Site

Archives de CO/CO avant 2001/CO de 1973-74 - en travaux -/CO n° 29 du 14 sept. 1973

CO n° 29 du 14 sept. 1973


EDITORIAL


Votez Combat Ouvrier

Les 23 et 30 septembre se dérouleront les élections cantonales. Une fois de plus, les politiciens de tous bords se présenteront comme les défenseurs du peuple. Au moment où la situation sociale s’aggrave par la fermeture de nombreuses usines et entreprises et par les licenciements tant en Martinique qu’en Guadeloupe, tous ces politiciens prétendront que c’est en les élisant que les travailleurs pourront améliorer leur sort. Des flots de paroles et de promesses vont, une fois de plus, déferler, afin que quelques messieurs puissent disposer d’un siège au Conseil général.

Les candidats présentés par Combat Ouvrier appellent les travailleurs à dire non à tous ces messieurs distributeurs de promesses.

Au cours des trois ans écoulés, bien des problèmes se sont posés, bien des luttes ont été menées et, jamais, ni les conseillers, ni le Conseil général, n’ont rien fait pour aider les travailleurs. De cela, le Conseil générai est bien incapable. Il ne peut régler le moindre problème des travailleurs, ni le plus petit problème d’intérêt général. L’expérience des trois dernières années le montre amplement. Grève de la canne à sucre en 1971, grève des ouvriers du bâtiment la même année, grèves des travailleurs agricoles et des ouvriers d’usine en 1973, problème des délogés de la cité Lacroix au Robert, des licenciés de la SHAB et d’autres entreprises de bâtiment ; fermeture des usines à sucre, etc. Dans aucun de ces conflits, ni en Guadeloupe ni en Martinique, les conseils généraux n’ont été capables d’aucune action. Ils n’ont d’ailleurs même pas essayé d’en mener. Ils n’ont protesté ni contre l’envoi de forces armées contre les travailleurs, ni contre le démantèlement désordonné des usines au détriment des ouvriers.

Mais même si le Conseil était composé d’hommes honnêtes et décidés à tenir leurs promesses, même si les majorités des conseils (départementalistes et UDR), étaient remplacées par des hommes de gauche, cela ne changerait rien et ne permettrait pas de régler les graves problèmes qui se posent aux Antilles : chômage, misère, répression coloniale, bas salaires, etc., tant il est vrai que le Conseil général est sans pouvoir face au préfet colonial.

Ce n'est que par la lutte contre l’État colonialiste et capitaliste que les travailleurs pourront changer quelque chose ici et construire un avenir meilleur pour eux et leurs enfants.

Ce dont les travailleurs ont besoin, c’est d’un véritable pouvoir politique qui représente leurs Intérêts, qui soit sous leur contrôle, ici même aux Antilles.

Mais pour y parvenir, il faut avant tout abandonner toute illusion dans les élections et le bulletin de vote.

Il faut abandonner les faux espoirs que font miroiter les organisations de gauche qui prétendent que pour que le sort des travailleurs des Antilles change, il suffit de bien voter.

Travailleurs ! Vous aurez entre les mains un bulletin de vote. Il ne peut pas être un moyen de changer en quoi que ce soit le sort des opprimés et des exploités. Mais il peut être un moyen de faire entendre à tous les riches, à tous les capitalistes, au gouvernement, que vous en avez assez, que vous ne comptez plus sur personne pour changer les choses mais sur la lutte que vous allez entreprendre. En votant pour les candidats que Combat Ouvrier présente, c’est cela que vous direz.

EN VOTANT POUR LES CANDIDATS DE COMBAT OUVRIER, VOUS AFFIRMEZ :

  • votre volonté d’en finir avec l’oppression coloniale qui pèse sur nos pays et par-là même votre hostilité à tous les politiciens au service de cette oppression coloniale ;

  • votre volonté de voir les Antilles disposer d’elles-mêmes en arrachant leur indépendance ;

  • votre volonté d’en finir avec l’exploitation capitaliste en luttant pour que, demain, la Guadeloupe et la Martinique soient dirigées par la classe ouvrière.

Et vous montrerez en même temps que vous n’approuvez pas la politique des organisations de gauche, qui se réclament des travailleurs, mais qui ne leur proposent rien d’autre que le vain espoir de changement électoral.


Guadeloupe :Non à la fermeture des usines Bonne-Mère et Comté

La population des communes de Ste-Rose et du Lamentin ont appris avec beaucoup d’inquiétude la fermeture des usines de Comté et de Bonne-Mère. Ainsi donc, les capitalistes sucriers jettent au chômage et sans garantie aucune pour eux de trouver un autre emploi, 472 travailleurs. En effet, les usines de Comté et de Bonne-Mère employaient respectivement 90 et 382 ouvriers et employés. Pour ces 472 travailleurs, en majorité responsables de familles nombreuses, la misère va donc s'accroître. Ils devront rejoindre le rang des milliers de chômeurs que connaît déjà la Guadeloupe et vivre de quelques « jobs » par-ci, par-là... De cette misère, ils ne sont malheureusement pas les seuls à pâtir, car pour les nombreux enfants que comportent les familles des victimes de cette fermeture, va commencer une existence encore plus ardue. Nombreux sont ceux qui ne pourront plus manger à leur faim ni aller en classe, faute pour les parents de pouvoir leur payer les fournitures scolaires dont les prix montent chaque année. Somme toute, la fermeture de ces deux usines situées dans la région de Ste-Rose - Lamentin porte un coup mortel à la vie de ces deux communes et au niveau de vie de leur population entière.

En effet, en même temps que les travailleurs licenciés, les petits commerçants, les artisans, les paysans et les ouvriers agricoles de ces communes subiront les conséquences de la disparition de ces deux usines. Cependant, en dépit de toutes ces conséquences du reste prévisibles, les capitalistes sucriers n’ont pas hésité à fermer les usines. POURQUOI ? Pour la simple raison que pour eux cette opération est rentable, car elle diminue leurs charges sans pour autant entraîner une baisse de la production de rhum et de sucre, donc de leur profit... En effet, ce n’est très certainement pas pour accroître la production de sucre que les capitalistes ont fermé Comté et Bonne-Mère. L’explication en est tout autre : depuis de nombreuses années, les usines fournissent une quantité de sucre bien inférieure au quota fixé, et ce, par le simple fait que les sucriers préfèrent bien souvent vendre une part de leur contingent de sucre aux betteraviers. On peut se pose la question de savoir si cette affaire ne serait pas pour eux de loin plus rentable que la fabrication de sucre ?
En second lieu il ne faut pas perdre de vue que, à de rares exceptions, l’ensemble des usines à sucre appartient à d’importants groupes financiers, lesquels groupes peuvent d'un moment à l’autre placer leur argent dans des affaires de loin plus rentables que la fabrication du sucre... La vente des quotas de sucre aux betteraviers ainsi que la possibilité pour les capitalistes de trouver d'autres placements pour leurs capitaux sont à l’origine de la fermeture subite de Bonne-Mère. La production de sucre ne devant pas augmenter, les capitalistes préfèrent donc réduire leurs charges en maintenant en marche un très petit nombre d’usines. Les capitalistes ont agi uniquement en fonction de leurs intérêts propres. Ceux des travailleurs, ils ne s’en sont pas souciés le moins du monde. Il appartient à ceux-ci de montrer qu’ils ne sont pas prêts à voir se dégrader leurs conditions d’existence sans broncher. Et cela, ils le peuvent encore. Ces fermetures d’usine appellent aussi une autre conclusion : les travailleurs ne doivent pas se contenter seulement de se défendre contre les mauvais coups perpétrés par les capitalistes. Il ne faut pas laisser les capitalistes disposer des usines, des moyens de produire. Ces usines, ces moyens de produire, ce sont les travailleurs qui les ont créés, qui les font marcher, et c’est l’existence des travailleurs qui en dépend. Devant l’incapacité évidente des capitalistes de faire marcher les usines, les travailleurs ont le droit de prendre en charge ces entreprises et les faire marcher pour leur compte, comme l’ont fait ceux de Lip. Et c’est l’ensemble des usines qu’il faudra prendre sous le contrôle des travailleurs.

