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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 11 du 1er mars 1972

CO n° 11 du 1er mars 1972


Éditorial


CONTRE LA RÉPRESSION : UNITÉ D’ACTION !


Le pouvoir colonial vient de faire un choix : celui de franchir un nouveau degré dans l’escalade de la répression en arrêtant Deglas et Del Vecchio en Guadeloupe, en condamnant Inimod, Ravin, Burdy en Martinique, en laissant des dizaines d’autres militants anti-colonialistes sous contrôle judiciaire ou sous la menace de l’arrestation.

Cette répression, le colonialisme la mène froidement, cyniquement, choisissant lui-même l’heure et le moment pour frapper plus durement.

En effet, dans un premier temps, après avoir laissé pendant près de huit mois de nombreux militants dirigeants d’organisations étudiantes, de syndicats ou d’autres organisations anti-colonialistes sous inculpation et contrôle judiciaire le pouvoir tentait d’intimider et d’affaiblir le mouvement anti-colonialiste, à l’époque où, avec la venue de Messmer et le projet de régionalisation, il pensait faire taire toute opposition sérieuse. Actuellement, à l’aube de la campagne sucrière, le pouvoir colonial ne tient pas à ce que se renouvelle la formidable explosion de luttes ouvrières et paysannes de l’année dernière et le mouvement de soutien au niveau lycéen et étudiant.

Le pouvoir choisit donc son moment pour réprimer, mais ne nous y trompons pas, la répression ne s'accélérera qu’en fonction de ce que le pouvoir colonial trouvera en face de lui : par la répression en Martinique et en Guadeloupe, le colonialisme nous dit : « attention, n’allez pas plus loin, il y en a 2 en prison, il pourrait y en avoir 5,10, 20 ». Deglas, Del Vecchio, Ravin, Inimod, Burdy sont en quelque sorte des otages que le pouvoir peut marchander avec le mouvement anti-colonialiste, avec les travailleurs agricoles et les autres catégories. Face à la répression cynique du colonialisme, quelle doit être selon nous la politique des organisations, journaux, syndicats qui se réclament de l’anti-colonialisme ?

Nous pensons que, à l’heure actuelle, quelles que soient les divergences politiques ou les rancœurs personnelles, il est un devoir pour toutes ces organisations de mener une action commune contre la répression.

Car aucune organisation aux Antilles ne peut prétendre entreprendre à elle seule une lutte d’envergure, ne peut mobiliser les masses contre la répression, par ses propres forces. Ou alors, si cette organisation existe, et qu’elle ne le fait pas, c’est que nous sommes en droit de douter de son anti-colonialisme.

Depuis quelques jours, un Comité de lutte contre la répression s’est constitué, regroupant quelques organisations et syndicats tels le SNE Sup, l’AGELAG (Association des étudiants en lettres antillo-guyanais), Chaltouné, le GONG, Combat Ouvrier, des enseignants. D'autres organisations pensent rejoindre le comité. Nous ne devons pas laisser éternellement au colonialisme le choix de l’heure et du moment de la répression, nous ne devons pas lui laisser déterminer à son gré l’intensité de la répression.

C’est à nous de choisir l’heure, le moment, le terrain sur lequel nous amènerons le colonialisme à reculer.

Si un tel comité avait été créé il y a plusieurs mois, nous serions actuellement beaucoup mieux préparés, non seulement à parer les coups de la répression, mais à entreprendre de véritables actions offensives contre le pouvoir colonial.

Quelle que soit donc l’étiquette politique des camarades emprisonnés en Guadeloupe ou condamnés en Martinique, quelles que soient les divergences politiques entre organisations, l'unité d'action contre la répression doit se faire.

Il ne s’agit là que d’un devoir de révolutionnaire.


La justice coloniale frappe à la Martinique.

Le vendredi 4 février, au tribunal de Fort-de-France, s’ouvrait le procès Inimod, Ravin, Burdy, respectivement professeur, étudiant et ouvrier..

Ces «militants anti-colonialistes étaient accusés de participation à un attroupement armé (loi anti-casseurs) le 12 février 1971 à Fort-de-France.

Il s'agissait, tout comme pour les militants guadeloupéens, de les punir en raison du soutien qu’ils avaient apporté aux travailleurs du bâtiment en grève à cette époque.

Ces militants ont été condamnés ; Inimod à 45 jours de prison ferme et 45 jours avec sursis ; Ravin : un mois de prison ferme et 45 jours avec sursis ; Burdy : deux mois de prison avec sursis.

Mais ce qui est particulièrement frappant, c'est que, devant la faiblesse des arguments de l’accusation et de ses témoins, le tribunal a reconnu que les trois prévenus ne faisaient pas partie d’un attroupement armé mais en même temps, a utilisé un article du code pénal qui « punit ceux qui auront été trouvés porteurs d’une arme (l’accusation avait dit que c’était une pierre) dans un attroupement, au cours d’une manifestation ou à l’occasion ».

Il a fallu chercher loin ; et on comprend alors l’indignation de près d'un millier de jeunes qui s’étaient rassemblés autour du tribunal à l'appel du COU (Comité d’action unitaire) pour protester contre le verdict.

