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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 17 du 13 sept. 1972

CO n° 17 du 13 sept. 1972


Editorial


La hausse des prix :

CE SONT LES TRAVAILLEURS QUI EN SOUFFRENT

LE gouvernement vient de reconnaître que la hausse des prix a été considérable. Et les chiffres qu’il a publiés sont d’autant plus impressionnants que l’on sait qu’il a pour habitude de donner des estimations bien inférieures à la réalité. La répercussion risque de se faire sentir rapidement aux Antilles, car il s’agit de produits de première nécessité. Ainsi, les produits alimentaires ont augmenté de 7,4 % (20 % pour le bœuf), les produits manufacturés de 4,5 %, les services publics de 6,5 % en un an. Et il ne s’agit là que d’une moyenne !

C'est le gouvernement lui-même qui a montré l’exemple, en augmentant considérablement les tarifs dans les secteurs qu’il contrôle (services publics). Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer avec cynisme que la hausse est due à une trop forte augmentation des salaires ! La seule mesure qu’il envisage pour freiner la hausse est de restreindre les possibilités d'achat à crédit. Ainsi, ce sont encore les travailleurs qui sont appelés à faire les frais de la situation économique.

Pour ce qui concerne plus spécialement les Antilles, la hausse des produits alimentaires et manufacturés qui, nous venons de le voir, constitue l’essentiel de la hausse générale du coût de la vie, aura plus que toute autre une incidence directe. De plus en plus, l’économie des îles, du fait de la situation coloniale, dépend étroitement de la métropole, et en particulier en ce qui concerne les produits de première nécessité. Du fait du voyage et de taxes diverses, nous payons déjà en moyenne 40 % de plus qu’en métropole. Un tel état de fait ne pourra que s’aggraver avec les récentes hausses. Face à une telle situation, l’attitude de la presse locale aux ordres de la bourgeoisie n'en est que plus écœurante. En effet, si parfois un entrefilet nous signale qu’en France on a pu constater une certaine augmentation des prix, on se garde bien d’attirer notre attention sur la cherté grandissante de la vie, ici aux Antilles. Or, c'est presque quotidiennement que les ménagères constatent l’augmentation du prix des produits les plus nécessaires. Certains d’entre eux augmentent, non de 5 ou 10 %, mais doublant parfois en quelques mois. Devant une telle situation, de nombreuses personnes expriment leur indignation. Mais leur juste colère, au lieu de s’adresser aux véritables responsables, c’est-à-dire au gouvernement et à l’administration préfectorale qui le représente, se tourne vers le dernier maillon de la chaîne, c’est-à- dire le petit vendeur. Beaucoup de gens pensent que c’est de façon purement arbitraire que celui-ci augmente les prix. Sans doute certains vendeurs exagèrent-ils parfois. Mais dans l’immense majorité des cas, ils ne font que répercuter une hausse qui avait déjà eu lieu précédemment. Ainsi, le petit commerçant qui achète ses produits plus cher est obligé de les revendre plus cher également, s’il veut assurer sa subsistance. De même, ceux qui vendent des fruits ou des légumes sont obligés de suivre la hausse générale du coût de la vie. En effet, si le lait augmente, si la viande augmente, si les chaussures et les vêtements augmentent, et si le petit vendeur n’augmente pas le prix de ses marchandises, il devra acheter avec le produit de sa vente moins de lait, moins de viande, moins de vêtements, etc.

Le véritable responsable de la hausse des prix, ce n’est pas le petit vendeur. Ce sont les grands capitalistes et c’est aussi le gouvernement capitaliste et colonialiste, qui ne fait que protéger les patrons, sans se soucier le moins du monde du sort des travailleurs et des pauvres de ce pays. Avec la complicité de la presse, il ne souffle mot sur une situation qui ne cesse d’empirer. Le chômage s'accroît de jour en jour, les licenciements frappent des dizaines de travailleurs. Et les salaires sont loin de suivre la montée des prix : un SMIC absolument scandaleux, qui s’élève à 623 F par mois pour 40 h par semaine (moins de 500 F dans le secteur agricole !). Le gouvernement parle de supprimer les abattements de zone, mais les D.O.M. ne semblent pas compris dans ce projet.

