Site

Archives de CO/CO avant 2001/CO de 1973-74 - en travaux -/CO n° 31 du 7 nov. 1973

CO n° 31 du 7 nov. 1973



EDITORIAL


FAIRE DISPARAITRE L'INSECURITE DE L’EMPLOI...

LUTTER CONTRE LE CAPITAL ET LA DOMINATION COLONIALE

En occupant l’usine de Bonne-Mère, les ouvriers ont fait la preuve de leur volonté de ne pas aller grossir les rangs de l’armée de chômeurs, des sans-travail.

Ils montrent à tous qu’ils veulent garder leur emploi, leur moyen d’existence. Mais en fait, l’état de chose contre lequel ils luttent n’est pas propre à Bonne-Mère. Ce n’est pas seulement dans l’industrie sucrière que l’on assiste à des fermetures d’entreprises et à des licenciements en masse.

Dans d’autres secteurs également les travailleurs sont constamment menacés d’être jetés à la rue. Dans les six derniers mois des centaines de travailleurs ont été licenciés d’une entreprise ou d’une autre. Au cours des dernières années, ce sont des milliers de travailleurs qui

D’autres ne réussissent jamais à en trouver, c’est ainsi que des milliers de jeunes viennent chaque année grossir les rangs de l’armée de chômeurs.

Dans l’agriculture, depuis la modernisation des méthodes de culture, le nombre de travailleurs agricoles a considérablement diminué et va diminuer encore. Et lorsque des usines à sucre ferment leurs portes, les terres appartenant aux grosses sociétés et dépendant de l’usine en question ne sont jamais ni remises aux travailleurs agricoles de la région ni même vendues à ceux qui y travaillaient.

En occupant l’usine de Bonne-Mère les travailleurs ont pris le parti de se défendre contre tous ces messieurs qui, du siège de leur société en Europe décident du sort de milliers et de milliers de gens. Par delà le combat que mènent les travailleurs de Bonne-Mère, c’est à bien plus encore que doivent prétendre les travailleurs des Antilles. Car il est inadmissible que des gens comme tous ces actionnaires des grosses sociétés qui pillent les Antilles depuis des siècles continuent d’être les maîtres de toute l’économie et donc de notre vie. Car il suffit qu’un baron Empain décide d’enlever ses capitaux de telle ou telle entreprise pour que des milliers de travailleurs se retrouvent sans moyens d’existence. Il n’est plus possible de tolérer que des centaines de travailleurs soient jetés à la rue par une société capitaliste comme la SHAB qui, après avoir accumulé des profits sur le dos des travailleurs du Bâtiment, a décidé de fermer ses chantiers sans autre forme de procès.

Il n’est plus possible de tolérer l’administration coloniale, ses flics, ses CRS et autres Puma, qui eux, ont pour tâche de protéger les capitalistes et de leur permettre de poursuivre en toute tranquillité l’exploitation des travailleurs. Si les ouvriers et les paysans pauvres sont habitués à voir les forces de « l’ordre » intervenir contre eux lors des grèves, jamais ils n’ont vu celles-ci imposer quoi que ce soit aux patrons. Les forces de répression, ainsi que toute l’administration coloniale, aidées des politiciens de tout poil (Jalton, Hélène, Guillod et autres...) sont là pour maintenir la dépendance des Antilles par rapport à l’Etat impérialiste français.

Pour mettre fin à la vie précaire qu’ils mènent, à l’insécurité d’emploi qui règne ; pour empêcher que toutes les décisions concernant leur vie soient prises en dehors de leur contrôle, les travailleurs doivent diriger leurs coups non seulement contre leurs patrons directs mais aussi contre l’ensemble du système politique qui régit la vie politique et économique des Antilles. Cette lutte qui doit se mener sous la direction des travailleurs devra déboucher sur l'indépendance de la Guadeloupe et de la Martinique. Les Antilles débarrassées du carcan colonial et dirigées par les travailleurs seront Infiniment plus agréables à vivre pour toutes les couches pauvres de la population que le plus démocratique des États bourgeois actuels.

Il est juste et il est indispensable pour les travailleurs de mener une lutte défensive chaque fois que la bourgeoisie leur porte un coup. Mais s’ils ne veulent pas continuer à être acculés à se battre à l’endroit et au moment choisis par les capitalistes, ils doivent prendre l’offensive. Une offensive pour empêcher le patronat, avec le soutien des forces de répression colonialistes, de fermer des usines et de licencier des travailleurs au gré de leurs intérêts ; une offensive dont la prise et l’exercice du pouvoir politique et économique par la classe ouvrière est l'aboutissement naturel.



De la Martinique à la Guadeloupe

CEUX DU BATIMENT EN LUTTE


Succès de la grève de 24 h à la Guadeloupe, et maintenant ?

Les 19 et 30 octobre dernier, les travailleurs du Bâtiment et des Travaux publics de la

Guadeloupe faisaient une grève générale, à l’appel des syndicats CGT et CFDT. Ces deux journées de grève furent amplement suivies et celle du 30 octobre encore plus que la première. En effet, alors que le 19 octobre il y avait vingt et un chantiers touchés, le 30, on en comptait trente et un. C’est dire que l’appel à la grève a eu un écho très favorable auprès des travailleurs de ce secteur, et que ces derniers sont aussi très mécontents des salaires et des conditions de travail et sont prêts à se battre.

