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CO n° 21 du 3 janv. 1973


Militants et électeurs du PCG et du PCM

Ne permettez pas que votre parti utilise vos votes pour remettre votre sort entre les mains de Mitterrand et de Marchais


Vous vous apprêtez, lors des prochaines élections législatives, à condamner la politique du gouvernement français aux Antilles et à prendre position contre la situation sociale et politique qui y règne.

Comme la majorité des travailleurs, vous en avez assez de subir l'exploitation féroce de la poignée de capitalistes qui mettent en coupe réglée la Guadeloupe et la Martinique. Le chômage et la misère qui s’étalent dans le pays provoquent votre colère. Vous en avez assez de voir loger les travailleurs dans tes quartiers les plus insalubres des villes et des communes, dans de misérables cases de bois, sans aucun confort, ni eau, ni électricité.

Vous en avez assez de voir s’étaler sous vos yeux le luxe insolent de ceux que votre travail enrichit, pendant que la majorité du peuple laborieux croupit dans la misère.

Lors des dernières élections municipales qui se sont déroulées à Sainte-Anne et à Rivière-Salée, vous avez été indignés par le cynisme avec lequel la fraude fut organisée par les autorités coloniales. De même que vous êtes révoltés par le déploiement permanent des forces policières, les répressions en tous genres que nous subissons : fusillades de 1967, mutations et licenciements de fonctionnaires anticolonialistes, procès et inculpations politiques en cascade.

Oui, vous en avez assez !

Vous voulez que prenne fin l’exploitation éhontée des travailleurs ; vous voulez que la masse des jeunes qui sont sans travail et sans perspectives trouvent un emploi, que les travailleurs en activité ne soient plus réduits à vivre de ces maigres salaires qui ont cours aux Antilles. Vous voulez que cela change ; que notre pays ne soit plus la chasse gardée par CRS et gendarmes, de quelques grosses sociétés françaises qui, depuis trois siècles, y règnent en maîtres.

Vos partis, le PCG et le PCM, vous disent que cela changera si vous votez pour eux, si vous leur faites confiance. Ils vous demandent de les envoyer renforcer les rangs des Mitterrand, Fabre, Marchais et autres, à 7.000 kilomètres d’ici, et c’est là que se décidera notre sort, loin de vous, loin des travailleurs antillais, sans aucune possibilité d’intervention de leur part.

Même si la majorité de travailleurs votait ici, aux Antilles, pour les PCG et PCM, cela ne changerait rien à rien, même sur le plan électoral. Encore faudrait-il qu’il y ait une majorité en France pour l’Union Populaire, et c’est cette majorité qui est décisive. En fin de compte, la seule perspective que ces partis vous proposent, même sur le plan électoral, c’est d’être des spectateurs passifs du jeu électoral qui se déroule à 7.000 kilomètres d’ici. Et même si ce jeu où nous sommes conviés comme simples spectateurs se déroule réellement tel que le souhaitent le PCG et le PCM, est-ce que cela changera en quoi que ce soit notre sort à nous, travailleurs antillais ?

Tout cela montre dans quelle politique d’incertitude et de passivité vos partis vous enferment.

Même si l’Union Populaire venait au pouvoir, cela ne signifierait en aucune manière un changement pour nous, travailleurs des Antilles. Notre avenir ne dépend pas des changements de majorité qui s’opèrent à l’Assemblée nationale. Si l’UDR est battue aux prochaines élections, et si l’Union Populaire arrive au pouvoir, cela ne voudra certainement pas dire que gendarmes, CRS, képis rouges et autres seront retirés des Antilles, que la terre sera distribuée aux paysans pauvres ou que nous pourrons prendre en main le pouvoir politique aux Antilles, car l’Union de la Gauche n’a pris aucun engagement net et précis sur quoi que ce soit d'important susceptible de changer notre sort, ni en ce qui concerne l’amélioration des conditions d’existence des travailleurs, ni en ce qui concerne la fin de l’oppression coloniale.

Le PCG et le PCM, en réalité, espèrent une négociation avec l’Union Populaire si elle vient au pouvoir. Ils espèrent que les quelques phrases vagues sur l’autonomie ou l’autodétermination qui sont contenues dans le programme de l’Union Populaire leur permettront d’avoir gain de cause.

Ils vous demandent de voter pour eux afin qu'ils puissent, si l’Union Populaire vient au pouvoir, demander respectueusement à Mitterrand de changer quelque chose ici.

Ce que vous proposent vos partis revient purement et simplement à leur faire confiance à eux, qui font confiance à Mitterrand et à Marchais. Le seul rôle qu’ils vous accordent est un rôle passif : faire confiance et attendre.

La politique de vos partis consiste à se fier au hasard ou à la chance, ils vous disent : «Avec un peu de chance, l’Union Populaire sera victorieuse et cela résoudra vos problèmes ».

Nous avons mieux à faire que d’attendre patiemment, les mains jointes, en espérant que Mitterrand fera quelque chose pour nous.

Les travailleurs antillais ont mieux à faire que de compter sur une hypothétique victoire de l’Union Populaire en France.

D’autant plus que même en ce qui concerne les travailleurs français, les leaders de l’Union Populaire, Marchais, Mitterrand et autres n’ont pris aucun engagement précis. Là aussi, ils appellent les travailleurs à les envoyer au pouvoir en leur signant un chèque en blanc.