La situation est de plus en plus intenable pour les travailleurs. Il n’y a pour eux qu’une seule issue : engager la lutte pour obtenir une augmentation réelle des salaires. Pour vivre décemment, ici aux Antilles, il faut un salaire minimum de 1.500 F. Les travailleurs doivent exiger du patronat un salaire décent, il faut contraindre les syndicats à organiser la lutte sur une telle base. Seule une lutte d’ensemble des travailleurs de tous les secteurs, en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane permettra d’obtenir des résultats tangibles. Et n’est que si les syndicats engagent réellement une telle lutte qu’ils feront la preuve qu’ils défendent réellement les intérêts des travailleurs, et que leurs déclarations ne sont pas de simples phrases destinées à jeter de

la poudre aux yeux.


Ce que préparent les syndicats et ce que les travailleurs peuvent faire

Au mois de juin, alors que plusieurs grèves importantes se déroulaient en Martinique, les syndicats CGT et FO proposaient la préparation d'une grève générale... illimitée pour... octobre !

Nous voilà fin septembre et pourtant ni FO ni la CGT ne disent mot sur cette fameuse grève générale illimitée.

Comment ces dirigeants osent-ils donc prétendre qu’ils organisent la mobilisation des travailleurs au mieux de l'intérêt de la lutte ?

Ainsi donc, à l'époque où la grève générale était exigée par la situation, où elle eut été le développement logique des nombreuses et violentes luttes partielles, ces dirigeants avaient refusé d’y appeler. Car y appeler pour quatre mois plus tard seulement c'était saboter ce qui était alors possible.

Et maintenant que l’échéance arrive ils sont de toute évidence gênés par une promesse qu'ils n’ont faite à l'époque que pour se défiler. Il faut croire que, bien que la situation soit aujourd'hui

moins favorable qu'elle ne l’était il y a quatre mois, les syndicats ont encore peur que les travailleurs les prennent au mot quand ils parlent de grève générale.

Alors... ils se taisent et ils ne préparent rien. Ils auront peut-être des surprises, car le mécontentement est tel que malgré les syndicats, malgré leurs réticences, malgré l’impréparation, la réaction des travailleurs pourrait être plus violente que ce qu'escomptent les syndicats. Mais ces derniers n’y auront été pour rien.




Représailles israéliennes : Quand ceux qui assassinent parlent d’humanisme

Les dirigeants israéliens n’avaient même pas pris la peine de cesser d’évoquer les considérations humanitaires au nom desquelles ils flétrissaient l’action des fedayin que déjà ils donnaient la preuve sanglante que ces considérations n’étaient que lamentable et cynique hypocrisie de leur part.

Plus de deux cents morts et blessés dont une large majorité sont des civils, tel est le bilan des raids de l'aviation israélienne sur la Syrie et sur le Liban.

Même si nous pensons que l'acte des Palestiniens était une erreur politique grave (et la preuve en a été donnée, ne serait-ce que par les réactions qu’il a suscitées dans de larges couches de la population des différents pays) et qu'il s’agissait en tout état de cause d'un type d’action indigne de révolutionnaires véritables, c’est-à-dire se battant sur le terrain de la lutte de classe, il n'en reste pas moins que l'acte des fedayin était l’acte de gens poussés par le désespoir et se faisant les porte-parole de tout un peuple. Et en ce sens, la séquestration des athlètes israéliens par un commando palestinien était sinon juste, du moins compréhensible.

Par contre, l’acte exécuté de sang-froid par un Etat israélien puissant, acte qui s’est traduit par la mort ou l’invalidité de plus de deux cents civils palestiniens, une telle efficacité dans l’assassinat ne peut se justifier d'aucune façon.

Le type d'action des fedayin est politiquement faux parce qu’il dresse autour du gouvernement et de l’ensemble de l’appareil d'Etat israélien toute la population d'Israël. On peut dire avec certitude que chaque attentat terroriste venant des fedayin renforce la position de l’Etat israélien. Et, qu’inversement, la répression féroce perpétrée par Israël a ressoudé l’unité de la majorité des peuples de chaque nation arabe derrière leurs Sadate, Boumedienne, Kadhafi et autres, c’est-à-dire derrière leurs bourgeoisies nationales.

