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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 15 du 21 juin 1972

CO n° 15 du 21 juin 1972


Éditorial


POUR UN MOUVEMENT D’ENSEMBLE DE LA CLASSE OUVRIÈRE


DEPUIS plus d’un an, pour ne remonter que jusque-là, nous assistons, tant en Martinique qu’en Guadeloupe et en Guyane à une succession de mouvements revendicatifs et de grèves parfois très dures et très longues. Que ces actions soient le fait de catégories de travailleurs les plus défavorisés (ouvriers du bâtiment, SOFRIMA, SOCEA en Martinique) ou de celles qui le sont un peu moins (Sécurité Sociale, employés de banque, caisse centrale, hôpitaux), elles prouvent que le mécontentement est grand et que là volonté de lutte atteint un niveau sans précédent depuis de nombreuses années.

En effet, en 1971 en Guadeloupe, la grève des ouvriers du bâtiment, celle des ouvriers agricoles, celle des hospitaliers, de la SPEDEG, avaient montré la grande combativité du prolétariat guadeloupéen ; en Martinique, après les longues et dures grèves dans le secteur des banques et particulièrement à la caisse centrale, ce fut le tour, cette année, des employés d'Air France, des travailleurs de la SAPSA, des ouvriers du bâtiment, de ceux de SOCEA, de SOFRIMA (toujours en grève depuis deux mois pour la réintégration de onze camarades licenciés), des travailleurs de Peugeot, des cadres de la canne, etc.

En Guyane, la longue grève des travailleurs des «boissons gazeuses» a montré que nos camarades guyanais n'étaient pas en reste.

Beaucoup de ces grèves ont eu de douloureuses conséquences pour les travailleurs : la répression s'abat continuellement, on assiste systématiquement à des matraquages sauvages de la part de la police ou des mercenaires colonialistes lors des manifestations de grévistes (Basse-Terre en 1971, Caisse centrale en Martinique, matraquage des employés de la Sécurité Sociale dernièrement au Lamentin). Des arrestations, de multiples procès ont mis à jour la volonté de répression du colonialisme et du patronat (procès Landre, Gostimen, Ardan, procès Inimod, Burdy, Ravin, arrestation de syndicalistes guyanais). Et nous ne nous étendrons pas sur la mise à l’index systématique de certains ouvriers, sur les licenciements massifs consécutifs aux grèves, sur les brimades quotidiennes des patrons, etc.

Actuellement, la grève de la Sécurité Sociale qui dure depuis plus d’un mois en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe, la grève des travailleurs de SOFRIMA sont encore un encouragement et un exemple pour tous les ouvriers.

Et par delà les particularités de chaque catégorie, nous pouvons dégager à travers toutes ces grèves un certain nombre de revendications communes à tous les travailleurs ; par exemple :

  • Augmentation des salaires.

  • Les 40 % de vie chère.

  • Instauration de conventions collectives.

  • Régime unique d’allocations familiales.

  • Création d’une caisse d’allocation chômage.

Mais, malgré cette communauté de revendications et d’intérêts, tous ces mouvements, toutes ces grèves se font l’un après l’autre, sans coordination, sans mobilisation d'ensemble, ce qui freine considérablement leur portée.

Quant aux grandes centrales syndicales, telles la CGT, la CFDT, FO, elles s’ingénient à sectoriser les mouvements, à les déclencher l’un après l’autre alors qu’il existe chez les travailleurs une grande volonté d’unité qui s’exprime depuis des mois. C’est devant cette volonté que les centrales syndicales CGTM et CGT-FO en Martinique ont décidé de préparer pour le mardi 17 octobre une grève générale «non limitée».

Cela ne peut que nous réjouir. Mais les travailleurs doivent exiger de leurs syndicats qu’ils préparent effectivement cette grève par tous les moyens de propagande possibles : réunions sur les lieux de travail, assemblées générales, meetings, distribution de tracts.

En Guadeloupe, ils doivent exiger que leurs syndicats déclenchent en même temps la même grève, et y entraînent aussi les travailleurs guyanais.

Ainsi, le 17 octobre, travailleurs martiniquais, guadeloupéens - et guyanais pourront dans le même temps déclencher un formidable mouvement de grève générale pour obliger le front patronal à céder sur tous les points.

Actuellement, en effet, la grève générale illimitée peut permettre d’arracher enfin des revendications générales pour lesquelles la classe ouvrière antillo-guyanaise se bat sans arrêt

depuis des années.


SECURITE SOCIALE : La grève continue !

Déclenchée le 8 mai, la grève des employés de la Sécurité Sociale continue à l’heure où nous écrivons. Ce n’est pourtant pas la faute des grévistes si aucun accord n’a été conclu. De leur côté, l'administration et le gouvernement ont fait tout ce qui leur était possible pour monter la population contre les grévistes. Qu’on en juge !

Le voyage des représentants du personnel à Paris s’est soldé par un échec devant l’attitude de Vié, secrétaire général des D.O.M., qui, affirmant que la vie aux Antilles n’était nullement plus chère qu’en France, conseillait aux employés de « vivre à la manière antillaise » !

Pavec, directeur adjoint à la Direction générale de la Sécurité Sociale, déclarait qu'il y avait 75 % de chances d’obtenir 5 % d’augmentation à une condition : que l’on enlève les piquets de grève.

Sur les autres revendications (prime de transport, bourse de voyage, calcul du treizième mois), rien n’était fait.

