pour eux ; mais, de plus, une grande majorité quittera le lycée sans obtenir le baccalauréat... Et c’est bien ce qu’ont compris les élèves de Baimbridge qui,

le lundi 2 avril, se mettaient à nouveau en grève.

Cette fois, la grève devait durer plus de vingt-quatre heures puisque le mardi, les lycéens continuaient leur mouvement avec en plus, un défilé dans les rues de Pointe-à-Pitre... Un premier arrêt était fait devant la sous-préfecture, après que les lycéens furent venus assez facilement à bout d’un barrage de policiers locaux. A peine étaient-ils arrivés devant la sous-préfecture que les CRS en bleu de combat faisaient leur apparition... En dépit de leur présence, et à la barbe même du sous-préfet Cluchard, qui aurait refusé de recevoir leur représentant, les lycéens crièrent des slogans du genre : « A bas, la loi Debré », « Nous voulons le sursis », etc.

Nombreux étaient les gens dans la foule massée sur la place de la Victoire qui voyaient dans cette manifestation lycéenne une riposte au quadrillage de la place de la Victoire par les képis rouges, le 14 mars dernier. Ensuite, les manifestants quittaient la sous- préfecture pour se rendre face au vice-rectorat où ils organisèrent un « sit-in ». Et avant de rejoindre Baimbridge, les lycéens se rendaient à l’École Normale, pour tenter de mettre en grève les élèves de cet établissement. Un accord fut conclu pour l’organisation d’une manifestation commune, le lendemain mercredi.

Le lendemain donc, la manifestation lycéenne reprenait le même trajet, avec cette fois, en plus, les élèves de l’École Normale, et les étudiants du Centre d’études littéraires de Pointe-à-Pitre. Et au cours de cette manifestation, les élèves durent encore franchir un barrage de police placé à l’entrée de la rue Frébault.

Ces deux manifestations lycéennes démontrent que la jeunesse de la Guadeloupe n’est pas dépourvue de sens de responsabilité et d’organisation. Les deux manifestations se sont déroulées dans le calme et sans incident.

La preuve est faite que les fauteurs de trouble et de désordre ne sont point ceux qui manifestent leur mécontentement, mais bien ceux qui sont là pour « assurer l’ordre » : à savoir les bandes ar­mées et les képis rouges.