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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 12 du 29 mars 1972

CO n° 12 du 29 mars 1972


Éditorial

LA RÉCOLTE SUCRIÈRE DÉBUTE SOUS LA “ PROTECTION " DES GENDARMES

CETTE année, contrairement à l’attente générale, l’ouverture de la récolte n’a pas été marquée par des luttes aussi importantes que celles de 1971 ; cela pour plusieurs raisons.

D’une part, le patronat, inquiet de la montée du nouveau syndicat U.T.A. dans l’agriculture, avait soigneusement préparé l’ouverture de la récolte.

D’autre part, suivant leur habitude, les organisations traditionnelles, C.G.T. et C.F.D.T., Fédération des Exploitants agricoles, ainsi que l’U.I.S.G. de Ludger se sont entendues comme larrons en foire avec les représentants des usiniers pour ne pas poser des revendications qui dépassent ce que les usiniers étaient déjà prêts à donner. Enfin les mauvaises conditions climatiques ont entraîné une diminution importante de la quantité de cannes à récolter. Pour toutes ces raisons, l’U.T.A. ainsi que sa branche fractionnelle U.D.I.T.A. n’ont pas pu, malgré leur volonté de lancer la grève, déclencher un vaste mouvement d’ensemble dans toutes les zones sucrières.

Cette année, la récolte a commencé avant même que la commission paritaire n’ait fixé les conditions de la campagne sucrière. Le patronat avait choisi de démarrer la coupe dans la région de Sainte-Rose dans le but de démontrer que l’U.T.A. n’y pouvait rien et donc dans le but de démoraliser les travailleurs. C’est ainsi que le 17 février, sur les champs situés au Comté et sur l'initiative du bien connu Aubéry, les coupeurs rassemblés un partout dans la région de Sainte-Anne se trouvaient à pied-d'œuvre dès trois heures du matin, sous la « protection » des gendarmes et autres képis rouges. Par la suite, la région de Sainte-Rose ainsi que les routes y conduisant seront étroitement surveillées et contrôlées par les forces de répression. Dans le même temps, dans la région de Blanchet, la récolte pourra démarrer avec la complicité de la C.G.T. qui donnera l’ordre de commencer la coupe. Depuis lors, la récolte a réellement commencé dans des conditions extrêmement dures. Les syndicats C.G.T., C.F.D.T. et U.I.S.G. en la personne de Ludger signaient un accord de salaire prévoyant une augmentation de 8,5 % que l'U.T.A. refusait de signer, démontrant que sur ces 8,5 %, 7,39 représentaient une augmentation légale du S.M.I.C. au cours de l’année 1971 qui, de toute façon, était due aux travailleurs, et donc que l’augmentation réelle proposée par les usiniers était de 1,11 %, ce qui constituait une véritable insulte aux travailleurs agricoles. Voilà ce que les centrales traditionnelles ont accepté. En ce qui concerne les petits planteurs, le prix de la tonne de canne a été fixé à 64,02 F pour 9,31 de richesse. Mais on prévoit déjà que, compte tenu de la sécheresse, la richesse sera plutôt basse. De plus, quand on voit la forêt de calculs qui permettent de déterminer le prix de la canne en fonction de la richesse, on doit s’attendre à ce que les petits planteurs soient grugés, comme d’habitude, par les usiniers.

Aucun mouvement d’ensemble ne s’est, il est vrai, déclenché pour enrayer ce renforcement de l'exploitation.

Mais le fait même que la récolte ait commencé au milieu d’un déploiement de gendarmes, de képis rouges et autres forces de répression ; le fait même que tout soit mis en œuvre pour surveiller, pour contrôler les travailleurs, montrent clairement que les usiniers et leurs suppôts ne sont pas du tout sûrs de leur affaire.

Et les exploiteurs de tout acabit ont raison de s’inquiéter. La force des travailleurs de la canne est restée in­tacte. Ils sauront s’en servir.


Référendum : Une seule réponse s'impose le BOYCOTT

Nous voilà revenus aux bonnes vieilles habitudes si chères à De Gaulle : un référendum sera organisé fin avril. Et sur quel problème ! Il s’agit tout simplement de se prononcer pour ou contre l’entrée de la Grande-Bretagne, du Danemark, de l’Irlande et de la Norvège au sein du Marché commun.

Aussitôt, tous les commentateurs politiques de se frotter les mains devant le bon tour que Pompidou venait de jouer à la gauche française. C’est dire que si pour le « bon peuple » on pose une question sur le Marché commun, pour les politiciens, il s’agit tout simplement d’une manœuvre politique de Pompidou pour diviser ses adversaires et redorer son blason.

Car, à qui fera-t-on croire que le gouvernement veut aujourd'hui connaître l’opinion du peuple français sur le Marché commun et sur l’entrée de tel ou tel pays dans ce Marché commun. D’ailleurs, sur ce problème, nous avons eu largement le temps depuis quinze ans qu’il existe, de constater qu’il ne s’agissait que d’une entente entre les grands capitalistes européens pour défendre au mieux possible leurs intérêts. Cela n'intéresse donc en aucune façon les travailleurs. Cela n'a rien à voir avec l’Europe unie et socialiste qu'ils construiront un jour.