C’est dès maintenant que les travailleurs doivent se préparer à assurer la relève en remettant totalement en question la sacro-sainte propriété privée...

Pierre-Jean CHRISTOPHE.


Martinique : La lutte des délogés de la Simag se poursuit et s'élargit

La lutte du Comité de défense des habitants de cité Lacroix continue. Cette lutte a été entreprise voici plusieurs mois par des habitants de la cité Lacroix du Robert qui avaient été délogés en 1968 par la SIMAG qui, elle-même, était soutenue par la municipalité du Robert.

Leurs maisons avaient été détruites pour que la SIMAG construise à leur place une nouvelle cité. Beaucoup de promesses avaient été faites aux délogés, notamment celle de leur dédommagement, et même la reconstruction de leurs logements.

Mais, en fait, les constructions actuelles de la SIMAG sont pour la plupart d’une valeur inférieure à celle de leurs anciennes maisons, et on offre aux délogés, en guise de dédommagement, des sommes ridiculement faibles. En plus, la SIMAG fait tout pour imposer aux délogés des contrats de location simple.

Le Comité de défense refuse d’accepter ce marché de dupes. Les délogés sont pour la plupart

des travailleurs et s’ils ont sué sang et eau pour construire leur maison, ce n’est pas pour ensuite être enchaînés à un loyer toute leur vie, d’autant plus qu’en Martinique, nous savons que tout travailleur peut se retrouver en chômage du jour au lendemain et donc être incapable de payer un loyer.

Les délogés de cité Lacroix ne sont pas décidés à se laisser faire : déjà, par voie de tracts, ils ont largement informé la population de leurs problèmes et ont décidé de faire un procès retentissant à la SIMAG, procès dont la date a été repoussée au mois d'octobre.

Le 8 juillet, une réunion publique avait lieu au Robert et les orateurs ont largement expliqué à la population la situation et ont appelé tous les travailleurs à soutenir l'action du Comité de défense. Il en a été de même le 11 août à Trou-Terre. Ce soutien de tous est d’autant plus nécessaire que la SIMAG s’apprête à renouveler son opération de brigandage dans d’autres quartiers du Robert : à Trou-Terre, à Courbaril, au terrain Hayot.

A Sainte-Marie, une cinquantaine de travailleurs, expulsés par la SIMAG de leurs maisons, à l’exemple des délogés du Robert, se sont constitués en Comité de défense à la cité Union.

Ainsi, en faisant connaître tous ces faits, en élargissant le soutien, en appelant le plus de travailleurs possible à soutenir l'action des Comités de défense, les délogés pourront obliger les juges colonialistes à leur donner raison contre la SIMAG qui n’est qu’une entreprise capitaliste dont les présidents-directeurs généraux et autres administrateurs cherchent à se remplir les poches sur le dos des travailleurs et des malheureux. Dans cette lutte, les révolutionnaires sont au côté des travailleurs délogés et leur assurent un soutien total pour sensibiliser toujours plus l’opinion publique et mobiliser la population tout entière sur ce problème.

Georges RASSAMY.



page 2



FERMETURES D USINES, LICENCIEMENTS

VOILA CE QUE LES CAPITALISTES RESERVENT

AUX TRAVAILLEURS DES ANTILLES


A propos de la fermeture d'usine : Qui Le Cornec pense-t-il tromper ?

Durant le mois d’août, le nouveau préfet Le Cornec visitait son domaine. C’est ainsi que le 17, sa tournée l’amenait dans la commune de Ste-Rose et qu’il se trouvait face à de très nombreux travailleurs des usines de Bonne-Mère et du Comté, licenciés depuis le début du mois d’Août.

Le préfet se promenant dans certains chantiers ouverts pour « endiguer le chômage » « a voulu apporter aux ouvriers licenciés un peu de réconfort »... (France-Antilles du 4 sept.)

C'est vraiment touchant !

Le Cornec réconfortant des pères de familles mis à la rue, avec son accord tacite, du jour au lendemain, après avoir constitué la richesse des capitalistes de Comté, de Bonne Mère et d’autres, pendant plus de 30 années pour certains travailleurs !

En effet le préfet devait expliquer lors d’une conférence de presse que « le cas des usines sucrières est particulier... » Il expliquait aussi qu’il faut favoriser la concentration des usines qui est d’une conséquence économique favorable à long terme ».

En bon et loyal défenseur des capitalistes, Le Cornée prenait donc fait et cause pour le licenciement tout en « réconfortant les travailleurs licenciés ».

Quelle démagogie ! Quel cynisme !

Après avoir adressé un flot de promesses toutes plus vagues les unes que les autres, Le Cornec devait annoncer sa solution de choc, la seule qui soit concrète... 50 millions d’anciens francs seront débloqués par la préfecture pour les 200 licenciés.

Voilà de quoi préparer la rentrée scolaire et vivre de longs mois en attendant une très peu probable réouverture de l’usine dans... 2 ans ! !

Le pouvoir colonial compte vraiment pouvoir sortir de cette opération scandaleuse à moindre

frais ! Il affiche une fois encore le mépris le plus total pour les travailleurs.

Ce ne sont pas les chantiers ouverts pour ramasser les feuilles sèches sur les plages ou pour désherber les bords de route qui peuvent être une garantie pour les travailleurs. Le Cornec ne trompe personne et les travailleurs ont pris comme il se devait cette opération, comme une tentative de division et d’étouffement de leur colère et de leur volonté de lutter.

Henri BULVER.


Sainte-Rose

MEETINGS DE “ COMBAT OUVRIER ”
CONTRE LA FERMETURE DES USINES

COMBAT OUVRIER a organisé deux meetings contre la fermeture des usines, dans la région de Sainte-Rose. Mercredi 5 septembre, nous organisions une réunion à la Boucan. Une centaine de personnes y participèrent. La réunion fut très animée ; plusieurs travailleurs prirent la parole, notamment des travailleurs licenciés de Bonne-Mère. L'idée de créer des Comités d’action dans toute la région permettant l’organisation de toute la population travailleuse (ouvriers, paysans pauvres, petits commerçants, artisans) fut bien accueillie.

Plusieurs travailleurs des usinés et des jeunes prirent contact avec nous pour constituer ces Comités d’action.

A Cadet, le succès du meeting fut encore plus grand. Il y eut plus de deux cents participants dans une réunion très animée ; une de nos camarades de la région fit le point de la situation, puis passa la parole à l’orateur de Combat Ouvrier qui devait expliquer que face à la dégradation de la situation économique et sociale (fermeture de Bonne Mère et Comté, licenciement de centaines de travailleurs au cours des mois derniers), la seule solution était la lutte. Il devait de nouveau expliquer en quoi les Comités d’action devaient permettre le regroupement de tous les travailleurs sans distinction de partis, syndicats ou religion, afin de permettre l’unité d’action la plus large contre les patrons. Notre position sur l’unité d'action fut expliquée. Nous sommes prêts à participer, aux côtés de tout mouvement qui propose d’agir contre les menées des capitalistes.

Puis une de nos camarades qui participe à la lutte des employées de garderies devait prendre la parole pour expliquer comment les employées de garderies, menacées de licenciement, s’étaient organisées pour s'opposer à la fermeture des garderies. Elle exhorta les ouvriers des usines à suivre leur exemple et appela les femmes à se joindre au combat.

Puis la parole fut donnée à l’assistance. Une certaine réticence à venir au micro se fit sentir. Mais bientôt une travailleuse agricole prit la parole ainsi qu’un vieux travailleur qui incitèrent leurs camarades à venir s'exprimer. Puis plusieurs jeunes, fils d’ouvriers d'usines pour la plupart, futurs chômeurs, dénoncèrent vigoureusement la fermeture des usines, expliquant que cela les concernait aussi et appelant tous et toutes à se joindre au combat.

La réunion se termina aux accents de l'Internationale.