PCG et PCM leur emboîtent le pas et vous appellent à faire de même. Ils se font les intermédiaires entre les travailleurs antillais et les Mitterrand, G. Mollet et compagnie. Ils veulent tout simplement déverser au profit de ces gens-là, la confiance que vous leur accorderez, et cela sans aucune garantie sur l'avenir.

Car il y a bien des raisons de vous méfier des Mitterrand, et même du PCF, car lorsqu’ils ont été au gouvernement dans le passé, ils ont mené une politique contraire aux intérêts et des travailleurs de France, et des travailleurs des pays colonisés. En 1956, les socialistes, en la personne de G. Mollet notamment, étaient au gouvernement. Ce sont ces socialistes qui firent intervenir l’armée en Egypte lors de l’affaire de Suez. C’est le même G. Mollet, grâce aux pouvoirs spéciaux, votés aussi par le PCF à l’Assemblée, qui envoya le contingent en Algérie, étendant ainsi la guerre contre le peuple algérien. Mitterrand, lui, pendant la guerre d’Algérie, fut ministre et proclamait sa volonté de voir l’Algérie rester française. Et ni les uns, ni les autres n’ont jamais, nulle part, renier leur passé d’oppresseurs de colonies.

Voilà les hommes et les partis qu’on vous appelle à soutenir en vous disant qu’ils faciliteront nos luttes, ici, aux Antilles !

MILITANTS, SYMPATHISANTS DU PCG ET DU PCM !

Il y a mieux à faire que cela. Il y a une autre politique possible que la passivité qui vous est présentée par vos partis. Les travailleurs qui se sont battus lors des grandes grèves de 1971 et du début de 1972 n’ont pas compté sur ce qui se passait en France pour se battre.

Les ouvriers du bâtiment, dont la combativité ne faiblit pas depuis deux ou trois ans, n’ont pas attendu les élections pour lutter afin d’améliorer leurs conditions de vie et de travail. Nous les révolutionnaires, nous pensons qu’il est possible aux travailleurs, en s’organisant, en se mobilisant, en se battant ici même, d’obtenir satisfaction pour leurs revendications. Il est possible d’arracher des augmentations de salaires, d’améliorer la situation de l’emploi à condition que les travailleurs prennent en main la direction de leurs propres affaires ; c'est justement la confiance aveugle en Ibénéee, Lamon, Guitteaud qui, eux-mêmes, livrent notre sort à Mitterrand, Marchais et autres, qui ne permet pas d’obtenir ces changements.

Nous croyons profondément qu’il est non seulement possible de se battre et d’obtenir satisfaction sur des revendications partielles, économiques, mais encore que les travailleurs peuvent faire bien plus que cela. Ils peuvent ici même engager, en comptant avant tout sur leurs propres forces, la lutte pour prendre en main les affaires de la Martinique et de la Guadeloupe, ils peuvent conquérir l’indépendance.

En s’organisant, les travailleurs pourront entraîner avec eux la majorité du peuple dans la lutte. Ils pourront rendre les Antilles invivables aux colonialistes et à tous les exploiteurs et les contraindre à plier bagages. Cela, malgré les CRS, malgré les gendarmes et malgré toutes les formes de répression qui ne manqueront pas de s’abattre sur nous.

Si au lieu de se dessaisir de la direction de leurs affaires au profit de Mitterrand, Marchais, Lamon, Ibénée ou autre, les travailleurs se donnent les moyens matériels et humains de s’organiser, ils ont la force de se débarrasser de la tutelle oppressante du colonialisme, de prendre la direction des Antilles indépendantes, et de garder le pouvoir sans l’abandonner à d’autres exploiteurs, Antillais cette fois.

CAMARADES QUI SOUTENEZ LE PCG ET LE PCM, vous avez eu bien souvent à vous plaindre de la politique de vos partis.

Vous vous posez des questions sur la volonté réelle de changement de vos partis. Vous ressentez l’apathie et la passivité de leur politique, vous savez qu’en dehors de la conquête, de municipalités et des luttes électorales en générai, vos partis ne font pas preuve d’une volonté farouche de lutter contre l’exploitation capitaliste et contre l’oppression nationale. Et pourtant, s’ils voulaient, ils pourraient le faire, ils en ont les moyens, car vous êtes encore nombreux à lui accorder vos soutiens.

Pourtant, malgré cela, malgré vos réserves, malgré ce que vous leur reprocher, malgré votre peu d’enthousiasme à vous fier à Mitterrand et autres, vous pensez que c'est en votant pour vos partis que vous ferez le geste le plus efficace. Car vous pensez sans doute que, face aux politiciens qui portent la responsabilité directe de l'oppression que nous subissons, les hommes de l’UDR et ceux qu’elle soutient, il faut voter pour les candidats du PCG et du PCM.

Vous avez raison de ne pas vouloir, en aucune manière faciliter la tâche à l’UDR. Cela nous le pensons aussi. Et même si nous avons la conviction qu’un député du PCG ou du PCM de plus ou de moins ne changera en rien notre sort, nous ne voulons pas favoriser, même indirectement, les candidats du gouvernement. Aussi, au deuxième tour, notre tendance ne mettra aucun obstacle aux candidats de vos partis.