A l’origine de ces deux journées de grève, il y a le refus du patronat d’accorder 5,21 F de salaire horaire à l’ouvrier manœuvre. Les patrons, eux, font la proposition suivante : 4,87 F en octobre 1973 et 5,18 F en janvier 1974. Les syndicats CGT et CFDT ont eu raison de refuser ces propositions patronales, que Fraternité ouvrière (tendance Jason) s’est empressée d’accepter. De même, il est légitime et plus que normal que les travailleurs du Bâtiment et des Travaux publics aient à deux reprises manifesté leur volonté, en faisant massivement grève, de voir leurs justes revendications satisfaites. 5,21 F de l’heure, ce n’est vraiment pas beaucoup, au regard des profits colossaux qu’empochent les patrons du Bâtiment et de la hausse continuelle du coût de la vie. En effet, le prix de certaines denrées alimentaires a subi des hausses de 20 à 30 %, ce qui entraîne une dégradation régulière du pouvoir d’achat des travailleurs. De nos jours, même un salaire de 1.000 F mensuels est déjà insuffisant pour vivre correctement, a fortiori les 900 F mensuels que réclame la CGTG (c’est le salaire mensuel qui correspond aux 5,21 F de l’heure), et que pourtant le patronat refuse.

Relativement au SMIC — qui tient vaguement compte de la hausse des prix — le salaire réel de l’ouvrier manœuvre a subi une chute considérable. Un tract commun CFDT-CGT faisait ressortir que : «en 1971, l’écart entre le salaire du manœuvre et le SMIC était de 22,72 %. Or, en juillet 1973, l’écart n’était plus que de 2,35 %, soit une perte en valeur pour le salaire de l’ouvrier manœuvre de 20,37 % ». Face à tout cela, il faut que les revendications ouvrières soient satisfaites. Cependant, les deux journées de grève ne semblent pas avoir gêné outre mesure les capitalistes du Bâtiment et des Travaux publics. Bien au contraire, ils donnent même l’impression de prendre l’offensive. En effet, le patronat n’accepte même plus de négocier. Puisque la CFDT et la CGT n’ont pas accepté de poursuivre la discussion sur la base de leurs propositions, disent les patrons, il n’y a plus lieu de reprendre des négociations, qui n’ont aucune chance d’aboutir. Voilà le langage insolent et méprisant que tiennent actuellement les capitalistes du Bâtiment. Les représentants de la CGT et de la CFDT peuvent-ils continuer à vouloir négocier avec des gens qui non seulement font la « source oreille » aux revendications des travailleurs, mais encore refusent d'en discuter ?

Nous ne le pensons pas. Si les deux grèves de vingt-quatre heures n’étaient qu’un avertissement, comme le disaient eux-mêmes les représentants syndicaux, il faut, face à l’attitude de ce dernier, en arriver à des actions plus longues, et plus dures — en exigeant le paiement des heures de grève —, telles que les patrons soient obligés d’accorder au moins les 1.000 F minimum de salaire professionnel.

Une semaine de grève par exemple, ce sont des livraisons de travaux en retard pour les patrons, et le versement de pénalités aux clients pour non-respect du contrat. Tous les patrons sans exception, ont peur de ces indemnités qui pourraient leur coûter plus cher que ce qu’ils accorderaient aux travailleurs. C’est pourquoi contrairement à ce que pensent les directions syndicales nous pensons que seule une action de plus longue durée est en mesure de faire céder les patrons. Le moment est favorable à une telle action car le mécontentement est général dans le monde du travail. Et si les syndicats le veulent bien, et en particulier la CGTG, l’ensemble de la classe ouvrière de la Guadeloupe peut se trouver au coude à coude avec les travailleurs du Bâtiment et faire triompher leurs revendications communes. Sans plus tarder, les travailleurs du Bâtiment les plus conscients doivent discuter avec leurs camarades, convaincre les hésitants et préparer une nouvelle lutte qui durera le temps qu’il faudra pour contraindre les patrons à satisfaire toutes les revendications sans exception.

Noël CANTIUS.


MARTINIQUE : UN MECONTENTEMENT PRET A ECLATER

Le mardi 23 octobre, une centaine de travailleurs du Bâtiment étaient réunis à l’appel des syndicats CGTM, CFDT, FO, CFTC. L’assemblée générale avait pour thème le renouvellement de la convention collective.

La discussion s’instaura principalement autour des licenciements, des augmentations de salaire et de l’action à mener.

