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CO n° 24 du 14 mars 1973


EDITORIAL


CE QUE LES ELECTIONS NE PEUVENT NOUS DONNER,
NOUS L’AURONS PAR NOTRE LUTTE

Les élections sont maintenant terminées. La majorité réactionnaire reste la majorité. Elle est rejointe par la fraction de la droite qui, jusqu’à présent, demeurait dans l’opposition, les réformateurs. Ensemble, ils totalisent près de deux tiers des sièges. A la Martinique, les deux députés UDR sont reconduits. A la Guadeloupe, la majorité rafle tous les trois sièges, éliminant Lacavé.

Depuis des mois, les Ibéné, les Gratiant et autres Lacavé ou Césaire nous répètent sur tous les tons que nous devons attendre le changement de notre sort d’une « bonne élection », d’une victoire électorale des partis de gauche. Ils nous ont répété cela pendant des mois, comme ils le font à L’occasion de chaque élections. Et pour les travailleurs qui leur font confiance, chaque lendemain d’élection est une nouvelle déception.

Il en est cette année comme il en fut en 1968, en 1967 ou bien d’autres fois encore. La gauche est certes défavorisée par la loi électorale ; mais elle n’a, de toute façon, recueilli que 46 % des voix environ.

Et cela n’a finalement rien d’étonnant. Même si les travailleurs, dans leur écrasante majorité, votent pour les partis de gauche, cela ne suffit pas pour faire une majorité électorale. Une fraction importante de la classe ouvrière en France est écartée des élections parce qu’elle est constituée de travailleurs émigrés. Et ceux des travailleurs qui ont le droit de vote constituent la minorité du corps électoral.

Et c’est justement pourquoi la politique des partis qui se réclament des travailleurs en France et la politique des PCG, PCM et autre PPM qui leur emboîtent le pas est profondément néfaste pour les travailleurs. Tous ces partis prétendent que la lutte la plus importante, la plus décisive pour les travailleurs est la lutte électorale. Mais c’est justement sur le plan électoral que la classe ouvrière est la plus défavorisée, la plus désarmée ; c'est justement sur le terrain électoral que les travailleurs peuvent le moins.

La force des travailleurs, c’est que c’est eux qui produisent tout dans cette société, c’est leur travail qui fait vivre toute la société. Qu’ils s’arrêtent de travailler et tout s’arrête.

Est-il normal que le sort de ceux qui produisent, de ceux qui font vivre la société soit soumis aux votes des parasites de toutes sortes, grands et petits ? Est-ce le rôle des organisations qui prétendent représenter les intérêts des travailleurs de ne leur proposer que cela ?

Les dirigeants des partis de gauche, en France ont déjà commence à expliquer aux travailleurs : « Ce n’est qu’un début, la prochaine fois, on réalisera un meilleur score. Et les dirigeants du PCG, du PCM et du PPM leur emboîteront le pas ».

Mais nous sommes persuadés que grand est le nombre de travailleurs, aussi bien aux Antilles qu’en France, qui n’acceptent pas d’attendre à nouveau cinq ans, pour que quelques centaines de milliers de parasites parmi ceux qui ont donné la majorité à la droite, veuillent bien changer d’avis, et voter pour la gauche.

Travailleurs !

Nous n’avons rien à espérer de ces élections, nous n’avons pas à être déçus par ces résultats. La victoire électorale de la droite n’est pas notre défaite. Notre force reste intacte. Mais elle n’est pas dans les urnes. Elle est dans notre place dans la production, dans notre rôle économique. A condition justement d’utiliser ce rôle.

Nous pouvons le faire, ici même, aux Antilles. Mais il nous faut nous organiser, dans les usines, sur les docks, dans les plantations, sur les chantiers ; il nous faut contrôler les hommes et les organisations qui parlent en notre nom il nous faut prendre en main la direction de nos luttes.

Et si nous le faisons, si nous décidons de lutter sur le terrain qui nous est favorable et par des moyens qui nous sont propres, le gouvernement tout réactionnaire qu’il soit, sera obligé de céder. Notre propre expérience du passé nous a montré que c’est la seule manière d’obtenir satisfaction à nos revendications les plus immédiates et les plus élémentaires. A plus forte raison, nous engager dans cette voie est la seule manière de mettre fin tout à la fois à l’oppression coloniale et à l’exploitation capitaliste.


VICTOIRE POUR LES OUVRIERS DU BATIMENT EN MARTINIQUE

Le jeudi 22 février, les ouvriers du bâtiment se sont mis en grève illimitée pour l’obtention de leur revendication principale, à savoir une augmentation immédiate des salaires de 15 %. Le jeudi 22 février tous les chantiers principaux : SEGIA, SOCEA, MADKAUD, SIMAG, etc., étaient désertes par les travailleurs qui organisaient le débrayage des autres chantiers non encore en grève. Le lendemain devait avoir lieu une réunion de la Commission de conciliation entre les représentants patronaux et les représentants syndicaux. Cependant il y eut très vite une surprise pour les patrons ; en effet la délégation syndicale était suivie par des milliers de travailleurs qui ne voulaient pas laisser leurs représentants isolés face aux patrons. Ceux-ci essayèrent alors de ne pas discuter en présence des travailleurs et tentèrent de faire traîner les choses en longueur, changeant chaque fois de lieu de réunion. Ainsi les ouvriers furent « promenés » de la direction du Travail à la chambre de Commerce, de la chambre de Commerce à la préfecture, de la préfecture à la SIMAG (cité Dillon). Cependant, ils étaient toujours là. Cette journée se passa sans que les patrons cèdent.

Le lundi, la grève continuait toujours, aussi forte et aussi puissante. Finalement le mardi les patrons durent discuter de 15 h à 24 h à la préfecture, avec non loin d'eux, des centaines de travailleurs. Malgré les menaces que les patrons firent de ne pas discuter une nouvelle fois en présence des travailleurs, Madkaud affirmant que « c’était mauvais que les travailleurs soient là », les patrons durent céder et accorder les 15 %. C'est donc une victoire, une belle victoire que les travailleurs ont remporté face aux capitalistes.