La police intervint à coups de grenades lacrymogènes ; des blessés seront évacués pendant que les jeunes continueront à scander des slogans et à manifester leur colère.

Pendant ce temps, tous les lycées de la Martinique étaient en grève et peu après une importante manifestation d’enseignants, de lycéens et d’étudiants se déroula dans les rues de Fort-de-France.

Les jours suivants de nombreux meetings de protestation en différents points de la ville réunirent plusieurs centaines de personnes.

Le CDU, animé principalement par des militants de la tendance Révolution Socialiste s’est montré très actif pendant ces journées et mène actuellement une campagne fructueuse contre la répression.

Nous devons soutenir son action, la lutte contre la répression n’est pas terminée, elle ne fait que commencer. Inimod, Ravin, Burdy ont fait appel.

Nous devons nous battre pour qu'ils soient relaxés.


... et en Guadeloupe

En Guadeloupe donc, depuis le 10 février, Deglas Hector, enseignant, Antonio Del Vecchio, étudiant, sont emprisonnés à la maison d’arrêt de Pointe-à-Pitre.

Comme beaucoup d’autres, ces militants étaient depuis plusieurs mois sous contrôle judiciaire, c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas le droit de parler en public, de participer à des réunions, de quitter la Guadeloupe et avaient dû remettre toutes leurs pièces d’identité au tribunal.

En fait, il s’agissait de réprimer ces militants en raison du soutien qu’ils avaient apporté aux travailleurs en grève dans la période de février à avril dernier en les accusant d’avoir été présents à Baimbridge lors des événements avec « action concertée à force ouverte », etc.

Ces militants étaient obligés de se rendre tous les 15 jours au greffe du tribunal pour y signer une feuille de présence. Ayant fait appel contre le refus de lever leur contrôle judiciaire et n’ayant pas reçu de réponse, les militants ont refusé de signer la feuille de

présence. C’est alors qu’ils ont été emprisonnés sur-le-champ.

Les conditions de détention dans lesquelles se trouvent Deglas et Del Vecchio sont déplorables : 13 dans une cellule, une tinette qui empeste, et il faut prendre ses repas (si l’on peut parler de repas) dans de telles conditions.

Les militants emprisonnés ont réclamé le régime politique qui ne leur a pas été accordé, lis ont donc depuis lundi 21 commencé une grève de la faim illimitée pour l’obtenir.

LIBERTE pour DEGLAS et DEL VECCHIO !


Renault : La police patronale assassine

Vendredi 25 février, vers 15 heures, une douzaine de militants maoïstes diffusent devant les usines Renault, un tract invitant les ouvriers et employés à se rendre à la manifestation antifasciste organisée le soir même- au métro Charonne.

Parmi ces militants, René-Pierre Overney, ouvrier de vingt-trois ans, licencié depuis quelques, mois de l’usine Renault, en raison de ses activités politiques. Les gardiens essaient de les disperser. Il s’ensuit quelques bousculades et échanges de coups de poing. C’est le moment de, la sortie de l’équipe du matin et de l’entrée de l’équipe du soir, et jusqu’ici il ne s’est rien passé de bien grave.

Brusquement, plusieurs manifestants reconnaissent parmi un groupe d’hommes en civil qui s’approche d’eux, des « barbouzes », vigiles en civil payés par la direction. Sur ce qui s’est passé ensuite l’un des ouvriers présents a apporté son témoignage au journaliste du Monde :

« L'un de ces hommes en civil se détache du groupe des vigiles. C'est un homme trapu, de taille moyenne, vêtu d'une gabardine. (...) A ce moment, il se trouve à 3 ou 4 mètres d'Overney et semble fort calme. Soudain, il sort de sa poche un revolver d'assez gros calibreje crois qu'il s'agit d’un 9 millimètreset, froidement, fait feu sur Overney. Celui-ci s'écroule atteint au thorax... »

Et c'est seulement après cet assassinat délibéré que des militants maoïstes, mais aussi des ouvriers révoltés par un tel acte, attaqueront les gardiens à coups de barres de fer.

Et voici comment les hommes de main des patrons en arrivent à tirer sur des jeunes uniquement par peur que les idées que ceux-ci défendent ne « contaminent » les travailleurs. La preuve a ainsi été faite, non seulement que des patrons entretiennent en permanence des gens armés dans leurs entreprises mais que ces gens sont prêts à assassiner. Et si ces gens armés ont eu à «s’essayer» vendredi 25 sur un militant d’extrême-gauche, leur présence à temps plein à l’intérieur des entreprises indique bien que c’est contre toute velléité contestataire de « ses » ouvriers en général que le patronat les armes.

Il est vital pour les travailleurs de réagir contre l'existence de ces polices privées, armées et dressées pour opprimer les travailleurs, pour les réduire au silence et à l’obéissance à l'intérieur de l'entreprise. Il est vital d'interdire aux patrons d'entretenir contre des travailleurs des assassins en puissance.

