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CO n° 27 du 6 juin 1973


EDITORIAL


POUR LES 1000 F.
IL FAUDRA UNE ACTION D’ENSEMBLE DES TRAVAILLEURS

A période actuelle est marquée par la volonté chez beaucoup de travailleurs de s’organiser. Cette volonté se manifeste par une certaine tendance à se syndiquer là où existent des organisations syndicales, et par la création de syndicats là où il n’y en avait pas. Durant les trois années qui se sont écoulées, ce n’est pas la combativité qui a manqué aux travailleurs, il ne s’est guère passé de mois sans qu’un conflit éclate, ici ou là, en Martinique ou en Guadeloupe, opposant les travailleurs à leurs patrons.

Mais la plupart de ces batailles ont montré que les travailleurs étaient souvent mal organisés pour affronter le patronat et, malgré la multiplication de ces grèves, le patronat continue de lever la tête avec arrogance, payant plus bas que le SMIC-DOM, licenciant selon son bon vouloir, ne déclarant pas, dans bien des cas, des travailleurs à la Sécurité sociale. Alors que le chômage est grand, beaucoup de patrons contraignent leur personnel à accomplir des heures supplémentaires sans payer la majoration ou tout bonnement sans rien payer du tout.

C’est contre tout cela que les travailleurs veulent se battre. Mais ils veulent le faire de manière organisée. C’est bien pourquoi la création d’organisations syndicales s’impose dans toutes les entreprises où il n’en existe pas. Beaucoup de travailleurs le souhaitent. La création de syndicats à la SOFROI, chez Audebert, le réveil des syndicats dans la banane sont les signes de cette évolution. Vraisemblablement, dans bien d’autres secteurs, des sections syndicales verront le jour.

Mais si organiser le maximum de travailleurs dans les organisations syndicales constitue une nécessité pour la lutte contre l’exploitation quotidienne dans chaque lieu de travail, il ne faut pas perdre de vue que c’est par une action d’ensemble de tous les travailleurs qu’ils pourront réellement obliger et le patronat et l’administration coloniale à améliorer leurs conditions de vie.

Les syndicats, en particulier la CGT et la CFDT-Bâtiment, proposent une action commune de tous les syndicats pour réclamer les 1 000 F comme salaire minimum. Certes, cela est nettement insuffisant pour vivre décemment, mais l’obtention de ces 1.000 F pour tous les travailleurs quel que soit leur secteur (agriculture, industrie ou commerce) représenterait un acquis non négligeable pour les travailleurs.

Mais, précisément, ce n’est pas par des discussions interminables autour des tables de négociation que les 1.000 F seront obtenus.

D’ailleurs, au cours des réunions paritaires qui se sont tenues entre représentants des syndicats du Bâtiment et ceux des patrons, ceux-ci ont nettement fait comprendre que la question des 1.000 F ne dépendait pas d’eux, mais du gouvernement.

Le problème concerne tous les travailleurs et la solution dépendra des luttes qu’ils engageront.

Pour contraindre patronat et gouvernement à céder sur les 1.000 F, il faut préparer une action d’ensemble des travailleurs. Une telle action d’ensemble, en renforçant la confiance des travailleurs en leur force, faciliterait la lutte sur d’autres problèmes : l’amélioration des conditions de travail, la suppression des heures supplémentaires sans diminution de salaire, le droit effectif à l’exercice d’activités syndicales. Ils pourront créer un climat leur permettant de s’opposer avec succès aux méfaits quotidiens des patrons.

Il est possible actuellement de préparer une action d’ensemble des travailleurs des Antilles à l’exemple de nos camarades de la Réunion qui viennent d’obtenir des améliorations non négligeables de leur niveau de vie grâce à une grève de tous les travailleurs dans tous les secteurs.

C’est un bon exemple de ce que les travailleurs peuvent faire. Les travailleurs de la Réunion nous ont montré la voie, suivons-la !


Martinique. A la SEGTA (De Briand)

La lutte paye

Depuis deux mois, la direction de la SEGTA essaie de faire régner sur le chantier de De Briand un véritable climat de terreur. Il ne se passe pas de semaine sans tentatives de licenciements, avertissements ou mises à pied. Cette arrogance de Mancini et Ternon, spécialement sur ce chantier, est d’ailleurs due au fait que, les travaux venant d’y débuter, l’organisation syndicale est encore faible.

Le premier touché fut un travailleur que l’on soupçonnait de sympathiser avec Combat Ouvrier. Cette feuille avait dénoncé le manque de personnel et l’état sanitaire défectueux du chantier. Licencié, il fut repris à la suite d’un débrayage de deux heures sur le chantier de Saint-Georges qui groupe environ la moitié des travailleurs de la SEGTA en Martinique.

Mais, depuis, le climat ne cesse de se détériorer. Qu’on en juge :

Le vendredi 12 mai, la direction de la SEGTA licenciait deux travailleurs parce qu’elle estimait que ces deux-là travaillaient mal.

La direction espérait s’en tirer sans dommage, sans que leurs camarades se montrent solidaires. Tel ne fut pas le cas. En effet, dès l’annonce du licenciement, un débrayage spontané eut lieu. Une trentaine sur quarante des camarades de De Briand participèrent à cette action, exigeant la réintégration des deux licenciés. Après quelques flottements, la direction fit appeler le délégué syndical de Saint-Georges pour discuter du cas des deux camarades qui furent finalement réintégrés.

Mais la direction veut prendre sa revanche. Le vendredi 28 mai, l’un des deux réintégrés, qui est la bête noire de Mancini, était à nouveau licencié parce qu’il avait injurié la cantinière. Ainsi Mancini essaie de se faire l’arbitre de l'énervement des travailleurs au lieu de s’occuper, par exemple, de l'état d'hygiène des vestiaires ou du fait que les W-C sont placés en face de la cantine ou encore du matériel de sécurité que les travailleurs réclament constamment.

