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CO n° 32 du 5 déc. 1973



EDITORIAL


Contre la vie chère, la crise qui menace...
les travailleurs doivent prendre l'offensive

Jour après jour l'inflation augmente. Le coût de la vie devient de plus en plus élevé. Cela signifie que les conditions de vie déjà difficiles pour les travailleurs deviendront de plus en plus dures.

Alors que la situation n’est déjà pas brillante, en particulier pour les dizaines de milliers de chômeurs qui existent aux Antilles, si la menace qui pèse actuellement se précise, c’est une véritable catastrophe que vivront les travailleurs. Car il s’agît bien d’une menace, celle de voir le gouvernement appliquer le blocage des salaires en France et dans les DOM. Le gouvernement et les patrons veulent faire payer l’inflation aux travailleurs alors qu’ils sont les seuls responsables de cette situation. Car s’il y a l’inflation c’est bien parce que le gouvernement fabrique des billets en trop grande quantité pour aider les capitalistes.

Si la situation s'aggrave en France même du fait de l’augmentation du coût de la vie et de l’inflation, la misère ne fera que s’accroître ici, dans les colonies où une personne travaille pour en nourrir dix. Une aggravation des conditions de vie de ceux qui ont encore un emploi peut avoir des conséquences incalculables pour tous.

Avec cela, de tous les côtés existent des menaces de plus en plus précises de crise économique dans le système capitaliste: crise monétaire, prétendue « crise de l’énergie ».

Plus que jamais, il est visible que notre avenir ne doit pas dépendre de ce système en décomposition. De plus en plus, les travailleurs auront l’occasion de se rendre compte du danger qu’il y a à être lié et dépendant de ce système.

Il n'y a pas d’autre façon de nous garantir contre l’avenir de faillite que nous réserve l’impérialisme français que de soumettre l’ensemble de l'activité économique au contrôle des travailleurs, ce qui nécessite l’indépendance des Antilles à l’égard de l’impérialisme français.

La meilleure façon pour les travailleurs antillais de joindre leurs forces à celles des travailleurs français en lutte contre le même gouvernement français, contre les mêmes capitalistes, c’est de se battre pour arracher l’indépendance de la Martinique et de la Guadeloupe.

C’est aux travailleurs de prendre la tête de cette lutte-là avant que d’autres classes conscientes du désavantage que représente la dépendance par rapport à l’État français ne se chargent de le faire, mais alors, sur le dos des travailleurs.

C’est dès maintenant que toutes les catégories de travailleurs doivent engager la bataille contre les patrons et le gouvernement, responsables de la situation, de la hausse des prix, des menaces de crise, du chômage. Dans tous les secteurs, les travailleurs doivent exiger non seulement le rattrapage des salaires, mais encore l’augmentation obligatoire des salaires chaque fois que les prix augmentent, autrement dit l’échelle mobile des salaires.

Les travailleurs sans emploi, les chômeurs doivent s’organiser sans attendre pour exiger que les gouvernants prennent des dispositions permettant à tous de travailler. Et cela est possible en supprimant les heures supplémentaires sans diminution de salaires, en mettant à la disposition des chômeurs les terres accaparées par les grosses sociétés foncières, en diversifiant les cultures dans le but de nourrir la population à des prix plus abordables, en développant sur une partie des terres reprises aux grosses sociétés, un élevage varié et rationnel; il est aussi possible d’entreprendre un programme d'assainissement sur toute la Martinique et sur toute la Guadeloupe en vue de remplacer les logements insalubres qui sont nombreux, par d’autres plus grands, plus confortables et plus sains. Il y a donc du travail pour tous, du travail qui, contrairement aux tâches stupides de certains chantiers de chômage, soit en même temps une œuvre utile aux travailleurs et à toute la population.

En tous les cas, les travailleurs ne peuvent pas accepter qu’une partie d’entre eux s’épuisent à des heures supplémentaires, et qu’une autre partie soit réduite à l’oisiveté forcée. La répartition du travail entre tous, sans abaissement des salaires, voilà le mot d’ordre de l’heure.

Telle pourrait être la perspective de lutte des travailleurs des villes et des campagnes, ainsi que des chômeurs. Et si les gouvernants sont incapables de répondre à ces revendications, ils n’auront qu’à s’en aller et laisser la place. Les travailleurs sauront bien s’organiser pour faire marcher la société et l’économie, en prenant en main le pouvoir politique en Guadeloupe et en Martinique.


Martinique. LE PERSONNEL DE “FRANCE-ANTILLES” EN GREVE

Depuis près de trois semaines, la quasi-totalité du personnel technique de France-Antilles est en grève. Les motifs de cette grève résident dans l’attitude du grand capitaliste Hersant qui refuse de recevoir la direction syndical qui réclame une convention collective. Cette lutte permet de montrer le caractère raciste,

méprisant et odieux de la direction du journal. Hersant a déclaré licencier le personnel en grève, il a fait venir des ouvriers de France pour remplacer les grévistes.

Le mercredi 14 novembre, les travailleurs ont tenté d’occuper les locaux ; Delanoye, chef du service de publicité, a menacé les

grévistes de son revolver et Hersant a fait appel aux gendarmes pour les expulser. Le vendredi suivant, les travailleurs ont entrepris une marche à travers la ville de Fort-de-France,

La lutte des travailleurs de France-Antilles a déjà rencontré un écho favorable dans la population. Bien sûr, la direction, avec l’aide de briseurs de grève a réussi à faire paraître le journal au début de la grève ; mais les distributeurs ne peuvent pas toujours le vendre : à Volga, des travailleurs ont chassé les briseurs de grève du quartier ; au Robert, des jeunes ont empêché la distribution du journal que l’on venait placer chez les détaillants.

