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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 13 du 26 avril 1972

CO n° 13 du 26 avril 1972

Éditorial

VIVE LA LUTTE DU PEUPLE VIETNAMIEN

CHAQUE jour qui passe apporte de nouvelles précisions sur l’offensive déclenchée depuis plus de trois semaines par les combattants du Vietcong et du Nord-Vietnam. Chaque jour apporte la confirmation éclatante, devant l’opinion mondiale, qu’il n’y a qu’une force politique réellement représentative du peuple sud-vietnamien : le F.N.L. Cela est démontré par l'impossibilité où se trouvent les troupes du gouvernement fantoche pro-américain de Saigon d'empêcher le déroulement de l’offensive du Vietcong. De nombreuses villes et bases militaires tenues par les troupes Sud-vietnamiennes ont carrément bloquées. Sur tout le territoire sud-vietnamien, le Vietcong fait la preuve qu’il est maître du terrain et bénéficie de la sympathie agissante de l’ensemble de la population.

La politique dite de « vietnamisation » mise sur pied par les Américains vole en éclats. Rien n’existe, aucune troisième force, entre l’impérialisme américain et le F.N.L. Le gouvernement fantoche apparaît clairement comme une clique n’ayant pour tout soutien que la marine et les « B 52 » américains. Mais dans le peuple, dans les masses paysannes, ce gouvernement ne trouve que peu de forces sur lesquelles il peut s’appuyer.

Il y a peu de chances que l’objectif du F.N.L. soit la prise des grandes villes et plus particulièrement de Saigon. Le F.N.L. veut montrer exactement ce que l’on constate, à savoir sa force et sa représentativité face aux marionnettes de Saigon. Si les U.S.A. veulent se dégager du Vietnam, il leur faudra passer par des négociations avec le F.N.L. ; il n’y a point d’autre solution.

Par mesure de représailles contre la démonstration des Vietcongs, les Etats-Unis ont décidé de reprendre leur politique de bombardements à outrance sur le Nord-Vietnam. Ils ont lancé des tonnes de bombes sur les quartiers populaires de la ville de Hanoï et du port de Haïphong. Cette attitude est d’autant plus monstrueuse que les impérialistes américains savent parfaitement que c'est inefficace, que les bombardements ne pourront réduire à merci les Vietnamiens. Plus, ils savent d’ores et déjà que le jour n’est plus éloigné où ils devront quitter le Vietnam.

Mais les impérialistes américains ne sont pas pressés ; s’ils savent qu’ils ne peuvent plus vaincre, ils tiennent au moins à quitter le Vietnam avec des garanties, susceptibles de leur éviter que la victoire du peuple vietnamien n'incite d’autres peuples dans le Sud-Est asiatique à s'engager dans la lutte violente pour leur émancipation. Aussi cherchent-ils à placer la solution du problème vietnamien dans le cadre d’un accord global avec l’U.R.S.S. et avec la Chine, garantissant le statu quo dans cette partie du monde. C’est pourquoi, tout en déversant des bombes sur le Vietnam, Nixon se prépare tranquillement à se rendre à Moscou — après être allé à Pékin. Et Moscou se prépare tout aussi tranquillement à le recevoir — comme il avait été reçu à Pékin.

En attendant qu’aboutissent les sinueuses négociations entre grandes puissances, les impérialistes donnent libre cours à leur sauvagerie. Avant de partir, ils tiennent à détruire et à massacrer le plus possible. Ils tiennent à montrer aux Vietnamiens, et surtout à ceux qui seraient tentés de les imiter, qu’il faut payer très cher pour faire reculer l’impérialisme.

Mais tout cela est vain. Les Vietnamiens n’ont pas combattu pendant trente ans, d’abord contre l'impérialisme français, aujourd’hui contre l’impérialisme U.S., pour céder devant les bombardements. Et à cela, les U.S.A. ne peuvent rien.


Martinique LA GREVE DES OUVRIERS DU BATIMENT

Depuis le 29 janvier, les syndicats des travailleurs du bâtiment avaient entamé les discussions avec le patronat sur leurs revendications, notamment les revendications de salaire. Ils demandaient 25 % d'augmentation échelonnés jusqu'en octobre.

Le 21 mars, les patrons refusaient d’accorder les 10 % préalables d’augmentation, ce qui portait le salaire horaire du manœuvre à 4,01 F au lieu de 3,65 F actuels. Les patrons proposaient 8,50 % et éventuellement 9 %, soit 3,98 F de l'heure.

La lutte tournait donc autour d'une différence de 3 centimes, ce qui prouve que plus que de perdre des profits importants, le patronat craignait surtout le prestige que les ouvriers du bâtiment pourraient tirer même d’une petite victoire et qui les enhardirait à entreprendre de nouvelles batailles.

La grève commença donc le 22 mars. Ce n’est que le 7 avril que les patrons proposaient cyniquement aux travailleurs 10 % immédiatement et 2 % le 1er octobre. La C.G.T.M. fit accepter alors le principe de la revendication de 12 % immédiatement et 8 % le 1er octobre.

La revendication initiale de 25 pour cent semble avoir été oubliée par les bureaucrates syndicaux de la C.G.T.M. Pourquoi ce repli de 5 % ? On l'explique mal en effet, sinon par une manœuvre

de la direction syndicale, alors que les travailleurs montraient un degré maximum de combativité et étaient prêts à se battre pour les 25 %.