Un militant de la CFTC déclara que les ouvriers devraient réclamer leur indemnité de licenciement, ce à quoi un autre camarade lui répondit que, « au lieu de lutter pour de justes indemnités de licenciement, il valait mieux lutter contre les licenciements eux-mêmes ». Il fut vigoureusement applaudi par l'assistance. Un autre travailleur fut aussi très applaudi par l’assistance lorsqu’il réclama l’embauche, non sur le chantier mais au siège social de l’entreprise. En effet, aux Antilles, les capitalistes perpétuent le vieux système de l’embauche sur «l’habitation», mis en vigueur par les gros propriétaires terriens ; ainsi, il arrive que des travailleurs soient embauchés sur un chantier pour de menues tâches, pour une journée, et renvoyés le lendemain. Le plus souvent, ils sont licenciés sur un chantier, et réembauchés sur un autre chantier de la même entreprise, ce qui leur fait perdre leur ancienneté.

A propos des augmentations de salaire, tout le monde se mit d’accord pour organiser l'action autour des 1.000 F pour tous, ce qui équivaut à 25 % d’augmentation et donc à 250 F pour ceux qui touchent déjà les 1.000 F.

Le mot d'ordre de grève générale du Bâtiment fut prononcé par plusieurs camarades et il ne rencontra que l’approbation de l'assistance. Une autre réunion fut fixée au 6 novembre en vue de déterminer l’action précise et la tactique à adopter pour la satisfaction des revendications.

Il existe actuellement un immense mécontentement chez tous les travailleurs du Bâtiment. Les travailleurs en ont assez des bas salaires, des accidents de travail toujours plus nombreux, du racisme et du mépris des patrons. Leur combativité ne fait que s’affirmer chaque jour davantage, que ce soit à la SGEEM, à la SEGTA, à la SOGET, chez Saulnier-Duval, etc. C’est tous les jours que les camarades du Bâtiment arrêtent le travail pour protester contre tel ou tel méfait des patrons, c’est tous les jours qu’ils discutent pied à pied avec les patrons pour obtenir telle ou telle satisfaction.

Il est temps que, les travailleurs de tous les chantiers, de toutes les entreprises : SGEEM, Petreluzzi, Unité, SEGTA, Saulnier-Duval, SOGET, Quillery - Saint-Maur, s’unissent et obligent leurs directions syndicales à décider une grève générale pour obtenir la satisfaction de leurs revendications. C'est cette lutte-là qui doit être menée dans les jours qui viennent.

Jacques BRUEL.



Une rentrée scolaire scandaleuse

Quelques jours avant la date de la rentrée scolaire 1973-1974 le vice-recteur de la Guadeloupe est intervenu à la télévision pour déclarer que tout se passerait bien sauf quelques petits problèmes inévitables et sans gravité. En fait, le 1er octobre, les choses ne se présentèrent nullement aussi bien qu’il l’avait annoncé.

En effet, ce jour, rares étaient les instituteurs remplaçants (ils constituent une part importante du corps enseignant) qui connaissaient leur affectation ce qui fait que dans plusieurs CES ou CEG la plupart des élèves ont été renvoyés chez eux car il n’y avait pas de maîtres. C’est seulement vers la mi-octobre que les choses ont commencé à s’améliorer quelque peu. Le cas le plus typique est celui du nouveau CES de Basse-Terre. Celui-ci devait en principe ouvrir ses portes le 1er octobre et cela n’a été fait que le 8. Mais à cette date, peu de professeurs étaient présents pour la simple raison que le vice-rectorat n'en avait pas nommé suffisamment ; beaucoup de salles étaient dépourvues de chaises, de tables, ou d’autre matériel tout aussi indispensable. C’est alors que les

parents d’élèves se sont réunis rapidement en assemblée générale pour manifester leur mécontentement. Et, aujourd'hui, on peut affirmer sans risque de se tromper que sans cette mobilisation des parents, les choses ne se seraient pas améliorées aussi rapidement. Et ce qui a pu être réglé pour le CES de Basse-Terre par l'intervention des parents ne l’est pas encore pour d'autres établissements. Partout c'est le manque de locaux (les classes de 35 à 45 élèves sont encore assez fréquentes), les écoles maternelles sont très rares.

Dans beaucoup de communes, les salles manquent du matériel élémentaire et même de chaises et de tables. Au lycée de Baimbridge, le problème est le même. Des salles du groupe Technique manquent de chaises et de tableaux. Dans certaines sections commerciales, il n’y a même pas de machines de comptabilité.

On voit donc qu’aux Antilles, la politique du gouvernement français dans le domaine de l'enseignement est à l’image du reste : faire les choses au rabais, en jetant de la poudre aux yeux. On construit des CES et des CET mais on se soucie fort peu de ce qui s’y passe ensuite. La bourgeoisie n'a cure d’assurer un enseignement capable de donner à tout un chacun la culture et l’instruction nécessaires. Comme, il existe des lois sur l’enseignement public et gratuit pour tous, on feint de les appliquer, mais beaucoup d’enfants vont échouer dans les classes de transition et pratiques. Contrairement à ce que l'on fait croire, la grande majorité des enfants de ces sections se retrouvent peu de temps après dans les rues sans absolument aucune formation, certains ne sachant pas lire, d’autres sachant à peine compter. Pour donner une idée de la quantité d’enfants qui vont échouer dans ces sections, il suffit de signaler que dans la plupart des CEG et CES de la Guadeloupe l'effectif de ces deux catégories de classes dépasse 50 % du nombre total des élèves.