C’est le signe que le soutien aux grévistes de France-Antilles peut s'élargir et trouver un écho favorable chez une couche encore plus large de la population. Lorsqu’on sait que France-Antilles est le journal de l’administration coloniale aux Antilles, le journal des capitalistes usiniers, nous avons une raison supplémentaire de refuser de l’acheter, d’empêcher sa diffusion. Nous sommes solidaires de ceux qui boycottent ce journal colonialiste qu’est France-Antilles. Nous participerons aux luttes contre la répression qui est déjà déclenchée contre les grévistes.

Jacques BRUEL.


Guadeloupe : A Grosse-Montagne l’action des travailleurs a payé

Le lundi 18 et le mardi 19 novembre, l’ensemble des ouvriers de Grosse-Montagne faisaient grève. A l’origine de cette grève, il y a le refus de la direction de l’usine de payer les différents rappels dus depuis juillet et novembre 1971. En effet, les manœuvres payés au SMIC avaient bénéficié des augmentations de salaire. Quant aux ouvriers professionnels et qualifiés, leurs salaires n’avaient pas bougé. Pour M. Simonnet et son directeur Hayot, il n’y avait rien de plus normal. Seulement, les ouvriers, eux, ne l’entendent pas de cette oreille, surtout en cette période de hausse rapide des prix des denrées alimentaires de base (morue, riz) ; et ils ont su le montrer en s’arrêtant tous de travailler pendant deux jours. Dès le mardi matin, la direction acceptait de recevoir une délégation des travailleurs, et leur accordait les 12 % d’augmentation réclamés. Bien sûr, les travailleurs étaient unanimes à reconnaître que cela ne leur permettait pas de rattraper les 25 ou 30 % d’augmentation des prix, mais il n’empêche qu’ils sont maintenant tous convaincus que seule la lutte paie.

Par ailleurs, l’action a abouti à faire prendre conscience à tous de la nécessité de constituer un syndicat à l’usine. Et c’est déjà chose faite. Les travailleurs de Grosse-Montagne ont maintenant leur section syndicale.

La grève a démontré l’efficacité de l’action et de l’organisation dans cette usine où l’attitude paternaliste de Simonet semblait s’y opposer.

Pierre-Jean CHRISTOPHE.


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Raffinerie de pétrole à Port-Louis

La menace pèse toujours !

La menace d’implantation «d’une raffinerie de pétrole aux Antilles, qui s’était un moment estompée, semble se préciser à nouveau, et les bruits à ce sujet se font de plus en plus insistants. Il se confirme que la région de Port-Louis, en Guadeloupe, aurait le plus de « chances » (si l’on peut dire) de recevoir la raffinerie en question. Les déclarations ou prises de position de « personnalités » ou organismes divers se succèdent. C'est ainsi que Stasi, au cours d’une conférence de presse, a cité cette implantation comme faisant partie du plan du gouvernement pour améliorer l'emploi aux Antilles. Le Conseil général de la Guadeloupe s’est empressé lors d’une session extraordinaire de « prendre acte » des déclarations du ministre, en ajoutant, bien sûr, pour la forme, qu’il devrait être consulté avant toute décision définitive. Cette assemblée-croupion ne manque décidément pas une occasion de faire la démonstration de sa plate servilité.

Le Conseil économique et social devait discuter fin novembre de la situation économique dans les DOM et prévoyait notamment d’élaborer une « politique d’industrialisation hardie ». Inutile de préciser que la raffinerie sera à l’ordre du jour.

Dans cette affaire, les grandes puissances impérialistes, en l’occurrence la France et les Etats-Unis, montrent cyniquement tout le mépris dans lequel ils tiennent les habitants des Antilles. Devant affronter chez eux leur opinion publique, qui réagit à l’empoisonnement dû à la pollution, et d’autre part se rendant compte qu’eux-mêmes, capitalistes, ne sont pas à l’abri des effets de cette pollution, ils ont trouvé le remède-miracle : utiliser comme poubelles des pays suffisamment éloignés pour que la pollution ne les atteigne pas, eux. Peu leur importe que l’une des principales possibilités économiques de ces pays réside précisément dans le fait que la nature n’y a pas été profondément atteinte. Peu leur importe que leur entreprise détruise des milliers de poissons, privant ainsi les pêcheurs de leur gagne-pain et aggravant la dépendance de ces pays sur le plan alimentaire. Peu leur importe de détruire la nature à des kilomètres à la ronde, rendre les plages inutilisables. Après avoir transformé les pays occidentaux en énormes chantiers où la vie devient de plus en plus difficile, les capitalistes sont prêts à empoisonner le reste de la planète, pourvu qu’ils en tirent profit.

Nous ne devons pas admettre cela. Nous devons d’autant moins l’admettre que le prétexte invoqué — « apporter du travail aux Antilles » —, n’est qu'un mensonge cynique. La raffinerie ultra-moderne n’emploiera que quelques centaines de personnes, et il s’agira de techniciens hautement spécialisés qui viendront des Etats-Unis. Ce que l'on réservera aux Antillais, ce seront quelques places de balayeurs. Dans le même temps, des centaines de pêcheurs seront réduits au chômage, et la présence de la raffinerie peut avoir des conséquences incalculables dans le domaine agricole. Quant au tourisme, n’en parlons pas.

C’est pourquoi, plus que jamais, les travailleurs de ce pays doivent rester vigilants, et se tenir prêts à réagir le plus énergiquement possible pour que le projet ne devienne pas réalité.

Henri BULVER.