Mais cette victoire a été possible grâce à la seule détermination et à la lutte unie des travailleurs qui contrôlaient à tout moment leurs dirigeants syndicaux et ne les laissaient pas isolés face aux patrons. C’est donc un exemple à suivre ; voilà comment il faut mener une grève et ce n’est que de cette manière, en étant toujours mobilisés, que les travailleurs pourront vaincre.


Combat Ouvrier dans la campagne électorale

Face aux partis traditionnels de droite comme de gauche, notre tendance présentait des candidats révolutionnaires à la Guadeloupe et à la Martinique. Ces candidats étaient pour la plupart des travailleurs ; aucun d’eux n’était notable, ou politicien de carrière.

Ils se présentèrent tous sur un programme révolutionnaire — réclamant l’indépendance de la Guadeloupe et de la Martinique et la prise du pouvoir par les travailleurs.

Le nombre de voix qui s'est porté sur ces candidats est encore extrêmement faible : 517 à la Guadeloupe et 712 à la Martinique. Mais si ces chiffres ne sont pas significatifs d’une volonté révolutionnaire massive, ils n’en montrent pas moins qu’il s’est trouvé aux Antilles plus d’un millier de travailleurs pour soutenir ceux qui défendaient le programme révolutionnaire et cela même dans les communes où, du fait de nos forces insuffisantes, nous n’avons pu faire campagne.

Ces 1.200 voix sont bien sûr peu face aux milliers que recueillent les partis traditionnels. Mais ils constituent pour nous un encouragement et aussi le signe qu’il reste beaucoup à faire pour assurer la pénétration des idées révolutionnaires parmi les travailleurs.

Et dans ce sens là, malgré la faiblesse du nombre de voix recueilli par nos candidats, notre campagne a été incontestablement un acte positif. En Guadeloupe et en Martinique les travailleurs ont fait largement connaissance avec notre tendance révolutionnaire.

Partout, nos conférences, nos explications, nos affiches, nos tracts ont suscité intérêt et sympathie chez les travailleurs, même si ceux-ci n’étaient pas encore prêts à partager intégralement nos idées politiques.

Ainsi en bien des occasions, des travailleurs qui nous écoutèrent, nous firent savoir qu’ils voteraient pour les candidats communistes, mais n'en étaient pas moins ouverts à nos idées et à nos propos.

Nous avons pu au cours de cette campagne montrer aux travailleurs que même si les dirigeants du PCG et du PCM ont abandonné dans les faits le programme communiste, le drapeau communiste a été repris et continue à être défendu.

Dans la plupart des centres importants nous avons pu expliquer pourquoi nous luttions pour l'indépendance. Cela nous permit de nous rendre compte que ni la propagande du Parti Communiste, ni celle des nationalistes du Gong ou de « Chal-Touné », n’avaient sur ce plan là (lutte contre le colonialisme) touché de grandes masses de travailleurs. Pour la plupart de ceux qui nous écoutèrent, les explications que nous donnions sur le colonialisme, sur la lutte pour l’indépendance, étaient choses absolument nouvelles.

A la suite de nos conférences, la discussion allait bon train sur l’indépendance — possible ou pas — sur le rôle des travailleurs, sur la présence de képis rouges, sur le Parti Communiste

Dans beaucoup d’endroits, nous avons pu établir des contacts, nous avons été invités à revenir pour tenir des réunions après les élections.

C’est avant tout cela qui est encourageant.

A notre tendance de continuer son travail. Car pour nous la participation aux élections n’est qu’un des aspects de notre travail. La véritable action, la plus efficace se menant là où se trouvent les travailleurs, sur leurs lieux de travail, dans les chantiers, les champs, les bureaux, les entreprises et cela sans relâche, tous les jours.

(Voir les échos de notre campagne, p. 2 et 3.)


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GUADELOUPE, GREVE DES TRAVAILLEURS AGRICOLES

A l’heure où nous écrivons, il semble que la reprise du travail dans les usines à sucre et sur les champs se fasse progressivement.

La grève qui touche ce secteur dure depuis près de deux mois. Les travailleurs agricoles, les ouvriers d’usine et les petits planteurs ont eu à faire face à toutes sortes de pressions et de manœuvres patronales : emploi de main-d’œuvre étrangère à l’usine sous protection des Képis Rouges (Gardel, Ste-Marthe), lock-out du personnel au Comté, à Grosse-Montagne, à Bonne-Mère ; présence de CRS aux abords des usines et des champs. Malgré toutes les tentatives des patrons pour commencer la récolte, pas une usine ne fonctionne, pas une canne n’est coupée.

Les revendications, pour l’essentiel, sont les suivantes :

  • augmentation de 10 % des salaires ;

  • indemnités pour amortissement du matériel de travail ;

  • respect du paiement de la journée fériée du 1er mai ;

  • une meilleure hygiène, une meilleure sécurité ;

  • respect du droit syndical.

Cette grève du secteur canne montre une fois de plus que les travailleurs sont combatifs ; après la longueur de la grève de 1971, la répression des Képis Rouges, après l’échec de 1972, cette année encore, ils sont prêts à se battre. Ils ne sont plus décidés à accepter des salaires de misère pour un travail harassant.

Nous ne savons pas encore si la reprise sera effective et quel sera l'acquis. Notons cependant la campagne d’intoxication à laquelle se livre l’ORTF. Après avoir fait un black-out total sur la grève pendant le temps qu’elle se déroulait, elle se fait maintenant un plaisir d'annoncer cette reprise en exagérant grossièrement pour pousser les travailleurs encore en grève à reprendre le travail.

Nous reviendrons dans un prochain numéro sur cette grève et notamment sur l’attitude des différents syndicats à son égard.




Échos de la campagne !


