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CO n° 23 du 14 fév. 1973


EDITORIAL


VOTEZ COMBAT OUVRIER

Ouvriers des villes et des campagnes, employés, chômeurs !

Petits planteurs ; exploités, opprimés des Antilles !

Une fois de plus, on va nous mettre dans les mains des bulletins de vote en nous disant : « Vous êtes des citoyens à part entière, vous vivez en démocratie, c’est le moment de décider de votre sort pour les cinq ans à venir ! »

Une fois de plus nous constaterons qu’au lendemain des élections, et quel qu'en soit le résultat, rien de fondamental n'aura changé. Les isoloirs démontés, les urnes rangées, ceux qui ont du travail continueront à se faire exploiter pour un salaire de misère, ceux qui n’ont pas de travail continueront à vivre dans le dénuement, les petits planteurs continueront à se faire voler par les usiniers. Et les képis rouges continueront à quadriller les Antilles pour sauvegarder l’oppression coloniale qui demeure.

Leur démocratie, celle des exploiteurs capitalistes et des oppresseurs colonialistes, se limite à cela.

Mais puisqu’ils nous donnent un bulletin de vote, servons- nous en !

Nous pouvons le faire et le faire efficacement. Non pas pour mettre fin à l’exploitation capitaliste et à l’oppression coloniale. Cela, aucun bulletin de vote ne peut nous le donner, et ceux qui prétendent le contraire nous mentent.

Mais nous pouvons nous servir de notre vote comme d’un avertissement. A condition que cet avertissement soit clair, à condition que l’on ne puisse interpréter nos votes autrement.

Et c’est justement pourquoi, pour que cela soit possible, Combat Ouvrier présente des candidats dans toutes les circonscriptions des Antilles.

Aucun travailleur conscient, aucun opprimé des Antilles qui se rendra aux urnes le 4 mars ne votera pour les candidats qui soutiennent le gouvernement colonialiste. Aucun ne votera pour ceux qui sont complices de la tuerie de Pointe-à-Pitre en 1967, qui sont complices de l’assassinat de Nouvet.

Aucun ne votera pour ceux qui veulent que se perpétuent l’exploitation des travailleurs et l’oppression coloniale.

Aussi, nombre d’entre eux envisagent de voter, qui avec conviction, qui avec résignation, pour les candidats du PCG, du PCM ou du PPM, afin de battre les candidats du gouvernement.

Mais pouvons-nous nous contenter de voter, dès le premier tour, c’est-à-dire sans même marquer notre méfiance vis-à-vis de leur politique, pour les candidats de ces partis ? Que se proposent, que nous proposent-ils donc ?

Ils se proposent d’utiliser nos votes au profit de l’Union de la Gauche, afin d’aider au triomphe de la coalition du PCF et du PS dirigée par Mitterrand.

ils nous proposent de leur faire confiance afin qu’ils puissent remettre notre sort en d’autres mains. Et quelles mains !

Entre celles d’hommes qui ne sont pas des inconnus. Mitterrand a été onze fois ministre dans divers gouvernements parmi les plus réactionnaires. Il n'a alors rien fait pour les travailleurs. Il n’a alors rien fait pour l’émancipation des peuples qui subissaient l’oppression coloniale de l’impérialisme français. Au contraire !

il était un des principaux responsables de la répression contre les travailleurs comme contre les peuples colonisés.

Avant d’œuvrer pour favoriser la venue au pouvoir de Mitterrand, les Ibéné, les Gratiant, les Césaire lui ont-ils au moins demandé qu’il reconnaisse publiquement qu’il avait fait alors un sale travail ? Même pas ! Émettent-ils au moins des réserves à l’encontre de ce politicien colonialiste ? Même pas !

Certes, le programme commun, et donc le Mitterrand d’aujourd’hui, nous tient un autre langage que le Mitterrand d’hier. Certes, il parle notamment du droit des DOM et des TOM à l’autodétermination. Il en parle sous une forme insuffisante de toute façon, car il refuse de se prononcer clairement et nettement sur le droit à l’indépendance.

Mais même ce qu’il promet, le respectera-t-il ? Quelle garantie avons-nous à ce sujet ? Quelle confiance pouvons-nous faire à des hommes comme Mitterrand ? Aucune.

Or, voter pour le PCG, le PCM ou le PPM dès le premier tour, c’est voter notre confiance à Mitterrand. C’est lui permettre de mener une politique contraire à nos intérêts en se réclamant de nos suffrages.

Travailleurs ! Même ceux d’entre nous qui, au deuxième tour, veulent voter pour les candidats du PCG, du PCM ou du PPM afin d’empêcher de passer les candidats du gouvernement colonialiste, doivent voter au premier tour pour les candidats de Combat Ouvrier.

Un grand nombre de votes sur les noms des candidats révolutionnaires signifiera sans aucune équivoque que les travailleurs des Antilles surveilleront de près les agissements de Mitterrand, s’il arrive au gouvernement, et qu’ils n’admettront pas que l’oppression coloniale se poursuive sous d’autres formes et avec d’autres hommes.

Et de toute façon, même si le gouvernement actuel se maintient, seul un vote massif sur les candidats de Combat Ouvrier signifiera clairement qu’un nombre important de travailleurs antillais sont décidés à conquérir leur émancipation.

VOTER POUR LES CANDIDATS DE COMBAT OUVRIER
EST LA SEULE FAÇON DE DONNER UN AVERTISSEMENT
AUX EXPLOITEURS ET AUX OPPRESSEURS !



POUR UN VOTE REVOLUTIONNAIRE

Lors des prochaines élections législatives, il y aura des candidatures révolutionnaires. Notre tendance présentera des candidats partout aux Antilles (3 en Martinique et 3 en Guadeloupe). D’autre part, pour permettre à l'émigration antillaise en France de joindre sa voix à celle des travailleurs qui vivent ici même, trois de nos camarades seront présentés sur les listes de la tendance trotskyste « Lutte Ouvrière ».

Sur les 9 candidats, 7 sont des travailleurs. Parce qu'il existe aujourd'hui la possibilité que des travailleurs révolutionnaires présentent leurs candidatures aux législatives, nous pensons que la position d’abstention dite « révolutionnaire » n’est ni la plus juste ni la plus efficace. Certains courants nationalistes de Guadeloupe font campagne pour l’abstention dite « révolutionnaire ».

Notre tendance a déjà exprimé son désaccord avec cette position (voir C.O. n° 22).

Nous pensons en effet que dans la situation actuelle aux Antilles, l’abstention n’est ni la position la plus juste, ni la plus efficace.

Pour nous d’ailleurs, le véritable choix tactique n’est pas entre participation et abstention, mais entre participation et boycott. Ou bien nous sommes dans une situation telle que l’on puisse envisager de « briser les urnes colonialistes et bourgeoises » et ce sont les travailleurs qui le feraient en se mobilisant pour qu’il y ait boycott effectif des élections, ou la situation ne permet pas de l'envisager. Dans ce cas-là, la présentation des candidats révolutionnaires aux élections est une action juste et efficace.

Car nous croyons fermement que demander aux travailleurs de voter pour des candidats qui affirment tout haut, sans ambiguïté, que la voie électorale ne permet aucunement de changer le sort des travailleurs, qui proclament leur volonté de lutter pour changer la société, pour la disparition de l’exploitation des travailleurs, qui appellent clairement les travailleurs à prendre la tête de la lutte pour l’indépendance, demander aux travailleurs de rassembler leurs voix autour de tels candidats, c’est faire bien plus que la simple abstention.

Refuser de présenter des candidats et prôner l’abstention est une position passive.

Voter pour les candidats révolutionnaires, c’est faire un vote de classe. C'est rassembler les voix des travailleurs autour de ceux dont le programme est celui de lutter pour le pouvoir aux travailleurs et pour l’indépendance.

En présentant des candidatures révolutionnaires, Combat Ouvrier permettra d’une part à ceux qui participent aux élections habituellement, de voter sur un programme révolutionnaire, mais permettra aussi à tous ceux qui, par dégoût et par manque de perspectives, ne veulent plus participer à la vie politique, de manifester leur volonté de changement par la voie révolutionnaire.

L’ensemble des travailleurs qui voteront pour un programme révolutionnaire pourra donc se compter. A la Guadeloupe et à la Martinique, les candidatures révolutionnaires permettront à tous ceux qui en ont assez de l’injustice et de la misère, de donner un avertissement à ceux qui les exploitent et à ceux qui les trompent :

« Attention, nous en avons assez de votre crasse et de vos fausses solutions ».