Noël CANTIUS


LICENCIEMENTS A BEAUPORT

L'usine de Beauport vient d'ajouter à son triste bilan 90 licenciements ; l’an dernier déjà, près de 30 travaillées avaient été renvoyés prétexte : les difficultés financières de la Société.

Qu’attendent les syndicats CGTG et CFDT pour exiger que les licenciés soient repris et, surtout pour inviter les travailleurs à lutter farouchement contre cette politique de licenciement de Beauport qui devient pratiquement coutumière ? Les choses ont traîné déjà deux mois et il n’y a eu aucune réaction de la part des syndicats...

Les travailleurs de Beauport doivent dès maintenant s’organiser et faire connaître leurs problèmes par voie de tracts et de meeting à l'ensemble des travailleurs de la Guadeloupe. D’autant que dans cette lutte pour le maintien de l’emploi, ils ne sont pas seuls. Avec eux, ceux de Bonne-Mère, de Comté, des garderies et de la Paper-Company, une mobilisation générale pourrait prendre corps contre les licenciements collectifs auxquels se livrent les capitalistes et l’administration coloniale.

Il est vital d’engager cette action.

Il est vital de montrer que nous n’acceptons pas que les difficultés financières d'une entreprise se traduise par la perte de notre gagne-pain.

Et puisque la menace ne pèse pas seulement sur telle entreprise isolée ou telle autre, il faut que nous engagions ensemble la lutte pour le droit de vivre.

Jacques BRUEL.


page 3


Martinique : Les capitalistes usiniers s'apprêtent-ils
à mettre des centaines de travailleurs au chômage ?

Depuis quelques temps, le bruit court que deux usines fermeront leurs portes à la Martinique, l’usine du Lareinty et l’usine de Rivière Salée.

Ainsi, après avoir fermé tour à tour l’usine du Robert, celle du Marin et, dernièrement l’usine de Ste-Marie, les capitalistes usiniers soutenus par l’administration coloniale continuent de concentrer au maximum la production sucrière sans prévoir le reclassement des travailleurs qui, depuis des années, font marcher l’usine.

Depuis quelques années en effet, les capitalistes ont décidé de transférer leurs capitaux dans des secteurs plus rentables pour eux : l’immobilier, l’hôtellerie, le grand commerce (Prisunic, Monoprix, etc...)

C’est d’ailleurs un peu la même opération qui est faite en Guadeloupe.

Cela ne va pas sans mal pour les travailleurs qui par centaines se retrouvent ou vont se retrouver au chômage. Après s’être servi de ces travailleurs, après les avoir fait suer sang et eau dans les champs, à l’usine, pour leurs profits fabuleux, les capitalistes usiniers s’apprêtent maintenant à les rejeter sur le pavé, comme un fruit qu’on a bien pressé après en avoir extrait tout le jus.

Actuellement, en Guadeloupe, les travailleurs ont le même problème avec la fermeture de deux usines : Bonne Mère, et Comté, et se préparent à la lutte.

Ce sont les mêmes capitalistes, les Aubery, les Simonnet et Cie qui exploitent les travailleurs Martiniquais et Guadeloupéens ; ils savent s'entendre sur les deux îles pour mener la même politique. Les travailleurs doivent donc s’entendre eux aussi, se mobiliser pour empêcher que deux usines ferment à nouveau, les mettant ainsi en chômage.

Travailleurs, ne laissons pas fermer les usines, ne laissons pas les capitalistes ôter le pain de la bouche de nos enfants !

NON A LA FERMETURE DES USINES !

OGIER.


L’UTA et l'action contre la fermeture des usines

Il y aura bientôt un mois et plus que la fermeture des usines de Comté et de Bonne-Mère a été annoncée.

Depuis, les syndicats, et en particulier l’UTA, se sont contentés d’informer la population (alors que tout le monde ne parlait que de ça dans tout le pays et même dans la presse et à la radio). Ainsi la tournée des communes et des différents hameaux se poursuit. Mais jusqu’à présent l’UTA n’a proposé aucune action concrète aux travailleurs, ne leur a offert aucune perspective de lutte. L’UTA promet d’agir, sans préciser quel type d’action elle entend entreprendre. Mieux, elle emploie un langage tout à fait défaitiste. En effet, pour ce syndicat, les usines sont fermées, et bien fermées, et il n’est pas question qu’elle soient ouvertes, et pour mieux masquer sa passivité, car en fait il s’agit de cela, l’UTA s’évertue à expliquer aux travailleurs la nécessité de lutter contre le colonialisme comme si la lutte actuelle des travailleurs n’en serait pas. Au lieu de mobiliser les

travailleurs contre la fermeture des usines et contre le licenciement, au lieu d’engager le combat pour le maintien et la sécurité de l’emploi de toutes les victimes de Bonne-Mère et de Comté, l’UTA préfère utiliser la situation présente pour faire campagne pour sa propre chapelle. Ce faisant, l’UTA démobilise les travailleurs et se refuse à leur faire faire leur propre expérience dans la lutte. Un tel comportement caractéristique du nationalisme petit-bourgeois, qui n’entend point organiser la classe ouvrière de façon indépendante, ne peut que rendre service, en fait, aux capitalistes. Quant à la CGTG, elle ne cesse pas non plus d’être passive. Alors que la possibilité d’une mobilisation générale des travailleurs existe autour de la fermeture des usines et de la sécurité de l’emploi en général, la seule action que ce syndicat ait pu entreprendre a été de rencontrer l’administration préfectorale... Somme toute, l’UTA et la CGTG se disputent la palme de la passivité, dans cette affaire. Non ! Les travailleurs ne doivent pas tolérer cette absence d’action des syndicats. Mais ils doivent contraindre leurs dirigeants syndicaux à entreprendre de véritables actions ; mais pour cela ils doivent aussi compter avant tout sur leurs propres forces ; dans cette perspective, la création de Comités d’action de travailleurs contre la fermeture des usines s’impose dans la région de Sainte-Rose-Lamentin. Et dans cette lutte, les travailleurs pourraient avoir le soutien d’autres couches, également touchées par les conséquences de la décision de fermeture : commerçants, paysans. Non, il n’est pas vrai que la fermeture soit déjà une chose acquise. En organisant de vastes rassemblements de travailleurs, de commerçants d’artisans à Sainte-Rose, Lamentin et Pointe-à-Pitre, les ouvriers de Bonne-Mère et de Comté pourraient obtenir le maintien en marche des deux usines. Et à coup sûr, ils y gagneraient beaucoup en reprenant confiance en eux-mêmes et en apprenant que seule la lutte paie...

Marianne TIBUS


pages 4-5


AUX TRAVAILLEURS, AUX PAYSANS PAUVRES,

AUX FEMMES LABORIEUSES, A LA JEUNESSE


DANS deux semaines auront lieu les élections cantonales. Beaucoup de candidats au poste de conseiller général se présenteront devant vous en faisant des promesses ou en vous disant qu’ils vont construire un pont à tel endroit ou mettre de l’eau dans telle section, etc... Ils vous feront bien des promesses qu’ils ne pourront ou qu’ils oublieront de tenir aussitôt arrivés à Basse-Terre.

On vous dira que les élections cantonales ce n’est pas une élection politique. Mais tous ceux qui vous tiendront ce langage appartiennent à un parti politique ou défendent des intérêts bien précis qui ne sont pas ceux des travailleurs.

Enfin, tous prétendront que le Conseil général va amélio­rer votre sort si vous votez bien.

Camarades, ne vous laissez pas prendre aux propos mensongers de tous ces messieurs !


LES TRAVAILLEURS N’ONT RIEN A ESPERER D’UNE ASSEMBLEE IMPUISSANTE


Cela fait bien des années que le Conseil général existe ; cela fait bien des années que vous envoyez des gens siéger à Basse-Terre. Quelle amélioration cela vous a-t-il apporté, camarades ouvriers ? à vous, petits paysans ? à vous petits commerçants et artisans ?

Le Conseil général a-t-il pu empêcher les CRS et képis rouges de massacrer plus de 50 jeunes Guadeloupéens et d’en estropier plusieurs dizaines d’autres, en 1967 ?