Et d’attentat en répression, on dresse et on renforce de part et d’autre un mur de haine entre peuple juif et peuples arabes, ce qui fait oublier les responsabilités écrasantes des dirigeants.



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Occupation des terres à Capesterre

LA TERRE AUX ANCIENS DU MARQUISAT !

Au mois de mai 1971, on s'en souvient, d’anciens ouvriers de l’usine Marquisat (à Capesterre) à qui on avait fait une promesse de vente de terre au moment de leurs licenciements, avaient occupé des terres situées derrière la cité des Sources, n° 1 et que l’usine avait vendues à un certain Noirtin, gros propriétaire de son état. Les travailleurs avaient agi de la sorte, parce que depuis 1968, année de la fermeture définitive de l’usine Marquisat, on ne leur avait toujours pas proposé de terre, et surtout parce que les gros propriétaires : Dormoy, Martin, Butel, etc., achetaient à tour de bras d’anciennes propriétés de l’usine.

Noirtin fut finalement obligé de vendre les terres aux occupants. Il s’est certainement tiré d'affaire dans cette histoire, car à coup sûr, il a vendu les terres aux occupants beaucoup plus cher qu'il ne les avait payées à la Société Marquisat. D'autres travailleurs ont, il y a deux mois de cela, occupé cette fois des terres situées à l’allée Dumanoir, et appartenant à Martin. Certains occuperaient depuis près d’un an. Martin a convoqué rapidement les occupants à une réunion où il leur a promis de leur vendre les terres, et cela à un prix fort. Encore une fois, un gros propriétaire se tirera d'affaire sur le dos des travailleurs, car il leur vendra les terres plus cher qu’il ne les a payées.

Ces terres, ce ne sont ni Martin ni les actionnaires de l'usine Marquisat, ni les autres gros propriétaires qui les ont mises en valeur, mais bien les travailleurs de la région de Capesterre. Ce n'est que justice s’ils s’en emparent pour pouvoir subsister ; et ils ne devraient pas verser le moindre centime à Martin. Mais pour ce faire, les occupants doivent s'organiser et rester vigilants.


Échos sur la répression colonialiste :

La préfecture commence-t-elle sa campagne électorale ?


La répression frappe des militants anti-colonialistes

Le 7 août 1972, Sainte-Rose était littéralement mise en état de siège. Les forces de répression entraient au domicile de S. Glaude pour une perquisition. Glaude était ensuite conduit à Pointe-à-Pitre où il fut enfermé pendant 48 heures. La pharmacie de son épouse devait être aussi fouillée de fond en comble par les forces de répression. Un autre Sainte-Rosien devait être victime de ces fouilles opérées par gendarmes et képis rouges.

Nous ne partageons pas toutes les idées politiques de Glaude. Mais quand un militant anticolonialiste est attaqué par le colonialisme, nous sommes à ses côtés contre le gouvernement d'oppression qui règne ici. Et nous pensons que telle devrait être l'attitude de tous les mouvements anticolonialistes.

Quand on voit toutes ces attaques dirigées contre les organisations anticolonialistes (affaires Glaude, terrain de l’Etincelle, convocation du directeur du Chal'touné à la police, saisie du matériel d'impression des étudiants en droit) on peut se demander où veut en venir l’administration coloniale. A l'approche des élections législatives, il est sûr que la préfecture tentera de limiter les moyens d’expression des partis de gauche et d’extrême-gauche.

Ce ne serait pas la première fois que nous aurions à nous battre contre la répression coloniale, cela ne fait que fortifier nos convictions et entraîner dans la lutte des militants de plus en plus nombreux. Mais si les militants anticolonialistes ne doivent pas craindre le combat, ils doivent savoir que ce combat ne peut être mené victorieusement que si les travailleurs en font leur combat. Et c'est dans ce sens qu'ils doivent agir, informer et aider, le plus énergiquement possible, les travailleurs à s’organiser. Cela fait, Brunon pourra toujours faire l'arrogant avec ses flics en tous genres, il ne parviendra pas à abattre la résistance unie des forces anticolonialistes et des travailleurs.