Le lundi 5, devant des résultats aussi maigres, l’ensemble du personnel décidait en assemblée générale, à l’unanimité des présents (400 environ), la poursuite de la grève.

Depuis, l'escalade de l’administration dans la provocation s’accentue :

Le préfet Brunon déclarait dans un communiqué à la radio que les employés de la Sécurité Sociale ne devaient pas prolonger les souffrances de la population, eux qui sont «privilégiés» (sic).

Nous ne savions pas Brunon aussi philanthrope, lui qui menaçait l'année dernière les travailleurs de la canne en grève. D’autant plus qu’il est l’un des défenseurs du système qui condamne au chômage 150.000 Antillais et qui fait que, pour survivre, nombreux sont ceux qui attendent sur les allocations familiales.

Le mercredi 14, Brunon faisait annoncer à la radio que, pour alléger les « souffrances » de la population, lui, préfet de la Guadeloupe, demandait aux entreprises de verser comme acompte à leurs employés 50 % des prestations familiales. Outre que ceci n’est qu'une suggestion que les employeurs sont libres de ne pas suivre, il convient de remarquer que Brunon fait fi des 70.000 chômeurs de la Guadeloupe, qui n’ont pas droit aux allocations chômage.

Le jeudi 15, Roux, le directeur de la Sécurité Sociale, de plus en plus furieux de l'attitude ferme et décidée des grévistes, lançait sa voiture sur le groupe d’employés qui stationnaient devant la Caisse et blessait une gréviste au pied.

Cependant, malgré toutes les provocations, la riposte tend à s’organiser ; en Martinique tant qu'en Guadeloupe, les grévistes tiennent de nombreuses réunions d’information pour les assurés. La CGTG a appelé à des grèves de « durée limitée » à partir du 9 juin. FO Martinique a appelé à une grève générale pour le lundi 19. Il semble donc que les syndicats poussés par leur base essaient d’élargir le courant de soutien aux travailleurs de la Sécurité Sociale, de mobiliser, après bien des hésitations, la population contre l’administration qui espère faire pourrir cette grève. S'ils y arrivent, nul doute que le pouvoir colonial devra céder.


Messmer voudrait-il nous faire avaler la pilule?

DEPUIS plusieurs semaines, le projet gouvernemental en matière de contraception pour les jeunes filles mineures fait couler beaucoup d’encre.

Que propose cette loi ? Différente de celle qui est appliquée en France, elle permettrait aux mineures, dès 15 ans, de se procurer des moyens contraceptifs sans l’autorisation de leurs parents et par l'intermédiaire d’un seul pharmacien.

La levée dé boucliers a été générale, partout cela a été un tollé.

Mais ce qui a soulevé l’indignation, de la droite à la gauche, ce n’est pas le fait que des contraceptifs allaient être délivrés seulement par des pharmaciens et des centres de planning, sans contrôle suivi par des médecins, ce n’est pas le fait non plus de distribuer ces contraceptifs comme des bonbons inoffensifs.

Non, ce qui a provoqué cette indignation générale c’est bien plutôt le fait (pour le Parti Communiste Martiniquais par exemple) que « le gouvernement se propose de dégager de l’autorité parentale les petites filles martiniquaises de 15 ans pour leur permettre le libre accouplement » (« Justice » du 11 mai 1972), que c’est «leur donner la possibilité de se préserver de toute grossesse, c’est les livrer à leurs instincts, aux sollicitations des adultes, les entraîner à tromper leurs parents». Et l’Église de se joindre à ce concert et de se lamenter sur le « dommage irréparable que l’on fait aux familles en les empêchant de protéger leurs enfants »... « Pouvons-nous envisager qu’on les soustraie au contrôle de leurs familles pour les livrer en fait à la prostitution. »

Ainsi donc, c’est le concert unanime de l’Église aux PC, chacun retrouvant des accents moyenâgeux pour stigmatiser les rapports sexuels qui deviennent subitement des « accouplements », de la « prostitution ». Pour tout ce beau monde, les rapports sexuels en dehors du mariage sont de la prostitution. Triste vision des choses ! La grossesse en vient presque à être un châtiment « divin » pour toutes celles qui aurait croqué au « fruit défendu » : vraiment, on se croirait revenu plusieurs siècles en arrière.

D'un autre côté, tous ces journaux semblent oublier, par contre, que la vraie prostitution existe déjà et qu’elle a des causes bien précises et qui n’ont rien à voir avec la pilule. Car lorsque pour avoir un poste ou un quelconque emploi, les jeunes sont obligées de passer par les quatre volontés d’un patron, ou qu’acculées au chômage, certaines ne trouvent d’autres ressources que celle de vendre leur corps, il est évident que la cause de cette prostitution, c’est la misère et le sous-emploi.

Il est navrant qu’aucun des journaux de la gauche n'ait cru bon de déclarer que pilule ou pas, la prostitution existe et ne pourra disparaître que lorsque la situation économique changera ici.

Mais ce qui a choqué encore plus et a fait l’unanimité de l’Église, des PC et du « Progrès Social », c’est le retrait de l'autorité parentale. On assiste à un front, à une « unité nationale » contre la pilule ! Et chacun de rappeler dans ses journaux respectifs les vertus de la cellule familiale et de l’autorité.

