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Archives de CO/CO avant 2001/CO de 1973-74 - en travaux -/CO n° 30 du 10 oct. 1973

CO n° 30 du 10 oct. 1973



EDITORIAL


Les ouvriers de Bonne-Mère occupent l’usine :

UN EXEMPLE A SUIVRE !

Depuis le 25 septembre, les ouvriers qui étaient menacés immédiatement de licenciement du fait de la décision de fermeture de l’usine de Bonne-Mère occupent cette usine.

Certes, cette occupation ne va pas gêner directement les capitalistes usiniers dans la mesure où nous nous trouvons à l'inter-récolte et que l’usine ne produit pas de sucre. Mais le fait même d’occuper est d’une grande importance car c’est la première fois aux Antilles que les travailleurs réagissent ainsi en face de la fermeture d'une entreprise ; et cela aura dans l’avenir une énorme importance car les ouvriers de Bonne-Mère, quelle que soit l’issue de leur combat, auront montré la voie à suivre à toute la classe ouvrière. Car ce n’est pas seulement dans ce secteur que les patrons décident de fermer leur entreprise, momentanément ou définitivement, et de licencier le personnel quand leurs affaires vont moins bien. Cela est monnaie courante dans le bâtiment ; il n’y a pas bien longtemps, l'hôtel Caravelle a fermé ses portes pour « transformation » et a jeté à la rue deux cents travailleurs sans même leurs payer intégralement toutes leurs indemnités de licenciement.

Après la résistance des employés des crèches et garderies, celle des ouvriers de Bonne-Mère montre que quelque chose est en train de changer aux Antilles : les travailleurs ne sont plus décidés à accepter sans se défendre la politique des patrons, ils ne veulent plus faire les frais de la situation anarchique de l’économie des Antilles, ils ne veulent plus accepter que, après les avoir bien exploités, les patrons les rejettent purement et simplement à la rue.

Les travailleurs de Bonne-Mère nous montrent à tous la voie à suivre. Si les patrons ne sont pas capables de faire marcher l’économie, s’ils veulent détruire ce qui existe sans que rien ne soit mis à la place, eh bien les travailleurs prendront en main leurs entreprises pour les obliger à tenir compte de leur volonté ou à s’en aller. Et dans ce combat-là les travailleurs ne sont pas les plus faibles, il ne faut pas oublier que tout ce qui est produit, tout ce qui fonctionne, c’est grâce à la force de travail des ouvriers que cela se fait.

Il ne faut pas que ceux de Bonne-Mère soient les seuls à aller à la bataille. La simple solidarité, pour importante qu’elle puisse être, ne suffit pas. Ce qui frappe les travailleurs de Bonne-Mère, la perte de leur gagne-pain, menace tous les travailleurs des Antilles. Il faut un plan de bataille de tous les travailleurs contre les patrons, visant à empêcher que ces derniers puissent licencier, réduire des ouvriers à la misère. Ce plan de bataille commence par une politique hardie, qui refuse d’admettre que l’on oppose au droit de vivre des centaines et des milliers de familles ouvrières le droit de propriété des bourgeois. Ceux de Bonne-Mère ont refusé d’admettre qu’en invoquant son droit de propriété le patron les jette à la rue. C’est en cela que leur exemple vaut pour tous les travailleurs des Antilles.

Les travailleurs peuvent faire plus que d’arrêter le fonctionnement d’une économie où ils produisent tout, et où ils n’ont rien, ils peuvent prendre le contrôle de leurs usines et au-delà du pays, faire marcher l’économie pour leur compte, comme pour le compte de toutes les classes populaires.

C’est dans cette direction et dans cette direction seule que les travailleurs des Antilles trouveront la voie du salut.


Pour faire reculer le patronat, UNITE D'ACTION

Suite à la fermeture des usines de Bonne-Mère et de Comté, la CGTG, le PCG, l’Union des Femmes

Guadeloupéennes, la Jeunesse Communiste ainsi que notre tendance ont décidé de mener une action commune pour obtenir la réouverture des deux usines fermées.

En effet, il semble nécessaire que le plus grand nombre d’organisations syndicales et politiques se réclamant de la classe ouvrière unissent leurs efforts pour lutter efficacement contre ce mauvais coup perpétré par les capitalistes usiniers avec l’appui de l’administration coloniale. La classe ouvrière, si elle veut vaincre, doit regrouper toutes ses forces, doit rassembler toute son énergie. C’est pourquoi, en dépit des divergences, parfois profondes, que nous avons, avec les organisations qui ont pris l’initiative de l’action commune, décidé de nous joindre à elles pour participer à toutes les actions unitaires qui seront entreprises pour la réouverture des usines.

Bien sûr, le fait d’agir en commun avec d’autres organisations ne nous conduit absolument pas à abandonner notre point de vue concernant ces organisations, ni notre programme politique, ni la

politique que nous estimons indispensable contre la menace qui pèse sur tous les travailleurs des Antilles. Bien au contraire, tout en agissant ensemble, nous tenons à développer notre point de vue y compris, et surtout, sur la façon dont ces organisations envisagent la lutte contre les licenciements et les fermetures d’usine.

Mais nous le répétons, ce qui pour nous est important, ce qui pour tous les travailleurs est vital, c’est la lutte à engager contre l’ennemi commun : les capitalistes usiniers. Or, pour faire plier ces capitalistes, il faudra un vaste mouvement de protestation, il faudra déployer une énergie autrement plus grande que celle dont ont fait preuve les organisations syndicales jusqu’ici. En définitive, il faudra en arriver à mobiliser les travailleurs de tous les secteurs contre cette fermeture.