Ce référendum a tout simplement pour but d’organiser un plébiscite autour de la personne de Georges Pompidou. Et en choisissant de faire voter les électeurs sur la question de l’entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché commun, Pompidou croit avoir fait un bon calcul. D’abord, parce que sur la question posée, il a toutes les raisons de penser qu’il recueillera une majorité de voix. Le gouvernement espère donc ainsi faire cautionner par ce moyen l’ensemble de sa politique par une large fraction de l’opinion.

Par ailleurs, tout en se faisant ainsi donner une nouvelle légitimité populaire, Pompidou espère raffermir la cohésion de sa majorité où se font jour de plus en plus de divisions.

Il espère encore effacer le souvenir des scandales en tous genres qui ont terni la façade de la majorité, il espère aussi faire oublier la détérioration progressive des conditions de vie des masses laborieuses ; d’autant plus que travailleurs, paysans, étudiants, commerçants montrent de plus en plus souvent leur mécontentement devant une telle situation.

Il s’agit de manœuvres électorales. Car, dès aujourd'hui, tous les partis ont engagé la bataille pour les législatives prochaines. Pompidou a escompté glisser un coin entre le P.S. et le P.C., en montrant largement que ces deux principales formations de la gauche sont incapables de s’entendre, donc, à plus forte raison, de prendre ensemble la relève du gouvernement gaulliste. Il y a d’ailleurs réussi.

En face d’une telle manœuvre, les véritables défenseurs de la classe ouvrière en France même, les révolutionnaires, ont déjà répondu en donnant la seule réponse possible : le boycott pur et simple de ce référendum.

Il eût fallu que toutes les organisations qui se réclament des travailleurs, que toutes les organisations de gauche, refusent le plébiscite. Que Pompidou s’amuse à faire joujou avec son référendum, que les partisans de sa majorité aillent remplir les urnes, mais que pas un travailleur conscient de sa dignité n'aille cautionner cette mascarade.

Le Parti Communiste Français en a décidé autrement. Bien qu’il ait affirmé que le référendum est une « opération de politique intérieure », bien qu’il en ait dénoncé le piège, il s’y jette à pieds joints en faisant voter non. Mais un certain pourcentage de « non », non seulement ne gêne pas Pompidou, mais l'arrange, car il donne une caution à ce plébiscite. « Voyez-vous » dira-t-il « chacun a pu s’exprimer démocratiquement, les règles du jeu ont été respectées ». Mais ce sont justement les règles du jeu qui sont fausses, les dés sont jetés dès le départ.

Quant au parti socialiste, il est de notoriété publique qu’il ne s’abstient pas pour contester à la base ce référendum-plébiscite ; au contraire, il clame à chaque occasion son attachement aux institutions en général, et à cette forme de consultation en particulier. Mais voyez-vous, ces Messieurs du P.S. étaient bien embêtés : ils avaient bien envie de voter oui pour marquer leur attachement à l'Europe des capitalistes, mais comme, opposition oblige, ils ne le pouvaient décemment pas, ils préférèrent se réfugier dans ce qu’ils appellent « Ie refus de vote motivé ».

Non, les travailleurs antillais, pas plus que les travailleurs français n'ont intérêt à cautionner cette mascarade. Au plébiscite de Pompidou, une seule réponse s’impose : le boycott.


Solidarité avec les membres de l’U.T.A. inculpés

Le 22 mars 1972 devait se dérouler le procès de sept membres du syndicat U.T.A. Ce dernier affirme que vingt-quatre de ses membres avaient été. arrêtés du 5 février au 5 mars 1971. On se souvient que trois d’entre eux, Gostymen, Landre et Ardan avaient été emprisonnés pendant dix-neuf jours. Finalement, devant la pression populaire — plusieurs milliers de personnes manifestant à Basse-Terre, le 23 mars 1971 — ces trois militants avaient été mis en liberté provisoire. C’est donc leur procès pour atteinte à la liberté du travail, sur plainte du capitaliste Aubéry, qui aurait dû se dérouler mercredi 22 mars 1972.

Beaucoup de jeunes, de travailleurs avaient accompagné les accusés au tribunal. Le procès a finalement été reporté au 26 avril 1972. Nous tenons à réaffirmer ici notre solidarité avec les membres de l’U.T.A., victimes de la répression colonialiste.

Car c'est parce qu’ils menaient le combat contre l’exploitation des travailleurs agricoles par les capitalistes de l’acabit d’Aubéry et Cie, c'est parce que ces militants voudraient voir mener une vie plus digne et moins pénible aux travailleurs agricoles, c'est parce qu’ils étaient dans la lutte aux côtés de leurs camarades, utilisant un droit qui, par ailleurs, est tout à fait légal, le droit de grève, c’est pour tout cela qu’ils sont traînés devant les tribunaux.