C'est pourquoi, actuellement, nous sommes sûrs qu’en présentant des candidats, nous permettrons à tous les opprimés qui sont décidés à lutter pour changer leur sort, de s’exprimer dans cette campagne électorale. Et cela, les nationalistes du Gong et de Chaltôuné ne se sont donné aucun moyen de l’obtenir en prônant l’abstention.

TRAVAILLEURS, L’ABSTENTION N’EST PAS LA POSITION LA PLUS EFFICACE

VOTEZ POUR LES CANDIDATS REVOLUTIONNAIRES.

FAITES ENTENDRE VOTRE VOIX VOTEZ COMBAT OUVRIER.


Dans le secteur sucrier, la lutte continue

Devant le refus des patrons de satisfaire les revendications des ouvriers d'usines et des travailleurs agricoles, à l’heure où nous écrivons, aucune canne n’est coupée et les ouvriers d’usine ont entamé plusieurs mouvements de grève successifs. Après les grèves de décembre, puis celles de janvier, le patronat refuse toujours de discuter les propositions des travailleurs.

Le 26 janvier, le mot d'ordre de grève lancé par la CGTG fut suivi très largement par l’ensemble des travailleurs des usines qui se sont retrouvés par centaines dans un meeting au Hall des sports. La détermination avec laquelle les ouvriers ont suivi le mot d’ordre, comme ils l’avaient suivi en décembre, puis pendant trois jours en janvier, prouve leur grand mécontentement et prouve que, lorsque les directions syndicales le veulent, elles peuvent efficacement aider les travailleurs à se mobiliser.

Le 25 janvier, la CGTG et l’UTA ont défini une position commune :

  • la liquidation du contentieux 1972.

  • la discussion des revendications salariales sur les bases suivantes :

  • considération à part des augmentations du SMIG qui doivent être appliquées automatiquement à tous les salaires.

  • le problème des salaires réels reste posé car ils doivent être relevés.

Le 31 janvier se réunissait la Commission paritaire. Les patrons s’engagèrent à payer les rappels dus aux travailleurs mais refusèrent de verser l’indemnité aux victimes du chômage forcé ou du travail à temps partiel. Quant aux augmentations de salaire pour 1973 les patrons ne voulurent pas en entendre parler.

Devant ce nouveau refus, les travailleurs se sont remis en grève jeudi 1er février pour soixante-douze heures. La grève a été totale dans toutes les usines à sucre de la Guadeloupe et dura de trois à cinq jours.

Quant aux ouvriers agricoles, les coupeurs, ils tiennent le sabre bas et n'ont pas encore coupé une canne, ils réclament :

  • une augmentation de 10 % de leur salaire.

  • des indemnités pour amortissement du matériel de travail.

  • le respect du paiement de la journée fériée du 1er mai.

  • une meilleure hygiène, une meilleure sécurité.

  • le respect du droit syndical.

Les petits planteurs, eux, n’ont pas non plus livré leurs cannes aux usines. Ils s’y refusent tant que le prix de la tonne de canne ne sera pas fixé et qu’aucun accord ne sera intervenu sur les différentes indemnités que l’usine doit verser aux petits planteurs.

Les ouvriers des usines, les ouvriers agricoles, les petits planteurs ont entamé une lutte dure. Comme chaque année à l’époque de la récolte, les képis rouges, les jeeps sillonnent les campagnes et y font régner un climat de répression. Cela est devenu depuis 1971 un spectacle habituel car la grève de trois mois de 1971 a marqué un tournant dans

la lutte des ouvriers agricoles. Ceux-ci ne sont plus décidés à accepter des salaires de misère pour un travail harassant.

Actuellement, se dessine un mouvement d’ensemble avec les ouvriers d’usine. Mais si le mouvement pouvait s’étendre à d’autres catégories de travailleurs (Bâtiment, Docks, Grands Magasins, etc...), qui eux aussi ont des salaires de misère et subissent des conditions de vie et de travail lamentables, les patrons céderaient plus vite. La force des travailleurs est dans leur union.

Bien sûr, les directions syndicales (CGTG) ne tiennent pas à généraliser les mouvements de la classe ouvrière, elles préfèrent les confiner, les organiser secteur par secteur, car elles ont peur que la classe ouvrière déborde le cadre dans lequel elles veulent la maintenir.

Mais les travailleurs des usines, les travailleurs agricoles peuvent, par leur lutte, imposer leur volonté s’ils rentrent en contact avec d’autres catégories de travailleurs et les entraînent dans la lutte.



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A propos de la brochure du P. P. M. :

IL N’EST PAS DE SAUVEUR SUPRÊME, NI DIEU, NI CÉSAIRE, NI TRIBUN...

Le Parti Progressiste Martiniquais a cru bon de faire paraître, à l’occasion des prochaines élections, une brochure intitulée : « Césaire, l’homme du peuple », et qui vaut, il faut bien le dire, son pesant de cacahuètes.

De la première à la dernière ligne, c’est une véritable cascade d’éloges, de vocables admiratifs, d’extases devant l’action de Césaire qui, nouveau Zorro, arrive toujours à temps pour sauver le faible et l'opprimé. C'en serait indécent si ce n’était, avant tout, grotesque.

Nous n’allons pas, certes, citer la brochure en entier, mais nous n'avons pu résister à l’envie de donner quelques extraits significatifs. D’abord, les titres de Césaire : « le député des masses ; député du prolétariat martiniquais ; le député du social ; un député constructif ; député de la dignité martiniquaise ; député de la nation martiniquaise ; l'homme du peuple martiniquais à stature universelle », etc.

Les actes ou interventions de Césaire sont toujours ponctués d’expressions destinées à convaincre le lecteur sceptique « Ecoutons-le, c’est clair, c’est lumineux... quelle magnifique entréeobstiné, collant à SON prolétariatparfait écho en France de l’agitation des travailleurs sur place (!)Toujours [...] à la pointe des revendications de son peupleil montera à l'assaut et sera cinglant ; en tout cas, prophétiquequelle droiture dans la démarche politique ! — Césaire a dominé ces débatsoui, vigilant, lucide, accusateur, constructif, voilà Césaire... » Mais voici sans doute l’un des joyaux de cette brochure. Après une bonne préparation d’artillerie pour convaincre les hésitants (des fois qu’il y en aurait !) : « C’est sûr, on l’a vu ; c'est le député des masses prolétariennes. Il fait œuvre de classe. Son ennemi, c’est l’ennemi de la classe des travailleurs. Alors, il fonce dans le cœur même du système capitaliste. » On se sent parcouru du grand frisson ; on se dit : ça y est, c’est la révolution qui nous arrive par la bouche de Césaire ! La chute est d’autant plus douloureuse ; Césaire réclame en effet (tenez- vous bien ... la démocratie du crédit). Voilà qui risque, à coup sûr, de porter un coup mortel au régime capitaliste !

Pas un mot sur les erreurs qu’a pu commettre Césaire. C’est ainsi que l’on apprend que la départementalisation» sans aucun doute, VOULAIT DIRE POUR UN CESAIRE ... la collectivisation, à l'exemple des nationalisations de France, des gros moyens de production ». Il eût peut-être fallu se demander ce que cela voulait dire pour les autres.

C’est ainsi également que, après la phrase « Quelle droiture dans la démarche politique de notre parlementaire ! », pour mieux souligner cette droiture, on passe directement de 1949 à décembre 1959, escamotant purement et simplement 1958 où Césaire appelle à voter « oui » à De Gaulle.

Mais ce que la brochure est incapable de cacher, ce sont les limites de l’action de Césaire. Il ne s’agit pas ici de discuter de sa sincérité, mais de la portée pratique de son action. Depuis bientôt vingt-huit ans, Aimé Césaire est député de Fort-de-France. Et la plupart de ses interventions, présentées comme des travaux d’Hercule, ont eu pour cadre l’enceinte du Parlement, et ne l’ont pas dépassée.

Et si les auteurs de la brochure ont eu le culot de présenter le prolétariat martiniquais comme une sorte de masse informe, ne devant l’amélioration de sa situation qu’à l’infinie miséricorde de Césaire, ne lui servant au mieux que d’auxiliaire, nous pensons, nous, que les travailleurs martiniquais ne doivent leurs conquêtes sociales (en particulier l’obtention de la Sécurité sociale) qu’à leur seule lutte, qu’à leurs privations, leurs grèves, leurs manifestations. Et que, même si un député révolutionnaire aurait pu défendre leurs intérêts d’une autre manière que Césaire, la lutte et l’organisation des travailleurs antillais eux-mêmes pour la prise en charge de leur propre destin demeurent les seuls moyens de changer réellement la situation.