Il est d’autant plus scandaleux que les plus grandes organisations qui prétendent représenter la classe ouvrière comme le PCF et la CGT, au lieu de s’en prendre aux assassins et à ceux qui les arment, s’en soient pris aux victimes, en l’occurrence aux groupes gauchistes. Chez Renault, non seulement la CGT ne s’est pas associée à la grève de protestation contre cet assassinat, mais Marchais, dirigeant du PCF, s'est félicité de ce que cette grève n'ait pas été un succès, en ajoutant d'ailleurs qu'il ne fallait pas que cela recommence comme en 68.

Pourtant, l’existence des milices patronales armées au sein des entreprises ne concerne pas seulement les « gauchistes », mais tous les travailleurs.

Une manifestation de protestation a été organisée à Paris contre les patrons assassins le lundi 28 février. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont ainsi défilé du métro Charonne jusqu’au métro Stalingrad aux cris de «Patrons, police, assassins I », « Oui, Marchais, mieux qu'en 68 ! ». Mais cette manifestation ne devra pas rester sans lendemain. Il y va de l’intérêt de tous les travailleurs.


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A Paris MEETING DE COMBAT OUVRIER

POUR protester contre la répression qui sévit aux Antilles, notre journal a organisé un meeting rassemblant un millier de personnes. Plusieurs organisations révolutionnaires françaises

Lutte Ouvrière, Ligue Communiste, Informations Ouvrières, A.M.R.) et une antillaise, le G.R.S., soutenaient ce rassemblement.


Trois orateurs de Combat Ouvrier présentaient des exposés sur la situation là-bas.

Le premier montrait que, si depuis les événements sanglants de 1967 à Pointe-à-Pitre la répression n'avait pas pris un tour aussi violent, il n'en demeurait, pas moins que la répression frappait régulièrement, et tous les jours. Il faisait ressortir que cette répression n’était pas aveugle mais visait un but bien précis : intimider et décourager toute tentative de protestation. Pour cela, le pouvoir ne vise pas seulement les militants, mais aussi la population que la présence et les tracasseries continuelles de la police peuvent rendre craintive à l’égard de tout ce qui touche à l’opposition au pouvoir, mais qui prend également conscience de sa situation de colonisée.

En conclusion, il était montré que. l’arme du gouvernement était à double tranchant, puisque « en fait l'arrestation d'un homme amène des milliers d’autres à se poser des questions et des centaines

d’autres à réagir. Le pouvoir colonial sera pris au piège de sa propre répression ».

Le deuxième exposé soulignait le mensonge qui se cache sous l'appellation de « département » dont on affuble les Antilles la Guyane et la Réunion. Divers exemples dont l’ordonnance Debré du 15 octobre 1960, la censure de la presse, les discriminations en matière de législation sociale et bien d'autres ont été évoqués pour montrer à quel point il est mensonger de parler de « département » à propos des Antilles et que derrière l’étiquette DOM la réalité est une réalité coloniale.

Enfin le troisième orateur présentait le but que s’est assigné Combat Ouvrier. Il montrait que, face à cette répression, cette discrimination et la situation qui règne, le devoir de tout révolutionnaire était d’organiser les travailleurs dans un parti ouvrier révolutionnaire qui lutte pour que la classe ouvrière prenne le pouvoir,

non par procuration, mais réellement.

Il montrait à quel point la construction d'un tel parti était utile pour les travailleurs afin que leurs luttes ne soient pas récupérées et utilisées au profit de couches sociales privilégiées antillaises. Combat Ouvrier lutte pour que le prolétariat, en prenant la tête du combat pour l’émancipation nationale, conquière en même temps son émancipation sociale. La prise du pouvoir des travailleurs antillais ne vise pas à la construction d’un Etat national isolé ; elle fait partie du grand combat que mène le prolétariat mondial contre la bourgeoisie mondiale, afin que l'exploitation disparaisse à jamais de la surface du globe.

C’est dans cette perspective que se place Combat Ouvrier, devait souligner notre orateur.

L'orateur du G.R.S. protesta à son tour contre la répression colonialiste.

Les orateurs des organisations révolutionnaires françaises Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste (à notre regret, les autres organisations n’ont pas cru bon de concrétiser leur soutien en envoyant leurs orateurs) ont exprimé leur solidarité avec les victimes de la répression et ont souligné que les révolutionnaires français avaient des devoirs particuliers à l’égard de la lutte des travailleurs des pays colonisés par l'impérialisme français.

La réunion s’est séparée sur les accents de l'Internationale.


APRES LA MORT DE LA LYCENNE YVANA PORTECOP :

Incurie et complicité de l’Administration

Depuis la construction du lycée de Baimbridge qui date de huit ans, les travaux n'ont jamais cessé aux alentours de la cité scolaire regroupant plus de 3.000 lycéens. En effet, le lycée se trouve au carrefour de la voie de dégagement de Mortenol et de la Rocade destinée à contourner Pointe-à-Pitre. Aussi n’est-il pas étonnant de voir aux abords du lycée de nombreux camions chargés de matériaux circuler à vive allure. Dans ces conditions, l’accident était prévisible. C’est ainsi que le vendredi 11 février, une lycéenne âgée de 17 ans, Yvana Portecop, était mortellement blessée par un camion travaillant pour la société UNITE.

