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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 16 du 19 juillet 1972

CO n° 16 du 19 juillet 1972


Aux militants, aux sympathisants, aux électeurs des Partis Communistes martiniquais et guadeloupéen

A tous les travailleurs, aux femmes, aux paysans pauvres


NOUS sommes tous conscients de la dégradation de plus en plus poussée de la situation économique et sociale des Antilles dites françaises.

Les travailleurs antillais sont chaque jour plus nombreux à être acculés à la misère, au chômage ou à l’exil. Cette année encore, beaucoup d’entre nous seront licenciés des entreprises ou ne trouveront pas de travail dans les champs ; cent cinquante ouvriers et employés de l’usine Beauport sont actuellement menacés de licenciement.


NOUS EN AVONS TOUS ASSEZ.


Assez des salaires de misère,

Assez de courir sans espoir à la recherche d’un emploi.

Assez des képis rouges, gendarmes, C.R.S. et policiers qui matraquent et assassinent ceux qui luttent pour l’amélioration de leurs conditions de travail et de vie.

Assez des belles paroles de ceux qui nous gouvernent et nous promettent en vain le secours de la "Mère patrie", mais qui depuis trois siècles organisent l’exploitation et le pillage des Antilles.

Assez de voir les riches parader dans un luxe insolent alors que les pauvres croupissent dans des cases insalubres sans même pouvoir vivre au moins décemment.

Nous voulons que cela change. Les mouvements de grève incessants qui se déroulent depuis plus d’un an dans tous les secteurs à la Guadeloupe comme à la Martinique le montrent amplement.

Le Parti Communiste Guadeloupéen et le Parti Communiste Martiniquais nous appellent à une alliance avec les travailleurs de France «sur la base du programme socialo-communiste ».

C’est donc qu’ils approuvent ce programme. C'est donc qu’ils approuvent l’alliance avec Mitterrand, autrefois organisateur, en tant que ministre, de la répression contre le peuple algérien.

En ce qui concerne les revendications essentielles des travailleurs français, ce programme ne prend déjà aucun engagement sérieux et précis.

Mais en ce qui concerne les colonies, le programme commun P.C.-P.S. s’est encore engagé à moins de choses si c'est possible. Il se contente d’affirmer qu'un gouvernement de gauche « reconnaîtra le droit à l’autodétermination des peuples des D.O.M. », que « les populations de ces quatre territoires seront appelées dans les meilleurs délais à élire chacune au suffrage universel — et dans des conditions assurant l’exercice réel des libertés démocratiques — une assemblée ayant pour but l’élaboration d'un nouveau statut qu’elle discutera avec le gouvernement et qui permettra à ces peuples de gérer eux-mêmes leurs propres affaires ».

Il s’agit là d’une position commune au P.C.F., P.C.M. et P.C.G.


CONDITIONS DEMOCRATIQUES POUR L’ELECTION D’UNE ASSEMBLEE NATIONALE.


Mais ni le P.C.G., ni le P.C.M., ni la gauche française (P.C.F.-P.S.) ne disent rien de ces « conditions assurant ces libertés démocratiques ».

Il ne suffit pas de reconnaître le « droit à l’autodétermination ». Il s’agit que les couches pauvres de la population puissent s’exprimer et s’organiser dans les meilleures conditions pour l'exercice de ce droit.

Pourquoi les P.C.G., P.C.M. et P.C.F.-P.S. ne s’engagent-ils pas, si la gauche vient au gouvernement, à retirer immédiatement des D.O.M. et T.O.M. toutes les forces de répression coloniales ? En remplacement, les travailleurs se chargeront eux-mêmes des tâches du maintien de l'ordre, en constituant une force chargée de surveiller et réprimer les agissements de la bourgeoisie locale et de tous les ennemis du peuple.

Des « conditions démocratiques » exigent :

  • que tous les partis et organisations défendant les intérêts des travailleurs, des paysans pauvres et des chômeurs, aient la possibilité d’utiliser les imprimeries sous le contrôle de comités de travailleurs qui protégeront le droit d’expression ;

  • que les moyens d'informations (radio et télévision) soient aussi placés sous le contrôle d'un comité de travailleurs qui permettra l’utilisation démocratique de la radio-télévision par tous les partis et organisations représentant une tendance de la population laborieuse ;

  • que les édifices publics, salles de réunions, salles des fêtes soient mis librement et gratuitement à la disposition de toute organisation populaire ou parti, représentant un courant du peuple opprimé, qui en fera la demande ;

que l’organisation des élections libres en vue de déterminer le statut futur des D.O.M. et T.O.M. soit placée sous le contrôle de représentants des travailleurs élus dans les entreprises, les plantations et les quartiers ;

  • que le bon déroulement de toutes les opérations électorales soit placé aussi sous le contrôle d’une milice populaire composée de travailleurs élus.