* Souligné par nous.

Noël CANTIUS.


Césaire et l’Union de la Gauche

Le vendredi 2 février, le PPM a tenu un meeting dans la cour de la mairie devant plus d’un millier de participants, où il expliquait sa position sur les élections. L’on vit successivement Aliker dénoncer le fait que le PPM avait subi une « groupusculose », — entendez par là que le PPM en avait assez de prêter son concours matériel aux groupuscules d’extrême-gauche. Puis Darsières annonçait que le PPM ne présentait personne dans le Nord contre Petit. Mais le discours le plus remarquable fut celui de Césaire, qui mettait toute sa confiance dans l’Union de la Gauche, en se fiant aux sondages. Ainsi Césaire affirma : « Peyrefitte pensait que le gaullisme est au pouvoir jusqu’à l'an 2000 ; nous, nous croyons que son règne finira d’ici deux mois. » Pourquoi la confiance dans l’Union de la Gauche ? Parce que « la Gauche dans son programme commun promet l’autodétermination des peuples des DOM et TOM ».

Ainsi, on le voit, Césaire et le PPM ne présentent d’autres perspectives aux travailleurs que d’attendre la victoire électorale de l’Union de la Gauche. Mais de plus, le PPM, diplomatiquement, en ce moment, partage les tâches entre ses leaders : d’un côté, les phrases radicales de Darsières, qui attache à son char les nationalistes du type Marie-Jeanne ou Forces Populaires, de l’autre la modération et la prudence de Césaire qui s'adresse aux milieux petits-bourgeois modérés, ainsi qu’aux notables.


Travailleurs antillais en France, votez pour les candidats de LUTTE OUVRIERE

COMBAT OUVRIER présente, ainsi que nous l’annonçons par ailleurs, des candidats dans toutes les circonscriptions en Martinique et en Guadeloupe. Les travailleurs de ces pays auront donc la possibilité, pour la première fois, d’exprimer leur défiance vis-à-vis des partis qui prétendent représenter leurs intérêts et les défendre.

Mais il existe en France aussi une partie non négligeable et par endroits très concentrée de travailleurs antillais. Devront - ils, ceux-là, demeurer indifférents à ce qui se passera ? Ne sont-ils pas, eux aussi, partie prenante dans le combat pour l’émancipation que mène la classe ouvrière, non seulement aux Antilles, mais encore partout dans le monde et donc aussi en France où ils vivent dans l’émigration ?

Trois travailleurs révolutionnaires antillais qui se réclament de Combat Ouvrier, seront candidats sur les listes présentées par Lutte Ouvrière.

Adrien FERLY, 31 ans, employé de banque, 30ème circonscription de Paris.

Jocelyn BIBRAC, 26 ans, ouvrier spécialisé, 10ème circonscription de Paris.

Marie-Eugène ZOZOR, 30 ans, employée des PTT, 1ère circonscription du Loiret.

Combat Ouvrier appelle l’ensemble des travailleurs émigrés à voter pour les candidatures révolutionnaires, celles de la Ligue Communiste ou de Lutte Ouvrière.


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Notre campagne en Martinique

Depuis le 9 janvier, nos camarades ont commencé à faire connaître notre position sur les élections. Depuis cette date, que ce soit au Lamentin (cité Petit-Manoir, Vieux-Pont, centre ville), à Fort-de-France (la Dillon, Sainte-Thérèse, Trenelle), au Robert (quartier Trou-Terre), ils ont expliqué que la Martinique était une colonie, quadrillée militairement, où sévit la répression, où sont innombrables les atteintes à la liberté de pensée et d'expression. Ils ont expliqué que les partis de gauche (Parti Socialiste, PCM et PPM) ne proposaient en fait rien d'autre aux travailleurs que de compter sur l’Union de la Gauche, que les travailleurs n'avaient de choix qu’entre le candidat colonialiste (UDR) et des candidats qui ne se réclamaient de la classe ouvrière que pour mieux la trahir à la première occasion ; et c’est pour cela justement que Combat Ouvrier présentait des candidats aux élections. Cependant, les camarades expliquèrent que les travailleurs n’ont jamais rien obtenu en envoyant des députés à la Chambre, mais par leur seule lutte.

Voilà ce qu’ont expliqué, devant une assistance toujours attentive, nos camarades.

Au Lamentin, surtout à Vieux-Pont, plusieurs membres ou sympathisants du PC nous ont demandé des précisions sur l’indépendance et ont pu, à notre micro, expliquer leurs positions et pourquoi ils n’étaient pas d’accord avec les nôtres. Un débat intéressant s’instaura avec ces militants avant la fin de la conférence.

Au centre ville, toujours au Lamentin, c’est à l’auditorium, sur la place, que nos camarades sont intervenus. Une cinquantaine de personnes écoutèrent attentivement, sans oser venir au micro. Elles discutèrent ensuite par petits groupes, sur la place, avec nos camarades qui, pendant environ trois-quarts d’heure, ont répondu aux questions et continué d’expliquer notre position.

La réunion la plus intéressante fut sans conteste celle de Trou- Terre, au Robert.

A l’issue de cette intervention publique, les assistants ont posé de nombreuses questions, notamment à propos de l’indépendance, chacun semblant se rendre compte qu’il n’y avait aucune autre solution, la départementalisation ayant fait faillite et étant synonyme à la Martinique de chômage et de vie chère.

Au Pitt de Dillon, devant une vingtaine de personnes, trois camarades intervinrent pour expliquer nos positions sur les élections. Un militant du GRS intervint ensuite. Il déplora le fait que notre tendance et le GRS, deux courants marxistes révolutionnaires, n’aient pu établir de liens plus étroits, nous demanda ce que nous entendions par « internationalisme » et quel était notre programme. A ce sujet, il dit que le GRS allait publier un programme de revendications précises (pour les huit heures, contre le chômage, etc.) et déplorait que Combat Ouvrier aille aux élections avec un programme aussi vide ». Après lui, un militant du CDHD (Comité des habitants de Dillon) vint nous demander des précisions sur notre participation aux élections, notamment sur ce que nous ferions si nous avions un député ; il nous posa aussi des questions (qui étaient aussi des critiques) sur l'«internationalisme », disant qu’il serait préférable de travailler sur place aux Antilles à un grand rassemblement des forces anticolonialistes, et de ne pas trop se tourner vers ce qui se passe ailleurs.

Deux camarades répondirent aux questions et aux critiques de ces deux militants. Le premier expliqua que nous ne nous étions jamais opposés à une rencontre avec le GRS, nous leur en avions même fait la proposition ; il dit en outre que l’explication profonde allait au-delà, car, en fait, le GRS et Combat Ouvrier étaient deux tendances opposées et avaient un programme différent.

Il expliqua ensuite que cette campagne serait surtout une campagne politique, pour l’indépendance, pour la direction de la lutte par le prolétariat.

Un deuxième camarade intervint sur cette question en disant que, si nous devons parler aux travailleurs de leurs problèmes quotidiens, de leurs revendications, nous ne devons pas en faire un cheval de bataille en leur disant : « Si vous votez pour nous, nous nous engageons à lutter pour les huit heures, contre le chômage », etc. Voilà qui serait démagogique et électoraliste. Nous leur dirons que nous luttons pour l’organisation des travailleurs, et que c’est par leur lutte, et elle seule, qu’ils pourront obtenir satisfaction, et qu’en définitive seule l’indépendance dirigée par eux pourrait changer réellement leur sort.

Mais cependant, si Combat Ouvrier avait un député, ce serait avant tout celui de l’ensemble des travailleurs, et ceux-ci sauraient s’en servir.

Ils sauraient profiter de sa qualité de député pour dénoncer par tous les moyens légaux les abus, les faits de l’exploitation quotidienne et la répression contre les travailleurs qui restent bien souvent cachés car les travailleurs n’ont pas la possibilité matérielle, financière, de publier tout cela, d’avoir des journaux, des salles de réunion et n’ont pas les hommes qu’il faut, leurs hommes, pour jouer ce rôle honnêtement, en révolutionnaire.

Si la classe ouvrière avait la possibilité d’avoir un, deux ou trois députés révolutionnaires, il est certain qu’elle saurait s’en servir pour faire connaître son combat, pour dénoncer l’exploitation qu’elle subit, tout en étant consciente que ce n’est pas l’existence de ces députés qui changerait son sort.

Après cette intervention, les participants se dispersèrent vers 22 h 30. Mais bien que l’assistance fût peu nombreuse, tout le quartier de Dillon avait pu entendre les orateurs par l’intermédiaire des haut-parleurs branchés dehors.