La lutte contre la fermeture des usines entre dans le cadre d’une vaste lutte pour la défense et la sécurité de l’emploi en Guadeloupe. A ce titre, elle concerne à la fois tous ceux qui travaillent et tous ceux qui sont déjà chômeurs. Pour ceux qui travaillent, l’augmentation du nombre de chômeurs pourrait avoir des conséquences extrêmement fâcheuses sur les salaires et la sécurité de l'emploi. Plus les chômeurs sont nombreux, plus les patrons peuvent proposer de bas salaires, et plus facilement ils peuvent licencier, assurés qu’ils vont trouver des milliers de travailleurs pour occuper l’emploi vacant.

Quant aux chômeurs, c’est l’espoir de trouver un emploi qui s’effrite totalement. Pour toutes ces raisons, les travailleurs de Bonne- Mère et de Comté ne sont pas les seuls concernés dans cette affaire. Ils ne doivent pas non plus mener seuls l’action contre la fermeture des usines.

Plus que jamais une action d’ensemble des travailleurs s'impose. Dans l’immédiat, cette action peut prendre la forme de meetings, de manifestations de rues, mais il faudra tôt ou tard, et plus tôt que tard, en arriver à une grève générale affectant aussi bien les entreprises privées que les entreprises publiques et les administrations. Cette grève générale, peut garantir le succès des travailleurs de Bonne-Mère et de Comté et donner un sérieux avertissement aux patrons. En ce sens, les actions communes que nous avons entreprises et que nous entreprendrons dans les jours à venir doivent servir de préparation à la grève générale.

Claire GOYA.



GUERRE AU MOYEN-ORIENT :

DES PEUPLES SAIGNÉS, VICTIMES DE L’IMPÉRIALISME

Une fois de plus, une nouvelle guerre israélo-arabe a éclaté dans la journée du 6 octobre. Au moment où nous écrivons, des engagements extrêmement violents se déroulent dans le Sinaï et dans le Golan. Dans le ciel, les batailles aériennes font rage.

Et chacun des deux camps, israéliens et arabes, se rejettent réciproquement la responsabilité du déclenchement de ce nouveau conflit. Mais la question est finalement secondaire, car toute la politique de diviser pour régner menée par les puissances impérialistes dans cette région du monde avait créé une telle poudrière, que la moindre étincelle suffit à la faire exploser.

Ce qui est certain, c’est que ni le peuple israélien, ni le peuple arabe n’ont aucun intérêt à cette guerre. Cette guerre, ne réglera rien au Moyen-Orient. Mais exacerbera encore plus la haine qu'on avait développée entre les deux peuples, au plus grand profit de leurs dirigeants.

Quelle que soit sa responsabilité immédiate dans le déclenchement de la guerre en cours, Israël assume une responsabilité écrasante dans la situation qui y a conduit. Par des guerres successives, il a frustré les pays arabes de morceaux de leurs territoires et surtout, il a dépossédé tout un peuple, le peuple palestinien, de son pays. En faisant confiance à des dirigeants qui mènent cette politique là, le peuple israélien est condamné à la « paix armée » perpétuelle, à la crainte d’une attaque toujours possible, au rôle de gendarme contre le peuple palestinien opprimé. « Un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre », et même une victoire sur les armées arabes ne changera cet état de fait.

Quant aux peuples arabes, leur situation n’est pas meilleure. La haine contre Israël est utilisée par des dirigeants, parfois parmi les plus réactionnaires, pour se donner une certaine légitimité, une certaine raison d’être auprès de leurs peuples. Le nationalisme anti-israélien est le ciment qui consolide des régimes pourris que les peuples arabes auraient dû abattre depuis longtemps.

Dans ce conflit, ce sont finalement les impérialistes américains qui risquent d’être les véritables gagnants. Eux, qui ont d’énormes intérêts en jeu dans cette région du monde, ont tout intérêt à ce que les peuples du Moyen-Orient s'entre-déchirent. Et dans l’immédiat, si une victoire des armées israéliennes, conduisait à un affaiblissement de la position des dirigeants arabes, cela arrangerait en premier chef les sociétés pétrolières en difficulté avec les États arabes.

Une fois de plus, des milliers d'hommes seront morts pour que les grandes compagnies pétrolières et les marchands de canon ramassent un peu plus de bénéfices encore.


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Pas de licenciement, pas de chômage.
Ceux de Bonne-Mère nous montrent la voie


BONNE-MERE OCCUPEE

C’est le 25 septembre que les 113 ouvriers et employés de l’usine de Bonne-Mère devaient reprendre le travail après avoir bénéficié de leurs congés payés annuels. Mais la direction, profitant du ralentissement des activités en fin de récolte et de l'absence de la majorité des travailleurs, décidait purement et simplement de fermer l’usine.

Après la campagne d’information, à travers toute la Guadeloupe, menée par toutes les organisations de gauche et d’extrême-gauche, les ouvriers de l'usine décidaient d'agir par eux-mêmes. C’est ainsi que le 25 septembre, ils se présentaient tous au travail pour reprendre, sans tenir compte des décisions de la direction. Celle-ci, de son côté, avait dressé une liste de travailleurs qui étaient réembauchés provisoirement en attendant le démantèlement de l’usine. Quarante-huit personnes étaient ainsi admises à travailler à Bonne-Mère. Mais les travailleurs, au cours de l'assemblée qui s’est tenue à l’entrée de l’usine, devaient décider de pénétrer tous et de rejoindre leur poste de travail habituel. C’était l'occupation de l’entreprise et la contestation du droit des patrons à décider de l’avenir de l’usine sans tenir aucunement compte des problèmes que cela posent aux travailleurs.

