Site

Archives de CO/CO avant 2001/CO de 1973-74 - en travaux -/CO n° 22 du 24 janv. 1973

CO n° 22 du 24 janv. 1973


EDITORIAL

POURQUOI DES CANDIDATS REVOLUTIONNAIRES

Ainsi que nous l’avons déjà annoncé, notre tendance présente des candidats aux prochaines élections législatives. Nous serons présents dans la campagne électorale, parce que les travailleurs révolutionnaires ne doivent dédaigner aucun moyen de lutte politique, même s’il est mineur, s’il peut être utile au grand combat mené par la classe ouvrière pour son affranchissement.

Nous ne laisserons pas le monopole de l’intervention politique pendant la campagne électorale, ni aux partis qui prennent fait et cause pour la domination coloniale, ni aux formations nationalistes qui ne réclament la fin de la dépendance coloniale que pour permettre à des exploiteurs antillais de prendre la place des exploiteurs français, ni aux organisations qui ne se réclament des travailleurs que pour mieux les trahir.

Nous voulons que, même en cette occasion, puisse se faire entendre la voix des travailleurs qui en ont assez de l’exploitation, qui en ont assez du chômage, qui en ont assez de l’arrogance des usiniers, qui en ont assez de l'oppression coloniale.

Nous voulons que puisse se faire entendre la voix de ceux qui pensent que pour mettre fin à tout cela c’est aux travailleurs prendre la direction de la lutte pour l’indépendance ; c’est aux travailleurs de prendre et d'exercer le pouvoir en bannissant des Antilles toute exploitation, toute oppression. Les candidatures « Combat Ouvrier » permettront à tous ceux, ouvriers, chômeurs, petits planteurs, qui sont d’accord avec ce programme, de l’exprimer. Mais elles permettront également à tous les travailleurs qui ne sont pas tout à fait d’accord avec le programme révolutionnaire socialiste, mais qui veulent voter contre le gouvernement colonial, de le faire sans cautionner pour autant la politique du PCG et du PCM, qui se contentent de drainer les votes des travailleurs antillais en faveur de Mitterrand.

Voilà le sens de notre candidature. Mais dire cela, c’est dire également que les travailleurs ne peuvent absolument pas transformer leur sort par la voie électorale. Ces élections ne constituent en aucun cas un moyen pour les travailleurs de se libérer de l’exploitation et de débarrasser la société de la gangrène capitaliste pour la bâtir sur des bases nouvelles.

Quand bien même tous les députés des Antilles représenteraient les intérêts des travailleurs, ce qui n’est le cas pour aucun d’entre eux à l’heure actuelle, ils pourraient tout au plus dénoncer avec vigueur du haut de la tribune parlementaire l’exploitation éhontée qui se fait ici, mais ils ne pourraient en rien changer notre sort.

Et quand bien même les travailleurs de la métropole seraient eux-mêmes représentés par un grand nombre de députés dévoués à la cause ouvrière, ce qui n’est là encore pas le cas, que cela ne changerait pas grand-chose.

Le Parlement est celui des bourgeois, des riches, c’est l’enjoliveur « démocratique » de la dictature des possédants. Le pouvoir réel dans l’Etat appartient aux autres organes, non élus ceux-là.

L’assemblée des députés, le parlementarisme sont utiles à la bourgeoisie pour laisser croire aux travailleurs qu’ils peuvent pacifiquement changer quelque chose à leur sort. C’est un moyen qui permet de donner l’illusion aux couches pauvres, aux exploités qu’il leur suffira de changer quelques mauvais députés pour que les bons agissent en leur faveur.

Or, pour changer les choses, c’est l’Etat qu’il faut changer. Car l’Etat, ce n’est pas seulement la Chambre des députés. L’Etat c’est aussi et surtout les forces armées, police, gendarmes, C.R.S., sur lesquels s’appuient les patrons pour réprimer les travailleurs quand ceux-ci font grève par exemple. L’Etat c’est les tribunaux et tout l’arsenal juridique qui permet aux riches de conserver la richesse extorquée aux travailleurs.

Ce que les capitalistes et leurs hommes politiques appellent la justice, ce qu’ils appellent les « forces de l’ordre », c’est-à- dire C.R.S. et autres polices, constituent la base de l’Etat. Et c’est cela qui se dresse contre les travailleurs quand ils sont décidés à changer leur sort.

Ce n’est pas le bulletin de vote qui fera disparaître un tel Etat, mais bien la lutte farouche, organisée et consciente des travailleurs.

De même en ce qui concerne leurs conditions de vie et de travail quotidiennes, les travailleurs ne peuvent compter sur des élections pour changer quoi que ce soit d’important. Tout ce qu’ils arrachent aux patrons ce ne sont ni des députés de gauche, ni des députés de droite qui le leur ont « donné ». Ils ont dû se battre durement et imposer ces améliorations aux patrons, à la bourgeoisie. C’est vrai même pour les travailleurs des démocraties bourgeoises les plus libérales.

Cela est encore plus vrai aux Antilles où nous vivons sous le régime colonial. La moindre manifestation d’opposition à la politique actuelle du gouvernement français dans les D.O.M. est réprimée et des fois très férocement, comme cela a été le cas en mai 1967. Et toute l’histoire des Antilles est remplie de ces agissements des forces de répression qui pour un rien sont lâchées sur les travailleurs et les révolutionnaires : 1952 à Moule, 1959, répression contre les travailleurs du Lamentin, en Martinique, 1965, l’affaire Marny à Fort-de-France, 1967, Basse-Terre en mars, et Pointe-à-Pitre en mai, pour ne citer que les plus marquants. Comment croire que le bulletin de vote puisse avoir la moindre efficacité pour abattre un régime qui n’hésite pas à menacer, à arrêter, à fusiller et à massacrer dès que des travailleurs ou des révolutionnaires s’opposent à lui.