Aussitôt la nouvelle de ce licenciement connue, les travailleurs de De Briand débrayent et se précipitent dans le bureau du conducteur de travaux afin d'obtenir la réintégration du camarade licencié. La direction refuse de réembaucher le camarade. Dès le lundi matin, à 7 h 30, le débrayage reprend. Il ne s’achèvera qu’à 9 h. 30. A 11 h 30, le licenciement est ramené à deux jours de mise à pied.

Enfin, le sieur Mancini fait passer sa colère sur le bulletin Combat Ouvrier. Libre à M. Mancini de se mettre en colère, mais qu'il sache que Combat Ouvrier dénoncera toujours les agissements des capitalistes et de leurs serviteurs.

En fin de compte, la situation à la SEGTA nous donne deux leçons :

Pour mieux lutter contre le patron, les travailleurs doivent construire une forte organisation syndicale.

Ensuite, seule la lutte a payé.

La SEGTA se montrerait beaucoup plus arrogante si elle pouvait licencier à sa guise les travailleurs. Heureusement, tel n’est pas le cas.

Il faut que les travailleurs continuent dans cette voie.

J.B.


Guadeloupe. L’Hôpital général à l’abandon

A l'Hôpital général, le seul hôpital public de Pointe-à-Pitre, qui reçoit des centaines et des centaines de malades, les conditions d'hospitalisation sont vraiment désastreuses. Et si le nombre de morts n’est pas plus élevé, cela tient du miracle !

Ainsi, il arrive que, dans certains services, il y ait une infirmière pour plus de soixante malades. En Médecine par exemple, où l’on rencontre aussi bien des femmes enceintes que des syphilitiques, des malades souffrant d’affections pulmonaires que des diabétiques, c’est souvent le cas. Demander à une seule infirmière de s’occuper à la fois de tous ces malades qui requièrent chacun des soins particuliers, voilà qui en dit long du travail qui lui est demandé et aussi de la façon dont les malades sont soignés.

En outre, les infirmières de l’hôpital se heurtent à un manque de matériel des plus criants. Les médicaments prescrits font souvent défaut... Et le malade quitte la plupart du temps l’hôpital sans avoir jamais eu un seul des médicaments prescrits. Quant aux seringues, sondes, thermomètres et gants hygiéniques, à l’Hôpital général, cela se compte à l’unité...

Ainsi, en Médecine 3, un seul thermomètre sert à la fois à tous les malades. Aucune infirmière ne possède de gants. C’est dire que les mesures de stérilisation ne sont pas du tout respectées dans cet hôpital. Toujours dans ce même service, il y a une seringue pour environ trente-trois malades.

Faire une piqûre à un malade quand il y a deux infirmières dans le service tourne pratiquement à la course de vitesse.

A ces mauvaises conditions, à ce surplus de travail qu’imposent ces conditions, s’ajoute une absence totale d’organisation de l’activité des infirmières. Ainsi, il n’existe pas dans cet hôpital de service de jour distinct du service de nuit. Et, bien souvent, il arrive qu’une même infirmière travaille trois nuits d’affilée et trois dimanches.

Non, ce laisser-aller de l’administration de l’Hôpital général, ces conditions de travail néfastes tant au personnel hospitalier qu’aux malades, ne doivent plus être tolérés par le personnel. Et puisqu’il existe des syndicats à l’hôpital, ceux-ci peuvent dans l’immédiat mobiliser sur tous ces problèmes l’ensemble du personnel. Les pétitions n’ont jusqu’ici rien donné, il faut trouver d’autres formes d’action qui, surtout, permettent à l’opinion publique de connaître ce qui se passe à l’Hôpital général.

Il est certain que, dans ce combat, le personnel hospitalier rencontrera l’appui non seulement des malades, mais aussi d’une large fraction de la population de la Guadeloupe. Dans un pays où le chômage des jeunes est endémique, il est inadmissible que l’on puisse manquer d’infirmiers et d’infirmières dans le plus grand hôpital de la Guadeloupe. Il faut que les syndicats se battent pour obtenir que le nombre d’infirmiers soit multiplié par trois ou quatre au moins.

Pierre-Jean CHRISTOPHE.


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Usine de Bonne-Mère (Guadeloupe)

L'intervention des licenciés contraint les responsables syndicaux à l'action

A la suite de l’intervention d’un groupe de licenciés le mardi 17 avril, au cours de laquelle l’un des responsables syndicaux CGT s’en était pris à l’un des licenciés qui reprochait au syndicat son inaction, la section syndicale appela l’ensemble des travailleurs de cette usine à une grève de vingt-quatre heures.

Cette grève fut suivie à 100 % et, fait significatif, l’usine fut pratiquement occupée par les grévistes toute la journée.

Ce qui montre, contrairement à ce qu’avançaient auparavant les responsables syndicaux, que la combativité et la solidarité des travailleurs n’ont point disparu.

Loin de là, ceux-ci l’ont prouvé, en faisant vingt-quatre heures de grève pour la réintégration de leurs camarades et cela sans que d’autres revendications de salaire ou de conditions de travail aient été avancées.

La section syndicale de la CGT de Bonne-Mère est d’autant plus responsable de la situation actuelle qu’elle n’a pas agi lors du licenciement, au mois d’août dernier.

En effet, cette dernière grève démontre qu’une action d’envergure aurait pu être entreprise avec des chances dix fois plus grandes de succès, sitôt les licenciements connus, c’est-à-dire dès la fermeture de la récolte...

A peu près à la même époque, à Beauport, les patrons licenciaient. L’idée ne vint pourtant jamais à la CGTG d’engager l'action contre les licenciements au plan de toutes les usines à sucre.