Pendant plus de trois semaines, la grève a été totale et la décision des patrons de « cesser toute activité sur les chantiers jusqu’à l’aboutissement des pourparlers en cours » prêtait plutôt à rire.

Le 18 mars, une commission de conciliation se réunissait et, là, les dirigeants de la C.G.T.M. acceptèrent la proposition des patrons de 11 % dans l’immédiat et 5 % en octobre. On est donc loin des 25 % demandés initialement.

Les travailleurs ont accepté de reprendre le travail sur proposition des dirigeants syndicaux, mais il est certain que leur propagande en ce sens y a été pour beaucoup. Les travailleurs auraient certainement continué le mouvement pour les 20 % s’ils avaient eu une direction syndicale plus hardie, plus mordante.

Cette direction n’a rien fait pour essayer de populariser la grève, d’unifier les luttes ouvrières se déroulant dans le même temps, de donner à cette grève toute la publicité et la propagande qu’elle méritait.

Cependant, les travailleurs ont gagné à lutter et ont conquis un avantage non négligeable, même s'ils n’ont pas obtenu entièrement satisfaction.

Les camarades du bâtiment ont montré la voie à suivre et ce n'est pas un vain mot, car depuis, les travailleurs de chez SOFRIMA, de la SOCEA sont rentrés en lutte, les employés de la Sécurité sociale se préparent à la grève, les cadres de la canne sont en grève, les travailleurs de Peugeot le sont aussi.

Cette tendance à la généralisation des mouvements revendicatifs est un trait que l’on peut souvent observer actuellement, mais ce sont les directions syndicales qui restent en deçà des possibilités de luttes d’envergure qui se présentent. Les travailleurs doivent savoir que la meilleure façon d'acculer le patronat est de l'attaquer sur plusieurs fronts à la fois ; à chaque fois qu’une lutte se déclenche dans un secteur ils doivent essayer d’en informer les autres catégories afin qu’elles se mettent aussi en lutte. Car les capitalistes du bâtiment, ce sont les mêmes que l’on retrouve dans les « boissons gazeuses », dans les «grands magasins», dans les «transports», dans les «hôtels», dans les usines à sucre, dans « l’import-export », et cette grande famille capitaliste unie par une communauté d’intérêts, nous ne la ferons céder que si nous savons unifier nos luttes, si nous savons presser le syndicat d’entreprendre un combat d’ensemble et de le généraliser. Ce n’est qu’un début.
VIVE LA GREVE DES TRAVAILLEURS DU BATIMENT !


Un plébiscite raté

La mascarade plébiscitaire de Pompidou a fait long feu. Malgré tous les efforts déployés côté gouvernemental, 40 %des électeurs ont estimé qu’ils avaient mieux à faire ce jour-là que de faire la queue devant les urnes pour faire plaisir au président. Record d’abstentions battu, et de loin. Finalement, sur 100 électeurs inscrits, 36 seulement ont apporté leur vote à Pompidou. Comme plébiscite de la personne et de la politique présidentielles, c’est plutôt raté.

Les hommes de la majorité font évidemment des efforts lamentables pour essayer de démontrer que seuls les suffrages exprimés comptent, et que les « oui » représentent bien 68 % des suffrages exprimés. Maigre consolation !

La démonstration aurait certes pu être plus probante encore, si le P.C.F. n'avait pas accepté de

cautionner le plébiscite en appelant ses électeurs à y participer.

Tous les partis de la gauche, tous les partis qui se réclament des travailleurs auraient dû décider de traiter ce plébiscite avec le mépris qu’il méritait, en boycottant tous, ce jour-là, les urnes. Mais le P.C.F. a préféré montrer qu’il acceptait la règle du jeu, fut-ce en faisant voter non.

Malgré cette caution et, au-delà, malgré le soutien de tous les Poher, Servan-Schreiber, Lecanuet et autres « oppositionnels » ralliés, le caractère massif des abstentions a réduit à néant tous les avantages que Pompidou espérait tirer du référendum. Il a beau triturer les chiffres, sa personne et sa politique n'ont pas été plébiscitées. De surcroît, lui qui espérait resserrer les rangs de la majorité, attirer dans son sillage les centristes Lecanuet et autres Servan-Schreiber, a toutes les chances d'aboutir au résultat

contraire. Déjà, les « oppositionnels » ralliés oublient leur ralliement et rejettent sur la majorité actuelle la responsabilité de l’échec. Les rangs gaullistes non seulement n’ont pas été ressoudés, mais l’opposition des « orthodoxes » du gaullisme à la politique de Pompidou devient patente.

Un coup raté donc pour Pompidou. Mais les travailleurs n’ont pas à se faire d’illusions ; ce genre de blessure, purement électorale, ne peut qu’égratigner le régime et encore, pas bien gravement. Pour lui faire vraiment mal, le meilleur terrain, le plus favorable aux travailleurs, n'est pas le terrain électoral.


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AU ROBERT (MARTINIQUE)

Les ouvriers en lutte contre la S.I.M.A.G.

Il y a quelques années de cela, la municipalité du Robert vendait, par lots de dix mètres sur dix mètres, au prix de 50 francs le lot, un terrain sis au lieu-dit La Croix et constitué par un marécage. Le terrain fut remblayé au fil des années par les acquéreurs, en grande majorité des travailleurs qui y construisirent leurs maisons, en bois ou en dur. Après que tout ce travail fut fait, des « bienfaiteurs de la municipalité » vinrent informer les habitants que la municipalité comptait encore mieux remblayer, pour surélever le terrain. Les maisons existantes seraient refaites sur le même terrain. Les habitants se laissèrent convaincre.