C’est justement pourquoi nous intervenons dans la campagne électorale pour combattre les illusions, les faux espoirs que bien des travailleurs nourrissent encore à l’égard des possibilités de changement par la voie électorale.

C’est justement pourquoi nous opposons notre programme à celui des partis, P.C.G., P.C.M. ou P.P.M., qui prêchent aux travailleurs la patience et l’espoir dans le bulletin de vote.

Pour cela nous devons être présents sur le terrain électoral, pour dire que les élections ne servent à rien et que seule la lutte est efficace pour permettre aux travailleurs de changer même faiblement leur sort.

Et c’est pourquoi le nombre des votes qui se porteront sur les noms des candidats «Combat Ouvrier» auront une valeur d’avertissement que les exploiteurs et les oppresseurs de tout poil comprendront. Car ils signifieront qu’une fraction de travailleurs ne se laisse plus prendre par des faux espoirs d’un changement de leur sort par le bulletin de vote. Cela vaut la peine que cet avertissement soit donné par les travailleurs.


Les travailleurs des usines à sucre en lutte

Les travailleurs de toutes les usines à sucre,ont à nouveau fait grève du mercredi 15 au vendredi 18 janvier.

Auparavant il y avait eu des grèves les 14 et 21 décembre, puis du jeudi 4 au lundi 8 janvier.

Cette série d’actions montre, si besoin était, que le mécontentement et la colère sont grands parmi les travailleurs des usines, et ce d'autant plus que le patronat fait la sourde oreille face aux revendications avancées par les ouvriers.

Les travailleurs réclament le règlement du contentieux de 1972 avant de discuter les revendications de l’année 1973, c’est-à-dire: — une augmentation de salaire totale de 7,54% sur les salaires réels avec rappel de 4,83 % à compter de juillet et de 2,50% à compter de novembre. Cette augmentation correspond uniquement au relèvement successif du SMIC à ces deux dates ;

  • une reprise à temps plein partout et une indemnisation des journées perdues pour chômage partiel ;

  • le paiement des allocations familiales pour les, périodes chômées ;

  • le calcul des congés payés pour 1973 sur la base de deux jours par mois pour les périodes chômées et le calcul normal des points pour la retraite.

Les usiniers sont entièrement responsables du chômage, partiel pour certains, total pour d’autres, dont ont été victimes les travailleurs pendant cette inter-récolte. Ils doivent donc payer la note. S'ils prétendent qu’ils ne peuvent pas, qu’ils ouvrent leurs livres de comptes et publient la liste des dépenses somptuaires faites pour les directions patronales et autres cadres.

Après avoir fait mine de ne rien comprendre, allant jusqu'à refuser de discuter de ces revendications, les usiniers essaient comme d’habitude de tromper les travailleurs en passant immédiatement aux revendications de 1973 Cette pirouette leur a permis de proposer lors d’une dernière réunion de la commission paritaire, une augmentation globale de 12,317%, afin d’essayer d’émousser la combativité des travailleurs.

En fait, ceux-ci ne s’y trompent pas, car cette augmentation ne correspond qu’à celle qui aurait dû survenir en 1972 et n’amène en définitive le salaire horaire d’un manœuvre qu’à 6 centimes du SMIC actuel, 3,77 F contre 3,71 F par heure.

La position patronale reste la même que lors de la grève dans le Bâtiment en 1971 ou celle des mêmes usiniers face aux revendications des petits planteurs. Ils présentent, lorsqu’ils sont pris à la gorge par les travailleurs en lutte, des augmentations ridicules qui ne correspondent en rien, d'une part à l'exploitation forcenée des travailleurs et d’autre part, à l’augmentation du prix des produits de consommation courante.

Jusqu’à présent, débrayages, grèves de 24 heures n’ont rien donné et le contraire eût été fort étonnant.

La CGTG a appelé cette fois-ci à un mouvement de trois jours. Il faut évidemment que les travailleurs participent massivement à ce mouvement. C'est la participation massive des travailleurs qui peut donner à ce mouvement un caractère que ses organisateurs n’ont pas voulu donner en lui imposant par avance une limite dans le temps, sans même préciser quoi faire après. De surcroît, les travailleurs devront faire preuve d’une grande méfiance vis-à-vis des dirigeants de la CGT, car la combativité relative actuelle des Songeons, Génies et autres n'est pas dénuée d’arrière-pensée électorale.

Aussi les travailleurs doivent-ils compter avant tout sur leur propre combativité et leurs propres forces pour donner à leur mouvement une grande ampleur.

Ce n’est qu’ainsi qu’ils déjoueront toute tentative de reculade de leurs dirigeants syndicaux et auront les meilleures chances de faire plier les usiniers.


Au Vietnam, l’impérialiste US a dû reculer

Nixon vient d’annoncer que la fin de la guerre du Vietnam ne saurait tarder. A Paris, l’envoyé spécial du président des Etats- Unis, Kissinger, et le représentant du Sud-Vietnam, Le Duc Tho, viennent de signer l’accord de cessez-le-feu qui doit prendre effet le 27 janvier.