Pour ceux qui ont toujours à la bouche des louanges pour « l’œuvre de la France » dans les DOM, il n’y a vraiment pas de quoi être fier.

Marianne TIBUS.



page 2



Fraternité Ouvrière. Des pratiques anti-démocratiques à la compromission

Actuellement se déroule sur les chantiers une polémique par voie de tracts entre la CGTG

et la CFDT d’une part, et Fraternité Ouvrière de l’autre.

A l’origine de cette polémique se trouve la signature par Fraternité Ouvrière d'un accord avec les patrons du Bâtiment sur un salaire horaire de 4,87 F pour les manœuvres. Or les syndicats s’étaient au départ concertés pour exiger des patrons 5,21 F, ce qui ne constituait que le rattrapage de la hausse des prix par rapport à 1971, somme toute, une revendication bien modeste. Devant le refus des patrons d’accorder les 5,21 F, Fraternité Ouvrière, sans consulter les autres syndicats, et encore moins, ce qui est plus grave, les travailleurs, accepta de traiter sur la base de 4,87 F.

La CGT et la CFDT lancèrent alors un mot d’ordre de grève de 24 heures pour le 19 octobre. Fraternité Ouvrière refusa de participer à la grève, ne voulant pas remettre en cause son attitude, qui constitue une véritable trahison des intérêts des travailleurs. Les ouvriers du Bâtiment ont d’ailleurs clairement désavoué le rôle joué par Fraternité Ouvrière en participant massivement à la journée d’action du 19.

Qu'il y ait de la démagogie dans l’attitude des autres syndicats, comme l’affirme Fraternité Ouvrière, voilà qui est d'autant plus vraisemblable que tous les syndicats avaient prévu au départ, si les 5,21 F étaient refusés, une « position de repli » à... 4,87 F ! Que la CGTG profite de l’occasion pour redorer son blason, c’est indiscutable. Mais toutes ces raisons ne sauraient en rien excuser l’attitude des dirigeants de Fraternité Ouvrière. Quand on prétend représenter les travailleurs, on n’agit pas en fonction du renforcement possible de tel ou tel syndicat, mais en fonction de l’intérêt des ouvriers. Et en ce sens, la journée d’action du 19, bien que notoirement insuffisante, devait être soutenue. Pour justifier sa trahison, Fraternité Ouvrière se permet d’écrire qu'on « ne doit pas faire la grève pour la grève » et que Leroy (conseiller de la CGTG) « sait aussi que le patronat capitaliste n'accordera jamais aux travailleurs guadeloupéens des avantages accordés aux travailleurs français ». On a peine à croire qu’il s’agit là d’affirmations faites par des gens qui se prétendent défenseurs des travailleurs. Mais alors, messieurs, à quoi bon lutter ?

L’attitude actuelle de Fraternité Ouvrière n’est pas le fait du hasard : elle est le fruit de toute une politique que nous n’avons cessé de dénoncer depuis longtemps.

L’absence de démocratie ouvrière qui a toujours caractérisé Fraternité Ouvrière était le signe que la direction défendait une autre politique que celle que la base aurait voulu qu’elle mène. Déjà, du temps de Destival, il était absolument impossible aux travailleurs de donner leur avis sur les problèmes du syndicat, qu'il s’agisse du fonctionnement de celui-ci, des revendications ou de la signature des accords avec le patronat. On se souvient que le despotisme de Destival avait amené une majorité de travailleurs à exclure celui-ci de la direction du syndicat. Mais rapidement, on put constater que ses successeurs entendaient mener la même politique. Les mises en garde que fit l’un de nos camarades contre de telles pratiques entraînèrent pour toute réponse un flot d’attaques mensongères contre Combat Ouvrier dans le journal du syndicat.

Cette politique était visiblement inspirée par les « conseillers » de Jason et Cie, qui ne sont autres que des membres du GONG, et qui n’ont que faire de la démocratie ouvrière. Ce qu'ils veulent, c’est contrôler un appareil : ils risquent fort de contrôler un cadavre.

Maintenant, les dirigeants de Fraternité Ouvrière se plaignent amèrement : on ne les a pas laissé parler, on a utilisé contre eux le mensonge et la calomnie ; ces méthodes sont effectivement condamnables, les dirigeants de Fraternité Ouvrière s’en rendent compte maintenant qu'elles sont utilisées contre eux. Ils ne voulaient pas s’en rendre compte lorsque eux empêchaient des camarades d'assister à leurs réunions parce qu’ils sont des militants de Combat Ouvrier, lorsqu’ils les menaçaient de coups et les empêchaient de s’exprimer. La démocratie ouvrière est essentielle, sans elle il n’y a pas de contrôle possible des syndiqués sur leur direction. Les travailleurs doivent pouvoir contrôler les décisions du syndicat. Et lorsqu’on se passe de ce contrôle, lorsqu'on agit par dessus la tête des ouvriers, ce qui doit arriver arrive : on agit contre les travailleurs. Il ne faut pas chercher plus loin l’origine du compromis boiteux conclu avec les patrons par Fraternité Ouvrière, et son opposition à la lutte des travailleurs.