Nous nous demandons pourquoi l’église devient subitement si soucieuse de l’unité des familles, alors que d'habitude, cela ne la gêne en rien de voir des pères sans emploi, des mères de familles travaillant comme des bêtes de somme et qui ne peuvent évidemment avoir ni les moyens, ni le temps de simplement éduquer leurs enfants.

Pour ce qui est du projet gouvernemental lui-même et de toute la propagande qui l'entoure, il y a plusieurs choses à souligner.

Il y a principalement le fait que le gouvernement s'avère de plus en plus incapable de résoudre le problème du chômage aux Antilles et recherche un bouc émissaire, la « source de tous les malheurs », et il vient nous agiter sous le nez le fait que nous « faisons trop d’enfants ». Cela lui permet de proposer une fausse solution, qui est celle de la contraception.

C’est ainsi qu’on peut voir dans « France-Antilles » que « l’excédent naturel avoisine en Guadeloupe 7.000 personnes par an ». Pour éviter une augmentation continue du chômage, il faudrait créer 7.000 nouveaux emplois par année (« F.-A. » du 17 mai 1972).

Sept mille naissances n’entraînent pas dans l’immédiat la création de 7.000 emplois nouveaux. Depuis quand travaille-t-on à l’âge du biberon ? De plus, le gouvernement a-t-il été seulement capable de créer, et cela sur plusieurs dizaines d'années, plusieurs milliers d’emplois ? Non. Et comme il en a été incapable, il s’empresse d’agiter le problème des naissances.

Car si les Antilles sont dépourvues d’industries et sont sous-développées, si le tourisme, dernière panacée, n'emploie que peu de personnes, ce serait à en croire le gouvernement, de notre faute. Il n'y a que lui et tous ceux que ça arrange pour croire cela.

Un autre point du projet est à souligner. Le gouvernement veut donner des contraceptifs, mais il s’agit avant tout d’y aller « à l’économie », selon ses propres termes. Il s’agit de donner des contraceptifs à la chaîne, comme à des animaux, sans précautions, sans explications, sans surveillance, et cela c'est un vrai scandale.

Ce que nous pouvons affirmer, c’est que ce n’est pas par la pilule que nous trouverons la solution de nos problèmes. Et encore moins en comptant sur un gouvernement qui n’est capable que de proposer de telles solutions.



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Dans la banane : A BLONDINIÈRE, ON TUE LES TRAVAILLEURS A PETIT FEU

Sur l’habitation Blondinière appartenant à Dubreuil, comme partout ailleurs dans la banane, l’exploitation se pratique de la façon la plus éhontée. Cette propriété est dirigée par un certain Angello qui se croit tout permis.

C’est ainsi qu’il oblige nos camarades à laver les bananes dans un petit ruisseau dont l'eau est infecte et remplie de parasites de toutes sortes : inutile de dire que ces microbes pénètrent dans leur sang et les rendent malades.

D'autre part, il les oblige à répandre aux pieds des bananiers cinq sacs d’une poudre extrêmement dangereuse qui attaque la peau de ceux qui la sèment. En principe, il semble qu’un individu ne doive répandre au maximum qu’un sac par jour, mais Angello qui se prend pour un petit «roi nègre» exige qu’un travailleur fasse cinq sacs par jour. Sous le soleil, la nocivité de cette poudre augmente considérablement. C’est ainsi que dernièrement nous avons rencontré une travailleuse dont les deux bras et le cou avaient été complètement brûlés par la poudre. A la voir, on croirait qu'elle avait été brûlée par de l’huile chaude. Et, paraît-il, qu’elle n'était pas la seule dans le cas, ni la plus gravement atteinte.

En plus du travail inhumain exigé des travailleurs, ce petit géreur se permet de les payer selon son bon plaisir ; de trafiquer les fiches de paie : ainsi pour dix heures de travail, ce monsieur n’en déclare que sept à la Sécurité Sociale, les trois autres heures étant payées à part. De plus, il paye les travailleurs à la tête du client.

Cette situation est intolérable. Il est grand temps que tous les travailleurs de la banane, ceux de Blondinière, des Mineurs, de Bois-Debout, de Manseau s'organisent pour faire entendre raison à tous ces gros propriétaires et à leurs valets à la Angello... Car une chose est sûre : il suffira que les travailleurs de la banane, hommes et femmes, s'organisent et osent lutter pour que les Dubreuil, Butel, Martin et autre Claverie deviennent plus raisonnables. La preuve, c’est que dernièrement, aux Mineurs, sur les terres de Thionville, le géreur exigeait que les travailleurs transportent 168 régimes de bananes pour leur journée ; il a suffi qu'ils refusent en bloc et fassent une grève sur le tas pour que le géreur accorde 138 régimes.

C'est donc que la lutte seule paie. Mais il faut se décider...


échos des entreprises... des plantations... des bureaux


Aux Docks : les travailleurs ne doivent pas faire les frais des aménagements de la direction

UN nouveau, danger pèse sur les dockers du port de Pointe-à-Pître. En effet, le syndicat CGT-FO des dockers, lors de son assemblée générale, a révélé que l’ingénieur du port propose «d’aménager» les conditions de travail des dockers. En quoi consistent ces aménagements ?

Tout d’abord, la durée de travail normale d’une équipe serait 6 h 40 - 11 h, au lieu de 6 h 45 - 10 h 45 et 12 h 45 - 16 h 45. Ainsi, l’équipe du matin ne travaillerait pas l’après-midi. Ensuite, pour les marchandises palettisées, le travail de cale subirait des modifications : les huit hommes de cale travailleraient alors qu'auparavant quatre seulement travaillaient et quatre surveillaient.