Face à cela, France Antilles et l'O.R.T.F. gardaient comme il se doit un silence prudent. Car, derrière, les responsabilités étaient vraiment trop évidentes.

Responsabilité de la société UNITE qui — profit oblige — impose un train d'enfer à ses camions et n’a pas balisé comme il se doit le chantier.

Responsabilité de l’Administration du lycée qui n'a pas cru bon d’informer les élèves, durant les 8 ans qu’ont duré les travaux, des risques qu’ils couraient.

Responsabilité de la commune des Abymes qui n’a installé aucun système de surveillance ou de balisage aux abords du lycée.

Il a fallu cet accident mortel pour qu'une série d'accords soient signés, interdisant la circulation aux camions devant le lycée.

Cependant les lycéens ont protesté contre cette situation. Plusieurs tracts ont été distribués par eux et ils ont observé une grève d’avertissement de 24 heures le mardi 22 février, grève suivie par la totalité des élèves, ce qui montre qu’un mécontentement réel, partagé d'ailleurs par les enseignants et des parents d’élèves, régnait dans le lycée.

Aux élèves de continuer à agir afin que leurs revendications soient satisfaites et que de tels crimes ne se reproduisent plus.


ECHOS ECHOS


Jardin-Billard licencie

A Jardin-Billard, à Capesterre, comme cela se passe dans presque toutes les entreprises du bâtiment et des travaux publics, sous prétexte de fin des travaux, la majorité des quarante ou cinquante ouvriers encore employés sur le chantier recevaient il y a quelque temps une lettre de préavis.

Cela parait curieux, surtout quand on sait que presque tous ces ouvriers allaient bientôt avoir trois ans de présence ininterrompue et que, passé cette durée, l'ouvrier licencié a droit à une indemnité d'ancienneté. Au Moule, d'autres ouvriers de Jardin-Billard ont également reçu leur lettre de préavis. C'est dire comment la direction de cette entreprise considère les ouvriers : des machines à produire du profit. Face à cette politique aucune réaction des syndicats quand il y en a un dans l’entreprise, sinon des délégations à la direction pour s'entendre dire que « si on licencie c'est parce qu'il n'y a plus de travail », rapporter tout simplement ce fait aux travailleurs et leur dire qu'il n’y a rien à faire, la direction ne peut rien, sauf promettre d'embaucher en priorité les licenciés si jamais il y a à nouveau de l'embauche. L’absence d'un syndicat combatif, c'est cela qui fait que les patrons ont les mains libres pour licencier à tour de bras quand bon leur semble. Car, fin de travaux ou pas, les travailleurs n'ont pas à être jetés de la sorte à la rue ; que les patrons se débrouillent pour nous donner du travail.


Fin de la grève d’Air France

Nous avons dit dans notre précédent numéro, que la grève d'Air France s’était terminée. Commencée le 16 décembre 1971, il n'aura pas fallu moins d'un mois et demi pour que la grève s'achève. Rappelons que les grévistes s’élevaient notamment contre les discriminations établies par la compagnie entre personnel français et personnel martiniquais.

Pour les mettre au pas, le préfet Terrade, ce fidèle serviteur des sociétés capitalistes, faisait jouer les briseurs de grève aux appelés du S.M.A. La tâche de Terrade était d’autant plus facilitée que les bureaucrates syndicaux d'Air France Guadeloupe se refusaient à soutenir leurs camarades martiniquais, faisant le jeu de la compagnie Air France. Malgré des conditions très difficiles, les grévistes ne sont pas repartis les mains vides.

En effet, ils ont obtenu :

  1. la prime antillaise à 13 % ;

  2. un rappel forfaitaire de 50% pour les échelles 1 à 4 bis, et 25% pour les autres échelles ;

  3. l'intégration du personnel contractuel ;

  4. l'amélioration de la prime de transports pour les agents sans véhicule ;

  5. l'attribution de la prime de non-cantine au personnel.

Cela montre donc que le personnel a su faire reculer dans une certaine mesure la direction d'Air France. Cependant, les agents d'Air France auraient pu obtenir plus, beaucoup plus, s’il avaient eu le soutien du personnel Air France du Raizet.


Non aux miettes : salaire unique de 1.200 F par mois

A Prisunic, rien ne doit nous étonner. Jusqu’à présent, une prime était censée récompenser (comme un enfant reçoit un bonbon) une employé qui travaille bien. C’est déjà révoltant, mais Rimbaud, directeur de Prisunic va plus loin et, courant février a fait afficher la répartition des primes d'inventaire...

Surprise ! elle est fonction du bénéfice fait par rayon et non pas de notre travail. C'est-à-dire qu'en définitive si deux employées se trouvent l'une au rayon « bazar », l'autre aux « nouveautés » (vêtements, etc.) si elles font le même nombre d’heures, si elles portent la même attention à leur travail, l'une va néanmoins avoir droit à une prime de 90 % et l'autre de 50 %...