Claude ROCHAS.


LES FRAUDEURS DE L'ADMINISTRATION

Comme nous le laissions entendre dans notre numéro 21, malgré la proclamation à Sainte-

Anne de la liste Ibéné, la Préfecture préparait quelque chose. Les procès-verbaux de deux bureaux de vote sur six avaient, en effet, mystérieusement disparu... Le préfet, n’admettant pas son échec, a peu de temps après le vote, demandé au tribunal administratif de Basse-Terre de « constater l’inexistence des opération électorales ». Cela lui aurait permis de nommer à nouveau une délégation pour tenir les rênes de la municipalité en attendant de nouvelles élections : avantage appréciable avant les législatives...

Le tribunal administratif, connaissant la large publicité faite autour de l'affaire de Sainte-Anne, et ayant pu juger de la détermination de la population, a préféré rendre un jugement plus modéré, mi-chèvre, mi-chou. En effet, il rejette les conclusions du déféré du préfet (il était un peu gros d’affirmer qu'Ibéné avait été élu grâce à la contrainte ; ce serait au contraire, malgré la contrainte, car 600 CRS stationnaient dehors !), mais les élections n’en sont pas moins annulées. Cependant, en attendant la décision du Conseil d’État, c'est l’équipe d’Ibéné qui reste en place.

De là à en conclure, comme le fait Ibéné dans un tract, que « le peuple de Sainte-Anne vole de victoires en victoires », il y a tout de même une marge ! Certes, le tribunal a préféré nuancer les choses, mais la simple annulation des élections, alors que chacun sait très bien qui avait intérêt à faire disparaître les procès-verbaux, est déjà chose inadmissible. Et elle montre aux travailleurs de Sainte-Anne et d’ailleurs, que si l'on se cantonne dans les limites de l'action électorale, la bourgeoisie trouve toujours un moyen de remettre en cause les résultats qui lui sont défavorables.

Henri BULVER.


De la poudre aux yeux pour les chômeurs, de l'argent pour le capitaliste

Les élections de mars 1973 approchent, et les promesses ne manquent point. Ainsi, M. Vié, attaché au cabinet du secrétaire d’État chargé des DOM, nous promet, pour résoudre le problème du chômage, l’implantation de certaines industries en Guadeloupe. Pour ce faire, M. Vié et son compère M. Deniau envisagent toute une série de mesures visant à alléger la fiscalité pour les industriels qui accepteraient d’investir dans les départements d’outre-mer. Après avoir tenté de résoudre le chômage par l’expatriation organisée des jeunes guadeloupéens et martiniquais, après avoir vanté le tourisme comme la panacée à tous les maux, et notamment au mal que constitue le chômage, M. Vié, en digne représentant et défenseur du colonialisme français, en vient à proposer l’industrialisation des dernières colonies possédées par la France... On ne peut que verser cette promesse au lourd dossier des promesses maintes fois réitérées et jamais tenues que nous possédons déjà...

Mais admettons un instant que M. Vié ne soit pas un menteur, et qu’il veuille réellement créer deux ou trois usines en Guadeloupe !...

La manière dont, selon lui, se fera cette « industrialisation », ce sera par des allègements fiscaux consentis aux futurs industriels. Autrement dit en faisant payer le contribuable en général, le travailleur antillais en particulier, pour que deux ou trois capitalistes français daignent venir nous exploiter ici-même.

Comme quoi, même lorsque Vié-Deniau se lancent à corps perdu dans la démagogie à visées électoralistes, ils n’ont garde d’oublier les petits cadeaux à leurs compères et maîtres, les capitalistes français.
G.M.


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AUX TRAVAILLEURS, AUX PAYSANS PAUVRES, AUX FEMMES LABORIEUSES, A LA JEUNESSE


CONTRE LES COLONIALISTES

Alors que le 4 mars, date des élections législatives, approche, vous avez en face de vous les principaux courants politiques qui feront appel à vos votes.

Ces différents courants peuvent se classer en quatre catégories.

Le premier courant, celui des hommes actuellement au pouvoir, l’UDR, comprend aussi des hommes comme Jalton et Charles Gabriel qui se disent socialistes mais sont en réalité des représentants du colonialisme et des patrons exploiteurs.

Les socialo-UDR, les Guillot-Helène-Jalton-Sablé-Petit et autres sont les partisans d’un état de choses où les travailleurs touchent des salaires insuffisants quand ils travaillent, où plus de la moitié des travailleurs, en majorité des jeunes, sont sans travail, où des travailleurs sont contraints à l’exil par le biais du BUMIDOM.

Les représentants du courant socialo-UDR sont les partisans de l’envoi des képis rouges dans les champs de cannes contre les grévistes. Ce sont eux qui soutiennent l’administration coloniale qui fait massacrer les travailleurs et les jeunes, comme ce fut le cas en mai 1967 à Pointe-à-Pitre, où une cinquantaine de travailleurs et de jeunes furent massacrés par les amis de Jalton-Hélène-Petit-Sablé ; comme ce fut le cas en mai 1971, où le jeune lycéen Nouvet fut lâchement assassiné par les amis de Petit et Sablé.

Voilà le parti UDR, le parti colonialiste, celui des exploiteurs, celui qui veut perpétuer la misère et l’oppression en Guadeloupe et en Martinique.

TRAVAILLEURS,

Pas un de vos votes ne doit aller à ces hommes-là. Ils ont du sang des travailleurs sur les mains. Ils sont les amis des colonialistes. Ils sont vendus. Ce n’est pas vous qu’ils défendent, mais leur propre position ou leur poche.


Exprimez votre méfiance envers les dirigeants de la Gauche...

Le deuxième courant est celui du Parti Communiste Guadeloupéen, du Parti Communiste Martiniquais et du Parti Progressiste Martiniquais : ces trois partis, aux côtés desquels il faut ranger ce qui reste, en Guadeloupe et en Martinique, du Parti Socialiste, soutiennent l’Union de la Gauche de France. . P.C.G.-P.C.M. et P.P.M., c'est-à-dire les Lacave, Ibéné, Gratiant, Césaire, nous demandent de faire confiance la Gauche française, celle de Mitterrand, Mollet, Jules Moch et Marchais. Lacavé, Gratiant, Césaire et autres nous demandent de compter avant tout sur une possible victoire de la Gauche en France pour que notre sort soit changé.

C’est tout ce qu’ils savent nous proposer : attendre et espérer. Un peu plus, ils nous demanderaient de prier, ils nous disent d’attendre, une fois de plus, que le salut vienne de France, c’est-à-dire de 7.000 km.

Alors que c’est ici même que nous pouvons agir pour changer notre sort, les Partis Communistes Guadeloupéen, Martiniquais et le Parti Progressiste Martiniquais veulent nos votes pour les remettre à des Mitterrand, à des Guy Mollet, à des Jules Moch. Tous ces dirigeants de l’Union de la Gauche sont des politiciens qui, autrefois, ont réprimé férocement le peuple algérien en lutte pour l’indépendance.

Guy Mollet est celui qui envoya l’armée française en Algérie. Mitterrand disait des Algériens, alors qu’il était ministre de l'Intérieur en 1954 : « La seule négociation c’est la guerre. » Jules Moch, lui, s'est illustré en France contre les travailleurs : en 1948, il était ministre de l’intérieur ; à ce titre, il fit réprimer férocement des ouvriers grévistes en envoyant contre eux police, armée et tanks, faisant assassiner plusieurs ouvriers grévistes.

A côté de ces messieurs au brillant palmarès de répressions, on trouve des banquiers tel Jean Filippi, directeur de banque et de plusieurs autres sociétés capitalistes. Filippi est l’un des dirigeants de l’Union de la Gauche, membre des radicaux de gauche.

Voilà les hommes que Césaire, Lacavé, Gratiant, Ibéné, Archimède vont soutenir en France.

Comment croire aux vagues promesses de Mitterrand et de l’Union de la Gauche concernant le sort des Antilles ? Même si, aujourd’hui, Mitterrand envisage le droit à l’autodétermination, qu’est-ce qui garantit que demain, il ne nous dira pas à nous aussi : « La seule négociation c’est la guerre » ?

Pouvons-nous croire que ces politiciens colonialistes vont changer quoi que ce soit à notre sort ?

Et pourtant, les PCG, PCM et PPM vous prêchent la confiance en eux, ils veulent utiliser vos votes pour renforcer ces gens-là.

Vous ne voulez pas favoriser l’UDR ; nous ne le voulons pas nous plus, même indirectement. C’est pourquoi, nous l’avons dit aux travailleurs qui votent pour le PCG et le PCM, nous ne ferons pas obstacle, au deuxième tour, aux candidats de ces partis.