Et si ceux de Bonne-Mère n’avaient pas manifesté leur mécontentement bien avant, c’est tout simplement parce que les responsables syndicaux ne leur avaient rien proposé d’autre que d’attendre.

C’est justement las d’attendre que le groupe de licenciés parmi les trente-quatre décida d’intervenir et de prendre en main ses propres affaires.

Sans ses interventions, les responsables syndicaux s’apprêtaient déjà à enterrer l’affaire et à la classer.

Les travailleurs de Bonne-Mère savent, aujourd’hui mieux que jamais, qu’ils doivent compter avant tout sur leurs propres forces, sur leur propre volonté de lutte.

Le lendemain de la grève, la direction de l’usine, après maintes tergiversations acceptait de recevoir une délégation syndicale.

C’est presque contraint et acculé que Bonnet, le directeur de l’usine de Bonne-Mère, acceptait l’entrevue réclamée par les syndicats.

Et là, tout comme la première fois, il renvoya la délégation aux bons soins de M. Clavery, disant qu’il n’avait rien à y voir puisqu'il était arrivé à l’usine après cette vague de licenciements.

Sur ce, il pria la délégation de sortir de son bureau. Les responsables syndicaux n’obtempérèrent point et Bonnet dut faire appel à un huissier pour constater les faits... En outre, un inspecteur du Travail, réclamé par les responsables syndicaux, ne se présenta pas non plus.

On aurait pu penser que face à ce double affront, la section syndicale de la CGT-Bonne-Mère, qui prétendait que la grève de vingt-quatre heures était seulement une grève d’avertissement, aurait tout de suite appelé les travailleurs à la poursuite de la grève, jusqu’à réintégration de tous les licenciés, mais il n’en fut rien.

Il faudra que les travailleurs prennent eux-mêmes à nouveau l’initiative.

Si les travailleurs savent engager de nouvelles batailles pour la réintégration des licenciés, ne serait-ce que pendant l’inter-récolte, l’on peut être sûr que les usiniers regarderont à deux fois avant de renouveler les licenciements.


A la Sofroi (Abymes)

LES EMPLOYÉS DÉCIDENT DE S’ORGANISER

La SOFROI est une entreprise de vente en gros qui fournit pratiquement toutes les autres sociétés de distribution en marchandises les plus diverses. Quatre-vingt-douze personnes y travaillent. Parmi elles, des employés de bureau, des comptables, comptables mécanographes, des contrôleurs et, en grande majorité, des manutentionnaires.

La caractéristique principale de cette société, c’est qu’il y règne une exploitation assez féroce. Ainsi, nombre d’employés et, parmi eux les manutentionnaires, touchent un salaire inférieur au SMIC, font de nombreuses heures supplémentaires qui ne sont pas rémunérées. Il arrive que certains travaillent très tard le soir (jusqu’à 22 heures ou 23 heures), sans toucher la moindre majoration pour travail de nuit. Il y a quelques années, les employés touchaient un treizième ou un quatorzième mois, comme prime de fin d'année ; la direction a jugé utile de le leur supprimer. En revanche, les « petits chefs » qui n’ont d’autre activité que celle de jouer au garde-chiourme continuent, eux, à percevoir le treizième mois...

Mais les employés de la SOFROI ne connaissent pas seulement des problèmes de salaire, ils sont bien souvent victimes de licenciements abusifs et de l'arrogance des chefs. Ceux-ci affichent au grand jour leur mépris à l’égard des employés. Dernièrement, l’un d’entre eux, sous prétexte qu'une employée était partie sans dire « bonsoir », lui infligeait une mise à pied de trois jours. Autant dire que l'indignation était a son comble dans l'entreprise. Et, dès le lendemain samedi, c’est l'ensemble des employés qui refusaient de prendre le travail, tant que la mise à pied n’était pas levée... Cela ne tarda pas. Devant la détermination de tous, la direction s'exécutait. Et il aura fallu deux heures de débrayage pour amener celle-ci à retirer sa sanction... Quant aux conditions de travail, elles ne sont pas meilleures ; ainsi, il n'existe pas de cantine, ni de vestiaires dans certains services. Jusqu’au mois d’avril, les employés du « cash » pouvaient se désaltérer surtout l'après-midi, dans le petit bar intérieur au magasin ; la direction vient de le supprimer.

C’est pour lutter contre les bas salaires, les mauvaises conditions de travail que la direction leur fait subir, que les employés ont décidé unanimement de s’organiser et de créer une section syndicale CGTG.

A l’heure où nous écrivons, plus de la moitié des employés est syndiquée, et la direction a dû accorder un panneau d'affichage. Les élections à la délégation du personnel ont eu lieu le 28 mai...

D’ores et déjà, et cela en dépit des difficultés que les employés rencontreront sur leur route (pression patronale, création d’un syndicat maison), l’on peut être certain que les choses changeront à la SOFROI car, organisés, les employés peuvent non seulement supprimer les injustices, mais encore obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail.

ECHOS ECHOS


LICENCIEMENT A DARBOUSSIER (Guadeloupe)...

Il y a deux semaines, un chauffeur de camion, remorque Titan, était licencié.

Motif : ce chauffeur attendait son tour pour charger son camion dans une gare de chargement, étant donné qu’il y avait déjà sous la grue une autre remorque en train de faire le plein. Soudain, arriva un chef responsable du chargement qui s’en prit au chauffeur en attente, allant jusqu'à le traiter de « nègre fainéant et paresseux ». Le chauffeur ne se laissa pas faire et fit comprendre à ce petit chef hargneux et raciste qu’il n'était absolument pas possible de remplir deux camions à la fois. Mécontent de cette réponse, ce chef de service alla s’en plaindre à la direction et demanda le licenciement immédiat du chauffeur et sans préavis aucun, ce qui fut fait sur-le-champ.