Petit-Bourg : Intimidations policières contre les chômeurs qui s'organisent

On connaît le nombre considérable de chômeurs que comptent la Guadeloupe et la Martinique, et le gouvernement français mieux que quiconque, puisque c'est lui le responsable de la politique de chômage et de misère menée dans ces DOM. Que les jeunes et les travailleurs sans emploi décident de partir en France à 7.000 km de chez eux pour trouver du travail, le gouvernement de Pompidou est prêt à les aider et même à payer leur voyage. Mais que les chômeurs essaient de s'organiser pour exiger que des emplois nouveaux soient créés sur place pour permettre à tout un chacun de gagner sa vie, c’est ce que le gouvernement français par préfet et gendarmes interposés ne peut admettre. C'est pour cette raison que depuis quelques jours les travailleurs qui, dans la région de Petit-Bourg en Guadeloupe, ont mis sur pied un comité de chômeurs, sont victimes d’intimidations de la part de la gendarmerie. Ces pandores, qui n’ont rien à faire de leur temps sinon se balader à longueur de journée, s'amusent parmi la population à demander, dans un but évident de leur faire peur, les noms des membres du comité de chômeurs. Qu'ils sachent qu'il en faut beaucoup plus pour vaincre la détermination des travailleurs à lutter contre le chômage et la misère ! Les chômeurs demandent du travail, on leur envoie la flicaille. Voilà en quoi consiste la politique sociale du gouvernement français aux Antilles...

Georges RASSAMY.


Sofroi : Les deux travailleurs suspendus doivent être réintégrés

Le vendredi 23 novembre, les employés de la Sofroi faisaient une journée de grève, pour protester contre la suspension abusive de deux de leurs camarades que la direction soupçonne de vol. Ainsi donc, parce qu’ils sont soupçonnés, et sans qu’il y ait aucune preuve contre eux, Rimbaud n’hésite pas à suspendre pendant un mois deux travailleurs, leur causant un lourd préjudice, car ils ne seront pas payés en novembre. C’est pour s’élever contre cette attitude inique de la direction que la presque totalité des travailleurs et employés refusait de travailler vendredi tout en se rendant normalement sur les lieux, aux heures normales de travail.

Ils réclament la réintégration des deux camarades suspendus, ainsi que leur salaire de novembre. Ces deux exigences sont très justes, et les travailleurs de la Sofroi devront se battre jusqu’à satisfaction de leurs revendications.

Du reste, le jour même de la grève, ils distribuaient un tract dans lequel ils envisageaient de reconduire le mouvement en cas de refus obstiné de la direction de réintégrer les deux employés suspendus. Face à l’attitude de Rimbaud, qui prétend ne pas pouvoir discuter avec des grévistes, il est certain que les employés de la Sofroi ne manqueront pas de mettre en pratique leurs écrits et faire à nouveau grève.

Mais cette fois ils ne devront pas se contenter d’une seule journée. Pour faire céder Rimbaud, il faudra peut-être plus d'une journée. Néanmoins, avant d’engager la bataille, ils devront resserrer leurs rangs, convaincre les hésitants, multiplier les assemblées générales afin que l’ensemble des employés soit pénétré de la nécessité de se battre pour la réintégration de ceux qui ont été suspendus. L’enjeu de cette bataille est important : ou les camarades victimes de la mesure de suspension sont repris, et le syndicat en sort renforcé, ou ils ne le sont pas, et Rimbaud fera figure de vainqueur. D’ailleurs, c’est très certainement ainsi qu’il comprend les choses, et il ne cédera que s’il est contraint par la force. Cela dépend du syndicat, mais aussi de tous les employés, que Rimbaud cède. Ils devront s'y employer en refaisant la grève, jusqu'à totale satisfaction et en profiter pour représenter toutes les autres revendications.

Noël CANTIUS.


ECHOS ECHOS


Contre les licenciements à la SEGTA (Martinique)...

Le jeudi 15 novembre, la direction de la SEGTA vient de mettre sans raison un chef de chantier à la porte, Pale. Depuis longtemps la tête du chef de chantier ne plaisait pas à Mancini, et celui-ci disait assez souvent à Pale qu'il pouvait rester chez lui.

Bien sûr, Pale était chef de chantier, mais il était avant tout un travailleur comme un autre, et en tant que travailleurs nous devons nous organiser pour empêcher toutes sortes de licenciements, quels qu’ils soient, car c’est l’unité qui fait la force. C'est seulement ainsi que nous arriverons à faire reculer la SEGTA.

Encore à la SEGTA-Godissard, la direction vient d’envoyer un avertissement à un chef d’équipe, parce que, paraît-il, son travail était mal fait. Tout d’abord, il arrive souvent que les patrons prétextent un travail mal fait pour tenter de se débarrasser d’un travailleur. Mais si effectivement le travail est mal fait, c'est bien de la faute de la direction qui refuse d'embaucher plus de travailleurs. Nous subissons des cadences infernales et nous sommes toujours fatigués.

Exigeons donc de l'embauche et refusons tout avertissement ! C’est la direction capitaliste qui est la seule responsable.


...Aux Chantiers Méridien...

Il y a quinze jours, Petreluzzi jetait à la porte quatre-vingts travailleurs, après s'en être servi pendant treize mois. Maintenant c’est au tour de la totalité des travailleurs restant de perdre leur travail ainsi que leur ancienneté dans l'entreprise.

Les travailleurs font les frais de ce licenciement massif parce que Petreluzzi a décidé de fusionner ses capitaux avec ceux d’une autre entreprise du bâtiment, la CFE. Encore une fois, au nom du Capital, les travailleurs sont les éternels sacrifiés. Mais afin de se préserver du chômage, avant chaque fin de chantier, les travailleurs doivent exiger du patron des engagements sur la garantie de leur emploi futur.