OUVRIERS OU BATIMENT DE LA GUADELOUPE, rappelez-vous le rôle que jouaient les amis de Lacavé, Ibéné et Archimède en 1971, Ils cherchaient par tous les moyens à stopper le mouvement de lutte que vous aviez déclenché pour obliger les patrons à augmenter vos salaires. Les dirigeants syndicaux qui sont liés au Parti Communiste Guadeloupéen essayaient de briser véritablement la grève.

TRAVAILLEURS DE LA CANNE, rappelez-vous la passivité de ces mêmes dirigeants quand vous étiez en grève en 1971. Certains d’entre vous s’étaient organisés dans un autre syndicat que celui contrôlé par le PCG. Celui-ci passait tout son temps à vous combattre plutôt qu’à aider votre lutte.

OUVRIERS DES USINES A SUCRE, rappelez-vous que beaucoup d’entre vous ont été licenciés, sans que les dirigeants syndicaux liés au Parti Communiste Guadeloupéen n’organisent aucune lutte sérieuse contre cela.

En Martinique, les dirigeants syndicaux liés au PCM et au PPM ne valent pas mieux. Alors que dans tous les secteurs, à la Sofrima, dans le Bâtiment, à la Caisse centrale, à Air France, partout les travailleurs montraient leur combativité, les dirigeants syndicaux mettaient tous leurs efforts à faire rentrer au travail chaque, secteur, les uns après les autres pour éviter tout mouvement d’ensemble. Ils ont tout fait pour que les luttes des différentes catégories ne se rejoignent pas.

A ces dirigeants qui sont aussi liés au PCM et au PPM, travailleurs de la Martinique, vous devez montrer votre désapprobation et votre méfiance.

TRAVAILLEURS EN ACTIVITE, TRAVAILLEURS SANS EMPLOI,

Que font le PCM, le PCG, le PPM contre le chômage catastrophique qui règne aux Antilles, qu’ont-ils fait pour organiser et aider les chômeurs à lutter ?

Les PCM, PCG, PPM se contentent de conquérir des municipalités et de distribuer des bons d'aide sociale, des secours modiques aux travailleurs qui sont dans la misère, mais ils ne vous fournissent aucun moyen de lutte pour changer la situation de l’emploi, pour contraindre l’administration coloniale à prendre des mesures réelles et immédiates contre le chômage.

Ce n’est pas l’aumône que vous demandez, c’est à lutter contre ceux qui organisent le chômage que vous voulez consacrer vos forces. A cela, les PCM, PGGA et PPM ne vous aident pas.

Travailleurs, vous ne pouvez cautionner une telle politique.

Que vous soyez sans parti ;

Que vous soyez socialistes, progressistes ou communistes,

vous pourrez dire votre méfiance envers ceux qui vous appellent à soutenir les colonialistes qui, de Mitterrand à Mollet, assassinaient il n’y a pas si longtemps les fils du peuple algérien.

Vous pourrez exprimer votre méfiance envers Lacavé, Gratiant, Césaire et autres en votant au premier tour pour les candidats de Combat Ouvrier.


Face aux nationalistes, votez utile...

Le troisième courant est celui des nationalistes. Certains d’entre eux participeront aux élections, mais le principal courant nationaliste en Guadeloupe — le Gong — vous appelle à l’abstention.

Nous ne sommes pas d’accord avec ce courant, car nous ne voulons pas que l’indépendance se traduise par le simple remplacement des exploiteurs français par des exploiteurs antillais. Or, c'est nécessairement à cela que conduit le nationalisme qui enchaîne les travailleurs derrière les représentants d’autres classes, sous prétexte de la même nationalité.

Bien sûr, le bulletin de vote ne peut changer le sort dès travailleurs. Même si les six députés des Antilles étaient les plus honnêtes et les plus révolutionnaires, cela ne changerait pas pour autant le sort des exploités.

C’est de votre propre lutte, de vos propres actions, ici même et non à 7.000 km d’ici, que viendra le salut. C’est ici qu’il faudra se battre pour chasser les exploiteurs, c’est ici que les travailleurs devront construire leur propre organisation pour prendre et exercer le pouvoir. Cela, ce n’est pas avec le bulletin de vote que nous le ferons. Mais cela signifie-t-il que ceux qui veulent combattre l’oppression coloniale doivent ignorer, en toutes circonstances, les élections ?

Dans les circonstances actuelles, quelle signification, quelle valeur de démonstration pourrait avoir une augmentation du nombre des abstentions ? Quelle conclusion les Marcellin, Deniau et consorts ou leurs successeurs pourraient-ils en tirer ? Ils mettraient cela sur le compte de l’abstentionnisme traditionnellement élevé aux Antilles et ne s’en inquiéteraient pas outre mesure. Infiniment moins en tout cas qu’ils ne s'inquiéteraient, si un pourcentage significatif des votes se porte sur les candidats qui se seront clairement prononcés pour l’indépendance sous la direction de la classe ouvrière.


... votez COMBAT OUVRIER !

Le quatrième courant c'est le nôtre : COMBAT OUVRIER.

Que veut Combat Ouvrier ? Des milliers de travailleurs connaissent Combat Ouvrier, car ils le rencontrent dans leur travail, aux docks, à Jarry, à Lauricisque, dans les cités, dans les champs de bananes. Combat Ouvrier, c’est la feuille qui dénonce sans relâche, en toute occasion, les méfaits et les crimes des patrons, dans la banane, chez Marsolle, au Prisunic, dans les usines à sucre.

Avant tout, Combat Ouvrier veut lutter pour bâtir un nouveau parti ouvrier, il veut que dans chaque entreprise, dans chaque quartier, dans les magasins, sur les quais, dans les usines, se créent des noyaux de travailleurs communistes révolutionnaires qui luttent aux côtés de leurs camarades pour l'abolition de l’exploitation capitaliste.

Cette lutte passe par de nombreux combats à mener pied à pied tous les jours pour obliger les patrons à améliorer les conditions de travail, les salaires, les horaires.

Mais, avant tout, Combat Ouvrier veut faire prendre conscience à l'ensemble des travailleurs, ceux des villes, comme ceux des campagnes, que c’est la lutte poli

tique contre le gouvernement colonialiste, c’est la lutte pour l'indépendance — animée et dirigée à tout moment par les travailleurs — qui nous fera faire le premier pas vers une libération sociale, vers la suppression de l’exploitation capitaliste.

Pour que notre liberté ne soit pas confisquée par d’autres, nous devrons avoir le contrôle permanent sur notre lutte. Nous devrons exercer nous-mêmes le pouvoir aux Antilles.

Les travailleurs, une fois au pouvoir, aux Antilles, feront appel à tous leurs frères qui luttent aussi dans le monde contre l’exploitation capitaliste. C'est l’étroite collaboration entre tous les ouvriers qui permettra de faire disparaître partout dans le monde le système d'exploitation et d’assurer de manière définitive les fondements d’une société, où la liberté et l’égalité ne seront pas que des mots. Les richesses accumulées par les capitalistes du monde entier seront enfin mises à la disposition des pauvres. La société pourra enfin respirer librement et s’occuper de l’homme et non des coffres-forts, comme c’est le cas actuellement.

Ce combat grandiose pour une société meilleure, c’est celui des travailleurs antillais, comme il est celui de tous les travailleurs du monde.

Les travailleurs des Antilles peuvent faire les premiers pas dans cette voie en arrachant l’indépendance, en construisant un État démocratique dirigé par les travailleurs associés aux paysans pauvres et à toutes les couches pauvres de la population.

Cela est possible et à la portée des travailleurs antillais.

Combat Ouvrier croit que, malgré les difficultés et les sacrifices, il sera possible de créer une société plus juste, plus libre, plus démocratique pour les pauvres, que celle où nous vivons, que celle où règnent gendarmes et képis rouges. Il sera possible de transformer l’économie des Antilles en faveur des pauvres.

Les premiers gestes de l’État démocratique des travailleurs seront :

  • la confiscation des biens des sociétés françaises (terres et usines) ;

  • la remise de la terre aux paysans pauvres, aux ouvriers agricoles et aux petits colons ;

  • le contrôle du commerce extérieur pour permettre la réorganisation de l’économie ;

  • la diversification des cultures et le développement intensif de l’élevage.

Le colonialisme construit routes et ponts, mais l’ouvrier et le paysan continuent de croupir dans de petites cases, sans eau ni électricité. L’État des travailleurs mobilisera tous les bras valides pour la construction de logements décents, suffisamment vastes et aérés, pour les travailleurs et les paysans.