Le Conseil général a-t-il pu obliger les usiniers à donner satisfaction aux petits planteurs qui réclamaient le paiement de la canne, non plus à la richesse, mais à 62 F la tonne au minimum, en 1971 ? Les Dagonia, Maximin, Rinaldo et autres n’ont rien fait pour vous petits planteurs. Les conseillers, sauf quelques - uns d’entre eux, n’ont même pas eu le courage de se dresser contre l’ancien préfet Brunon, quand celui-ci a fait occuper les régions en grève par des forces de répression armées. Lorsque en 1971 plusieurs militants du syndicat des travailleurs agricoles UTA ont été arrêtés, qu’a fait le Conseil général ? Il s'est tu. La plupart de tous ces gens qui se présentent devant vous sont hostiles aux travailleurs et aux paysans quand ils se battent pour défendre leurs intérêts.


Souvenez-vous, Travailleurs agricoles !

1971, 1972, 1973, vous avez lutté pour obtenir des améliorations de salaires, vous avez fait grève. Le Conseil général a-t-il pu obliger les patrons à vous donner satisfaction ?

Il n’a même pas fait une simple déclaration pour vous soutenir. Le Conseil s’est contenté de voter des vœux que Brunon n’a même pas pris en considération, envoyant ses forces armées pour vous matraquer, et vous fusiller, si c’était nécessaire pour protéger les usiniers.

Dans les usines à sucre depuis un an à Beauport et à Darboussier les capitalistes licencient des dizaines d'ouvriers. Aujourd’hui on ferme Bonne Mère et Comté, on ferme les crèches et les garderies ; on a fermé l’hôtel Caravelle pour un temps indéterminé. Résultat de tout cela : en moins d’un an, plus de 800 travailleurs se trouvent jetés à la rue. Des centaines de familles se trouveront un peu plus dans la misère.

Dans le secteur de la banane les conditions de travail et les salaires sont absolument scandaleux. Dans le bâtiment il n’y a aucune garantie d’emploi. Dès qu’un chantier est terminé des dizaines de travailleurs sont le plus souvent licenciés après avoir subi d’ailleurs les pires conditions d’emploi. Dans les grands magasins, les employées sont, elles aussi, soumises à des conditions d’emploi très mauvaises et aux tracasseries des patrons ou de leurs garde- chiourme. Les salaires des employées de magasins dépassent rarement les 700 F par mois.


Camarades !

Contre cela aucun conseil ne s’est jamais élevé, et pourtant c’est vous qui envoyez ces messieurs siéger à Basse- Terre. Ce n’est pas le Conseil général qui changera quoi que ce soit à votre sort. C’est vous même qui pourrez le faire.

Bien sûr, beaucoup de travailleurs accordent de l’importance au Conseil général parce qu’il siège ici même en Martinique ou en Guadeloupe au lieu d’être à 7 000 km d’ici.

Mais précisément, le Conseil général n’a aucun pouvoir et ne cherche même pas à en avoir, étant toujours prêt à soutenir le préfet et à lui obéir ; et si d’aventure un Conseil général prend une position opposée à celle de l’administration, celle-ci ignore complètement les décisions de ce Conseil général, ou même, va jusqu’à le dissoudre. C’est ainsi que dans les années 50, on a vu, en Guadeloupe, le préfet Ravail dissoudre le Conseil général à majorité socialo-communiste.


LUTTONS POUR UNE ASSEMBLEE REPRESENTANT LES TRAVAILLEURS ET SOUS LEUR CONTROLE


Ce dont les travailleurs ont besoin ce n’est pas d’une assemblée d’impuissants mais d’une véritable assemblée législative et exécutive. Ce qui est nécessaire, c’est une Assemblée représentant les travailleurs des Antilles, et qui soit entièrement sous leur contrôle ! Et pour cela il nous faut. d’abord chasser les capitalistes et tous les colonialistes. Il faut que la Guadeloupe et la Martinique obtiennent leur indépendance.

Aujourd’hui, le constat de faillite de la politique du colonialisme au service du Capital est là, dressé devant tous les travailleurs. Oui ! Camarades ! Un autre régime doit prendre la place, celui où les couches travailleuses des Antilles, avec à leur tête la classe ouvrière, prendront en main leurs propres affaires.

Oui, il faut une Assemblée représentative en Guadeloupe et en Martinique ; il faut un gouvernement siégeant ici même et non pas à 7 000 km. Mais pas une Assemblée qui représente la minorité de capitalistes, de gens aisés des Antilles. Pas une Assemblée qui représente ces gens qui, après avoir été les valets de l’impérialisme français, n’épouseront l’idée de l’indépendance, que s’ils sont persuadés que c’est un état bourgeois antillais qui défendra le mieux leurs privilèges.

Le pouvoir que nous voulons doit être celui des masses pauvres de la population. Ce que nous voulons c’est que les choses changent réellement, profondément ; que les travailleurs puissent contrôler le pouvoir politique à tous les niveaux et à tous moments. C’est ainsi seulement que nous pourrons préparer la voie vers une société meilleure : la société socialiste.


A LA PLACE DU POUVOIR COLONIAL LE POUVOIR AUX TRAVAILLEURS DES ANTILLES


Le pouvoir des travailleurs dans une Martinique et dans une Guadeloupe débarrassées de la domination impérialiste ne pourrait évidemment pas produire à partir d’un territoire exigu, toutes les richesses permettant une société d’abondance, une société socialiste. Cela il faut l’attendre du triomphe de leurs frères de classe dans les autres pays du monde et en particulier dans les grands pays développés, triomphe qui, seul, permettra aux travailleurs, y compris des pays les plus pauvres, d’accéder aux richesses accumulées sur leur dos par les bourgeoisies des grands pays capitalistes.

Mais ce qui sera possible, c’est d’assurer à tous le nécessaire. Il sera possible de transformer l’économie de manière que les travailleurs ne soient pas réduits au chômage ou à la mendicité ; afin que les cultures permettent la nourriture de la population, que les familles les plus défavorisées soient enfin logées décemment et disposent d’eau, d’électricité et de gaz et de toutes les ressources sanitaires modernes sans avoir à se saigner et à s’endetter à vie pour cela, afin que les paysans disposent de suffisamment de terres pour produire convenablement pour nourrir non seulement leur famille mais fournir du surplus pour l’alimentation des villes.

Dans des Antilles indépendantes sous le pouvoir des travailleurs, il sera possible que la pêche soit réorganisée, de même pour la production de viande et de produits laitiers par le développement d’un élevage rationnel auquel pourront se livrer des fermes d’État et celles des paysans qui auront enfin la terre pour cela.

Il sera possible de diversifier les cultures de manière à disposer non seulement de produits à exporter mais aussi d’une grande variété de produits pour la consommation locale. Cela permettra de consacrer la plus grande partie des importations à l’achat de matériel agricole et d’engrais et du matériel indispensable au fonctionnement d’une industrie légère, (conserverie - fabriques diverses - transports etc...) à la production d’énergie et aux produits pétroliers.

Il ne s’agit pas là de choses irréalisables. Les dépenses actuelles qui, à en croire les départementalistes, rendent impossible toute forme d'indépendance, servent pour une grande part au paiement par l’état colonialiste de ses propres fonctionnaires en tous genres dont la majorité est improductive et à l’importation massive de produits alimentaires dont la plus grande partie pourrait être fabriquée ici même à peu de frais.

Par ailleurs, ce sont aussi d’énormes dépenses de prestige, constructions dont l’utilité n’est pas visible : résidence du sous-préfet de Pointe-à-Pitre (plusieurs centaines de millions), la « Marina » du Bas du Fort, etc. Le gaspillage dû à la course aux profits, aux mauvaises constructions et aux pots de vin en tous genres est aussi très important.

Tout cela ainsi que l’entretien de CRS, képis rouges, et autres sera supprimé. Le gaspillage des capitalistes dû à leur propre système (faillite, fermetures, etc.) ainsi qu’à leur vie de luxe disparaîtra. L’économie sera placée sous le contrôle permanent des travailleurs qui auront la justification de toutes les sommes dépensées par l’État.