Mais nous pensons également qu’il serait néfaste que le PCG et le PCM voient dans les votes en faveur de ses candidats une approbation de sa politique passée, de sa passivité présente. Il serait néfaste qu’ils puissent se prévaloir de vos votes pour justifier leur opposition aux luttes des travailleurs contre l’oppression nationale et sociale.

MEMBRES, ELECTEURS DU PCM ET DU PCG, le seul moyen de vous désolidariser non pas de vos partis, mais de la politique qu’ils mènent et que vous-même, en votre intérieur, vous réprouvez, c’est de voter au premier tour pour les candidats révolutionnaires. Le seul moyen de montrer que vous n’admettez pas que l’on dépose vos intérêts aux mains des Mitterrand et compagnie, c’est de voter pour les candidats de Combat Ouvrier.

Nous les révolutionnaires, nous ne croyons pas à l’efficacité des élections comme moyen d'émancipation des travailleurs... Mais si ces élections peuvent avoir une efficacité, ne fut-ce que comme avertissement à la fois aux exploiteurs, mais aussi aux dirigeants qui se réclament de nous, tout en défendant mal ou pas du tout nos intérêts, elles ne peuvent en avoir qu’à la condition qu’une fraction significative des travailleurs antillais montre, par son vote, qu’elle n’est plus dupe des faiseurs de promesses.

C’est cette possibilité-là que nous, Combat Ouvrier, nous voulons donner aux travailleurs antillais au premier tour, il est de l’intérêt de tous les travailleurs antillais, il est de votre intérêt, militants et sympathisants du PCG et du PCM de voter au premier tour pour les candidats de Combat Ouvrier.



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Pour une action d’ensemble des ouvriers d'usine

Entre le 27 novembre et le 2 décembre, la CGTG a appelé les travailleurs de toutes les usines à sucre

à des réunions sur leurs lieux de travail et à des débrayages.

Le but de ces différentes actions étaient d’obtenir :

  • La hiérarchisation des augmentations du SMIG dès le 1er juillet et le 1er novembre sur les salaires réels y compris pour les ouvriers agricoles.

  • La reprise du travail à temps plein pour tous les travailleurs et dans toutes les usines.

  • L’indemnisation des journées perdues pour le chômage partiel.

  • Le paiement intégral des allocations familiales pour les périodes de chômage.

  • Le calcul normal des congés payés sur la base de deux jours par mois pour les mêmes périodes.

En outre, la CGTG tenait à manifester son mécontentement face au refus du patronat de réunir la commission paritaire, ce dernier reniant par ce refus un accord signé le 22 octobre 1972 avec tous les syndicats ouvriers.

A notre connaissance, cette série de réunions et de débrayages de quelques heures n'a encore rien donné... Il semble que le patronat fasse la sourde oreille.

La CGTG, quant à elle, promet des actions de plus grande envergure en cas d’échec des premières tentatives. Pour voir satisfaire leurs revendications, les travailleurs devront prendre au mot leurs dirigeants syndicaux et se mobiliser non pas pour quelques débrayages par-ci, par-là, mais pour une action d’ensemble de tous les travailleurs d'usines à sucre.


ECHOS ECHOS ECHOS


MARTINIQUE : Dracius insulte et licencie un travailleur... la police vole à son secours

Le vendredi 8 décembre, un incident se déroulait aux établissements Dracius, aux Terres-Sainvilles. Dracius voulait faire démonter un accu par un employé. Celui-ci répondit au patron qu'il ne pourrait pas le faire, n’ayant aucune qualification dans ce métier ; aussitôt, Dracius mit à pied l’employé pour une durée de quinze jours. L’employé demanda alors son compte, ne voulant plus travailler chez Dracius. Celui-ci insulta alors l’employé qui répliqua par un bon coup de pied. Une employée à la solde de Dracius appela la police qui embarqua non Dracius mais le travailleur.

C’est toujours ainsi que cela se passe chez les patrons comme Dracius. Ils prennent les travailleurs pour des chiens et les insultent. Et quand ceux-ci se révoltent, ils font appel à la police qui est à leur service. Contre les patrons, leurs valets et leurs chiens de garde, les travailleurs doivent s’unir pour riposter.


MARTINIQUE : Licenciement abusif aux Ciments Antillais

Le dimanche 3 décembre, un travailleur des Ciments Antillais se faisait mettre à la porte par le directeur de l'usine. Ce patron, comme tous les patrons, très soucieux du rendement, a déclaré avoir surveillé pendant plus de trente minutes sur un silo (à plus de 200 mètres sur une hauteur de 40 mètres) cet ouvrier qui, d’après lui, est le roi des fainéants.

Ainsi, ces gens qui sont payés pour ne rien faire ou plutôt pour veiller à ce que les autres travaillent prétendraient juger, contrôler notre travail et, en plus, ils s’arrogeraient le droit de nous licencier.


GUADELOUPE. Unimag : exploitation éhontée des travailleurs

Au dépôt Unimag de Jarry, Deravin se moque complètement de la santé des travailleurs : du moment qu'ils travaillent, c’est tout ce qui compte, et cela dans n’importe quelles conditions. C’est ainsi que nous n’avons jamais entendu parler de médecin du travail dont la visite est pourtant obligatoire au moins une fois par an, et plus souvent pour les sujets affectés à des travaux comportant des risques particuliers.