Voilà ce que veut Combat Ouvrier.


TRAVAILLEURS !

Lors de la campagne, les candidats de Combat Ouvrier seront les porte-parole de milliers d’entre vous, c’est votre volonté de changer ce pays qu’ils crieront, c'est votre lassitude de la misère, c’est votre colère devant les agissements colonialistes des préfets, sous-préfets, gendarmes et képis rouges, c’est votre méfiance des politiciens de gauche qu’ils exprimeront.

Voter pour les candidats révolutionnaires de Combat Ouvrier peut être un geste utile si vous êtes nombreux à le faire.

Si des milliers de travailleurs, de paysans pauvres, de petits commerçants joignent leur vote au premier tour sur les noms de

LASSERRE

PAUL

ANAIS

en Guadeloupe et de

LARCHER

POULIN

BEAUJOUR

en Martinique,

ce sera un avertissement à tous ceux qui nous exploitent, à tous ceux qui nous oppriment, l’avertissement que notre patience est à bout.

Et cet avertissement pèsera lourd sur les décisions du gouvernement colonial.


Travailleurs, paysans pauvres, femmes laborieuses, jeunes sans travail,

VOTEZ "COMBAT OUVRIER"



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Quelques promesses... qui ne ruineront pas le gouvernement

Depuis quelque temps, élections législatives obligent, tour à tour, des représentants de l’actuel gouvernement ou des ministres font des déclarations à la radio ou à la télé, concernant les DOM-TOM. D’autres fois, les journalistes de service font la besogne. C’est ainsi que le 6 février, on nous a appris que le SMIC « des Antilles » a augmenté de 2,3%, à partir du 1er février 1973, passant ainsi à 151,69 F par semaine de travail de quarante heures. Et là-dessus, on prend la précaution de préciser que tout patron qui paiera son ouvrier ou son employé au-dessous de cette somme sera sévèrement puni. La belle histoire, car s'il en était ainsi, beaucoup de patrons aux Antilles seraient actuellement devant les tribunaux ! On voit bien qu’il s’agit là de promesses... électorales, c'est-à-dire de promesses qui n’ont guère de chance d’être tenues ou appliquées, à moins que les travailleurs les imposent.

Une autre fois, ce sont les allocations familiales qui augmentent, toujours de 3 à 4%. Et très récemment, on nous a promis d'importants investissements des pays du Marché Commun pour l’amélioration du réseau routier, ou encore la construction d’une piscine, d’un vélodrome, etc. Et bientôt, très certainement, ils vont inaugurer à grand fracas le nouveau pont de la Gabarre. Ceux qui se fient aux déclarations et aux promesses croiront que le gouvernement a décidé de faire un effort pour les Antilles, de lutter contre le chômage, contre la misère.

En réalité, il n’en est rien. Et les discriminations qui existent entre la France et les Antilles sont là pour le prouver.

Par exemple, ici où le chômage est pratiquement organisé par le gouvernement et le patronat, aucune allocation n’est versée aux chômeurs, alors qu’en France, ceux-ci touchent des allocations de chômage, plus des allocations complémentaires.

En ce qui concerne les allocations familiales, avec la règle de la parité globale, une portion importante des sommes destinées aux familles nombreuses sont détournées au profit des cantines qui, normalement, devraient être financées par le gouvernement.

Georges RASSAMY.


ECHOS ECHOS


Sur l’habitation Cadonette, la lutte des travailleurs de la banane a payé

Sur l'habitation Cadonette, dans la région de Trois-Rivières, les travailleurs du secteur bananier viennent de mener une grève de deux semaines.

Le mouvement a débuté le 24 janvier 1973.

Cela faisait déjà longtemps que les ouvriers en avaient assez des conditions de travail que Butel, propriétaire de cette plantation, leur imposait. Comme dans la plupart des plantations, il exigeait que chaque ouvrier transporte 115 à 120 régimes de bananes par jour, répande dix sacs d’engrais et, de plus, les heures supplémentaires n’étaient pas payées.

Mais le 24 janvier, les ouvriers ont décidé d’arrêter le travail. Et pendant quinze jours, il n’y a pas eu un régime trans

porté, pas un sac d’engrais répandu, pas un plant de bananier mis en terre, car les soixante ouvriers de la plantation Butel étaient en grève et décidés à tenir tête, malgré les intimidations du patron.

C’est le 7 février que Butel a cédé, au moins sur une partie des revendications :

  • les heures supplémentaires seront payées ;

  • 35 régimes de bananes à transporter par jour au lieu de 115 à 120 ;

  • 6 sacs d’engrais au lieu de 10 à répandre.

Les travailleurs de Cadonette ont repris le travail la tête haute et enrichis d’une nouvelle expérience. Encore une fois, ils ont prouvé que seule la lutte était payante.


MARTINIQUE : Licenciements massifs chez Petrelluzzi

Sur le chantier des Trois-Ilets, Petrelluzzi vient de montrer aux travailleurs son vrai visage : celui d’un patron méprisant les travailleurs et réduisant au chômage, en l'espace d'une semaine, une centaine de travailleurs sur les deux cents que compte l’entreprise.

Tout d’abord, le 15 janvier, le patron licenciait 25 ouvriers, sans préavis de licenciement. Le 22, 75 autres camarades étaient licenciés, certains avec préavis, d’autres sans.

Mais pourquoi tous ces licenciements ? Tout simplement parce que les travaux sont terminés. Ainsi, la direction, après avoir fait travailler nos camarades comme des bêtes, les remercie purement et simplement.

Pour les patrons, les travailleurs sont comme des citrons. Lorsqu'on les a pressés, on les jette, car on n'en a plus besoin. Mais qu'ils prennent garde ! Les travailleurs ne se laisseront pas toujours faire. C’est à eux de s’organiser afin que cela change, afin que 100 ou 1.000 travailleurs ne soient plus à la merci d'un seul capitaliste.


PRISUNIC : Diviser pour régner, voici la politique de la direction

C’est en particulier entre les réservistes et les vendeuses que la direction veut mettre une barrière : les patrons ne veulent pas que les réservistes communiquent avec les vendeuses.

Ainsi, il y a peu de temps, une collègue réserviste avertissait une vendeuse du rayon ameublement de l’intention de Chastenay : celui-ci avait dit, devant plusieurs réservistes, qu’il voulait contrôler cette camarade... Mais qu’imaginait ce potentat qu'il aurait eu l'ensemble des réservistes derrière lui ?

Chastenay fut informé de cette « fuite » et, pour tenter de briser toute position d’ensemble des réservistes, il essaya de former parmi elles un petit groupe pour défendre sa position. Ainsi, pendant plusieurs heures, il y avait des cancans entre Chastenay et certaines réservistes.

Notre collègue, exaspérée, alla demander des explications à ce chef de groupe hypocrite et laissa exploser une colère terrible. Quelques minutes plus tard, elle était retrouvée inanimée, en crise nerveuse, et il fallut plusieurs minutes pour la ranimer... Voilà où nous mène l’attitude méprisante de ces valets de la direction ! Notre vie, nous la passons à ravaler notre colère et à subir leur mépris, et c'est sur notre santé que cela se répercute.

Quant à nous, travailleurs de Prisunic, nous devons savoir que nous avons tous le même exploiteur. Ne rentrons pas dans son jeu, car c’est ensemble, réservistes, vendeuses, garçons de magasin, que nous serons plus forts et que nous pourrons le tenir en respect !


MARTINIQUE : Licenciements chez Madkaud

Le mois dernier, Madkaud a licencié froidement dix-huit des vingt-cinq travailleurs qu’il employait sur les lignes. Madkaud est une entreprise qui fait des branchements dans les maisons. Auparavant, il avait beaucoup de chantiers qui travaillaient avec la SPDEM. Actuellement,

les travaux sont terminés, et Madkaud licencie. Mais il n’a même pas comme prétexte qu'il n’y a pas d’argent, car c’est maintenant que les factures commencent à rentrer, les travaux étant finis. Mais qu’importe pour Madkaud, il n'a plus besoin des travailleurs, il les met à la porte !

Cependant, il y a un moyen de lutter contre ces licenciements : c’est de s'organiser solidement.


UNIMAG : Pour les patrons il n’y a pas de petits profits

Non content de sévir au magasin, Laurent-père envoie son fils au dépôt afin qu'il apprenne le « métier » de patron, c'est-à-dire exploiter les travailleurs. Mais ce fils à papa n'a pas perdu de temps et se conduit déjà comme un petit despote.