Les travaux commencèrent pour la construction de logements adjacents et les bulldozers de la S.I.M.A.G. (société immobilière) recouvrirent de terre les premières maisons, les démolirent, bloquant les autres maisons, inondées à la moindre averse. Les derniers habitants du quartier s'en allèrent après que leur maison soit entourée de terre et d’eau croupie, ou après que la façade soit arrachée.

Les locataires passèrent alors quatre années dans des logements inhabités, sans eau ni électricité, en attendant qu’une solution leur soit fournie par la municipalité ou par la S.I.M.A.G. qui essayaient, l’une et l’autre, de dégager leur responsabilité respective.

Il y a de cela quarante-cinq jours, la S.I.MA.G. proposa aux familles d’aller, à titre provisoire, habiter dans des logements inachevés et plus petits et ceci pour huit jours. Jusqu’à maintenant, les travailleurs sont toujours là. Par ailleurs, la S.I.M.A.G. offrait d’indemniser les propriétaires et pour cela faisait des propositions ridicules, estimant à 8.500 F une maison valant au moins 45.000 F par exemple. Elle propose de l’argent aux locataires qui ne veulent pas partir afin qu’ils quittent leurs logements provisoires.

Un comité de défense des locataires vient de se constituer afin de lutter contre la municipalité et contre la S.I.M.A.G. Il faut faire en sorte qu’il arrive à obtenir une indemnisation totale de tous les habitants de La Croix, frappés par la société capitaliste.


ECHOS ECHOS ECHOS


Sécurité Sociale

Pour la première fois depuis longtemps, les syndicats des caisses générales de Sécurité sociale de Guyane, Martinique et Guadeloupe ont décidé d’unir leurs forces afin de faire aboutir les revendications suivantes :

  • 20 % de vie chère (donc parité avec les secteurs publics) ;

  • une prime de transport de 70 F ;

  • le cumul du congé annuel avec une bourse de voyage, en classe touriste, pour le déplacement en métropole ;

  • l’intégration des différentes primes dans le calcul du treizième mois.

Pour préparer l’action, les syndicats des trois caisses ont tenu une première réunion à Pointe-à-Pître dans le courant du mois d’octobre, puis une autre à Cayenne au mois de février, et là les délégations des trois caisses se sont décidées pour :

  1. Une grève d’avertissement de vingt-quatre heures pour le 12 avril 1972 (cette grève a d’ailleurs eu lieu à cette date).

  2. Une grève illimitée à partir du 8 mai, si passée la date du 12 avril, les revendications ne sont pas prises, en considération. La grève sera déclenchée dans les trois caisses des Antilles-Guyane.

Jusqu’ici, les directions ont refusé de satisfaire à nos revendications.

C’est donc par l’action et en particulier par la grève dans les trois caisses que nous obtiendrons gain de cause. Puisque les syndicats sont prêts à mener la bataille, nous devons nous préparer à montrer notre détermination aux directions des caisses.


Martinique :

Les cadres de la canne en grève. Qu’ils comprennent aussi nos luttes !

Depuis quelques jours, les cadres de la canne, c'est-à-dire les géreurs, les économes, les contremaîtres sont en grève. Leurs revendications portent essentiellement sur la garantie de l’emploi, l’augmentation normale des échelons, le réajustement du point (2,97 F) au S.M.I.C. et l’échelle mobile des salaires, la révision du salaire du personnel féminin. Ce sont là les clauses de la Convention Collective exigée par les cadres.

Cette grève, même si elle touche une catégorie qui n’est pas généralement chérie par les travailleurs agricoles, et pour cause, doit être soutenue car cela prouve que la précarité de la situation de l'emploi touche toujours plus de couches sociales et même la couche des cadres qui, jusque-là, se croyaient à l'abri.

Seulement, que les cadres se souviennent que s’ils ont des revendications à défendre et s'ils se mettent en lutte pour les obtenir, les travailleurs agricoles en ont aussi, et ils doivent les soutenir lorsqu'ils se mettent en lutte au lieu de faire le jeu du patronat comme cela arrive souvent. Quoiqu'il en soit, leur lutte est juste car toute lutte entreprise pour une meilleure situation de l’emploi est une lutte juste.


« Eau de Didier, bon pour la santé » Quant à celle des travailleurs, Marsan s’en fout !

Dernièrement, chez « Marsan, Eau de Didier », une de nos collègues qui souffrait violemment des reins s'est

vue refuser la permission de rentrer chez elle par un petit garde-chiourme que Marsan a mis là pour nous traiter en bête de somme. Ce qui compte pour Marsan, ce sont ses prolits, la santé des travailleurs lui importe peu, comme tous les capitalistes. Il est temps de nous organiser pour faire entendre raison à ce mangeur d'hommes afin qu’il respecte notre dignité.


Martinique :

Grève à la SOCEA

Depuis le mardi 4 avril, 300 travailleurs de la Société Eaux et Assainissement sont en grève pour obliger le patron à respecter les accords passés avec eux.