GUADELOUPE : Sainte-Rose

A Sainte-Rose, environ 150 personnes s’étaient rassemblées à l'annexe de l'école de garçons.

Après les deux exposés de nos camarades, un dirigeant de l’UTA (Union des travailleurs agricoles) prit la parole. Il revint sur la lutte qu'ont entrepris depuis plus de deux mois les travailleurs de la canne et expliqua lui aussi que ce n'est pas par les élections que les problèmes des ouvriers d’usine, des ouvriers agricoles et des petits paysans allaient être résolus. Il dit devant l’ensemble des travailleurs qu'il ne connaissait pas très bien notre tendance, mais que d'après nos exposés il semblait que COMBAT OUVRIER se range résolument du côté des travailleurs. Après avoir dit que l'UTA et l'UPG ne faisaient pas de politique et n’avaient pas de position sur l'indépendance, il appela l’ensemble des travailleurs à bien réfléchir avant de se rendre aux urnes.

Il y eut d'autres interventions de vieux travailleurs appelant les leurs à relever la tête, à comprendre ce programme de lutte et à ne pas voter pour les Jalton, Bernier et autres politiciens.

A la fin de la réunion, de nombreux travailleurs entonnèrent avec nous l'internationale.


GUADELOUPE : Saint-François

C'est le vendredi 16 février que devait avoir lieu notre conférence à Saint-François, dans la première circonscription. De multiples difficultés nous y attendaient. En effet, le maire, le socialo-UDR Bernier, avait semblé nous accorder une salle mais il n'a cessé de multiplier les tracasseries pour nous empêcher de faire notre réunion.

Il a fallu partir à la recherche d'une sonorisation et d'une case où l’on voudrait bien nous accorder l’électricité. Malgré le chantage que semblait exercer la municipalité sur les habitants, nous avons pu trouver le matériel qui nous manquait dans le quartier des pêcheurs.

C’est devant une assistance qui devait atteindre environ 120 personnes que notre conférence a débuté. Le camarade Paul fit la première intervention, expliquant les raisons de sa candidature, et en particulier pourquoi nous pensions que personne mieux qu'un travailleur ne pouvait représenter les travailleurs. Puis un deuxième camarade prit la parole pour expliquer ce que veut « Combat Ouvrier ». Malgré les tentatives d'un partisan de Bernier pour rendre l'assistance hostile, pratiquement tous les travailleurs présents approuvèrent nos propos et reconnurent la nécessité d’un changement radical de la situation ici en Guadeloupe.

Notre habitude étant de laisser la parole à tous à la fin de nos conférences, nous vîmes le partisan de Bernier s'emparer du micro pour s'écrier solennellement : « J’entends parler d'indépendance ; l'heure est grave ». S’il pensait terroriser l'assistance, il en fut pour ses frais, car ce fut une véritable explosion de rires qui accueillit cette déclaration. Il nous dit encore que seule l'aide de la France nous permettait de nous en tirer, par exemple en cas de sécheresse. Un de nos cama

rades lui rappela opportunément que, non seulement c’était discutable, mais encore qu’à l’époque où le Conseil Général (dont fait partie Bernier) devait choisir entre l’irrigation de la Grande-Terre et l’installation de la télévision ici, il choisit sans hésiter la télévision, alors que l’irrigation aurait pu résoudre le problème de la sécheresse.

Après quelques autres questions, l'assistance se sépara dans une atmosphère très cordiale, tout le monde étant visiblement satisfait qu'une telle conférence ait pu avoir lieu, malgré l'attitude de Bernier et de ses béni-oui-oui.


GUADELOUPE : Mutualité de Pointe-à-Pitre

Bien avant la réunion des groupes de travailleurs, des jeunes passaient, s'attardant devant les panneaux d’affichage sur lesquels des coupures de la presse révolutionnaire abordaient les sujets les plus divers : les révolutionnaires et les élections, les Noirs américains en lutte, la répression coloniale à Madagascar...

D’autres encore discutaient des affiches murales sur lesquelles était inscrite et expliquée notre position sur l’indépendance et sur le rôle des travailleurs.

La réunion débuta devant plus de 200 personnes. Le camarade candidat dans la première circonscription exposa les raisons qui l'avaient amené à se présenter, et expliqua d'une façon claire et imagée notre position lace au colonialisme, à l'UDR et au PCG.

Le second exposé portait comme tout au long de cette campagne sur le programme de COMBAT OUVRIER : programme de la lutte des travailleurs avec un parti ouvrier révolutionnaire, pour l'indépendance de la Guadeloupe et pour un État démocratique dirigé par les travailleurs en association avec l'ensemble des couches pauvres de la population.

Avant de faire cet exposé, l'orateur avait parlé longuement de la lutte que mènent des dizaines de milliers de travailleurs du secteur agricole, il avait parlé des CRS, des Képis rouges toujours aussi arrogants et menaçants et il avait conclu en disant que seul un mouvement d’ensemble de la classe ouvrière pourrait faire reculer le patronat et ses flics.

Pendant cet exposé une dizaine ou une quinzaine de sympathisants de « Chaltouné » firent irruption. Ils auraient voulu mettre fin au meeting qu'ils ne se seraient pas comportés autrement, parlant fort, entrant bruyamment dans la salle, circulant parmi les gens assis, vendant à la criée leur journal sur la galerie attenante à la salle.

Se servant de l’agitation ainsi provoquée, un jeune essaya de créer un incident» Ne voulant pas entendre raison et après plusieurs avertissements de nos camarades, ce jeune fut mis à la porte.

Pendant ce temps, la réunion avait continué et notre troisième camarade avait expliqué les raisons pour lesquelles il fallait voter révolutionnaire, voter COMBAT OUVRIER.

Un représentant de Chaltouné vint longuement expliquer le mot d'ordre de sa tendance : l'abstention qu'il qualifie de révolutionnaire.