C'est ainsi qu'un d’entre nous ayant ramassé des pommes de terre d'un tas d'autres pourries qui étaient à jeter, Laurent-fils les lui fit reporter au magasin : rien ne doit être perdu... Une autre fois, un travailleur voulait emporter de la farine déjà avariée pour nourrir ses bêtes. Laurent le lui a interdit, sauf si notre camarade acceptait d'acheter cette farine ! Et même par mesure d’économie, il nous faisait respirer, ces derniers temps encore, la puanteur d'un baril de salaisons gâtées : il fallait le garder, on ne sait jamais, on aurait pu trouver à le vendre !

Comme on peut voir, pour le patron, tout peut se vendre à UNIMAG, même les asticots !


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CHOMEURS : ORGANISEZ - VOUS !

La Guadeloupe, si l’on en croit les statistiques officielles, compte à elle seule 50.000 chômeurs. Pour la Martinique, les chiffres sont à peu près du même ordre. Même 50.000 chômeurs pour une population qui comprend 331.000 individus, voilà qui en dirait long sur la situation économique et sociale de ce prétendu département français. Mais de surcroît, ce nombre fourni par les statistiques est très certainement bien loin de cerner la réalité.

En effet, pour l'I.N.S.E.E., n’est plus considéré comme chômeur celui qui a travaillé au moins un mois dans l'année. Or, combien de jeunes se font embaucher dans certains magasins ou sur certains chantiers du Bâtiment et se voient débaucher le mois suivant. Pour l’I.N.S.E.E., ces derniers ne sont pas des chômeurs. Soit dit en passant, il faut toujours se garder de prendre à la lettre les statistiques publiées par les organismes officiels. Si l’on veut vraiment avoir une idée du chômage et du nombre de chômeurs, il faudrait presque multiplier par deux ce chiffre officiel de 50.000. Pourquoi un nombre aussi élevé de chômeurs ? Est-ce parce que la Guadeloupe est surpeuplée ? Nous ne le pensons pas. Il est de la nature même du capitalisme de disposer d’une armée de chômeurs. Armée de chômeurs qui lui permet de payer des salaires de plus en plus bas ; et s’il y a cette masse de chômeurs en Guadeloupe et en Martinique, la raison en est que la terre, moyen de production essentiel à l’économie de ces deux pays, est entre les mains d’une minorité capitaliste qui l’utilise pour les seules cultures de la canne et de la banane. En outre, la concentration des entreprises agricoles à laquelle on a assisté ces dernières années, notamment en Guadeloupe, la mécanisation de la coupe de la canne, n’ont fait qu’intensifier à nouveau le chômage. Une étude faite récemment sur l’emploi en Guadeloupe démontrait que pour trois emplois perdus dans le secteur agricole (canne, banane), un seul était créé dans l’industrie et le commerce. Donc, il n’est absolument pas question que le secteur du commerce vienne suppléer à la perte des emplois dans le secteur de l’agriculture. On le voit, le chômage est loin d’être résolu dans les colonies que sont la Guadeloupe et la Martinique, bien au contraire. Et dans cette montée du chômage, les capitalistes y trouvent leur compte. Ils peuvent licencier à tour de bras, ne pas respecter la législation du travail (non-paiement des heures supplémentaires, salaires inférieurs au SMIC, etc.) assurés qu'ils sont que la main-d’œuvre ne manque point. Face à cela, les travailleurs éprouvent, justement à cause du nombre de chômeurs, une certaine crainte à réagir et à faire respecter leurs droits. C’est pourquoi une organisation des chômeurs se révèle de plus en plus nécessaire.

Dans l’immédiat, les chômeurs peuvent s'organiser, créer des comités pour réclamer une réorganisation du travail afin qu’il soit réparti entre tous et la suppression des heures supplémentaires sans diminution de salaires.

En effet, il est inadmissible que certains travaillent 45 et même parfois 50 heures par semaine et que d’autres soient sans travail.

Il est aussi inadmissible qu’il n’y ait pas d’allocations versées aux chômeurs. Les capitalistes sont seuls responsables de la situation actuelle, ils doivent en payer les frais.

Le nombre de jeunes, de chômeurs mécontents, augmente sans cesse. Ces jeunes en ont assez de courir après un emploi ou un autre. Ils en ont assez de la seule solution qui leur est offerte au problème du sous-emploi : partir pour la France. Par leur nombre, ces jeunes, ces chômeurs constituent une véritable force En s'organisant, ils pourraient assez rapidement faire entendre leur voix et imposer leurs objectifs.

C’est ainsi qu'ils pourraient créer, dans toutes les communes, des comités de chômeurs qui feraient connaître leur lutte, organiseraient des meetings et manifestations contre la politique actuelle de nos dirigeants en matière d’emploi.

Ils pourraient, et cela serait indispensable, lier leur lutte à celle de ceux qui ont du travail. Il ne faut pas que le patronat puisse semer la discorde entre les travailleurs sans emploi et ceux qui en ont. Ensemble, il est possible de fixer comme objectif de lutte la répartition du travail entre tous, sans réduction de salaire pour personne. C’est un objectif juste : pour les uns, cela signifierait du travail, et pour les autres, une semaine de labeur moins lourde.

Dans l'immédiat, cela est possible. Il suffit que les jeunes et les chômeurs veuillent lutter et se battre. C'est à cette seule condition que leur sort peut changer et leur misère diminuer.

SIDOINE.


Que se passe-t-il à Lauricisque ?

Depuis quelques jours déjà, les habitants de Lauricisque reçoivent la visite d’employés de la S.O.D.E.G. accompagnés d’assistantes sociales venues se renseigner sur leur situation familiale, afin d'assurer leur relogement...

En effet, la municipalité et la S.O.D.E.G. proposent aux habitants de Lauricisque de quitter leurs « cases » pour aller habiter dans la tour construite vers le boulevard front de mer. Ce serait, à coup sûr, une bonne chose que le relogement dans des conditions décentes des habitants de Lauricisque soit en cours...

Surtout, s’il est vrai, comme le bruit en court, que les loyers des logements de la tour s'échelonneront entre 50 et 70 F, soit une somme relativement modique.

Encore faudrait-il que même ce loyer modique soit à la portée des habitants de Lauricisque. Autrement dit qu’ils soient assurés d’avoir un emploi qui puisse leur garantir un salaire suffisant et régulier.

Encore faudrait-il également que les loyers n’augmentent pas, une fois les habitants de Lauricisque installés dans leurs nouveaux logements. Or, justement la S.I.G., à qui ces logements appartiennent, est bien connue pour les augmentations successives et répétées qu’elle fait subir à ses locataires.

Et pour que les habitants de Lauricisque perdent toute méfiance et toute réticence vis-à-vis des employés de la S.O.D.E.G. et des assistantes sociales qui disent vouloir s’occuper d’eux, il faudrait que la S.I.G. s'engage publiquement à ne pas augmenter les loyers et que la municipalité puisse garantir le respect de cet engagement.

Claire GOYA.


ECHOS DE L'EMIGRATION


BOUCICAUT : La direction pousse un travailleur à démissionner

Encore un abus de la direction à l’hôpital Boucicaut !

Depuis quelque temps, la direction change les agents de service, et ce bien sûr sans leur demander leur avis.

Ainsi, un camarade antillais travaillait depuis quatre ans au service des admissions. La directrice apprit qu’il suivait des cours d’infirmier dans le privé. Elle décida qu’il devait travailler en salle.

Notre camarade ne tenait pas du tout à changer de service. On ne lui laissa pas le choix. Il s’est trouvé obligé de démissionner.

L'Assistance Publique nous utilise vraiment comme des pions. Si nous étions organisés à Boucicaut, nous pourrions réagir contre des décisions aussi autoritaires.

Travailleurs de Boucicaut, regroupons-nous pour imposer à l’Assistance Publique de nous respecter!


BROUSSAIS : Économies sur le dos des travailleurs

Le service de chirurgie fonctionne d’habitude avec trois infirmières pour vingt malades. La surveillante imposa à l’une d’entre elles de prendre son repos supplémentaire parce qu’elle pensait que deux personnes pouvaient suffire pour le service.

Juste à ce moment, une autre infirmière tombe malade et doit donc prendre un congé de maladie.

Le service dut fonctionner avec une seule infirmière. Devant cette situation, la surveillante n'a nullement cherché à réorganiser le service. Elle n’a pas demandé de remplaçante.

Or, notre camarade qu’elle avait obligée à prendre ses jours de repos supplémentaires aurait préféré les prendre à une autre période. Cela aurait arrangé tout le monde. Nous voyons avec quelle désinvolture la chef s’inquiète de la bonne marche du service.