Max RODON.


page 3


Agir contre le chômage

Depuis quelques années, le chômage a atteint aux Antilles des proportions dramatiques. En Guadeloupe, sur 150.000 personnes en âge de travailler, à peine 70.000 trouvent du travail et ce, pas de manière régulière. Si l’on considère le secteur Bâtiment, par exemple, c’est très rarement qu’un travailleur de ce secteur conserve son emploi pendant plus de deux années consécutives. Le problème se pose pratiquement de la même manière pour presque tous les travailleurs du secteur privé et aussi pour les si nombreux auxiliaires du secteur public.

Les deux solutions que le gouvernement a trouvé pour résoudre le problème du chômage sont :

  • le départ pour la France par le canal du BUMIDOM ;

  • le mensonge et les belles paroles : en effet, les promesses de création d’emplois ne manquent pas, mais tous les travailleurs et particulièrement les jeunes savent qu’en dépit des promesses le problème du chômage est loin d’être réglé et même que le nombre de chômeurs augmente sans cesse.

Et c’est parce qu’ils ont compris qu’ils ne doivent rien attendre des promesses du gouvernement qu’un groupe de jeunes travailleurs de la région de Petit-Bourg a créé un comité de chômeurs. Ce comité a pour but d’organiser tous les sans-travail de cette région pour faire comprendre au gouvernement que les chômeurs en ont assez des belles paroles et des promesses, qu’ils en ont assez d’être réduits pratiquement à la mendicité, d’être obligés de quitter leur pays pour trouver un hypothétique emploi en France. A côté de leur misère,

des fortunes colossales s’accumulent en un rien de temps, un étalage insolent de luxe et de richesses se fait. Et ceux-là même qui s’enrichissent de la sueur et du sang des travailleurs se soucient peu de la misère de ces derniers. D’ailleurs, une fois leur magot suffisamment important ou une fois qu’un secteur qu’ils exploitent n’est plus rentable, ils se débarrassent de ceux qui leur ont permis d’accumuler fortune.

Aujourd’hui, des travailleurs s'organisent pour imposer aux exploiteurs et à leurs agents du gouvernement la création d'emplois pour tous. Si ces exploiteurs ne peuvent le faire, qu’ils s’en aillent pour permettre aux travailleurs d’organiser eux-mêmes l’économie de manière à fournir du travail à tous.

L’exemple des travailleurs de Petit-Bourg devrait être suivi par les milliers de chômeurs que comptent la Guadeloupe et la Martinique. Car, si demain ces milliers de travailleurs, organisés, affirment leur solidarité active aux travailleurs ayant un emploi et luttent eux-mêmes pour obliger le gouvernement à prendre des mesures réelles contre le chômage, un pas important aura été fait dans la lutte pour débarrasser les Antilles de ceux-là mêmes qui créent le chômage : les capitalistes et l’administration coloniale à leur service.

ESTHER.


Quand les sénateurs discutent de Bonne-Mère

Le 16 octobre, J. Duclos et M. Gargar ont posé au Sénat une question orale à Stasi, ministre des DOM-TOM, à propos de la situation de l'emploi en Guadeloupe. Ils ont notamment évoqué les licenciements collectifs qui ont eu lieu un peu partout, et en particulier la situation à Bonne-Mère.

Voilà une initiative qui a permis de voir Stasi dans dans sa réponse accumuler mensonges et fausses promesses, et déclarer en particulier à propos de Bonne-Mère « qu'il n'y a pas d'occupation de l’usine, puisque les ouvriers se trouvent à l'extérieur », déclaration que « France-Antilles » s’est empressé de reproduire.

L’intervention de Duclos et de Gargar a au moins permis de dire à Stasi ses quatre vérités et de dénoncer devant l'opinion publique quelques aspects du colonialisme. C’est déjà quelque chose, bien que ni aux Antilles ni en France, il n’y a pas grand monde pour lire les comptes rendus des débats du Sénat. Maintenant, il ne faut pas attendre des interventions dans ces moulins à paroles que sont les Sénat ou l'Assemblée plus qu'ils ne peuvent donner. L'éloquence parlementaire, même quand c'est pour la bonne cause, n’a jamais rendu un ministre bourgeois moins sourd aux problèmes des travailleurs.

Le ministre répond, certes ; mais il le fait par des mensonges et de vagues promesses, ce dont il ne s'est pas privé. En aucun cas, il n’est obligé de prendre des mesures pour régler le problème : le gouvernement affirme qu’il n'a pas le droit d’intervenir dans les affaires des sociétés privées. (Ce qui ne l’empêche pas de donner des subventions aux capitalistes quand leurs affaires marchent mal.)