Voilà ce que pourrait faire un État des travailleurs des Antilles. Ces messieurs de l’UDR cherchent à présenter l’indépendance comme une catastrophe. Rien d’étonnant : eux et les capitalistes qu’ils servent ont quelques raisons d’être satisfaits du pouvoir colonial qui leur apporte protection et avantages. Mais il est évident qu’un pouvoir sous le contrôle direct des travailleurs des Antilles disposera à meilleur escient des biens du pays, sera autrement plus soucieux des conditions d’existence des couches pauvres des Antilles, qu’un pouvoir qui prend ses décisions de l'autre côté de l’océan et qui est entièrement aux services des riches.


Travailleurs !

Précisément parce qu’ils constituent les seules assemblées censées représenter l’ensemble de la Martinique et de la Guadeloupe, les Conseils généraux montrent par leur impuissance totale, à quel point il est vain de lier notre avenir à des fluctuations de majorité au sein de tous ces soit-disant « organismes représentatifs » qui ne nous représentent en rien et qui ne décident de rien. Notre sort, nous pouvons le changer, nous en avons la force, nous en avons la possibilité. Nous pouvons mettre fin aussi bien à l’oppression coloniale qu’à l’exploitation des travailleurs par des capitalistes de toutes nationalités. Mais pas par des bulletins de vote. Pas plus à l’occasion de ces élections qu’à l’occasion d’autres.


UTILISONS LE BULLETIN DE VOTE


Nous pouvons néanmoins nous servir utilement du bulletin de vote qu’on nous donnera le 23 septembre. Nous pouvons faire un geste politique. Nous pouvons montrer en votant pour des candidats révolutionnaires de Combat Ouvrier justement que nous n’attendrons pas notre émancipation des faiseurs de promesse, ni même plus généralement de ces élections qui ne sont là que pour masquer la hideuse réalité de l’oppression coloniale. Plus il y aura de votes qui se porteront sur les noms des candidats de Combat Ouvrier, plus le geste sera compris par ceux à qui il s’adresse.

Et l’affirmation claire et nette du refus, ne fut-ce que d’une fraction significative des travailleurs des Antilles d’attendre l’amélioration de son sort des élections diverses comptera infiniment plus dans la vie politique des Antilles que quelques fluctuations dans la composition d’un Conseil général impotent.


NOS CANDIDATS


Notre tendance présente neuf candidats en Martinique et Guadeloupe, dans onze cantons :


GUADELOUPE :

Petit-Bourg - Goyave :

Christophe PAUL, ouvrier plombier.

Lamentin :

Bruno TREIL, professeur militant syndical.

Morne-à-l’Eau, premier et deuxième :

Yolande LASSERRE, employée de garderie, militante syndicale.

Capesterre :

Philippe ANAIS, Instituteur.

Pointe-à-Pitre : Pointe-à-Pitre, deuxième : Max CELESTE, instituteur.

Troisième et quatrième : Gérard SENE, instituteur.


MARTINIQUE :

Fort-de-France :

Louis MAUGEE.

Trinité-Sainte-Marie : Andrée ADELE.

Robert :

Henri ELISABETH.


Travailleurs, paysans pauvres, femmes laborieuses jeunes sans travail

VOTEZ ! "COMBAT OUVRIER"


page 6


Martinique : Le Comité Gérard Nouvet

Dans le courant du mois de juillet, se tenait, à l’initiative du PPM (Parti Progressiste Martiniquais) une réunion regroupant de nombreuses organisations politiques, syndicales ainsi que des journaux, en vue de la constitution d’un Comité Gérard-Nouvet.

Ce Comité a pour but d’obtenir la publication de l’enquête sur la mort de Gérard Nouvet et le procès public du meurtrier.

On se souvient que, le 13 mai 1971, lors du passage de Messmer, alors ministre des DOM, des manifestations de protestation contre la politique colonialiste du gouvernement avaient eu lieu à Fort-de-France. Aussitôt, la répression militaire s'était abattue sur la population. Le soir, un garde mobile, tirait froidement d’un camion, une grenade lacrymogène à bout portant sur un jeune qui discutait au coin d’une rue avec des camarades. Gérard Nouvet devait mourir quelques instants plus tard. Le procureur de la République a affirmé, lui-même, en séance publique que Gérard Nouvet avait été tué par un garde mobile. Notre tendance participe aux réunions du Comité dans le but de s’associer à un mouvement dénonçant la répression colonialiste. Déjà, un tract a été publié et signé par plus d’une vingtaine d’organisations.

Il est certain qu’une action commune des organisations aujourd’hui membres du Comité aurait été infiniment plus efficace au lendemain même des événements de 1971 à une époque, où toute la population de la Martinique était révoltée par ce qui venait de se passer. Une large mobilisation de la population était possible à ce moment-là. Et sous la pression d’une telle mobilisation, il aurait été infiniment plus difficile au pouvoir de jeter le voile sur cet assassinat et sur ses auteurs.

Mais, même aujourd’hui, par l’intermédiaire du Comité Nouvet, nous pouvons contribuer à dénoncer plus largement les méfaits, les crimes du colonialisme, nous pouvons entreprendre une propagande à travers toute la Martinique pour expliquer la véritable nature du colonialisme.

LORSQUE LA CFT SUPPLEE PAR HASARD LES PTT

Au mois d’avril dernier, beaucoup de jeunes Antillais, las d’avoir en vain frappé à toutes les portes, se sont présentés au concours organisé par les PTT en vue du recrutement d’agents techniques.

Récemment, les lauréats apprenaient, par lettre émanant des PTT, leur succès, en même temps que leur prochain départ en France — pour ceux, du moins, qui ne renonceraient pas au bénéfice de la réussite.

Car, pour tout dire, il faut indiquer que les candidats antillais aux concours organisés par les PTT sont, en cas de succès, immédiatement dirigés vers la France.

D'ailleurs, au moment de l'inscription, les futurs candidats sont avertis du sort qui les attend : travailler en France, presque sans espoir de retour au pays, si ce n’est en congé ; cela, pour le compte des PTT qui prennent à leur charge uniquement les frais du voyage. Les différents problèmes qui se poseront une fois arrivés là-bas, notamment celui du logement, crucial d’après les PTT mêmes, devant être résolus par les nouveaux agents eux-mêmes.

Les candidats agréés ont eu la surprise, cette année, de recevoir, environ une semaine après avoir reçu la lettre de l’administration des PTT, et sous pli de service circulant en franchise postale, une deuxième lettre provenant celle-là de... l’Union locale CFT-PTT, 99, rue Mademoiselle, Paris.

Ainsi, apprennent-ils que la Fédération nationale des Unions locales CFT-PTT les « félicite » pour leur succès et qu’ils ne doivent pas « hésiter à consulter » l'Union locale s’ils ont « besoin d’un conseil, d’un renseignement ». Il est précisé en outre, que la CFT « défend les droits professionnels des employés des PTT par un « syndicalisme libre de toute attache extérieure », la CFT étant un « syndicat indépendant et apolitique ».

La CFT étant pratiquement inconnue ici, aux Antilles, certains jeunes, après avoir été mis en garde par l’administration des nombreuses difficultés qu’ils rencontreront, auront peut-être tendance à faire confiance aux auteurs de cette lettre faussement innocente.

En réalité, ils doivent savoir que la CFT, Confédération Française du Travail, est un syndicat de droite, dont les sections en général dirigées par des partisans du pouvoir, le sont parfois par de francs nervis fascistes. Aujourd'hui, ce syndicat « fait la loi », en particulier dans deux usines Chrysler-Simca et Citroën avec le soutien ouvert des patrons de ces entreprises.

Fréquemment, la CFT fait entendre parler d’elle lors des agressions multiples dont sont victimes en France de nombreux travailleurs immigrés.