Jacques BRUEL.


Pointe-à-Pitre : deux manifestations contre la fermeture !

Le 21 septembre, plus de 150 personnes ont manifesté dans Pointe-à-Pitre contre les fermetures d’usines, à l’appel de la CGT, de CO, du PCG, de l’Union des Femmes, des JC.

Les manifestants ont ainsi défilé depuis la cité Mortenol jusqu’à l’usine Darboussier en chantant l’internationale et en scandant des slogans tels :

« Non à la fermeture des usines ! »

« Non aux licenciements ! »

Le délégué syndical de Bonne-Mère prit la parole devant l’usine Darboussier, appelant les travailleurs de cette usine à se tenir prêts à débrayer pour appuyer la lutte de leurs camarades licenciés.

Le jeudi 4 octobre, une deuxième manifestation organisée par la CGTG et soutenue par CO, le PC, l’Union des Femmes et la JC, regroupa elle aussi environ 150 personnes à son point de rassemblement devant le hall des Sports.

Le cortège parcourut les rues du centre ville, et notamment la rue Frebault qui, depuis bien longtemps, n’avait pas résonné aux cris d’une manifestation de travailleurs.

Arrivés près du Prisunic, le cortège rencontra un cordon de policiers qui voulaient l’empêcher de rejoindre l’usine Darboussier comme cela avait été prévu. Mais les manifestants ne se laissèrent pas faire et les deux barrages furent percés après quelques heurts avec la police.

La sympathie rencontrée par ces deux manifestations dans la population de Pointe-à-Pitre, le fait que plusieurs passants se sont spontanément joints aux manifestants, tout cela montre que de telles actions sont non seulement possibles, mais encore essentielles dans la lutte contre la fermeture des usines et les licenciements massifs.

Noël CANTIUS.


Manifestation de l'UTA à Sainte-Rose :

Intérêts de boutiques ou intérêts des travailleurs ?

Le dimanche 30 septembre, l’UTA organisait à Sainte-Rose une manifestation, à laquelle appelait également la section CGT de l’usine Bonne-Mère. Cette manifestation avait pour but de soutenir les travailleurs de Bonne-Mère en lutte pour la réouverture de leur usine. Malgré la pluie, environ 350 personnes, dont une partie venait de la Grande-Terre, s’étaient déplacées pour manifester leur solidarité.

La manifestation fut incontestablement une action positive, qui ne peut que renforcer le combat que mènent les travailleurs des usines, et qui a permis à la population de Sainte-Rose d’exprimer son opposition au patronat et à l’administration.

Cela, malgré le fait que les organisateurs, plus précisément la direction de l’UTA, donnèrent avant le départ pour consigne au service d’ordre de ne tolérer aucune banderole autre que celles préparées par l’UTA ; mieux encore, il fallait veiller à ce que personne ne lance de mots d’ordre différents de ceux prévus par les dirigeants de l’UTA. Les dirigeants de l’UTA tenaient à montrer qu’ils avaient le contrôle total de la manifestation !

Le défilé fut suivi d’un meeting sur le stade de Sainte-Rose, auquel assistèrent la majorité des manifestants.

Si la manifestation fut, nous l’avons dit, positive dans son ensemble, on ne saurait en dire autant de ce meeting. Les personnes présentes ont pu raisonnablement se demander quel était pour les dirigeants de l'UTA-UPG le but principal de cette réunion : dénoncer le patronat et son administration, soutenir les ouvriers de Bonne-Mère en lutte, ou bien se livrer à une attaque contre les diverses organisations et tendances politiques, entre autres le PCG, Chal'touné et Combat Ouvrier.

En effet, après l’intervention d’un délégué de Bonne-Mère qui rappela les conditions dans lesquelles l’usine avait été fermée, le secrétaire de l’UPG donna le ton pour le reste de la réunion. Ses premières paroles furent une allusion à une discussion entre une camarade qui défend nos idées et un enseignant partisan de l’UTA : cela permit à l’orateur d’introduire ce qui allait être le thème favori de tous ceux qui devaient prendre la parole par la suite : l’opposition entre les intellectuels « honnêtes » et les intellectuels « malhonnêtes ». En gros, les intellectuels « honnêtes », ce sont « ceux qui ont aidé à créer l’UTA » et tous ceux qui partagent leurs idées ; les « malhonnêtes », ce sont tous les autres. Et l’orateur d’ajouter parlant des « honnêtes » : « Je les connais, ils ont tous chez eux une houe, une fourche, un sabre ». Voilà ; achetez une houe, une fourche, un sabre et vous serez honnêtes.

Ce que résume parfaitement la formule du secrétaire de l’UPG : « la classe ouvrière, c’est-à-dire nous, les paysans pauvres ». Camarades ouvriers du bâtiment, il doit y avoir en vous un intellectuel malhonnête qui s’ignore !