C’est incroyable mais jusqu'ici c'est ainsi. Et pourtant nous ne sommes pas consultées lorsque l'on nous promène de rayon en rayon dans le magasin...
De toute façon, nous savons déjà que pour la direction ce n'est qu’un moyen de plus pour essayer de nous diviser en distribuant ce qu'elle considère comme une faveur, car il est évident pour nous toutes qu’il est impossible que nous soyons toutes aux rayons faisant le plus de profit en même temps...

Quoiqu'il en soit, nous n'avons pas à nous battre pour des primes, mais pour un salaire minimum de 1.200 F qui seul nous permet de vivre décemment à l’heure actuelle.



Communiqué

Nous demandons au lecteur de Sainte-Anne qui nous a écrit de nous communiquer ses nom et adresse. Sans cela, nous ne pouvons publier son information, si intéressante soit-elle. En revanche, nous ne diffuserons ses nom et adresse qu'à sa demande expresse.



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Lauricisque, un bidonville


Le bidonville de Lauricisque, créé provisoirement pour accueillir tous les décasés de P-A-P, demeure toujours... Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas près de disparaître.

En effet, ce n'est pas que les conditions d’habitation soient propices à retenir les habitants, mais c’est qu’ils n’ont pas le choix.


LES CONDITIONS D’HABITATION A LAURICISQUE

Malgré certains aménagements apportés du fait de l’intervention de la municipalité après le cyclone Helena (création d’une école, ouverture de douches collectives, électrification, etc.), Lauricisque est et demeure un bidonville...

Nombre de « cases » sont inondées à la moindre pluie. Certaines baignent en permanence dans les flaques d'eau. Ainsi, nous avons eu l’occasion de rendre visite à un vieillard qui vit depuis des années sur une mare d’eau ; de multiples interventions de certains voisins auprès de la S.O.D.E.G. n’ont pas abouti.

Pourtant, c’est la S.O.D.E.G. même qui est à l’origine des malheurs de ce vieillard. Cet organisme avait acheté son ancienne maison, mieux située, et l’avait provisoirement relogé dans la case actuelle. Il semble que ça soit là une politique couramment menée par la S.O.D.E.G. et qui vise, à n’en pas douter, à la rendre propriétaire de toutes les cases de Lauricisque. Ainsi les mesures d’expulsion n’en seront que facilitées...

Nombre de gens s’y sont laissé prendre d’autant plus aisément que promesse leur avait été faite de verser la somme due dans une caisse d’épargne-logement, solution qui, théoriquement, devrait plus rapidement assurer leur relogement... Que devient cet argent ? C’est la question que se posent certains qui attendent toujours d’être relogés... En ce qui concerne l’évacuation des eaux il existe, certes, un canal mais ledit canal n’étant jamais drainé, l’eau stagne ; moustiques et autres parasites, très souvent porteurs de virus pathogènes y trouvent un terrain favorable. Quant aux rues, elles ne sont pas bitumées (seule l'allée principale est goudronnée), et la moindre pluie les transforme en véritables bourbiers.

Comme elles sont peu ou pas éclairées, il vous est très difficile de vous balader le soir sans vous tremper les pieds dans un bain d’eau sale. Les cases elles-mêmes sont très souvent vétustes, de moins en moins visitées par les services d’hygiène, ce qui fait que les cafards se multiplient sans difficulté. Quand on sait que certaines familles nombreuses vivent parfois dans des cases de deux ou trois pièces, l’on peut se faire une idée du danger que courent les habitants de Lauricisque, en cas d’épidémie grave.

Peut-être les services de l’action sanitaire et sociale voudront-ils bien s’occuper de rendre plus salubres les conditions d’habitation de ce bidonville... Pour ce qui est de l’eau courante, quelques fontaines répondent aux besoins des habitants. Mais là encore le nombre est largement insuffisant. Et c’est souvent que la situation se complique, en cas de fermeture des douches, par exemple. Tel a été le cas il y a deux mois...

Le ramassage des ordures ménagères est régulièrement assuré par la ville de P-A-P, mais il n’y a pas du tout de poubelles, et c’est à même le sol que les gens sont obligés de jeter les restes et les détritus de toute sorte... Dans de telles conditions, les chiens et les cochons errants n’ont aucune difficulté à tout éparpiller... Mouches et autres vermines y pullulent...

Voilà dans quel état d’insalubrité vivent

en plein vingtième siècle des hommes et des femmes qui n'ont pour toute ressource que leur force de travail... Faudrait-il également rappeler l’insécurité qui règne à Lauricisque qu'il n’y aurait qu'à s’interroger sur le nombre de bouches d’incendie pour s’en faire une idée : les derniers incendies ont révélé cruellement leur insuffisance.


LA SITUATION SOCIALE DES HABITANTS DE LAURICISQUE

Certaines bonnes âmes ne manqueront pas de dire que rien n'oblige ceux-ci à continuer à vivre dans de pareilles conditions. Mais ce que ces gens ignorent, c’est la situation sociale des habitants de Lauricisque qui les empêche d'espérer mieux, tant que la société réitérera telle qu'elle est, c’est-à-dire une société fondée sur le profit capitaliste, et où la satisfaction des besoins élémentaires de la majorité est loin d’être la préoccupation de ceux qui nous dirigent.

