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Archives de CO/CO avant 2001/CO de 1973-74 - en travaux -/CO n° 33 du 3 janv. 1974

CO n° 33 du 3 janv. 1974



EDITORIAL


CONTRE LA HAUSSE DES PRIX, CONTRE LA CRISE
QUI MENACE, LA PASSIVITÉ N’EST PAS DE MISE

Hausse des prix, inflation, crise monétaire et maintenant crise de l’énergie... l’année 1973 aura donc été marquée par le renforcement des tendances conduisant le monde à la crise économique. Cela n’a nullement empêché les responsables, chefs d’État et autres, de cette grave menace qui pèse sur la vie de millions de travailleurs, de leur souhaiter une « bonne année » pour 1974 !

Pourtant les menacés se précisent et les grandes manœuvres, pour faire supporter les effets de ta crise aux travailleurs, ont commencé. La hausse des prix continue et le gouvernement tente en se servant des moyens d’information (radio, télévision, presse à sa dévotion), d’en rendre responsables les petits commerçants. Les entreprises tentent déjà de mettre en condition les travailleurs pour leur faire accepter des licenciements massifs.

Jour après jour, l’inquiétude va croissante chez les travailleurs. Car chacun se rend compte que le dernier aspect en date de la crise, celui de l’énergie, ne pourra manquer d’aggraver encore la situation.

Chacun se rend compte que la menace de la crise, c’est la menace de licenciements, c'est-à-dire d’un accroissement du chômage dans des proportions importantes pour les travailleurs avec les privations, les difficultés nouvelles et en fin de compte la misère dans les foyers ouvriers et pour des milliers de pauvres gens.

Ici, où nous connaissons déjà le chômage massif et la misère pour les couches exploitées de la population, les conséquences, même d’un simple ralentissement des activités économiques seront encore plus graves. C’est non seulement l’aggravation de la misère, mais même la famine sous des formes plus ou moins accentuées que connaîtront des familles d’ouvriers et de paysans pauvres.

Déjà sous l’effet de la hausse des prix, on assiste à un ralentissement des affaires dans le secteur de l’immobilier. Les grosses sociétés construisant des logements pour les vendre trouvent de plus en plus difficilement des clients ; alors qu’il y a quelque temps, ces appartements étaient rapidement vendus. Un ralentissement dans ce secteur pourra donc entraîner celui de la construction et provoquera la mise au chômage de milliers d’ouvriers du Bâtiment.

Mais aussi menaçante que soit la crise qui commence à remuer le monde, ici comme ailleurs, comme dans les pays industrialisés, les travailleurs peuvent y faire face et répondre en luttant sur leur propre terrain de classe.

C’est dès maintenant que tous les travailleurs doivent faire front. A la menace de crise, là la hausse des prix, aux licenciements, à l'aggravation du chômage, ils doivent et peuvent répondre en prenant l’offensive.

Jusqu’à maintenant, les grandes organisations ouvrières : syndicats, PCM, PCG, restent passives et ne proposent rien, ne préparent pas, et à plus forte raison, n’engagent pas l’offensive contre la hausse des prix et les licenciements. Les patrons peuvent en toute impunité licencier et maintenir les salaires au niveau de misère actuel. Il n’y a aucune force qui s’oppose à eux. Des centaines de travailleurs ont été récemment encore licenciés, en Martinique, sans que cela ait provoqué la moindre réaction dans les milieux syndicaux et politiques ouvriers. C’est lamentable et honteux. Les militants communistes et ceux de la CGT comprendront-ils à temps qu'il s'agit de la vie et de l'avenir même de la classe ouvrière ?

Interdire les licenciements, imposer la répartition du travail entre tous sans diminution de salaires, imposer l’échelle mobile des salaires, voilà se qui devient vital pour la classe ouvrière si elle ne veut pas faire les frais de la crise. C'est à la portée des travailleurs.




Martinique. Les travailleurs de France-Antilles poursuivent leur grève

La grève se poursuit à France-Antilles ; mais le capitaliste Hersant, grand magnat de la presse en France et aux Antilles, use de toutes les manœuvres possible pour tenter de démobiliser les grévistes et de court-circuiter l’action de soutien. Il a tour à tour employé les menaces racistes, envoyé les gendarmes pour faire évacuer les locaux du journal occupés par les grévistes, dont deux avaient été gardés à vue puis inculpés, et il a fait venir de France une première équipe pour remplacer les grévistes. Cette équipe a refusé de travailler après s'être rendu compte du rôle qu’on voulait lui faire jouer. Hersant fut obligé de faire venir une deuxième équipe. Toutes ces manœuvres coûteuses : frais de voyage, logement du personnel à l’hôtel, etc., prouvent qu’Hersant pourrait payer, pourrait accorder la convention collective et augmenter les salaires des travailleurs, mais il ne veut rien céder. Il s’agit aussi pour le pouvoir colonial et la préfecture qui ont partie liée avec Hersant, de bien montrer à tous les travailleurs qu’ils doivent rester dans le rang : courber la tête, ou alors subir les gendarmes, la matraque, la répression brutale.
Le caractère colonialiste de la répression d’Hersant est évident.
Face à cela, un comité de soutien aux grévistes s’est constitué en vue d’organiser avec l’ensemble des organisations démocratiques et révolutionnaires une série de meetings, manifestations, diffusions de tracts, collages d’affiches, etc., ce qui a été fait dans une certaine mesure.
Mais pour faire céder Hersant, il fallait plus que cela, il fallait réellement boycotter le journal, empêcher la vente d’un seul numéro. Et cela était possible : déjà, au début de la grève, les distributeurs et vendeurs habituels avaient refusé de vendre le journal, déjà, des milliers de journaux commençaient à s’empiler sur les bras d’Hersant, mais, par ses manœuvres, ce dernier a réussi à faire paraître le journal trois fois par semaine, et, la semaine dernière il se vendait un peu partout dans Fort-de-France. Les organisations comme le PCM, le PPM, et le GRS qui les suit, malgré la sympathie rencontrée dans la population pour l’action de soutien, malgré le succès de deux manifestations de rue, l’une organisée par le comité de soutien, l’autre par FO, ont refusé d’engager réellement la campagne de boycott : il aurait fallu créer des groupes de militants de différentes organisations qui auraient sillonné les rues de Fort-de-France pour expliquer aux gens pourquoi il ne fallait pas acheter le journal, se rendre auprès des petits commerçants revendeurs, auprès des vendeurs à la criée, auprès des travailleurs d’Air France qui chargent en journaux les avions en partance pour la Guadeloupe, pour faire de même. Actuellement l’ensemble des travailleurs est toujours en grève, mais une action plus large, plus dure est indispensable pour leur donner un maximum de chances de vaincre.
En tout cas, les travailleurs de France-Antilles montrent l’exemple d’une lutte résolue. Pour imposer leurs revendications, ils ont choisi la seule voie qui peut être efficace.
H. BULVER