Bien qu’à notre avis il soit illusoire de croire à la possibilité d’une transformation radicale de la situation ici par le biais d’élections uniquement, nous pensons toutefois que si « l’union populaire » se donne un programme de gouvernement et qu’elle prétend gouverner demain au profit des travailleurs et des opprimés, elle doit prendre des engagements clairs sur l’attitude qu’elle aura au pouvoir. Si nous sommes absolument confiants dans le fait que si la classe ouvrière de France arrive au pouvoir demain, elle prendra toutes les mesures pour que les peuples dominés par l’impérialisme français puissent disposer librement d’eux-mêmes, nous ne pouvons, par contre, nous fier aux déclarations extrêmement vagues du programme commun P.C.F.-P.S. ; c'est pourquoi nous pensons que tous les militants, sympathisants et électeurs communistes auront à cœur d’exiger que les P.C.G. et P.C.M. réclament « à la gauche » (P.C.F.-P.S.) des engagements clairs sur leur politique anti-colonialiste.


EXPROPRIATION DES CAPITALISTES.


Mais il est d’autres plans sur lesquels le programme commun du P.C.F. et du P.S. soutenu par les P.C.M., P.C.G., aux Antilles ne contient aucun engagement clair pour le cas où ils viendraient au gouvernement.

Quelles mesures les Partis Communistes et le Parti Socialiste prendront-ils contre les capitalistes et les propriétaires fonciers qui exploitent les travailleurs, ruinent les paysans pauvres ou les contraignent à vivre dans la misère sur de minuscules lopins de terre ?

Les Partis Communistes et le Parti Socialiste s’engagent-ils, s’ils viennent au gouvernement :

  1. à exproprier les sociétés sucrières possédant terres et usines ;

  2. à remettre ces biens (terres et usines) aux mains de comités d’ouvriers, de travailleurs agricoles et des paysans pauvres élus ;

  1. à placer tous les avoirs des banques et autres organismes financiers sous le contrôle de comités de travailleurs élus ;

  2. à placer tous les services publics : ports, aéroports, Sécurité sociale, service d'eau, d’électricité, matériel des ponts et chaussées, sous le contrôle de comités de travailleurs élus dans ces différents secteurs ?


SUR LE PLAN SOCIAL.


Les P.C. et le P.S. s’engagent-ils à mener une politique sociale qui permette de lier la liquidation du colonialisme à l’amélioration de la situation sociale des travailleurs :

  1. suppression immédiate des heures supplémentaires sans diminution du salaire ;

  2. suppression du travail de nuit ;

  3. répartition du travail entre tous en vue de la disparition totale du chômage ;

  4. répartition équitable des logements ; destruction immédiate des bidonvilles et relogement des familles ouvrières et paysannes en fonction du nombre d’enfants dans des logements décents (eau, électricité), lutte contre les spéculateurs du logement, confiscation des villas et appartement secondaires des riches ;

  5. révision immédiate des salaires en fonction du minimum nécessaire à une vie décente aux Antilles ?


RELATIONS ENTRE LA FRANCE ET LES ANTILLES.


Mais pour que les travailleurs de la colonie aient des raisons de soutenir le programme commun P.C.-P.S. comme nous y invitent les P.C.M. et P.C.G., il faudrait pour le moins aussi que ce programme s’engage à établir un plan de relèvement économique aux anciennes colonies.

Les partis qui ont signé le programme de gouvernement « d'union populaire » s’engagent-ils :

  1. à reconnaître le droit des anciennes colonies, non pas à une aumône, mais à une réparation des résultats du pillage colonial ;

  2. à fournir :

  • du matériel agricole, des engrais ;

  • des fonds nécessaires au développement de l’agriculture ;

  • à payer professeurs, techniciens et ingénieurs nécessaires à la réorganisation de l’économie aménagée actuellement en fonction des intérêts des capitalistes français.


Tels sont les principaux points sur lesquels les travailleurs antillais jugeront les organisations qui prétendent parler en leur nom et défendre leurs intérêts. Militants des Partis Communistes Guadeloupéen et Martiniquais, sympathisants de ces partis, vous ne pourrez convaincre la population laborieuse des Antilles de soutenir « l’union populaire » que si les partis qui constituent celle-ci prennent au moins des engagements précis dans le programme sur lequel ils demanderont les suffrages des travailleurs aux prochaines élections législatives.

L’Etincelle écrivait récemment que « la voie est ouverte pour la liquidation du colonialisme ».

Nous ne croyons pas, quant à nous, que les élections puissent suffire à libérer le peuple travailleur des Antilles de l’exploitation capitaliste et du joug impérialiste. Mais nous pensons, nous aussi, qu’il serait bon que l’ensemble de ce peuple travailleur puisse se regrouper lors des prochaines élections législatives sur un programme représentant ses intérêts et ses aspirations. Mais les représentant réellement.