Eh bien, l’autre jour, une de nos camarades qui travaille à en­sacher les pommes de terre et les

oignons, et qui est déjà malade depuis longtemps à cause des poussières et des acides qu’elle respire toute la journée, est restée pendant trois heures les narines en sang, dans un état nerveux proche de la crise, sans que le patron ne lève le petit doigt pour appeler un médecin. Bien au contraire, il déclarait qu’ « elle était fainéante »... Mais depuis des années qu’Unimag fait des bénéfices sur son dos, on ne l’a jamais trouvée « fainéante » pour l’exploiter !

Et tout ce que le patron a trouvé à lui proposer, c'est de l’embaucher comme femme de ménage... avec réduction de salaire, bien entendu.


GUADELOUPE. Dépôt Unimag à Jarry : escroqueries patronales

Des profits, toujours des profits, c’est la devise des capitalistes : faire travailler le plus possible les ouvriers et payer les plus bas salaires.

Ainsi, au dépôt Unimag, on embauche des manutentionnaires, puis, au bout de huit jours, un mois, deux mois au maximum, on les renvoie. Parce qu'ainsi, le patron peut adapter le nombre de travailleurs à la variation du travail qu’il y a à faire. Cela lui permet aussi de faire l'économie du paiement des indemnités d’ancienneté, même s’il réembauche deux mois plus tard les mêmes employés.

D’autre part, les heures supplémentaires qu’on nous oblige à faire (décharger un camion, etc.) ne sont jamais payées et c’est encore du travail qu’on nous vole.

Ainsi, le patron escroque les travailleurs par tous les moyens. Mais qu’il prenne garde, nous ne serons pas toujours aux ordres des voleurs !

GUADELOUPE. Marsolle : arrachons à nouveau notre quart d’heure de casse-croûte !

Après de multiples tentatives, Marsolle en est arrivé à la suppression du quart d’heure de casse-croûte que nous avons arraché d’autorité... Dans l’immédiat, les travailleurs n’ont pas encore réagi. En majorité, ils se sont laissés effrayer par les menaces de licenciement de Marsolle. Ce dernier semble donc avoir la partie belle. Cependant, qu’il ne se fasse pas d’illusions... Nous, travailleurs, nous saurons, par notre lutte, lui imposer à nouveau notre quart d’heure. C’est notre dû. Nous ne devons aucunement accepter cette suppression. Nous devons et pouvons, dans l’immédiat, nous arrêter de travailler entre 9 h et 9 h 15 pour casse-croûter. Marsolle ne pourra pas s'y opposer. S’il veut, nous en

empêcher, nous devrons passer outre. Tous ensemble, nous pouvons y arriver.


GUADELOUPE. Marsolle : pas de travail le samedi !

Pour soi-disant nous faire récupérer le quart d’heure de casse-croûte, Marsolle nous faisait travailler jusqu’ici tous les samedis matin. Bien qu’il ait supprimé ce quart d’heure, il veut continuer à nous faire travailler le samedi...

Mais, en supprimant ce quart d’heure, Marsolle ne nous a jamais proposé de nous libérer le samedi. Il veut nous rouler sur tous les plans. Nous exigerons donc non seulement notre quart d'heure de casse-croûte, mais encore que nous ne récupérions pas le samedi.


MARTINIQUE : De qui se moque la SIMAG ?

Le jeudi 7 décembre a eu lieu une assemblée générale de la SIMAG. Au cours de cette assemblée générale, la SlMAG a déclaré qu’elle n’entreprendrait plus de logements si l’argent des loyers ne rentrait pas. Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter à plus d’un an. La SIMAG avait décidé des hausses de loyers, auxquelles les locataires répondirent par la suspension du paiement de leurs loyers. En juillet 1972, la SIMAG avait reconnu son tort puisqu'elle avait décidé de ne pas augmenter les loyers et de cesser les poursuites contre les locataires grévistes. Aujourd’hui, par France-Antilles interposé, la SIMAG veut nous faire croire qu’elle n’a pas d’argent pour construire de nouveaux logements, ce qui lui permet d'essayer de retourner les ouvriers du bâtiment contre les locataires.

En réalité, la SIMAG se moque du monde ! La SIMAG est un organisme contrôlé par l’Etat et qui fonctionne en grande partie avec des fonds d’Etat, c’est-à-dire finalement avec l’argent que les travailleurs ont versé sous forme d’impôts et de taxes. A qui fera-t-on croire que l'Etat n’a pas d’argent ? Ne serait-ce pas plutôt que l’Etat, au lieu de construire des logements pour les travailleurs, préfère prendre l’argent de ceux-ci pour construire des casernes pour les flics, gendarmes et pumas qui pullulent à la Martinique !


GUADELOUPE : A Prisunic, ce n’est pas la fête... en fin d’année !

Avec les fêtes de fin d’année, dans les grands magasins, à Prisunic particulièrement, l’atmosphère est intenable. Tout le monde est sur les dents, les chefs sont derrière notre dos pour que les affaires tournent et que les profits soient importants pour les patrons.

Pour nous, les conséquences sont amères et difficiles à accepter ; suppression des après-midis depuis le 18 décembre et la perspective de rester derrière nos comptoirs jusqu’à 18 h au lieu de 15 h les samedis 24 et 31 décembre, sans compter le surcroît de fatigue dû à l’affluence des clients... Pourtant, les grands magasins auraient pu servir effectivement tous les clients sans pour cela que nous y perdions notre santé. Car, à la Guadeloupe, ce n’est pas le personnel qui manque !

