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CO n° 28 du 4 juillet 1973


EDITORIAL


LIGUE COMMUNISTE DISSOUTE : SOLIDARITE !

Le gouvernement vient d’ordonner la dissolution de la Ligue Communiste, organisation communiste révolutionnaire trotskyste. Le prétexte de cette dissolution est que la Ligue

avait appelé à manifester contre la tenue à Paris d'un

meeting ouvertement raciste et fasciste du groupe d’extrême-droite Ordre Nouveau.

Ce coup de force gouvernemental, cette tentative de mettre au pas des révolutionnaires a de surcroît été commis de façon hypocrite. Le gouvernement a dissout Ordre Nouveau en même temps que la Ligue.

Comme si l’on pouvait renvoyer dos à dos ceux qui regrettent le temps de Mussolini et de Hitler et ceux qui protestent contre la vermine fasciste !

Que peut-on dire d'un gouvernement qui prétend tenir l’équilibre égal entre les artisans actifs d’une nouvelle barbarie nazie, et ceux qui luttent contre cette barbarie ? C’est qu’il est clairement et nettement du côté des premiers !

Le gouvernement a non seulement autorisé le meeting de l’organisation fasciste, mais il a envoyé sa police pour quadriller tout le quartier, pour entourer d’un cordon sanitaire la salle de réunion afin que le meeting puisse avoir lieu. Pendant qu'à l’intérieur de la salle quelques apprentis fascistes déversaient leur haine contre les travailleurs émigrés, déclamaient des abjections racistes, à l’extérieur, des milliers de policiers contenaient les manifestants venus exprimer leur indignation. C’était là une véritable division de travail. Et une fois la réunion terminée, la police en uniforme raccompagnait les nervis fascistes, casqués et la matraque à la main, jusqu’à leur local.

Et le gouvernement ose prétendre qu’il est neutre ! Il ose prétendre qu’il est contre toutes les formes de violence quelles qu’elles soient !

Non, ni le gouvernement, ni la police, ni plus généralement l’ensemble de l’État n’est pas « neutre » dans cette affaire. Parce que fondamentalement l'ensemble de l’État, de ses plus hauts dignitaires jusqu’aux plus petites crapules qui le servent, sont fondamentalement dans le même camp que les abrutis fascistes. Ils défendent le mente ordre social, celui des privilégiés, celui des exploiteurs, celui des colonisateurs. Bien sûr, pas toujours avec les mêmes moyens. Mais même lorsque la bourgeoisie n’a pas encore besoin de la barbarie fasciste pour défendre sa domination, son appareil d’État — c’est-à-dire sa police, son armée, ses képis rouges — recrute largement dans la même racaille qui constitue les troupes fascistes.

Et cela, nous travailleurs antillais nous qui subissons quotidiennement en France comme aux Antilles mêmes le racisme, le mépris, les exactions, la haine des policiers et des militaires de métier, nous le savons bien. Nous savons qu’il n’y a dans nul corps, dans nulle couche autant de racistes que parmi ces serviteurs d’un État qui prétend être hostile au racisme. Et il n’y a là rien d’étonnant. L’État des exploiteurs a les serviteurs qu’il mérite, des serviteurs suffisamment abrutis ou inconscients pour accepter les plus basses besognes pour défendre les privilégiés. Il n’y a par conséquent rien d’étonnant non plus à ce que les sympathies de tant de policiers aillent aux fascistes.

Il n’y a enfin rien d'étonnant à ce que, policiers comme fascistes, comme l'ensemble de l’appareil d’État, vouent la même haine aux révolutionnaires.

Le gouvernement, sa police et l’ensemble de l’appareil d’État ne sont pas neutres dans cette affaire. Nous, travailleurs antillais, nous ne pouvons pas l'être non plus. Parce que nous ne pouvons êtes que du côté de ceux qui combattent le racisme dont nous sommes si souvent les victimes et qui subissent la répression à cause de ce combat. Parce que notre place est aux côtés de ceux qui combattent un ordre social injuste, l’exploitation et l’oppression coloniale.

A bas le décret de dissolution de la Ligue Communiste !

Libération immédiate de Krivine et de ses camarades arrêtés !


Martinique

MALGRÉ L’INERTIE DES DIRIGEANTS SYNDICAUX
LE BATIMENT SE PREPARE A LA LUTTE

Les travailleurs du bâtiment avaient déclenché, en pleine campagne électorale, une grève générale, et en une semaine avaient obligé les patrons à céder et à leur donner une augmentation de 13 à 16 %. Depuis cette date, les capitalistes se sont ressaisis et ont déclenché une vaste offensive contre les travailleurs du bâtiment. Cette offensive a pris principalement deux formes :

Tout d’abord des licenciements massifs, à la SOBAMA, à la SHAB, mais aussi à la SOGUET où le jeudi 14 juin cent neuf travailleurs sur deux cent dix-sept étaient licenciés. Bien entendu, les patrons ne se sont pas embarrassés avec leurs propres lois, licenciant sans préavis et sans indemnités. Face à ces licenciements, la réponse des syndicats, principalement la CGTM, était rien moins que décidée : aucune attitude ferme, mais des discussions avec la préfecture ou l’inspection du Travail.