En effet, il y a quelques jours, le directeur avait accepté et signé les revendications des travailleurs à savoir : la mensualisation, la retraite complémentaire et une prime de vacances égale à 30 % du salaire. Mais ce même directeur s’empressa de refuser d'appliquer ce qu'il avait signé. C'est pour cette raison que les travailleurs de la SOCEA sont entrés en grève à 90 %. Ils sauront, sans aucun doute, faire appliquer l’accord passé.


LAMENTIN MARTINIQUE :

Les grévistes commencent... le patron fait le reste

Il y a quelques jours, au Lamentin Martinique, des ouvriers du Comité de grève sont venus expliquer aux travailleurs d’un chantier encore en activité, la nécessité de se mettre en grève. C’est alors que le patron alerta le commissariat et revint avec une bande de sept policiers « gad kaka ». Ils réussirent à repousser les ouvriers grévistes hors du chantier dit « propriété privée », mais en définitive, la manœuvre du patron n’eut qu’un résultat : convaincre définitivement les six ouvriers du chantier de la nécessité de la grève et de les taire débrayer sur-le-champ.

Le patron et ses « gad kaka » n'eurent plus qu’à s'éloigner sous les quolibets de la foule qui avait assisté à l’incident.


CAPESTERRE :

Les travailleuses de la Banane relèvent la tête

A la S.C.E.F.A., une vingtaine de femmes sont employées au lavage des pattes de bananes avant la mise en carton.

Ces camarades commencent à 6 h du matin, travaillent jusqu'à 12 h et reprennent à 13 h 30 jusqu'à 18 h 30, soit 10 h 30 pour le salaire scandaleux de 20 F par jour : salaire actuel des ouvriers agricoles qui sont sur les plantations de 6 h à 12 h.

Voilà comment est estimé le travail de ces ouvrières. En plus de cette exploitation féroce, la société ne leur fournit ni couteau pour « dépatter » les bananes, ni gants, ni tablier, alors qu'elles manipulent des produits toxiques comme le T.B.Z. qui attaquent la peau. Mais depuis peu, ces camarades en ont assez, assez des bas salaires, des risques pour leur santé, de l'exploitation. C'est ainsi qu'elles ont décidé de présenter leur revendication à l'inspecteur Dormoy : 20 F pour la journée normale du secteur agricole (c’est-à-dire de 6 h à 12 h) et 10 F pour l’après-midi.

L'inspecteur ne s'y attendait pas et resta surpris de voir ces femmes relever la tête et demander que cela change... Sa seule réponse fut : « reprenez le travail au même prix ou retournez chez vous ».

Cette fois-ci, la colère des travailleurs n’a pas éclaté contre Dormoy, agent de la S.C.E.F.A., mais c'est sûrement reculer pour mieux sauter. Cette colère éclatera et Dormoy et les capitalistes dont il prend la défense, feront mieux d'aller se cacher ce jour-là.


SOFRIMA - MARTINIQUE : Exigeons la réintégration

Mercredi 12 avril, alors que les travailleurs rentraient à 7 h 30, onze d’entre eux, dont l’un qui revenait de congé de maladie apprennent avec stupéfaction leur licenciement. Sans tarder, leurs camarades, au nombre de trente, décident de ne pas effectuer le travail que les onze avaient l’habitude de faire et... c’est la grève pour la réembauche des onze camarades. Alertés, les représentants du syndicat et l’inspection du Travail vinrent discuter avec le patron. Portés par la détermination sans faille de tous les travailleurs, ils obtinrent la réembauche de tous les ouvriers licenciés.

L’action unie et déterminée des travailleurs avait donc fait reculer le patron. Mais celui-ci, ne pouvant se résoudre à admettre cette défaite, a décidé de revenir sur la réintégration des onze travailleurs : il les a de nouveau licenciés. Immédiatement, le personnel a réagi en déclenchant de nouveau la grève.

Le patron doit céder, car il est inadmissible qu’il jette à la rue des ouvriers selon son bon plaisir, lorsqu’il considère qu’ils ne sont plus assez « rentables ». Le premier mouvement a montré que le patron n’était pas tout-puissant, qu’on pouvait l’obliger à battre en retraite. Si les travailleurs font preuve de la même détermination et de la même cohésion, nul doute qu’ils obtiendront la réintégration des onze camarades, et cette fois définitivement.


AUX ETS MARSOLLE : La législation du travail bafouée par le patron

Nous avons reçu d’un groupe de travailleurs des Ets Marsolle cette lettre que nous reproduisons intégralement : lettre adressée à l’inspecteur du Travail.

Que ces travailleurs soient assurés de notre soutien. Nous pensons que les camarades ne se font aucune illusion sur l’inspection du Travail, et qu’ils sauront avant tout, compter sur leur propre force, pour, organisés, faire battre en retraite Marsolle.

Monsieur l’inspecteur,

Nous avons l’honneur de porter à votre connaissance les faits suivants. Nous sommes quinze à travailler aux Ets Marsolle, entreprise qui vend du rhum en gros et des spiritueux. La majorité d’entre nous n’est pas payée au S.M.I.C.

En effet, certains ne touchent que 3 F de l’heure ; d'autre part, les heures supplémentaires ne sont jamais réglées. Nous travaillons régulièrement 44 h 30 par semaine et n'avons pas bénéficié des majorations légales. A nos

nombreuses revendications, M. Marsolle a fait la sourde oreille, mais enlève de notre paye toute journée d'absence, même justifiée. En outre, nous ne disposons pas du quart d'heure réglementaire de casse-croûte et travaillons de 8 h à 12 h 30, sans arrêt.