Les flics de Messmer à l’œuvre contre les étudiants

Le mercredi 2 août, sans mandat de perquisition et sans que l'administration universitaire en fut avertie, la police faisait irruption à l'institut Vizioz, saisissant une machine à écrire de l’association des étudiants et la ronéo de l'institut. Elle recherchait, paraît-il, l'origine de tracts diffusés par l’association.

Il s'agit là d'une véritable atteinte, non seulement aux franchises universitaires, mais à la liberté d’expression, doublée d'une violation de locaux. Les étudiants et la population doivent s'y opposer fermement. Que des individus en uniforme puissent pénétrer à n’importe quel moment là où ils veulent et saisir ce qu'ils veulent est un véritable scandale et une atteinte aux libertés les plus élémentaires !

Nous devons nous mobiliser et protester contre de tels abus !


Quand le préfet s’attaque à la fête de l’« Etincelle »

Par un arrêté en date du 26 juillet 1972, le préfet Brunon a décidé d’exproprier l’Etinceile du terrain situé en bordure de la plage des Galbas (Sainte-Anne). Le terrain sera, paraît-il, attribué à la SODEG afin qu’elle construise des installations touristiques.

Or, chacun sait que le terrain des Galbas est le lieu où se déroule, chaque année, la fête de l’Etincelle. Plusieurs milliers de personnesdes travailleurs, des jeunes qui sympathisent avec le PCG — y participent tous les ans.

Il s'agit donc, de la part du préfet, d'un nouvel acte arbitraire, dirigé cette fois contre la fête de l’Etincelle et contre le PCG. En expropriant l’Etincelle du terrain des Galbas, Brunon s'en prend à un parti anticolonialiste qui, malgré sa timidité et ses compromissions, reste gênant pour le gouvernement colonialiste.

Quelle que soit l'appréciation que l’on porte sur le PCG, on ne peut tolérer cet acte arbitraire dirigé contre lui. Il est temps de mettre à la raison ces petits potentats nommés préfets qui font la pluie et le beau temps lors de leur passage dans les D.O.M.

Nous tenons à affirmer ici notre solidarité avec les militants sainte-annais du PCG qui ont déjà entrepris de lutter contre l'acte arbitraire de Brunon.


Sofrima : La justice de classe donne raison aux patrons

Le 3 août, la « justice de Paix » du Lamentin a rendu son verdict dans l’affaire de la SOFRIMA. Rappelons les faits : le patron de la SOFRIMA, Lutbert, licenciait onze travailleurs sitôt après que ceux-ci eurent créé une section syndicale dans l’entreprise. La majorité des travailleurs déclenchait alors une grève de solidarité pour la réintégration de leurs onze camarades. Parallèlement, F.O. portait plainte pour licenciements abusifs.

Les travailleurs virent alors juges et flics se coaliser contre eux. Le juge d’instance renvoya cinq fois l’affaire dans le but évident de briser le moral des travailleurs, de manière à leur faire reprendre le travail d’abord. Dans le même temps, les flics occupaient militairement la zone industrielle et les abords de la SOFRIMA. Parallèlement, Lutbert embaucha des « jaunes » pour faire le travail à la place des grévistes.

il ne fut pas étonnant que vue la passivité des chefs syndicaux C.G.T. ou F.O., qui ne firent rien pour populariser la grève, que la justice bourgeoise donnât raison au patron, rejetant la demande de réintégration des travailleurs.

On a rarement vu un jugement aussi cynique, dévoilant aussi nettement la nature de classe de la justice bourgeoise. Les travailleurs doivent comprendre que la justice donnera toujours raison au patron, contre eux, car les lois ont été créées par les patrons et pour les patrons ! Et la situation ne changera que lorsque les travailleurs dirigeant cette société supprimeront les patrons, les flics et la justice bourgeoise.


Les assassins de Nouvet sont toujours en liberté...

mais ceux qui dénoncent leurs actes sont poursuivis

Une fois de plus, la répression coloniale s’apprête à frapper un militant anticolonialiste. Courbain, membre du G.R.S. (Groupe Révolution Socialiste), doit, en effet, passer devant les tribunaux bourgeois le 11 octobre 1972 à Paris.