Ffrench a eu l’idée d’embaucher quatre nouvelles employées au rayon jouets, mais ce n’est pas seulement le poste du rayon jouets qui aurait dû être doublé mais aussi la parfumerie, la lingerie, la confiserie, tous les rayons, car nous avons toutes un travail double ou triple. Et cela, Rimbaud, Ffrench, Derène peuvent le payer.

En attendant, ils vont nous exploiter encore plus longtemps que d’habitude, et ce n’est pas en nous payant des heures supplémentaires uniquement que nous récupérerons notre fatigue.

Un repos compensateur nous aurait au moins permis de nous reposer des fatigues supplémentaires causées par le travail de fin d'année.


ECHOS. Capesterre dans la banane : les géreurs font la pluie et le beau temps


Angelo licencie abusivement les travailleurs

Sur l’habitation Blondinière, appartenant au gros propriétaire Dubreuil, le géreur Angelo continue de se comporter comme un petit roi. C'est ainsi qu’au cours du mois de novembre il privait deux travailleurs de leur gagne-pain.

Le premier, employé depuis six ans sur la propriété, travaillait à transporter des régimes de bananes des champs au hangar. Ce travailleur s’est absenté un après-midi. Et Angelo a trouvé cela suffisant pour le licencier. Peu de temps après, ce petit géreur renouvelait son forfait sur la personne d’un deuxième travailleur. Cette fois, il s’agissait d’une femme travaillant depuis cinq ans sur « l'habitation ». Cette travailleuse transporte elle aussi des bananes ; et, depuis cinq ans, elle ne fait que cela sur la propriété. Un matin, elle arriva au travail avec la cheville malade et demanda à être affectée à autre chose que le transport des bananes, car elle avait mal à la cheville. Angelo ne voulut rien entendre et licencia cette travailleuse. Cette dernière est revenue pendant six jours consécutifs demander du travail ; le géreur a refusé chaque fois de lui en donner et, sûr de lui, il a déclaré en présence de tous les autres travailleurs qu’elle pouvait aller au prud’homme ou à l’inspection du travail si elle le voulait, que lui il est protégé.

Aujourd’hui, Angelo se prend pour un petit « roi nègre » ; il prive deux travailleurs de leur gagne-pain. Mais qu'il n’oublie pas qu’il n’est qu’un vulgaire petit commis qui favorise l’exploitation des travailleurs au profit de Dubreuil et, qu’un jour, il se pourrait qu’il soit, à son tour, licencié par Dubreuil... ou, d'une autre façon, par les travailleurs.

Maurice « cuisse » oublie-t-il qu’il était un exploité lui aussi ?

Toujours à Blondinière, mais cette fois sur la propriété de Buttel, un autre géreur dénommé Maurice « Cuisse » fait suer les travailleurs à outrance au profit de Buttel.

Aucun travailleur n’arrive à achever dans le temps réglementaire les tâches qu’il leur donne. Par exemple, pour « l’étonnage », travail qui consiste à nettoyer le bananier, à le débarrasser des feuilles sèches, le nombre de rangs qu’il donne à faire est trop importait, ce qui fait qu’un travailleur n’arrive jamais à finir à temps son nombre de rangs. De plus, il fait semer la « poudre » sans gants ni masque.

Quant les travailleurs protestent, il répond qu’il fait cela pour toucher le maximum de primes. On ne peut être plus cynique et plus arrogant.

Maurice-cuisse oublie qu'il était un charretier suant et trimant pour gagner sa vie. Aujourd'hui, il exploite des travailleurs et les méprise. Cela ne durera pas éternellement.


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SAINTE-ANNE (Guadeloupe)

L’administration colonialiste organise la fraude militairement

Le dimanche 17 décembre avaient lieu à Ste-Anne, pour une nouvelle fois, les élections municipales. Depuis celles de 1971, en effet, jusqu'à ces derniers temps, la liste patronnée par Ibénée, était en place, soutenue par le PCG.

Mais c’en était trop pour le pouvoir colonial de voir une liste PCG s’imposer à Ste-Anne. Ste-Anne et ses environs constituent, en effet, une région importante dont, avant les élections législatives de mars prochain, le pouvoir colonial tenait à faire une chasse gardée et y imposer sa politique. C’est pour cette raison en fait que les élections avaient été annulées.

Pendant toute la durée de la campagne électorale, la commune fut investie par des forces de répression massives dont la seule présence constituait déjà une provocation et entretenait un climat constamment tendu.

Dimanche 17 décembre, à Ste-Anne, le pouvoir colonial a montré ce dont il était capable. Par l’intermédiaire de ses chefs locaux, agissant comme des gangsters et s’appuyant sur leurs bandes d’hommes armés (CRS et autres), il a agi de la manière la plus cynique.

Les manœuvres frauduleuses ont commencé dès l’ouverture des bureaux de vote. Alors que le scrutin doit se dérouler devant le public, les forces armées faisaient entrer les électeurs en petit nombre, ce qui avait pour effet d’empêcher que tout le monde puisse voter avant la fermeture du scrutin (comme ce fut le cas au premier bureau dont les électeurs votent Ibénée en grande majorité).