Guadeloupe : Halte aux mesures d’intimidation
contre les jeunes de Vieux-Bourg

Depuis une dizaine de jours, les gendarmes rôdent dans la région de Vieux-Bourg Morne-à-l’Eau. Ils ont déjà convoqué plusieurs jeunes dans leurs locaux, n’hésitant pas à aller jusque sur leurs lieux de travail déposer les convocations.

Les gendarmes espèrent ainsi décourager des jeunes qui ont décidé de se réunir pour discuter des problèmes les intéressant. Ils se réunissent les uns chez les autres et veulent mener une action pour obtenir une salle permettant à tous les jeunes de la région de Vieux-Bourg de participer à des discussions et aussi à des activités culturelles.

Que des jeunes discutent entre eux, qu’ils prennent position contre le chômage et pour une société meilleure, cela suffit pour que le pouvoir colonial leur envoie sa flicaille !

  • Atteinte aux libertés démocratiques élémentaires.

  • Menaces contre les jeunes s’intéressant à leur sort, à l’avenir.

  • Tentatives d’intimidation.

Voilà le vrai visage du colonialisme français !
A côté de cela les déclarations ronflantes des ministres et autres représentants du gouvernement sur la liberté, la démocratie, etc., ne sont que du vent !
Les jeunes de Vieux-Bourg ne sont pas décidés à céder à ces manœuvres d’intimidation.
Nous ne devons pas tolérer ces procédés. Dans cette lutte contre l’intimidation coloniale, les jeunes ne sont pas seuls.
L’ensemble des travailleurs et des couches exploitées de Vieux-Bourg et de Morne-à-l'Eau sont concernés. Aujourd’hui, ce sont les jeunes, demain cela risque d’être n’importe lequel d’entre nous qui oserait dire son mécontentement face à la situation créée par le gouvernement colonialiste français.
Dès maintenant, les organisations anticolonialistes et démocratiques doivent prendre elles aussi position contre les pressions et les mesures d’intimidation exercées par la gendarmerie, et manifester leur désapprobation face à ces méthodes.
Notre protestation à tous doit s’élever vigoureusement afin de défendre nos libertés.



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BATIMENT. LA C.G.T. ET LES GREVES TOURNANTES
Depuis quelques temps, les dirigeants des syndicats et en particulier de la CGT appellent les travailleurs du Bâtiment à faire des grèves tournantes pour obtenir satisfaction sur leurs revendications.
L’argument des syndicats c’est que les patrons ayant pris une « position dure » en refusant de discuter les salaires avant juillet 1974, il faut trouver d'autres formes d’action, après les deux grèves de vingt-quatre heures ; et ils proposent les « grèves tournantes » !
Les syndicats proposent huit heures de grève par groupe de chantiers et entreprises à tour de rôle tous les deux jours jusqu’au 17 décembre puis du 4 au 21 janvier.
L’argument essentiel des syndicats c’est que chaque travailleur ne perdra que huit heures en décembre et huit heures en janvier ; qu’il y aura « une grève de huit heures tous les deux jours dans la profession».
Mais à l’inverse, cela ne gênera pas beaucoup les patrons qui attendront tranquillement que les travailleurs soient fatigués de faire ces « tours » de grève. La CGT a employé cette tactique néfaste dans les usines à sucre et les travailleurs n’y ont rien gagné. Car lorsque les patrons en ont eu assez, ils ont purement et simplement lock-outé les ouvriers et ceux-ci se sont trouvés sur la défensive. Cette tactique que les syndicats présentent comme un moyen « puissant » n’a empêché ni les licenciements massifs à Beauport (près d’une centaine d’ouvriers) ni la fermeture de l’usine de Bonne-Mère.
Puisque du propre aveu de la CGT les patrons durcissent le ton, on devrait s'attendre à ce que le syndicat propose une action encore plus dure aux travailleurs. Mais non ! Il propose cette stupide tactique qu’est la grève tournante. Puis, quand les travailleurs seront bien démobilisés par cette tactique, les dirigeants CGT diront que « les travailleurs ne veulent pas se mobiliser », et l’ac­tion sera enterrée.
Si les travailleurs du Bâtiment veulent voir triompher leurs revendications, ils ont intérêt à faire comprendre aux dirigeants syndicaux qu’il faut changer de tactique. Car personne ne pourra démontrer qu’on peut faire l’économie de la grève générale illimitée pour obtenir satisfaction. En 1971, il a fallu plus de deux mois de grève pour obtenir 12,15 % d’augmentation, et le résultat aurait pu être bien meilleur si Destival et Jason qui dirigeaient la grève à l’époque, n’avaient accepté l’arbitrage de Belmont. Aujourd’hui, forts de cette expérience, les travailleurs pourront faire mieux, s’organiser plus fortement, être plus offensifs contre les sociétés du Bâtiment et faire céder plus vite les patrons. Car, depuis 1971, la situation a évolué. Une grève générale du Bâtiment ne restera pas isolée, à l’heure où le mécontentement gronde dans toutes les professions et jusque parmi les jeunes sans travail.
Alors, pourquoi les dirigeants syndicaux qui, certainement, ont déjà compris cela, eux qui prétendent diriger la classe ouvrière, ne proposent-ils pas autre chose que ces grèves tournantes sans efficacité réelle ?
Claude ROCHA.