En ce qui concerne la qualification, nous sommes tous considérés comme manœuvres bien que certains d'entre nous soient chauffeurs ou s'occupent des machines. Faut-il ajouter que nous travaillons sans protection (gants, lunettes, bottes).

Nous avons tenu à vous informer de ces pratiques illégales quant à la législation du travail. Espérant que vos services ne manqueront pas d’intervenir en vue d’un changement, nous vous prions d'agréer, Monsieur l'inspecteur, nos salutations distinguées.

Un groupe de travailleurs.

P.S. — Nous attendons une réponse sous huitaine.


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Un échec au colonialisme

A Fort-de-France, la mobilisation des jeunes lycéens, hommes, femmes a obligé le pouvoir colonial à reculer.

On se souvient que Inimod, Burdy et Ravin avaient été arrêtés le 12 février 1971. Après un meeting de soutien aux ouvriers du bâtiment en grève, les policiers enragés étaient tombés sur ces trois jeunes Martiniquais, les rouant de coups et les emmenaient au poste de police. La bêtise de l'appareil judiciaire a fait le reste : le 4 février 1972, ils étaient traînés devant le tribunal pour « participation à un attroupement armé et pour action concertée ayant pour but la violence ». Rien que cela !

En fait, ce qui était reproché à Inimod, Burdy et Ravin était uniquement leur soutien à la lutte des travailleurs du bâtiment. Le tribunal lui-même a été obligé de le reconnaître devant l’inexistence d’un dossier à charge réel. Cela la population de Fort-de-France l’a très bien compris. Depuis plus de plusieurs mois déjà, de nombreux meetings, des manifestations, des comités de défense, rassemblaient de très nombreuses personnes les appelant à manifester leur solidarité avec les emprisonnés et à s’organiser contre la répression.

En fait c’est bien de cette mobilisation et de cette effervescence créée par lui-même que le pouvoir a eu peur.

Le 4 février, un jugement scandaleux condamnait ces trois jeunes à des peines allant de 45 à 30 jours d'incarcération.

Le 28 mars, l’affaire revenait en appel. Entre temps le mouvement de mobilisation n’était pas retombé malgré l’approche des vacances de Pâques et, ce jour-là, une foule de gens s’était massée devant les grilles du palais de justice, venus manifester leur solidarité avec les inculpés.

En face de la pauvreté de l’accusation, mais surtout de la masse des gens attentifs (car ce n’est pas la première fois que des jugements sont rendus sans aucune preuve), le pouvoir s’est couvert de ridicule et a préféré reculer.

Il a préféré reculer pour essayer de désamorcer pendant quelques temps le vaste mouvement de mécontentement contre la répression.

C’est ainsi qu’à Pointe-à-Pître, en mars, la mobilisation de toutes les organisations avait permis la libération de Deglas et Del Vecchio ; c'est ainsi qu’en 1971, devant la population de Basse-Terre rassemblée devant le tribunal, le pouvoir avait relâché les syndicalistes Landre, Gostimen et Ardan.

Dans ses dernières colonies, le capitalisme français se trouve actuellement pris entre deux feux : d’une part, toujours aux aguets des moindres manifestations de mécontentement contre les humiliations et l'exploitation quotidienne, toujours prêt, donc, à arrêter, tabasser ; et d’autre part, essayant de faire bonne figure, jouant les gouvernements compréhensifs des problèmes des D.O.M., donc amené à faire marche arrière au risque de se couvrir de ridicule.

Laissons-le jouer à ce petit jeu là. Le ridicule de ces procès permet à de nombreux jeunes de se dresser farouchement contre le manque de liberté de penser, contre l’arbitraire colonial. Pour notre part, nous voyons que nous avons moins que jamais intérêt à courber là tête devant ces pantins, mais devons répondre tous ensemble à chaque fois que l’un de nous est victime de leur répression, plus encore nous devons nous servir de ces périodes de recul du gouvernement pour nous organiser, rassembler toutes nos forces et pouvoir répondre coup pour coup, un jour.


CRISE A FRATERNITÉ OUVRIERE

Depuis quelque temps, le syndicat des ouvriers du bâtiment, Fraternité Ouvrière, est secoué par une crise très grave. Un certain nombre de membres du conseil d'administration qui désapprouvent les méthodes du secrétaire général Destival ont convoqué malgré l’opposition de ce dernier une réunion du conseil d'administration le 25 mars 1972. A cette réunion, Destival, critiqué et désapprouvé par les autres membres du C.A., a présenté sa démission. Et depuis, des tracts continuent de sortir au nom de Fraternité Ouvrière, signés par Destival. D’autres paraissent toujours au nom de F.O. mais signés cette fois par le C.A. C’est dire que les problèmes ne sont pas sans importance. Pratiquement, Destival, désapprouvé par le C.A. du 25 mars 1972 et par l’assemblée générale du 16 avril 1972 à laquelle il ne s’est pas présenté, continue de se comporter comme s'il avait été confirmé dans sa fonction de secrétaire par le C.A. et par l'A.G.