Toutes sortes d’autres mesures d’intimidation ont eu lieu pendant la journée, et particulièrement dans les campagnes pour empêcher certains électeurs de se rendre aux bureaux de vote. Ste-Anne fut transformée en un camp assiégé tant le nombre d’hommes armés était grand !

Mais la préfecture qui voulait faire passer les candidats officiels de l’UDR et empêcher la population de voter comme elle l’entendait, en l’occurrence pour la liste conduite par le membre du PCG Ibénée, a dû reculer.

C’est alors que de la sous-préfecture on ordonne de proclamer Baptiste élu et de charger la foule. La délégation n’obtempéra pas et certains CRS eux-mêmes se montrèrent hostiles à une telle décision tant un tel ordre aurait pu être lourd de conséquences. En effet, tout laisse à croire que les fous qui nous gouvernent ne voulaient qu’une chose : provoquer la foule et déclencher le massacre pour ensuite ratisser la commune et faire endosser la responsabilité aux « communistes ».

La liste Ibénée a néanmoins été proclamée élue par le président de la délégation.

Mais d’autres manœuvres se préparent encore dans les officines de la sous-préfecture et de la préfecture.

Bien que nous, Combat Ouvrier, ne pensons pas que les élections soient un moyen efficace pour les travailleurs de changer leur situation, nous sommes solidaires de ceux qui, à Ste-Anne, ont lutté et luttent encore, quel que soit leur parti, pour que les libertés démocratiques soient respectées. Dans toute la Guadeloupe, les travailleurs et la population ont ressenti ces manœuvres frauduleuses comme une tentative méprisante et colonialiste de la préfecture. Cluchard et Brunon, en voulant piétiner l’opinion des Saintannais, ont fait beaucoup pour réveiller leur sentiment anti-colonialiste. En effet, ceux-ci ont montré dans les faits que leur combativité était grande. On a vu, par exemple, des femmes aller chercher leurs enfants pour s'exposer sur la place alors que les CRS leur commandaient de rentrer chez elles, afin de pouvoir, le cas échéant, matraquer les hommes. Elles ont donc, par leur action, intimidé les CRS.

Beaucoup de travailleurs tireront la conclusion qu’il est temps de chasser de la Guadeloupe toute la canaille colonialiste et ceux qui les soutiennent. Cela ce n’est pas par les élections qu’ils pourront le faire, mais par une puissante organisation de combat pour arracher l’indépendance de la Guadeloupe et exercer eux-mêmes le pouvoir dans le pays.


O.R.T.F. : L’hypocrisie au pouvoir

Les organisations et partis de Martinique et de Guadeloupe ne pourront pas, cette fois encore, avoir accès à la télévision et à la radio lors de la campagne électorale. L’interdiction qui est faite aux partis et organisations des Antilles de s’exprimer par les plus importants moyens de communication est une nouvelle preuve du mépris dans lequel le gouvernement colonialiste et son administration tiennent la population des Antilles. C’est bien digne du régime colonialiste hypocrite qui règne ici, les autorités coloniales s’appuient, en effet, sur la fiction des « Antilles-départements-français » pour écarter des grands moyens d’information, les partis politiques antillais.

Cet état de fait ne peut plus durer. Nous devons faire en sorte que toutes les tendances puissent s’exprimer librement tant à la radio qu’à la télévision. C’est dans cette perspective que notre tendance a pris l’initiative d’adresser aux groupes et partis de gauche et d’extrême-gauche un appel pour engager une action commune, afin d’obtenir que le droit d’expression de tous soit respecté.



Pour affirmer la volonté de lutte des travailleurs, Travailleurs immigrés,
votez LUTTE OUVRIERE

COMBAT OUVRIER a donc décidé de participer aux prochaines législatives. Et ceci afin de bien affirmer que c'est par la lutte que les travailleurs gagneront leur émancipation et non par les élections.

Mais si en Guadeloupe et en Martinique les travailleurs, conscients de la nécessité d’en finir avec l’exploitation, auront la possibilité de faire entendre leur voix en votant pour nos camarades, il ne peut évidemment en être de même pour les dizaines de milliers de travailleurs antillais émigrés en France.

Et pourtant, les travailleurs antillais en France ont, eux aussi, une colère à exprimer.

Eux aussi, ils ont un avertissement à donner à tous les faiseurs de promesses. Il importe qu’en cette occasion nous puissions marquer notre opposition au parti du gouvernement colonialiste, l’UDR, tout en exprimant notre méfiance vis-à-vis de la politique

des PC et PS. Et que nous affirmions que seule la prise du pouvoir par les travailleurs, en France tout comme chez nous, pourra nous permettre d'en finir avec l’exploitation capitaliste. Pour tout cela, dans l'émigration également, nous devons profiter des prochaines législatives pour faire entendre notre voix.

Ce sont les raisons pour lesquelles Combat Ouvrier appelle tous les électeurs antillais que compte l’émigration à voter pour les candidats de Lutte Ouvrière. Ces camarades défendent, en effet, en France, le programme de la révolution socialiste que nous défendons aux Antilles. Et tout comme les candidats de Combat Ouvrier aux Antilles, les candidats présentés par Lutte Ouvrière en France utiliseront la sensibilisation politique qui existe en ce moment pour dire à tous les travailleurs qu'ils doivent s’organiser pour prendre le pouvoir. Un certain nombre de travailleurs antillais, d'accord avec les idées de Combat Ouvrier, se présenteront sur les listes de Lutte Ouvrière. Et ceci prouve bien que Lutte Ouvrière est entièrement solidaire de ceux qui, en se situant sur le programme socialiste, luttent aussi pour l'indépendance politique des Antilles, au travers de la prise du pouvoir par les travailleurs des Antilles.