Il disait cela aussi pour la fermeture de Lip, et les ouvriers, par leur lutte et le soutien de la population, l'ont contraint à intervenir pour essayer de trouver une solution. Et c'est leur lutte seule qui a permis cela. Il en va de même pour les ouvriers de Bonne-Mère. Plus que jamais, ils doivent lutter et tenter d’obtenir le soutien actif des autres travailleurs. Déjà, leur action a obligé le ministre à dire que l’usine allait rouvrir ses portes. Mais il n’a pas précisé de date : 1974, 1975, 1976 ? Il ne faut surtout pas se laisser endormir par les promesses : tant que l’assurance n’aura pas été donnée que l’usine ouvrira ses portes pour la prochaine saison sucrière et réembauchera tous les travailleurs, ceux-ci devront poursuivre et étendre leur action.

Car si les ministres, patrons et autres, se sentent parfaitement à l’aise pour répondre par des mensonges devant une assemblée où ils ont la majorité, il est curieux de voir comme ils changent de langage devant la colère des travailleurs et s’empressent de prendre des mesures qu’ils jugeaient « irréalisables » cinq minutes auparavant.

SIDOINE


ECHOS ECHOS ECHOS


TRINITE-SOGET (Martinique) : Halte aux licenciements

L’entreprise Soget vient de licencier une cinquantaine de travailleurs. Ces travailleurs, après avoir vendu leur force de travail, après avoir travaillé jour et nuit pour ce patron, après avoir fait heures supplémentaires sur heures supplémentaires, se voient purement et simplement jetés à la rue, privés de leur gagne-pain, et se voient toujours obligés de frapper à la porte d’un autre exploiteur pour être victimes des mêmes procédés.

Face à cet acte criminel des patrons, nous devons nous organiser pour mettre fin à ces licenciements abusifs. La plupart d’entre nous travaillons plus de 40 h. Exigeons donc la diminution générale des heures de travail, sans diminution de salaire, il y aura alors du travail pour tous.


COMTE (Guadeloupe) : Non au délogement des travailleurs

Jusqu’à présent, les ouvriers de l’usine Comté étaient logés sur l’habitation. Suite à la vente de cette habitation à Simonet, leur situation est très menacée. Déjà des tracteurs sont venus aplanir les terres entourant les maisons des travailleurs. D’autre part, Aubéry réclame le paiement de l'électricité alors que jusque-là, nous ne versions qu’un forfait peu élevé.

Toutes ces tracasseries ont pour but de démoraliser les travailleurs et en fin de compte de les déloger.

Les ouvriers agricoles de l’habitation sont aussi concernés car Simonet peut à tout moment décider de les déloger eux aussi.

Les travailleurs du Comté peuvent encore s’organiser dans un comité d’action pour exiger ce qui leur est dû et pour lutter contre toute tentative de les expulser de leurs maisons.

Les travailleurs de Bonne-Mère ont prouvé que, contre les décisions arbitraires, l’action unie est efficace. Cet exemple doit servir à ceux du Comté.


Martinique : Pas de terre pour les travailleurs...
mais des terrains de golf pour les capitalistes

Au quartier Morin, aux Trois-Ilets, on peut assister à de vastes travaux de déblaiement sur plus de dix hectares de terrain. En effet, après avoir détruit la plantation de canne qui s'y trouvait, les propriétaires Hayot ont vendu cette propriété à une société capitalisme appelée SEGMA. Déjà, on avance le chiffre de 500 millions pour le coût des travaux. Est-ce pour bâtir des maisons pour les travailleurs, pour les familles nécessiteuses de Trois-Ilets que le représentant UDR Rivetti a eu tant de hâte à donner son accord ? Est-ce pour créer de nouveaux emplois ? Non, mais pour construire un terrain de golf pour les touristes américains, canadiens, etc.

Une fois de plus, les travailleurs voient comment agissent ceux qui disent les représenter. La politique du colonialisme est claire : fermer les usines, installer le chômage, et faire de la Martinique un centre de distraction pour milliardaires.

Les travailleurs doivent s’organiser pour lutter contre les gros propriétaires fonciers, contre les capitalistes et contre les colonialistes qui ne cessent de les exploiter.



GROSSE-MONTAGNE (Guadeloupe) :

Pour percevoir nos allocations familiales : agissons tous ensemble

Les ouvriers de Grosse-Montagne n'ont pas perçu leurs allocations familiales des mois de juillet, août, septembre, alors que nous sommes déjà à la fin du mois d’octobre. Seuls les employés de bureau, ont déjà touché, et touchent régulièrement chaque mois. M. Simonnet « oublie-t-il » de payer la part patronale uniquement pour les ouvriers ? En attendant, il serait temps que nous soyons payés, car en cette rentrée scolaire, les allocations familiales nous aideraient à donner à nos enfants les fournitures scolaires dont ils ont besoin. Mais pour percevoir leurs allocations, les ouvriers de Grosse-Montagne ne peuvent pas compter sur la bonne volonté de M. Simonnet ; c'est seulement, s’ils se décident à aller tous ensemble voir Simonnet, qu’ils pourront le contraindre à verser à temps, et régulièrement chaque mois sa part à la caisse d'allocations familiales.