Pour une large part, l’attitude de Destival à la direction de F.O. est responsable de la crise actuelle. On lui reproche ses méthodes anti-démocratiques ; le grand usage qu'il a fait de la calomnie et du mensonge contre ceux qui ne partageaient pas ses idées ; la véritable chasse qu'il menait contre les ouvriers conscients. (A cet égard, rappelons qu’il avait refusé de syndiquer un de nos camarades sous le prétexte qu'il appartenait à une organisation politique.)

Mais au-delà de l’attitude de Destival, le véritable problème est celui d'assurer au syndicat la participation effective des travailleurs et leur contrôle sur la direction de leur organisation.

Il est en effet anormal qu’un seul individu cumule à l'intérieur d'un syndicat autant de fonctions que Destival, qui fut tout à la fois secrétaire général, trésorier, archiviste, avec, de surcroit, le privilège de syndiquer qui il entendait.

La véritable force d’un syndicat, c’est la participation réelle des travailleurs à sa vie, à tous les niveaux, à toutes les responsabilités. Sans démocratie syndicale, il n’y a pas la confiance des travailleurs ; et sans cette confiance, il n’y a pas d’efficacité non plus. Il est en particulier indispensable que les syndiqués se réunissent le plus fréquemment et le plus régulièrement possible, au niveau des entreprises, au niveau des régions. Il est également indispensable que les militants qui remplissent des responsabilités soient élus en assemblées généralestenues, elles aussi, souventqu’ils soient contrôlés et puissent être remplacés dès qu'ils n’ont plus la confiance de leurs camarades.

C'est par une telle pratique et par elle seulement qu’il n'y aura plus de problème du genre de celui posé par Destival, et que le syndical Fraternité Ouvrière pourra remplir efficacement son rôle de défense des intérêts des ouvriers du bâtiment.


Flashes sur l’émigration


IMPRIMERIE NATIONALE : diviser pour régner

A l’imprimerie Nationale, à la suite d’une dispute entre un travailleur antillais et un travailleur français, une bagarre, éclata. Le deuxième rendait le premier responsable des bas salaires que leur accorde le patron et l’accusait de prendre la place d'un travailleur français.

A la suite de cette bagarre, le travailleur antillais fut convoqué à la direction, son collègue français ayant porté plainte.

Il reçut un blâme de la direction ; il a eu la chance de ne pas avoir été licencié !

Incident banal, comme il s’en produit tant d’autres. Mais il illustre tout un climat de racisme latent contre les travailleurs antillais, africains ou algériens. Il illustre surtout ce que le racisme, cette plaie honteuse de la société capitaliste, coûte aux travailleurs. Voilà qu'un ouvrier en arrive à en accuser un autre de la responsabilité des bas salaires, et de l’insécurité de l’emploi ! Et pendant ce temps, les véritables responsables, ceux qui exploitent tous les travailleurs quelle que soit la couleur de leur peau, ont toutes les raisons de se réjouir. Toute division entre travailleurs les renforce.

Il faut éliminer le racisme des rangs des ouvriers !


AP : douze mois sur douze de travail ; pas un jour de congé !

A l’hôpital Broussais, à Paris, un sous-directeur a décidé de supprimer purement et simplement des congés annuels à certains employés.

Pour bénéficier d’un séjour assez long dans leur pays, les Antillais cumulent leurs congés annuels sur plusieurs années (trois, quatre ou cinq ans), c’est-à-dire qu’ils travaillent trois, quatre ou cinq ans sans prendre de vacances, et cela pour partir un nombre de mois correspondant.

Comme d’habitude, les employés qui cumulent en ont informé la direction qui leur a signifié par la voix du sous-directeur, que tous les congés cumulés n’ayant pas fait l'objet d’une demande écrite, étaient perdus pour leurs bénéficiaires.

La réaction des employés intéressés a été immédiate, et la direction a indiqué que le sous-directeur avait dû se tromper et promettait de donner une réponse individuelle dans les huit jours.

Comme quoi nous devons réagir chaque fois qu’une injustice se produit. Seule notre détermination peut obliger les patrons à reculer.


AIR FRANCE : à bas le racisme !

Depuis l’année dernière, le chef du personnel d’Air France à Orly avait pris la décision de ne plus embaucher de personnel antillais. Mais comme il n’avait pas pu employer un nombre suffisant de travailleurs français dans les branches où sont en général affectés les travailleurs antillais, c’est-à-dire dans la manutention, il ne lui avait pas été possible d'appliquer cette décision.

Par contre, cette année-ci, depuis le mois de janvier, la direction refuse carrément d’embaucher des Antillais.

Le prétexte qu’elle nous donne, pour justifier son attitude, pue le racisme et l’hypocrisie. En effet, d’après la direction, c’est parce que les Antillais parlent trop le créole entre eux, et que cela n’est pas poli vis-à-vis du personnel français !

Mais nous savons très bien que ce n’est qu'un prétexte grossier. Car si la direction refuse d’embaucher des Antillais, ce n'est point parce que soi-disant ceux-ci parlent trop le créole.

On nous rebat continuellement les oreilles en affirmant que nous sommes français à part entière, mais dès qu’il y a une petite crise dans l’emploi, ou dès que la main-d’œuvre est nombreuse sur le marché du travail, la sélection se fait selon la couleur de la peau. Voilà la triste réalité, au-delà des jérémiades des discours officiels.


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L'ÉCHEC DU PLEBISCITE AUX ANTILLES

Par 77,68 % d’abstentions en Guadeloupe, 62,36 % en Martinique et 73,13 % en Guyane, les peuples de ces soi-disant départements d’outre-mer viennent de démontrer d’une manière qui se passe de tout commentaire, leur refus de prendre part à cette mascarade que constituait le référendum bidon de Pompidou.