Nous, travailleurs du chantier Méridien, que nous soyons chez Petreluzzi, à la SGEEM, ou à une autre entreprise, nous devons nous réunir afin de discuter des différentes formes d’action à mener dans les jours qui viennent, car nous sommes tous concernés. Et ainsi nous mettrons un terme à l’insécurité de l’emploi dans le Bâtiment.


...Travailleurs, préparons-nous à la lutte...

Le mardi 13 novembre s'est déroulée une nouvelle assemblée générale des travailleurs du Bâtiment. Nous étions environ deux cents, et par conséquent bien plus nombreux que lors de la première réunion.

D’entrée, les orateurs de la CGT et de la CFDT donnèrent le ton : les patrons refusent de discuter de la convention collective et des salaires, quelle est la réponse à donner à l'arrogance des patrons ? Les bureaucrates syndicaux disent... qu'il faut retourner voir les patrons et leur redemander de discuter ! A cela, un ouvrier précise que pour lui 5 F de l’heure ne suffisaient pas et qu'il fallait lutter pour obtenir une augmentation de salaire. Un autre travailleur alla dans le même sens, disant que si les patrons ne veulent pas discuter, il faut se mobiliser pour arracher les 1.000 F minimum et 250 F pour tous, ce qui ne plut pas à la direction des syndicats. Un ouvrier dénonça les méfaits des heures supplémentaires, qui sont un véritable vol du pain des chômeurs.

C’est à ce moment-là que la séance fut levée, les syndicats ayant décidé de rediscuter avec les patrons.

Camarades, nous devons nous rendre compte que les patrons se moquent de nous et nous méprisent. Si nous voulons les 1.000 F par mois minimum et les 250 F pour tous, il nous faut nous préparer à la lutte. Ce que des semaines de paroles ne peuvent faire, une grève générale illimitée dans le Bâtiment peut le faire. Camarades, préparons-nous à la lutte !


...Pour la répartition du travail entre tous,
la suppression des heures supplémentaires sans diminution de salaires

Le mercredi 7 novembre, à la tour Lauricisque, la direction de Quillery-St-Maur a licencié six ouvriers, après en avoir licencié vingt-cinq le mois dernier. La raison est le manque de travail ; mais, dans le même temps, nombreux sont les camarades qui font des heures supplémentaires.

Ainsi, une dizaine de travailleurs du tunnel arrivent à 6 heures et quittent le chantier vers 20 heures ou 21 heures ; les conducteurs de la bétonneuse subissent le même régime.

Au lieu de diminuer les heures de travail, les patrons préfèrent nous licencier ;

il faut que cela cesse, nous devons nous organiser pour exiger la répartition du travail entre tous et exercer une pression constante sur nos syndicats pour qu’ils agissent en ce sens.

Mais en attendant, ne restons pas les bras croisés, agissons, imposons notre volonté sur les chantiers, refusons catégoriquement tout licenciement, par la grève s'il le faut !

Mais il faut aussi refuser les heures supplémentaires qui ne profitent qu’au patron et qui font mettre nos camarades au chômage.


SOFROI : Tous les prétextes sont bons pour prendre de l’argent aux travailleurs

Dernièrement, une employée de la Sofroi quittait la société parce qu'elle avait trouvé un emploi mieux rémunéré ailleurs. Cette employée n'eut pas le temps de donner un mois de préavis. La direction saisissait l'occasion pour refuser de lui payer les quelques jours pendant lesquels elle avait travaillé en novembre, ainsi que ses congés payés annuels. Dès qu'elle a appris cela, l'employée s'est rendue à l'inspection du travail, et là obtenait une intervention de l'inspecteur du travail qui contraignit la Sofroi à lui verser ses congés payés. La Sofroi pense avoir affaire à des ignorants, et le moindre prétexte est utilisé pour tromper et voler les travailleurs. Seulement, combien de fois M. Rimbaud a-t-il été suspendu pour autant ? A défaut de suspendre Rimbaud en personne, les employés sauront s'arrêter tôt ou tard, pour mettre un terme à ses agissements...


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Stasi, il cause, il cause...

Tous ces jours derniers, notre « jeune » et « battant » ministre n’a pas ménagé

les déclarations optimistes

à l’égard des "DOM" : « la métropole doit prendre davantage conscience de la réalité de l'outre-mer français », « il faut assainir les mœurs électorales », « résoudre les grands problèmes économiques et sociaux », « répartir équitablement les richesses », etc. L’ORTF et France-Antilles bien sûr, se font les porte-parole les plus zélés de cette politique de poudre aux yeux. Il ne se passe pas un jour, depuis quelque temps sans que les propos du ministre ne soient retransmis, plusieurs fois même.

C’est à croire que d’ici quelques mois, toute la situation pourrait changer : plus de chômage, plus de misère, les problèmes agricoles résolus, ceux de l’enseignement de même, plus de fraude électorale, enfin, tout pour le mieux dans le meilleur des mondes. De qui se moque-t-on ?

Depuis que Stasi est ministre, deux usines ont été fermées en Guadeloupe, mettant en chômage des centaines de travailleurs, deux projets de fermeture en Martinique n’ont jamais été démentis.

En Guadeloupe,

  • 77 employés des crèches et garderies ont été licenciés, à la suite de la fermeture des centres,

  • l’hôtel Caravelle a été fermé : 200 licenciements,

  • à l’usine Beauport : 80 licenciements,

  • dans l’entreprise du Bâtiment SHAB, en Martinique, des dizaines de travailleurs ont été licenciés,

  • la répression se poursuit dans l'enseignement,

  • le coût de la vie a augmenté.

Voilà les faits que les déclarations des ministres tentent de masquer par leurs déclarations.