Pourtant ce chauffeur travaille depuis fort longtemps à Darboussier et a la charge d’une nombreuse famille (huit enfants mineurs).

Pour ce seul motif, la direction de Darboussier ose faire perdre son travail à un homme qui, vu son âge, aura de grosses difficultés à trouver un emploi ailleurs. Voilà qui en dit long sur le mépris et le cynisme dont la direction et les chefs font preuve à l’égard des travailleurs...

Ces messieurs des usines à sucre ont pris la sale habitude de licencier les travailleurs comme on jette la peau d’une orange après l’avoir mangée. Il est grand temps que, par une mobilisation massive, les travailleurs de toutes les usines portent un coup d'arrêt à ces licenciements.


...ET A LA SHAB

Plus d’une dizaine de travailleurs ont reçu une lettre de l’entreprise les informant de leur licenciement prochain. Les dirigeants de cette entreprise prétendent que les affaires vont mal, et qu’elle tourne à perte.

En tout cas, déficit ou pas, il n’y a aucune raison que tous les salariés, sans exception, ne soient pas payés. S’il y a des créanciers que la SHAB doit avant tout honorer, ce sont bien les travailleurs.

En effet, ce sont eux qui ont travaillé, qui ont monté toutes les installations d’eau, en un mot ce sont eux qui ont fait marcher l’entreprise et lui ont permis de ramasser de substantiels profits.

Que les choses aillent mal pour ces messieurs les entrepreneurs capitalistes, cela veut tout simplement dire bien souvent, qu’ils réalisent un profit un peu moindre et cela, ils ne le supportent guère. Il suffit qu’ils soient dans cette situation pour qu’ils crient faillite.

En aucune façon, les travailleurs ne doivent se laisser gruger par ces déclarations de faillite.

Bien souvent, les capitalistes, et notamment ceux de la Guadeloupe et de la Martinique, font courir le bruit qu’ils sont en difficultés, pour tout simplement obtenir ou des subventions des pouvoirs publics ou même des faveurs fiscales...

Que ces bruits soient fondés ou non, nous n’avons pas à en supporter les conséquences. Que personne ne soit licencié ! Et si l’entreprise ferme pour cause de faillite, les travailleurs doivent toucher leurs indemnités avant qu’on songe à indemniser les autres créanciers de l’entreprise.


CIMENTS ANTILLAIS (Martinique) : La direction trafique sur le dos des travailleurs

Aux Ciments Antillais, la durée du travail de nuit n’est pas respectée. L’horaire, gui doit être normalement de 10 heures du soir à 5 heures du matin, soit sept heures de travail, s’élève en réalité à douze heures, soit de 7 heures du soir à 7 heures du matin.

En dehors du fait que la direction ne respecte pas la législation du travail, elle deux à trois jours de récupération. Deux trois jours qui ne sont pas payés et, de plus, lorsqu’il nous arrive de travailler deux nuits dans un mois, c'est six jours de nos allocations que nous perdons et cela fausse aussi la base de calcul de nos congés. C’en est trop !

La direction des Ciments Antillais doit réexaminer avec notre syndicat un aménagement de la récupération.

Nous exigeons :

  1. Que les heures de nuit soient ramenées à sept heures.

  2. Que la récupération soit payée, afin que les heures ne soient pas décomptées pour le calcul de nos allocations, ainsi que des congés.

Faisons triompher nos revendications ! Organisons-nous !


SAULNIER-DUVAL (Martinique) : La colère monte... elle peut éclater

Vendredi soir, le patron a convoqué nos délégués pour leur signaler de nouveaux

licenciements. En effet, il veut licencier quinze de nos camarades à partir du 1er juin.

Le prétexte, couramment utilisé, est le manque de travail. Cette fois, il ne peut même pas dire cela. Les chantiers battent leur plein en Martinique au point qu’il ne peut pas les entamer tous à la fois. Depuis quelques temps, Saulnier-Duval s'est installé en Guadeloupe et a conclu des marchés qui se chiffrent à plusieurs centaines de millions. Pour gagner plus vite cet argent, le patron nous impose une cadence de travail infernale.

Souvent, nous faisons dix heures par jour et nous travaillons durant le week-end. Cayrou a même osé dire que nos camarades absents le samedi 26 mai ne seraient pas repris lundi matin.

Nous sommes fatigués, nos muscles ne tiennent plus et nos heures supplémentaires ne sont pas payées en totalité. Nous avons formé notre syndicat afin de lutter contre ce patron rapace et, forts de notre nouvelle organisation, nous saurons faire entendre raison au patron : nous exigeons que nous soyons tous embauchés et réembauchés sur place. Le patron doit supprimer les heures supplémentaires, supprimer le travail du samedi et du dimanche. Ainsi, beaucoup d'autres travailleurs pourront être embauchés. ORGANISONS-NOUS !

Trois de nos camarades se voient contraints de travailler pour la société Getelec après accord entre les deux sociétés. Auparavant, ils travaillaient au chantier de moulage de poteaux en béton sous la direction de Saulnier-Duval depuis plusieurs années. Maintenant, Getelec a la responsabilité du chantier de moulage. Elle considère donc que nos trois camarades sont des nouveaux et ne leur reconnaît aucune ancienneté, aucun avantage. Et M. Cayrou refuse de les indemniser...

Il n’y a pas de raison que nos camarades subissent les conséquences des mic-mac entre les deux sociétés. Ils doivent garder leurs avantages acquis.


SGEEM (Martinique) : Les conditions de travail

Depuis le 2 mars, une note de service nous faisait part de la nouvelle intention de la SGEEM (Société Générale d'Entreprises Electro-Mécaniques), de nous faire effectuer des heures supplémentaires le soir jusqu’à 17 h 30 au lieu de 16 h 30 et le samedi jusqu'à 14 heures et Cellier menaçait de « foutre à la porte » ceux qui veulent se reposer samedi et dimanche d’une semaine de travail ou qui tout simplement veulent s’occuper de leur foyer.