Cette intervention nous permit de revenir sur l’importance d'une position consciente, d’un vote de classe se différenciant nettement du flot des abstentionnistes, sans idée, sans position ; nous expliquâmes une fois encore que les travailleurs pouvaient voter utile, voter efficace, sans favoriser l’UDR et cela aussi est important.

Cette réunion-débat se termina vers minuit et les discussions continuèrent d’aller bon train jusqu'à la fermeture de la salle.


GUADELOUPE : Bouillante

Après les exposés, le premier adjoint au maire, maire qui n'est autre que Guillod, candidat UDR dans la troisième circonscription, demanda le micro. Il se déclara d'accord avec nous sur le fait que le pourcentage de chômeurs était particulièrement important ici, sur la hausse continuelle des prix, et sur le bas niveau des salaires mais que cependant il ne pouvait être d'accord avec nous sur l'indépendance, qui de plus est une indépendance dirigée par les travailleurs. Car pour ce directeur d’école, UDR de surcroît, les Guadeloupéens ne pourront jamais se diriger étant donné qu'ils manquent de maturité. Le favoritisme, les

« cancans » l’emporteront. D’autre part, il déclara que c'est grâce à l'argent de la France que lui, directeur d’école, pouvait nourrir sa famille. Cela nous permit de dire notre point de vue sur l’attitude du gouvernement vis-à-vis des fonctionnaires à qui il attribue les 40 % de vie chère. Cette prime lui permet ainsi d'avoir la paix avec eux, et la plupart des fonctionnaires de cette façon se « tiennent tranquilles ». Et ceux qui essaient d’élever la voix, on les expédie en France, ou on les prive de leur poste d'enseignant comme cela a été le cas pour Déglas.

La conférence s’est terminée vers 23 heures.


GUADELOUPE : Morne-à-l'Eau

Ce soir-là, à la salle Ramier, plus de 250 personnes, jeunes et vieux, travailleurs, femmes étaient venus écouter le programme de COMBAT OUVRIER. De nombreuses personnes s’étaient amassées sur la galerie et à l'entrée de la salle.

La première camarade, candidate dans la deuxième circonscription expliqua devant une salle extrêmement attentive, le sens des candidatures révolutionnaires.

Avant d'exposer le programme de COMBAT OUVRIER et les raisons pour lesquelles nous appelions à voter COMBAT OUVRIER au premier tour, le deuxième orateur fit un bref bilan de notre campagne.

Les centaines de travailleurs qui sont venus écouter, poser des questions, demander des précisions sur notre programme, ont fait de cette campagne un succès et cela malgré le nombre relativement faible des voix qui se sont portées sur les candidatures révolutionnaires. Notre camarade expliqua aussi que c'était la preuve qu’en Guadeloupe, il existe une grande volonté de changement car les travailleurs luttent dans de nombreux secteurs, tour à tour. Ils sont extrêmement combatifs et de plus, des centaines parmi eux sont venus chercher quelque chose de nouveau, un programme différent de celui de tous les partis y compris des partis de Gauche qui entretiennent des illusions.

Les auditeurs n’ont pas caché leur enthousiasme et de nombreux applaudissements ponctuaient l'intervention de notre camarade.

Puis la parole fut donnée à ceux qui voulaient s’exprimer à notre micro. Un vieux travailleur vint nous remercier pour l’organisation de cette réunion publique car il avait retrouvé dans les exposés un langage politique qu'il n’avait pas entendu depuis fort longtemps. Il nous dit alors que si le PCG n’avait rien fait, cela n’était pas entièrement de sa faute car il n’avait jamais eu de majorité parlementaire ; il termina en nous souhaitant du courage, de la persévérance, estimant que c’était effectivement à nous de reprendre le drapeau. A ce sympathique et vénérable travailleur, notre camarade répondit que, précisément, l'erreur du PCG est de croire et de faire croire aux travailleurs qu’en restant uniquement sur le terrain parlementaire et électoral de la bourgeoisie, ils pourront changer leur sort ; à cela nous disons NON. C’est par la lutte que les travailleurs changeront leur sort, la lutte dans les entreprises, sur les chantiers, dans les champs, dans la rue.


MARTINIQUE : Trinité

Le mardi 13 février, à Trinité, c'est devant une cinquantaine de personnes que nos camarades tinrent leur réunion publique. Notre camarade Michel Larcher expliqua pourquoi il se présentait aux élections ; à ce moment-là deux nervis de Camille Petit tentèrent de nous empêcher de parler, mais ils durent reculer devant notre ferme détermination. Un autre camarade expliqua alors à ce moment-là que notre programme était de ramener à la raison des gens tels que ceux-là, payés par les capitalistes et l’UDR pour empêcher leurs adversaires de parler ; il fallait donc s'organiser et construire le parti des travailleurs qui aura comme tâche d’aider les travailleurs à éliminer le colonialisme et le capitalisme.

Ce premier meeting fut suivi par un grand nombre d’autres notamment à Fort-de-France (quartier Volga-plage, docks) au François, à Rivière Pilote ou encore au Lamentin où 200 personnes étaient venues nous écouter. Partout nos réunions furent suivies avec intérêt.


POINTE-A-PITRE : Quartier Fonds-Laugier

Mardi 27 février, c’est à Fonds-Laugier (P-à-P) que nous tenions notre conférence dans la première circonscription. Bien qu'elle fut improvisée, près d’une centaine de personnes y assistèrent. Un habitant du quartier, bien que ne partageant pas nos idées, nous ayant permis d’installer notre sonorisation dans son atelier, le camarade Paul prit la parole le premier, expliqua nos divergences avec le Parti Communiste en particulier, et le rôle des candidatures « Combat Ouvrier ». Il ne s’interrompit pas malgré la pluie (qui ne fit pas s'éloigner l'assistance) et en dépit des vociférations hystériques d’une militante du PCG. Celle-ci se vantait d'avoir empêché Hélène et Bernier de parler et entendait faire de même avec nous.