Mais l’offensive patronale a pris aussi une seconde forme : le refus de passer par la Caisse de Compensation pour régler aux travailleurs leurs congés payés, se réservant ainsi la possibilité de refuser de les réembaucher après les vacances, car sans fiche de congés payés, le patron peut payer ce qu’il veut d’une part, et d’autre part les travailleurs n’ont aucun papier officiel prouvant qu’ils sont en congé ; le patron peut donc les licencier sans préavis ni indemnité. C’est de cette manière que la SOBAMA avait procédé fin mars, et que les capitalistes de l’hôtel Diamond-Roc avaient privé de leur gagne-pain quatre-vingts travailleurs l’an dernier. Devant cette menace, l’émotion des travailleurs était grande et chacun se demandait comment il fallait réagir face à la provocation patronale.

C’est ainsi que la CGTM convoquait les ouvriers du bâtiment à une assemblée générale le 15 juin. Après avoir discouru pendant deux heures, Tanger et Lampin, dirigeants du Comité du bâtiment, prétendaient qu'aucune décision ne pouvait être prise car il n’y avait pas assez de monde, alors que la salle était pleine au départ. Une nouvelle réunion était décidée pour le mardi 19. Là, aucune décision ne fut prise parce qu’il y avait trop de monde, « tous n’ayant pas encore parlé »... Une troisième réunion était donc convoquée pour le mardi 26. Il y eut pourtant deux bonnes centaines de travailleurs encore présents. Là, Tanger commença par parcelliser le problème sans offrir aucune perspective. Selon lui, il y avait trois catégories différentes de travailleurs :

  • ceux dont les patrons étaient en règle vis-à-vis de la Caisse de Compensation des congés payés,

  • ceux dont les patrons n’étaient pas membres de la Caisse des congés payés,

  • ceux dont les patrons étaient membres de la Caisse des congés payés mais refusaient de les payer normalement.

Ainsi posé, cela revenait à dire que le problème des congés payés ne concernait qu’une petite minorité de travailleurs, ce qui est totalement faux car les travailleurs du bâtiment, sans cesse à la merci des licenciements, peuvent se trouver à tout moment chez les sieurs Madkaud, Jean Joseph ou Saunier-Duval qui refusent de payer les congés normalement. C’est d’autant plus faux que la tentative patronale peut se généraliser à tous les chantiers. En bref, personne n’est à l’abri.

C’est ce qu’exprimèrent de nombreux travailleurs au cours de la dernière assemblée générale, sous l’œil inquiet de Tanger. Devant cent cinquante personnes attentives, un travailleur proposa une grève générale immédiate.

Cette proposition fut approuvée par la majorité des présents. C’est alors que Tanger fit purement et simplement passer au troisième point de l’ordre du jour !

Bien entendu, les capitalistes peuvent être fiers du service que leur a rendu la poignée de bureaucrates qui dirige le syndicat des ouvriers du bâtiment ! Mais Tanger et sa bande auront beau se faire plus plats qu’une peau de mangue face au patronat, ils ne seront pas mieux reçus à la préfecture par Terrade ou son successeur. En tout cas, nombre de travailleurs ont pris conscience du jeu de Tanger et sa clique. Ils savent que s’ils veulent lutter, ils n’auront pas grand-chose à espérer de ceux qui méprisent les travailleurs au point de ne pas tenir compte de leurs décisions prises en assemblée générale, au point d’enterrer toute lutte pour les congés payés.

Jacques BRUEL.


En Martinique comme en Guadeloupe

Les prix augmentent, pas les salaires

Ces jours derniers, l’ORTF et France-Antilles nous ont annoncé que le prix du kilogramme de riz allait augmenter d’un minimum de 21 centimes... France - Antilles avouait même, la larme à l’œil, que cette hausse constituait « une lourde menace sur les budgets ».

Une augmentation de 21 à 30 centimes par kilogramme, soit plus de 10 % par rapport au prix actuel, c’est absolument scandaleux. Scandaleux, car le riz est, aux Antilles, la nourriture de base ; scandaleux surtout car les ménagères ne possèdent pas plus d'argent pour aller faire leurs courses et chaque jour, avec une même somme, elles reviennent avec un peu moins de marchandises. Car ce que la presse ne nous a pas dit, c'est que le riz n'est pas le seul aliment qui subit la hausse ! Toutes les semaines les prix varient, le kilogramme de tomates se paie couramment 8 à 8,50 F, les petits paquets de cives coûtent 2 F ; quant au poisson, son prix monte ces jours-ci jusqu'à 13 F le kilogramme. Mais ce n’est pas tout, beurre, huile, vin... augmentent.

Voilà le vrai scandale !

La bourgeoisie veut nous acculer à une misère plus grande encore. Non seulement elle refuse d’augmenter les salaires mais encore ses représentants organisent la hausse des prix. En plus, de tout cela, les revendications des travailleurs restent toujours insatisfaites et les patrons sont toujours aussi arrogants.

Ce ne sont pas les travailleurs qui organisent la société, ce sont les patrons. Les bourgeoisies de tous les pays passent des accords commerciaux, créent leur marché commun et autres associations. Les travailleurs ne doivent pas faire les frais de leur mauvaise gestion.