L’infirmière restante se surmène à faire le. travail de trois personnes. Ce sont les malades qui payent.

Cette situation dure depuis quelque temps, et l’administration

fait comme si elle n’était pas au courant. En fait, qu’une seule infirmière fasse le travail de trois ne peut que l’arranger.

Ce n’est pas la première fois qu’une situation semblable se présente, mais ce n’est pas à nous de supporter l’incapacité de l’administration en ce qui concerne l’établissement de son propre planning.


AIR FRANCE (ORLY) L’arbitraire de la direction n’a pas de limites

Récemment, un camarade fut muté brusquement d’un service à un autre sans avoir été au préala­ble averti et sans que l’administration lui eût demandé son avis.

Or, justement à la date de sa mutation, le camarade se préparait à partir en vacances aux Antilles. Et, ayant déjà tout préparé, il se renseigna pour savoir s’il ne serait pas inquiété pour ses voyages à cause de ses nouvelles conditions de travail. Son chef le rassura, lui disant qu’il aurait ses congés comme prévu.

Mais, à quelques jours de son départ, l’administration informa le camarade qu’il ne pourrait partir en congé qu’à partir du mois prochain, et cela sous prétexte que d’autres collègues dans son nouveau service avaient déjà choisi la même date de départ en vacances ; que ses collègues étant plus anciens, il leur a donc été donné priorité. Notre camarade exprima son mécontentement, sa colère. Mais, étant isolé, il dut finalement se plier devant l’arbitraire de l’administration.

Ainsi, l’administration ne se contente pas de nous exploiter journellement, elle nous déplace à sa guise, sans nous demander notre, avis. D’autre part, elle n'a pas peur de nous montrer qu’elle se moque bien de nos vacances. Nous n’avons pas à faire les frais de son incurie. Nous devons nous organiser, nous devons pousser les syndicats à prendre position afin que de tels agissements cessent.


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NOUVEL EPISODE DANS LA CRISE DU SYSTEME MONETAIRE

Le système monétaire international fait à nouveau entendre ses sinistres craquements, jetant ainsi l’épouvante chez les différents gouvernements capitalistes.

Cette nouvelle crise du système monétaire met en évidence l’inanité des tripotages monétaires élaborés par ces différents gouvernements lors de la conférence internationale de 1971, conférence qui, rappelons-le, avait consacré la première dévaluation du dollar depuis 1934. Et pour tenter d’enrayer cette nouvelle crise, certains de ces gouvernements avaient été obligés de prendre, au début de l’année 1973, de nouvelles mesures telles que l'instauration du double marché des changes. D’autres encore, avaient laissé flotter leur monnaie ou avaient établi le contrôle des changes.

Mais toutes ces mesures se révélèrent insuffisantes car l’inflation s’accélère en même temps et la perte de confiance dans les différentes monnaies nationales et en particulier le dollar devient de plus en plus grande.

Ce qui donne à la crise son caractère grave c’est la dépréciation rapide du dollar, monnaie de

réserve : dépréciation due à ce que l’État américain, pour couvrir le déficit de son budget et de son commerce extérieur, a fait trop marcher la planche à billets.

La crise du système monétaire est à la mesure de la maladie du dollar. Et tout l’édifice monétaire dépend de la solidité de ce dernier.

Dans la débandade de la crise, c’est chacun pour soi. Et comme c’est l’impérialisme américain qui est le plus fort, il impose aux autres le prix de la dépréciation de sa propre monnaie.

Les banques centrales des pays capitalistes ont acheté ces jours- ci des quantités énormes de dol­lars dont les propriétaires voulaient se débarrasser.

Mais là encore, cela n’a pas résolu les problèmes, à telle enseigne que récemment on a appris que plusieurs de ces gouvernements ont fermé leur circuit d’échange. Mais ces dernières mesures de prudence n’ont pas suffi à elles seules à mettre un frein à l’actuelle flambée de la crise monétaire qui dure depuis des années.

La preuve, c’est que dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 février derniers, le monde entier était informé de la décision prise à Washington de dévaluer à nouveau le dollar de 10 %.

Pourtant, l’impérialisme américain lui-même sait fort bien qu’en agissant ainsi il ne pourra pas mettre un terme à l’instabilité monétaire qui, en se perpétuant, finira tôt ou tard par ralentir le courant d’échange et conduire à la récession mondiale. Et cela, même si dans l’immédiat les grosses sociétés américaines bénéficient seules de l’actuelle dévaluation de la monnaie américaine. En effet, cette dévaluation favorisera leurs exportations vers les pays étrangers. Et en cas de crise grave, les pays sous-développés seront les plus touchés car, non seulement leur économie est faible, donc est incapable de supporter la concurrence internationale, mais encore l’économie de ces pays se trouve sous la dépendance totale de l’impérialisme. Et ce seront les masses travailleuses qui payeront les frais du système monétaire capitaliste.


L'assassinat d'Amilcar Cabral :

Le colonialisme portugais responsable d’un nouveau crime

La presse et la radio nous ont annoncé l’assassinat d’Amilcar Cabral, leader du Parti Africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert, le 20 janvier 1973 à Conakry, en Guinée.

Cet attentat est l’œuvre d’agents payés par les colonialistes portugais, agents qui se sont infiltrés dans la garde personnelle même d’Amilcar Cabral.

L’oppression qui pèse sur le peuple de Guinée-Bissau et qui l’a poussé à la révolte, est la même que celle qui pèse sur des millions d’autres pauvres en Afrique. Et pas seulement sur ceux qui subissent encore en Angola, Mozambique, à Djibouti, la domination coloniale directe.

Car en décolonisant, les impérialistes anglais, français ou autres n’ont pas cessé d’exploiter, d’opprimer les pays d’Afrique qu’ils avaient pillés et opprimés pendant des siècles.

Ils se sont contentés de partager une petite partie des richesses accumulées sur le dos des exploités d’Afrique avec des privilégiés africains.

Partout, dans tous les pays d’Afrique, le combat contre l’oppression reste encore à mener.

Mais nous devons savoir comment le mener pour que notre lutte n’aboutisse pas simplement à remplacer les oppresseurs d'aujourd'hui par d’autres oppresseurs.

Nous saluons en Amilcar Cabral, le militant qui, contre le colonialisme portugais, avait choisi la lutte. Et pour cela, pour son anticolonialisme, il avait droit à notre solidarité.

Mais nous devons dire, cependant, que la voie qu’il avait choisie n’est pas la bonne et ne peut mener qu’à une impasse. C’est la voie du nationalisme. C’est-à-dire une voie qui ne passe pas par le regroupement, l’éducation, l’élévation constante du niveau de conscience des travailleurs. Et il n’y a que cette voie-là qui puisse faire des prolétaires d’Afrique le moteur et le noyau dirigeant de la lutte pour l'indépendance nationale en même temps que pour l’émancipation sociale.


Dans le secteur sucrier

A Gardel, la direction tenta de faire venir de la main-d’œuvre étrangère à l’usine. Les travailleurs firent grève un jour de plus pour protester.

Au Comté, tout le personnel est lock-outé depuis plus de dix jours, ainsi qu’à Grosse-Montagne et à l’usine Bonne-Mère.

A Ste-Marthe, le directeur et les cadres sont allés eux-mêmes recruter des manœuvres dans les campagnes pour leur faire prendre la place des travailleurs permanents et ils travaillent sous la protection de plusieurs cars de CRS.

Mais malgré toutes les pressions et les manœuvres patronales, malgré la présence des CRS aux abords des usines, les ouvriers d’usine tiennent bon. Du 6 au 8, ils entamaient une nouvelle grève de 48 heures.


SOUTENEZ LES CANDIDATS REVOLUTIONNAIRES

La loi électorale dont nous soulignons d’ailleurs le caractère foncièrement anti-démocratique oblige chaque candidat aux élections législatives à payer une caution de cent mille A-F., de même qu’elle les oblige à prendre à leur charge les frais d’impression des bulletins de vote. A ces dépenses s’en ajoutent d’autres comme l’édition de tracts, d’affiches, etc. Et il est certain que si ces sommes ne constituent nullement un problème pour les organisations soutenues par les riches, les bourgeois, elles représentent, par contre, un obstacle important pour les candidatures ouvrières ou pour les candidats présentés par un petit groupe de militants ouvriers.

Camarade ! Soutiens Combat Ouvrier. Envoie-nous ta souscription au n° de C.C.P. 22-222-36 PARIS en précisant « pour les élections législatives ».