Nous ne pouvons qu’être de leur côté, face à la répression coloniale et patronale.


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L’accroissement de l'audience des groupes gauchistes en France

Même si le plébiscite surprise de Pompidou vient prendre une grosse place dans l’actualité politique, le succès des manifestations organisées par les groupes gauchistes au lendemain de l’assassinat de Pierre Overney constitue un des événements capitaux du mois passé. Sa signification ne saurait échapper à aucune tendance révolutionnaire, ni en France, ni aux Antilles.

A l’appel des organisations « gauchistes », plus de cinquante mille personnes ont participé à l’enterrement de Pierre Overney. Ce fut une des plus imposantes manifestations depuis 1968 à Paris. Parce qu’ils ont exprimé les sentiments de tous ceux qui ont été révoltés par l'odieux assassinat d’un militant ouvrier devant les portes d’une entreprise par un sbire patronal, les groupes gauchistes ont cristallisé autour de leur appel la protestation de dizaines de milliers de jeunes, travailleurs et étudiants. Ils ont montré par la même occasion qu’ils ont une audience, des sympathies et qu’ils constituent un pôle d’attraction sur la gauche du Parti Communiste Français, au moins pour toute une partie de la jeunesse.

C’est là un fait politique dont doivent tenir compte tant la bourgeoisie et son Etat, qui avaient déjà tant de fois enterré le « gauchisme », que le P.C.F. qui a fait de la lutte contre les groupes révolutionnaires un de ses objectifs les plus importants.

Bien sûr, les organisations d’extrême-gauche sont divisées ; bien sûr, il fallait la pression des événements pour qu’ils unissent leurs efforts. Mais unis, ils se sont montrés capables d'affirmer la présence du courant gauchiste dans la vie politique en France.

C’est là quelque chose de prometteur pour l’avenir. Mais ce n’est que le début du long combat qui, de la dispersion des multiples groupes gauchistes, conduit vers la construction d’un parti révolutionnaire en France, d'un véritable parti des travailleurs.

Si, en particulier, le courant gauchiste vient d’affirmer une fois de plus qu’il est capable de disputer avec succès au P.C.F. son audience dans la jeunesse, il reste l’essentiel de sa tâche : gagner la confiance des milliers et des milliers de travailleurs, sincèrement partisans d’une transformation socialiste de la société, qui regardent encore vers un P.C.F. qui trahit pourtant fondamentalement leurs espoirs et leurs intérêts.

Tout progrès, tout pas en avant de la tendance révolutionnaire en France intéresse au plus haut point les révolutionnaires aux Antilles. Non seulement parce qu’ils savent que les meilleurs alliés des travailleurs antillais dans leur combat contre l’oppression de l’impérialisme français, sont précisément ceux qui veulent détruire l’impérialisme dans la citadelle même de la métropole française, mais aussi parce que les travailleurs révolutionnaires de tous les pays sont engagés dans la même lutte pour supprimer l'exploitation à l’échelle du monde.


ECHOS ECHOS ECHOS


PRISUNIC : Nous avons aussi notre dignité !

Voilà qu'en plus de nous faire exploiter plus de 40 heures par semaine avec des salaires de misère par la direction de Prisunic, en plus de nous faire surveiller comme des gamines par les chefs de groupe qui nous interdisent de parler même pour demander de la monnaie..., il faut que nous subissions les caprices et le bon vouloir de ces messieurs.

Quand ils ne nous demandent pas d'aller faire leur marché, c’est aux femmes de ménage que ces surveillants demandent de venir travailler chez eux, comme cela s'est fait dernièrement à Prisunic-PAP.

Bien souvent nous cédons par peur des suites... Il suffit de cela pour être considérée comme « forte tête » puis même comme paresseuse, refusant de faire son travail, ceci pouvant aller jusqu’au licenciement sur un prétexte quelconque.

Voilà le chantage qu’ils utilisent...

Mais si nous ne nous laissons pas faire, si nous refusons d’exécuter toute tâche en dehors du service réglementaire, nous leur ferons changer d'habitudes. Pour cela, il faut que nous développions notre syndicat, qu'il soit notre force face à toutes les manœuvres patronales.

Les travailleurs doivent se faire respecter.


Que la direction embauche du personnel supplémentaire et non des surveillants

La direction doit penser qu’elle s’occupe d’une école maternelle : le maître, c’est le patron, les élèves, nous les employées, évidemment. Ce sont les surveillants qui assurent le sale boulot : avertir, réprimander, être toujours sur notre dos.

En fait, ce sont des employés comme nous, et si le patron essaie de se les attacher par des avantages et des espoirs de promotion, c'est encore en vue de diviser le personnel en les mettant du côté de la direction.

Cela doit cesser. Nous préférerions mille fois avoir des collègues supplémentaires pour nous permettre de souffler, plutôt que les surveillants de la direction qui nous empoisonnent.