C’est cette même augmentation du prix du riz qui avait provoqué la colère des travailleurs réunionnais. Ceux-ci avaient déclenché une grève générale de plusieurs jours jusqu’à ce qu’ils obtiennent une augmentation de salaire substantielle pour faire face à ces augmentations en cascade.

En Guadeloupe et en Martinique, les travailleurs réagiront certainement à cette nouvelle atteinte à leurs moyens d’existence. Ils ne laisseront pas perpétuellement les bourgeois vivre dans un luxe insolent à leurs dépens.

Georges RASSAMY


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Crèches et garderies. La lutte continue !

Depuis près de deux ans, les employées des crèches et garderies et les auxiliaires familiales de la Guadeloupe sont payées de manière assez irrégulière : il leur arrive d’attendre jusqu’à deux mois avant de recevoir leur paye. Des bruits ont circulé en mai concernant la fermeture des crèches et garderies et le licenciement de près de 200 travailleurs et travailleuses. Finalement, à la mi-juin, la Préfecture et le Conseil d’administration de l'A.G.E. S.S.G.T.F. annonçaient leur intention de fermer les crèches et les garderies pour le 30 juin ; les auxiliaires familiales conserveront leurs emplois, par contre les employées de garderies, les jardiniers et certains chauffeurs, soit en tout 77 personnes, seront licenciées.

Avant même l’annonce de la fermeture, les employées des crèches et garderies organisées dans leur syndicat avaient déjà commencé à manifester leur mécontentement, sachant très bien qu’elles ne pouvaient rien attendre de bon de la Préfecture. Elles ont distribué des tracts annonçant à la population le coup que préparait l’administration préfectorale. L’annonce de la fermeture ne les surprit pas. Une délégation a été reçue par la direction de la D.A.S.S. ; on leur apprit que 350 millions de francs anciens destinés à la construction de crèches et de garderies nouvelles étaient en caisse mais que, vu le nombre peu important d’enfants confiés à celles qui existaient déjà, on avait décidé de ne plus rien construire. En fait, s'il y a si peu d’enfants dans ces centres, la seule responsable est la direction de l’A.G.E.S.S.G.T.F. qui refuse ceux de moins de deux ans alors que ce sont justement ceux-là que les familles nécessiteuses aimeraient confier aux crèches. D'autre part, à la fin de l’année dernière, a eu lieu une augmentation des tarifs de 1 F pour tous, le prix de la journée passant jusqu’à 10 F pour certaines familles.

Alors qu’il y a en caisse 350 millions de francs destinés à la construction de crèches et de garderies la Préfecture, elle, envisage de fermer les centres existants. Que fera-t-on de cet argent ? Va-t-on l’utiliser pour continuer à financer un certain nombre de choses qui ne sont absolument pas du ressort du F.A.S.S.O. ? Les fonds de cet organisme dont 45 % proviennent des excédents de la Caisse d'allocations familiales sont utilisés abusivement pour financer le B.U.M.I.D.O.M., pour payer des voyages et des séjours de prince aux ministres et autres secrétaires d’État en visite touristique en Guadeloupe, et organiser des séjours publicitaires en France pour des jeunes travailleurs antillais !

Maintenant on vient raconter que les crèches et garderies vont fermer, car les caisses du F.A.S.S.O. sont vides à cause, prétend-on, des grèves de ces temps derniers qui ont entraîné le non-paiement des cotisations à la Caisse de Sécurité Sociale et aussi parce que beaucoup d'ouvriers agricoles sont devenus des petits planteurs, ce qui diminue encore les revenus de la Sécurité sociale.

L’administration préfectorale se moque vraiment des travailleurs en Guadeloupe. A signaler qu’elle avait annoncé la fermeture d’un certain nombre de centres de préformation et le licenciement de 25 moniteurs de ces centres ; mais elle est revenue sur sa décision devant la promptitude de la réaction de l’ensemble des moniteurs.

Le secrétaire général de la Préfecture reçut également une délégation des employées de garderies et lui apprit que, finalement, les crèches et garderies seraient fermées fin septembre et les 77 travailleurs et travailleuses de ces centres licenciés seulement à cette date.

C’est peut-être une manœuvre de la Préfecture qui a reculé pour mieux sauter. En effet, il se pourrait bien qu’après le mois d’août, mois de fermeture des centres pour le congé annuel, ceux-ci n’ouvrent point en septembre. Aux travailleurs et travailleuses des crèches et garderies de rester vigilants, de manifester par tous les moyens leur volonté de conserver leur emploi et de faire connaître massivement à la population leurs problèmes afin que celle-ci soutienne leurs actions.

ESTHER.


ECHOS ECHOS


SEGTA (Saint-Georges) : Tentative de vol de la part de la direction

La direction de la SEGTÀ vient d’envoyer à un chef d’équipe une lettre lui réclamant 1.392 F pour rupture du contrat de travail. En effet, ce travailleur a envoyé sa lettre de démission en retard. Mais ce que Ternon ne dit pas, c’est que :

  1. Ce travailleur lui a demandé à trois reprises une augmentation de salaire qui était due et la direction a refusé.

  2. A l'embauche, on lui avait promis une prime mensuelle de 250 F. Or, il a travaillé pendant au moins un an à la SEGTA et on ne lui a jamais versé cette prime. Donc, la SEGTA doit au moins 3.000 F à notre camarade, somme qu'elle a empoché, et c'est parce que cette prime n’a pas été payée que le camarade est parti.