Pourquoi alors ne pas mettre ce programme en discussion publique devant les principaux intéressés, c’est-à-dire les travailleurs et les paysans pauvres ? Pourquoi ne pas ouvrir le débat parmi les travailleurs dans les entreprises, dans les quartiers, pour que puisse ainsi s’élaborer un véritable programme d’union de tous les travailleurs et de la paysannerie pauvre, contre le colonialisme et l’impérialisme français ?


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A PROPOS DE L'ENSEIGNEMENT

Dans les prétendus départements d’outre-mer, l’enseignement est considéré comme la planche de salut pour les enfants de nombreuses familles pauvres.

En effet, obtenir le baccalauréat ou le brevet élémentaire pour le fils du paysan des grands fonds de Sainte-Anne, ou celui de l’ouvrier de Darboussier, signifie espérer une vie meilleure que celle du père, prétendre à un poste de fonctionnaire ou à des études supérieures. Bien que ce soit là une vision individualiste, car en fait, il n’a jamais été donné à tous les fils de travailleurs de passer le bac ou le brevet élémentaire — et cela ne se produira jamais tant que la société sera ce qu’elle est maintenant, une société fondée sur des rapports de production capitalistes — la totalité des parents continue tout de même à croire que la seule issue à la misère qu’ils vivent en Guadeloupe et en Martinique, c’est dans l’enseignement qu’il faut la chercher...


Mais peut-on dire que ce qui leur est proposé par l'Education nationale réponde à leur attente ?

Il semble que non... En effet, les conditions dans lesquelles est dispensé, en Guadeloupe et en Martinique, l'enseignement, n'ont cessé de se dégrader. Au manque de professeurs, à l’absence d’une formation sérieuse des instituteurs, vient s’ajouter de nos jours une insuffisance de locaux pour recevoir tous les élèves. Et pour tenter de résoudre ce problème, l’Administration est sur le point de supprimer certaines classes. Ainsi, dès cette rentrée, les premières années du C.A.P. commercial et administratif qui accueillaient filles et garçons ayant le C.E.P. (certificat d’études primaires) ou venant d’une terminale pratique, vont être supprimées au C.E.T., annexe du Lycée technique de Baimbridge. Ce sont des centaines d'élèves de Pointe-à-Pitre et des alentours qui vont se retrouver sur le pavé, car les C.E.T. du Moule, du Lamentin et de Capesterre sont déjà archi-remplis. Il serait simple pourtant de construire un collège technique dans la ville même de P.A.P.

Mais voilà, pour le faire, il faut de l’argent, et les crédits pour l'Education nationale tant en France

ce qu'en Guadeloupe et Martinique sont réduits à la portion congrue...

En outre, les autorités cherchent toutes sortes de subterfuges pour limiter l’accès dans les classes où a lieu l’orientation. Pour que les classes de CM2 ne soient pas surchargées et pour supprimer plus vite les terminales pratiques, l’on pense faire passer en sixième tous les élèves de 12 ans, quel que soit leur niveau ; ou encore, pour réduire l'effectif des classes de seconde, le vice-rectorat tente, puis recule pour cette année, de mettre en vigueur une circulaire devant interdire l'entrée en seconde des élèves ayant 17 ans dès la classe de troisième.

Pareille circulaire ne peut être que préjudiciable à la grande majorité des jeunes Antillais. Car nombreux sont ceux qui ayant été scolarisés à l’âge de sept ou huit ans sont encore à dix-huit ans en troisième. Mais là encore il s’agit pour le gouvernement capitaliste colonialiste de faire peser la responsabilité du retard pris par la jeunesse sur elle-même. « II n’y avait qu'à bien travailler pour être à quinze ans en seconde », semble dire l’Administration coloniale aux jeunes, « si vous ne l'avez pas fait c'est de votre faute. » Et le tour est joué.

Les victimes dans cette affaire deviennent les responsables ; quel cynisme de la part d’un gouvernement qui n’a rien fait pour parer à cette situation critique que nous connaissons cette année ! Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Ainsi, à l’initiative d’un groupe de parents d’élèves, la population de P.A.P. a appris que le Conseil d’orientation avait été amené à faire redoubler 25 élèves du C.E.S. Michelet, alors que ces élèves, de l’avis du Conseil de classe, donc des professeurs, passaient normalement en seconde. Les parents n’ont pas manqué, à juste titre d’ailleurs, de manifester leur opposition à une telle mesure. En outre, il règne un véritable climat d’inquiétude tant chez les parents que chez les responsables des établissements. Certains de ceux-ci vont presque jusqu’à souhaiter que les désistements d’élèves soient nombreux. Loin d’être un

lieu d’accueil, les établissements scolaires seraient-ils sur le point de devenir un repoussoir ? La question mérite d’être posée, surtout quand le Conseil d’orientation lui-même, au lieu d'aider au mieux les élèves, commence par les éliminer, comme ça a été le cas pour nombre d'élèves du C.E.S. Michelet qui se retrouvent dehors quand, normalement, elles devraient pouvoir préparer le B.E.P. (brevet d’études professionnel). Comment se fera donc la prochaine rentrée ? Personne, et pas même le vice-recteur ne peut le savoir... Pourtant il ôtait facile de prévoir cette situation. Et le gouvernement le sait bien, qui ne cesse de nous rebattre les oreilles avec la démographie galopante. Il est donc doublement criminel de sa part de n’avoir rien fait, quand il était encore temps... Face à l’incurie d'un gouvernement qui, en plus de la défense des usiniers et des capitalistes, se montre incapable d’offrir aucune perspective aux jeunes et de leur assurer une instruction convenable, nombreux sont les parents déçus, qui arrivent à la conclusion qu’il faudra que quelque chose change... Et ils ont raison.