Après la mise en garde de notre bulletin Combat Ouvrier, la direction de la SGEEM a pris la mesure qui s’imposait : elle a supprimé les heures supplémentaires.

Mais le plus beau, c’est que Cellier et la SGEEM font de nous des chasseurs de prime afin de mieux nous exploiter. Ainsi, deux plombiers ont eu en charge l’installation de baignoires. Pour accélérer leurs cadences sans que ça en ait l’air, la direction leur a attribué une prime de 100 F sur leur paie ; en retour, ils devront faire en quinze jours le travail de deux mois...

Certains travailleurs, depuis l'embauche, sont restés à la qualification P1 pour raison d'essai. Mais cet essai dure depuis déjà trois mois et plus. Ainsi, ces ouvriers fournissent le travail qu'on leur demande

et, en retour, la direction leur escamote leur qualification. En outre, aucun outillage n'est fourni par l’entreprise et ce sont nos limes, nos scies, nos pinces et autres que l'on abîme pour le bon déroulement des travaux de la SGEEM.

Voilà donc les conditions de travail à la SGEEM. User les travailleurs à l'ouvrage, alors que de nombreux chômeurs sont prêts à travailler.

A la rapacité des patrons de la SGEEM, nous devons opposer nos revendications :

  • augmentation des salaires ;

  • embauche de nouveaux plombiers.


AU MONOPRIX DILLON (Martinique) : Le règne de la chiourme

Au Monoprix, les patrons organisent la répression... Il n’y a pas trois mois que le supermarché est ouvert et, déjà, on licencie massivement, sous n’importe quel prétexte : si un des employés a le malheur d'arriver cinq minutes en retard ou bien de manquer une journée pour s’occuper de son foyer, il se voit renvoyé par la direction...

C'est ainsi que plusieurs employés ont été licenciés par Monoprix.

Vraiment, les capitalistes veulent faire le maximum de profits sur le dos de ces travailleurs ! Si, parmi nous on a le malheur de parler syndicat, on est surveillé et mis à la porte. Cette situation est intenable.

Le fait est que nous ne devons pas nous laisser faire. Pour garantir notre emploi et notre dignité, nous devons nous organiser et pour commencer, nous donner un syndicat. Ainsi, le patron réfléchira à deux fois avant de nous licencier.


En France : Grève de la Sécurité sociale

Comme aux Antilles l'année dernière, les employés de la Sécurité sociale en France sont obligés de mener une lutte pour obtenir un salaire décent.

Les OS de la paperasserie que sont les employés de la Sécurité sociale sont parmi les plus mal payés et ils travaillent dans des conditions inadmissibles. Cette situation est préjudiciable aux employés de le Sécurité sociale bien sûr, mais elle l'est également aux usagers de ce service public, c’est-à-dire à l’ensemble des travailleurs.

Et c’est bien d’ailleurs parce que la Sécurité sociale est un service public et parce qu’elle n’intéresse pas directement les capitalistes, que l’État la laisse à l'abandon et ne débloque des crédits ni pour les salaires, ni pour agrandir les locaux exigus.

Le succès de la lutte des employés de la Sécurité sociale concerne tous les employés comme les usagers. C’est pourquoi nous sommes solidaires des employés de la Sécurité sociale.


EN FRANCE : L’AP et les vacances aux Antilles

Actuellement, dans les hôpitaux, il règne une certaine agitation à propos de la revendication de voyages gratuits aux Antilles pour les agents antillais de l’AP. Et cela à juste titre, car, partir un mois aux Antilles pour une famille de travailleurs antillais, cela représente une dépense énorme. Les maigres salaires que sert l’AP obligent bien souvent à attendre plusieurs années avant même d’envisager ces voyages. C’est pourquoi beaucoup de travailleurs antillais peuvent être sensibles à une telle revendication. Et s’ils se mobilisent, les militants révolutionnaires se battront bien sûr à leurs côtés. Mais il faut bien voir d’une part que, sur cette revendication catégorielle, nous nous retrouverons seuls dans la lutte et que, d’autre part, quand bien même satisfaction nous serait accordée sous forme d’un voyage tous les deux ans, comme l’ont les travailleurs antillais des PTT, cela n’irait pas sans inconvénients.

En premier lieu, cette « faveur » serait une prime de bas salaires : ce voyage payé correspond au plus à une ridicule augmentation d’environ 2 %

sur des salaires parmi les plus bas qui soient en France (aux alentours de 950 F).

D’autre part, c’est une revendication limitée à l’AP. Les syndicats ne l’inscrivent pas dans leur programme en ce qui concerne le privé. Et s’ils le faisaient, ne pourrait-elle pas se retourner contre les travailleurs antillais en ce sens que les patrons préféreraient embaucher des non antillais ?

Nous avons mieux à faire que de nous battre pour une prime. Nous devons avoir des salaires suffisants pour nous permettre de partir en vacances sans problème, aux Antilles éventuellement, ailleurs si cela nous convient. Le rôle des syndicats serait de nous donner un objectif qui en vaille la peine et qui unifie les travailleurs au lieu de les diviser, et pas de nous détourner sur les voies de garage d’une prime limitée et qui, de surcroît, ne nous est accordée que pour partir aux Antilles et pas ailleurs.

Et sur une telle revendication, ils pourraient mobiliser tous les travailleurs de l’AP — travailleurs antillais aussi bien que travailleurs français — pour arracher à l’administration de véritables salaires.

Et cette revendication, nous serons beaucoup plus forts pour la faire aboutir car elle peut mobiliser tous les travailleurs.


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Guadeloupe. DAVANTAGE DE CRECHES ET PAS DE CASERNES !