Deux orateurs reprirent les mêmes thèmes, puis on donna la parole à un étudiant de l’AGEG. Celui-ci, après tout ce qui venait d’être dit contre les intellectuels, éprouva le besoin de lever tous les doutes concernant sa personne. Aussi posa-t-il lui-même le problème : « Camarades, je suis un intellectuel. Mais vous devez vous demander : est-il honnête, est-il malhonnête ? ». Le doute plana sur l’assistance... Mais après quelques phrases, tout le monde fut rassuré : c’était un intellectuel honnête ! Il précisa : « Pendant neuf mois nous sommes en France, nous passons des examens, mais quand nous revenons en Guadeloupe, nous allons parmi les masses, et ce sont elles qui voient si nous sommes bons ou pas bons ; elles nous donnent alors un diplôme, et tant que nous n’avons pas ce diplôme des masses, nous ne pouvons pas être considérés comme honnêtes ».

Notre intellectuel-honnête-diplômé par « les masses » se livra alors à une attaque en règle contre les « malhonnêtes », et il précisa sa pensée en nommant Chal’touné et surtout Combat Ouvrier.

Vint ensuite le secrétaire général de l’UTA, qui, fit enfin la seule proposition d’action concrète de la journée. Il annonça pour la semaine suivante le déclenchement d’une action dans le secteur agricole.

Quelle que soit l’opinion que l’on puisse avoir sur les mots d’ordre proposés pour cette action, il est certain que l’UTA remplirait mieux son rôle en coordonnant les luttes du secteur agricole avec celles que mènent les travailleurs, à Bonne-Mère en particulier, plutôt que de passer son temps à des luttes de boutique, comme à ce meeting.

Henry BULVER


Hôtel Caravelle, faute d'organisation les travailleurs ont été vaincus sans se battre

On se souvient comment on a apprit avec surprise que la gestion de l’hôtel Caravelle n'étant pas rentable, celui-ci allait être vendu au Club Méditerranée qui possède déjà l’hôtel Fort-Royal à Deshaies. En conséquence à cela, et contrairement aux déclarations mensongères du gouvernement prétendant que le tourisme allait permettre de créer des emplois nouveaux en Guadeloupe, deux cents travailleurs, en majorité des femmes, ont été licenciés. Cette fermeture s'est opérée et pratiquement aucune action n’a été entreprise pour obliger la préfecture et la direction de l’hôtel Caravelle à proposer d’autres emplois aux licenciés.

Les travailleurs abandonnés à eux-mêmes furent vite découragés. Certains ont essayé et isolément de se défendre, tel le cas de cette femme, mère de quatre enfants. Elle travaillait depuis neuf ans à l’hôtel et était en congé de maternité lorsqu’elle reçut sa lettre de licenciement avec en tout et pour tout 410 F d’indemnité, Elle se présenta à l’inspection du Travail, se rendant bien compte que cette somme était dérisoire. Là, un inspecteur du Travail lui déclara qu’elle avait reçu son dû... Cette attitude de l'inspection du Travail, le fait aussi que très souvent, lorsqu’un travailleur se présente à l’inspection du Travail, cet organisme se dépêche de le signaler à son patron, montrent que les travailleurs ne doivent pas compter sur cet organisme pour défendre leurs intérêts, mais bien sûr leur propre organisation.

Pierre-Jean CHRISTOPHE


Licenciements à "Grand Camp"

Les travaux dans la cité Grand Camp devant se terminer d’ici quelque temps, la plupart des entreprises participant à cette construction s’arrangent pour se débarrasser à moindre irais de leurs travailleurs. C’est ainsi que la CAP entreprise de peinture, pour se débarrasser de ses travailleurs les a licenciés les uns après les autres. Depuis avril, elle a licencié les premiers, puis quelques-uns le mois suivant et ainsi de suite, les derniers devant quitter l’entreprise à la fin du mois d’octobre.

Comme on le voit la méthode ne change pas. Après s’être enrichi sur le dos des travailleurs les patrons se débarrassent d'eux. Et à chaque fois les patrons peuvent agir en douce, en toute tranquillité alors que les différents syndicats du bâtiment CGT-CFDT et Fraternité Ouvrière vont de commission paritaire en commission paritaire discuter avec les patrons du bâtiment.

Dans un tel cas, il est possible par la lutte d'exiger que le patron s'engage fermement à réembaucher en priorité les anciens ouvriers dans tout nouveau chantier. Mais, surtout par leur lutte, les travailleurs pourront prendre conscience de leur force et faire comprendre au patronat qu’à chaque licenciement il aura à affronter le mécontentement des travailleurs. Ils réfléchiront avant de licencier les travailleurs sur le dos desquels ils s'enrichissent.

Marc RODON.



Sainte-Rose

MEETING DE COMBAT OUVRIER CONTRE LA FERMETURE DES USINES

Le dimanche 16 septembre, Combat Ouvrier organisait à la mairie de Ste-Rose un meeting contre la fermeture des usines de Bonne-Mère et de Comté.

Notre première camarade insista sur la nécessité d’une action unie. Car expliqua-t-elle, il ne s’agit pas d’écouter pendant des semaines des « réunions d’information », puisque l’information nous l’avons : Claverie veut fermer l’usine. Il s’agit de décider un mode d’action de l’ensemble des travailleurs contre la fermeture des usines.

Une de nos camarades intervint, une fois encore au nom des 70 femmes licenciées des garderies et expliqua comment ces employées de garderie avaient osé lutter, osé contester la décision de l’administration préfectorale.