Echos des entreprises ...des plantations ...des bureaux.


PRISUNIC : Nous avons relevé la tête, le patron a cédé

Il y a quelque temps à Prisunic P. A.P., une de nos camarades, étant souvent réprimandée sous n'importe quel prétexte par un chef de groupe, finit par l’envoyer promener. Celui-ci, furieux, lui donne l'ordre de « monter ». Il fallait comprendre monter voir le directeur, mais ceci n’étant pas dit, notre camarade choisissait de ne pas répondre à ce genre de commandement : monter faire quoi, voir qui ? Encore une fois ce chef de groupe devait penser qu’une vendeuse n’avait qu’à OBEIR.

Cette attitude valut à notre camarade huit jours de mise à pied pour refus d’obéissance...

Mais cette fois cela ne devait pas se passer , ainsi car plusieurs d’entre nous avaient assisté à la scène et nous étions prêtes à témoigner en faveur de cette camarade.

C’est ainsi que, sous l’action conjuguée de nos délégués et du syndicat, la direction ramena la sanction à trois jours de mise à pied et après une nouvelle intervention accepta de payer ces trois jours.

Si la direction a cédé, ce n’est pas une preuve de sa compréhension mais bien parce que nous n’étions pas prêtes à nous laisser faire.

Camarades, nous n’avons pas à compter sur la bonne volonté des patrons car toutes ensemble nous sommes fortes et nous pouvons les faire céder.


MARTINIQUE : Vive la grève des travailleurs de SOFRIMA

Le 17 avril, tous les ouvriers de SOFRIMA, entreprise de distribution en gros de produits alimentaires, se mettaient en grève illimitée après que la direction avait licencié onze de leurs camarades. Ils réclament la réintégration de tous les licenciés.

Mais l’arrogance des Despointes et Lubert exaspère de plus en plus les travailleurs. Pour réagir face à la grève, les patrons ont embauché de jeunes chômeurs payés selon leur bon vouloir et « réembauchent » chaque semaine. Voilà trois fois que, sur plainte des ouvriers, les patrons sont convoqués devant la justice, et voilà trois fois qu’ils font renvoyer le procès sans se présenter à l'audience. Après, on nous parlera de l'égalité de tous devant la loi...

Si des ouvriers avaient agi de la même façon, gageons que, déjà, CRS et gendarmes les auraient emmenés au tribunal menottes aux poings et revolver dans le dos !

Le 29 juin donc, au Lamentin, pour la troisième fois, les patrons ne se sont pas présentés au tribunal. La grève continue depuis plus de deux mois. Les travailleurs de SOFRIMA ont montré leur détermination et leur combativité. Ils savent que si la direction avait licencié onze de leurs camarades, ce sont eux tous qui auraient pu être mis dehors d'un moment à l’autre.

Obligeons les patrons à céder !

Vive la grève des travailleurs de SOFRIMA !


S.O.C.E.A. : Presser le citron et jeter le reste

Le 15 juin dernier, plusieurs ouvriers travaillant à la S.O.C.E.A., entreprise chargée de la canalisation de l'eau venant de Capesterre et destinée à la Grande-Terre, ont été licenciés sans indemnité d'aucune sorte. Pourtant ils travaillent dans cette entreprise depuis août 1970 pour la plupart. Ils avaient donc droit à des indemnités. Mais la direction de la S.O.C.E.A. leur a accordé juste quatre journées de congés payés pour aller chercher du travail en leur promettant de les réembaucher en octobre prochain.

Selon ces camarades, la direction ne les réembauchera pas, la canalisation étant arrivée au pont de la Gabarre, elle embauchera plutôt des ouvriers de la Grande-Terre. Sinon les indemnités de déplacement à payer seront trop élevées, les ouvriers licenciés habitant la plupart Capesterre.

Les travaux étaient au départ prévus pour cinq ans et les voici terminés en moins de trois ans, malgré la longue grève des ouvriers du bâtiment. C'est dire que les cadences ont été infernales et que les ouvriers ont travaillé dur. Et maintenant on se débarrasse d'eux après les avoir fait suer sang et eau pour le profit de quelques gros capitalistes...


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Grève générale du 4 Juillet : Ouverture ou marche funèbre ?