ECHOS ECHOS

BANANE, A Capesterre et à Goyave (Guadeloupe) :

Guy Deravin et ses valets en lutte contre les travailleurs et leurs syndicats

Dès prochainement doivent se dérouler les élections pour la désignation des délégués du personnel sur les habitations Déravin à Moreau (Goyave) et à Dumanoir (Capesterre). Les sieurs Dumanin et Vingadapaty, géreurs des deux habitations précitées, pour éviter que tous les travailleurs adhèrent à la CGT ont trouvé une solution : ils font circuler une déclaration qu'ils invitent les travailleurs à signer et dans laquelle il est dit que les travailleurs n'ont pas de problèmes, que tout va bien et qu’en conséquence, ils n'ont pas besoin de syndicat. Par ailleurs, la direction essaie de mettre sur pied un syndicat CFDT-maison avec ses hommes à tout faire.
Les gros propriétaires terriens et leurs valets géreurs font les quatre cents coups dans les plantations de bananes ; parfois il ne payent pas les heures supplémentaires, d’autres fois ils les payent mais ne les déclarent pas à la Sécurité sociale, d'autres fois encore, ils imposent des tâches trop lourdes ; c’est pour toutes ces raisons qu'ils ne tiennent pas à ce que les travailleurs s'organisent et qu'ils font tout pour les en empêcher, qu’ils utilisent n’importe quels moyens. Ils vont parfois jusqu'à faire venir les gendarmes sur les plantations pour intimider les travailleurs. Mais toutes ces manœuvres n’aboutiront à rien du fout si les travailleurs sont décidés à leur faire échec. Nos camarades travailleurs doivent le comprendre et tout taire pour s’organiser, coûte que coûte.
Sur l'habitation Guy Deravin à Moreau (Goyave), le géreur G. Vingadapaty, son fils, sa femme mènent la vie dure aux travailleurs et se croient tout permis. C’est ainsi que l’accord signé avec le syndicat CGT prévoyant que chaque travailleur devrait semer un sac et demi d’hexapoudre en terrain plat et un sac dans les terrains en pente, n'est pas respecté.
Le fils de Vingadapaty exige que les travailleurs fassent trois sacs en tout terrain. De plus, ce valet de Déravin se permet d'insulter les travailleurs. Souvent, il ne donne pas de travail à ceux qui ne se laissent pas trop marcher sur les pieds. Il arrive que certains ne travaillent que deux ou trois jours par semaine, et ces journées sont très longues quand c’est un jour de coupe : de 6 h à 13 h et de 14 h à 17 h. Par contre, ceux et celles qui sont bien vus, c'est-à-dire les « macos » de Vingadapaty ont du travail tous les jours et même parfois plus de 15 heures par jour dont une partie non déclarée à la Sécurité sociale. Et il y a encore beaucoup à dire sur cette « habitation ». Les travailleurs et travailleuses ne doivent pas se laisser faire, car ce sont eux qui plantent, nettoient et récoltent, et font tout le travail. Ils ont un syndicat. A eux donc de faire pression sur leur syndicat, à demander des comptes à leur délégué et à exiger que celui-ci organise la lutte contre Vingadapaty et son fils.


PETIT-BOURG (Guadeloupe) : Réunion publique du Comité de chômeurs

Le samedi 15 décembre se tint la première réunion publique du comité de chômeurs de Petit-Bourg. Près de 60 jeunes et travailleurs sans emploi étaient là, écoutant les explications et les propositions faites par les membres du comité de chômeurs. Ils décrivirent la situation des jeunes sans travail et engagèrent les chômeurs à refondre le comité afin de mener la lutte contre ceux qui sont responsables de leur situation ; c'est- à-dire le gouvernement colonialiste français. Cette première réunion fut un premier pas. Car les chômeurs ont à lutter durement pour changer leur sort. Mais dès maintenant, on peut dire que la voie choisie est la bonne.