Mais pour en arriver là, pour que Nixon puisse présenter le recul de l’impérialisme US au Vietnam comme « une paix dans l’honneur», il a fait subir au peuple vietnamien un surcroît d’horreur. Alors qu'on pouvait croire qu’en ce domaine le comble avait été atteint, Nixon décidait de s’engager encore plus dans le massacre. Les « B 52 » déversaient des milliers de tonnes de bombes sur Hanoï et Haïphong, les deux principales villes du Nord-Vietnam, et ces bombardements équivalaient selon les déclarations des autorités officielles, à deux Hiroshima. Et on a tout lieu de croire que ces déclarations sont bien en-deçà de la réalité. Et cela malgré la réaction de l’opinion internationale. Encore tout récemment, le 20 janvier, en France comme dans de nombreuses autres capitales occidentales, des manifestations se sont déroulées pour protester contre la politique indochinoise de Nixon. Malgré également un malaise croissant qui sévit au sein même de l’armée, la marine et l’aviation américaines où on signale des révoltes, des désertions, mutineries et refus de prendre l’air pour effectuer de nouvelles missions. Malgré tout cela, l’impérialisme américain ne s’est pas pressé d’arrêter la tuerie au Vietnam. Ce que voulait l’impérialisme américain, qui savait très bien qu’il serait contraint à plus ou moins brève échéance de quitter le Vietnam, c’était tout au moins donner un avertissement à tous les autres peuples opprimés, notamment à ceux du Sud-Est asiatique, mais aussi à tous ceux qui

auraient été tentés de suivre l’exemple du peuple du Vietnam. Un petit peuple d’un pays sous- développé a montré à tous les opprimés du monde qu’il était possible de mettre en échec même la plus grande puissance impérialiste. Et c’est ce grave précédent que l'impérialisme cherchait à effacer. Mais sur cette voie-là, l'impérialisme US sera déçu, comme l’avait été l’impérialisme français, lui aussi défait il y a vingt ans par ce même peuple, vietnamien.

Car ce que les peuples opprimés retiendront de ce qui s’est passé au Vietnam, c’est, bien sûr, la barbarie et la monstrueuse hypocrisie de l’impérialisme, mais aussi que, par leur courage, leur volonté, les opprimés peuvent contraindre l’impérialisme à reculer, en attendant de pouvoir le vaincre définitivement.

SIDOINE.


PAGE 2


LE PROGRAMME SOCIALISTE Ce que veulent les révolutionnaires

Le programme socialiste a pour but la disparition de l'exploitation capitaliste à travers le monde et de tout ce qui en est la conséquence : impérialisme, misère, chômage.

Il a pour but de créer un autre type de société, la société socialiste fondée sur l’appropriation commune des moyens de production (usines, machines, terres), et la répartition rationnelle des biens selon les besoins de chacun.

Ce but a toujours été celui des socialistes révolutionnaires depuis Marx et Engels.

Mais il ne suffit pas de l’affirmer pour qu’il se réalise, il faut agir et pour cela disposer de l’instrument efficace qui permettra de transformer la société.

En ce sens, une des tâches importantes du moment est la construction du parti ouvrier révolutionnaire qui, seul, peut conduire les travailleurs au pouvoir. C’est ce parti qui permettra aux travailleurs de prendre en main toutes les affaires du pays en chassant les exploiteurs et les colonialistes du pouvoir. Le parti ouvrier révolutionnaire serait l’instrument des travailleurs pour accomplir la révolution socialiste qui est le premier pas vers l’établissement d’une société sans exploitation, sans patrons, ni gendarmes.

Bien sûr, nous ne pensons pas que les travailleurs d’un pays comme les Antilles, petit et sous-développé, puissent bâtir une société socialiste, au sens où les révolutionnaires marxistes comprennent ce terme.

Pour nous, la société socialiste signifie sur le plan historique l’avènement d'une ère nouvelle qui doit remplacer dans le monde entier l’ère capitaliste en déclin. Sur le plan économique et social, la société socialiste est une société infiniment plus riche et plus prospère que la société actuelle. C’est la société où l’homme verra ses besoins satisfaits entièrement, avec pour seule contrepartie d’avoir à fournir à la communauté une certaine part de travail.

C’est la société où l’homme sera libéré de ses servitudes actuelles, où le travail ne sera plus une obligation fastidieuse, douloureuse et même mortelle, mais bien un aspect de l’activité humaine. L’homme ne se définira plus seulement par rapport à son lieu de travail mais par sa place dans une communauté qui lui permettra de développer pleinement ses facultés.

Cela n’est pas une utopie. Car lorsqu’on considère le potentiel économique et technique gigantesque des seuls U.S.A., on peut s’imaginer ce que deviendrait une telle puissance si elle était aux mains d’un pouvoir ouvrier socialiste. L’Etat ouvrier pourrait porter la production à un niveau bien plus grand que ce qui se fait actuellement tout en réduisant considérablement le temps de travail, en procédant rationnellement, en supprimant de fait une grande part du gaspillage capitaliste et du gaspillage d’énergie humaine par la modernisation et l’automatisation de la plupart des grandes branches d’industrie.

Les seuls U.S.A., avec leur potentiel économique, pourraient en quelques mois, en aidant réellement les pays sous-développés, faire disparaître le problème de la faim dans le monde. Ce ne sont ni les produits chimiques, ni les machines, ni les techniciens qui manqueraient. On voit donc ce que pourrait être une société dirigée par les travailleurs, établie à l’échelle du globe et s’orientant progressivement vers le socialisme.

Bien sûr, les travailleurs antillais ne peuvent résoudre qu’une partie du problème, celui de la conquête du pouvoir ici-même aux Antilles.

Mais en prenant le pouvoir, ils montreront aux travailleurs du monde entier que des travailleurs d'un petit pays sous-développé sont capables, malgré leur retard économique et culturel, de créer une société mille fois plus vivable et plus démocratique que la plus riche des « démocraties » impérialistes. Et cet exemple pourrait être d’une importance capitale pour la prise de conscience des travailleurs des nations riches, dont la victoire sur leur bourgeoisie conditionne l’avenir socialiste.

Pour préparer cet avenir socialiste, il est indispensable que les travailleurs créent au cours de la lutte pour l'indépendance leur organisation de classe, qu’ils prennent la tête de cette lutte, qu’ils prennent eux-mêmes le pouvoir afin que l'indépendance, une fois conquise, ne se limite pas à la substitution d’exploiteurs antillais aux exploiteurs français.

L’exemple de l’Algérie où, bien que les masses algériennes se soient battues pendant des années, le pouvoir politique appartient actuellement à un colonel, un représentant de la bourgeoisie algérienne, nous montre à quoi aboutit la lutte pour l’indépendance lorsque les travailleurs ne sont pas préparés, n’ont pas leur propre parti indépendant de tout autre.