Depuis un peu plus de deux ans, les employées de garderie et les auxiliaires familiales, affectées aux crèches et garderies de la Guadeloupe et qui sont au nombre de cent employées environ, sont payées de manière assez irrégulière. Il arrive parfois que deux mois et demi passent sans que ces travailleuses touchent le moindre argent. Et quand elles s’adressent au président du Conseil d’administration de l’AGESSGTF pour lui réclamer leurs salaires, celui-ci déclare régulièrement que cela ne dépend pas de lui, car l’association n’a pas de sous, ou encore que les crédits sont bloqués. En fait, la situation a empiré depuis juillet 1972, date de la démission de l’ancien président de l’AGESSGTF, le juge Valère. Et, depuis cette date, les crédits de l’association sont bloqués ; en effet, la préfecture qui, par le FASSO, finance en grande partie cette association à but non lucratif, exigeait un état des dépenses des années 1970, 1971 et 1972, d’autant plus qu’un trou considérable existait dans les finances de l’association. Le trou selon certains, serait de l’ordre de quelque quatre cent millions d’anciens francs.

Les bruits les plus divers circulent depuis, concernant l’avenir des crèches et garderies de la Guadeloupe.

Certains prétendent que les budgets des années 1972 et 1973 ont été votés et qu’à partir de juillet tout rentrerait dans l’ordre. D’autres, qu’en fait, le FASSO ne veut plus financer l’AGESSGTF et souhaite que les municipalités prennent en charge les crèches et garderies, ce que, paraît-il, la plupart d’entre elles ont refusé. Très récemment encore, il paraît que la préfecture aurait déclaré qu’elle envisage soit, tout simplement, de fermer ces crèches et garderies, donc en conséquence de licencier toutes les personnes y travaillant, soit de proposer à ces travailleuses un emploi à mi-temps, ce qui ferait qu’une employée de garderie gagnerait 360 F et une auxiliaire familiale 700 à 800 F par mois.

Le problème des crèches et garderies concerne tous les parents, aussi bien ceux qui confient leurs enfants aux centres que les autres. En principe, ces centres devraient être plus nombreux car cela aide considérablement certaines familles de confier leurs enfants aux soins de ces employées de garderie et auxiliaires familiales, car tout un chacun sait combien il est harassant pour une femme de passer une journée entière à s’occuper des enfants en bas âge, et nous ne parlons même pas de ces femmes qui doivent travailler en dehors de chez elles et s’occuper en plus de leurs enfants.

Si l’AGESSGTF est déficitaire, que l’administration préfectorale prenne tout en charge et qu'on ne vienne pas nous raconter qu’il n’y a pas de fonds. Car, quand il s’agit de trouver de l’argent pour augmenter le nombre déjà grand de forces de répression qui encadrent la Guadeloupe et la Martinique, on trouve bien des crédits. S’il n’y en a pas pour financer les crèches et garderies de la Guadeloupe et payer les employées de garderie et les auxiliaires familiales, nous suggérons que l'on diminue le nombre de gendarmes, képis rouges et policiers en poste aux Antilles. En effet, le «premier policier venu est payé plus de 200 F par mois tandis qu’une employée de garderie gagne tout juste 720 F, alors que le travail de cette dernière est autrement plus utile à la société que ce que fait n'importe quel policier.

L'inquiétude règne chez les employées de garderie et les auxiliaires familiales ; celles-ci se sont déjà réunies plusieurs fois pour discuter des actions à entreprendre. Elles doivent rester vigilantes et faire savoir à la population quels coups la préfecture prépare contre plus de deux cents travailleuses.


Avortement : A BAS LA LOI HYPOCRITE !

Ces dernières semaines, dans plusieurs villes de France et notamment à Grenoble, des milliers de femmes sont descendues dans la rue manifester pour le droit à l’avortement libre et gratuit.

Des centaines de femmes ont eu le courage de crier leur colère et leur mépris devant une législation hypocrite qui, depuis 1920, condamne chaque année des centaines de milliers de femmes pauvres à avorter dans des conditions atroces.

Et la lutte qu’ont ainsi engagée des femmes en France concerne en fait toutes les femmes du monde. Et, entre autres, les femmes travailleuses des Antilles. Car, en fait, cette législation, sous couvert de vouloir protéger « la morale », entraîne ce scandale quotidien qu’est l’avortement sans assistance médicale, sans soins médicaux sérieux. Et c'est surtout cela qui est immoral ! Car lequel d’entre nous n’a pas connu une ou plusieurs femmes qui ait dû subir un avortement dans de telles conditions ?

Et ce qui est particulièrement scandaleux, c’est qu’une telle situation ne touche que les femmes et filles de travailleurs, celles qui ont de petits revenus ou pas de revenus du tout. Car les femmes des milieux riches, elles, n’ont aucun problème pour se faire avorter très discrètement dans de luxueuses cliniques ou dans d'autres pays.

Alors, de telles pratiques mettant en danger leur santé physique et morale, aucune femme, aucun être humain qu’il soit homme ou femme, ne peut continuer à les tolérer.

La femme doit être entièrement libre de disposer de son propre corps. Le choix d’avoir des enfants ou de n’en avoir pas ne doit dépendre que d’elle seule. Car c’est elle seule qui supporte et les ennuis et les souffrances de la grossesse puis de l’enfantement.

Les manifestations des femmes, les protestations de nombreux médecins ont obligé le gouvernement à reculer. La loi sera modifiée.

Mais pour ménager les réactionnaires de tout poil, Messmer a tenu à affirmer d’ores et déjà que l’avortement ne sera légal et remboursé par la Sécurité sociale qu’en cas d’inceste, de viol, ou dans le cas où la grossesse mettrait en danger la santé physique ou psychique de la mère, ou enfin si l’enfant à naître risque d’être anormal. Et une commission de deux médecins devra trancher.