Nous avons reçu

Nous avons reçu trois motions du syndicat C.G.T. des personnels techniques, administratifs et des services du ministère de i’Equipement et du Logement (MEL), section de la Guadeloupe.

Nous ne pouvons, faute de place, les publier intégrale­ment. Les deux première mo­tions concernent les catégo­ries C et D et les personnels départementaux de l’Equipement. La troisième contient les revendications des personnels non titulaires ; dans cette motion, ils s'élèvent contre la politique de travail au rabais, la suppression du supplément familial alloué dans certains services du MEL. Ils réclament, outre le rétablissement de ce supplément, notamment l’extension de la prime de vie chère (40 %) à tous les salariés de la Direction départementale, un régime de congés équivalent à celui des titulaires, l’élection des représentants du personnel et la suppression de l’abattement de zone.

Nous publierons dans notre prochain numéro un article sur les problèmes des travailleurs du MEL, afin d’en informer plus complètement nos lecteurs.


MARVEL : Non aux licenciements

Marvel a décidé de regrouper ses magasins de Fort-de-France à Acajou. Pour cela, il cherche par tous les moyens à se débarrasser d'une partie de son personnel, et ce bien sûr, sans accorder aucune indemnité.

D'ailleurs, plusieurs d’entre nous ont déjà reçu une lettre de préavis.

La raison officielle est probablement qu'il n'y a pas assez de travail pour nous tous. Mais, aux établissements Marvel, nous connaissons le problème.

Il n'y a jamais assez de travail pour embaucher mais ceux qui sont là, sont exploités jusqu’à la corde.

Ainsi, au snack Acajou, nous sommes très peu nombreux et pourtant la clientèle est importante.

  • Nous faisons souvent plus de 50 heures de travail par semaine.

  • Les repos hebdomadaires sont extrêmement rares et il nous arrive de travailler le dimanche et les jours fériés.

On voit donc que lorsque le patron dit qu'il n'y a pas assez de travail c’est uniquement pour mieux exploiter le petit nombre qu’il embauche.

Ainsi les seules réponses connues par la direction lorsque l'un de nous revendique l’application de la législation du travail sont des menaces de licenciement.

Si Marvel veut centraliser, les travailleurs ne doivent pas en faire les frais.

Pour ne pas nous faire licencier l'un après l’autre, nous devons nous organiser et exiger la garantie du travail pour tous.


AUX DOCKS : Que se passe-t-il à la Caisse paritaire ?

Aux Docks, il existe une caisse paritaire des dockers dont le but est de venir en aide aux dockers retraités. Cette caisse est financée par un prélèvement de 3% sur les salaires. Or, les retraités ne touchent que cent francs par trimestre ; il y a souvent du retard dans le paiement et parfois même, ils ne les touchent pas.

On ignore si cette caisse a de l'argent. Il appartient aux syndicats qui participent aux réunions de la commission paritaire avec les délégués des compagnies de navigation d'informer les travailleurs sur la situation financière de cette caisse paritaire. Les travailleurs dont les gros sous alimentent cette caisse ont tout de même le droit de savoir ce que devient leur argent. Mais de toute façon les syndicats devraient se battre pour obliger les patrons à prendre à leur compte le financement de la retraite des travailleurs. Il est inadmissible que les travailleurs qui triment toute leur vie pour le plus grand profit du patronat se voient obligés de prélever sur leur maigre salaire pour alimenter la caisse paritaire. Il est encore plus inadmissible qu'une fois en retraite, ils soient obligés de quémander pour qu'on leur verse régulièrement une aumône misérable.


Les sangsues...

Il y a quelque temps déjà, un scandale éclatait en Haïti lorsqu’on apprit l’origine d’une partie des revenus de l’actuel ministre de l’intérieur, Luckner Cambronne.

Celui-ci, en effet, qui possède des actions dans les plus importantes sociétés du pays, vient d’en fonder une récente, avec l’aide de capitaux américains : i’Hémo-Caraïbes. L’activité de cette firme est la suivante : prendre le plasma, c’est-à-dire le liquide où se trouvent toutes les richesses du sang, à de pauvres Haïtiens, pour le revendre à des sociétés pharmaceutiques américaines. La « récolte » mensuelle est de 6 tonnes de sang. Et pour une tonne, Cambronne empêche 5.000 dollars de bénéfice net. Comme on le voit, c’est avec le plus grand cynisme que ce « vampire » exploite la misère de la population haïtienne. Cela est hélas considéré comme une aubaine par les chômeurs qui, en donnant leur sang chaque semaine, peuvent obtenir 72.000 AF par an, somme dérisoire qui n'en constitue pas moins le double du revenu annuel moyen par habitant à Haïti !

Cette affaire montre que les exploiteurs de quelque couleur qu’ils soient, ne reculent devant aucune atrocité lorsqu'ils peuvent en tirer profit. Les travailleurs antillais, s’ils veulent réellement être libres, devront se débarrasser non seulement des impérialistes, mais aussi des Cambronne et des Duvalier en puissance qui n’hésiteraient pas à s’enrichir de la sueur et du sang des pauvres, au sens propre du terme.