Les problèmes réels demeurent et ne sont jamais résolus ; les ministres passent, font tous une politique de charme vers les

« DOM » mais sont incapables de résoudre les problèmes qui se posent aux travailleurs, à la jeunesse, et à toutes les couches laborieuses de la société antillaise. Et notre verbeux Stasi ne fait que se ridiculiser toujours plus ; tant d’efforts de langage et de déclarations pour masquer tant d’incapacité : voilà qui prête plutôt à rire, en effet ; c’est bien là tout l’effet que ses déclarations ont sur la plupart des travailleurs et la population, car personne n’est dupe de la démagogie de M. Stasi.

Claire GOYA.


La foire Antilles-Guyane : une mascarade...

S’il était encore nécessaire de prouver que l’économie de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane, ces trois colonies baptisées DOM, est en tous points dépendante de la France, la première foire Antilles-Guyane de Basse-Terre l’a fait très amplement. En guise de Foire Antilles- Guyane, il s’agissait tout simplement d’une foire-exposition de marchandises (postes de télévision, machines à laver, cuisinières, etc.) et autres automobiles importées par ces trois départements, choses que l’on voit tous les jours dans les magasins de Pointe-à-Pitre et de Basse-Terre. De produits fabriqués par ces pays, il n'en était point question puisque tout, absolument tout ce dont on a besoin est importé y compris parfois même le sucre.

Cette foire Antilles-Guyane a été à l’image de l’économie de ces trois DOM, mais aussi à l’image de la classe exploiteuse, de la classe bourgeoise des Antilles, une bourgeoisie méprisante vis-à-vis du reste de la population (on se souvient de la déclaration d’Audebert dans laquelle ce dernier parlait de la nécessité pour les Blancs créoles de préserver leur peau) mais incapable, absolument sans envergure. Que sont en fait les Audebert, Viviès, Loret, Boulogne et autres, sinon des commis sans indépendance, profitant des miettes laissées par les impérialistes ? Toutes leurs activités consistent à importer des marchandises pour les revendre à prix forts. Le tapage infernal fait autour de cette foire, par la radio et la télévision aux ordres, ne visait qu’à permettre à ces rapaces d'arracher quelques sous de plus à la population.

Cela explique le fait qu’ils ne veulent absolument pas entendre parler d'indépendance, ils vivent accrochés aux basques de l’impérialisme français. Et si un jour ils prennent position pour l’indépendance des Antilles et de la Guyane, ce ne sera que pour accrocher ces pays au char de l’impérialisme anglais ou américain. Les travailleurs des Antilles-Guyane doivent prendre la tête de la lutte pour l’indépendance, car c’est le seul moyen de se débarrasser de l’emprise de ces parasites sur la société et en même temps, de réaliser les aspirations d’émancipation nationale des travailleurs et des paysans pauvres de cette région du monde.

Max RODON.


France-Antllles et les jeunes

SELON QUE VOUS SEREZ FILS D’OUVRIER OU FILS DE BOURGEOIS...

Les articles que l’on a pu lire dans les récents numéros de France-Antilles sur un groupe de jeunes accusés de se droguer et d’être mêlés au trafic de la drogue ont un ton quelque peu surprenant pour ce journal.

France-Antilles n’a jamais habitué les lecteurs à autant de mansuétude, de compréhension, en parlant de jeunes délinquants. Cette fois le journaliste parle bien de ces jeunes et de leurs méfaits mais en insistant sur leur caractère sympathique, sur le fait que

ce sont des jeunes de «bonnes familles ». Il ne les accable absolument pas ; peut-être agissent-ils « par imprudence » ou par « inconscience »... dit-il...

France-Antilles comprendrait-il subitement les jeunes, leurs problèmes, dans une société ne leur offrant aucune perspective ?

Nous ne critiquons évidemment pas le fait que ces jeunes ne soient pas traînés dans la boue mais bien cette attitude, qui est exceptionnelle.

Car en fait, si France-Antllles se montre compréhensif c’est uniquement parce que les jeunes concernés sont des fils et des filles « de famille ».

II est bien certain que s’il s’était agi d’un groupe de fils de travailleurs ou de chômeurs, il y a longtemps que leurs photos, menottes au poings, encadrés de gendarmes, auraient figuré en première page de ce journal réactionnaire.

Encore une fois, dans cette société capitaliste, selon que l’on sera fils de riches ou fils d’exploités, les attitudes changent...


A PROPOS D'UN ARTICLE DE LIBÉRATION ANTILLES-GUYANE (G.R.S.)

Le GRS, dans un article publié dans son mensuel Libération Antilles-Guyane, numéro d’octobre, critique les positions que nous avons défendues durant les dernières élections cantonales. Citant une partie de la circulaire électorale que nous avons fait diffuser en Martinique et en Guadeloupe, le GRS veut montrer que nous faisons des concessions au nationalisme. Il s’empresse de conclure que nous sommes un « groupe totalement marginal au mouvement et aux idées trotskystes ».

Venant d’un groupe qui voit à Cuba le socialisme et se réfère à Che Guevara, faisant de ce dernier un socialiste révolutionnaire prolétarien, ces critiques sont plutôt mal venues.

Car le GRS, lui, est un groupe qui se situe sur des positions nationalistes radicales. Si sa presse et ses militants parlent de socialisme, c’est en s'inspirant justement des courants nationalistes radicaux qui sont venus au pouvoir à Cuba, au Vietnam du Nord notamment. Ce fait fondamental ne doit pas être masqué par les concessions de langage au trotskysme.

Cela dit, il faut répondre à certaines critiques du GRS ne serait-ce que pour lui permettre de juger du peu de poids de ses propres arguments.