SOFROI (Alimentation) :

Pour protester contre la suspension abusive de deux travailleurs soupçonnés d'avoir volé, une grève fut organisée par la section syndicale (CGT Sofroi). La direction a été contrainte de reprendre ces deux travailleurs. Certes, Rimbaud avait refusé de discuter avec les grévistes. L'action de la majorité des employés a payé : nos deux camarades sont à leur poste ; cela prouve que le seul langage que comprennent les patrons, c’est celui de la force ; gageons que si le syndicat s’était contenté de discuter, de négocier, nos deux camarades seraient encore dehors ! C'est tout de même une belle victoire que viennent de remporter les travailleurs de la Sofroi. Pour obtenir satisfaction pour les revendications de salaire, il faudra utiliser le même procédé.


PRISUNIC : Les employés ne sont pas à la fête

Une fois de plus, à l'approche des fêtes de fin d'année, nos demi-journées ont été supprimées. Autrement dit nous avons été obligées de faire des heures supplémentaires pour permettre à ces messieurs de faire de gros profits.
Actuellement, les travailleurs ont pour choix les heures supplémentaires ou le licenciement et le chômage. Les patrons se servent de nous comme ils l’entendent, selon leur bon plaisir.
Il serait pourtant possible que nous refusions toutes de faire ces heures supplémentaires en arrêtant le travail par exemple.
Soyons certaines que pour ne pas trop perdre d’argent, la direction se dépêcherait alors de compléter l’effectif en reprenant toutes nos camarades licenciées ces derniers temps, et aussi celles qui figurent en attente sur les listes d'embauche.


MARTINIQUE : Non au monopole des transports maritimes par le Méridien

L’hôtel Méridien ouvre bientôt ses portes, et déjà la direction nous montre comment elle entend agir pour faire le maximum de profit.
La direction a acheté une grosse vedette pour faire le transport La Française-Anse Mitan. Seulement, il y a les « pétrolettes » qui font concurrence. Aussi, avec l'aide de l’administration, il est prévu deux mesures :

Tout d’abord, réserver l'appontement de La Française à la vedette du Méridien et expédier les « pétrolettes » sur un autre lieu d’embarquement difficilement accessible.

Ensuite, réserver le trafic de l’Anse Mitan à la vedette tandis que toutes les « pétrolettes » auront à se partager les passagers beaucoup moins nombreux pour l’Anse à l’Ane.

Par ce moyen, la direction du Méridien espère ruiner ses adversaires et augmenter les tarifs à sa guise quand elle sera seule à exploiter cette ligne.
Les usagers doivent être prêts à refuser toute augmentation des tarifs qui pourrait survenir dans l’avenir et à boycotter la vedette de l’hôtel Méridien.


PEUGEOT : Licenciement d’un vieux travailleur

La semaine dernière, la direction de Peugeot (Caterpillar) a voulu sanctionner un vieux travailleur qui ne voulait pas travailler après l’heure.
Elle l’a changé de son poste qu'il occupe depuis près de dix ans. Le camarade a refusé. La direction de Peugeot a alors licencié ce travailleur rebelle aux brimades.
Seulement, c'est sans compter avec la dignité de celui-ci, car notre camarade n’est pas prêt à se laisser marcher sur les pieds.
Il est temps que les travailleurs de Peugeot mettent sur pied un solide syndicat, ce qui fera Bonsaintcome réfléchir avant d'agir.



Chez MADKAUD : La lutte a payé !

Il y a un mois, un ouvrier refusait de faire des heures supplémentaires sur un chantier de Madkaud. Il fut purement et simplement licencié par Madkaud, car celui-ci ne tolère pas que l'on conteste ses décisions.
Malgré l’intervention du syndicat de l’entreprise et de l'inspection du travail, Madkaud refusa de réintégrer le camarade. Il a fallu que l'ouvrier le traîne devant le Conseil des Prud’hommes pour le décider. Il dut déclarer que l’ouvrier n’avait pas été renvoyé et qu’il n’avait qu’à se présenter sur un chantier. Le travailleur fut indemnisé pour son mois de lock- out.
Cependant, Madkaud se souviendra que les travailleurs ne sont pas prêts à se laisser faire, et c’est une bonne leçon pour lui.
C’est aussi un exemple pour tous les travailleurs. Ce camarade a prouvé qu’il était possible de refuser les heures supplémentaires même lorsqu'elles sont imposées par le patron.


Les travailleurs des Grands Moulins en lutte


La direction craint comme la peste l’organisation des travailleurs

Au mois de décembre 1972, les travailleurs des Grands Moulins Antillais s'étaient réunis en vue de créer une section syndicale CGT. Quelques jours après, grâce aux renseignements donnés par ses indicateurs, la direction licencia plusieurs des gars les plus décidés qui étaient à la tête du mouvement. Depuis, rien n'a été entrepris par nos camarades pour mettre sur pied une section syndicale. Et c'est bien ce que cherchait la direction : empêcher les travailleurs de s'organiser, car elle sait quel danger représente toute forme d'organisation des travailleurs à l’intérieur de l'entreprise. Un syndicat fonctionnant réellement, avec des assemblées générales et des réunions régulières des travailleurs, cela signifie de plus grandes possibilités pour les travailleurs de s'opposer à l’arbitraire patronal.
On peut remarquer en passant comment le patron peut se permettre de violer la loi qui garantit la liberté syndicale.
Mais la direction des Grands Moulins Antillais ne perd rien pour attendre, les travailleurs s'organiseront quand même.