SUPERETTE HIBISCUS

Pour les patrons, il n’y a pas de petits profits

Au supermarché Hibiscus (Supérette), les caissières sont en principe payées au SMIC et reçoivent en plus 30 F de prime de caisse. Mais il arrive très souvent que certaines d’entre elles touchent des salaires très inférieurs au SMIC. Ceci pour la simple raison que les Frères Paulin appliquent le système des amendes. Par exemple, quand une caissière commet une erreur et qu’il y a dans sa caisse moins d’argent que ce qui figure sur le ruban enregistreur, Paulin retient tout simplement la différence sur le salaire. Ainsi, il arrive que des caissières ne touchent que 600 F, 500 francs et parfois même. 300 F par mois. Par contre, quand il y a plus d'argent que ce qui figure sur le ruban enregistreur Paulin empoche la différence. La rapacité de ces exploiteurs ne s’arrête pas là car les caissières n’ont presque jamais de quoi écrire, sans doute parce que cela ruinerait les Frères Paulin de procurer des stylos à chaque caissière.

En tout cas, les caissières et le reste du personnel doivent s'organiser pour empêcher les Frères Paulin de les tromper comme ils le font actuellement.


page 4


HALTE A LA REPRESSION DANS L'ENSEIGNEMENT

La répression continue de s’abattre tant en Martinique qu’en Guadeloupe contre les enseignants qui ne courbent pas la tête devant l'administration coloniale. C'est ainsi qu'en Martinique, au lycée de Trinité, trois maîtres auxiliaires n’ont pas été réintégrés au poste qu’ils occupaient l’année dernière : il s’agit de MM. Malsa, Manuel, Breleur. Au CET du Marin, le directeur a fait déplacer Mme Fortuné, bien placée pourtant sur la liste d’attente, alors qu’elle habite le Marin, seule avec deux enfants. On lui reproche d’avoir parlé en classe « de façon tendancieuse » de religion, de politique et de sexualité.

En Guadeloupe, Déglas n'a toujours pas été réintégré dans l’enseignement. On se souvient que cet enseignant, anticolonialiste connu, militant de Chaltouné, avait été exclu de son poste l’année dernière sous des prétextes fallacieux et avait largement fait connaître son cas à la population en menant une grève de la faim de plus d’une semaine. C’est maintenant au tour de sa femme de subir les tracasseries de l’administration : Sarlat, le proviseur du lycée technique et classique de Baimbridge vient d’obtenir le déplacement de Mme Déglas du poste de professeur de dessin qu’elle occupait au collège technique de Baimbridge. Le prétexte est que Mme Déglas est un professeur de collège et que le poste qu’elle devait occuper est un poste de lycée, mais, dans

le même temps deux titulaires français, professeurs de lycée, enseignent au CET...

Mme Déglas, habitant Pointe-à-Pitre avec trois enfants, a refusé le poste qui lui était offert au Lamentin, et lutte pour sa réintégration au CET de Baimbridge. Les révolutionnaires de toutes tendances ne peuvent que soutenir un tel combat.

Voilà donc de quelle manière l’administration rectorale s’arrange pour réprimer les enseignants « gênants ». Cette administration tient à avoir des maîtres et professeurs dociles, rampants, qui ferment les yeux sur la carence manifeste de l’enseignement. Ceux qui ont le courage de relever la tête, de critiquer la politique coloniale dans l’enseignement, de ne pas accepter de courber l’échine, ceux-là sont systématiquement mis à l’index, déplacés, exclus, exilés, tracassés à longueur de temps. L'administration coloniale veut mater les intellectuels courageux, les réprimer « par le ventre », en quelque sorte, et, ainsi les décourager et les faire « rentrer dans le rang ».

Comme toujours, dans ces cas-là, les syndicats SNES, SNI sont bien mous et lents à réagir, lorsqu’ils réagissent.

Pour faire échec à cette politique de répression envers les enseignants, ce sont des actions générales, unitaires et efficaces qu’il faut envisager : grèves, manifestations, meetings, en liaison avec les étudiants, les parents d’élèves et les travailleurs qui sont aussi concernés par cette affaire. Ce n’est que par cette voie là que nous pourrons obliger l'administration à réintégrer à leurs postes les enseignants exclus ou déplacés. Ce ne sont pas les actions timides et les pleurnicheries des directions syndicales qui changeront quoi que ce soit.

Pierre-Jean CHRISTOPHE


Les élections sont annulées mais les fraudeurs restent en place

Le Conseil constitutionnel vient de procéder à l'annulation de l’élection du député Hélène,

candidat UDR dans la première circonscription de la Guadeloupe, contre laquelle de puissantes manifestations de protestations avaient été organisées.

Il n’y a pas une seule élection aux Antilles où les hommes du pouvoir ne se livrent de façon éhontée à la fraude. Alors, pour redorer le blason d’un système électoral plus que terni, on annule de temps en temps un scrutin où la fraude a été particulièrement manifeste.

Est-ce à dire pour autant que les prochaines élections se dérouleront de façon plus démocratique ? Non. Car ce sera sous la même contrainte des CRS que les électeurs se rendront aux urnes. Ce seront les mêmes représentants du pouvoir colonial qui seront là pour présider, organiser et donc contrôler les élections. Ce seront les mêmes qui agresseront à nouveau les assesseurs.