Un jeune du Comité d’Action contre la fermeture des usines est intervenu pour expliquer aux travailleurs que le Comité d'Action avait pour but l’élargissement de la lutte, le regroupement de tous les travailleurs licenciés, mais aussi de tous ceux qui, d’ici peu, subiront les conséquences de cette fermeture.

Un vieux travailleur de Morne-Rouge, suivi d’un licencié de l’usine Bonne-Mère manifestèrent eux aussi leur accord sur la nécessité de l’action commune contre la fermeture.

C’est alors que l’un de nos camarades intervint pour expliquer la position de Combat Ouvrier sur la nécessité de faire déborder le mécontentement dans la rue aussi bien à Ste-Rose qu’à Pointe-à-Pitre.

Le micro fut présenté aux travailleurs qui voulaient intervenir.

Le délégué CGT de Bonne-Mère vint dire que lui aussi était pour l’unité d’action et qu’il approuvait l’initiative de Combat Ouvrier d’appeler toutes les organisations politiques et syndicales à lutter ensemble contre les fermetures.

Deux militants de l’UTA vinrent défendre les positions de la direction de leur syndicat ou plus exactement attaquèrent une fois de plus notre tendance sur des sujets tout à fait étrangers à la lutte contre la fermeture des usines, ce contre quoi les participants manifestèrent leur agacement.

Vers 13 heures, le meeting se termina aux accents de l’internationale.
OGIER


Chantiers de chômage : La baudruche se dégonfle

Quelque temps après la fermeture des usines de Bonne-Mère et de Comté, le nouveau préfet de la Guadeloupe, Lecornec décidait de débloquer 500.000 F nouveaux afin de créer dans la région Sainte-Rose-Lamentin des chantiers de chômage. C’est ainsi que l’administration des eaux et forêts recevaient 70.000 F pour désherber et nettoyer les plages de Nogent et Cluny à Sainte-Rose. Mais ces 70.000 F furent vite épuisés, et dix jours après, les cinquante travailleurs qui se trouvaient sur les plages se retrouvaient à nouveau sans emploi. Mécontents, ils allèrent demander des comptes au maire de Sainte-Rose, qui fut bien embarrassé, et chercha plutôt à les calmer. Quelques jours après c’était autour des travailleurs d’un chantier de chômage du Lamentin de se retrouver à nouveau sur le pavé. Lecornec, appuyé en cela par les maires du Lamentin et de Sainte-Rose a voulu jeter de la poudre aux yeux des travailleurs, en leur faisant croire que ces chantiers de chômages allaient offrir de longs mois de travail. Mais les travailleurs commencent à comprendre que tout cela n’était que bluff et mensonge, ils n’ont pas l’intention d’avaler n’importe quelle pilule.

SIDOINE.


L'UTA, la politique et l’unité d’action

Les travailleurs ont pu constater récemment, à l’occasion de la lutte contre la fermeture des usines, le refus de l’UTA de participer à quelque action que ce soit, dès l’instant qu’y prennent part des organisations ou tendances politiques. En fait, c’est depuis son apparition en 1971 que l’UTA mène une telle politique. Ne serait-ce que cette année, elle était absente de la campagne de protestation contre la fraude électorale. Pour le 1er mai, elle refusa de manifester à Pointe-à-Pitre en compagnie d’organisations politiques, et défila seule à Ste-Rose. On ne la vit pas plus, lors de la manifestation du 21 septembre à Pointe-à-Pitre, avec les ouvriers de Bonne-Mère. Au cours du meeting organisé par elle le 30 septembre, elle affirmait par la bouche de son secrétaire général : « nous refuserons toujours de faire une action commune avec le PCG, le Parti socialiste, Combat Ouvrier ou autres... »

La raison invoquée, c’est le refus de collaborer avec les « politiciens ». Et si, parmi ces politiciens, on cite encore le PCG et le PS, voire Chal’touné, il faut dire que notre tendance semble désormais être la cible favorite des dirigeants de l'UTA. Ceux-ci utilisent l’écœurement provoqué au sein d'une fraction importante des travailleurs par les pratiques politiques des partis bourgeois ou réformistes pour détourner les travailleurs de la politique en général. « C’est la politique qui nous a mis dans la situation actuelle », voilà une réflexion qu’il n’est pas rare d’entendre chez des travailleurs membres de l’UTA.

Comme si, rien que la lutte contre les CRS, képis rouges et forces de répression en tous genres qui envahissent régulièrement les champs de canne lors des grèves, n’était pas une lutte politique.

Les travailleurs doivent faire de la politique, mais une politique qui soit la leur, pas celle des politiciens bourgeois. Or, sous couvert d’apolitisme, l’UTA veut enchaîner les travailleurs derrière une politique bourgeoise.

Parfois, ouvertement. C’est ainsi que pendant la campagne pour les élections cantonales, où notre tendance présentait un candidat au Lamentin, on put voir deux responsables de l’UTA prendre la parole pendant la discussion et affirmer que Dagonia étant déjà là, on n’avait qu’à le laisser tranquille. Ainsi « l'apolitisme » de ces deux dirigeants les amenait à soutenir publiquement un candidat de droite favorable au colonialisme.

Parfois de façon plus hypocrite. Pour bien comprendre l’orientation de cet « apolitisme » très politique, il convient de garder à l’esprit qu’à côté de la direction officielle de l’UTA, il y a les « conseillers techniques ». Ceux-ci, les Glaude et Cie, ne sont autres que d’anciens membres du GONG qui ont démissionné en 1971.