Les travailleurs peuvent, quand ils sont unis, résister à l’arbitraire patronal

Bien que n'ayant pas de syndicat, les travailleurs des Grands Moulins Antillais ne se laissent tout de même pas marcher sur les pieds. A deux reprises, ils l’ont prouvé en obligeant la direction à reculer.
Une première fois quand celle-ci a renouvelé sa tentative d’instituer le système des trois équipes (ou vacation) de 8 heures. En effet, peu de temps après l’incendie qui avait détruit certaines machines, la direction afin de faire redémarrer rapidement la production, avait demandé à nos camarades de travailler en trois équipes : 7 h - 15 h, 15 h - 23 h et 23 h - 7 h, chose qu’ils avaient rejetée deux mois auparavant car la direction ne voulait pas majorer les heures de nuit. Cette fois-ci, ils ont accepté juste pour le redémarrage. Mais une fois effectuée cette opération, la direction a voulu maintenir le système des 3x8. Elle s'est heurtée à un refus catégorique et a été obligée de revenir au système des deux équipes de 8 heures (7 h - 15 h et 15 h - 23 h).


Une deuxième fois à propos de l’augmentation des cadences

Les travailleurs de l’ « ensachage » payés 5,25 F de l’heure fournissent environ 850 à 950 sacs pour huit heures. Quand ils font 950 sacs on leur paye neuf heures pour huit heures de travail effectif ; c'est-à-dire qu’ils reçoivent une prime de 5,25 F.
Dernièrement, le responsable de I' « ensachage », un certain Walter Wirth leur déclara que, dorénavant, pour huit heures de travail ils devront fournir 1.250 sacs. Nos camarades n’ont pas hésité un seul instant. Ils ont refusé. Car déjà en fournissant 950 sacs, ils doivent travailler dur, qu’en serait-il s'il fallait fournir 1.250 sacs !
La direction, si elle veut augmenter sa production, n'a qu’à embaucher d’autres travailleurs et acheter d'autres machines, car soulever 900 à 950 sacs de 50 kilos par huit heures de travail, ce qui fait 45.000 kilos, soit 45 tonnes, c’est déjà vraiment trop.



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Le GRS, les réformistes et la grève de France-Antilles
La grève de France-Antilles a vu très vite se former autour d’elle un comité de soutien. Pratiquement toutes les organisations de gauche y ont participé (partis, syndicats, organisations « démocratiques »).
Quelle était la politique qu’entendaient mener ces organisations ? Pour les réformistes, cela était simple : éviter de mener un combat d’ensemble contre le colonialisme, refuser de mobiliser la classe ouvrière, soutenir la grève en paroles et non en fait. Pour cela, il fallait cantonner la grève à un niveau syndical, refuser toute perspective, même au risque d’un échec grave. C’est ainsi qu'il était interdit de « parler politique au Comité ». Le rôle du Comité était ramené à celui d’un collecteur d’argent, organisant de temps en temps un meeting ! Nos camarades, qui défendaient le point de vue d’une lutte plus dynamique et élargie contre le colonialisme, se virent attaqués et par la direction de FO et par le PCM et par... le GRS, au nom de l'unité et de l’efficacité du soutien à apporter aux grévistes. Cela est allé au point que nous nous vîmes refuser le droit d’intervenir dans les meetings publics, le GRS préférant l’unité de façade avec des réformistes de tout acabit, plutôt que la franche exposition des idées de chacun, librement devant les travailleurs. Finalement, devant I' attitude antidémocratique du GRS et des autres organisations, nous avons décidé d’agir de notre côté en nous associant chaque fois que possible aux actions unitaires qui étaient décidées. C'est ainsi qu’au moins à deux reprises, le représentant du GRS prétendit que ce n'était « pas le moment de parler politique dans le Comité. Le problème est le soutien aux grévistes »... Et même si parallèlement dans la presse du GRS on trouve l’affirmation que la grève est politique, qu’il faut une lutte d’ensemble de la classe ouvrière pour faire triompher les grévistes, il n’empêche que dans les faits, à l’intérieur du Comité, le GRS soutenait les réformistes contre les révolutionnaires en défendant une position tout à fait opposée à celle développée dans sa presse. Mais une telle attitude ne nous étonne pas. Elle est celle d'un groupe profondément petit-bourgeois, qui ne vise nullement à élever le niveau de conscience des travailleurs.
H.B.



Martinique : SGEEM (chantier Méridien)
ENCORE DES LICENCIEMENTS COLLECTIFS...
MAIS LES TRAVAILLEURS NE L’ACCEPTENT PAS SANS MOT DIRE !
Le lundi 17 décembre, cinq travailleurs étaient priés de passer à la direction où Vigneron, le patron, leur signifiait leur licenciement, et leur demandait de signer une lettre dans laquelle ils déclaraient quitter l'entreprise. Bien entendu, ces camarades refusèrent de signer et alertèrent leur section syndicale. Mardi matin, celle-ci organisait une assemblée générale qui vota la grève. Ce fut l’affolement chez tous les chefs de la SGEEM, de la direction de l'hôtel Méridien et du bureau d’architecture. Entre-temps étaient arrivés, armés jusqu’aux dents, trois camions de gardes mobiles et un command-car. Finalement, Vigneron acceptait une entrevue avec l'inspecteur du Travail. Celui-ci déclarait que les licenciements étaient illégaux dans la forme. Tout donc est à recommencer pour Vigneron. Celui-ci a tout de même menacé de licencier une première tranche de 43 travailleurs pour début janvier.
La cause de ces licenciements est la fin du chantier. Ainsi, après avoir bien exploité les travailleurs pendant des mois, les patrons du Bâtiment les rejettent comme un fruit mûr sur le pavé. Et, même si certains d'entre eux retrouvent du travail sur un autre chantier, ils perdront leur ancienneté. Voilà une pratique habituelle dans le Bâtiment, et que jusqu'à présent la plupart des travailleurs considéraient comme « normale ».
Mais, cette fois-ci, les travailleurs de la SGEEM ne l'ont pas trouvée « normale » et s’y sont opposés. C’est un premier pas. En continuant la lutte, ils pourront faire comprendre à tous leurs camarades du Bâtiment que les patrons n’ont pas à les licencier pour fin de chantier, d’autant plus qu'ils ouvrent d’autres chantiers en Martinique. Si la lutte qu’ont entamée les travailleurs de la SGEEM s’élargit aux autres entreprises et chantiers, cette revendication peut devenir l'une des plus importantes du Bâtiment dans la période qui vient.
Jacques BRUEL