Il n'y a pas bien longtemps, à Saint-Etienne, dans le sud de la France, les nervis de la CFT ont tenté de briser la grève des usines Peugeot, en montant une opération de commando, armés de barre de fer pour chasser les grévistes qui occupaient l’entreprise

Quant aux travailleurs antillais émigrés, ils doivent lutter aux côtés de toute la classe ouvrière en France pour faire en sorte que ces abrutis de la CFT cessent de nuire au mouvement ouvrier.

M.T.


Aux Grands Moulins Antillais, acte raciste d'un cadre

Aux Grands Moulins Antillais, à la Pointe-Jarry, c'est l’arbitraire le plus complet avec le racisme en plus. C'est ainsi que vers le milieu du mois d'août, un ouvrier chargé de l'entretien et du nettoyage eut une altercation avec un cadre métropolitain ; et ce cadre se permit tout simplement de donner un coup de pied à ce travailleur qui avait commis la « faute » de ramasser les grains de blé tombés des camions qui transportent cette marchandise des bateaux à l'usine. L’intervention de ses camarades de travail a empêché ce travailleur de casser la gueule à ce raciste. Car en fait, ce travailleur n'a commis aucune faute, ni aucun vol, car beaucoup de gens extérieurs à l’entreprise ont l'habitude de venir ramasser ces grains de blé pour les donner à leurs animaux. Et c'est bien dommage que ses camarades de travail ne lui ait pas laissé le temps de régler son compte à cet abruti raciste.

N.C.


Région parisienne
La lutte dans les foyers des travailleurs émigrés

Depuis plusieurs semaines, parfois depuis plusieurs mois, à Paris comme en

banlieue, les grèves de loyer se multiplient dans les foyers de travailleurs émigrés et de travailleurs africains en particulier.

Et il n’y a rien là qui puisse étonner... Car si de tels foyers gérés par des organismes semi-publics ou par des sociétés privées (Association des Foyers Nord-Africains, AFTAM, SOUNDIATA, SONACOTRA) sont officiellement considérés comme des « centres d’hébergement des travailleurs migrants », il s’agit en réalité de véritables taudis, usines désaffectées pour la plupart, où sont littéralement parqués des dizaines, parfois des centaines, de travailleurs.

Il va sans dire que les conditions de cet entassement sont bien à la mesure de l'avidité au gain et du racisme des gérants.

C’est ainsi qu’au 214, rue Raymond-Losserand, dans un « foyer » prévu à l’origine pour soixante personnes, la SOUNDIATA a entassé jusqu'à deux cent soixante et onze travailleurs africains. Ce qui permet à cette société de réaliser un gain moyen de 500 F chaque mois pour une chambre de 26 à 36 mètres carrés.

Il en est de même au 34, rue de l’Égalité, à Bagnolet, où cinquante-deux travailleurs maliens n’ont pour tout confort moderne que trois W-C, une unique douche, une cuisine mal équipée, et pas de chauffage dans les deux plus grandes chambres renfermant plus de vingt personnes chacune.

Et nous pourrions citer bien d'autres cas similaires concernant les foyers de travailleurs venus de Tunisie, d'Algérie ou d’autres pays du reste de l’Afrique.

Pour obtenir que soient respectés leur dignité et leur droit à un logement décent, les travailleurs ont refusé de payer les loyers qui, de surcroît, devaient être sensiblement augmentés, et ont exigé que des travaux d’aménagement,

et de modernisation soient entrepris dans 'leurs foyers. Ils demandent en outre la suppression du règlement intérieur souvent draconien et toujours vexatoire.

Aux justes revendications des locataires, les sociétés gérantes et les pouvoirs publics n’ont su répondre jusqu’ici que par les menaces, les mesures d’intimidation, l'expulsion effectuée au petit jour par les CRS.

Mais les travailleurs des foyers ne sont nullement décidés à se laisser intimider. Aux exactions des forces de l’ordre, ils opposent leur détermination et leur organisation.

Cela a déjà permis un certain nombre de succès, de reculs des pouvoirs publics, qui sont loin d'être négligeables. Ils ont montré, en tout cas, que, pour précaires soient les conditions des travailleurs émigrés en général et africains en particulier, en luttant, ils peuvent imposer le respect d’un minimum de droits.

Max RODON.



page 7

Crèches et garderies "LES EMPLOYEES DOIVENT RESTER VIGILANTES "

Depuis le mois de mai dernier les employées des crèches et garderies de la Guadeloupe sont en lutte. Au début pour exiger que les crèches et garderies restent ouvertes. Mais la préfecture annonça finalement la fermeture pour le 13 juillet. Et c’est ainsi que les employées des crèches et garderies décidèrent de manifester dans les rues de Basse-Terre le jeudi 12 juillet pour protester contre cette décision qui aboutit au licenciement de 77 travailleurs, en majorité des femmes. Le nouveau préfet de la Guadeloupe, M. Le Cornec devait être reçu ce jour par le maire de Basse-Terre, M. Cléry. Les employées de garderies à plus de 70, profitant de cette occasion, attendirent le préfet devant la mairie, et, au moment où celui-ci descendit de sa DS, les cris commencèrent : « Non à la fermeture des crèches et garderies », « Non aux 77 licenciements », « Nous voulons

nos emplois », « Nous voulons nos salaires» (car on ne leur avait pas payé le mois de juin). Le préfet se dirigea vers les manifestantes, leur déclara qu'il venait d’arriver et qu'en conséquence, il ne connaissait pas encore leur problème mais que cependant, il recevrait une délégation l’après-midi même. A signaler qu'il crut nécessaire d'ajouter que ce n’est pas en faisant du désordre qu’on arrive à régler les problèmes. Les employées lui répondirent : « Nous ne faisons pas de désordre, nous réclamons du travail, c'est tout». Beaucoup de travailleurs présents sur les lieux et notamment des dockers firent la réflexion suivante : « C'est ainsi que tout le monde devrait faire ».

L'après-midi, le Préfet promit à la délégation de tout mettre en œuvre pour que les crèches et les garderies soient ré-ouvertes, quitte à verser une somme spéciale aux municipalités pour leur permettre de les prendre en charge. La question fut d’ailleurs évoquée au Conseil Général.

Certaines garderies sont restées ouvertes jusqu'au 29 juillet malgré la décision de la direction de fermer le 13. Les employées entendaient ainsi continuer leur protestation.

Jusqu'à présent rien n'a été réglé ; les crèches et garderies sont encore fermées. Il semble que certaines municipalités ont déjà accepté de prendre en charge leur garderie, mais un problème se pose aux employées : les municipalités conserveront - elles l’ancien personnel, ne vont-elles pas en profiter pour embaucher des personnes partageant les opinions politiques des maires en place ? Les employées de garderies devront exiger que soient embauchées en priorité les anciennes employées de l’A.G.E.S. S.G.T.F.

ESTER.


En méprisant la démocratie ouvrière l’UTA méprise les travailleurs

Le 12 août, à l’école de La Boucan, l’UTA et la CGTG organisaient une réunion d’information sur la fermeture des usines Bonne-Mère et Comté. Environ deux cent cinquante personnes étaient présentes. Cette réunion, théoriquement placée sous le signe de l’unité, vit en effet prendre la parole, outre les orateurs des deux syndicats concernés, un certain nombre de personnes, syndicalistes, politiciens de tous bords parmi lesquels certains qui ne semblent préoccupés par le sort des travailleurs qu’à l’approche des élections. Quoiqu'il en soit, le fait que tout le monde, puisse parler n’est pas une mauvaise chose en soi, les travailleurs sont assez grands pour voir qui défend réellement leurs intérêts. Mais une telle conception ne semblait pas être celle des organisateurs, particulièrement de certains dirigeants de l’UTA. Car, à ce meeting, deux personnes seulement ne purent s’exprimer. Il s’agit de deux travailleurs, connus pour partager les idées de Combat Ouvrier. On ne saurait invoquer, pour expliquer cela, le fait que ces camarades se soient inscrits « trop tard » comme l’ont prétendu par la suite des membres de l'UTA. Inscrits parmi les premiers sur la liste, leurs noms ont été purement et simplement rayés, uniquement parce que ces camarades se réclament de notre tendance.