Pour dire ce que nous pensons de l’UDR, et affirmer notre méfiance vis-à-vis du programme timoré du PCF et du PS qui ne reconnaissent même pas le droit des Antilles à l’indépendance, lors des prochaines législatives, nous, travailleurs émigrés antillais, nous voterons Lutte Ouvrière au premier tour.

Là où il ne se présente pas de candidat de Lutte Ouvrière, Combat Ouvrier appelle à voter pour le candidat de la Ligue Communiste, étant donné que Lutte Ouvrière appelle à voter Ligue Communiste partout où elle n’est pas présente et réciproquement.


Soutenez les candidatures révolutionnaires !

La loi électorale dont nous soulignons d’ailleurs le caractère foncièrement anti-démocratique oblige chaque candidat, aux élections législatives, à payer une caution de cent mille anciens francs, de même qu’elle les oblige à prendre à leur charge les frais d’impression des bulletins de vote. A ces dépenses s’en ajoutent d’autres comme l’édition de tracts, d’affiches, etc. Et il est certain que si ces sommes ne constituent nullement un problème pour les organisations soutenues par les riches, les bourgeois, elles représentent, par contre, un obstacle important pour les candidatures ouvrières ou pour les candidats présentés par un petit groupe de militants ouvriers. C’est pourquoi notre tendance, COMBAT OUVRIER, qui présente des candidats en Guadeloupe et en Martinique, lance une souscription pour lui permettre de vaincre les difficultés créées par la loi électorale.


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Vietnam : LA BARBARIE IMPÉRIALISTE
N’EMPÊCHERA PAS LES PEUPLES OPPRIMÉS DE LUTTER

On ne sait pas si la décision de Nixon de suspendre les bombardements pendant les fêtes de fin d’année est le prélude d’un arrêt définitif, ou si, au contraire, c’est un arrêt momentané pour recommencer avec plus de férocité encore.

Ce qui est sûr en tout cas, c’est que au lendemain de son élection et alors même qu’il avait été élu sur des promesses de paix immédiate, Nixon n’a pas hésité à reprendre la guerre, à reprendre les bombardements sur le Vietnam du Nord avec plus d'intensité que jamais, à recommencer le massacre, l’assassinat quotidien, les destructions massives. Les victimes de ces bombardements sont très nombreuses. Elles constituent le prix de la politique barbare et hypocrite que mène Nixon au Vietnam.

Pourtant, l'impérialisme américain sait parfaitement que ces bombardements ne modifient en rien la fin de la guerre. Il sait qu’il devra partir et il partira. Il ne se fait pas d’illusions sur l’efficacité de ces bombardements. Sur le terrain militaire, ils n’ont apporté aucune modification. Et sur le plan diplomatique, ils ont eu pour seul fait de rompre momentanément les pourparlers de paix entre les gouvernements américain et nord-vietnamien. Ce dernier posait d’ailleurs comme condition nécessaire à la reprise de ces négociations la cessation immédiate des bombardements américains. Et sur ce plan même, Nixon n’obtiendra sûrement pas de concessions supplémentaires de la part des Nord-Vietnamiens et, cela aussi, il le sait.

Mais s'il continue sa politique de destruction au Vietnam, c’est parce qu’il veut faire payer au peuple vietnamien le plus chèrement possible le fait de s’être opposé à la plus grande puissance impérialiste, et de l’avoir, de surcroît, tenue en échec. C’est aussi un avertissement qu’il adresse à tous les peuples opprimés qui voudraient suivre l'exemple du peuple vietnamien. Ils sauront qu’ils ne pourront pas s’opposer impunément à l’impérialisme américain, et qu'à l'exemple du peuple vietnamien, ils paieront très cher la note.

Non seulement l’impérialisme américain ne cache pas sa barbarie, mais il la souligne, volontairement. Pour l’exemple. Pour décourager les peuples opprimés qui voudraient s'émanciper.

Mais l’impérialisme fait un faux calcul. Car tous ces bombardements, toutes ces destructions, toute cette barbarie n’empêcheront pas que d’autres peuples opprimés se mettent demain en lutte, pour s'affranchir de son joug. Et l'exemple du peuple vietnamien montre qu’ils peuvent être victorieux dans une telle lutte.


Djibouti : Pompidou sur les traces de De Gaulle

Dans la foulée des visites qu’il a récemment entreprises dans les pays africains, chasses gardées de l’impérialisme français, ce sera prochainement le tour de Djibouti de recevoir la visite aux Antilles de Deniau, ministres D.O.M. et T.O.M. Et profiteurs et partisans du régime de manifester leur attachement à la France, à l’instar des départementalistes antillais lors de la visite aux Antilles, de Deniau, ministre des D.O.M. et T.O.M.

Mais, lors de la précédente visite d’un chef d'Etat français, le peuple de Djibouti a montré ce qu'il pensait de la situation coloniale. En effet, la visite du généra! De Gaulle, en 1966, dans ce pays avait provoqué de violentes manifestations hostiles de la part de la population. Même selon les chiffres officiels, ces manifestations s’étaient soldées par dix morts !