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A propos de Lauricisque :

“L’ÉTINCELLE” PRISE EN FLAGRANT DÉLIT DE MENSONGE

Suite à l’incendie qui ravagea six cases à Lauricisque, un comité d'aide aux sinistrés avait été mis sur pied. Ce comité organisa une collecte dans la ville de Pointe-à-Pitre qui permit de rassembler la somme de 468,60 F et, afin de répartir cet argent, une réunion d’information à Lauricisque même. Soulignons en passant que le comité déplorait le retard mis par la municipalité à porter aide aux sinistrés, et surtout les manœuvres de la S.O.D.E.G. (société propriétaire de presque toutes les cases) pour ne pas reloger les victimes, de l’incendie. Tout ceci n’eut pas l’heur de plaire à la municipalité communiste de Pointe-à-Pitre. Lors de la tenue du meeting d’information, elle fit intervenir sa police qui interdit la réunion d’information sous prétexte que le comité n'avait pas d’autorisation légale.

Et voilà que maintenant, l’Etincelle du 11-3-72 se permet d’écrire que les organisateurs de la collecte, avec leurs pancartes, faisaient penser à un défilé carnavalesque. Drôle de façon de considérer des jeunes qui viennent en aide aux travailleurs que le P.C.G. prétend représenter. Où les acolytes de Bangou font preuve de malpropreté c'est quand ils affirment dans l’Etincelle que, lors de la tenue du meeting d’information à Lauricisque, les membres du comité furent chassés par les habitants. Comment peut-on avoir confiance dans des hommes qui manient avec autant de sans-gêne le mensonge ? Car en fait, si le meeting ne s’est pas tenu ce n'est nullement parce que les habitants de Lauricisque ont chassé les organisateurs, mais tout simplement parce que la police municipale est intervenue pour l’interdire. Tout d’abord, les larrons de la municipalité arrivés sur les lieux une heure avant les organisateurs du meeting ont déclaré aux membres du comité d’aide :

« Vous ne pouvez tenir ce meeting car vous n'avez pas d’autorisation. »

Les personnes présentes ne comprenaient pas pourquoi on interdisait le meeting, sauf quelques employés de la municipalité qu’on avait fait venir sur les lieux pour la circonstance. Des petits groupes de discussion se formèrent. C'est alors que la flicaille municipale intervint à nouveau pour exiger que les personnes présentes se dispersent, et ce en proférant des menaces. Belle démocratie que d’interdire à des gens de discuter sur la voie publique !

Et maintenant l'Etincelle affirme sans rire que ce sont les habitants de Lauricisque qui ont chassé les membres du comité. Non satisfait de cela, le «communiste» de choc Geniès qui ne connaît que le mensonge, la calomnie et les menaces pour combattre ceux qui ne partagent pas les vues du P.C.G. sur l’avenir de la Guadeloupe et qui sont partisans de l'indépendance nationale, va jusqu'à déclarer que ce sont peut-être les membres du comité d’aide qui ont mis le feu aux cases pour exploiter l’événement et combattre Bangou. De plus, il promet des coups aux « gauchistes ».

L’impérialisme français, malgré ses gendarmes et képis rouges, malgré ses tribunaux n’a pu empêcher les travailleurs de se battre contre l’exploitation, ni les révolutionnaires de s’exprimer. Ce n’est pas ce « pauvre » Géniès aussi costaud qu’il soit qui pourra le faire.

Que le patronat fasse la pluie et le beau temps dans les entreprises et ne respecte pas les lois en vigueur, que les travailleurs soient licenciés pour un oui ou pour un non, que dans presque tous les magasins de Pointe-Pitre les vendeuses gagnent des salaires dérisoires et ne soient pas déclarées à la Sécurité sociale, le P.C.G. est silencieux, là-dessus, il ne se sent pas de taille à organiser les travailleurs, hommes et femmes, pour que cela cesse. Mais que des révolutionnaires interviennent pour dénoncer les carences du P.C.G. dans ce domaine, tout de suite des réunions et meetings sont tenus pour les calomnier et les menacer. Mais que les bras forts et les « démocrates » du P.C. prennent garde, chaque chose a une fin !


Obligeons Blanchard à respecter la convention collective

La convention collective du bâtiment et annexe a été signée en Martinique par la direction de l’usine Blanchard (exploitation de carrière), mais cela n’empêche pas les patrons de ne pas respecter les différentes clauses.

  • Le salaire payé aux travailleurs est dans la plupart des cas inférieur de 0,10 à 0,20 F au taux fixé.

  • La convention prévoit une prime de salissure, celle-ci n’est pas payée alors que toute la journée nous sommes dans la poussière (concassage des roches, explosion des mines).

  • Rien n’est prévu pour notre santé, alors que nous respirons la poussière et sommes donc exposés à toute sorte de maladies graves, silicose entre autres.