Nous sommes d’accord pour le changement d’horaire, mais à une condition : que la Journée soit payée sur la base de 52,67 F minimum pour le travail de 6 h 40 à 11 h.

Mais les ouvriers doivent refuser de travailler à huit en même temps dans la cale. En effet, il n’y aurait aucune sécurité et de graves accidents seraient à craindre ; de plus le travail finirait deux fois plus vite et l’embauche serait plus difficile encore pour les dockers.

Mais les syndicats ne font pratiquement rien pour mobiliser les travailleurs alarmés à juste titre par ces projets. Si la CGT-FO en a parlé, c’est parce que c’était lors de son assemblée générale. La CGTU se tait. Quant à la CGTG, ses responsables nient avoir jamais reçu les propositions de l’ingénieur.

Même si cela était vrai, la CGTG aurait dû réunir les travailleurs et aller demander des comptes à la direction. Car ces projets, comme tous les autres, n’ont qu’un but : faire le maximum de profit sur le dos des dockers, en ruinant leur santé et en mettant leur vie continuellement en danger.

Les travailleurs doivent forcer les syndicats à les réunir afin de lutter contre ces projets extrêmement dangereux.


GUADELOUPE, Aux Ets Marsolle : les travailleurs ont su faire respecter
leurs droits

Nous avions signalé dans un des numéros de Combat Ouvrier comment, aux Ets Marsolle (Lauricisque), les conditions de travail ainsi que les salaires n'étaient même pas conformes à la législation du travail en vigueur. Nous avions également publié une lettre envoyée par les travailleurs de cette entreprise à l'Inspection du Travail. Suite à cette lettre, il y eut la visite d'un inspecteur du Travail qui reconnut le bien-fondé des plaintes des ouvriers. Marsolle fut donc convoqué à l'inspection pour s'expliquer de ses pratiques illégales... Là, et après avoir effectivement vérifié les cahiers de paye, l’inspecteur intima à Marsolle de payer à tous un rappel, et lui fit promettre de revoir assez rapidement l'établissement, qui ne présente pas toutes les garanties de sécurité requises. Les travailleurs ont tous touché un rappel, ce dernier allant de 90 jusqu’à 400 F. Cette inégalité des sommes distribuées semble assez louche. Il faudra revoir les services de l'inspection du Travail, pour vérifier si Marsolle n'essaie pas à nouveau de rouler les travailleurs. Cependant, que ce dernier ait dû verser un rappel montre bien, qu'effectivement, il payait bien en-dessous du minimum légal (le SMIC). C'est là un exemple qui devrait inspirer beaucoup de travailleurs, et ils sont nombreux, qui travaillent pour moins que le SMIC.


GUADELOUPE : Usine Beauport : les patrons licencient...
les syndicats discutent

A l'usine Beauport (S.A.U.B.), six travailleurs du service Achat ont reçu une lettre de préavis les informant de leur licenciement à compter du mois de juillet. A la suite de cette lettre, les syndicats CGT et CFDT ont appelé, le vendredi 19 mai tous les travailleurs de l'usine à faire une grève de 2'4 heures. Cette grève connut un véritable succès ; en effet, elle fut suivie presque à 100 %. Cette détermination des travailleurs et employés de Beauport n’étonne point, quand on sait qu’en plus des six licenciements sûrs, le bruit court que cette usine doit licencier cent cinquante autres personnes. La raison en serait, paraît-il, le budget déficitaire de l'usine. Depuis cette grève, rien ou presque n’a été entrepris par les directions syndicales. Certes, elles ont tenu une ou deux réunions d'information, mais c'est tout... Elles ont carrément préféré, à la lutte d'ensemble des travailleurs, la discussion autour de la table, avec le directeur de la société et Pignon, secrétaire général, délégué spécialement pour cette affaire, en Guadeloupe. Alors que six employés, du fait de la suppression de tout un service, par souci d'augmenter le profit de l'entreprise, sont jetés à la rue, la CGT et la CFDT continuent à tergiverser, et à poursuivre les négociations avec des gens qui n'ont visiblement que des promesses à faire. Ceci n'est plus seulement une démission, mais une véritable trahison. Pour s'en sortir et avoir raison des patrons de la S.A.U.B., travailleurs et employés sauront s'organiser eux- mêmes, compter sur leurs propres forces. Et la voie à suivre sera plus celle de la grève du 19 mai, que celle offerte en ce moment par les directions syndicales. Tous ensemble et dans la lutte, les travailleurs de Beauport vaincront.


LAMENTIN (Martinique) Les grévistes de la Sécurité Sociale face aux flics

Il y a quelque temps, les grévistes de la Sécurité Sociale étaient venus accueillir à l’aérodrome du Lamentin leurs représentants syndicaux ; ils en profitèrent pour manifester et lancer des slogans en vue de sensibiliser la population qui se trouvait là. C'est alors que la police chargea brutalement, tabassant et blessant bon nombre de manifestants. Voilà un des nombreux actes du pouvoir colonial qui, en voulant réprimer des grévistes, ne tait que renforcer leur détermination et élargir le courant de sympathie à leur égard.