Aux Antilles, les travailleurs peuvent créer un Etat indépendant de l’impérialisme. Cet Etat ne sera pas un Etat socialiste, ni économiquement développé, mais ce sera un Etat dans lequel les paysans disposeront de la terre, où les usines et les entreprises seront placées sous le contrôle de l'Etat ouvrier, un Etat où une grande partie des besoins alimentaires de la population pourront être satisfaits si la production de vivres est organisée et diversifiée selon un plan rationnel d’ensemble. Il sera possible par exemple de créer de petites industries de pêche, développer la production de jus de fruits locaux, enfin utiliser toutes les ressources et possibilités locales au maximum, en attendant que les ouvriers d’autres pays accomplissent eux aussi la révolution socialiste.

Tout cela est à la portée des travailleurs antillais. Nous croyons fermement qu’il est possible de vaincre l’impérialisme français ici, aux Antilles, nous sommes persuadés que les travailleurs pourront arracher l’indépendance et exercer leur pouvoir dans une Guadeloupe et une Martinique débarrassées de toutes les catégories d’exploiteurs.


ECHOS ECHOS


Guadeloupe, Segbag (Bâtiment)

Depuis septembre, les licenciements ont commencé par vagues successives, et la totalité des ouvriers, soit 180 travailleurs, va se retrouver sans travail à la fin du mois de janvier. Le dernier chantier étant celui de Baimbridge qui doit fermer à la fin du mois. Le prétexte invoqué est la fin des travaux, langage qu’on est habitué à entendre. Ce qui est grave dans ces vagues de licenciements que les capitalistes organisent, c’est l'attitude des syndicats qui, au lieu d'organiser la riposte contre le patronat, se contentent de justifier ce que celui-ci a organisé. C’est ainsi que 11 délégués du personnel ont reçu leurs lettres de licenciement pour le 31 janvier. Nous citons un passage de la lettre : « Suite au protocole d'accord passé entre la société et les représentants du personnel, avec l'autorisation de M. l'inspecteur du Travail, vous êtes licencié pour fin de travaux. » Donc, les représentants du syndicat Fraternité Ouvrière ont signé l'accord.

Les travailleurs ne doivent pas se sentir liés par ce qu’acceptent leurs dirigeants syndicaux. Ils peuvent, en comptant d’abord sur leurs propres forces, s'opposer à ces licenciements.

Parce que ce ne sont pas les travailleurs qui organisent la concurrence entre différents capitalistes. Ce ne sont pas les travailleurs qui obligent à faire des heures supplémentaires pour que le travail se termine plus vite, ce ne sont pas les travailleurs qui organisent la mécanisation au profit des capitalistes. Ce sont les capitalistes qui organisent la société et ce sont les travailleurs qui en subissent les conséquences (chômage, misère, licenciements, etc.) et pour maintenir cette misère les exploiteurs ont leur gouvernement et leurs forces de répression, leurs juges. Voilà comment un syndicat soucieux de la défense des intérêts des travailleurs aurait dû poser le problème et ainsi il n’aurait pas justifié ces licenciements.

Il ne s’agissait pas de capituler sans combattre, car c’est là la plus mauvaise politique pour les travailleurs. Les patrons doivent savoir que chaque tentative de licenciement risque de leur créer beaucoup d’ennuis.

Tous ces exemples de licenciements dans le Bâtiment montrent aussi que ce n'est pas au niveau d’une entreprise que la riposte doit être organisée mais au niveau de l’ensemble des chantiers. Ce n'est pas uniquement sur le plan syndical que se trouve la solution mais bien dans un combat contre l'ensemble des patrons et leurs représentants.


La culture de la banane ne profite qu’aux gros capitalistes

Selon France-Antilles, l'effondrement des cours de la banane à Londres va causer une crise économique dans les îles de Grenade, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et Dominique. C'est vraiment surprenant que France-Antilles s'intéresse à la crise économique dans ces îles, dira le lecteur naïf. C'est moins étonnant quand on lit la suite de l’article ; « Nous ne sommes pas menacés par cette crise, parce que nous sommes Français et que notre banane est protégée sur le marché français », c’est ce que dit France-Antilles par la bouche du capitaliste Hayot.

Tout ce que nous pouvons dire, c'est que, crise ou pas, les profits de la banane ne vont pas dans les poches des travailleurs martiniquais, mais dans celles des gros capitalistes et pour nous l'aide de la France signifie des journées payées à 20 F, une exploitation féroce et le mépris des contremaîtres.


Martinique : débrayages successifs à la Sofrima

C’est encore de Padoly qu'il s’agit On peut dire qu'à chaque conflit à la Sofrima, les travailleurs se trouvent en présence de ce dévoué larbin de Despointes-Lubert. Cette fois, il fut pris à parti par un travailleur qui l'envoya sur les roses. La décision de Padoly fut de licencier ce travailleur. La riposte s'organisa et c'est par des débrayages durant une semaine que les travailleurs de l'entreprise manifestèrent leur opposition. Malgré cela la décision sera maintenue.

Nous voyons donc que, tout au long d'une année, les patrons nous imposent leurs exactions : insultes, mauvaises conditions de travail, l’insécurité, paye misérable, logements indécents, et dès que nous tentons de riposter nous sommes licenciés sur-le-champ. Padoly a licencié un de nos camarades, nous luttons pour sa réintégration et nous pouvons lui rendre la vie dure quotidiennement s'il continue à jouer ce jeu.