  • Lorsqu’une tenue de travail spéciale est nécessaire, la direction ne veut payer que la moitié des frais : ainsi au garage, elle ne veut payer que 40 F sur une tenue de 80 F.

En plus de tout cela, la direction veut pour augmenter ses profits faire opérer le concassage à sec alors qu’habituellement il se fait dans un courant d’eau qui sert à éliminer les débris et qui en même temps limite un peu la poussière que nous respirons ; pour Blanchard, ce nouveau procédé se traduirait par une diminution des pertes en gravillons et sable, mais pour nous par une augmentation des risques de maladies professionnelles.

Nous ne devons pas laisser ces rapaces nous exploiter de plus en plus férocement au mépris total de notre santé. Qu’ils améliorent leur production, c’est leur affaire, mais au mépris de notre santé, pas question.

Camarades, organisons - nous. Tous ensemble nous pourrons obliger la direction de Blanchard à respecter les accords qu’elle a signés et nous pourrons mieux nous défendre.


Espagne : LES OUVRIERS REVENDIQUENT ? FRANCO ASSASSINE

Comme en octobre dernier à Barcelone et comme en été 1970 à Grenade, la police espagnole a ouvert le feu le vendredi 10 mars sur les, ouvriers qui manifestaient dans le port galicien du Ferrol, faisant ainsi deux morts et plusieurs blessés.

La manifestation des ouvriers des chantiers navals du Ferrol avait été décidée afin de refuser les conditions offertes par la direction lors du renouvellement des conventions collectives.

Pour le gouvernement de Franco et sa police, les travailleurs doivent accepter sans broncher l’exploitation féroce du patronat espagnol qui bénéficie en toutes occasions de son soutien, à lui, Franco.

Mais que Franco ne s'y trompe pas. Si malgré une police armée jusqu’aux dents, et prête à assassiner comme elle l’a montré cette fois encore, les ouvriers osent manifester dans le Ferrol, ville natale de Franco, on peut penser que la classe ouvrière n’entend plus se laisser intimider.

Et à travers toutes ces luttes, elle saura se doter de sa propre organisation politique. Et alors, les jours de Franco seront comptés...


La répression patronale s'aggrave en France

Les événements qui se sont déroulés à Renault-Billancourt, il y a un mois, ont mis brutalement en lumière la violence et la répression exercées par le patronat contre les travailleurs.

En effet, le meurtre d’Overney, jeune ouvrier de 23 ans, qui fut abattu à la porte des usines Renault par un vigile armé, nous montre à quel point les patrons font peu de cas de la vie des ouvriers. Car non seulement ils ne se contentent pas d’exploiter ces ouvriers, mais encore ils n’hésitent pas à les faire assassiner quand ceux-ci osent élever la voix pour protester contre l’injustice sociale dont ils sont victimes.

Il est vrai que ce n’est pas tous les jours que les patrons font appel à leurs chiens de garde, pour assassiner des ouvriers, mais, sous des formes plus insidieuses, la violence patronale est constamment présente.

Mais surtout, l’expérience prouve que la répression patronale a une nette tendance à se renforcer dans la plupart des entreprises. Non seulement on fait jouer au personnel d’encadrement, dont ce n’est nullement la fonction, un rôle de plus en plus policier, mais les patrons mettent partout sur pied des forces spécialisées dans la répression, dont les membres sont recrutés dans la racaille et encadrés par d’anciens flics ou d’anciens militaires. De surcroît, on tente de quadriller les usines par un réseau de mouchards et de barbouzes patronaux de toute sorte.

Il y a là une évolution très dangereuse pour tous les travailleurs. La classe ouvrière était en droit de s’attendre à ce que les organisations qui se réclament d’elle se serrent les coudes par delà les divergences, pour tuer dans l’œuf les velléités patronales de transformer complètement les usines en camps de concentration.

Or les grandes organisations ouvrières, telles la C.G.T. et le P.C.F., ont complètement déserté le mouvement de protestation contre l’assassinat d’Overney et contre la répression patronale. Pis : ils ont dénoncé avec presque plus de violence les travailleurs gauchistes victimes de la répression patronale qu’ils n’ont flétri la répression elle-même.

C’est là une attitude indigne d’organisations ouvrières. Quelles que soient les divergences entre travailleurs, contre les patrons et leurs sbires, ils se doivent d’être solidaires. Il y va de l’intérêt de tous les ouvriers. Sinon, on facilite les tâches de la répression.


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Il y a un siècle L’Insurrection du Sud en Martinique

Le 22 septembre 1870 éclatait en Martinique l’insurrection du Sud qui souleva ouvriers agricoles, ouvriers des villes et petits planteurs.

Après l’abolition de l’esclavage, les riches propriétaires « békés » entendaient conserver leur mainmise sur les anciens esclaves qui furent soumis pendant cette période à toutes sortes de vexations et au travail obligatoire. L’arrestation au Marin d’un jeune cultivateur noir de Rivière-Pilote, Lubin, qui, cravaché par un Blanc, l’avait à son tour rossé, va marquer le début de l'agitation.