Ce fort pourcentage d’abstentions, c’est aussi le désaveu des peuples antillais et guyanais à l’égard du système colonial. Ils désertent de plus en plus les urnes, car ils ont déjà pris conscience que le bulletin de vote ne changera rien à leur sort.

L’abstention massive n’est pas un fait nouveau. Mais elle bat, cette fois-ci, tous les records. Il faut dire que des organisations qui, jusqu’ici, avaient toujours joué le jeu, telles que le P.C.G., le P.C.M., le parti progressiste martiniquais et les partis socialistes, quoique respectueux envers la légalité ont jugé plus judicieux de s’abstenir...


Notre intervention pour le boycott


Dans le numéro précédent de Combat Ouvrier, nous avions pris position pour le boycott du référendum. Aussi, des sympathisants et amis de notre journal décidèrent-ils de prendre la parole dans divers quartiers populaires afin d’expliquer devant les travailleurs les positions prises par Combat Ouvrier sur le référendum. C’était surtout l’occasion d’expliquer nos idées sur les luttes à mener en Guadeloupe et les perspectives que peut offrir un véritable programme révolutionnaire.

Partout où nos camarades sont intervenus, ils ont reçu un accueil très sympathique des travailleurs et dans bien des cas, certains d’entre eux acceptaient de prendre le micro pour exprimer leurs ressentiments devant la vie d’exploitation et de misère qui leur est faite par les capitalistes et leur volonté de voir changer la situation.


COUR ZAMIA, POINTE-A-PITRE

Devant une trentaine de travailleurs habitant la cour Zamia, trois camarades de Combat Ouvrier prenaient la parole. Le premier développait les raisons pour lesquelles le référendum-plébiscite ne concerne en aucune manière les travailleurs, et donc qu’ils doivent s’abstenir d’y participer. Expliquant que l’état d’organisation actuel de la classe ouvrière ne lui permet pas encore de mettre sur pied un véritable boycott du référendum, c’est-à-dire d’empêcher le déroulement même de la farce plébiscitaire, il concluait en invitant les travailleurs à ne répondre ni par oui, ni par non, mais par le mépris.

La deuxième intervention devait porter sur les conditions de travail de la classe ouvrière en Guadeloupe. L’orateur devait dénoncer le salaire de misère, le non-respect même de la légalité bourgeoise en vigueur en France, le manque de liberté syndicale et l’importance croissante du chômage dans ce pays.

Et pour conclure, le troisième orateur devait expliquer que malgré un mécontentement réel dans la classe ouvrière, celle-ci ne peut se battre efficacement contre le patronat et contre l’oppression coloniale parce qu’il manque une organisation révolutionnaire ici. Il devait développer nos conceptions du rôle qu’un parti ouvrier devra jouer aux côtés des travailleurs.


LAURICISQUE, POINTE-A-PITRE

De la même manière, une prise de parole devait s'effectuer dans le bidonville de Lauricisque. Les trois interventions développèrent les mêmes thèmes qu’à la cour Zamia. Là, nous reçûmes un accueil particulièrement chaleureux. Si bien que sur l’invitation d’habitants même de Lauricisque, nous devions prendre la parole le même soir en deux autres points du quartier.

De nombreuses manifestations de sympathie ont accompagné nos interventions. Près de quatre-vingts personnes s’étaient rassemblées autour du micro pour nous entendre et nombreux étaient les gens qui, du pas de leur porte, nous écoutaient.


CAPESTERRE, QUARTIER DE BREST

C’est dans une ambiance chaleureuse et sympathique que nos amis furent reçus dans le quartier des « brésiliens ». Près d’une centaine de personnes, des travailleurs, des jeunes, des femmes sur le pas de leur porte, nous écoutaient attentivement.

Cette fois encore, les trois interventions faites à Pointe-à-Pître étaient reprises. Puis un quatrième orateur développa notre façon de voir l’indépendance. Concluant sur le fait que les travailleurs ne devront pas se battre pour que des hommes politiques de la bourgeoisie ou de la petite bourgeoisie se retrouvent à la tête du pays.

Plusieurs travailleurs de Capesterre devaient intervenir, décrivant l’exploitation dont ils étaient victimes ou appuyant ce que nous avions nous mêmes développé.

Ce fut donc un succès dont la satisfaction des auditeurs était le meilleur témoignage.


D'autres prises de parole sont prévues à Ste-Rose, à Petit-Bourg, sur le port de Pointe-à-Pître, ainsi qu’une réunion publique, samedi 22 avril, à la Mutualité de Pointe-à-Pître.

Nous ferons le compte rendu de ces réunions dans le numéro suivant pour nos lecteurs.


LES RAISONS DE L'ABSTENTION DU P.C.M. ET DU P.C.G.

Ainsi donc pour la seconde fois dans toute leur histoire les Partis Communistes Guadeloupéen (P.C.G.) et Martiniquais (P.C.M.) demandaient à leurs électeurs, à leurs militants et sympathisants de s'abstenir le dimanche 23 avril. La première fois que P.C.G. et P.C.M. avaient été amenés à préconiser l’abstention remonte au second tour des élections présidentielles qui opposaient Pompidou à Poher.