L’assistance désapprouva son attitude et admit avec nous que ceux qui réclamaient du préfet la « démocratie », à Sainte-Anne en particulier, feraient bien de l’appliquer eux-mêmes... Elle finit par se taire lorsqu’on lui demanda de s’expliquer sur ce que comptait faire la municipalité communiste de Pointe-à-Pitre en ce qui concerne les fontaines dans le quartier. Son silence provoqua les rires de l'assistance.

Dans la deuxième intervention, un camarade expliqua notre position vis-à-vis des autres partis et ce que veut « Combat Ouvrier » : construire un parti révolutionnaire des travailleurs, créer des comités de chômeurs, organiser les jeunes. Les habitants de Fonds-Laugier, qui vivent souvent dans des conditions difficiles, comprirent sans difficulté notre point de vue.

Un retraité prit la parole pour demander ce qu’il adviendrait des vieux après l’indépendance. Un camarade lui expliqua qu'ils devraient être à la charge de la collectivité, et que la situation qui leur est faite dans la société actuelle, où on les laisse quasiment croupir sans ressources et sans occupation, était inadmissible.

C’est vers 22 heures que l’on se sépara, aux accents de l’internationale.


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EN FRANCE, UN ELECTEUR COMMUNISTE SUR DIX A VOTE REVOLUTIONNAIRE

Comme nous l’avions annoncé dans de précédents numéros, trois travailleurs antillais de Combat Ouvrier étaient candidats aux élections législatives, sur les listes de Lutte Ouvrière. Ces camarades ont obtenu les résultats suivants :

A Paris :

  • 10ème circonscription (11ème arrondissement), Jocelyn Bibrac, ouvrier spécialisé : 791 voix, soit 2,01 % des suffrages exprimés ;

  • 30e circonscription (20ème arrondissement), Adrien Ferly, employé de Banque : 704 voix, soit 2,25 % des suffrages exprimés.

A Orléans :

  • 1ère circonscription du Loiret, Marie-Eugène Zozor, employée des Chèques Postaux : 1.615 voix, soit 2,82 % des suffrages exprimés.

La participation de travailleurs antillais à la campagne, le fait qu’ils aient comme les autres candidats révolutionnaires été accueillis avec sympathie, prouve que, dans les circonscriptions où ils se présentaient, une fraction non négligeable des travailleurs sait que la classe ouvrière a, partout, le même combat fondamental à mener contre l’exploitation capitaliste et pour le socialisme.

Ces résultats, déjà extrêmement, encourageants en eux-mêmes, font partie d’une série d’autres qui témoignent de l’existence et de la croissance d’un courant ouvrier révolutionnaire parmi les travailleurs en France.

Près de 300.000 travailleurs, en effet, ont porté leurs suffrages sur les candidatures révolutionnaires de Lutte Ouvrière ou de la Ligue Communiste. Ces 300.000 voix recueillies dans à peine plus de la moitié des circonscriptions représentent un accroissement de 200.000 voix par rapport aux suffrages qu'avait obtenu, Krivine fors des présidentielles de 1969 dans les mêmes circonscriptions. Cela représente aussi 10 % des voix qui se sont portées sur le PCF.

Ces résultats ont montré que les révolutionnaires ont acquis droit de cité au sein du mouvement ouvrier dont ils ont été écartés pendant de longues années. C’est cette situation, le fait qu’un électeur communiste sur dix ait voté pour un révolutionnaire qui est encourageante et prometteuse.

Et nous pouvons penser que ces 300.000 travailleurs qui, au premier tour des législatives en France, ont tenu à montrer leur hostilité à l’UDR et ses comparses, à montrer leur méfiance vis-à-vis des dirigeants de l’Union de la Gauche, savent que la satisfaction des revendications essentielles de la classe ouvrière ne viendra pas du gouvernement quel qu’il soit, mais de leur propre lutte.


L'O.R.T.F. et les élections

Au cours de ces dernières élections législatives, la radio et la télévision de la Guadeloupe, nous ont beaucoup fait entendre les candidats de France de tout horizon politique. Ainsi avons-nous pu entendre Peyrefitte, Messmer, Mitterrand, Marchais et heureusement une candidate révolutionnaire de Lutte Ouvrière.

En revanche, en Guadeloupe, aucun candidat à ces élections n’a pu s’exprimer sur les ondes... L’ORTF n’a même pas daigné organiser un débat, un seul, entre les différents courants politiques représentés. La chose mérite d’être signalée, d’autant plus qu’à entendre certains journalistes de la radio et télévision locales, ces élections revêtaient une importance toute particulière : à savoir qu’elles allaient permettre aux Guadeloupéens de se prononcer soit pour le maintien dans l’ensemble français, soit pour la séparation d’avec la France... On eût pu donc penser que pour faire un tel choix, les électeurs et électrices de la Guadeloupe avaient besoin d’une information des plus complètes, des plus sérieuses ; or il n’en a rien été... C’est dire comment l’ORTF se moque éperdument des milliers de gens qui, par leurs impôts, assurent sa bonne marche... C’est dire aussi comment aux yeux des responsables de l’ORTF, les Guadeloupéens sont de véritables mou

tons de Panurge, que l’on peut conduire dans n’importe quelle voie...

Somme toute, l’ORTF a eu, à l'occasion de ces élections, la même attitude méprisante qu'elle affecte quotidiennement à l’égard du peuple guadeloupéen... Ironie du sort, même les partisans de la départementalisation ont été également méprisés... Car, en fait, si eux non plus n’ont pas pu disposer des ondes, c’est que le préfet et les responsables de l’ORTF ont estimé qu’ils n’avaient pas grand-chose à dire, sinon rien du tout... En d’autres termes, ils ont été considérés pour ce qu’ils sont : des béni oui-oui et de véritables godillots aux ordres du préfet... Pour l'ORTF, il n’y a en Guadeloupe que des sujets et en tant que tels, les Guadeloupéens n’ont droit ni à une véritable information, ni à la parole sur les ondes...