Ce que l’administration coloniale reproche à Courbain, c’est d’avoir rendu Messmer responsable de l’assassinat du jeune lycéen Gérard Nouvet.

On se rappelle que le 13 mai 1971, Messmer, alors ministre des D.O.M., avait été fraîchement reçu lors de sa tournée en Martinique. De nombreuses et violentes manifestations avaient eu lieu pendant le séjour de Messmer. Et comme d’habitude, la violence coloniale s’était abattue sur les manifestants. Nouvet devait être tué par une grenade lacrymogène lancée par les forces de répression, qui lui avait éclaté au visage.

Qui d’autre que Messmer, alors ministre des D.O.M., serait le responsable ? Qui d’autre que les forces de répression qui sévissent en Martinique et en Guadeloupe accomplissent des forfaits de ce genre, à mettre aux côtés des massacres abominables perpétrés par C.R.S. et képis rouges en mai 1967 à Pointe-à-Pitre.

Ni Messmer, ni les tribunaux colonialistes, ni la répression ne nous empêcheront de dénoncer les violences coloniales.

Nous sommes solidaires de Courbain, face aux tribunaux colonialistes, et nous appelons tous nos lecteurs et sympathisants à manifester aussi leur solidarité à ce militant.


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Licenciements à Bonne Mère

que font les organisations ouvrières face à cela ?

L'usine Beauport avait connu une vague de licenciements début juillet : cinquante-cinq travailleurs, dont certains avaient trente-cinq ans d’ancienneté à l’usine, ont été jetés à la rue. Le patron a mis à profit la fin de la saison sucrière pour mettre en œuvre son plan de licenciements.

Au début du mois d’août, c’est au tour de l'usine Bonne-Mère : une quarantaine de travailleurs sont licenciés, avec une dérisoire indemnité de 3.000 F. Trois mille francs, tel est le prix auquel les patrons estiment des travailleurs qui ont donné le meilleur de leur vie, de leur jeunesse, de leur énergie, pour l’usine. De la même façon qu’ils rejettent la pulpe de canne après en avoir tiré toute la substance, ils se débarrassent de leurs ouvriers après usage. Peu leur importe combien de temps ceux-ci pourront subsister avec cette somme, d’autant plus qu'ils risquent de ne pas retrouver de travail vue l’importance du chômage.

Mais les travailleurs n’ont pas accepté cette mesure sans protester. Ils se sont regroupés et ont entrepris des démarches, notamment auprès de l'inspection du travail.

A l’usine Darboussier, une trentaine de travailleurs qui, d’habitude, travaillaient pendant l’hivernage, se trouvent eux aussi licenciés en fait. Le patron leur a simplement demandé de venir une fois tous les quinze jours pour voir s’il n’y avait pas de travail. Certes, ceci leur permet d’avoir droit aux prestations sociales, mais d’un autre côté cela évite au patron de payer la moindre indemnité. Et les syndicats ont osé accepter ce compromis boiteux !

L’attitude générale des syndicats et du P.C. ne peut que rendre assez sceptique quant à leur volonté de défendre réellement les travailleurs. Des dizaines d’ouvriers sont licenciés dans les principales usines de la Guadeloupe, et l’Etincelle ne leur consacre que quelques lignes, dans un style presque journalistique, se contentant de rendre compte du fait ! Aucune perspective n’est donnée aux travailleurs, pas la moindre riposte n’est envisagée. On a l’impression, à lire l’Etincelle, que les licenciements, les bas salaires, tout ça c’est bien triste, mais on n’y peut pas grand-chose ; une sorte de fatalité divine, quoi !

Dans les usines mêmes, les syndicats ne proposent rien, ils se contentent lorsque le patron les y autorise à discuter sur le prix des indemnités de licenciement, bref sur la sauce à laquelle les travailleurs vont être mangés. Ou alors ils acceptent des marchandages éhontés comme à Darboussier ! A croire que les Songeons, les Démocrite et les dirigeants du P.C. n’ont jamais entendu parler de grève. A croire que les grandes luttes entreprises par la classe ouvrière en 1971 n’ont jamais eu lieu. Mais pendant que les syndicats s’amusent à ce jeu, la situation des travailleurs ne cesse d’empirer, et leur colère de monter. Et que les directions syndicales se souviennent, les grandes grèves de 1971 se sont déjà déroulées sous des directions autres que celles des organisations traditionnelles. Il se pourrait bien que, lors des prochaines luttes sociales, les travailleurs leur tournent le dos avec mépris définitivement.