Unimag : un prétexte suffit pour renvoyer une de nos camarades

Au magasin, il y a quelques jours, une de nos camarades, vendeuse, qui travaille depuis des années à UNIMAG, a été renvoyée. Motif : elle avait mangé quelque chose comme un biscuit sur le rayon... Mais pour un misérable biscuit, le patron ne s’est pas arrêté là, il a poussé le cynisme et la bassesse jusqu'à :

1°) lui faire signer, sous la menace de faire venir la police, un papier disant qu'elle avait volé ;

2°) aller faire fouiller chez elle pour y voir si elle ne recelait pas des articles UNIMAG.

Tout le monde était furieux, et vraiment il y avait de quoi ! Non seulement Laurent nous exploite quotidiennement de la façon la plus féroce, mais il n’hésite pas à mettre un travailleur à la porte sous le moindre prétexte et à le priver ainsi de son gagne-pain. Et son attitude dégoûtante montre bien combien il nous méprise !


Martinique : Prisunic, plutôt que des primes, exigeons un salaire décent

Avec la fin de l'année, les profits supplémentaires et l'exploitation de tout le personnel, sont arrivées les « récompenses ». Ainsi après avoir eu droit courant décembre à une gratification variable selon la tête de l'employée, son bon rendement et autre critère déterminé par la direction, nous avons eu une prime plus importante que d’habitude avec notre salaire de décembre. Certaines ont vu leur prime doublée, d'autres payées en nature (rayon alimentation), d’autres encore, n’ayant pas eu la « chance » d'être aux rayons de pointe pendant, les fêtes, ont eu une prime moins élevée...

En fait, ces quelques gratifications illusoires n’apportent que des miettes à notre salaire. C’est pourquoi il s'agit bien pour nous d’exiger un salaire décent au moyen d'augmentations réelles de 200 à 300 F par mois pour tous.

Les travailleurs n'ont que faire de la charité des patrons, ils veulent vivre décemment et qu'on leur donne ce qui leur est dû !


Martinique : Petroluzzi (Bâtiment), pour une paye régulière

A Petroluzzi, aux Trois Ilets, il y a une semaine, l'ensemble des travailleurs (200 à 300) ont arrêté le travail et se sont réunis devant le bureau du contremaître.

Que se passe-t-il ?

Les travailleurs n'ont pas l'intention de se laisser faire, car depuis plusieurs mois la date de paye n'est pas respectée par la direction.

Et durant les deux heures que la direction a prises pour résoudre le conflit, les ouvriers ont arrêté le travail afin de soutenir pratiquement leurs délégués. Ce mouvement d’ensemble des travailleurs, n'en doutons pas, a fait réfléchir la direction, et la décision de payer était prise pour le lendemain.

De cette victoire, les travailleurs peuvent d'emblée tirer deux leçons :

1°) Que lorsqu'un patron nous dit qu’il n'a pas d'argent, n'hésitons pas à voir là un mensonge aussi gros que lui.

2°) Que c'est par la grève que nous avons pu arracher ce qui nous est dû à ce patron vorace. Comme quoi, mieux nous serons organisés et plus sera averti, ce patron qui croit avoir tous les droits.


PAGE 3


Les révolutionnaires face aux prochaines élections

MEETING COMBAT OUVRIER à la Mutualité de Pointe-à-Pitre

Le vendredi 12 janvier, environ 150 personnes étaient réunies à la Mutualité de

P.A.P., à l'appel de notre journal. C’est devant une salle composée de nombreux travailleurs, de jeunes, de femmes, sympathisants de Combat Ouvrier, que, pour la première fois, devait être expliquée notre position face aux prochaines élections législatives.

Le premier orateur annonça qu’il y aurait des candidatures révolutionnaires à la Guadeloupe et à la Martinique et il y aurait donc une campagne électorale des révolutionnaires marxistes.

Le deuxième camarade s’adressait plus particulièrement aux militants et sympathisants du P.C.G. et du P.C.M. De nombreux travailleurs suivent encore ces partis mais ont de très sérieuses raisons de leur manifester leur désapprobation sur leur politique. Les P.C.G. et P.C.M. leur demandent de leur faire confiance pour qu’eux-mêmes fassent confiance à la « Gauche », en France, afin qu'elle se penche, si elle parvient au pouvoir, sur le sort des populations des Antilles.

Il s'agit là d'une politique de pure passivité qui consiste à remettre le sort des travailleurs au hasard de ce qui se passera en France, à 7000 km, et à la bonne volonté de Mitterrand et Marchais.

C'est pourquoi, Combat Ouvrier demande aux militants, aux sympathisants, à tous les travailleurs qui votent pour les P.C.G. et P.C.M. de se désolidariser d’une telle politique, en votant pour les candidatures révolutionnaires.

Ils pourront le faire, sans pour autant faciliter la tâche de l’U.D.R., en votant pour nos candidats au premier tour. Car, au deuxième tour, afin de ne pas faciliter la tâche des candidats du colonialisme (U.D.R.), nous ne mettrons, même indirectement, aucun obstacle à l’élection de candidats du P.C.G. et P.C.M.

Le troisième orateur, lui, devait aborder la question importante de notre programme, de notre combat, et de la lutte pour le socialisme.

Il souligna la nécessité, pour mener à bien cette lutte contre l’exploitation tyrannique des capitalistes, d’une organisation internationale des travailleurs. Mais, poursuivait notre camarade, c’est bien à la Guadeloupe et à la Martinique que les travailleurs en s’organisant pourront accaparer les usines, les terres, prendre le pouvoir politique, et cela, ils auront à le faire sans attendre que la révolution éclate dans d'autres pays.

Pour balayer la bourgeoisie dans leur propre pays, les travailleurs devront construire un parti ouvrier indépendant de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie.

Après ces trois interventions, un participant nous demanda des précisions sur la place que Combat Ouvrier accordait aux chômeurs, sur ce que nous pensions de la religion et enfin quel serait le rôle d’un éventuel député révolutionnaire. Un camarade précisa ainsi les positions de notre journal. En particulier, en ce qui concerne les chômeurs, répondit-il, pour nous ce sont des travailleurs victimes du capitalisme et du chômage organisé par lui. Les chômeurs font partie intégrante de la classe ouvrière et leur organisation est aussi importante que celle des travailleurs actifs.