Les démissionnaires du GONG ont une influence certaine sur l’UTA, mais ils n’ont pas encore réussi à créer une organisation politique dont ils pourraient prendre la direction. Ce qu’ils espèrent, c’est pouvoir se servir du syndicat comme tremplin pour la création de leur parti. Mais ils ne se sentent pas assez forts pour le faire au grand jour. Quelques petits « sondages » se font de temps en temps : c’est ainsi qu’il y a quelques mois, on vit paraître dans la région de Ste-Rose, deux tracts annonçant la création du « PTG » (Parti des travailleurs guadeloupéens), puis plus rien. De la même façon, au milieu d’un discours contre les politiciens, le secrétaire de l’UPG dit que les travailleurs un jour devront aller aux urnes, mais que le temps n’est pas encore venu. C’est par

des « petites phrases » de ce genre que nos « intellectuels honnêtes » montrent le bout de l’oreille.

Mais en l’absence d’une organisation politique sous leur contrôle, les démissionnaires du GONG manifestent une sensibilité extrême ; ils craignent que l’action commune avec les organisations et tendances politiques n’attire vers ces dernières les travailleurs de l’UTA. Car les arguments selon lesquels « il faut aller plus loin que l’action syndicale » ont un écho certain chez les travailleurs. Cela explique aussi la hargne avec laquelle sont attaquées les tendances politiques, et la façon qu’ont les dirigeants de parler du syndicat comme de leur propriété privée.

Cette attitude sectaire, incompatible avec la démocratie qui devrait régner dans le syndicat, entraîne une division parmi les travailleurs, une méfiance qui ne peut qu’affaiblir le mouvement. Les dirigeants de l’UTA s’opposent à toute proposition venant d’un autre groupe, quitte à l’adopter après. Ainsi, lorsque nous avions proposé dans nos meetings début septembre de relancer la lutte sous forme de manifestations, les membres de l’UTA qui étaient présents laissèrent entendre que c’était absurde. Quinze jours plus tard, ils organisaient une manifestation dans les rues de Ste-Rose... Bien sûr, mieux vaut tard que jamais, mais plus on tarde à agir, plus le mouvement perd de sa force ; en particulier, s’ils avaient rejoint la manifestation que nous organisions en commun avec le PC, la CGT et les ouvriers de Bonne-Mère dans les rues de P.-à-P, l’action y aurait gagné en efficacité. D’autre part, les pratiques de l’UTA durant ses meetings, l’absence de toute démocratie ouvrière que nous dénoncions dans une numéro précédent, tout cela ne fait que jeter la confusion et le découragement parmi les travailleurs. Les dirigeants de l’UTA ont d’ailleurs ajouté un instrument à leur panoplie : en plus de la calomnie et de l’injure, ils n’hésitèrent pas lors de leur meeting du 30 septembre, à faire allusion à l’éventualité d’intervenir physiquement contre nos camarades. C’est ainsi qu’un membre de la direction de l’UTA, en pleine hystérie, affirma que « les trotskystes ne disent pas comment Lénine a exclu Trotsky du parti (!) et comment Staline l’a ensuite ratiboisé ; eh bien, nous les ratiboiserons aussi ! Nous serons les Staline de la Guadeloupe ! » Voilà une excellente façon d’être... apolitique.

Nous espérons pour les dirigeants de l’UTA qu’il ne s’agit que de paroles. Nous n’avons pas l’intention d’engager la « discussion » sur ce terrain. Mais nous tenons à les prévenir que toute intervention de ce genre se heurterait non seulement à notre propre détermination, mais aussi à celle de tous les travailleurs pour qui la démocratie ouvrière n’est pas un vain mot.

Mais les menaces proférées par les dirigeants de l’UTA sont caractéristiques non seulement de ceux qui les formulent, mais de ceux qui sont derrière, eux. C’est un avertissement clair à la classe ouvrière, du type de régime que ces gens espèrent mettre en place. Nos « intellectuels honnêtes » sont en fait des nationalistes petits-bourgeois, qui refusent tout débat, toute expression autonome de la classe ouvrière, et surtout tout contrôle. Et s’ils parviennent au pouvoir, c’est l’annonce pour les travailleurs de sanglantes désillusions, l’Algérie de Boumédienne en est un triste exemple.

Georges RASSAMY.


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Chili : un avertissement pour nous aussi, travailleurs des Antilles !

Depuis le coup d’État du 11 septembre, les bottes des militaires n'ont cessé de résonner au Chili. En effet, ceux-ci après s’être attaqués au mouvement ouvrier, après avoir incarcéré ou massacré des milliers de militants politiques, syndicaux, des travailleurs simplement soupçonnés d’avoir à un moment ou à un autre eu des contacts ou seulement des sympathies pour telle ou telle organisation politique ou syndicale, s’en prennent maintenant aux autres partis. Ainsi le parti national et la démocratie chrétienne viennent d’être dissous, et la junte ne cherche même pas à se draper des oripeaux démocratiques.

Cette terrible tragédie des travailleurs et du peuple chilien doit être pour tous les travailleurs du monde un avertissement. Les travailleurs ne peuvent espérer vaincre sans détruire l’appareil d’État de la bourgeoisie, c’est-à-dire sans désarmer et mettre hors d’état de nuire la caste des officiers, l’état-major. Nous aussi travailleurs antillais, nous avons bien des leçons à tirer de cette dure expérience ; notamment, nous aurons à être doublement méfiants à l’égard de ceux qui, aux Antilles, s’apprêtent à frayer à nos dépens la voie chilienne.