LES TRAVAILLEURS ANTILLAIS DANS LES HOPITAUX PARISIENS


STAGIAIRES-RADIO :

Nous ne sommes pas des demi-portions

Les élèves stagiaires ne touchent que 300 F plus 100 F d’indemnité et encore 100 F pour le logement. Avec ça, l’Assistance publique nous fait faire des stages à droite et à gauche dans tous les hôpitaux. Nous ne sommes même pas remboursés de nos frais de transport.
Et si encore nous faisions des stages ! Mais c’est comme bouche-trous que l'Assistance publique nous utilise : dans les services radio, nous faisons le même travail que les titulaires.
Il ne faut pas accepter cette situation plus longtemps !
Il faut que l’Assistance publique nous verse un salaire identique à celui des titulaires !


A ST-VINCENT : L’économe fait des économies sur notre dos

Jour après jour, la qualité de la nourriture au réfectoire se détériore tandis que la quantité diminue. Nous n’avons pas le droit de choisir ce que nous voulons. Si le plat du jour n'est pas à notre goût, nous ne pouvons prendre que de la purée. Le mardi, par exemple — le même plat est servi chaque semaine — nous avons droit à de la purée et à un poisson mal préparé. Ce jour-là, de nombreux camarades ne viennent pas. Ceux qui viennent malgré tout manger, le font en protestant.
Il est cependant possible que l’on nous serve des repas correctement préparés et que nous ayons le choix entre plusieurs choses. Pour cela, il ne nous faut pas partir du réfectoire lorsque la nourriture n'est pas bonne. Il nous faut nous regrouper et protester tous ensemble. L'économe n’a qu'à payer le prix qu’il faut !


SALPETRIERE :
Nous en avons assez des surveillantes qui se prennent au sérieux

Récemment, dans un des nombreux services que compte l'hôpital, en l’absence de la surveillante, un camarade tomba malade. Il demanda alors à la surveillante remplaçante une journée de repos pour le lendemain dimanche. Ce n’était pas là demander une faveur à l’administration puisque ce camarade avait plusieurs journées à récupérer. Mais sous prétexte qu’elle ne pouvait pas, en l'absence de la surveillante générale prendre seule une telle décision, la surveillante remplaçante refusa.
Le dimanche, notre camarade se trouva effectivement dans l'impossibilité de venir travailler. La surveillante générale, avertie par sa collègue, envoya une lettre au bureau du personnel, accusant notre camarade d'absence irrégulière. A la suite de quoi, la direction exigea de lui une justification par écrit de son absence.
Un exemple de plus qui montre que les surveillantes ne perdent jamais leur temps lorsque c’est pour tracasser des travailleurs.



Paris : les travailleurs africains en lutte pour un logement décent

Les travailleurs africains qui logent au 214, rue Raymond-Losserand, Paris-14, ont reçu depuis peu une lettre du préfet comportant des menaces sérieuses d’expulsion ; il leur est dit qu'ils doivent quitter les lieux avant le 15 janvier et que, si d’ici là ils ne l'ont pas tait, ce sont des flics qui viendront les faire partir.
Ainsi, après huit mois de lutte, les travailleurs de ce foyer en sont à faire les même requêtes auprès du préfet, à savoir : être logés tous ensemble dans le même foyer et dans le quatorzième arrondissement. Malgré toutes les belles promesses de l’administration, ils en sont au même point. Or, leur relogement est possible dans la même rue puisque en face du foyer du 214, se trouve un foyer en construction qui doit être terminé d’après les dires du préfet dans quinze mois. Or, d’ici quinze mois, le préfet dit qu'ils ne peuvent rester là et ce dernier leur propose d’être relogés provisoirement dans trois foyers différents situés dans les treizième, vingtième et dix-neuvième arrondissements.
Les travailleurs du foyer du 214, rue Raymond-Losserand ont refusé car : 1) ils ne veulent pas se séparer ; 2) on leur a fait quitter Vincennes pour loger à la rue Raymond-Losserand provisoirement ; ils y sont depuis dix ans et, de plus, nombreux sont ceux qui ont perdu leur travail à cause de l'éloignement de leur lieu d’habitation.
Les travailleurs du 214 maintiennent fermement leur position et sont décidés à ne pas accepter l'expulsion.