C’est pour protester contre une telle attitude qu'un autre de nos camarades prit la parole, approuvé par de nombreux travailleurs. Un groupe d’excités, essentiellement des membres de l’AGEG, déclencha alors un brouhaha afin de couvrir la voix de notre camarade, puis le secrétaire de l’UTA se lança dans une diatribe contre Combat Ouvrier.

A la suite de la publication par notre tendance d’un tract dénonçant une telle attitude, la direction de l’UTA n’hésita pas à déformer sciemment les faits, prétendant que nos camarades étaient venus « faire du désordre » dans leur réunion. Quant au fait qu’ils aient laissé parler certains politiciens bourgeois, et non nos camarades, ils reconnurent

en privé que c’était une erreur... en ce qui concerne les politiciens bourgeois !

Pour les meetings suivants, les dirigeants de l'UTA trouvèrent le remède-miracle : ne plus accorder la parole à la salle, mais uniquement aux orateurs choisis par eux ; et on prévenait courtoisement ceux qui auraient voulu intervenir quand même, qu’un ser­vice d’ordre était prévu à leur intention.

Cela serait du plus haut comique, si une telle attitude et de telles pratiques n'allaient à l'encontre des intérêts des travailleurs. Ainsi, plutôt que de laisser parler des travailleurs révolutionnaires ne partageant pas les conceptions de l’UTA, on a préféré interdire la parole à tous les travailleurs présents dans la salle. C’est évidemment une façon de concevoir l’unité l’unité des bouches cousues. Cette conception n’est pas la nôtre.

Nous pensons en effet que con­tre les attaques répétées que la

classe ouvrière vient de subir de la part des capitalistes et de leur administration, l’UNITE D’ACTION est plus que jamais nécessaire. Mais cette unité ne peut exister si elle ne se fait pas sur la base de la démocratie ouvrière. Ce que nous entendons par là, c’est la libre confrontation des idées entre les différentes tendances se réclamant de la classe ouvrière. Elle seule permet réellement à la prise de conscience des travailleurs de s’effectuer de façon solide. En effet, nous le répétons, les travailleurs sont bien assez grands pour choisir entre ceux qui prétendent défendre leurs intérêts : ce n’est pas aux dirigeants de leurs syndicats ou de leurs partis à le faire à leur place. L’UTA parle souvent de l’unité qui doit se faire « à la base » et non « au sommet » ; encore faudrait-il que cette base puisse s’exprimer, et les pratiques adoptées par l’UTA dans ses meetings ne le permettent guère. Et si la « base » ne peut s’exprimer, comment dès lors connaître son état d’esprit, sa volonté de lutte ? Mais peut-être cela n'intéresse-t-il

point l’UTA... On a en fait l’impression que ses dirigeants agissent comme si les travailleurs qui les suivent étaient leur propriété privée, une fois pour toutes. Et la réflexion d'un secrétaire de ce syndicat, nous traitant de « suceurs de roue », est à cet égard caractéristique.

Mais, camarades, la classe ouvrière n’appartient à personne, une fois pour toutes. Elle juge les partis et organisations selon leurs paroles, et surtout selon leurs actes. Et nous pensons qu'actuellement, au-delà des divergences (réelles) qui subsistent, il importe de tout mettre en œuvre pour réaliser l'unité d’action de tous les travailleurs face aux patrons et à l’administration. Et tous ceux qui empêchent la réalisation de cette unité pour protéger leurs intérêts de boutique, ceux qui craignent de voir les idées s’affronter librement au sein de la classe ouvrière, vont à rencontre des intérêts des travailleurs.

SIDOINE.


page 8


Chili. La dictature militaire s'abat sur la classe ouvrière

A l’heure où nous mettons sous presse, une junte militaire a pris le pouvoir, le président Allende est mort : il s’est suicidé ou bien on l’a suicidé. Et conformément à ce que les militaires et l’extrême-droite ne se sont pas gênés d’annoncer, la répression a commencé.

Voilà que s’effondre en même temps que disparaît Allende l’ensemble du régime dit d’Unité Populaire. Et pendant que le PC pour expliquer cet effondrement se contente de crier à la félonie de l’armée chilienne comme si l’armée chilienne était la première à ne pas respecter la légalité !

D’autres, dans la gauche, reprochent à Allende sa naïveté et ses faiblesses et se contentent de pleurer sur les difficultés de la « révolution dans la légalité ».

Mais Allende n’était pas un naïf ou un réformiste sincère écrasé par une tâche au-dessus de sa force.

Il n’était pas un homme sincèrement aux côtés de la classe ouvrière et désireux de l’aider, mais trop timoré pour aller jusqu’au bout de ses idées.

Ce n’est pas par hésitation ou par manque de courage que Allende n’a jamais osé s’attaquer à l’armée, dont les intentions putschistes étaient de notoriété publique depuis belle lurette, mais par conscience de classe, par une conscience de classe de politicien bourgeois.

Car Allende était un homme politique de la bourgeoisie. C’est au nom et dans l’intérêt de la bourgeoisie qu’il utilisait le capital de confiance et d’illusion que les travailleurs lui accordaient. Il n’a jamais hésité à s’opposer et parfois avec la plus grande rigueur aux travailleurs, aux masses de paysans pauvres, dès que leurs revendications ou actions dépassaient les limites dans lesquelles il entendait les contenir.

C’est ainsi qu’il a fait réprimer, en faisant appel justement aux forces de répression dont il a fini lui-même par être la victime, les mineurs qui revendiquaient, les ouvriers qui occupaient les usines ou les paysans qui occupaient les champs.

Par contre, il avait la plus grande mansuétude vis-à-vis de l’armée — fût-elle ouvertement engagée dans la préparation du putsch — ou vis-à-vis de l’extrême-droite. Car en politicien bourgeois conscient, il savait qu’il pouvait prendre un certain nombre de mesures démagogiques vis-à-vis de la classe ouvrière, mais qu’il n’avait pas le droit de toucher à ce qui est le dernier rempart de l’ordre bourgeois : l’armée, les forces de répression et les fascistes.

En fait, c’est non seulement Allende qui s’est opposé à ce que les ouvriers s’arment, mais c’est sous son gouvernement et en se réclamant de son autorité que l’armée a commencé le « nettoyage » des quartiers ouvriers, le désarmement des groupes ouvriers et la saisie des armes.

Qui s’étonnera que par la suite, cette armée, comme toute armée bourgeoise, malgré tous les bavardages imbéciles des staliniens sur sa loyauté, sa neutralité, régulièrement sollicitée ait voulu assurer elle-même l’ordre bourgeois ?

Et qui a créé les conditions favorables à cette éventualité, si ce n’est Allende lui-même, en endormant les travailleurs avec ses déclarations légalistes, en couvrant de sa propre autorité les

incursions des militaires dans les quartiers ouvriers ?

Allende n’ignorait la menace de coup d’État et même sa préparation. Il savait ce qu’il risquait au cas où cette menace se préciserait. Mais pour la prévenir, la contenir, il aurait fallu une autre politique, mobiliser les masses ouvrières contre ce pilier de l’État bourgeois qu’est l’armée.

Mais c’est précisément cet État bourgeois qu’il voulait maintenir intact et c’est consciemment qu’il a pris le risque.

Dans toute cette affaire, si la junte militaire réussit à s’installer, ce sont les travailleurs qui paieront la note, car en fait, c’est contre eux que sera dirigée la dictature militaire.

Des milliers de travailleurs chiliens paieront de leur vie, de leurs souffrances les illusions entretenues non seulement par Allende, mais aussi par tous ceux qui poussaient les travailleurs à lier leur sort à l’Union populaire, en premier lieu par le PC. Et si ce sont les militaires qui tiennent l’arme dressée contre la classe ouvrière, ce sont les Allende, les PC et consorts qui ont désarmé les travailleurs, qui les ont ligotés devant le bourreau.

Ici, aux Antilles, sur combien de tons les grandes organisations de gauche, les PCG, PCM et autre PPM ne nous avaient-elles pas chanté l’exemple chilien, l’exemple de la «révolution légale»? Nous offrent-ils d’ailleurs d’autres perspectives que l’arrivée au pouvoir d’un Allende français ?