Il a fallu que la grève des employés de la Sécurité sociale dure plus de deux mois pour que la C.G.T.M. et F.O., sous la pression incessante des employés, se décident enfin à lancer un appel à une grève générale de 24 heures.

C’est ainsi que le 4 juillet 1972, une partie importante de la classe ouvrière martiniquaise se mettait en grève.

Les dockers, les ouvriers du bâtiment, de chez Renault, Peugeot, de la SOFRIMA, la SPEDEM et les employés des grands magasins arrêtaient le travail et participaient à la manifestation qui regroupa plus d’un millier de travailleurs dans les rues de Fort-de-France.

De cette manifestation très dynamique et énergique, jaillirent pancartes, banderoles et mots d’ordre s’élevant contre l'exploitation, contre le colonialisme. Derrière des drapeaux rouges, le Comité de soutien aux grévistes de la SOFRIMA défila également.

La manifestation arriva jusqu’à la préfecture. Là, le préfet refusa de recevoir les délégués des grévistes. La manifestation se dirigea alors vers la maison des syndicats où se tint un meeting. Lamon, secrétaire général de la C.G.T.M., tira la conclusion de cette journée en soulignant « qu’on resterait vigilant » et que « l’on préparerait les prochaines luttes d'octobre »...

Ce mouvement de grève du 4 juillet montre plusieurs choses. Il révèle tout d'abord, pour tous ceux qui en doutent encore, la volonté de lutte et la combativité des travailleurs martiniquais qui se sont empressés de se mettre en grève pour manifester leur solidarité aux employés de la Sécurité sociale et sont venus crier leur colère dans les rues de Fort-de-France.

La grève du 4 juillet montre également que si les travailleurs avaient été appelés à venir manifester, non pas après deux mois de grève, mais à ses débuts, ils auraient répondu à l’appel, et il est certain que cela aurait pesé favorablement sur l’issue du conflit à la Sécurité sociale.

Cette action aurait été encore plus efficace si les syndicats, au lieu de laisser les luttes s’effriter séparément dans chaque secteur, avaient, à l’occasion du conflit de la Sécurité sociale, pris l’initiative d’unifier l’ensemble des luttes. Car toutes les catégories de travailleurs qui ont été appelées en solidarité ont, elles aussi, des raisons propres de lutter.

Il n’existe pas actuellement une entreprise qui ne soit susceptible d’être atteinte par un mouvement de grève, mouvements qui se déclenchent spontanément, les uns après les autres.

Cette situation explosive réclame une expression générale. Et, à l'occasion du conflit de la Sécurité sociale, les syndicats auraient dû, au lieu de prévoir une grève générale pour octobre, s’attacher à organiser et à généraliser, dès maintenant, le combat de la classe ouvrière sur un programme de revendications communes à l’ensemble des travailleurs.

Les combats que mènent actuellement les travailleurs de la Martinique et de la Guadeloupe les préparent à des luttes encore plus importantes dans l’avenir. Il est donc vital de les préparer et de les me

ner de la meilleure façon possible. Et si ceux qui se réclament de la classe ouvrière, les directions syndicales et les partis politiques traditionnels, refusent d’organiser convenablement le combat, les travailleurs devront se passer d’eux. Ils devront compter avant tout sur leurs propres forces. Il n'est pas possible de laisser des dirigeants sans volonté de lutte, sans perspectives, garder la tête du mouvement pour gaspiller l’énergie dont fait preuve en ce moment la classe ouvrière antillaise.

Claire GOYA


Martinique : ENCORE UN PROCÈS COLONIALISTE

Le 7 juillet, à Fort-de-France, encore une fois un jeune Martiniquais était traîné devant les tribunaux pour rébellion, coups et blessures à agents, alors qu'il avait été cyniquement agressé par la police ; encore une lois le gouvernement et la justice françaises montraient leur vrai visage dans un procès colonialiste monté de toutes pièces.

Les faits remontent au 28 mars 1972. Le jeune Vaste allait assister au procès de Burdy, Ravin et Inimod, ses prédécesseurs à la barre des inculpés pour outrage à agents. Quelques instants après avoir rangé sa bicyclette, il était sauvagement interpellé par des agents qui sautaient sur la pompe à bicyclette que le jeune homme tenait à la main de peur qu'elle lui soit dérobée, et la brisaient.

Un moment après, Vaste était embarqué dans une estafette de la police et battu par un groupe de policiers « enragés ».

C’est cette agression des forces de répression qui devait se solder quelques mois plus tard par un procès contre Vaste.

Le 7 juillet donc, la justice bourgeoise condamnait l'agressé à 250 F d’amende.

Cette fois encore, Vaste représentait les jeunes qui en ont assez de ce régime pourri : il était venu soutenir les accusés du précédent procès mais il soutint aussi les habitants de la Dillon et il avait soutenu les ouvriers du bâtiment en grève. Le gouvernement aurait voulu empêcher cela, et en ce sens, tous ces procès sont bien des procès politiques contre les opposants au régime colonialiste.