Tout d’abord ceux qui, aux Antilles (les PCM, PPM, PCG), tentent de nous faire croire que nous pourrons changer notre situation par le bulletin de vote. Ceux-ci ne nous proposent rien d’autre que de remettre notre sort à des gens comme Mitterrand, cet Allende français.

La présence de Mitterrand au gouvernement ne nous protégerait pas plus contre l’intervention de l’armée française que la présence de Allende n’avait protégé les travailleurs chiliens contre celle de l’armée chilienne.

Mais la leçon du Chili vaut aussi pour la politique que proposent aux travailleurs les nationalistes, fussent-ils les plus radicaux ; tous ceux qui prétendent que la révolution doit se faire en deux étapes, et que les travailleurs doivent attendre la deuxième pour s’attaquer à leurs propres objectifs.

Car la question est simple. Ou bien, au cours même du combat pour l’indépendance nationale, les travailleurs s’arment, prennent et exercent effectivement le pouvoir, sans laisser à quiconque d’autre la force et les armes. Ou alors, « pour ne pas briser l’unité du peuple », comme le voudraient les nationalistes de tout bord, les travailleurs ne s’organisent pas à part, ne mènent pas une politique indépendante des autres classes et se contentent de dépenser leurs efforts et leurs sacrifices à contribuer à l’édification d’un « État national », avec une « police nationale » et une « armée nationale ». Armée et police qui seront aussi nationales qu’au Chili. Les travailleurs auront alors simplement contribué à forger l’instrument de leur propre oppression au service des privilégiés antillais, instrument qui sera une menace perpétuelle suspendue au-dessus de leur tête.

Non, les travailleurs des Antilles n'engageront pas le combat contre l’État de l’impérialisme français simplement pour hisser au pouvoir des aspirants Pinochet fussent-ils Antillais, mais pour arracher à la bourgeoisie, à toutes les bourgeoisies, la disposition de la force armée. La voie de salut pour les travailleurs passe par là. Toutes les autres mènent vers le bain de sang à la chilienne.


LES RÉSULTATS DES CANTONALES

Les élections au Conseil général se sont déroulées dans un désintérêt que les 56 % d’abstentions en moyenne pour les deux tours sont venus confirmer. Il est vrai que les limites des possibilités d’intervention du Conseil général sont tellement visibles, que bon nombre d’électeurs n’ont pas éprouvé le besoin de se déranger pour tenter d’en changer la composition.

Cette composition politique elle-même reste pratiquement inchangée, malgré une certaine

poussée à gauche de l’électorat observé à la Martinique au premier tour. Certes, en ce qui concerne la Guadeloupe, l’ancien président du Conseil général Rinaldo a été battu par Koury, mais le PCG perd un siège à Morne-à-L’Eau.

Ce qui reste encore inchangé, c’est que les préfets, représentants du pouvoir colonial, restent les maîtres absolus tant en Guadeloupe qu’à la Martinique. Il est vrai qu’en tout état de cause, ce ne sont pas les élections, quel qu’ait pu être la majorité sortie des urnes, qui pouvait changer quoi que ce soit à cet état des choses.

Pour notre part, nous nous sommes présentés non point pour nous engager dans la course aux notables afin de conquérir des postes, mais pour permettre à ceux qui voulaient participer aux élections de faire un geste politique, de se démarquer des candidats de partis colonialistes sans pour autant cautionner les candidats de la gauche électoraliste. Nos candidats étaient présents dans neuf cantons de la Guadeloupe et cinq cantons de la Martinique.

En Guadeloupe, nous avons obtenu pour l’ensemble des neuf cantons 141 voix, et en Martinique 203 voix soit un peu plus de 1 % des suffrages exprimés. Moins de 1 % des voix en Guadeloupe et un peu plus de 1 % en Martinique ; c’est peu, c’est signe qu’il y a encore un long travail à accomplir pour que les idées révolutionnaires pénètrent dans la classe ouvrière.

Cependant, nous avons des raisons de ne pas être pessimistes. D’abord, en raison de la sympathie, voire du soutien actif que nous avons rencontré au cours de la campagne. Ensuite, parce que malgré un nombre élevé des abstentionnistes, 56 % en Guadeloupe et en Martinique, il s’est trouvé une frange, minime certes, d’électeurs qui ont manifesté leur accord avec les idées révolutionnaires, bien que nous ne fassions aucune concession, ni à l’électoralisme, ni aux réformisme.


ECHOS ECHOS


GUADELOUPE


Sofroi : Tous les prétextes sont bons pour voler les travailleurs

Ce mois-ci, nous avons pu constater sur notre fiche de paie que Rimbaud a mis sa menace à exécution : une prime de 50 F a été supprimée. Motif : des travailleurs qui ne peuvent rentrer chez eux le midi pour manger, et qui doivent se contenter de réchauffer une gamelle, ont utilisé pour cela un « service à fondue », c’est-à-dire un type de réchaud d’un prix assez élevé, qui est en vente dans les magasins.

On nous a alors mis devant l’alternative suivante : ou nous dénoncions les camarades qui s'étaient servis de l’appareil, ou notre prime était supprimée. Ce chantage était intolérable et nous n’avons naturellement pas accepté de faire ce travail de flics, d’autant plus que les responsables auraient certainement été licenciés.