  3. Les 1.329 F réclamés sont calculés sur la base d’un salaire de 8 F, salaire que notre camarade n'a jamais perçu.

En résumé, la SEGTA essaie encore de voler un travailleur. Mais qu'elle prenne garde, car nous saurons lui faire entrer ses paroles à la gorge. Que Ternon commence par indemniser notre camarade avant de lui réclamer de l’argent que, de toute façon, ce travailleur ne lui doit pas.


Les délogés de la cité La Croix en lutte contre la SIMAG

Voilà plus de quatre ans qu'une vingtaine de travailleurs ont été expulsés de leurs maisons. Ces maisons ont été détruites purement et simplement par la SIMAG qui voulait construire des bâtiments neufs. Des promesses de relogement dans des maisons confortables à titre de location-vente modérée leur avaient été faites au départ. Devant les sommes ridiculement faibles proposées par la société capitaliste la SIMAG, le refus de location-vente et la complicité du maire avec la SIMAG, les délogés ont formé un Comité de défense. Pour régler ce différend, les délogés comparaîtront au tribunal contre la mairie et la SIMAG, le 7 juillet 1973.

Les travailleurs demandent :

  • un dédommagement correct de leurs maisons,

  • des contrats de location-vente,

  • leur relogement dans des conditions au moins identiques aux normes existantes.

Une nouvelle menace d’expulsion est déjà entreprise au quartier Trou-Terre. Loin d'aider les travailleurs, la SIMAG agit avec un seul but : le profit. Aucun travailleur ne doit accepter un tel mépris de la classe ouvrière : les travailleurs doivent se regrouper et rester vigilants afin de mieux lutter contre ceux qui les exploitent.


MERIDIEN : Faisons respecter les conditions de sécurité !

S’il existait une commission d’hygiène et de sécurité comme le prévoit le règlement sur les grands chantiers du bâtiment, les responsables des travaux de l’hôtel Méridien auraient du pain sur la planche, car on ne fait pas un mètre sans constater une irrégularité. A chaque étage, le garde-fou fait défaut et, très souvent, un ouvrier est contraint de travailler dans, le vide parce qu’un échafaudage prendrait trop de temps à être monté, ou tout simplement parce qu'il n’en existe pas. C’est très souvent aussi que l’une des grues laisse tomber une charge, parce qu’elle est défectueuse ou qu’un surplus de béton fait effondrer un coffrage parce qu'il faut aller vite et donner le maximum de rendement.

Tout ceci donne une idée du poids que représente la vie d’un ouvrier sur la balance du profit capitaliste. Et c'est très mince.

Très souvent, les travailleurs perdent la vie ou sont mutilés en échange de quelques francs d'indemnité. On pourrait éviter tout cela si le patron capitaliste respectait les normes élémentaire de sécurité.

Nos intérêts ne sont pas les mêmes que ceux du patron puisque, lorsqu’il parle de gros sous, nous risquons nos vies. Ne comptons donc pas sur eux pour ce qui est de notre sécurité.

REFUSONS de travailler dans de mauvaises conditions !

EXIGEONS notre sécurité, il y va de notre vie.


HOPITAL GENERAL : Des cars de ramassage !

A l'Hôpital général, où travaillent de nombreuses femmes venant de Raizet, Grand-Camp ou de certains quartiers de Pointe-à-Pitre, les moyens de transport font actuellement défaut. Ainsi, certaines femmes, pour être à 6 heures à leur service doivent partir de chez elles depuis 5 heures du matin. Quant à celles qui travaillent de nuit jusqu’à 22 heures, elles sont obligées de faire le trajet de l’hôpital à leur domicile à pied quand elles ne trouvent aucune de leur collègue pour les prendre en voiture. Dernièrement, l’une d’entre elles s’est fait attaquer, il existe des syndicats à l’hôpital ; la moindre des choses serait que ces derniers se préoccupent de la question du transport des employés. Ces syndicats, s’ils sont décidés à obtenir satisfaction peuvent mobiliser l’ensemble du personnel et protester énergiquement contre la situation présente. Air France, par exemple, met à la disposition de ses employés des cars de ramassage le soir et le matin très tôt ; pourquoi l’Hôpital général ne disposerait-il pas, lui aussi, de son service de ramassage ? Car, en fait, un pareil service éviterait bien des tracas, et des fatigues supplémentaires à toutes ces mères.

qui, parfois, assez âgées, doivent faire deux fois par jour et à pied, le trajet Hôpital général à Raizet, Grand-Camp Vieux bourg Abymes.


PETRELUZZI : Victoire des travailleurs contre un tâcheron rapace

La semaine dernière à l’hôtel Méridien, les travailleurs en sont venus aux mains avec le tâcheron qui voulait leur escroquer le fruit de leur travail. N’ayant reçu ni acompte, ni paie, ils se sont révoltés et se sont mis en grève. Leur mouvement a été utile puisqu’ils ont obtenu satisfaction en obligeant tâcheron et capitaliste à s’entendre pour payer.