MARTINIQUE, SOFRIMA : la grève continue

Les grévistes poursuivent toujours leur grève depuis deux mois. Nous nous souvenons que, après le licenciement de onze de leurs camarades, ils s'étaient mis en grève pour exiger leur réintégration. Après que l’affaire ait été portée en justice, les patrons ont reçu une invitation de l'inspection du Travail à se rendre, avant le 1er juin, devant une commission de conciliation. Nous n'en savons pas encore les résultats. Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que les travailleurs ne sont pas prêts à se laisser taire. Ils sont d’ailleurs toujours en grève à l'heure où nous écrivons.

Ce qu'ils veulent, c'est la réintégration de leurs camarades, immédiatement. Ils sauront l'obtenir.


MARTINIQUE, JPM-Lamentin : ce que valent les promesses d’un patron

A l’entreprise JPM au Lamentin, les patrons font la démonstration de leur mépris vis-à-vis des travailleurs. Les ouvriers ne sont jamais payés à temps. En huit mois, ils ne l'ont été qu’une fois normalement. Excédés par cette situation, ils s'étaient mis en grève le mois dernier. La grève se termina bien vite, les travailleurs acceptant de reprendre le travail sur une promesse du patron.

Mais, le 24 mai, ils n’avaient pas encore touché la paye du mois d'avril. Le patron s'est donc moqué

d’eux.

Ce fait prouve que les promesses d’un patron ne sont que du vent. Les travailleurs de JPM en ont fait l’expérience ; la prochaine fois, ils continueront leur mouvement jusqu’à totale satisfaction.


GUADELOUPE : dans la banane, chez Deravin, à Petit-Bourg

A Petit-Bourg, Jacqueline Deravin a un moyen pour détourner la loi. En effet, elle ne paye qu’une partie des heures de travail comme heures effectives de travail. Le reste étant porté sur la fiche de paye comme indemnité de transport. Cela lui permet ainsi de payer moins de cotisations sur les salaires à 1a Sécurité Sociale.

Ce n’est pas que chez Deravin que de telles choses se produisent. Face à cela, les travailleurs doivent, réagir et obliger les patrons à respecter la loi.


GUADELOUPE, PRISUNIC : jusqu’où iront le cynisme et la bassesse de la direction ?

Deraine dépasse réellement ce que peuvent supporter les employés, et nous ne devons plus admettre ses manières de maître absolu.

Il y a trois semaines environ, à Prisunic-Raizet, une de nos camarades approvisionneuse était accusée par son chef de groupe d’avoir détourné deux boites de jus de fruit, parce qu’il manquait deux boîtes dans un carton. Immédiatement, cette camarade en avait été rendue responsable... Aussitôt, le directeur Deraine la fit appeler dans son bureau et, la camarade soutenant qu’elle n’avait rien pris, il décida de la faire fouiller. Pour accomplir sa sale besogne, il appela une de ses adjointes et la somma de fouiller complètement notre camarade. Ainsi fut fait ; ils allèrent jusqu’à la faire se déshabiller...

Voilà jusqu'où peuvent aller le sadisme et le cynisme de ces patrons si nous ne leur montrons pas par tous les moyens que nous ne sommes pas prêtes à nous laisser faire. Et tant que nous resterons isolées, ils pourront toujours faire pression et nous traiter comme les maîtres traitaient leurs esclaves.

Notre camarade aurait refusé de se laisser toucher par qui que ce soit si elle savait que pour la soutenir tout Prisunic se serait mobilisé.

Nous ne devons pas craindre ce cynique bonhomme, mais oser nous organiser et relever la tête. Dénonçons les méthodes qui sont employées à Prisunic ! Dénonçons cette bande de chefs qui nous méprisent ! Organisons-nous !


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26-27 mai 1967 : LES NATIONALISTES ET L’UNITÉ D’ACTION !

En vue de la préparation des journées des 26 et 27 mai, plusieurs initiatives avaient été prises de la part de différentes organisations pour regrouper les tendances anti-colonialistes qui voulaient célébrer ces journées mémorables.

Notre tendance a accepté alors de participer à une entreprise commune, car il était possible de commémorer ces journées dans l’unité d’action malgré tout ce qui nous sépare les uns les autres. Et c’est précisément parce que nous étions conscients de tout ce qui nous distingue des autres courants que nous pensions que cette unité d’action ne pouvait se faire que si la liberté était laissée à chaque tendance ou organisation de se présenter avec ses propres idées et ses propres mots d'ordre politiques.

Malheureusement, cela n’a pas été possible ; nous le regrettons et nous conservons malgré tout la

volonté de participer dans l’avenir à une action unie avec d’autres groupes lorsque cela sera nécessaire. Mais encore faudrait-il que les autres courants politiques reviennent à des conceptions plus réalistes sur cette unité d'action.

Une première initiative avait été prise par l’ADEDG (association des étudiants en droit de la Guadeloupe), une seconde par le Gong, la fédération des comités de défense des travailleurs guadeloupéens, et le syndicat Fraternité Ouvrière.

A l’invitation de l'ADEDG, toutes ces organisations, y compris le syndicat UTA, l'association des étudiants en lettres et notre tendance, se retrouvèrent pour essayer d’élaborer en commun un programme d’action pour les 26 et 27 mai.

D’emblée, le délégué de l’UTA déclara que son syndicat ne participerait à aucune manifestation

avec le Gong et « chaltouné » en raison des divergences qui opposent son syndicat à ce journal et à cette organisation. Il fut bientôt rejoint par l'association des étudiants en lettres et par l'ADEDG. Curieuse conception de l'unité d'action !