Car à Djibouti, une des dernières colonies françaises avec les Antilles, il règne une farouche répression. Et pour tenter de masquer la réalité de la situation coloniale imposée par la force, pour pouvoir prétendre qu’elle correspond aux sentiments de la population, De Gaulle organisa, en 1967, un référendum. Ce référendum s’était soldé par 60,47 % de voix en faveur du maintien dans la dépendance coloniale. Mais quand on sait dans quelles conditions s’étaient déroulées ces élections, ces résultats n’ont aucune valeur.

Des mesures de répression exceptionnelles avaient été prises. La population avait été encadrée par plusieurs milliers de soldats armés jusqu’aux dents. La fraude électorale avait été systématiquement pratiquée comme il est de coutume. Les opposants à la politique du colonialisme français furent arrêtés et jetés en prison. Les résultats acquis dans des conditions aussi scandaleuses avaient été accueillis par des manifestations que les troupes coloniales avaient sauvagement réprimées. Il y eut officiellement douze morts et vingt blessés.

C’est ce pays où les forces de répression françaises se manifestaient de façon aussi brutale que Pompidou va visiter. Mais il y a toutes les chances que le peuple de Djibouti ne lui réserve pas un meilleur accueil que celui qu’il avait réservé au général De Gaulle.

Les forces de répression, instruites par ce qui s’est passé lors de la visite de De Gaulle, prendront davantage de précautions encore, quadrilleront la ville, écarteront les « gêneurs » possibles ; elles parviendront peut-être à empêcher, de cette manière, une nouvelle flambée de manifestations. Mais ni la répression, ni la comédie amicale de Pompidou n'empêcheront la colère des opprimés d’éclater et de mettre fin à l’oppression coloniale. A Djibouti comme aux Antilles...


Guadeloupe : L’incurie de l’administration
fait peser une menace sur la vie des lycéens de Baimbridge

Baimbridge sera bientôt encerclé par toute une série de routes à grande circulation. La sécurité n’est déjà pas totalement garantie avec la voie de dégagement qui passe à moins de 20 mètres de la sortie du lycée... Il n’est pas rare que certains automobilistes roulent au moins à 80 km/h. A chaque grande sortie, c’est donc la vie de centaines de lycéens qui est menacée.

A la rentrée, tout ce que fit l'administration ce fut d'envoyer deux ou trois CRS qui, d'ailleurs, se firent de plus en plus rares.

Et voilà tous les élèves exposés à être renversés par une voiture à n’importe quelle sortie du lycée. Lycéens, lycéennes, c’est notre vie qui est menacée, que les responsables de l'équipement aient décidé de faire passer une autoroute à proximité du lycée, c’est déjà un très grave risque ! Que nous soyons, nous, lycéens, menacés d’être fauchés par un véhicule, du tait de la mauvaise conception du plan d'urbanisation, nous ne pouvons, en aucune façon, le tolérer. Notre mot d’ordre doit être dès maintenant : la sécurité avant tout.

Notre vie vaut bien plus que les mesquines économies que l’administration entend réaliser. Nous devons exiger qu’elle prenne des mesures, par exemple construire une passerelle ou un souterrain.


LES VOYAGES DES JEUNES EN FRANCE : UNE PUBLICITÉ TAPAGEUSE

Lors de sa dernière tournée en Guadeloupe, le secrétaire d’Etat chargé des D.O.M. avait pris la décision de faire visiter la France par un certain nombre de jeunes, le voyage étant entièrement payé par le gouvernement... Au début du mois de décembre, une cinquantaine de jeunes gens prenaient donc l’avion pour la France... Le but de cette visite était de mieux faire connaître la France, et de permettre dans l’avenir une meilleure adaptation des Antillais à la vie française. Subitement, et comme par hasard à quelques mois des élections, le gouvernement français reconnaît qu’il y a pour le Guadeloupéen et le Martiniquais un problème d'adaptation à la vie française... Généreusement, par un voyage d’une quinzaine de jours environ, ce dernier feint d’y porter remède. Quelle hypocrisie dans cette façon de procéder !

Le gouvernement ne prend aucune mesure permettant de régler les problèmes qui se posent aux Antilles. Mais il essaie d’avoir l’oreille des jeunes en leur offrant, à une petite minorité d'ailleurs, des voyages gratuits.

En fait, améliorer la vie des Antillais en France est loin d’être la préoccupation primordiale de Deniau et du gouvernement français...

Ce voyage des jeunes, pour dire vrai, n’avait qu’un but publicitaire : montrer aux jeunes, qui commencent de plus en plus à se poser des questions sur l’avenir de la Guadeloupe, que la France ne se désintéresse pas de leurs problèmes, et du même coup tenter de gagner les jeunes à l’idée que « la Guadeloupe, c’est la France »... Ce voyage a été également pour Deniau l’occasion de dire aux jeunes Guadeloupéens que « la France avait connu son développement grâce à l’effort et au sacrifice des travailleurs français ». En revanche, Deniau a oublié de dire que c’est avec le sang et la sueur des peuples opprimés et notamment de ceux de la Guadeloupe et de la Martinique, que les capitalistes français, dont le secrétaire d’Etat est le digne représentant, se sont enrichis. Comme toute publicité, celle faite par le gouvernement français, a aussi un caractère mensonger et trompeur !