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Pour se libérer de l'oppression, le peuple palestinien ne doit compter
que sur ses propres forces

C'est sous l’égide des grandes puissances que la conférence de Genève, censée régler les problèmes du Moyen-Orient, s’est ouverte le 21 décembre.
Cette conférence, préparée par les grandes puissances, exclusivement préoccupées par leurs propres intérêts, ne pourrait pas régler les rapports entre États arabes et État d’Israël au mieux des peuples de ces pays. A plus forte raison, elle ne pourrait pas régler le problème palestinien qu’elle n’aborde même pas.
Les Palestiniens sont les grands oubliés de ce jeu diplomatique. Or, justement, le peuple palestinien continue à exister même si on lui dénie ce droit. Des dizaines de milliers de Palestiniens croupissent dans des camps de réfugiés, d’autres dizaines de milliers subissent l’oppression d’un État étranger dans leur propre pays.
Et de ce peuple palestinien, il a pourtant bien fallu parler lors qu’un commando terroriste a fait exploser une grenade à l'aérodrome de Rome, tuant plus d'une trentaine de personnes.
Nous, révolutionnaires, sommes solidaires du combat que mène le peuple palestinien pour son émancipation nationale. Mais un tel acte de terrorisme aveugle ne peut que nuire à la cause palestinienne et couper un peu plus ceux qui l’ont accompli des masses arabes elles-mêmes, et isoler le peuple palestinien. Une telle politique, même menée au nom du peuple palestinien est contraire à ses intérêts.
Les opprimés palestiniens n’ont pas besoin de « justiciers » qui prétendent lutter en leur nom en se substituant à eux. Ils ne peuvent se libérer que par leur propre action consciente et non par le terrorisme aveugle de quelques-uns. Il va sans dire que ce ne sont ni les criminels impérialistes ni leurs complices, ceux qui sont responsables de violences aveugles à une toute autre échelle qui ont le droit de reprocher quoique ce soit à la violence aveugle lorsqu’elle vient d’opprimés poussés au désespoir. Car ce sont justement ceux-là qui ont poussé le peuple palestinien dans une situation qui engendre de tels gestes fous. Si des militants palestiniens sont arrivés à commettre de tels actes, la faute en incombe également aux États arabes qui abandonnent le peuple palestinien quand ils ne le répriment pas férocement comme la Jordanie. Les dirigeants nationalistes palestiniens qui ont conduit la lutte de leur peuple dans l’impasse du nationalisme ont aussi leur part de responsabilités.
Ceux qui bavardent en ce moment à Genève autour du tapis vert continuent à assumer cette responsabilité. La paix qu’ils essaient de fabriquer sous la surveillance des grandes puissances ne pourra se faire qu’aux dépens des intérêts du peuple palestinien. Les bavards de Genève, en refusant même la participation officielle d’organisations palestiniennes qui ne sont pourtant pas révolutionnaires, ont administré de façon évidente au peuple palestinien la preuve qu’il n’a rien à attendre de telles conférences. La violence révolutionnaire est indispensable pour mettre fin à la violence quotidienne des oppresseurs. Mais cette violence révolutionnaire ne pourra balayer les obstacles qui se dressent sur le chemin de l’émancipation nationale du peuple palestinien que si elle est le fait des masses travailleuses conscientes de leurs intérêts, organisées pour les faire prévaloir et non pas de quelques terroristes individuels, s’attaquant aux voyageurs d’un avion pris comme cible au hasard.
Georges RASSAMY



ÉLECTIONS LÉGISLATIVES PARTIELLES
Les fraudeurs hors des Antilles !
Ainsi, les élections législatives qui avaient été annulées par le Conseil constitutionnel, ont été remportées par le candidat du Parti Communiste Inhibé qui bat le candidat UDR Hélène de plus de 3.000 voix.
La première remarque à faire porte sur taux d’abstention très élevé. A peine plus de la moitié des inscrits ont pris part au vote. Une partie très importante de la population, en particulier des travailleurs, des chômeurs, se désintéresse des élections. Et il est de fait patent que les exploités des Antilles n’ont pas de possibilités de changer leur sort par les élections.
La seconde observation qu’on peut faire, c’est que la victoire électorale du candidat du PC, si elle ne permettra pas aux travailleurs de changer quoique ce soit à leur sort, a permis cependant de mesurer l’ampleur de la fraude qui s'était déroulée aux élections de mars 1973. En effet, le pouvoir, devant les protestations et les preuves manifestes de cette fraude constatées, qui plus est, par des journalistes français, a préféré refaire les élections. Ainsi les fraudeurs, Hélène en tête, ont été désavoués. Mais Brunon et Cluchard qui avaient organisé la fraude sont toujours préfet et sous-préfet en France. De toute façon, ce n’est pas une élection qui a pu se dérouler à peu près normalement qui remettra en cause la fraude dans les colonies françaises.
Quand cela s’arrangera de nouveau, le gouvernement colonialiste sortira de nouveau ses flics, gendarmes et autres, pour truquer les résultats électoraux.
Ce n’est pas seulement contre la fraude qu’il faut lutter, mais contre tout le système qui s’appuie sur la fraude, la corruption, la force armée. C’est contre le colonialisme et l’exploitation forcenée des travailleurs qu’il faut se battre.