Mais si cela a été possible, c’est parce que le travail a été arrêté, preuve que c’est seulement lorsque les travailleurs luttent qu’ils obtiennent satisfaction. Mais s’ils ont dû freiner les élans voraces d’un petit qui voulait devenir grand à leurs dépens, le véritable responsable c’est le capitaliste Petreluzzi. C’est lui qui bénéficie de la situation. Et le jour où les travailleurs s’en prendront à lui, à ses semblables et à leur régime, ce sera mieux, car ce sont eux la source de leurs malheurs.


A l'Hôpital Général.

Les conditions de travail et de soins sont toujours aussi désastreuses

Il y a quelques semaines, l’Ordre des médecins faisait parvenir à la presse un communiqué dans lequel il dénonçait l’état déplorable des hôpitaux de la Guadeloupe, ainsi que les conditions d’insalubrité dans lesquelles étaient soignés les malades.

Il faut vraiment que la situation se soit dégradée et soit suffisamment alarmante pour que l’Ordre des médecins ait pris la décision de rendre publique une pareille déclaration. Seulement, ce qu’a oublié de préciser l’Ordre des médecins, c’est que cette situation dure depuis de nombreuses années. Quoi d’étonnant que, dans un pays colonisé sous-développé, l’état sanitaire soit déplorable ? Quoi d’étonnant que dans les soi-disant départements d’outre-mer, les malades soient soignés en dépit des règles d’hygiène élémentaires, que le matériel et les médicaments manquent de façon cruciale, le personnel hospitalier soit en quantité insuffisante, ou sous-qualifié ?

Depuis cette déclaration de l’Ordre des médecins, la radio nous a appris une « nouvelle sensationnelle » : la construction d’un nouvel hôpital. Qui les journalistes de la radio pensent-ils tromper ? Il y a plus de dix ans que le projet de construction de cet hôpital a été élaboré et les crédits votés ; seulement voilà, ces crédits n’existent plus, où est passé l’argent ? C’est la question que l’on est en droit de se poser. Ce n’est certainement pas pour l’achat de médicaments, de matériel neuf, ni pour augmenter le salaire des employés de l’hôpital qu’il a été utilisé. Le matériel, nous l’avons dit, est dans un état vétuste ou fait cruellement défaut : les appareils utilisés pour la radiographie « donnent du courant », les seringues et thermomètres se comptent par unité dans certains services.

Quant au personnel, infirmières, filles de salle, garçons de radio, il est sous-payé et travaille dans des conditions pénibles, la plupart du temps sous la direction de surveillants ou de surveillantes grincheux et maniaques. La nourriture, quant à elle, est mauvaise et certains malades, tels les diabétiques, nécessitant un régime spécial, sont nourris comme tout le monde. Pire, la situation se dégrade à l’ancien hôpital. L’opinion publique, et avant tout les malades et le personnel médical sont en droit de demander des comptes. Mais en attendant la construction du nouvel hôpital, il faudra que le personnel hospitalier s’organise et se batte pour que la situation s’améliore à l’Hôpital général, et que ce combat soit soutenu par tous les travailleurs.


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A propos de la raffinerie de pétrole

Le dernier mot doit être aux travailleurs

Les bruits concernant la possibilité d’implanter en Guadeloupe ou en Martinique une énorme raffinerie de pétrole ne se démentent pas. Il n’est pas de semaine qui s’écoule sans que deux ou trois prises de position sur le sujet, provenant d’une « personnalité », d’un groupe de pressions ou de la presse locale, ne se fassent jour.

C’est ainsi, entre autres, que l’on a pu voir non sans surprise France-Antilles prêter ses colonnes à des adversaires de l’implantation, en l’occurrence la jeune Chambre économique de la Guadeloupe. Il n’en reste pas moins que les éditoriaux du journal semblent réservés aux partisans du projet..

Quoiqu’il en soit de ces positions, propositions et contre-propositions, il semble que tout ceci fasse partie d’une campagne destinée à nous habituer à l'idée de l’implantation de cette raffinerie, et les récentes déclarations de Vié, secrétaire aux Départements d’outre-mer, lors de son dernier passage en Martinique, ne sont pas là pour nous contredire. Il a davantage insisté sur les mesures à prendre pour éviter une baisse du prix de l’essence aux Antilles, en cas d’installation du complexe pétrolier, que sur ce qui était envisagé pour lutter contre la pollution.

Ainsi, ce représentant des intérêts du capitalisme français, peu soucieux du danger d'empoisonnement qui menace nos îles, ne songe qu'à une chose : le risque de voir à cette occasion baisser le prix de l’essence, c’est-à-dire les profits des compagnies pétrolières françaises, dont il est, en quelque sorte, le chargé d’affaires...

Cependant, ces déclarations de Vié sembleraient indiquer qu’en réalité, les jeux sont déjà faits, que l'installation du complexe pétrolier est acquise d’avance, et qu’il ne s'agit plus pour le gouvernement français que de discuter avec la compagnie américaine afin d’en obtenir le maximum.