Le bain de sang au Chili montre que, pendant que les organisations ouvrières désarment ainsi les travailleurs, les bourgeois, eux, se préparent, et, avec une terrible efficacité.

Et la seule façon réaliste de prévenir le bain de sang, d’empêcher la bourgeoisie de nuire, n’est pas de se réfugier dans la légalité bourgeoise, mais au contraire de se préparer à la lutte, politiquement, organisationnellement et quand il le faut militairement. Voilà la leçon que les travailleurs antillais, comme ceux du monde entier, doivent tirer de la catastrophe qui frappe nos camarades chiliens. C’est la seule façon d’éviter que ce qui s’est produit au Chili se reproduise, c’est la seule façon conséquente d’être solidaires des travailleurs chiliens.


Lip. Déposséder les bourgeois : le seul moyen pour les travailleurs de se protéger de la faillite du système capitaliste

Pour partielles et partiales que soient les informations de la presse écrite et parlée aux Antilles, les travailleurs ont pu suivre la lutte menée au-delà de la mer, par leurs camarades de l’usine horlogère bisontine Lip.

Cette lutte, à première vue une simple lutte défensive, menée sous une forme originale, qui a attiré à ceux qui la mènent la solidarité et la sympathie de tous les travailleurs, comporte aussi un exemple et une leçon pour tous. Exemple et leçon qui dépassent largement les limites du « cas LIP ».

En prenant, devant la menace de fermeture de l’usine, la décision d’assurer eux-mêmes la fabrication et la vente de montres et de se payer sur l'argent ainsi récolté ; en « réquisitionnant » les stocks de montres comme gage jusqu’à ce que leurs patrons ou assimilés trouvent une solution à la crise de l’entreprise, les travailleurs de chez LIP ont transgressé la sacro-sainte propriété privée, lis ont affirmé dans les faits, que les travailleurs ont des droits sur les usines, où ils travaillent, sur les machines qu’ils font tourner, et sur les produits qu’ils ont eux- mêmes fabriqués. Et si les patrons arrêtent une usine, soit parce que leur mauvaise gestion l'avait conduite à la faillite, soit pour des raisons de rentabilité, les travailleurs ne doivent pas s’en tenir à ce que le respect de la propriété privée des bourgeois leur dicterait : c’est-à-dire accepter le licenciement, accepter d'être privés de leur gagne-pain.

LIP, toute seule et isolée, ne pourrait évidemment pas violer indéfiniment cette loi qui est à la base de la société capitaliste, à savoir que chaque capitaliste dispose de son usine selon son bon plaisir, quand bien même ce bon plaisir se traduit par la misère pour des dizaines ou des centaines de travailleurs. Mais ce que les travailleurs de chez LIP ont fait pour se défendre contre les

conséquences de la crise de leur entreprise, est ce que doivent faire les travailleurs pour se défendre contre la crise qui menace l’ensemble de la société.

Ici, aux Antilles, les cas de licenciements, voire de fermetures d’usine, se multiplient. Et ce qui se passe depuis quelque temps n'est encore rien en comparaison de ce que les travailleurs des Antilles comme du monde entier connaîtront, si la crise monétaire actuelle dégénère en crise économique tout court.

Une telle crise qui menace est le signe de la faillite de l'ensemble du système capitaliste. Pour

ne pas subir les conséquences de la faillite de leur patron, les travailleurs de LIP ont mis la main sur leur usine, sur les machines, sur les stocks. Pour ne pas subir les conséquences de la faillite de l'ensemble du système, tous les travailleurs devront s'unir pour prendre sous leur contrôle l’ensemble des usines, l’ensemble des machines, l'ensemble de tous les moyens de production.

Les capitalistes ne sont pas plus capables de gérer la société que les patrons de LIP n'ont été capables de gérer leur entreprise. Qu'ils cèdent donc la place. C'est en tout cas le seul salut pour l'ensemble de la société.


A bas le racisme gangrène mortelle de la société

Un tragique fait divers survenu à Marseille, le 25 août dernier, a déclenché toute une vague de racisme et de xénophobie contre les travailleurs Nord-Africains en France.

Le racisme étant une gangrène mortelle pour la société, toutes les organisations qui se réclament des travailleurs doivent engager une lutte sans merci contre ce fléau qui, s’il se développe, fraie la voie au fascisme.

Combat Ouvrier s’est associé au pacte d’action anti-raciste signé par un certain nombre d’organisations «ou de journaux, notamment Lutte Ouvrière, Rouge, Révolution !, l'AMR, le PSU, le GRS, etc.

Nous publions ci-dessous le texte de cet accord :

Préparée et entretenue par le racisme de l’État, de sa police, voire de ses tribunaux, une extraordinaire campagne raciste, attisée par la presse et les milieux de droite, a été déclenchée à la suite d’un tragique fait divers à Marseille.

Exploitant et développant les sentiments racistes d’une partie certes minoritaire de la population, cette campagne a conduit à l’assassinat de huit travailleurs algériens.

Les organisations, mouvements et journaux signataires du présent pacte, savent parfaitement les dangers que constituerait une montée importante du racisme pour la classe ouvrière et l’ensemble de la population laborieuse. Car l’utilisation politique du racisme par l’État, les patrons et les organisations de droite, a toujours abouti à diviser les travailleurs pour mieux les exploiter et les écraser, quelques soient leur origine ou leur nationalité. L'exemple de l’Allemagne nazie est là pour le prouver.

Dans ce contexte, une propagande anti-raciste, simplement limitée à quelques déclarations, communiqués ou articles de presse, s’avérerait en grande partie inefficace. La tâche de l’heure est de combattre impitoyablement le racisme partout où il se trouve.

Il n’est plus question que les éléments racistes de la population puissent tenir, le haut du pavé impunément et prétendre représenter l’opinion générale, forts de la passivité du plus grand nombre.

Les assassins des travailleurs immigrés doivent rendre des comptes. Ceux qui par leurs propos racistes, permettent ces actes ignobles doivent se sentir tout aussi responsables. La police, dont les éléments les plus ouvertement fascistes contribuent à cette campagne de haine, doit rendre elle aussi des comptes afin que les enquêtes ouvertes ne restent pas sans lendemain.

Dans les entreprises, les usines, les bureaux, les facultés et les lycées, ceux qui tiennent des propos racistes doivent se sentir isolés. Dans les localités, les quartiers populaires, les commerçants racistes, les fonctionnaires racistes, les patrons et les élus racistes doivent être dénoncés publiquement et boycottés.

Il faut que tous ceux qui, par un biais ou un autre, délibérément ou par bêtise, contribueraient à favoriser une campagne raciste telle que celle qui a été déclenchée à Marseille sachent qu’ils sont tout aussi coupables aux yeux de tous les travailleurs, de toutes les organisations de gauche, que les assassins dont le bras a été armé par cette campagne odieuse.

C’est pourquoi, en concluant ce pacte d’Action anti-raciste les organisations, mouvements et journaux soussignés s’engagent :

  1. à réagir ensemble et à coordonner leurs actions (actions de masse, poursuites judiciaires, etc.) contre toute campagne raciste ;

  2. à mener toutes tâches d’information, d’explication et de propagande anti-raciste nécessitées par la situation ;

  3. dans les entreprises et dans les quartiers populaires, partout où ils ont des militants, à constituer sans attendre des Comités de coordination, les plus larges possibles chargés de prendre, chaque fois que nécessaire, toutes mesures utiles contre tous les cas concrets de racisme dont ils pourront avoir connaissance ;

  4. à faire comprendre les luttes des travailleurs immigrés et à manifester leur solidarité active avec ces luttes (autodéfense, lutte contre l’arbitraire administratif et policier, les expulsions, etc.).

Les organisations, mouvements et journaux appellent toutes les organisation politiques, syndicales, culturelles, ou plus largement tous ceux qui veulent combattre le racisme à se joindre à leur lutte.