Nous ne nous attarderons pas sur le premier paragraphe (a) de la partie critique intitulée « la question du pouvoir aux travailleurs ». Nous reprocher de n’avoir

pas mis dans la circulaire une « propagande pour le socialisme pour le pouvoir aux conseils ouvriers et paysans antillais » relève de la plus parfaite stupidité. Le GRS aurait pu tout aussi bien nous conseiller de diffuser à des dizaines de milliers d'exemplaires le programme de transition ou le manifeste communiste en guise de circulaire électorale !

Autour du mot d’ordre des « conseils ouvriers » par exemple, ne peut s’organiser actuellement qu'une activité propagandiste fournissant aux travailleurs les plus avancés une perspective. Il aurait été tout à fait déplacé au cours d’une campagne électorale, se situant dans le cadre actuel de la vie politique aux Antilles, de se lancer dans une agitation autour de ce mot d’ordre des « Conseils Ouvriers ».

La justesse d’un mot d’ordre révolutionnaire n’en fait pas pour autant une panacée applicable en toute circonstance et à tout propos. C’est précisément le rôle d'une organisation révolutionnaire de savoir, étant en possession du programme révolutionnaire, fournir, dans chaque circonstance et à chaque tournant de l’activité politique des masses, les mots d’ordre justes qui permettent d’élargir cette activité.

Agir autrement, c’est se conduire en doctrinaire « stérile, superficiel et passif ».

Quant au paragraphe (c) son contenu n’est pas plus sérieux. Le GRS nous reproche d’avoir écrit :

« ...il faudra nous battre par tous les moyens contre l’État qui nous opprime et nous maintient dans la misère... ». Notre crime consiste à n’avoir pas répondu à « la question de la violence révolutionnaire à opposer à la violence contre-révolutionnaire » !

La mauvaise foi est patente et risible !

C’est le paragraphe (b) qui mérite qu’on s’y arrête le plus longuement.

Le GRS juge comme une « capitulation » devant le nationalisme, notre revendication d’un pouvoir politique « ici et non à 7.000 km », « d’une assemblée législative et exécutive ici même et non à 7.000 km ».

Le GRS y voit même de la « xénophobie » !

Enfonçant une porte largement ouverte, le GRS nous dit qu’il « fallait préciser que les gens qui se trouvent à 7.000 km et qui prennent des décisions colonialistes concernant notre vie sont les exploiteurs de la classe ouvrière française ». De qui d’autre pouvait-il être question, sinon des capitalistes, puisque nous avons écrit très précisément : « nous ne voulons pas être gouvernés par des gens qui se trouvent à 7.000 kilomètres ». Il s’agit évidemment du gouvernement en place, celui des capitalistes et des colonialistes. La mauvaise foi du GRS ici encore, est évidente.

Mais cette critique du GRS soulève un autre problème. Comment les travailleurs des Antilles

pourront-ils exercer un jour le pouvoir autrement qu’ici même, dans le pays où ils travaillent, où ils vivent. Et cela, quelque soit le régime politique de la France.

L’État bourgeois étant en place en France exerçant sa domination colonialiste sur les Antilles, il est évident que les travailleurs de ces pays, ont intérêt à réclamer, à la tête de toutes les masses populaires, l’indépendance des Antilles et un gouvernement « ici et non à 7.000 km ».

Après le renversement du régime bourgeois en France, l’État ouvrier français devra bien entendu reconnaître à toutes les colonies françaises le droit d’accéder immédiatement à leur indépendance. Des liens de type nouveau pourraient naître alors entre les anciennes colonies de la France impérialiste avec le nouvel État ouvrier de France. On peut même envisager la possibilité que, pour se protéger contre d’autres pays impérialistes, d’anciennes colonies françaises refusent la séparation d’avec l’État ouvrier français, en accord avec lui. Et même dans ce cas, les Antilles ne seraient pas dirigées à 7.000 km d’ici, mais bien sur place par les travailleurs antillais eux-mêmes. Pour les marxistes, la classe ouvrière n’exerce pas son pouvoir par délégation mais par le contrôle permanent. La politique de l’État doit s’élaborer sous les yeux des travailleurs.

Voilà pourquoi nous ne faisons pas la moindre concession au nationalisme, quand nous réclamons un pouvoir politique ici même, et non à 7.000 km.

Rester dans le vague sur la question de l’indépendance, ne pas comprendre les aspirations nationales des peuples de Antilles, à ne plus être gouvernés par des gens se trouvant à 7.000 km de chez eux, ne pas répondre à ces aspirations en luttant dans la perspective d’une « assemblée législative et exécutive », des travailleurs de la Guadeloupe et de la Martinique, c’est faire preuve de la plus grande passivité en face de la question coloniale.

C'est dire aux travailleurs des Antilles, d’attendre que le gouvernement colonialiste soit balayé en France par les travailleurs français. C’est tomber dans l’attentisme le plus complet. En fin de compte, c’est un mauvais service rendu à toute la classe ouvrière car cela aboutit à laisser la tête des luttes pour l’indépendance aux nationalistes.

Il n’est pas surprenant qu’un courant radical petit-bourgeois, nationaliste au fond, oscillant entre les positions marxistes (l’auteur de l'article prétend discuter en militant trotskyste) et celle du nationalisme, dépasse quelquefois, dans son mouvement pendulaire, les positions marxistes, pour tomber dans l’ultra-gauchisme.

Nous sommes quant à nous, prêts comme nous y invite le GRS, à poursuivre la discussion, chaque fois qu’elle restera évidemment sur le terrain politique.

Claude ROCHA.