Si tel est le cas, ce ne sont pas les faibles plaintes d'une jeune Chambre économique, qui n'a tout au plus qu’un rôle consultatif, qui changeront quoi que ce soit. Or, il n’est pas inutile de rappeler les désastreuses conséquences qu:aurait la mise en place de la raffinerie, et ceci dans tous les domaines.

En ce qui concerne l’agriculture, c'est dans son ensemble qu’elle est menacée, aussi bien en ce qui concerne le bétail que les cultures, par la pollution des eaux et de l’air qui entraînera une diminution importante du rendement agricole.

Pour les pêcheurs, le danger est encore plus évident, les déchets rejetés chaque jour par la raffinerie pouvant amener à la destruction progressive de la faune sous-marine, et ceci à des kilomètres à la ronde. C’est pratiquement priver de leur gagne-pain plusieurs centaines de pêcheurs travaillant de façon artisanale.

Pour ce qui est du tourisme, dont on nous parle tant, il est déjà l’objet d’une politique fort contestable, mais on peut dire à coup sûr que la venue des pétroliers rendant les plages impraticables et l’air malsain, en sonnerait le glas.

Tout ceci, on le voit, entraîne à court terme la mise au chômage et l’aggravation de la misère de milliers de travailleurs. Et tout ceci pourquoi ? Il faut penser aux plus pauvres, affirme en substance France-Antilles dans son éditorial du 23 juin, et par conséquent, ne pas négliger les quelques emplois induits... même s’il n’y en a que cent cinquante ! On reste confondu devant tant de logique, et ce soudain intérêt pour les défavorisés éprouvé par France-Antilles. Ainsi, on détruirait des milliers d’emplois pour permettre à cent cinquante personnes de devenir des balayeurs...

C’est à ce moment que l’écrivaillon de France-Antilles nous sort son argument-massue : « Où trouver les quarante milliards d’anciens francs par an que la super-raffinerie, après dix ans de dégrèvement d’impôt (souligné par nous), déversera dans l’économie guadeloupéenne ? » C'est vraiment nous prendre pour des imbéciles. Le gouvernement français, au service des capitalistes, se transformerait-il en œuvre de charité, et distribuerait-il aux Guadeloupéens ou aux Martiniquais ces quarante milliards annuels, lui qui dès maintenant, par la bouche de Vié, nous prévient que cela n’entraînera même pas une baisse de l’essence ?

Non, on peut d’ores et déjà affirmer que tout cet argent ira directement renflouer les caisses de l’État français.

Tout ceci, disions-nous plus haut, paraît décidé à l’avance. Mais il y a un facteur avec lequel les capitalistes franco-américains ne semblent pas avoir compté : la réaction des travailleurs et des pauvres, paysans, pêcheurs, tous ceux pour qui l’installation de cette raffinerie représente à coup sûr une catastrophe irréparable.

Les USA ont choisi les Antilles « françaises », à cause de la prétendue stabilité du régime politique. A nous de faire la preuve que nous ne sommes pas des béni-oui-oui, et que la décision d’implanter cette raffinerie provoquerait une riposte immédiate de l’ensemble de la population. C’est précisément le rôle des partis qui prétendent défendre la classe ouvrière, des syndicats, de jouer de leur influence pour mobiliser les travailleurs lorsque leurs intérêts vitaux sont en jeu. Or, jusqu’à présent, les réactions des divers partis et organisations « de gauche », sont plutôt timides sur le sujet, même si les partis communistes ont pris position contre le projet, ce qui est déjà positif. L’Étincelle, par exemple, affirme que l’on a choisi Port-Louis parce que c’est une municipalité démocratique, et qu’on veut en chasser l'équipe en place. Comme tout ceci paraît ridicule et mesquin, alors que c’est l’île tout entière, Guadeloupe ou Martinique, qui est menacée si le projet se réalise.

Il importe dès à présent que tous, travailleurs, paysans pauvres, pêcheurs, jeunes, nous nous tenions prêts à réagir de la façon la plus énergique, au moindre indice de confirmation des projets gouvernementaux. Ce n’est que par une réaction unie et déterminée de tous les pauvres de ce pays que l’on pourra faire reculer le gouvernement français, et les capitalistes dont il est le zélé serviteur.
Claire GOYA.