La condamnation de Lubin à cinq ans de bagne va provoquer un renouveau d’indignation ; une foule nombreuse était venue assister au procès. Un peu partout, des gens se regroupent, discutent et parlent de « se venger des Blancs ».

Pendant ce temps, à Paris, le peuple parisien jette bas l’empire de Napoléon III et impose la République. La nouvelle va accroître l’effervescence causée par l’affaire Lubin.

A Rivière-Pilote, les amis de Lubin vont collecter des fonds pour payer un pourvoi en cassation ; c’est au cours de cette campagne que des contacts vont s’établir, des réunions vont se multiplier sous couvert de clubs et d’amicales. Parmi ces hommes sortiront les organisateurs du soulèvement : Telgard, Lacaille, Villard, Bolivard. Ils tiennent de fréquentes réunions à Trinité et dans le Sud, et décident bientôt de passer à l’action.

Le 19 septembre, des groupes de travailleurs menacent d’incendier une « habitation ».

Le 22 septembre, le décret de proclamation de la République, arrivant de France, est affiché. Le jour même, Lacaille, suivi de trois cents personnes et Telgard d’un millier d’hommes et de femmes déferlent dans le bourg de Rivière-Pilote, obligent le maire à faire désarmer les propriétaires.

Puis ils se rendent sur l’habitation Codé, l'un des gros propriétaires, juge au cours du procès Lubin ; un coup de feu part. C’est le début de l’insurrection.

Dans la nuit, on rassemble les forces et les habitations sont incendiées à Jossaud, Mauny et Beauregard.

Le 23, l'insurrection s’étend ; mais à Rivière-Pilote, les insurgés hésitent à s’emparer du pouvoir et laissent ainsi au maire la liberté d’agir et de faire venir des troupes bien armées. Les insurgés, eux, continueront leur marche vers le Sud.

Des milliers d’hommes et de femmes, ouvriers agricoles, ouvriers des bourgs, petits artisans, petits paysans participent au mouvement.

En deux jours, les insurgés vont contrôler tout le Sud et les possédants tremblent, car ils sentent que cette insurrection met directement en cause leur mainmise sur les propriétés. « Les Blancs, terrifiés, demandent au gouverneur de frapper fort, de faire appel aux gouverneurs anglais des îles voisines pour qu’ils envoient des troupes à leur aide. » (A. Nicolas)

A partir du 25 septembre, les forces de répression bien organisées vont battre en brèche systématiquement les insurgés. L'état de siège est proclamé dans quinze communes.

Les insurgés n’ayant pas de but politique suffisamment précis et clair, ne chercheront pas dans les localités où ils étaient les maîtres à chasser et détruire les anciennes formes du pouvoir pour instaurer le leur.

Fort de cela, le gouvernement pourra se réorganiser, rassembler ses hommes et, commune par commune, au prix d’un affreux massacre reprendre les choses en mains.

L’insurrection des opprimés de Martinique n’a pas pu aboutir. Mais elle a laissé une page héroïque dans l’histoire des luttes d’émancipation menées contre l’oppression. Et six mois à peine après la répression sanglante, au cœur même de la métropole impérialiste française, responsable des massacres, d’autres opprimés ont levé le drapeau de la révolution pour jeter les fondements du premier pouvoir ouvrier, la Commune de Paris.


La Commune de Paris : Première tentative de gouvernement ouvrier

Il y a un peu plus d’un siècle, le 18 mars 1871, le gouvernement pourri du bourgeois Thiers était chassé par les ouvriers et toute la population laborieuse de Paris aux cris de « Vive la Commune, Vive la République Universelle ».

Si la Commune de Paris tient une place de choix dans l’histoire de la lutte des exploités contre leurs exploiteurs et si en ce sons elle est une épopée que tous les opprimés doivent connaître, cette expérience des travailleurs français est beaucoup plus riche encore.

En effet, pendant deux mois et pour la première fois dans l’histoire, les travailleurs ont non seulement renversé le pouvoir de la bourgeoisie, mais encore exercé le leur.

Car, bien que parmi les dirigeants que les travailleurs s’étaient donnés, bon nombre n’avaient pas rompu idéologiquement avec bourgeoisie, malgré les incertitudes, malgré les erreurs, l’Etat mis en place par la Commune représentait réellement la volonté, les aspirations des travailleurs.

Et leur volonté n’était représentée que parce que ceux-ci participaient effectivement et directement à l’exercice du pouvoir.

En effet, la Commune ne fut pas tout simplement un nouveau gouvernement mais elle entreprit la destruction de la machine d’Etat bourgeoise et la construction d’un Etat différent, celui des travailleurs.