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CRISE DU PETROLE

Une pénurie artificielle organisée pour voler les consommateurs

Ainsi donc, le pétrole ferait défaut entraînant une grave crise de l'énergie. Déjà, on nous a demandé de faire des économies, dans d’autres pays on a interdit la circulation des véhicules certains jours, dans d’autres encore on ferme des usines, on ralentit l’activité économique. Si nous en croyons la presse, la radio, la télé, en un mot tous les organes de propagande de la bourgeoisie, nous entrerions, dans une ère de pénurie en matière de pétrole. Par la faute des États arabes disent les imbéciles ou ceux qui spéculent sur le racisme latent, par cause d’épuisement naturel disent les autres. C’est une ineptie. Les réserves actuelles permettraient des décennies et des décennies d’approvisionnement dans les conditions actuelles d'exploitation. En investissant dans les moyens techniques adéquats, il y a du pétrole pour plusieurs siècles. D’ici là, le génie humain aura découvert bien d’autres sources d’énergie. Il n’est donc nullement question de pénurie naturelle.

Alors, pourquoi tout ce remue-ménage ? D’autant plus que, dans le cas particulier de la France, le gouvernement a lourdement insisté au cours des semaines passées, que les réservoirs, sont pleins et que nulle menace de boycott politique n’est à prévoir. Pourquoi alors cette brusque et ridicule nécessité de rouler à 90 kilomètres à l’heure ou d’économiser sur les enseignes lumineuses ?

En fait, cette pénurie artificielle est provoquée sciemment par les grandes compagnies pétrolières. Elle s’inscrit dans le cadre d’une politique à long terme de ces compagnies qui vient à échéance aujourd'hui. La demande en pétrole a, ces dernières années, été sans cesse en augmentant. Pour y faire face, les grandes compagnies devraient ouvrir de nouveaux puits, construire des raffineries supplémentaires ou des pétroliers géants, des pipe-lines, etc.

Mais dans ce secteur de l’économie, l’extension de la production demande des investissements considérables, qui grèveraient de façon importante le budget de ces compagnies et limiteraient les surprofits auxquels elles sont habituées.

Aussi, les grandes compagnies pétrolières qui produisent pour leurs profits et non pour la satisfaction des besoins humains ont-elles choisi une autre solution. Solution qu’il leur est possible d’imposer aux consommateurs parce qu’elles ont le monopole de toutes les phases de la production pétrolière, des puits aux pompes à essence.

Elles entendent maintenir la production au même niveau, et profitant de l’accroissement de la demande, réaliser leurs surprofits en augmentant considérablement le prix de vente des produits raffinés (puisque leur coût de production, le capital investi restera le même). Elles pourraient ainsi faire payer par avance aux consommateurs le coût des investissements futurs.

Toute leur orientation, ces dernières années, a visé à acquérir une situation de monopole sur l’ensemble des branches énergétiques pour pouvoir faire passer plus facilement cette politique-là. La prétendue pénurie actuelle n’est qu’une préparation psychologique, avec la complicité des États bourgeois, en vue de l’augmentation des tarifs.

Mais cette politique criminelle, conçue dans une période de calme relatif, parce qu’elle arrive à échéance au milieu d’une crise monétaire, peut avoir de graves conséquences. Elle peut, en effet, contribuer à un important ralentissement de la production, et s’ajouter aux effets néfastes de la crise monétaire sur le commerce et donc sur la production. La politique malthusienne des trusts du pétrole peut déboucher sur la crise économique.

Les implications pour les travailleurs seraient incalculables,

car ce serait des dizaines et des dizaines de milliers d’entreprises qui fermeraient, jetant ainsi les travailleurs sur le pavé.

En particulier aux Antilles où déjà, en temps prétendu normal le chômage sévit, toute aggravation sera catastrophique. Les travailleurs doivent engager dès maintenant la lutte pour qu’ils ne soient pas obligés de payer le prix de la gabegie capitaliste. La première des revendications à mettre en avant dans une période de ralentissement est le partage du travail entre tous les travailleurs sans réduction de salaire. C’est une question vitale pour les travailleurs. Nous ne voulons pas que toutes les usines des Antilles se transforment en autant de Bonne-Mère.

Mais au-delà de cette lutte d’autodéfense, il reste que nous, travailleurs, avons à nous organiser afin de jeter bas ce système avant qu’une fois encore il ne sème le chômage et la misère dont il se nourrit.
J.-P. VALDE.


ETHIOPIE. Cent mille morts, victimes de l'impérialisme

Les morts se comptent chaque jour par milliers en Éthiopie. Six millions de personnes au total seraient menacées de mourir de faim. Et ceci, paraît-il, à cause de la sécheresse.

Que l’Éthiopie connaisse actuellement une période de sécheresse, c’est un fait. Mais nous ne vivons plus dans ces époques reculées où la sécheresse était considérée comme une calamité naturelle contre laquelle les hommes ne pouvaient rien, ou encore comme une punition des dieux contre laquelle la seule ressource était de prier.

Aujourd’hui, il est possible de creuser des canaux d’irrigation, de forer des puits, d'arroser en utilisant des avions, bref de faire pousser des plantes même dans les régions les plus déshéritées. Il est même possible à l’homme de créer artificiellement des pluies locales.

Mais pour tout cela il faut des capitaux que ne possèdent pas les petits paysans et les masses pauvres d’Éthiopie. Et, non seulement les privilégiés d’Éthiopie. ne se soucient nullement de mettre ces capitaux et ces moyens techniques à la disposition des petits paysans, mais ils leur volent même le peu qui permettrait à ces derniers ne serait-ce que de creuser des puits supplémentaires. Le paysan éthiopien doit donner trois quarts de ses récoltes aux seigneurs ! Que pourrait-il donc mettre de côté pour améliorer ses terres ?