La réunion devait se terminer vers 22 h.

Avant de se séparer, les participants pouvaient lire les panneaux Combat Ouvrier sur lesquels étaient réunis les articles de notre journal sur les élections et différents textes sur le rôle des travailleurs dans la lutte pour l’indépendance et sur le socialisme.
Henri BULVER.


LES NATIONALISTES FACE AU PROBLEME
POSE PAR LES ELECTIONS LEGISLATIVES


Martinique. Le GRS soutient Césaire et le PCM

Dans un meeting tenu à Fort-de-France le 10 janvier 1973, Delepine, au nom du G.R.S., rendit publique la position du G.R.S. sur les prochaines élections législatives.

Le G.R.S. a décidé de soutenir le Parti Progressiste Martiniquais dans la circonscription du centre (Fort-de-France) et le Parti Communiste Martiniquais dans les deux autres circonscriptions.

Le raisonnement alambiqué présenté par Delepine est le suivant : les élections vont être l’occasion d’un déferlement démagogique des nationalistes petits-bourgeois ; ceux-ci ayant plus de chance d’être des interlocuteurs possibles de l’impérialisme que le P.C.M., il est donc important de soutenir ce dernier pour faire pièce à une montée nationaliste.

Par contre, dans le centre la politique du P.C.M. ne se distinguant pas de celle du parti de Césaire, on peut donc soutenir le P.P.M.

L’ennui dans tout cela, c'est que le G.R.S. fait mine d’oublier que le principal représentant du P.P.M. n’est pas Marie Jeanne ou Désiré, mais Césaire, et que le P.P.M. est aussi petit-bourgeois et nationaliste au centre qu’ailleurs ! Mais voilà, au centre, c’est Césaire et le mythe qui l’entoure que le G.R.S. aurait eu à combattre. Or pour le faire, il aurait fallu défendre une autre politique que celle du P.P.M.

Voilà donc une bien curieuse façon de régler les problèmes. Pour combattre les nationalistes et leur démagogie, le G.R.S. va

soutenir le plus modéré des nationalistes : Césaire.

Dans les deux autres circonscriptions, c'est le P.C.M. qui bénéficiera du soutien du G.R.S.

En soutenant le P.C.M. dès le premier tour, le G.R.S. s'apprête purement et simplement à cautionner la politique d’illusion menée par ce parti. Verrons-nous Delepine prêcher qu'il faut compter sur la victoire de l’Union populaire en France et sur Mitterrand pour accorder leur liberté à la Martinique et à la Guadeloupe ? Car en fin de compte, soutenir le P.C.M. dans les circonstances actuelles et dès le premier tour ne signifie rien de moins.

A y regarder de près cette attitude du G.R.S. n’est guère surprenante et contient même un fond de logique, car tant qu’aucun problème politique d'une relative importance ne se pose à lui, le G.R.S. peut caracoler sur la gauche du P.P.M. et du P.C.M. sans que cela lui pose trop de problèmes. Il peut être plus radical dans certaines attitudes que le P.C.M. ou le P.P.M., notamment sur le plan de l’anti-colonialisme. Mais lors des élections, il lui aurait fallu se présenter non pas comme étant plus activiste, plus décidé, mais comme quelque chose d’autre que P.P.M. et P.C.M. D’autant plus que ces partis ne se laissent guère déborder sur le terrain démagogique, au moment des élections; et, à ce jeu là, ils sont encore plus forts que le G.R.S. En face d’eux ce n’est pas un surcroît de radicalisme nationaliste qu’il faut mais bien un autre programme, différent du leur, d’autres perspectives que les leurs. Cela, le G.R.S. ne pouvait le faire. Il ne pouvait aller contre sa propre nature et le milieu qui le soutient habituellement.

Bien plus, le G.R.S. a agi comme une fraction responsable du mouvement nationaliste.

En réalité, Delepine soutiendra Césaire et le P.C.M. parce qu’en fin de compte rien de fondamental ne les sépare. En dépit de ses déclarations, le G.R.S. n’est rien de plus qu’une aile un peu plus radicale que le reste du courant nationaliste. En refusant de s'opposer à ce courant d'une manière ou d'une autre, le G.R.S. est fidèle à sa nature.

Claire GOYA


Guadeloupe : Le Gong prône l'abstention

Le GONG vient de rendre publique sa position sur les prochaines élections. Il appelle « les travailleurs et tous ceux qui aspirent à un changement réel et profond : — à refuser leurs suffrages aux différents candidats, les 4 et 11 mars 1973 ».

Le Gong prend position donc pour l'abstention qu’il qualifie lui-même de « révolutionnaire ». Après avoir montré, et cela à juste titre, que les élections sont « un bal réglé d'avance où chacun joue sur sa partition », il en conclut qu’il faut s’abstenir. Cela parce que « les élections législatives sont une affaire intérieure française et ne concernent pas le peuple guadeloupéen ». Et il ajoute, dans sa déclaration publique : « pour ce qui est des autres types d’élections il appartient à l’organisation d’avant-garde des ouvriers et paysans pauvres, le Gong, de déterminer la ligne que les travailleurs doivent suivre ».

Ces propos résument bien le fond de la position du Gong. Que les élections soient une farce, qu’elles ne puissent en rien changer le sort des travailleurs, c’est vrai. Mais c'est aussi vrai aux municipales qu’aux cantonales ou qu’aux législatives. Et si le Gong appelle à s’abstenir, c’est principalement sous le prétexte que les législatives sont « françaises ». Mais c’est aussi vrai pour les autres types d’élections, car elles sont organisées en Guadeloupe et en Martinique en même temps qu’en France, sous les mêmes lois et par les mêmes représentants de la bourgeoisie, préfets et autres, défendus par les troupes de l’impérialisme français.