Assassinat d’un employé de la Transat : EXASPERATION DUE A L’EXPLOITATION CAPITALISTE

Le jeudi 24 août, un docker occasionnel âgé de 48 ans et père de 11 enfants, Gérard Roch, frappait d'un coup de poignard un agent-payeur de la Transat, Claude Vaudreuil : celui-ci mourait peu après.

Que s’est-il passé ? Roch réclamait la paye due pour un chargement de bananes de la veille. Le payeur lui disait qu'il n'était pas porté sur la liste des travailleurs à payer. Il était renvoyé à un autre payeur qui le renvoyait au premier, et c'est à ce moment que, pris de colère, il frappait Vaudreuil.

Nous ne saurions approuver le geste de Roch. Mais en fait, quelles sont les véritables causes de la colère poussée jusqu'à l’exaspération de l'ouvrier Roch ? Ce sont justement les conditions de vie et de travail que les patrons la Transat imposent aux travailleurs et ceci pour un salaire de misère.

Ce sont aussi leurs mauvaises conditions de travail qui rendent certains agents-payeurs moins patients, donc moins solidaires, de leurs camarades ouvriers. Et cette division qui se crée entre l'agent-payeur et l’ouvrier c’est encore la direction de la Transat qui en est la seule responsable.

Et lors de la récente grève de la Sécurité sociale, lorsque certains assurés ont refusé de manifester leur soutien aux grévistes de la Sécurité sociale auxquels ils reprochaient de mal les accueillir et les aider à recouvrer leurs prestations.

Là encore c’était le patron qui créait la division parmi les travailleurs pour le plus grand profit de tous les oppresseurs.

Si sur les docks c'est la main de Roch qui a frappé, c’est la société capitaliste et son système d’exploitation qui a dressé deux exploités l’un contre l'autre.

Seul le socialisme pourra supprimer l'exploitation. Et seul le socialisme, en empêchant que de tels gestes soient possibles, pourra rendre leur dignité aux travailleurs.


Des réformistes déguisés en communistes

Réponses à “ Justice ”

Dans son numéro du 3 août 1972, Justice, journal du Parti Communiste Martiniquais, s'en prend à la feuille Combat Ouvrier qui est diffusée depuis quelque temps à La Martinique. Cette feuille est animée par des militants révolutionnaires qui défendent les mêmes idées et le même programme que nous. Nous reprenons donc entièrement à notre compte ce qui est écrit dans la feuille Combat Ouvrier. C’est à ce titre que nous répondons à Justice.,.

Ce journal, croyant prendre en défaut les révolutionnaires, leur reproche d’écrire que seul un salaire de 1.500 F minimum peut permettre aux travailleurs de vivre au moins décemment, dans un pays où le gouvernement reconnaît lui-même que la vie est plus chère qu’en France, puisqu'il accorde à ses fonctionnaires une prime de 40 % de vie chère. Du reste, Justice reconnaît que cette affirmation est juste, il écrit en effet : « Qu’il faille 1.500 F au moins à un travailleur pour vivre décemment, c’est une évidence ».

Voilà donc une affirmation que les travailleurs retiendront. Mais là où le bât blesse, c’est quand Justice, faisant appel au sacro-saint « réalisme », explique que les 1.500 F, c’est impossible à obtenir : « Mais la question est de savoir — écrit Justice — si les travailleurs, par leur action, peuvent ici et maintenant atteindre cet objectif ».

Pourquoi les travailleurs ne pourraient-ils pas atteindre cet objectif ?

Serait-ce parce que le P.C. considère qu’ils ne sont pas assez combatifs, qu’ils « ne sont pas encore prêts », etc. ?

Pourtant, les travailleurs se sont battus, et se sont battus durement pendant les six premiers mois de l’année !

Devaient-ils se battre pour une revendication qui, même satisfaite, ne leur aurait pas permis de vivre décemment ?