Le souci des riches et des propriétaires fonciers est avant tout d’exploiter encore et toujours plus les petits paysans sans hésiter, à ne leur laisser que la peau sur les os, ou comme cela se passe aujourd’hui, à les acculer à la mort pure et simple.

Car, en Éthiopie. comme dans bien d’autres pays d’Afrique, c’est un véritable système féodal qui survit aujourd’hui. C’est tout un ramassis de profiteurs qui, eux, ne souffrent jamais de la faim, qui vit sur le dos des paysans pauvres. Et au sommet de cette société moyenâgeuse, c'est un régime de dictature dont la corruption n’a d’égal que la férocité. Ce régime vient de faire assassiner, après les avoir fait torturer, plusieurs étudiants, simplement parce qu'ils avaient manifesté contre la famine.

Et derrière ces parasites, derrière leur représentant en chef Haïlé Sélassié, il y a l'impérialisme.

Et c'est l’impérialisme (anglais à l’origine, aujourd’hui américain) qui soutient le régime de Haïlé Sélassié et de sa caste d’usuriers et de féodaux d'un autre âge.

Si l'impérialisme trouve son intérêt à aiderfinancièrement, parfois militairementde tels régimes à se perpétuer, c’est bien sûr parce qu’ils se font sur place ses valets et ses gendarmes, les meilleurs garants des inégalités et des injustices dans cette partie du monde.

C'est en fait l’impérialisme et ses valets féodaux locaux les seuls et uniques responsables de la famine en Éthiopie. et c'est seulement après la destruction de l’impérialisme que les hommes pourront exploiter rationnellement toute la planète et rendre impossible qu’une sécheresse ou une mauvaise récolte puisse avoir des conséquences aussi catastrophiques.

N.C.


Grèce : La dictature se maintient

L’ordre règne à nouveau à Athènes. Certains y ont tout de suite vu l'équivalent d’un retour à une vie plus parlementaire, à cause de la présence au pouvoir de politiciens de droite, tel Caramanlis.

Mais le calme rétabli, l’a été à la faveur d’un coup d’État dont l’instigateur n’est autre que le chef de la police qui, comme dans tout régime, n’a pas la réputation de pencher en faveur de la démocratie.

Et les résultats sont là : les mêmes hommes en place, le même régime de dictature policière se maintient.

De même que Papadopoulos s’est illustré en noyant dans le sang la révolte des étudiants, le nouveau régime est prêt à en faire autant, sinon plus.

C’est du reste parce qu’ils reprochaient à Papadopoulos de n’avoir pas agi suffisamment vite, que les nouveaux dirigeants ont fait leur apparition sur la scène politique.

Cependant, le mouvement étudiant qui a entraîné après lui des dizaines et des centaines de milliers de personnes, a révélé qu’il y avait en Grèce des gens prêts à protester et à se battre contre les mitraillettes et les chars.

Mais leur combat, aujourd'hui, se déroule dans des conditions infiniment plus difficiles qu’auparavant, infiniment plus difficiles en tout cas qu’avant le précédent coup d’État de 1967 qui avait porté au pouvoir les colonels. A l'époque, les masses laborieuses grecques s’étaient laissées abuser par les promesses fallacieuses de ceux qui continuent à faire espérer monts et merveilles d’un changement électoral. Et pendant que les partis qui se réclamaient des travailleurs grecs et de la gauche préparaient fiévreusement des élections, qui allaient avoir lieu, l’état-major de l'armée préparait le coup d’État.

Prenant le décorum parlementaire du pouvoir pour le pouvoir lui-même, les masses laborieuses laissaient la soldatesque préparer son mauvais coup à l’ombre du véritable pouvoir, celui des armes. Le peuple grec a alors payé par l’assassinat, la déportation, l'emprisonnement de milliers des siens d’avoir fait confiance à ceux qui ont tout misé sur le jeu parlementaire.

En fait, dans un système tel que le système parlementaire, le jeu de bascule qui, en théorie, permet qu’à chaque élection — ou presque — l’on assiste à un changement de majorité, n’est qu’un paravent, une simple façade.

Et les événements du mois dernier en Grèce viennent après ceux de 1967 et ceux, plus tragiques encore, du Chili, nous renforcer dans la conviction que les travailleurs doivent ne rien attendre des élections et se détourner de tous ceux qui, justement, leur demandent de croire en la possibilité d’un changement radical par la voie électorale.

Il faut, travailleurs, se préparer chaque jour, car ceux du camp d’en face, eux, se préparent.

« Qui a du fer, a du pain » ; cette phrase conserve, aujourd’hui encore, toute la valeur qu’elle avait déjà à l’époque — il y a plus d'un siècle — où elle a été prononcée pour la première fois.

Si les travailleurs veulent le pain et la liberté, il faut qu’ils arrachent les armes aux serviteurs de la bourgeoisie. Croire et faire croire que ces derniers ne se serviront pas de leurs armes pour se défendre contre les opprimés si ceux-ci lèvent la tête, est une erreur grave. L’affrontement est de toute façon inévitable, comme l’a montré à une petite échelle, la révolte estudiantine d’Athènes. Et enlever aux forces de répression de la bourgeoisie l'initiative et les moyens, est encore la solution la moins coûteuse en vies et en sacrifices pour les opprimés.

Nous devons le faire comprendre autour de nous. Chaque jour de perdu par nous, retarde d’autant la fin de cette société, paradis pour les riches, enfer pour les prolétaires.

L’État — et avant tout l’état-major, les gendarmes en tout genre —, c’est celui des bourgeois ; il est à leur service, il nous faut le briser. Il le faut, car tant que cet appareil demeure intact, la menace de ce qui s’est passé au Chili ou à Athènes, reste suspendue au-dessus de nos têtes.

C.G.