Et si cela ne semble nullement déranger les tenants du régime actuel, qui ont perdu jusqu’à la plus petite parcelle de dignité, la grande majorité des Guadeloupéens et en particulier les travailleurs ressentent avec beaucoup d’amertume cette attitude méprisante de l’ORTF. Il n'est pas certain qu'ils continuent à la tolérer encore longtemps...


Sainte – Anne, LES "DEMOCRATES" A L'ŒUVRE

Le seul lieu où nous avons connu des difficultés à nous exprimer, pendant la campagne électorale fut la commune de Sainte-Anne dont le maire est M. Ibéné, membre du PCG.

Dès la fin de la première intervention du candidat Paul, quelques individus à l'allure plutôt louche et peu avenante commencèrent à lancer des invectives. Au cours de la deuxième intervention, celle qui expliquait pourquoi les travailleurs devaient se méfier des Mitterrand et Cie, les trublions devinrent franchement gênants et menaçants. Notre camarade expliqua alors que la démocratie exigeait que chacun pût s’exprimer et que de toute façon le micro serait ensuite donné à ceux qui n’étaient pas d’accord avec nous. Une grande partie de l’assistance (plus de 200 personnes) applaudit à ces propos.

Mais les bruits divers, conques de lambi soufflés, cris à l’oreille même des orateurs, invectives bruyantes venant de militants du PC devaient avoir raison de nos orateurs.

Devant l’attitude menaçante de certains énergumènes nous dûmes par mesure de précaution ranger notre matériel de sonorisation.

Pendant tout ce temps deux ou trois militants, dont un dirigeant connu du PCG tentaient de ramener à la raison leurs propres hommes. Peine perdue ! Ce n'est pas en quelques minutes, ni avec la meilleure volonté du monde que l’on peut gommer les vieilles habitudes anti-démocratiques.

Sans micro, plusieurs de nos camarades tentèrent alors de discuter en pénétrant dans la foule. On leur posa des questions politiques intéressantes, mais chaque fois que la discussion allait s’amorcer les trublions, à l'aide de conques de lambi et par des cris, coupaient toute possibilité de parole. Vint s'ajouter à cela l'attitude hostile de quelques femmes fanatiques d'Ibéné qui commençaient à harceler, en les menaçant avec des bâtons, certains de nos camarades.

Ayant fait la démonstration que nous n'étions pas prêts à déguerpir devant l’utilisation de méthodes anti-démocratiques et staliniennes, nous quittâmes Sainte-Anne après deux heures d’une tumultueuse conférence.

Notons que certains dirigeants du PC ont eu le culot de vouloir faire porter sur nous la responsabilité de ces incidents nous prêtant en sourdine toutes sortes de propos fantaisistes et menaçants. En vérité ce sont de braves « démocrates » !


POSITION DE NOTRE TENDANCE POUR LE 2ème TOUR DES ÉLECTIONS LÉGISLATIVES

Texte publié et diffusé avant le deuxième tour des élections législatives.

PRES le premier tour des législatives, les candidats des principales formations politiques restent face à face. Le deuxième tour opposera les candidats du Parti Communiste à ceux de l’UDR.

Ceux qui comptent sur le bulletin de vote pour changer leur sort feront tout pour que les candidats de la Gauche (ceux du PCG) l’emportent sur les candidats gouvernementaux (UDR).

Quant à nous, nous pensons que ce n’est pas sur ce terrain-là, sur le terrain des élections que le changement sera rendu possible. Ce n’est pas par le bulletin de vote que les travailleurs pourront changer leur sort. Ce n’est pas en envoyant même trois députés communistes à la Chambre des députés en France, a 7.000 kilomètres d’ici, que notre situation va s’améliorer. Les 26.000 électeurs, dont une majorité de travailleurs, qui ont voté pour les candidats communistes pèseraient d’un poids bien plus lourd et obtiendraient des résultats infiniment plus importants en se mobilisant pour d'autres luttes que les batailles électorales.

Ce ne sont pas les élections qui sont le terrain principal de lutte des travailleurs. Ce n’est pas le parlement qui se trouve, de plus, à 7.000 kilomètres d’ici qui permettra de changer en quoi que ce soit la situation des travailleurs.

Ceux qui ne savent proposer aux travailleurs que cette voie les trompent ; ceux qui ne savent que prêcher l’attente et la passivité trompent les travailleurs. Tout au long de la campagne, alors que les travailleurs agricoles et les travailleurs d’usine étaient en grève, le Parti Communiste n'a rien fait pour organiser la solidarité active des travailleurs d’autres secteurs. C’est là un exemple le plus récent de la manière dont le Parti Communiste ne défend pas les intérêts de la classe ouvrière et ne fait rien pour organiser ses luttes. La seule mobilisation qui lui tient à cœur c’est celle des « électeurs » pour l’élection des députés, des maires ou des conseillers généraux. Le seul moment où il fait appel aux travailleurs, c’est pour des élections.

Verra-t-on les dirigeants du PCG se dépenser comme ils l’ont fait pour la mobilisation des « électeurs », pour que la grève des ouvriers de la canne ne soit pas un échec, pour obtenir que la préfecture enlève les Képis rouges des abords des champs de canne et des usines ?

Bien sûr, les travailleurs ont été tellement marqués par les traditions électoralistes qu’ils comptent encore sur trois députés communistes pour la défense de leurs intérêts. Ils veulent avant tout empêcher le renforcement de l’UDR en votant pour les candidats communistes.

Bien que nous pensions que cela ne changera pas grand-chose, qu’il y ait des députés communistes au lieu et place des UDR, nous tenons à affirmer que, malgré tout, nous sommes dans le même camp que les travailleurs qui veulent élire trois députés communistes.