En effet, la population de Lauricisque est en majorité une population de travailleurs ; certains sont dans le bâtiment ou les docks, d'autres sont ouvriers agricoles ou gens de maison. Lorsque l’on a une idée des salaires dispensés par les entreprises et les usiniers, on comprend aisément qu’il n’est pas à la portée de ces travailleurs de se payer un loyer de 200 F, ou même de 130 F.

Certaines familles qui s'étaient décidées à le faire ont dû vite réintégrer Lauricisque. Les charges supplémentaires (eau, électricité) les ayant presque acculés à la famine.

En outre, Lauricisque comprend beaucoup de chômeurs, en particulier des jeunes. Ces jeunes vivent dans le désœuvrement le plus total. Et contrairement à l’opinion très répandue en Guadeloupe et dans certains milieux bourgeois de P-A-P, ils vivent le plus dignement possible, grâce à une solidarité bien connue parmi les gens qui savent ce qu’est la misère. Et l’étonnant dans cette affaire ce n’est pas qu’il y ait par-ci par-là quelques déprédations de douches ou autres services collectifs, mais bien qu'il n'y ait pas de véritables crimes ou de vols plus nombreux dans ce quartier.

Le chômage, les bas salaires, etc. expliquent, selon nous, le fait que les habitants ne peuvent pas aller ailleurs... Il faudrait pour cela que l'habitat soit moins cher, les salaires plus élevés et qu'il n'y ait pas de chômage. La société coloniale est-elle capable de « pareilles mesures » ? Certes non... Et ce n’est pas la municipalité et sa gestion dite « démocratique » qui changeront quoi que Ce soit, car le problème n'est pas tant d'aménager la misère que de la supprimer.

Le bidonville de Lauricisque disparaîtra et les bidonvilles d’une manière générale, seulement avec la disparition de la société coloniale et capitaliste...


A propos du Comité d’aide aux sinistrés de Lauricisque

Au début du mois de février, un incendie ravageait six cases à Lauricisque.

Cet incendie devait faire de nombreux sinistrés au nombre desquels on comptait beaucoup d’enfants (23)... Le secours consistait dans le relogement des familles qui avaient perdu leurs cases. La S.O.D.E.G., organisme chargé du bidonville de Lauricisque, ne se montrait guère pressée à les reloger, et la municipalité se contentant de quelques dons en nature et de deux ou trois démarches auprès de la S.O.D.E.G., un Comité d'aide aux sinistrés était créé... L’une des premières manifestations de ce comité fut d’organiser dans P-A-P une collecte qui devait rapporter la somme de 468,60 F. C’est peu... et le comité ne se faisait guère d'illusions sur la possibilité d’aider efficacement les sinistrés, par ce seul moyen... Cependant, il fallait montrer qu’en pareilles circonstances, la solidarité n’est pas un vain mot et demeure fort possible.

A part la collecte, deux tracts avaient été diffusés dont l’un appelant les habitants de Lauricisque à être vigilants et l’autre les conviant à un meeting d’information sur la place du marché de Lauricisque. Malheureusement ce meeting n’a pu se tenir, le comité se heurtant à une interdiction de la part de la police municipale. La raison : le comité n'avait pas une autorisation en bonne et due forme. Cela surprit bon nombre de gens qui s’étaient déplacés et qui ne comprenaient vraiment pas pourquoi il fallait une telle autorisation, surtout quand il s’agit de venir en aide à des sinistrés, dont la situation demeure encore précaire. Plus peut-être que le meeting d’information, cette façon d’agir de la municipalité a jeté toute la lumière sur la vraie nature de cette dernière qui se prétend encore « communiste ».


ECHOS ECHOS



Dillon : Le pouvoir réprime les mal-logés quand ceux-ci protestent

Encore une fois, en face de l'organisation des travailleurs, des opprimés, le gouvernement colonialiste français envoie ses forces de l’ordre, fait intervenir sa gendarmerie

Nous avions parlé dans le Combat Ouvrier n° 9, du Comité de défense des habitants de Dillon qui s'était constitué après les dernières inondations de la Dillon à Fort-de-France. Ce Comité de défense réunissait les habitants du quartier pour exiger que des mesures effectives soient prises contre les inondations. En attendant, il soutenait l'occupation par les sinistrés d'appartements vides à la Dillon.

Le 24 janvier, la gendarmerie convoquait Baselto, président du C.D.H.D. (Comité de défense des habitants de Dillon pour répondre de trois plaintes déposées contre lui : une par la Simag, deux par des propriétaires d’appartements occupés.

En fait, il s'agissait bien de faire pression pour qu’il mette le C.D.H.D en sourdine, car dans le même temps on lui faisait comprendre que tout pourrait s’arranger si le C.D.H.D. arrêtait son action.

Le 8 février, ce même militant était convoqué à nouveau pour répondre d'un tract signé en commun par différentes organisations à la suite des premières mesures d’intimidation contre lui.