N'était-ce pas au contraire le moment pour les syndicats et les partis se réclamant de la classe ouvrière d’offrir des perspectives claires, cas buts pour lesquels il vaille la peine de se battre et d’organiser l’ensemble des travailleurs pour la lutte !

Or, aussi bien les directions de la C.G.T. et de F.O., que celles du P.C.M. et du P.P.M. se sont contentées de suivre le mouvement, quand elles ne le torpillaient pas (attitude de la C.G.T. face aux grèves du bâtiment et de la sécurité sociale). Raconter maintenant que les révolutionnaires veulent « les entraîner (les travailleurs) dans l’impasse d’une grève générale sans préparation », c’est vraiment se moquer du monde.

En fait, ce qui ressort du « réalisme » du P.C., c’est que les travailleurs doivent revendiquer ce que la bourgeoisie est, de toute façon, prête à lâcher parce que sans danger pour ses profits.

Quant à nous, révolutionnaires, nous avons la conviction que la classe ouvrière doit se battre pour ce qui améliore réellement sa situation, non en fonction de ce que « peuvent payer » les capitalistes, sans toucher à leurs profits. Si ces messieurs les capitalistes ne peuvent pas assurer des conditions d’existence décentes à ceux qui produisent sans risquer la faillite comme ils l’affirment si souvent, eh bien ! qu’ils cèdent la place.

La classe ouvrière saura bien reprendre en main l’économie et la faire fonctionner à son profit et à celui de tous les exploités. A cela, nous croyons fermement, et c’est là toute la différence entre nous et le P.C.M. Car eux ont depuis longtemps abandonné toute perspective révolutionnaire, c’est-à-dire toute politique orientée vers la conquête du pouvoir par la classe ouvrière. Leur soi-disant « réalisme », ce n’est ni plus ni moins qu’une politique réformiste. Lutter pour ce que les patrons acceptent d’accorder, ne pas sortir du cadre étroit de la légalité bourgeoise, courber la tête devant les multiples attaques de la bourgeoisie : voilà à quoi se résume leur politique.

Mais que Justice ne s’y trompe pas, la classe ouvrière de Martinique se rend de mieux en mieux compte qu’il lui faut un autre parti — un parti ouvrier — vraiment révolutionnaire.

CL. ROCHA






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L’attentat de Munich :

Un geste stupide, prétexte à l'indignation hypocrite des assassins en grand

Avec l’acte de terrorisme accompli par les commandos palestiniens « Septembre Noir », au cœur même de l’enceinte olympique, l’hypocrisie des puissants de ce monde n’a pas connu de borne.

Le tort que les marxistes donnent à « Septembre Noir », c’est précisément, par des actions de ce genre, d’offrir l’occasion à tous ces criminels légaux, les hommes politiques de la bourgeoisie, dont les mains sont pleines de sang, à tous leurs valets, plumitifs et marionnettes en tous genres, l'occasion de sécréter la morale à grande dose et de faire vibrer à leur profit la corde sensible des grandes foules.

Le massacre par lequel s'est terminé l’opération de «Septembre Noir » est bien sûr odieux ; le massacre de gens désarmés par un commando armé est insupportable : c’est vrai. Mais alors, qui a décidé de leur mort sinon le gouvernement israélien lui-même en refusant de libérer les prisonniers politiques réclamés en échange des otages. C’est lui qui a délibérément sacrifié ces vies humaines aux nécessités d’une politique.

Mais ce qui est le plus rageant, c’est qu’à travers le concert de cris indignés, il ne s’est pas trouvé une voix pour rappeler ou tenter de faire comprendre les raisons qui poussent des hommes à de tels gestes de désespoir. Il ne s’est pas trouvé une voix pour rappeler que l’Etat d'Israël avait chassé de leurs terres des milliers et des milliers de Palestiniens qui croupissent maintenant dans les camps de réfugiés. Personne pour rappeler le massacre que leur a infligé le bourreau Hussein il y a deux ans et qui, aujourd'hui, verse lui aussi dans l’indignation.