En réalité, malgré l'aspect « radical » de sa position, le Gong cultive en fait des illusions électoralistes : nous participons à condition que cela nous concerne et puisse changer notre sort. C’est ainsi qu’il écrit :

« Seul un référendum sur l’autodétermination suivant notre conception léniniste du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes peut et doit concerner le peuple guadeloupéen ».

Opposer l’utilisation du bulletin de vote, lors d’un tel référendum, à celle du même bulletin de vote lors des législatives, signifie effectivement lui accorder dans le premier cas une efficacité que, même dans ce cas, il n’a pas.

Pour nous ni lors des élections « françaises », ni lors d’un référendum les travailleurs ne doivent confier leur sort au bulletin de vote.

La question ne se présente pas sous l’angle présenté par le Gong, car cela signifierait qu’en aucune époque, en aucune circonstance on ne pourrait participer à des élections.

Car nous le répétons, ce n’est pas ce moyen qui permettra aux travailleurs de changer en rien leur sort.

Par contre, nous pensons que les différents types de campagnes électorales, « françaises » ou pas, dès lors qu’elles se déroulent ici-même, donnent la possibilité de dénoncer devant tous les travailleurs et tout le peuple les agissements du pouvoir colonial, des patrons. Cela permet de dénoncer la politique réformiste et passive des Partis communistes guadeloupéen et martiniquais, de tous ceux qui disent aux travailleurs antillais d’attendre qu’un gouvernement de gauche vienne au pouvoir... en France, cela permet de s'adresser à tous les travailleurs qui, malgré le fort pourcentage d’abstentions qui se manifeste aux élections, continuent d'accorder au bulletin de vote une importance. Nous avons à dire à ceux-là que la liberté politique, l’indépendance ne seront pas obtenues par la voie parlementaire, qu’aucune revendication des travailleurs et de la paysannerie pauvre ne pourra être satisfaite par le moyen des élections.

Pour dire cela, pour développer une large campagne d’explication et de mobilisation des travailleurs dans un moment d’intense activité politique, nous participerons aux élections. Et contrairement au Gong, c’est en allant contre toute illusion électoraliste, quelle qu’elle soit, que nous présenterons nos candidats. Pour les révolutionnaires, il n’y a pas de terrain à dédaigner d’emblée. Si demain, au moment des élections, de grandes batailles des travailleurs étaient déclenchées, alors nous pourrions abandonner la participation à ces élections. Mais, pour l’instant, rien dans la situation actuelle ne nous permet de nous détourner de ce terrain. Georges RASSAMY.



PAGE 4


DJIBOUTI TRANSFORME EN CAMP DE CONCENTRATION

Le récent voyage de Pompidou à Djibouti a donné lieu à toutes sortes de déclarations hypocrites sur l'accueil chaleureux, sur l’attachement des populations à la France...

Mais derrière toutes ces belles phrases, se cache en réalité tout autre chose. Djibouti est en effet la dernière colonie de la France en Afrique. Petit territoire de 125.000 habitants, il compte 80% de chômeurs qui n'ont aucune sorte de revenus ; il n’existe pas d’indemnité de chômage ou autre.

En face, l’administration colonialiste est opulente. il suffit de rapatrier sa solde, déjà élevée, pour qu’elle soit transformée en francs avec un coefficient de 2,6.

Pour briser toute réaction éventuelle, le gouvernement français a installé un dispositif militaire particulièrement imposant ; il y a à Djibouti un tiers de l’ensemble des effectifs stationnés dans toutes les colonies : 5194 hommes, un militaire pour 25 habitants.

Théoriquement, Djibouti est un territoire autonome ; cela se caractérise par une chambre de députés dont 30 sur 32 sont partisans d’Ali Aref, président du Conseil de gouvernement du territoire français des Affars et des Issas.

Tous ces gens ne servent en fait que les intérêts des colonialistes français.

Cette démocratie bidon, faite de pression militaire ouverte pendant les élections, de fraude, de bourrage d’urnes, est censée prouver l’assentiment populaire à la domination coloniale. Mais ce n'est pas à l’occasion de ces consultations faussées à la base que la population de Djibouti manifeste ses véritables sentiments. Elle l’a fait hautement et clairement, sans équivoque possible lors du passage de De Gaulle en 1966 : la population avait manifesté aux cris de « Vive l’indépendance ». Mais après chaque manifestation, la répression s'abat plus féroce encore. Après le passage de De Gaulle, le gouvernement fait installer un barrage tout autour de Djibouti. Une enquête publiée récemment le décrit ainsi : « Deux boyaux de barbelés délimitent une bande de terrain minée et parsemée de tessons de bouteilles (...)

L’ensemble a été perfectionné sur tout le parcours par l’érection d’un grillage électrifié. Des légionnaires postés dans des miradors surveillent le tout jour et nuit, la détente facile ».

Ce barrage est efficace ; 4 jeunes Issas, pour avoir voulu le franchir en décembre 1972, ont été purement et simplement abattus par les légionnaires.

Nous pouvons mesurer toute l’hypocrisie quand Pompidou déclare à la population : « Vous êtes français parce que vous voulez l’être et le rester... » et cela dans une ville qui, un peu avant l’arrivée de Pompidou, fut littéralement envahie par les policiers, gardes territoriaux, gendarmes, parachutistes de la légion étrangère.

Mais tout ce formidable appareil politico-militaire ne pourra pas empêcher les opprimés des colonies, ceux de Djibouti comme ceux des Antilles, de s’organiser pour se débarrasser de la sangsue colonialiste.


L’EXPLOITATION DES TRAVAILLEURS NOIRS
DANS LES FABRIQUES D’ACIER AMÉRICAINES

Nous extrayons les passages suivants d’un article du journal Spark, article qui traite des conditions d'exploitation des travailleurs noirs dans les industries de l’Acier.