Comme nous l’avons dit lors de la campagne pour le premier tour, nous ne ferons rien qui puisse mettre des obstacles à cette volonté de changement ; même exprimée de cette manière sans issue, même exprimée au travers de la confiance à un parti qui n’a plus rien de révolutionnaire, ni de communiste.

Car bien que nous pensions que ce n’est ni la voie électorale, ni le PCG qui permettront aux travailleurs d’améliorer leur sort, ni de défendre et de rendre plus efficace leurs luttes quotidiennes, ni de chasser d’ici le colonialisme français, ni de conquérir le pouvoir politique, nous sommes, malgré tout, solidaires des milliers de travailleurs, qui se trompent, en faisant encore confiance aux Lacavé, Ibéné et Cléry et à la voie qu’ils préconisent.

C’est pourquoi, afin de manifester de manière claire notre solidarité avec les travailleurs qui sont derrière les Lacavé, Ibéné et Cléry, nous appelons ceux qui ont voté pour nos candidats au premier tour, à voter avec les travailleurs qui donnent leurs voix aux candidats du PCG, au deuxième tour.


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La crise monétaire. LA BOURGEOISIE NOUS CONDUIRA-T-ELLE A LA CATASTROPHE ECONOMIQUE ?

Laisser flotter certaines monnaies européennes ensemble, d'autres seules, voilà l'expédient qu’ont trouvé les responsables politiques de la bourgeoisie européenne pour faire face à la crise monétaire. Et cela après près de deux semaines de réflexion, de négociations, pendant lesquelles les marchés des changes sont restés fermés. Cette mesure, d’ailleurs, est intervenue après une nouvelle flambée de spéculation qui a suivi de peu la dévaluation du dollar.

En quelques jours, voire même en quelques heures, la semaine dernière, les banques centrales européennes se sont vu obligées d’acquérir des centaines de millions de dollars.

Les spéculateurs se hâtent en effet de se débarrasser d’un dollar appelé à être dévalué et la Banque de France elle-même, qui se croyait à l’abri a dû en une heure, le 2 mars, acquérir 300 à 400 millions de dollars pour empêcher la monnaie américaine de descendre au-dessous de son plancher de 4,50 F.

C’est devant cette avalanche de dollars spéculatifs, que tous les marchés des changes ont dû être fermés dans les grandes banques européennes.

En fait, on peut dire que la dévaluation du dollar du 12 février n’a en rien freiné la crise. Cette dévaluation voulue par les USA a fait baisser le prix des produits américains sur les marchés étrangers, et rendu plus chers les produits étrangers aux USA. Par là, le gouvernement américain tentait de rétablir la balance commerciale des USA, au détriment de celle des pays européens.

Actuellement, l’incapacité des gouvernements européens de s’entendre pour juguler la crise que leur fait payer le dollar, prouve combien « l'Europe unie », en système capitaliste, est un leurre.

En effet, après de longs marchandages, ces pays ont fini par décider de laisser flotter de façon concertée leurs monnaies. Mais cette coordination ne concerne que six pays sur les neuf, les trois étant précisément ceux qui ont des problèmes. Comme quoi, en système capitaliste, en période de crise, les beaux discours sur l’entente, la communauté sont vite oubliés ; chaque gouvernement tente de trouver des solutions les plus avantageuses pour lui sans s’occuper des autres. C’est ainsi que ni la Grande- Bretagne ni l’Italie ne sont disposées à fixer une nouvelle parité de leur monnaie vis-à-vis des monnaies européennes plus fortes, ce à quoi aboutirait la fluctuation concertée : elles seraient obligées alors de réévaluer leurs monnaies avec les autres pays européens et se trouveraient en plus mauvaise position face à la concurrence américaine. Quant au gouvernement français, pendant longtemps, il ne voulait pas entendre parler de fluctuation concertée sans participation de la Grande-Bretagne et de l’Italie, car à ce moment-là, le bloc ne comprenant que des monnaies « fortes », la France et l’Allemagne risqueraient de payer à elles seules la note due à la baisse du dollar.

Fluctuation concertée ou pas, tout cela ne peut qu’accentuer l'anarchie à l’intérieur du marché, dit commun, car chacun va essayer de rétablir des taxes et surtaxes aux frontières pour barrer la route aux produits du pays qui vend à meilleur prix. Ce qui conduit à la limitation de la production, donc, à la récession économique, à l’augmentation du chômage, etc.

Voilà donc à quoi mène la politique du capitalisme mondial dominé par les USA.

Après avoir pendant des dizaines d’années fait marcher la planche à billets pour financer ses guerres coloniales, pour dominer la planète, le capitalisme américain fait maintenant payer au monde entier sa politique impérialiste. Il a inondé et inonde encore le monde de dollars qui valent beaucoup moins que ce que l’on prétend : il émet des milliards de chèques sans provision et demande aux petits États capitalistes de payer la note. Ces derniers sont obligés de le faire, d’acheter des quantités colossales de dollars, car s'ils ne le faisaient pas, le dollar serait dévalué d’un pourcentage important, et à ce moment là, tout leur marché serait envahi de produits américains, et leur production nationale fortement concurrencée. Mais, même en achetant des dollars, la crise économique dans les pays européens et dans le monde entier n'est pas exclue.

Les USA tablent sur leur puissance économique pour imposer leur volonté.

Ils veulent rétablir la confiance dans le dollar et peuvent l’imposer par d’autres moyens, par la guerre économique et commerciale avec les autres puissances par exemple, par le biais de taxes aux importations ou même en interdisant l’importation de certains produits.

Mais le système capitaliste, de crise en crise, risque de conduire le monde à une catastrophe économique ; c'est un système qui s'écroule de toutes parts et qui montre toujours plus son incapacité à résoudre les problèmes de l'humanité.

Il est donc temps de le remplacer par un autre. Les travailleurs sont toujours ceux qui paient l’incohérence et la folie du système capitaliste, ce sont eux qui font la richesse de ces spéculateurs qui mènent le monde à la catastrophe, mais, ce sont eux aussi qui peuvent en finir avec ce système et créer une société plus juste, plus cohérente, plus saine : la société socialiste.