Quelle presse, quel homme d'Etat, quelles personnalités, de l’acabit de ceux qui versent aujourd’hui des larmes de crocodile sur les sportifs israéliens, lequel d’entre eux avait eu des mots aussi énergiques que ceux de Comiti et autres pour condamner ceux qui attaquaient à l’artillerie lourde les camps de toile des Palestiniens ? Lequel d’entre eux proteste ou dénonce la terreur semée par l’armée toute puissante de Moshe Dayan sur les populations arabes des régions frontalières d’Israël ?

Quant aux Pompidou, Nixon et autres, ils ne manquent pas de toupet. Voilà des gens qui dirigent des massacres de populations entières, les uns au Vietnam, les autres au Tchad ou en Irlande du Nord et qui se posent aujourd’hui en moralistes !

Ce qu’ils reprochent surtout aux terroristes, ce n’est nullement le sang versé — ils font mieux et à plus grande échelle que cela — mais bien plutôt d’avoir troublé la belle harmonie que l'on tentait de faire régner aux Jeux.

Mais voilà, après les Africains qui refusaient la présence de l’Etat raciste de Rhodésie, après les Noirs Américains qui refusèrent de courir une épreuve, les Palestiniens ont rompu la prétendue trêve.

Les hypocrites avaient voulu faire oublier, grâce à leur havre de « paix olympique », tous les massacres et toutes les guerres qui se déroulent de par le monde, mais la puanteur des cadavres est montée jusqu’à leurs narines.


L’affaire du talc Morhange

C'EST LA SOCIETE CAPITALISTE QUI EST EN CAUSE

Le mois dernier, trente nourrissons au moins ont été tués par un produit hygiénique aussi inoffensif apparemment que le talc.

Il s’agissait du talc Morhange contenant un bactéricide dans des proportions mortelles : l'hexachlorophène.

Ce qui est scandaleux et révoltant c’est que la société actuelle permette que n’importe quel individu, pourvu qu’il en ait les moyens financiers, puisse sans aucune formation adéquate, fabriquer des produits qui sont ensuite déversés dans la population, au risque d'intoxiquer mortellement des dizaines de personnes comme dans la dramatique affaire du talc Morhange.

Bien sûr, la justice et la police, face aux cris d’alarme des consommateurs, ont juré de déceler les coupables, et des enquêtes sont faites pour déterminer à quel maillon de la fabrication de ce talc l’erreur a été commise. Mais le scandale, c’est qu’un tel drame puisse se produire actuellement encore.

En effet, on est en droit d’attendre d’un produit, particulièrement d’un produit d’hygiène du nourrisson, toutes les garanties et donc la garantie que des contrôles soient pratiqués sur tous les lots, que des vérifications, des mélanges soient faits correctement.

Tous contrôles qui seraient bien entendu effectués par le ministère de la Santé, c'est-à-dire par l'Etat.

Eh bien non ! Dans la société capitaliste, la santé et la sécurité des travailleurs est un problème mineur à côté de celui du profit. Et débloquer des crédits pour que le ministère de la Santé puisse contrôler sérieusement tous les produits qui sont fabriqués en parfumerie et en cosmétologie, cela est moins important que l’augmentation du budget de l'armée ou de celui de la police.

Alors les produits sortent à la chaîne : qu’ils soient des produits d'hygiène corporelle, des produits pour bébé, mais aussi des produits alimentaires, ils contiennent de plus en plus de produits chimiques mal contrôlés.

Et chaque fois qu'un scandale éclate, c'est à ce moment-là que ministres et gouvernement promulguent force décrets et décisions de toutes sortes pour éviter que le fait ne se reproduise.

Et il existe une telle anarchie système capitaliste que même en mettant l’hexachlorophène aux tableaux des substances vénéneuses à manier avec précautions, nous ne sommes pas à l’abri du danger d’un autre bactéricide, d’un autre produit toxique ou d’une erreur de dosage.

La société capitaliste est incapable d’empêcher de tels faits de se produire, son seul souci c’est gros industriels et, en fin de compte, c’est bien elle qui est responsable de la mort des trente bébés tués par le talc Morhange. De même que ce sera elle la responsable lorsque demain tel rouge à lèvre ou tel dentifrice entraînera la mort de dizaines ou de centaines de personnes.