Quelques heures après que la Garde Nationale, c'est-à-dire le peuple en armes, ait déclaré dans son manifeste :

" Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes ont compris que l'heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques... Le prolétariat a compris qu’il était de son devoir impérieux et de son droit absolu de prendre en main ses propres destinées et d’en assurer le triomphe en s’emparant du pouvoir", la Commune affirmait son caractère de classe en abolissant l’armée permanente au service des exploiteurs et en la remplaçant par l'organisation des travailleurs en armes avec des responsables élus et révocables.

Do même la police, les magistrats, toute la bureaucratie par laquelle la bourgeoisie exerce son pouvoir derrière des façades parlementaires et démocratiques étaient balayés et remplacés par des agents communaux payés au salaire d’un ouvrier et tenus de rendre des comptes.

Ainsi l’administration cessait d’être une excroissance parasite coupée du reste de ia population, mais au contraire la masse des travailleurs participait par l’intermédiaire des comités de quartier, comités de consommateurs et autres comités, à toute I organisation de l’Etat.

Le pouvoir établi par les travailleurs de Paris était le plus démocratique qui ait jamais existé et il bénéficiait du soutien actif de toute la population laborieuse, des femmes, des enfants qui ne furent pas les derniers à donner leur génie et leur courage.

Et c'est bien avec ces forces et ce génie que, malgré d'immenses difficultés, les travailleurs ont pu montrer pour la première fois dans l'histoire qu’ils étaient capables de prendre le pouvoir et jeter les bases d'un Etat fondamentalement différent de tout ce qui a pu exister antérieurement, un Etat entièrement et directement aux mains des travailleurs. Seul un tel Etat peut être l’instrument des opprimés dans le combat final contre les classes exploiteuses. Seule une telle prise de pouvoir directe par la classe ouvrière peut lui permettre de se libérer définitivement de ses chaînes et de jeter les fondements d’une société plus juste, la société socialiste.


Irlande : Malgré son plan de paix, l’impérialisme anglais dans une impasse

En même temps qu'il a annoncé l’élaboration d’un plan pour régler le problème irlandais, le gouvernement britannique a décidé de prendre en main directement l’administration de l’Irlande du Nord. Le Parlement de l'Ulster, représentant les privilégiés protestants, est suspendu.

Mais, de toute évidence, ni ce plan, ni l’administration directe ne suffisent pour sortir l’impérialisme britannique de la situation inextricable dans laquelle il se trouve. Situation dont il est le responsable, même si, hypocritement, il tente aujourd’hui de se poser en arbitre entre les deux communautés protestante et catholique qui se dressent l’une contre l'autre les armes à la main.

Sans parler des siècles d’oppression antérieure, depuis près d’un demi-siècle, depuis qu’existe l’Irlande du Nord séparée du restant de l’Irlande, l’impérialisme britannique y était le principal garant des privilèges odieux des couches les plus riches qui, généralement, se recrutent parmi les protestants. Pour ne citer que cet exemple-là, depuis des décennies, les couches pauvres catholiques réclament que soit mis fin à un système électoral où I'on dispose d’autant plus de voix que l’on est plus riche et qui écarte des élections les plus pauvres ; système qui assure la domination des protestants aisés même dans les municipalités où les catholiques pauvres sont majoritaires.

Non, l’Angleterre n’a pas voulu toucher aux privilèges surannés de la communauté des protestants riches; elle n’a pas voulu de réformes tant que c’était encore l’heure des réformes. Aujourd’hui, cette heure est passée. Pour se faire entendre, les catholiques pauvres ont commencé à se battre. Et en se battant, ils ont pris conscience qu'une fois en lutte, ils peuvent réclamer et obtenir bien plus qu’ils n’ont obtenu pendant des décennies de revendications dans le cadre de lois faites contre eux.

Aussi, chaque fois qu’il est contraint à faire un pas de plus dans la voie des concessions aux catholiques, le gouvernement reste en retard par rapport à ce qui est revendiqué. Satisfaire une des principales revendications de la communauté catholique il y a trois ans, résumée par la formule « un homme - un vote », eut peut-être suffi il y a trois ans. Plus aujourd'hui. Les terroristes de l’I.R.A. revendiquent déjà le retrait pur et simple des troupes britanniques et la possibilité du rattachement à l’Irlande de Sud.

De surcroît, tout en étant loin de satisfaire la communauté catholique, chaque concession anglaise exaspère la communauté protestante. Aux attentats de l’I.R.A. répondent les attentats des organisations protestantes. Les troupes anglaises sont visiblement débordées.

Les nouvelles mesures anglaises n’y changent rien. L’annonce des décisions a été accueillie par une manifestation de protestation des protestants, sans pour autant désarmer les catholiques.

L’impérialisme britannique se trouve dans une impasse. Mais cette impasse coûte la vie à des centaines d’irlandais, toutes victimes en fin de compte de la politique de l’impérialisme britannique, non seulement lorsqu’ils tombent sous les balles de la troupe d’occupation anglaise, mais aussi lorsqu’ils meurent, déchiquetés par les bombes d’un attentat.