Dans l’Enseignement

LES ANNÉES PASSENT MAIS LES PROBLEMES DEMEURENT

Comme chaque année à la sortie des classes, beaucoup de parents sont inquiets du sort qui est réservé à leurs enfants. Les problèmes de passage en classe supérieure, d’orientation se posent avec acuité à chaque fin d’année. Il y en a qui sont renvoyés, d’autres qui, tout en étant admis dans une classe supérieure, ne sont pas sûrs d’avoir une place en octobre. Pourquoi ? Tout simplement parce que le nombre de places offertes est loin de correspondre à la demande. Ainsi cette année, sur quatre cent cinquante-trois élèves orientés vers le CET annexe de Baimbridge, et qui sont du niveau pour suivre une première année de BET, seulement cent cinquante-sept sont effectivement retenus, les deux cent quatre-vingt-seize autres, l’administration ne sait pas encore ce qu’elle en fera. Et il en est ainsi dans tous les CET. Dans le second cycle long, la situation est identique ou presque. L’on invoquera comme chaque année à la même période l’éternelle « démographie galopante » pour justifier cette situation alarmante. S’il y a une chose prévisible, des années à l’avance, c’est tout de même le nombre des enfants qui arrivent en âge d’être scolarisés. Seulement, cette explication ne convainc plus personne. Les parents sont de plus en plus conscients que la politique pratiquée en matière d’éducation par le gouvernement français est une politique de bluff et à la petite semaine. A ce niveau, l’incohérence est la règle générale, tout est fait à la va- vite, sans aucun plan et sans tenir compte des besoins réels. Pour donner l’impression que quelque chose est fait, l’on construit partout des CES neufs, sans pour autant augmenter le nombre de postes budgétaires. Résultats : les élèves se retrouvent la plupart du temps avec des maîtres qui n’ont jamais enseigné, et qui par conséquent, ne savent pas comment procéder. Quoi d'étonnant après que le niveau baisse et que le nombre d’échecs aux examens soit en augmentation ? Mais voilà, l’école comme toutes les autres institutions « santé, poste, etc. » est insérée dans un contexte social précis et ne peut aucunement échapper à la dégradation que subit la société coloniale d’une façon générale. Comme dans tous les autres domaines, le gouvernement colonialiste est incapable de résoudre les problèmes scolaires. C’est cela la vérité. L’école ne fonctionnera correctement que lorsque les travailleurs des Antilles et ceux des autres colonies françaises chasseront définitivement les colonialistes.

Noël CANTIUS.



Aux Trois-llets (Martinique)

Constantin-Revetti, " min-me bêt min-me pouël "

Les élections cantonales ne sont même pas proches et pourtant certains commencent déjà à faire leur petite publicité et à prospecter chez les paysans. C'est ainsi qu'aux Trois-llets un nommé Constantin, avocat, représentant de la bourgeoisie martiniquaise et du colonialisme français, a entamé sa tournée en vue de se bien faire voir avant les élections cantonales.

Ce monsieur veut tout simplement essayer de prendre la place de René Revetti, maire et conseiller général. Tous les deux promettent aux habitants des quartiers de l’eau par la construction de citernes et en fouillant les mares de La Plaine. Mais tous les deux sont des représentants de la bourgeoisie et du colonialisme : c'est blanc-bonnet et bonnet-blanc !... Les gens du quartier de La Plaine, de Galochat et de l'Anse à l’Âne ne sont pas dupes. Travailleurs et paysans se posent la question : Comment, les autres jours nous ne vous voyons pas dans les quartiers, même pas pour parler une seconde avec nous, et aujourd'hui vous osez venir nous voir ?

Nous ne sommes pas dupes. Nous voyons qu’il y a là une tromperie, une mystification. Nous ne faisons confiance ni à Rivetti, ni à Constantin, mais à nous-mêmes, à notre propre capacité de lutter.

Marianne TIBUS.



A propos d'un article de "L’Étincelle”

Qui a peur de la discussion ?

Dans une rubrique spéciale destinée aux jeunes communistes, l’Étincelle du 23 juin dernier prétend :

"Nous ne parlons pas, bien entendu, de celles (des discussions) entreprises en catimini par certains trotskystes qui s’adressaient à nos camarades les moins formés pour tenter de les détourner de notre organisation et de l’influence communiste". Citation in extenso du supplément jeune du numéro du 23 juin 1973.

Tout d’abord, faisons remarquer à l’auteur de l’article en question que son affirmation est fausse. Certains de nos camarades étaient à la fête de l’Étincelle et ont discuté au vu et au su de tout le monde, pendant qu’ils buvaient à un stand, avec des jeunes communistes.

Alors pourquoi ce mensonge ? Le véritable problème c’est qu’il est difficile pour certains dirigeants et militants du parti d’admettre qu’il y ait discussion entre nos militants et ceux de leur parti. Jusqu’à preuve du contraire ce n’est pas nous qui avons pris la moindre mesure pour empêcher nos militants de discuter avec ceux d’autres partis et organisations. Nous avons suffisamment confiance dans nos propres idées pour ne pas craindre de telles confrontations. Mais il n’en est pas

de même pour tout le monde.

Il faut croire que le dirigeant du PCG qui a écrit cet article n’admet pas qu’il puisse y avoir de telles discussions entre nos camarades et les jeunes communistes.

Voilà un petit fait qui montre bien comment il faut comprendre les déclarations du PCG affirmant rechercher l’unité d’action avec d’autres organisations.

Nous n’avons pas pour notre part une telle conception des rapports entre militants anticolonialistes et à plus forte raison entre militants qui se réclament du communisme...

Pierre-Jean CHRISTOPHE.


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Chili : Contre l'armée Allende ne compte que sur l'armée

Le président du Chili, Allende, a échappé vendredi 29 juin à un coup d’État militaire.

Ainsi donc, cette armée qu'Allende avait pourtant choyée, à laquelle il avait accordé toute sa confiance, vis-à-vis de laquelle il avait multiplié les gestes politiques au point d'inviter un de ses représentants au gouvernement, eh bien cette armée-là, ou du moins une de ses fractions, s’est dressée contre lui.