La réunion continua malgré tout, et toutes les organisations se mirent d’accord sur un programme d’action, un programme de meetings dans plusieurs communes et un meeting central à Pointe-à-Pître, le samedi 27.

Le Gong proposa aux différentes organisations de signer un tract préalablement rédigé par eux.

Notre tendance, ayant une position différente de celle qui y était exprimée, refusa de signer le tract, ce refus ne pouvant, selon nous, être en aucune manière un obstacle à une participation commune aux différentes actions envisagées.

Le Gong refusa notre proposition, exigeant soit la signature du tract, soit notre non-participation, ce qui provoqua notre départ. Par là même, le Gong s'engageait dans la voie de l’échec de l’action unitaire prévue.

Cette position nous permet de croire que cette organisation qui se disait partisane d’une participation la plus large possible des organisations anti-colonialistes à un mouvement commun, voulait en fait prendre la tête de ce mouvement, elle aurait voulu que les différentes manifestations se déroulent sous son propre drapeau et ses propres mots d’ordre : « l’unité oui, mais nous en tête », voilà comment nous pourrions résumer la position du Gong, se préoccupant en cela plus de ses intérêts de boutique que de favoriser la prise de conscience des travailleurs.

Le résultat des positions sectaires des nationalistes petits- bourgeois du Gong, de ceux qui dirigent l’UTA, ou de la Fédération, fut que, encore une fois, aucune mobilisation efficace ne fut entreprise pour commémorer les 26 et 27 mai, la grande masse des travailleurs, des jeunes, n'a pu être sensibilisée, ce qu'une action commune aurait pu faire. Notre tendance s’est fait cependant entendre de quelque deux cents travailleurs dans les meetings de Lauricisque et de Brest (à Capesterre). L’UTA organisait de son côté un meeting à l’institut Vizioz, et un autre à Basse-Terre avec les étudiants.

Voilà un exemple édifiant du comportement politique des nationalistes petits-bourgeois ! Ils préfèrent saboter une action unitaire plutôt que d’admettre que chaque tendance ou organisation puisse quoi que ce soit de ses idées politiques. Avec un tel comportement, aucune unité d’action anti-colonialiste n’est possible.



La commémoration des 26 et 27 mai 67 par "Combat Ouvrier"

MALGRE l’échec de la tentative d’intervention commune, il n’était pas du tout question pour nous de rester inactifs. Des sympathisants et amis de Combat Ouvrier décidèrent donc d’intervenir dans différents quartiers populaires afin de commémorer ces journées de lutte des travailleurs guadeloupéens et aussi de proclamer haut notre volonté de continuer le combat. C’est ainsi que le vendredi 26 mai, environ quatre-vingts personnes se regroupaient autour de deux orateurs à Capesterre, au quartier de Brest.

Nos camarades avaient aménagé l’emplacement où devait se faire la prise de parole : une grande banderole rappelant le « 26 et 27 mai », plusieurs autres sur la nécessité de construire le parti ouvrier révolutionnaire et de nombreux drapeaux rouges donnaient immédiatement le sens de cette réunion.

Le premier orateur rappela le déroulement des événement : la grève des ouvriers du bâtiment pour une augmentation de... 2 %, le rassemblement sur la place de la Victoire, la provocation d’un patron raciste et le déchaînement des forces de répression.

L’orateur devait continuer en montrant que cette fois encore le colonialisme était apparu sous son visage hideux de violence et de sauvagerie, et que les travailleurs, les opprimés, ne devaient pas avoir de doute : c'est bien celui-là qui appelait à chaque fois

qu’ils s’organisent pour avoir une vie meilleure.

Il devait terminer en montrant qu’en face de cette guerre déclarée par le colonialisme contre les travailleurs, ceux-ci devaient resserrer les rangs et s'organiser.

La nécessité de s’organiser, de lier les luttes des travailleurs, la construction du parti ouvrier révolutionnaire, tels étaient les thèmes développés par le second orateur.

Devant une assistance extrêmement attentive, le camarade commença par rappeler comment à la suite des événements de mai 1967, les travailleurs, loin de courber la tête, avait repris la lutte et comment dans tous les secteurs des grèves se déroulaient.

Insistant ensuite sur l'importance et la force des travailleurs en citant tous les secteurs qui dépendent d'eux : docks, SPEDEG, bâtiment, etc., il devait terminer en expliquant que face à la rapacité des colonialistes et capitalistes de tout poil, il était nécessaire que les travailleurs s'organisent dans leur propre parti, le parti ouvrier révolutionnaire.

Après ces deux interventions, un camarade devait donner une information sur les menaces de licenciement massif à l’usine de Beauport et sur la grève des ouvriers de cette usine.

C'est alors que plusieurs travailleurs vinrent au micro, parler de leurs conditions de travail, et demander des précisions.

C'est au son de l’Internationale, entonnée par nos camarades, que se termina la réunion.


LAURICISQUE

C’est sur la place du marché que nous avions tendu la grande banderole et à 19 h, quand notre premier camarade prit la parole, il y avait plus de cent personnes qui l’écoutaient.

Les deux interventions développèrent les mêmes idées qu’à Capesterre. A plusieurs reprises, la population de Lauricisque applaudit.

A la fin de la réunion, un sympathisant de Lauricisque vint dire sa volonté de lutter, la nécessité de s’organiser pour améliorer ses conditions d’existence.