Mais nous avons d’autant moins accepté d’entrer dans le jeu du patron, qu’il est lui-même responsable de ce qui lui arrive. Car s’il y avait une cantine à la Sofroi, les travailleurs n’auraient pas eu besoin d’agir ainsi. Mais la Sofroi, qui fait des centaines de milliers d’anciens francs de profits par jour, veut encore faire des économies sur notre dos, et diminuer notre maigre salaire. Le dommage subi par l'appareil, qui sera sans doute après un bon nettoyage vendu au prix du neuf, n’atteint certainement pas le niveau du total des primes supprimées.

Mais cela nous montre aussi à quel point est néfaste le système des primes.

Le système des primes permet au patron de faire du chantage comme il vient de le faire, et de les supprimer quand bon lui semble. C’est un bon moyen de diviser les travailleurs.

Nous ne devons pas admettre cela. La prime doit être intégrée au salaire. Et en ce qui concerne ce véritable vol que vient de perpétrer Rimbaud, nous devons exiger immédiatement que notre prime soit payée.


Grands Moulins Antillais : Les travailleurs ne se laissent plus faire

Au mois de juin dernier, la direction avait promis aux ouvriers une augmentation de salaire. Finalement, elle ne leur accorda qu’une augmentation dérisoire de 10 centimes de l’heure. Auparavant, plus de dix ouvriers avaient été licenciés sans que les autres réagissent. Cela avait donné confiance à la direction qui s’imaginait qu’elle pouvait décider ce que bon lui semblait. C'est ainsi que vers le milieu du mois de septembre, elle décida de remplacer le système de trois équipes de huit heures pratiqué aux dépôts et aux machines par celui de deux équipes de douze heures. Les travailleurs acceptèrent les deux équipes de douze heures à la condition toutefois que les quatre heures supplémentaires soient majorées et aussi que les repas soient fournis gratuitement. La direction refusa. Une équipe débraya de 7 heures à 10 heures et, finalement, la direction fut contrainte de revenir au système des trois équipes de huit heures.

Forts de ce succès, les travailleurs des Grands Moulins Antillais qui, jusqu'alors, acceptaient le principe des deux équipes de douze heures quand il y avait des bateaux de blé à décharger réclamèrent que les heures supplémentaires, mais aussi les heures de nuit, soient majorées comme cela se doit. Là encore, refus de la direction. Un nouveau débrayage eut lieu le 29 septembre, de 7 heures à 9 heures et la direction promit alors de satisfaire aux revendications des travailleurs.

Nos camarades travailleurs des Grands Moulins Antillais doivent rester vigilants, car rien ne dit que la direction payera comme elle l’a promis...


MARTINIQUE :


SEGTA : Halte aux accidents du travail

Le lundi 24 août, un travailleur du chantier SEGTA, à De Briand, à eu un pied broyé par un vérin supportant un panneau de béton. Peu avant, c’était un autre qui voyait son pied traversé de part en part par un clou de 100 mm.

Le vendredi 27, un travailleur du chantier Méridien a reçu une règle de bois sur la tête et se retrouva le crâne fracturé.

La veille, c’était un autre qui recevait un morceau de béton dans l’œil en perçant un mur.

Pourtant, il aurait suffi dans chaque cas d’un minimum de mesures de sécurité pour que tous ces accidents soient évités. Mais non seulement les patrons du bâtiment refusent de payer décemment les ouvriers, les contraignent à faire des heures supplémentaires ou les licencient en masse quand ça leur plaît, mais encore, afin d’augmenter leurs profits, ils refusent de faire toute dépense permettant la sécurité des ouvriers. Ceux qui sont blessés doivent attendre le bon vouloir des patrons avant d’être évacués. Contre cela, les travailleurs doivent s’organiser sur tous les chantiers et imposer à tous ces capitalistes le respect des normes de sécurité afin de préserver leur santé, voire même leur vie.

Des commissions de contrôle doivent être mises sur pied à l’initiative des travailleurs sur tous les chantiers, et exiger le respect continu des normes de sécurité.


Les travailleurs de Jardin Billard montrent la voie

Au chantier Jardin Billard de St-Georges, les licenciements sont de plus en plus nombreux. Le motif souvent invoqué par le patron : le chantier approche de la fin et il y a trop d'ouvriers. Pourtant cela ne l'empêche pas d'imposer à ces travailleurs une cadence de travail infernale, cela ne l'empêche pas non plus d'obliger certains d'entre eux à faire des heures supplémentaires.

Et, pendant que les patrons de Jardin Billard crient qu'il n’y a pas de travail à St-Georges et licencient en masse, ils n'hésitent

pas à embaucher sur le chantier « Asile des Vieillards ».

Les travailleurs du chantier de Saint-Georges ont compris que ces manœuvres étaient faites pour les diviser, pour éliminer les plus combatifs, pour ne pas leur donner d'indemnité, et détruire toute forme d’organisation déjà entamée.

Tous ensemble, les travailleurs de St-Georges ont débrayé lundi et se sont rendus en cortège au chantier « Asile des Vieillards ». Là, leurs camarades ont débrayé à leur tour.

Tous les travailleurs doivent être solidaires de leurs camarades de Jardin Billard car actuellement la vague de licenciement se poursuit à la Martinique surtout dans le bâtiment, et la tactique de licencier d'un côté, et d'embaucher de l'autre est très commune aux capitalistes.

C'est par la lutte que les travailleurs pourront faire plier les patrons, les travailleurs de Jardin Billard nous montrent l’exemple.