Mais la première fois, le P.C.G. et le P.C.M. agissaient de concert avec le P.C.F. Pas cette fois-ci.

En effet, alors que le P.C.F., lui, préconisait le Non « massif » au référendum organisé par Pompidou sur l'entrée de la Grande-Bretagne et des pays scandinaves dans le Marché commun, P.C.G. et P.C.M., eux, prônaient l’abstention massive. Ces attitudes opposées face au référendum sont avant tout dictées par des considérations nationales. Si en certaines occasions, P.C.G., P.C.F. et P.C.M. peuvent adopter des attitudes communes, il en est d’autres où leur qualité de parti national l’emporte sur toute autre considération, et c'est justement le cas pour ce référendum.

En participant au plébiscite, en acceptant à discuter avec Pompidou de la question européenne, le P.C.F. entend faire la démonstration qu'il est un véritable parti national en France, sérieux et responsable, prêt à tout pour défendre les « intérêts bien français », donc ceux de la bourgeoisie française en définitive. N’a-t-on pas entendu un Georges Marchais faire des déclarations empreintes du plus beau chauvinisme national que pourrait bien lui envier un Tixier-Vignancour, digne représentant de l'extrême-droite française ? En utilisant de pareils propos, Georges Marchais, et avec lui tout le P.C.F., répond plus aux aspirations des couches petites-bourgeoises françaises qu’aux aspirations profondes des travailleurs.

Quant aux P.C.G. et P.C.M., s'ils demandent de s'abstenir, c'est tout simplement

parce qu'ils ne veulent point être à contre courant.

En effet, depuis à peu près dix ans, il souffle tant en Martinique qu’en Guadeloupe, un véritable vent abstentionniste. Le nombre des électeurs qui s’abstiennent de voter même pour désigner un maire, un député ou un conseiller général, à fortiori à l’occasion d’un référendum, est allé croissant. La position du P.C.G. et du P.C.M. ne peut se comprendre que par rapport à cela. Les Partis Communistes Guadeloupéen et Martiniquais veulent se poser comme les pôles de rassemblement de tous ceux qui expriment un profond sentiment national, celui de plus en plus ressenti par les larges masses de la Guadeloupe et de la Martinique, à savoir que ces deux pays ne sont point des départements français...

Mais tout en refusant de faire voter non, contrairement à leur grand frère le P.C.F., le P.C.G. et le P.C.M. se sont gardés de prendre des positions susceptibles de les entraîner trop loin. En fait, ce n'est pas l’abstention que le P.C.G. et le P.C.M. auraient dû préconiser, mais bien le boycott de ce référendum, et l'organiser systématiquement, puisqu'ils n’hésitent pas à dire qu'il s’agit d’un plébiscite, le P.C.G. parle même de piège. Et cela, le P.C.M. et le P.C.G. étaient en mesure de le faire. Mais préconiser et organiser le boycott nécessiteraient que le P.C.G. et le P.C.M. expliquent aux travailleurs qu’ils n’ont rien à attendre des élections et encore bien moins d'un référendum-plébiscite et que leur terrain de lutte est celui de la lutte syndicale quotidienne, celui des grèves.

Au lieu de cette politique, la seule conforme non seulement aux intérêts de tous les travailleurs mais encore à ceux des petites gens et des chômeurs, le P.C.G. et le P.C.M. préfèrent appeler à l’abstention.

Ce faisant, ils placent leurs intérêts de parti national au-dessus de celui du prolétariat qu’ils craignent peut-être plus que les Képis rouges ou autres formes d’oppression coloniale.


Argentine : L’hypocrisie au pouvoir

La presse aux Antilles n’a pas manqué de donner le plus grand écho à l’enlèvement, survenu le 21 mars, de M. Sallustro, directeur de la Fiat-Argentine, par des guérilleros argentins se réclamant du trotskysme. Il fallait entendre l’insistance avec laquelle le speaker aux ordres de la bourgeoisie répétait lourdement l’adjectif « trotskyste », l'insistance avec laquelle il répétait que Sallustro était en danger de mort. En même temps, ce même speaker oubliait de préciser que M. Sallustro avait fait emprisonner des dirigeants syndicaux, avait dissous les syndicats à Fiat-Argentine et licencié 500 travailleurs. Deux semaines après, des troubles violents éclataient à Mendoza, grande ville d’Argentine. Dans cette ville, le gouvernement avait décidé d’augmenter le prix de l’électricité de 110 %. L’armée tuait deux travailleurs qui protestaient contre ce fait. Là, radio et France-Antilles gardaient un silence prudent, silence qui ne devait être rompu que lorsque l’on apprit l’exécution de Sallustro et d’un général, spécialiste de la répression anti-ouvrière. Là, on ne manqua pas d'attaquer violemment ces guérilleros qui exécutaient leurs otages.

Nous ne pensons pas que le terrorisme d’un petit groupe puisse se substituer à la lutte consciente des masses travailleuses ; dans la plupart des cas, il lui est même néfaste. Cela dit, face aux exploiteurs, nous sommes solidaires des militants argentins.

Pour la bourgeoisie et ses valets, il y a toujours deux poids, deux mesures. Selon que vous soyez directeur d’usine ou prolétaire, vous aurez droit ou non aux communiqués officiels. Quant à nous, notre entière sympathie va aux travailleurs argentins lâchement assassinés, et non aux exploiteurs et à leurs laquais.