Affrontements à Madagascar

A Diego-Suarez, base française de l’océan Indien, où est cantonnée une partie des 4.000 militaires français, se sont déroulées des manifestations au moment même où eurent lieu à Paris les négociations pour la révision des accords de coopération franco-malgache.

Ces accords, imposés par la puissance coloniale en 1960, ont été signés quelques jours avant l’indépendance formelle par un gouvernement mis en place par la Franco. A cette manifestation, des milliers de personnes chantaient la Marseillaise et réclamaient le maintien de la présence française et clamaient leur opposition à la politique de malgachisatlon de l'enseignement. Ces manifestations ont pris l’aspect d’un conflit ethnique opposant les « côtiers » aux Mérinas des hauts plateaux.

L’opposition entre Mérinas et « côtiers » ne date pas d’aujourd’hui. Elle fut largement aggravée et utilisée par les colonialistes, en vertu du principe : diviser pour régner.

Mais ce qui est sûr, c’est que même depuis l'indépendance, les dirigeants qui se sont succédé non seulement n'ont pas réussi à la supprimer mais ils s'en sont servis à leur propre usage et donc, ils ont eux-mêmes contribué à la conserver.

Et il ne peut pas en être autre ment : le régime de Ramanantsoa, comme celui de son prédécesseur, Tsiranana, représente les riches, les privilégiés malgaches ou français. Face à une majorité de pauvres, ils ne peuvent se maintenir que par la dictature.

Une dictature qui ne peut accorder les libertés ethniques ou nationales pas plus que les autres libertés et qui, au contraire, a besoin de pouvoir jouer une ethnie contre une autre.

Madagascar, comme les autres pays d’Afrique, ne peut mettre fin à l’oppression de certaines ethnies par d’autres et par conséquent aux antagonismes entre ethnies, qu’en permettant à chacune d’elles de gérer librement leurs affaires. Mais cela demande un pouvoir démocratique que seule la classe ouvrière est capable d’assurer.

Sous la dictature d’États bourgeois, l’Afrique est condamnée aux conflits ethniques pour le plus grand profit des impérialistes.


Karthoum : Terrorisme individuel, une voie sans issue

En exécutant dans la nuit du 2 mars, les trois diplomates, dont deux Américains, qu’ils gardaient en otages, Septembre Noir, une des organisations radicales palestiniennes, a une fois de plus fait parler d’elle.

La presse bourgeoise réclame vengeance à grands cris. Le gouvernement américain menace même de rompre toutes relations diplomatiques avec le gouvernement soudanais, si celui-ci n’applique pas la loi du Talion : c’est-à-dire en exécutant à leur tour les huit membres de Septembre Noir, responsables de cet acte terroriste, qu’il garde prisonnier. Les plus bruyants parmi ceux qui réclament la tête des militants de Septembre Noir et poussent des hauts cris contre le « terrorisme arabe », sont généralement ceux qui approuvent le terrorisme à une plus grande échelle, celui de l’État d’Israël en Palestine, ou celui des États-Unis au Vietnam.

Sans éprouver aucun regret pour les diplomates américains, nous révolutionnaires, nous devons cependant souligner les limites de telles méthodes d’action et en faire le procès.

De tels actes ne peuvent être mis qu’au compte du désespoir. En effet, le peuple palestinien, dépossédé de son pays, lutte dans des conditions extrêmement difficiles. Non seulement il subit l’oppression féroce de l’État d’Israël qui utilise de très puissants moyens de répression, mais encore il est soumis en permanence à la répression des gouvernements arabes qui se disent cependant ses amis.

La coalition de fait des gouvernements arabes avec l’impérialisme israélien poussent les organisations palestiniennes à l’exemple de Septembre Noir, à de telles extrémités, c’est-à-dire au terrorisme individuel.

Mais justement, ce qui s’est passé à Karthoum nous montre à quel point peut être néfaste l’action terroriste coupée de toute participation consciente des masses au nom desquelles de tels actes sont commis. En agissant de cette manière, Septembre Noir

et toutes les autres organisations palestiniennes qui militent sur la même base, ne font que se couper un peu plus, non seulement des masses palestiniennes elles- mêmes, mais encore des alliés probables qu’elles peuvent trouver chez leurs propres ennemis, c’est-à-dire le prolétariat de ces pays. Et de ce fait, les gouvernements arabes peuvent tranquillement brader la lutte du peuple palestinien.

Mais ces moyens de lutte découlent logiquement du choix politique des organisations extrémistes palestiniennes. Car en se plaçant sur le terrain du nationalisme, ces organisations-là limitent d’emblée la lutte du peuple palestinien. Cette lutte-là, il doit la mener contre l’impérialisme israélien, mais aussi contre les différents gouvernements bourgeois arabes. Ces organisations refusent systématiquement de l’aider à s’organiser ; elles refusent de faire une propagande en direction du prolétariat arabe et de faire appel au prolétariat israélien pour que celui-ci se dresse contre sa propre bourgeoisie.

C’est dans cette perspective que les révolutionnaires arabes devront concentrer leur action. L’émancipation des opprimés juifs et arabes ne peut pas être l’œuvre de quelques «justiciers» coupés des masses, agissant sans se préoccuper le moins du monde du niveau de conscience de celles-ci.

Le terrorisme individuel non seulement ne peut pas suppléer à l’action consciente et organisée des masses, mais peut même aller à rencontre de celle-ci en coupant les militants de la masse des opprimés. Ne pas s’en soucier est le signe que l’on ne combat pas dans l’intérêt des masses opprimées, que l’on n’a pas la volonté de les voir prendre en main leur émancipation. Ce qui signifie que l’on ne se place pas sur le terrain du prolétariat.

Le terrorisme individuel, avec ses limites et son échec inévitable, découle d’un choix de classe, le même que celui qui conduit au nationalisme.