Terrade et Cie défendent les intérêts des capitalistes véreux de la Simag et pour eux il n'est pas question que les habitants s’organisent pour réclamer le minimum de garanties pour leur logement, car les super-profits de la Simag seraient forcément diminués. Alors, le voile se déchire et le beau visage de l’amélioration des conditions de vie, augmentation des allocations familiales et autres choses promises par le pigeon-voyageur Messmer, s'effacent pour laisser revenir celui hideux, mais bien connu, de la flicaille de toute sorte.

Malgré toutes ces tentatives d'intimidation, la population n'acceptera pas indéfiniment d'être parquée.


Bibrac : Le patron fait encore parler de lui

Au chantier Bibrac de Ste-Catherine à Capesterre, deux équipes travaillent sans relâche pour procéder à la coulée du nouveau pont. L'une de 7 h à 16 h, l'autre de 16 h à 3 h du matin. Nous nous sommes esquintés pendant 4 jours les lundi 24, mardi 25 et mercredi 26 janvier.

Pour toute récompense Bibrac refuse catégoriquement de nous donner du travail du lundi 31 janvier au mercredi 2 février et nous embauche jeudi et vendredi seulement, soit deux jours de travail pour la semaine. En somme, il se conduit comme les géreurs. Probablement, il ne majorera pas les heures de travail de nuit et nous les paiera au taux du S.M.I.G.

Outre ces conditions déplorables de travail, Bibrac se permet de « jouer » avec notre argent. Nous devions être payés le 10 février, or le 8 il nous fit savoir que la paye se ferait ultérieurement, en raison, prétendit-il, d'une augmentation de salaire et nous invita à demander un acompte.

Décidément, Bibrac nous prend, pour des enfants ; n'aurait-il pas été plus simple de payer cette prétendue augmentation en rappel le mois suivant ? Qu'il s'arrange pour nous payer à la date fixée. Car en gardant notre argent pendant un certain temps, cela lui permet de faire des affaires sur notre dos alors que nos enfants ont faim.

Ce petit jeu : non majoration des heures de nuit et des heures supplémentaires, retard de la paye, Bibrac ne l’arrêtera que le jour où nous serons organisés...


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Nixon à Pékin : L’impérialisme américain reconnaît une défaite

Le chef du plus puissant Etat impérialiste s'est rendu à Pékin. Nixon, après s’être fait inviter par le gouvernement chinois, a tenu à s’y rendre, accomplissant un geste politique qui marque le revirement de la politique américaine.

La Chine, autrefois vilipendée et tenue à l’écart de la politique mondiale, du moins officiellement, la Chine autrefois représentée par la clique de Tchiang Kai-chek, la Chine aujourd'hui est officiellement admise dans ce qu'on appelle le « concert des grandes nations ».

Après l'admission de la Chine populaire à l'ONU, son entrée au Conseil de Sécurité à la place de Formose, voilà donc la consécration la plus spectaculaire du grand tournant de la politique extérieure américaine.

Tournant qui est en même temps la reconnaissance de la défaite de toute la politique américaine visant à briser la tentative de la Chine à s’émanciper de la tutelle impérialiste.

Que le chef des puissants USA se déplace et se rende lui-même à Pékin est le symbole de cette défaite politique. Si aujourd’hui c’est Nixon qui se rend en Chine, c’est bien parce que malgré les contraintes, malgré l’isolement qui lui a été imposé par les USA, la Chine n’a pas capitulé. Nixon reconnaît ainsi à sa manière que le seul moyen pour un pays pauvre, pillé par l'impérialisme, de se faire respecter, est la lutte. Et c’est précisément d'avoir choisi cette voie et d’y avoir gagné qui vaut à la Chine l’audience dont elle bénéficie auprès des peuples des pays pauvres.

Mais cet échec de l’impérialisme n’est pas seulement le fait de la résistance de la Chine à un quart de siècle de pressions. C’est aussi le fait du combat héroïque du peuple vietnamien. Car, pour les Etats-Unis, il ne peut être question d’une victoire militaire ; plusieurs années de guerre ont montré que l'armée américaine ne pourrait réduire à merci les combattants vietnamiens. Mais il ne peut pas être question non plus de laisser tout le Sud-Est asiatique s'enflammer, avec le risque que tous les pays remettant en cause leur dépendance passent dans le camp soviétique. Plutôt que de voir celui-ci se renforcer, les Etats-Unis préfèrent négocier avec la Chine, dont le rôle dans cette région du monde est déterminant, afin de l’engager officiellement dans une politique de statu quo. Voilà la contrepartie politique que la Chine accorde à l'impérialisme américain : devenir le gardien du statu quo dans cette région du monde. A vrai dire le rôle n’est pas nouveau pour la Chine, car elle n’a jamais cherché en tout état de cause, à bouleverser ce statu quo par des moyens révolutionnaires, en dehors de ses propres frontières. Mais cette fois elle jouera officiellement avec l’accord de l’impérialisme.

On ne sait pas en détail sur quoi la Chine et les Etats-Unis se seront mis d’accord, comment ils ont redessiné la carte du Sud- Est asiatique, comment ils se partageront leurs zones d’influence respectives. On ne le saura sans doute jamais avec exactitude car, pas plus que Nixon, Mao n’a l’habitude de rendre des comptes aux peuples ; tout se passe derrière le dos de ceux-ci, par des dénonciations secrètes, quand bien même c'est de leur sort qu’il s'agit.