Même maintenant, la seule force à laquelle Allende a fait appel pour museler les unités rebelles c’est... d’autres unités de la même armée, pour l'instant loyalistes celles-là. Non seulement il n’était pas question, même en cette circonstance, d’appeler à la mobilisation et à l’armement des masses travailleuses, mais Allende s'y est explicitement opposé.

Il n’y a rien d’étonnant à cela. Allende défend l’ordre bourgeois. Et l’ultime rempart de cet ordre bourgeois est l’armée. Il n’est pas question qu’Allende brise ce rempart, dusse-t-il, en ne le faisant pas, perdre le pouvoir.

Seulement, pour paraphraser l’expression célèbre de Marx, l’armée chilienne aura un beau jour assez de sauver périodiquement le régime d’Allende et de retourner, une fois la besogne accomplie, à la caserne. Elle voudra « sauver » le régime une fois pour toutes, en prenant elle-même le pouvoir et en balayant par la même occasion Allende. Et ce dernier aura entre-temps, tout fait pour que les masses pauvres, démobilisées, démoralisées par lui, n’aient plus ni la force ni même l’envie de réagir contre un coup d’État militaire.



La réévaluation du Mark

Pas d’accalmie dans la crise monétaire

Il y a à peine trois mois de cela, l’on a assisté à un afflux de dollars qui a inondé les banques des pays européens. Ceux-ci ont donc décidé la flottaison commune des monnaies européennes c’est-à-dire que dorénavant, la parité des monnaies européennes exprimées en dollars ne sera plus fixe, mais devra varier en fonction de l’offre et de la demande : lorsque l’offre augmente, le taux de change du dollar diminue, ce qui a pour conséquence de décourager les éventuels vendeurs de dollars. En outre, il a été décidé que cette flottaison serait commune ; cela veut dire que les monnaies européennes devraient garder entre elles des parités fixes car une parité qui varie tous les jours est préjudiciable au commerce international étant donné que dans ce cas-là, les vendeurs et les acheteurs ne peuvent jamais prévoir le résultat de leurs transactions.

Pour essayer de sauver au moins ce qu’ils pouvaient, c’est-à-dire le commerce inter-européen, les pays européens ont donc pris la décision d’avoir une attitude commune et d’arrimer leurs monnaies les unes aux autres.

Or la flottaison des monnaies européennes n’a pas empêché le dollar de déferler sur l’Europe. Bien au contraire. Ceci a obligé les banques centrales européennes à racheter les dollars américains en surabondance. Ce faisant, les États européens ne faisaient ni plus ni moins que de soutenir le dollar en inflation, autrement dit, à reprendre en partie à leur charge l’inflation américaine.

Finalement, le commerce inter-européen n’aura pas été préservé non plus, puisque, même entre européens les gouvernements n’ont pas réussi à maintenir cette fameuse parité fixe qu’ils voulaient réaliser.

L’État allemand, pour sa part, a décidé de réévaluer sa monnaie. Il a été contraint de le faire car la monnaie allemande était la plus demandée en contrepartie du dollar ; ils ne pouvait être question de laisser cette situation se prolonger et de continuer à dépenser des marks pour acheter d’autres monnaies plus dépréciées, dont l’économie allemande n’avait nul besoin, L’État allemand, en décidant d’intervenir, a tenu à montrer, s’il en était encore besoin, que si les discours sur « l’unité européenne » sont bons pour les cérémonies, dès que les intérêts de sa bourgeoisie devraient être sacrifiés pour l’unité, chaque État préfère le « chacun pour soi ».

Et aujourd’hui, il ne reste plus rien des accords qui ont été jugés historiques il y a à peine trois mois de cela. La fiction de l’unité européenne a encore reçu un bon coup, et le monde s’est un peu plus enfoncé dans la crise monétaire.


SOLIDARITÉ AVEC LES TRAVAILLEURS DE CHEZ LIP

Depuis un certain temps, la situation chez Lip, une usine d’horlogerie à Besançon, était critique. Il était question de fermer l’usine qui était en passe de faire faillite. Et, en attendant, les travailleurs de l’entreprise ne touchaient pas de salaires.

La situation se dégradant, les ouvriers prirent la décision d’assurer eux-mêmes la production et la vente des montres, et de se payer sur les sommes récoltées par cette vente. Cette initiative des travailleurs de chez Lip est d’une très grande signification. Ils ont fait la démonstration que les travailleurs n’ont pas besoin de patrons et d’actionnaires qui vivent sur leur dos. Ils ont mis en question la propriété bourgeoise, en se comportant comme les véritables propriétaires d’une entreprise où tout se fait grâce à leur peine. Ils ont montré la voie à tous les travailleurs. Mais leur action a montré les limites de la gestion d’une seule usine par les travailleurs dans une société par ailleurs dominée par le Capital, et chapeautée par un État au service des bourgeois. Les ouvriers de l’usine se sont heurtés à la police dès les premiers jours de leur action. Par ailleurs, il est évident qu’ils ne pourraient obtenir de crédits, ni bénéficier des circuits commerciaux, s’ils voulaient continuer tous seuls, à gérer leur usine.

Si les travailleurs veulent vaincre le capitalisme, il leur faut prendre en main toute l’économie et détruire l’État des bourgeois.