Là encore, nous nous séparâmes après avoir entonné l'Internationale et cette fois-ci, accompagnés par plusieurs travailleurs de Lauricisque.


LES AUTONOMISTES A PARIS : DES PARLOTTES POUR RIEN

LES organisations autonomistes de la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie ont tenu, le 30 mai à Paris, avec la participation de plusieurs partis politiques et organisations syndicales français, une réunion à l’issue de laquelle ils ont fait une déclaration commune qui exprime leur désir d’un changement de statut des « D.O.M. » et « T.O.M. ».

Les décisions prises lors de cette réunion ne diffèrent en rien, quant à l’orientation politique des autonomistes, à celles de la convention du Morne Rouge, convention qui s'était réunie, rappelons-le, au mois d’août de l’année dernière en Martinique.

Cette réunion Intervient alors que la situation politique, économique et sociale ne cesse de se dégrader dans les « D.O.M » et « T.O.M. ». Les récents et violents mouvements de grève qui ont ébranlé le système colonial même dans ses structures les plus profondes, sont une preuve manifeste que les populations des soi-disant D.O.M. et T.O.M. aspirent à un changement de leurs conditions de vie.

C’est dans ce contexte de malaise social que Messmer inaugure sa nouvelle politique balbutiante de régionalisation, qui, on le sait très bien ne résoudra point les problèmes du chômage et de la misère qui sévit dans ces pays.

Les politiciens petits-bourgeois de ces , îles, sentant l’approche du dénouement se préparent pour ne pas être en reste lors du partage du gâteau. Ce fut l’occasion pour des juristes bourgeois tel le député socialiste guyanais Heder, de faire la démonstration de toutes ses facultés intellectuelles en ce qui concerne le droit bourgeois. Ainsi, la solution de rechange qu’il a pondue sous forme d’un projet de constitution pour une Guyane autonome, apporte à la bourgeoisie la preuve qu’il a bien appris sa leçon. Et sur ce point, celle-ci n'aura rien à lui reprocher. C’est aussi toujours dans ce cadre-là que le Polynésien Francis Sanford, ex-membre de la majorité, après avoir défendu servilement la politique du colonialisme français, sentant le vent changer de direction, n’hésita pas à retourner sa veste. Après avoir avoué ses péchés : «J’ai perdu mon temps avec une majorité qui refuse de reconnaître nos légitimes revendications... », il n’eut aucun mal à se faire accepter par les autonomistes.

Il existe en ce moment dans toutes les colonies françaises une situation explosive. Les travailleurs sont prêts à la lutte, luttent déjà. Il leur faut des perspectives claires, une politique courageuse, une organisation.

Et que font pendant ce temps les principaux partis qui se réclament de la classe ouvrière et du communisme, les PC antillais, guyanais et réunionnais?

Ils s’acoquinent avec de lamentables spécimens de politiciens bourgeois ; Ils palabrent sur des textes juridiques vides de contenu. Pas la moindre réponse aux problèmes les plus brûlants de la classe travailleuse, pas la moindre proposition susceptible de la faire avancer sur le chemin de son émancipation sociale et nationale.

Qu’elle est donc grande la distance entre la volonté de lutte des travailleurs et les fades discours sur l'autonomie de ceux qui prétendent parler en leur nom !


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EN FRANCE : COLERE DES TRAVAILLEURS
ET PETITS CALCULS SYNDICAUX

LES quatre semaines qui viennent de s’écouler ont été marquées en France par une certaine agitation sociale qui, sans être très intense, a néanmoins constitué la toile de fond de la vie politique française.

Nous avons ainsi pu entendre une certain nombre de prises de position : de Séguy, pour la CGT, de Maire, pour la CFDT. Cette dernière confédération syndicale bénéficiant du succès obtenu par les luttes des grévistes de Pennaroya, du Joint Français, luttes qui furent toutes soutenues par la CFDT, semblait à de nombreux travailleurs plus dynamique, plus décidée à lutter contre le patronat que la CGT.

Le désir de renverser le courant, de montrer qu’elle demeure la plus puissante et la plus combative des centrales ont joué un rôle déterminant dans la décision prise par la CGT d’organiser une journée nationale de grèves et de manifestations.

Quelles qu’aient pu être les arrière-pensées de la CGT, le 7 juin était une occasion pour tous les travailleurs d'exprimer leur mécontente

ment vis-à-vis de la politique patronale de blocage des salaires, et de dire à Chaban ce qu’ils pensent de son gouvernement, de ses scandales, et de son bluff télévisé au cours duquel il nous a promis 1.000 F mensuels minimum, mais dans dix-huit mois seulement !

La CFDT soi-disant plus combative, décida de ne pas s'associer à cette « journée nationale d’action ». Voulant à tout prix affirmer son originalité, elle n'a fait en réalité que montrer à tous les travailleurs les limites de sa combativité et la faiblesse de son influence.

Le 7 juin ne fut pas un grand succès. Il fut marqué dans certaines entreprises par des débrayages d’une demi-journée, par une journée de grève dans de nombreux secteurs SNCF, et par une manifestation qui a réunion, à Paris, 50.000 personnes environ sur les mots d’ordre de « salaire minimum à 1.000 F », la retraite à 60 ans, etc.