Comme on le voit, cette annulation ne change rien, puisque les mêmes bonshommes, qu’ils soient de la préfecture, de l'UDR ou de la police et qui fraudent sont aussi chargés du bon déroulement « démocratique » des opérations électorales.

Cette fois, les fraudeurs agiront peut-être moins au grand jour mais, de toute manière, toutes les conditions sont réunies pour que, dans l’avenir, il puisse y avoir de nouvelles fraudes.

Claire GOYA.


Le Budget des D.O.M.

Une poussière en comparaison de ce qui est volé par l’impérialisme français

Le budget des DOM-TOM a été examiné et adopté par l’Assemblée Nationale le 26 octobre dernier, L’État français a ainsi annoncé qu’il entendait allouer 407 millions de francs de crédit aux départements et territoires d'outre-mer contre 379 millions pour le dernier budget.

Non seulement ces crédits sont notoirement insuffisants en valeur absolue, mais de plus la progression du budget des DOM-TOM n’est que de 7,5% contre 12,5% pour l’ensemble du budget. Il est vrai que si le budget tenait compte de toutes les dépenses de répression, son montant s’en trouverait fort augmenté...

L’insuffisance du budget est si nette que l’Assemblée a timidement fait remarquer que ces crédits étaient « peu satisfaisants ». Ceci n’a pas empêché les parlementaires de les adopter après force beaux discours des députés antillais, guyanais et de quelques politiciens français.

Pour ces députés, il s’agissait d'ailleurs plus de justifier leur mandat que d’obtenir réellement une masse de capitaux suffisante pour assurer un véritable développement des DOM-TOM.

Car c’est là que se situe le véritable problème. La somme allouée et la façon dont cette somme est répartie dans les divers postes montrent bien que pour l’Etat français le choix est déjà fait depuis longtemps et qu'il n’est pas question de le remettre en cause. La situation économique et sociale de ses colonies, l'Etat français la connaît mais il n’est pas de ses intentions d’y remédier.

Alors Jalton pouvait bien aligner pour la nième fois le nombre des chômeurs de la Guadeloupe, Césaire dénoncer une fois de plus la faillite économique du colonialisme, sans même parler des Petit, Guilliod et autres, qui eux aussi y sont allés de leur petit couplet, tout cela n’a servi à rien dans cette comédie parlementaire où tout était joué d’avance.

Les travailleurs des Antilles n’ont rien à attendre de ces joutes oratoires. Et même si le budget des DOM-TOM avait pu être augmenté de quelques dizaines de millions de francs cela n’aurait toujours été que la restitution d’une infime partie de ce que la bourgeoisie française et son administration volent jour après jour aux travailleurs des colonies.

M.R.



Une guerre qui n'a rien réglé au Moyen-Orient

Ainsi pour la quatrième fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Arabes et Israéliens ont eu recours à la guerre totale pour régler leurs différends. Cette fois encore, les forces engagées dans le conflit ont été considérables, et des milliers d’hommes sont morts. Après près de deux semaines de combat, Russes et Américains qui, jusque-là, se battaient par Arabes et Israéliens interposés, ont imposé d’un commun accord un cessez-le-feu aux belligérants.

Un traité de paix sortira-t-il du cessez-le-feu ? Rien n’est moins sûr. Mais même si on y arrive, la paix ne saurait être que précaire et n’aboutira pas à une cohabitation fraternelle des peuples du Moyen-Orient Tout cela parce qu’il est inconcevable que pour préserver ses intérêts économiques et stratégiques au Moyen-Orient, l’impérialisme cesse d’utiliser les oppositions nationales de manière à pouvoir jouer les États les uns contre les autres, en particulier contre ceux qui menaceraient un tant soit peu ses intérêts. La paix sous l’égide de l’impérialisme ne pourrait résoudre aucun des problèmes des peuples du Moyen-Orient.

Dans cette guerre nous avons soutenu le camp arabe, parce que l’armée d’Israël joue le rôle de mercenaires de l'impérialisme américain dans cette région du monde et parce qu’une victoire d’Israël est une victoire de l’impérialisme.

Mais ce soutien ne doit pas empêcher de dénoncer en même temps les régimes réactionnaires arabes et de dire que cette guerre n’était pas celle des travailleurs arabes. Le nationalisme exacerbé au nom duquel les dirigeants arabes entraînent les masses exploitées derrière leur politique est doublement néfaste. Il l'est d’abord parce qu’il jette de la poudre aux yeux des exploités en leur faisant croire que les intérêts des travailleurs juifs sont les mêmes que ceux des capitalistes d'Israël et de leurs valets, ou que les intérêts des travailleurs arabes sont les mêmes que ceux du boucher Hussein de Jordanie ou des émirs milliardaires. Mais le nationalisme est néfaste aussi, parce qu’il fait des peuples du Moyen-Orient le jouet des grandes puissances et en particulier de l’impérialisme américain.

Leur guerre, les travailleurs du Moyen-Orient la mèneront lorsqu’ils dresseront leurs armes contre leurs exploiteurs et les États au service de ces derniers.

OGIER.