Ce n’est là qu’une demi-mesure et, une fois encore, ce sont les femmes les plus pauvres qui pourront le moins profiter du peu qui est « permis sans être permis tout en étant permis » dans cette loi bâtarde que nous préparent nos censeurs bourgeois.

Ce premier recul du gouvernement reste insuffisant. La revendication qui reste à l’ordre du jour aujourd’hui, c’est le droit à l’avortement libre et gratuit (c’est-à-dire remboursé par la Sécurité sociale), et le droit pour la femme concernée et pour elle seule de décider si oui ou non elle subira un avortement !


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Sainte-Lucie. L'autonomie n'a pas changé le sort des travailleurs

Récemment, nous avons pu voir avec surprise France-Antilles parler d'une grève dans le secteur de la banane. Mais il ne s’agissait pas d’un des nombreux conflits opposant patrons et travailleurs sur les habitations, dans les Antilles dites françaises, comme par exemple dans la région de Capesterre en Guadeloupe. Non, France-Antilles veut bien parler de conflits sociaux, mais à condition qu’ils se déroulent à... Sainte-Lucie.

Effectivement, aux environs du 15 mai, a éclaté à Sainte-Lucie une grève des ouvriers du secteur de la banane, qui exigent des grandes sociétés britanniques qui exploitent ce secteur, et principalement l’une d’entre elles, la GEEST, une augmentation importante de leur salaire. Actuellement, les ouvriers sont payés au tarif scandaleux de 20 cents (50 centimes) de l’heure ! On le voit, la rapacité des capitalistes n’a vraiment aucune limite et la GEEST, qui a le monopole des exportations de la production bananière, n’accorde même pas à ses ouvriers le minimum vital.

Aussi les travailleurs ont-ils profité du fait que l'écoulement de la production était de nouveau assuré après la signature en janvier d’accords entre Sainte-Lucie et la Grande-Bretagne, pour déclencher une grève dans l’ensemble de C3 secteur et exiger 75 cents de l'heure, soit 1,87 F.

Le gouvernement local, qui n'est en fait que le gérant des intérêts britanniques dans une île prétendument autonome, a tenté de concilier les choses et de régler les problèmes à l’amiable avec a GEEST. Mais les grévistes n’entendaient pas se laisser manœuvrer et, niant toute compétence à la commission gouvernementale, exigèrent d’avoir leurs représentants à la table des négociations. Le gouvernement ayant passé un accord avec la GEEST sans les consulter, deux cent cinquante grévistes décidèrent de marcher sur les plantations de la société. Le gouvernement décida alors de monter une provocation contre les grévistes : une voiture essaya, paraît-il, de renverser le Premier ministre et on accusa l’un des dirigeants des grévistes d’être

l’auteur de cette tentative d’assassinat. La police intervint alors comme par enchantement avec un équipement anti-manifestation (elle était donc déjà prête) pour disperser les travailleurs.

Le gouvernement fit voter le lendemain une loi interdisant pour trois mois toute manifestation dans l’île... L’action des travailleurs n’en a pas moins porté ses fruits, puisque le lendemain les négociations reprenaient, avec cette fois des représentants des grévistes.

A l’heure où nous écrivons, nous ignorons à quoi ont abouti les négociations. Mais la situation qui règne à Sainte-Lucie, où les sociétés impérialistes anglaises exploitent sans vergogne les travailleurs, est un bon exemple de ce que nous ne voulons pas. L’île jouit, en quelque sorte, d’une « autonomie en union avec la Grande-Bretagne », puisqu'elle a son propre gouvernement, la Grande-Bretagne restant chargée de la défense et des relations extérieures. Voilà qui ressemble comme deux gouttes d'eau au système « d’autonomie en union avec la France » préconisé par les Partis Communistes Martiniquais et Guadeloupéen. Or, nous constatons que les grandes sociétés capitalistes anglaises continuent à mettre en coupe réglée l’économie de l’île et, par conséquent, à en diriger aussi la politique. Et il ne saurait en être autrement. Comment un pays pourrait-il gérer ses propres affaires tandis qu’une puissance impérialiste s'occupe de ses relations extérieures (donc choisit pour lui les pays avec lesquels il peut commercer) et surtout « assure sa défense », c’est-à-dire possède sur son territoire des troupes chargées théoriquement de protéger le pays contre une attaque extérieure, mais prêtes en réalité à intervenir dans le pays contre les travailleurs, si les intérêts impérialistes sont réellement menacés ?

C’est pourquoi les travailleurs révolutionnaires des Antilles se prononcent clairement, non pas pour une vague autonomie, mais pour l’indépendance. Mais, nous le réaffirmons, pas n’importe quelle indépendance. Barbade et Trinidad, indépendantes officiellement, jouissent, si l’on peut dire, d’une situation bien peu différente de celle de Sainte-Lucie. Les grandes sociétés capitalistes sont toujours maîtresses de ces îles. Les travailleurs sont toujours exploités, même si les flics noirs ont remplacé les flics blancs, et un gouvernement noir l’ancienne administration coloniale.

Ce n’est que si les travailleurs prennent en main leurs propres affaires, s’ils construisent leur propre parti pour diriger la lutte pour l’indépendance et s’emparer du pouvoir, qu’ils pourront éviter une situation aussi lamentable que celle qui est faite aux prolétaires de Sainte-Lucie ou de Trinidad.

Noël CANTIUS.


Sénégal : Du sang sur les mains du poète

A l'heure où nous écrivons, il y a une dizaine de jours, au Sénégal, un étudiant a été trouvé mort en prison. Il se serait suicidé. Mais de nombreux témoignages, et particulièrement celui de son père, sont venus apporter la preuve qu’il a été sauvagement torturé par les sbires de Senghor ; il a succombé justement à la suite des sévices dont il a été l’objet.