« Si tu es blanc, tu as tous les droits, si tu es noir, tiens-toi à l’écart ». Cette vieille rengaine raciste est encore très souvent le critère pour l’embauche et les avancements. Malgré des années de protestation pour mettre fin à de telles habitudes, cette règle est encore en vigueur dans l'industrie de l'Acier. C'est même pire, un travailleur noir de l'acier n’est pas seulement rejeté vers les postes sous-payés, mais ces postes sont de surcroît les plus sales et les plus dangereux.

Les travailleurs noirs de l'acier

sont concentrés dans le premier quartier de la fabrication de l'acier dans les laminoirs. Cela comprend les fours à charbon, les hauts fourneaux, les fours électriques, les fours à sole, et les fours à base d'oxygène. Les places les plus dégueulasses des laminoirs.

Dans l'East et le Mid-West, près de 80 % de travailleurs de fours à charbon sont noirs. Dans le Far-West, la même proportion est atteinte par les Chicanos et les Noirs.

Une étude publiée au début de cette année montre que le risque d'attraper un cancer du rein est 7,5 fois plus élevé pour les travailleurs de l'acier.

La même pollution qui est la cause des cancers du rein, affecte aussi les poumons et les autres organes.

La politique raciste des syndicats des travailleurs de l'acier facilite le maintien de la mauvaise situation des travailleurs noirs de l'acier. Dans certains cas, les syndicats marchèrent main dans la main pour rejeter les travailleurs noirs. Le travail de classification et le système de l’ancienneté négociés par les syndicats ont été les plus importantes barrières à la promotion des travailleurs noirs de l’acier.

Cela ne devrait pas être une surprise, car le syndicat contrôlé bureaucratiquement est ignorant des besoins de la plupart de ses membres. Le racisme ne fait qu'aggraver cette situation pour les travailleurs noirs. Les syndicats se désintéressent tellement de cette question que dans toute l’histoire du syndicat aucun travailleur noir de l’acier n'a jamais été parmi les 28 membres de la Commission exécutive.(...)

Le racisme est le principal moyen par lequel les compagnies et les syndicats perpétuent les divisions des travailleurs. Cependant, les travailleurs noirs de l'acier commencent à s’organiser contre les pratiques racistes qui ont cours dans l'industrie de l’acier.

En le faisant, ils sont amenés inéluctablement à combattre non seulement les directions syndicales mais aussi le patronat et finalement la société dans son ensemble.

Tandis que les travailleurs de l’acier qui se tiennent à l’écart ou qui sont eux-mêmes racistes font le jeu des patrons. Tant qu'une partie des travailleurs accepte qu’un groupe d’ouvriers soit opprimé, il retarde l'émancipation de tous les travailleurs de l’exploitation capitaliste.


Les travailleurs africains en France : Logements infects et matraques policières

Depuis quelques années, les capitalistes français font un large appel à la main-d’œuvre étrangère.

De toute cette main-d’œuvre émigrée, l’une des plus défavorisées est très certainement la main-d’œuvre originaire des différents pays d’Afrique francophone.

Dans la plupart des cas, les travailleurs africains sont entassés par l'administration ou par des propriétaires d’immeubles dans des taudis ou des usines désaffectées. De tels locaux manquent la plupart du temps du confort le plus élémentaire : sanitaires peu nombreux et délabrés, chauffage insuffisant voire même inexistant, interdiction du droit de visite, etc. Et tout ceci pour des loyers exorbitants, compte tenu de ce qui précède et compte tenu surtout du fait qu'ils vivent à plusieurs dans la même chambre. La presse a ainsi révélé que certains « marchands de sommeil » encaissaient pour une seule chambre des loyers mensuels de l’ordre de 850 F ou plus !

Nos camarades africains ne sont pas restés passifs devant un tel état de chose. Depuis plusieurs mois, il y a eu de nombreuses grèves des loyers dans les foyers. Et les travailleurs se sont organisés pour présenter des listes. Les revendications portent sur le montant des loyers mais aussi sur leur relogement collectif dans des conditions décentes. Grâce à leur solidarité, nos camarades ont réussi dans certains cas à obtenir que leurs revendications soient satisfaites. Mais la préfecture et la police n’ont pas tardé à contre-attaquer. La plupart des taudis dans lesquels existent des foyers de travailleurs africains sont achetés par des promoteurs de l’immobilier et voués à brève échéance à la destruction.

Et c’est ainsi que des travailleurs sont de plus en plus fréquemment expulsés de leur foyer par la police agissant sur instructions des promoteurs immobiliers, et ceci le plus légalement du monde.

C’est ainsi que le 18 janvier dernier, environ un millier de policiers armés de mousquetons, fusils, lance-grenade, boucliers, etc. procédèrent à l’expulsion des 370 travailleurs africains du foyer de la rue Bisson dans le 20e arrondissement de Paris dès 8 h du matin. Toutes les issues de la rue Bisson furent rapidement bloquées et tous ceux qui se trouvèrent dans la zone ainsi contrôlée, durent subir des vérifications d’identité et parmi elles, vingt-sept personnes furent interpellées, conduites au commissariat central du 20e arrondissement où elles restèrent toute la journée. Parmi ces personnes, quelques militants venus apporter leur soutien aux expulsés, mais aussi

les simples passants, des habitants du quartier se rendant à leur travail.

Devant un tel déploiement de forces, et en l’absence d’une sensibilisation et d’une mobilisation générale de tous les travailleurs du quartier, nos camarades africains furent obligés d’entasser leurs effets dans deux ou trois camionnettes et se trouvèrent dirigés sur trois centres différents.

Une fois de plus, l’Etat des bourgeois a ainsi montré que, pour lui, les travailleurs immigrés ne sont en France que pour accroître le Capital. Et que le seul droit qui leur est laissé est celui de se taire et d’accepter leur sort.