Néanmoins le gouvernement doit savoir que les travailleurs et la population en ont assez de voir matraquer leurs jeunes ; ils en ont assez aussi de les voir traînés devant les tribunaux régulièrement, et ce n'est pas impunément qu’il pourra continuer ces procès-mascarades.


Fin de la grève à la Sécurité sociale

La grève des employés des caisses de Sécurité sociale de la Guadeloupe et de la Martinique aura duré 58 jours et cela malgré les pressions, les provocations de la direction, de la préfecture, de l’ORTF et des porte-parole patronaux de toutes sortes, s’érigeant pour l’occasion en défenseurs des vieux travailleurs, des familles nombreuses..., qu’ils exploitent le reste du temps.

C’est le samedi 8 juillet, au cours d’une assemblée générale des employés que la reprise fut votée. Il devenait évident que la grève pourrissait. En effet, depuis la mi-juin, après le voyage en France de délégués syndicaux, la position du gouvernement était restée inchangée.

  • Seule la prime de vie chère était revalorisée à 12% (décision qui en fait avait été prise depuis 1970 mais qui n'avait jamais été appliquée).

  • Toutes les autres questions restaient en suspens. De plus le ministre réservait sa signature jusqu'à la reprise effective du travail.

Depuis, donc, la situation était bloquée et dès le début du mois de juillet une cinquantaine d’auxiliaires reprenaient le travail, cette tendance devant s'accentuer jusqu’au vote de la reprise.

Néanmoins les travailleurs de la Sécurité sociale de la Guadeloupe et de la Martinique, s'ils ne sortent pas victorieux de cette longue grève, ont repris la tête haute et aussi enrichis d’une nouvelle expérience de lutte.

Le gouvernement n’a pas réussi dans son entreprise de chantage à dresser les assurés contre les employés, mais ceux-ci reculaient face à un adversaire actuellement plus fort qu'eux. Ils reprenaient en définitive parce que, malgré leur détermination, leur grève était restée isolée et que, seuls, ils n’avaient

pas la possibilité de faire céder le pouvoir colonial.

Là encore cette grève nous prouve que ce n'est pas la combativité qui manque aux travailleurs mais qu’à l’heure actuelle il est difficile aux travailleurs engagés dans une grève qui reste isolée de faire céder les patrons et le gouvernement, même si les travailleurs restent en lutte deux mois. Cela, les syndicats qui dirigeaient la grève de la Sécurité sociale le savent mais ils ne veulent pas élaborer des perspectives de lutte unitaires, et portent une grande part de responsabilité dans l’échec des grèves de ces derniers temps.

  • En effet, depuis deux ans, tour à tour ont éclaté des grèves en Guadeloupe parmi les travailleurs agricoles, dans le bâtiment, à Air France, la Spedeg... à la Martinique la situation est la même, et ces jours-ci encore dans de nombreuses entreprises des grèves éclatent brusquement, régressent puis reprennent plus fermement encore (SOFRIMA). Tous ces mouvements montrent la grande combativité des travailleurs.

Néanmoins ceux-ci s’affrontent chaque fois à un véritable front uni patrons-gouvernement. En face de cette attitude, la seule lutte payante serait une lutte menée par tous les travailleurs, ceux de la Sécurité sociale avec ceux de la Spedeg, d’Air France, du bâtiment, sur les objectifs communs de la classe ouvrière. Cela, les grandes centrales syndicales le savent mais elles refusent de mener le combat.

Ce combat, les travailleurs sauront le mener, même si pour cela ils doivent construire de nouvelles organisations de lutte.


Dans la banane : LES GROS PROPRIÉTAIRES... DES CRIMINELS IMPUNIS

Dans la banane, on utilise une poudre que des travailleurs, hommes ou femmes, sont chargés de répandre aux pieds des bananiers. Cette poudre est extrêmement dangereuse : sur les sacs qui la contiennent, il y a des têtes de mort et il y a, en plus, une étiquette précisant que le produit doit être manipulé avec précautions, qu’on doit mettre des douches, des masques à la disposition des travailleurs qui l’utilisent.

Dans les magasins de l’Assobag qui fournit cette poudre aux planteurs de bananes, les travailleurs qui chargent les camions sont munis de masques et de gants. C'est donc que les gros planteurs n’ignorent pas la nocivité du produit utilisé. Et pourtant, cela ne les empêche pas d'exiger que des travailleurs, des femmes la plupart du temps, répandent quatre ou cinq sacs de poudre par jour, avec leurs mains et sans aucun vêtement de protection alors qu'il existe une machine permettant de faire ce travail sans grand danger.

Mais pour les gros propriétaires et leurs valets les géreurs, une seule chose compte : amasser de l’argent. Que ce soit au détriment de la santé des travailleurs, peu leur importe. C’est ainsi donc qu’au lieu d’utiliser des machines, ce sont des femmes qui répandent la poudre pour la simple raison qu’une femme doit répandre le contenu de cinq sacs dans sa journée, alors qu’avec la machine, trois hommes mettent une journée pour semer trois à quatre sacs.