Et, surtout, l’assassinat de ce jeune étudiant sénégalais a eu lieu à la suite d’une série de mesures répressives prises ces derniers temps à l'encontre des milieux intellectuels de l’opposition par le gouvernement sénégalais.

Ainsi, Senghor faisait interdire récemment l’une des dernières organisations qui avaient jusque-là échappé à tout contrôle de l’État, le syndicat des enseignants.

Ce faisant, l’État sénégalais cherchait bien sûr à bâillonner les intellectuels désireux de voir se démocratiser quelque peu le régime, mais aussi, à décourager tous les opprimés qui auraient l'intention de s'organiser pour se défendre.

Car Senghor, comme tous ses semblables, ne peut admettre la moindre trace de liberté d’expression ou d’organisation. Et le résultat du dernier référendum où il a recueilli 100 % des suffrages ne trompe déjà plus grand monde.

Le président du Sénégal, en effet, qui s’est complu pendant longtemps dans la peau d'un humaniste rappelant aussi souvent que possible qu’il était poète et homme de lettres, ne se maintient plus au pouvoir aujourd’hui que par une répression brutale.

Cela, d’ailleurs, n'a rien d’étonnant car les travailleurs savent que Senghor a été placé à la tête de l’État sénégalais par la bourgeoisie française qui, en décolonisant l’Afrique, a tenu à remettre les rênes du pouvoir politique à des hommes dont elle était sûre qu’ils préserveraient ses intérêts essentiels. Et, en cherchant à étouffer toute voix d'opposition au sein de la population, le chef de l’État sénégalais ne fait que remplir le contrat qu'il a passé avec l’impérialisme.

Ainsi, la situation est rendue explosive du fait que la sécheresse qui sévit en Afrique aggrave encore la misère des populations et que, dans le même temps, Senghor protège les intérêts des grandes sociétés capitalistes du genre de la compagnie Lesieur.

Mais, quoi qu’il soit, le dictateur-poète peut bien se satisfaire de ses 100 % au référendum, il ne doit pas oublier l'exemple récent de Tsiranana à Madagascar qui, après un succès retentissant aux élections, a été renversé assez brusquement du fauteuil de président, qu'il occupait par la grâce de l'impérialisme.

Max RODON.


LORSQUE LE SECTARISME DU GONG
EMPECHE UN MEETING CONTRE LE COLONIALISME

L’ADEDG, association des étudiants en Droit de la Guadeloupe, s’expriment des étudiants de différentes tendances politiques. Certains sympathisent avec le Gong, d’autres avec Combat Ouvrier.

Il y a quelque temps, les sympathisants du Gong proposèrent que l'association organise un meeting de commémoration des événements de 1967 en invitant principalement le Gong et Chaltouné, à l'exclusion du PCG et de Combat Ouvrier. En ce qui concerne Combat Ouvrier, les sympathisants du Gong arguaient qu’il était un journal « opportuniste » et que le Gong, d’ailleurs, n’entendait absolument pas se compromettre en s’associant avec ses militants dans une manifestation commune avec nous.

Voilà qui en dit long sur la façon dont ces nationalistes conçoivent la démocratie dans une association de masse. Pour eux, il n’est pas question que les différentes tendances existant à l’ADEDG puissent s’exprimer librement. Si le Gong, lui, n'entend pas s'associer à Combat Ouvrier dans une manifestation commune, cela regarde le Gong, mais de quel droit ce groupe veut-il imposer à une association de masse d’adopter son point de vue ! En fin de compte, la position des sympathisants du Gong à l’association pourrait se résumer ainsi : « tous avec le Gong ou rien du tout ». Plutôt que de voir s’exprimer librement les différentes tendances politiques, ils ont préféré saboter le meeting envisagé. C’est ainsi que, jusqu’au dernier moment, les deux tendances ont obtenu le même nombre de voix dans les votes au sein du bureau, et ce n’est que le mardi 22 que le vote tourna en faveur des camarades de notre tendance, qui affirmaient que l’ADEDG devait inviter toutes les organisations anti-colonialistes sans exclusives.

Mais, vu la date tardive, il ne fut pas possible d'organiser le meeting.

Le Gong est le seul responsable de cet échec : son attitude sectaire et anti-démocratique a eu un résultat entièrement négatif ; ses étudiants n'ont pas hésité à saboter purement et simplement une manifestation commune qui aurait pu rassembler des centaines de participants.

Les tendances politiques n’avaient rien à perdre mais tout à gagner à participer à une telle manifestation, car elles auraient pu s’exprimer chacune librement et exposer leur programme, leur point de vue.

Le colonialisme, lui, a tout à gagner à ce genre de méthodes.

En privant ainsi plusieurs centaines de personnes d’une manifestation anti-colonialiste, le Gong et ses sympathisants prouvent qu’ils sont bien plus soucieux de leurs intérêts de boutique que des intérêts généraux des travailleurs et des étudiants.

Georges RASSAMY.


Mai 1967 en Guadeloupe

MEETING DE COMBAT OUVRIER

Le 25 mai, notre tendance a organisé une réunion publique pour commémorer les événements des

26 et 27 mai 1967, réunion à laquelle assistaient cent dix participants.

Nos camarades ont notamment analysé la situation générale en 1967, ainsi que les positions des différentes organisations face aux événements comme face à la sanglante répression qui s'ensuivit. Enfin, nous avons cherché à dégager la principale leçon des événements pour les travailleurs, à savoir la nécessité de se donner une direction révolutionnaire se battant réellement sur le terrain du prolétariat.

Une discussion a suivi les exposés de nos camarades, avec notamment, l’intervention d’un militant de la tendance nationaliste qui soutient l’UTA. Après ces interventions, le meeting s’acheva aux accents de l’Internationale.