ESPAGNE : le bras droit du dictateur a été exécuté, seule l’action consciente
de la classe ouvrière abattra la dictature

Alors que commençait en Espagne la parodie de procès intenté à dix militants syndicalistes, le chef du gouvernement l’amiral Carrero Blanco sautait sur une bombe. Cet attentat a été commis par des militants nationalistes basques qui, par cet acte, entendaient porter un coup au régime et venger leurs camarades tombés sous les coups de la répression.
Carrero Blanco était un des chefs de la dictature franquiste. Cette dictature, elle a dû, pour s’installer dans les années 1936, passer sur les cadavres de milliers et de milliers de révolutionnaires, de syndicalistes, de travailleurs. Pour établir son régime, Franco a dû écraser dans le sang l'ensemble du mouvement ouvrier espagnol, ceci avec la bénédiction des pays capitalistes, démocratiques comme la France, les Etats-Unis ou fascistes telles l'Allemagne nazie et l’Italie de Mussolini.
Depuis, cette dictature n'a pu se maintenir au pouvoir qu'en réprimant férocement toute tentative de la classe ouvrière à s’organiser. Le droit d'association, c’est-à-dire le droit de se réunir, de construire des syndicats, des partis, n’existe pas en Espagne. La police et l’armée espagnoles interviennent pour briser les grèves, pour chasser les militants syndicaux et politiques. La farce judiciaire du procès des Commissions ouvrières vient d’illustrer une fois de plus que le régime franquiste n’a changé en rien, que la revendication des droits les plus élémentaires est encore considérée comme un acte criminel. Dix militants ont comparu devant les tribunaux pour avoir osé organiser des Commissions ouvrières, syndicats qui, jusqu'à une période encore récente, étaient reconnus officieusement par le gouvernement et le patronat comme interlocuteurs. Ces militants ont été condamnés en moyenne à vingt ans de prison simplement donc pour avoir voulu organiser leurs camarades de travail.
Le régime de Franco n'est finalement que la terreur organisée contre la classe ouvrière et contre tous ceux qui voudraient desserrer l’étau de la dictature. Il va sans dire que parallèlement les capitalistes ont toute liberté pour s’engraisser sur le dos des travailleurs.
C’est pourquoi, alors que les représentants de la bourgeoisie de tous les pays (y compris ceux de la Chine) ont envoyé des messages de condoléances, les travailleurs en Espagne même et dans le reste du monde ne verseront pas une larme pour ce bras droit du dictateur qu’était Carrero Blanco.
Le terrorisme individuel ne peut évidemment pas être un moyen d’émancipation pour la classe ouvrière.
La révolution socialiste ne peut se faire que par la participation consciente, active et organisée de larges masses ouvrières. L’activité des révolutionnaires doit viser à élever cette conscience et à développer le degré d’organisation. Seule, la violence révolutionnaire des masses ouvrières est féconde historiquement car elle seule peut non seulement détruire la dictature existante, mais la remplacer par un autre pouvoir, celui des travailleurs.
Il est très rare, sauf en période de guerre civile où les actions individuelles s’intègrent dans la guerre de classe, qu’une action terroriste puisse contribuer à élever le niveau de conscience de classe des travailleurs, et il est impossible qu’elle augmente leur degré d’organisation.
Mais les révolutionnaires socialistes sont aux côtés des opprimés qui se battent contre l’oppresseur, même par des moyens terroristes. Une victime a le droit de se défendre contre son bourreau par tous les moyens à sa disposition. C’est ce que les militants basques ont fait en exécutant le bourreau Carrero Blanco. Ils méritent toute notre solidarité.
J.-P. VALDE



LES TORTIONNAIRES OU COLONIALISME A L’ACTION
Il y a un peu plus d’un mois, au Gros-Morne, une bagarre opposait, au cours d'un match, quelques gendarmes à un groupe de jeunes, révoltés par l’arrogance de ces forces soi-disant «de l'ordre», dont la présence constante constitue une provocation permanente à la population. Appelant alors du renfort, les gendarmes se sont rués en force sur ces jeunes en lançant à bout portant des grenades lacrymogènes, dont l’une blessa un jeune au genou.
Puis, pendant quatre jours, le couvre-feu fut pratiquement déclaré au Gros-Morne, avec inter­diction de rassemblements « de plus de deux personnes » à partir de 7 h du soir.
Mais ces gendarmes ont montré plus clairement encore, par leurs méthodes de tortionnaires, quel était leur vrai rôle, ici, en Martinique : non pas de protéger la population, comme le gouvernement voudrait nous le faire croire, mais bien de réprimer à tout moment, par tous les moyens, y compris la terreur, y compris la torture. Car ces gendarmes, après les incidents du match, ont arrêté six jeunes au hasard et les ont torturés pour leur faire dire qui avait participé à la bagarre. Des tortures qui ont été jusqu'à leur éteindre une cigarette allumée sur le sexe, les faire s'agenouiller et pleurer devant eux sous les coups. Et cette torture s’est faite sous la direction du chef Audoin, aidé des gendarmes Kerbelec, Cariou et Cales.
Car le colonialisme français emploie bien des spécialistes de la répression et de la torture pour maintenir sa domination sur la population de ses colonies. Les hommes qu’il paie pour cette sale besogne ne sont pas des débutants : Audoin a déjà « fait » l’Algérie...
Voilà ce qui se passe actuellement dans ce pays, sous nos yeux. Et ce n’est qu’un avant-goût de ce que le gouvernement colonialiste français réserve aux jeunes et aux travailleurs, si ceux-ci ne se débarrassent pas auparavant de toute cette vermine sanguinaire, défenseurs par tous les moyens de l'ordre colonialiste.
Et France-Antilles, qui se plaît tant à étaler le sang et la violence dans ses colonnes, ne soufflera mot, bien sûr, de la terreur organisée et méthodique du colonialisme, puisque ce journal est au service de ceux-là mêmes qui, pour maintenir tout un peuple dans l'oppression et la misère, sont prêts à aller jusqu’au bout des massacres et de la torture.
Mais ces méthodes, qu’ils ont employées pendant de longues années au Vietnam et en Algérie, n’ont pas empêché les peuples de ces pays de les en expulser en retournant contre eux la violence. Les travailleurs et les jeunes des Antilles sauront en faire autant.