Que cela soit fait consciemment ou non, une chose est sûre, c’est qu'on oblige des travailleurs à s’empoisonner pour enrichir quelques gros propriétaires : les Butel, Claverie, Dubreuil, Déravin, Duflo,

Dormoy, etc. Quant aux salaires versés aux travailleurs pour ce travail, il varie d’une « habitation à l'autre, et sur une même « habitation », d’un individu à l’autre, sans compter que les gros propriétaires tournent les lois en ne déclarant pas l’intégralité des salaires versés.

Tout dernièrement, un travailleur d’une plantation a péri, selon son entourage, à la suite de son intoxication par la poudre et d’autres ont été gravement brûlés...

Il y a, paraît-il, une inspection du Travail chargée de veiller à ces choses-là. Mais on ne la voit guère intervenir...


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Messmer ou Chaban : L'Etat bourgeois reste l'ennemi des travailleurs

Pompidou a donc remercié Chaban. L’ex-Premier ministre est parti sans tambour ni trompette et dans l'indifférence générale. Et c’est bien lui, Chaban, qui était visé dans ce petit remue-ménage ministériel qui a eu lieu les 5 et 6 juillet derniers, puisque la plupart des postes-clé restent après comme avant, entre les mêmes mains.

En fait, nul ne pouvait être étonné ou surpris par le départ de Chaban-Delmas... Les multiples scandales qui avaient émaillé son règne, qu’il s'agisse des nombreux scandales immobiliers et notamment de l'affaire de la Garantie Foncière, de l’affaire du château du député Chirac, restauré avec des fonds publics, et surtout l’affaire de la feuille d'impôts de Chaban lui-même, avaient étalé au grand jour la corruption de l’équipe au pouvoir. Et il fallait un bouc émissaire qui puisse permettre à l’U.D.R. de redorer son blason... Faire porter le chapeau à Chaban, voilà le moyen par lequel la majorité U.D.R. devait tenter de se refaire une virginité. Dès lors, l’éviction de Chaban n’était plus qu’une question de temps.

L'approche des élections législatives de 1973 et la nécessité dans laquelle se trouvent tous les partis politiques et en particulier l’U.D.R. de s’y préparer activement, a sans doute hâté le renvoi du Premier ministre. Et il est également possible que l’accord conclu entre le P.C.F. et le P.S. sur un contrat de gouvernement ait joué dans le même sens quoique dans une moindre mesure.

Messmer a donc succédé à Chaban. Les travailleurs antillais ont déjà eu à subir ce politicien bourgeois. En effet, depuis plusieurs mois, Messmer occupait le poste de ministre des Départements d’Outre-Mer.

Sa réponse aux problèmes sociaux et économiques cruciaux de nos pays est encore dans l’esprit de tous les travailleurs. Pour résoudre les problèmes du chômage, du sous-développement, le génial ministre avait trouvé la solution miracle : le droit à la pilule pour toute mineure à partir de 15 ans ! (voire 13 ans, si papa et maman sont d’accord !).

Mais par-delà les bavardages de Messmer, la situation des Antilles sous son ministère n’a pas été différente de ce qui existait auparavant... En particulier la répression exercée sur les travailleurs en grève comme sur les jeunes ne s’est pas relâchée. Et l'assassinat par les képis rouges du jeune lycéen martiniquais Gérard Nouvet n'a été que l'épisode le plus odieux d’un cortège de procès contre des militants anticolonialistes et de mesures d’intimidation des travailleurs qui ont osé lutter.

Pour les travailleurs français comme pour ceux des dernières colonies françaises, Chaban ou Messmer, rien n’est changé sur le fond. Le gouvernement de l’un comme de l'autre reste un gouvernement bourgeois dirigé contre les travailleurs. Et l'indifférence générale qui a accueilli en France ce tour de passé-passe ministériel a montré, si besoin était, que personne n’en a été dupe, et qu'il faudra bien plus que la mise à l’écart de Chaban pour dissiper l’odeur de pourriture qui vient de la coterie au pouvoir.

Pour les travailleurs antillais, Messmer, le petit futé, avait trouvé la pilule contraceptive, quelle pilule va-t-il maintenant offrir aux travailleurs français et à leur profond désir de changement ?


DU P.S.G AU M.S.G.

Dans leur programme commun de gouvernement, le Parti Communiste Français et le Parti Socialiste devaient se mettre d’accord sur le problème concernant les statuts des dernières colonies françaises. Ils y sont parvenus. Et de quelle manière ! En signant un texte dans lequel ils prennent bien soin de ne rien promettre aux peuples de ces pays.

En effet, ce qui fait justement l'originalité du chapitre consacré aux dits départements et territoires d’outre-mer, c'est son extrême imprécision ; celle-ci traduit bien la volonté de ces deux partis de rester le plus vague possible sur ce problème-là.