Cependant, compte tenu de la défection de la CFDT et des autres centrales syndicales, compte tenu du fait que cette journée se situait à la veille de la période des congés annuels, autrement dit n'ouvre en aucun cas des perspectives d'action immédiate, compte tenu enfin de la contre-propagande gouvernementale qu’ont déversée l’ORTF et les postes périphériques ainsi que la presse bourgeoise, on peut considérer que la journée nationale d'action a quand même été un succès.

Elle fut d'ailleurs ressentie comme telle par le patronat et son gouvernement. Depuis le 7 juin, nous n'avons jamais entendu autant de déclarations du gouvernement tendant à faire croire que l'Etat se préoccupe réellement du problème des bas salaires. C'est ainsi qu'il fut annoncé que les OS de la Régie Renault toucheront dorénavant 1.500 F par mois minimum. Il convient de noter à ce propos, que 1.500 F sera le salaire minimum de l'OS, mais calculé sur toute l'année, toutes primes comprises, sur la base des 40 heures par semaine, et avant déduction des retenues de Sécurité Sociale. Autrement dit, un salaire brut mensuel moyen. Là encore, on peut voir la marge entre la réalité et le bluff patrons-gouvernement.

La CFDT a, elle aussi, enregistré comme un succès la journée d’action de la CGT, à tel point qu'ajoutant l'inconséquence à son irresponsabilité, elle changea du tout au tout sa position et décida d’organiser en commun avec la CGT une nouvelle journée nationale d’action le 23 juin.

Cette journée nationale d’action devant se faire sur les mêmes mots d’ordre et revendications que celle du 7.

Le SMIC à 1.000 F et la retraite à 60 ans constituent pour nous des revendications extrêmement timides qui, de plus, ne concernent qu'une fraction restreinte de la classe ouvrière de France. Les travailleurs se rendent compte chaque jour qu'on ne peut vivre avec moins de 1.500 F par mois, et ceux qui réclament moins ne veulent pas réellement changer la situation des travailleurs.

La journée du 23 constituera-t-elle un succès ou un échec pour les travailleurs ? Il est impossible de le dire à l’heure où nous écrivons.

Ce que nous pouvons, par contre, dire, c’est qu’il est du devoir de tout ouvrier conscient d’y participer. Parce que quelles que soient les arrière-pensées syndicales, notre intérêt de travailleurs est d’être aux côtés de ceux qui luttent même si nous ne sommes pas d’accord avec leur façon de mener cette lutte.

Pas de casernes, mais des lycées !

L'année scolaire s’achève. Et en cette fin d'année, les élèves connaissent des préoccupations nombreuses, le passage en classe supérieure, les examens, le redoublement éventuel. Tels sont en général les soucis habituels des élèves ; mais à ceux-ci, il en est un qui vient s'ajouter cette année et qui constitue un véritable scandale : aucun élève ne sera autorisé à redoubler, en cas d'échec, au baccalauréat au lycée de Baimbridge. A l'origine de cette décision du proviseur, il y a tout simplement un manque de place, donc de locaux en nombre suffisant. Pour la même raison, de nombreux élèves ont été mis à la porte des classes de seconde et de première. C'est le comble !

Ces élèves sont pour ainsi dire jetés au chômage. Car, avec le baccalauréat, on peut déjà chômer en Guadeloupe, a fortiori quand on ne l'a pas...

Refus de redoublement de la classe terminale, renvois définitifs et nombreux, voilà les conséquences de la politique coloniale en matière d'éducation. En fait, tout le problème réside en ce que le nombre d'établissements scolaires, et notamment du secondaire, est nettement insuffisant. En dépit de toute sa propagande, le gouvernement capitaliste français ne fait pas construire assez d'écoles pour recevoir tous les jeunes. Les crédits pour cette branche sont réduits à la portion congrue.

Il est inadmissible que le gouvernement trouve de l'argent pour construire des casernes de gendarmes en grand nombre, en trouve encore pour les entretenir et faire voyager régulièrement ses « Képis Rouges », mais n'en trouve point quand il s’agit de construire des lycées. Rien d'étonnant dans tout cela, car ce gouvernement se préoccupe plus de la sauvegarde des intérêts des usiniers et des gros capitalistes que de l'avenir de la jeunesse.

Quant à nous, nous pensons que la jeunesse n'a point besoin de casernes mais d'écoles...

Dès que les lycéens eurent pris connaissance des mesures qui les frappaient, ils ne manquèrent pas de manifester leur opposition, notamment en distribuant des tracts à tous. De son côté, la FEN (Fédération de l'Education nationale) a également fait sortir un tract dans lequel elle disait son désaccord et son mécontentement. Les élèves et la FEN réclament dans l'immédiat la remise du bâtiment « P », occupé jusqu'à ces derniers temps par les élèves des classes de transition. En effet, suite au départ de ces élèves, le Conseil d'administration du lycée, dans sa majorité, avait réclamé et obtenu par vote que ce bâtiment soit rendu au lycée. Le vice-rectorat veut passer outre la décision du Conseil et retenir le bâtiment en question pour ses propres services. En aucune façon, les lycéens, les enseignants et les parents d’élèves ne doivent tolérer que la décision du Conseil d’administration soit ainsi bafouée par les autorités, au moment même où nombre de lycéens sont jetés à la rue et où les 900 élèves des CES et des CEG attendent d'être scolarisés au lycée.

Pour faire reculer l’administration, il faudra la mobilisation commune de tous, lycéens, enseignants et parents ; c'est à cette seule condition que l'on fera échec à la politique malthusienne du gouvernement capitaliste et colonialiste français en matière d'éducation.