Ce qui est certain au moins, c’est qu’aucun accord entre la Chine et les Etats-Unis ne pourra plus brader la lutte du peuple vietnamien pour son émancipation nationale, car les Vietnamiens se battent les armes à la main indépendamment de Pékin et eux seuls décideront des concessions qu'ils jugeront utile de faire.

Mais, quoi qu’il en soit, le fait que Nixon soit allé en Chine prend aujourd’hui surtout l’aspect d’une défaite politique de l’impérialisme. Cette défaite a été imposé à l’impérialisme par un régime qui ne représente en rien le prolétariat, et qui n’œuvre pas pour la prise de pouvoir par les travailleurs à l’échelle du monde et pour le socialisme. En ce sens, cette défaite est uniquement politique, elle ne remet nullement en cause la base sociale de l’impérialisme, elle n’approche en rien la fin définitive de l’impérialisme, à savoir, l'expropriation de la classe capitaliste dans les pays industriellement avancés.

Il n’en reste pas moins que chaque fois qu'un pays arriéré, humilié par l’impérialisme accule celui-ci à un échec, les travailleurs révolutionnaires ne peuvent que s’en réjouir.


Succès des mineurs anglais

La grève des Charbonnages, en Angleterre, s’est donc terminée par une victoire pour les mineurs. Bien sûr, ceux-ci n’ont pas obtenu les 45% d’augmentation qu’ils revendiquaient, mais ils ont néanmoins arraché au patronat et au gouvernement des augmentations allant de 20 à 35 %. C’est-à-dire qu’en 1 mois et demi de lutte Ils ont obtenu plus qu’ils n'avaient obtenu depuis 1926, et bien plus que les misérables 7 à 8 % que leur proposaient cyniquement patrons et gouvernement. Les mineurs anglais, par leur combativité, ont ainsi donné tort à tous les défaitistes qui prétendaient « qu’ils ne pourraient jamais tenir », «que ce n’était pas le moment de se mettre en grève », etc. Tous ces arguments retombent aujourd’hui sur ceux qui les ont soutenus. Une grève menée dans de telles conditions peut donner beaucoup plus que cinquante ans de « paix sociale ».


Deux jeunes lycéens antillais victimes de violences policières

Deux jeunes Guadeloupéens rentrant vers leur banlieue après la manifestation contre l’ordonnance Debré à Paris, n’avaient pas présenté à bord du train leur billet au contrôleur. Le chef de gare fit venir la police pour « vérification d'identité ». Ils furent emmenés au commissariat de Saint-Denis et gardés à vue.

Dès leur arrivée, la police commença à les insulter (« retournez dans votre jungle »), à les rouer de coups ; ils furent jetés à terre et le plus jeune fut même obligé de marcher à « quatre pattes » à l'intérieur du commissariat.

Le lendemain, lorsque leurs parents furent — après avoir insisté — autorisés à les voir ils purent se rendre compte que leurs enfants avaient reçu des coups. Le médecin qui leur fit subir un examen médical constata chez le plus jeune une côte cassée.

Ce n’est que le vendredi que ces deux jeunes lycéens furent libérés après avoir passé 42 heures sans dormir et sans avoir rien mangé, sous prétexte, d’après la police, qu’ils n’avaient pas réclamé de nourriture.

Les parents ont porté plainte ; les policiers aussi, qui affirment que ces jeunes les ont « attaqués » et que, finalement, ils ont été contraints d’intervenir pour les « maîtriser » car deux d’entre eux avaient été blessés. Ceux-ci ont d’ailleurs présenté au juge d’instruction des certificats médicaux accordant à l'un treize jours d’arrêt de travail pour « hématomes en-dessous du gros orteil du pied droit » et constatant que l’autre souffrait de « rougeurs sur les mains ».

Ainsi donc deux jeunes auraient attaqué à eux seuls une dizaine de policiers dans un commissariat ! Mais qui serait assez imbécile pour croire une histoire pareille ? Au cours des différentes confrontations organisées jusqu'à présent par le juge d’instruction, les policiers ont abandonné les principaux arguments qu’ils avaient utilisés au début. De plus, deux personnes qui avaient été retenues au commissariat le même soir ont témoigné en leur faveur ; des lycéens notamment en désignant les policiers qui s’étaient rendus coupables de violences, en affirmant avoir vu tomber par terre l’un des deux frères et déshabiller le plus grand au moment où il a été fouillé.

Nous avons déjà constaté que les policiers sont de plus en plus arrogants et brutaux, et que chaque fois pourtant, ils sont protégés par la « justice ».

A l'heure où nous écrivons, la date du procès de ces deux jeunes, prévu pour le début mars, n’a pas encore été définitivement fixée. En tout cas, nous devons nous tenir prêts à manifester le moment venu notre solidarité avec nos deux jeunes camarades, qui passeront probablement devant le tribunal de Bobigny.