De plus, il est intéressant de voir quelles sont les concessions que le P.C. fait, dans ce domaine-là, au P.S. En effet, dans son programme de gouvernement, le P.C. prenait l'engagement de satisfaire, s'il venait au pouvoir, les « aspirations de caractère national » des peuples des D.O.M. et T.O.M.

« dont les organisations les plus représentatives revendiquent le remplacement de leur statut actuel par un statut d’autonomie ». Or, dans le programme commun de gouvernement, le Parti Communiste Français et le Parti Socialiste se sont mis d’accord pour effacer le mot « autonomie ».

Cependant, si vague que soit le texte en question, il aurait dû avoir l'avantage de ménager la susceptibilité des différents Partis Socialistes des D.O.M. et T.O.M.

sur la question du statut. Car, aux Antilles en particulier, tous les P.S. ne sont pas autonomistes. Le P.S. guadeloupéen, par exemple, est très farouchement contre tout changement de statut. Et dans leur congrès du 16 juillet les socialistes guadeloupéens ont coupé le lien ténu qui les rattachait au Parti Socialiste français pour former le « Mouvement Socialiste Guadeloupéen » parce que, disent-ils, « communistes et socialistes ont déjà allègrement enterré le statut départemental dont bénéficie le peuple guadeloupéen... »

On voit finalement que l’ex-Parti Socialiste Guadeloupéen était bien plus à l'aise dans ses relations avec le Parti Socialiste français à l’époque où celui-ci était au gouvernement, et faisait la guerre aux peuples indochinois et algérien en lutte pour leur indépendance, qu’aujourd'hui où le P.S. français dans l'opposition laisse timidement entendre qu'il n’est peut-être pas contre l'autonomie.


Beaucoup de vent et de poudre aux yeux !

La convention démocrate qui s'est ouverte à Miami, le lundi 10 juillet, a finalement abouti à la désignation de George Mc Govern comme candidat démocrate aux élections présidentielles de novembre prochain. Cette investiture semblait compromise après les manœuvres effectuées par la fraction du parti soutenant Humphrey pour retirer à Mc Govern un certain nombre de voix de délégués. Finalement, c’est sans trop de difficultés que Mc Govern a été désigné.

Il semble que la fraction démocrate de la bourgeoisie américaine se soit décidée en fin de compte à jouer sinon la carte de Mc Govern, qui lui semble seul capable d’inquiéter Nixon aux prochaines élections présidentielles, du moins de lui donner une image de marque capable de redorer son prestige auprès des couches de la population insatisfaite. Pour ce faire, le Parti Démocrate pense gagner les

voix de tous les mécontents, en particulier sur le problème de la guerre du Vietnam. Mc Govern n’hésite pas à recourir à tous les artifices de la démagogie pour apparaître comme un contestataire, un homme de gauche résolu à changer réellement la politique tant extérieure qu’intérieure, et en particulier sociale, des Etats-Unis.

Parmi ses dernières trouvailles pour se faire une réputation d’homme « radical », il faut citer la nomination d’une femme à la direction du Parti Démocrate, et d’un Noir pour la place de vice-président du parti. Il compte ainsi regrouper sur son nom les votes des femmes, en une période où les mouvements féministes connaissent une certaine vogue

aux Etats-Unis, et ceci d’ailleurs sur des bases souvent discutables. De même, il espère rallier les suffrages des Noirs qui votent traditionnellement démocrate d’ailleurs, mais qui, en ce qui concerne les plus combatifs, avaient tendance à délaisser le terrain électoral, pour passer à des formes d’action plus directes. Cette opération peut réussir, le mouvement noir étant en pleine régression (Black Panthers, etc.).

Au sujet du conflit vietnamien, Mac Govern promet de retirer intégralement les troupes américaines dans les quatre-vingt-dix jours qui suivraient son élection, et de retirer son soutien à Thieu.

Cependant, ce serait commettre une grave erreur que de considérer réellement Mc Govern comme un contestataire résolu à changer la société américaine. Ne serait-ce que sur les points essentiels de son programme, tout son passé politique démontre qu’il

tient avant tout à préserver les intérêts de l'impérialisme américain : il a toujours voté les mesures les plus criminelles décidées par Johnson en ce qui concerne le Vietnam, et c’est depuis que son parti est dans l’opposition qu’il s’est découvert une vocation de « pacifiste ». D’autre part, il s’est, affirmé pour le maintien de la présence militaire américaine dans le monde. Sur le plan social, toutes les mesures anti-ouvrières prises par Johnson ont toujours reçu son approbation.

Tout ceci n’est certainement pas le fruit du hasard, et la gauche américaine risque d’être fort déçue si Mc Govern parvient au pouvoir. Toutes ses déclarations les plus radicales, son attitude vis-à-vis des Noirs et des femmes ne sont en fait que démagogie électorale, et il n’en restera rien lorsque Mc Govern sera chargé de défendre les Intérêts du plus puissant impérialisme mondial.