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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 19 du 8 nov. 1972

CO n° 19 du 8 nov. 1972


Éditorial


LA VICTOIRE DU PEUPLE VIETNAMIEN : UN EXEMPLE POUR NOUS

D'après les diverses informations, tant de source nord-vietnamienne qu’américaine, la fin de la guerre du Vietnam serait pour bientôt. Et la base de l’accord de cessez-le-feu, le désengagement

militaire des Etats-Unis, constitue incontestablement, sinon une défaite, du moins un sérieux recul de l'impérialisme américain et une victoire du peuple du Vietnam.

Pourtant, le peuple vietnamien n’est pas au bout de ses peines. En fait, voici déjà quatre ans, depuis le premier jour de sa présidence, que Nixon sait qu’il doit négocier. Il n’en a pourtant pas moins continué à bombarder le Vietnam avec une intensité telle qu’on n’en avait jamais connue de semblable. C’est que, si l’impérialisme était prêt à négocier, il n’entendait pas le faire à n’importe quel prix, et même il comptait aborder les pourparlers dans la situation la plus favorable possible.

Et même si la proximité des élections a quelque peu accéléré le processus, car Nixon ne veut pas se présenter les mains vides devant les électeurs, il ne cesse pas pour autant de faire traîner les choses en longueur. Et le fait que, pour ses mesquines tractations, des centaines de combattants vietnamiens ou américains continuent à mourir, ce fait-là ne risque pas de troubler un seul instant ni Richard Nixon, ni l’ensemble de la bourgeoisie nord-américaine.

Le fait que les Américains aient admis depuis longtemps le principe des négociations et qu’ils aient même affirmé que l’accord est pratiquement conclu fait apparaître d’autant plus criminelles leurs actuelles tergiversations, les réticences de Nixon à signer l’accord en question. Il faut dire que pour Nixon, qu’il signe la paix maintenant ou qu’il donne l’impression qu’il va la signer incessamment, l’effet est le même pour les élections, à savoir qu’il coupe l’herbe sous les pieds de McGovern. Il a même intérêt à ne pas la signer avant le 7 novembre, d’une part, pour ne pas mécontenter ses électeurs de droite en ayant l’air de «brader» le Vietnam, d’autre part, parce qu’une lois réélu, il aura les mains libres pour tenter d’arracher au Nord-Vietnam et au F.N.L quelques concessions supplémentaires.

Cependant, quelles que soient les péripéties qui marqueront les semaines à venir, et quelles que soient les allégations des dirigeants américains, nous venons indiscutablement d’assister à une victoire du peuple vietnamien. Certes, nous savons pertinemment que la lutte n’a en aucune façon été menée en fonction des intérêts de la classe ouvrière, qu’elle n’aura pas conduit les travailleurs vietnamiens au pouvoir.

Mais cela n’en reste pas moins une victoire contre l’impérialisme. Il est possible à un petit peuple, à force d’abnégation et de courage, de tenir en échec la plus grande puissance impérialiste mondiale. De cela, les Vietnamiens ont fait la démonstration, et cela nous est précieux face aux défaitistes en tous genres.

Dans la lutte que la classe ouvrière devra mener à la tête du peuple pour l’indépendance de la Guadeloupe et de la Martinique, elle rencontrera des difficultés énormes. Mais l’exemple du peuple vietnamien montre que la victoire sera pourtant possible.


Après la grève du 17 octobre

LE SUCCES DES LUTTES A VENIR
DEPEND DES TRAVAILLEURS EUX-MEMES

La grève du 17 octobre en Martinique a eu lieu. Contrairement à ce qu’annonçaient les syndicats qui parlaient de grève non limitée, elle ne dura qu’une journée. Les travailleurs n’apprirent la transformation de grève non limitée en grève d'une journée que le jour même de la grève, dans un meeting qui se tenait à la maison des syndicats et qui réunissait cinq cents personnes. Cela seul suffit à juger le peu de cas que font de l’opinion des travailleurs les directions syndicales.

Celles-ci, tout en appelant à la grève, ne firent pas grand-chose pour qu’elle soit réellement un succès. Il y eut peu de tracts informant et appelant les travailleurs à quitter le travail le 17 octobre. Il y eut encore moins de réunions dans les entreprises pour préparer la grève.

Pour les directions syndicales et pour le Parti Communiste Martiniquais qui appela également à la grève, il s’agissait avant tout de manœuvres qui, très certainement, s’inscrivent dans la perspective des prochaines élections législatives. Il s'agit pour la « galerie » de paraître actif ; il faut avoir l’air de « faire quelque chose », tout en évitant qu'effectivement, dans les entreprises, une action ait lieu. Les bureaucrates, aussi bien ceux qui dirigent F.O. que ceux membres du P.C.M. qui dirigent la C.G.T., s’entendent à merveille à ce petit jeu. Ce sont des gens qui depuis des années trompent et lanternent les travailleurs.

Les trahisons les plus récentes des travailleurs lors de la grève du bâtiment et lors de celle de Sofrima sont dans toutes les mémoires. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que la journée du 17 octobre n’ait pas suscité l’enthousiasme des travailleurs.

La grève fut, en effet, peu suivie. Hormis quelques secteurs où le mécontentement s’était déjà manifesté quelques jours avant (chez les dockers notamment), la participation fut généralement faible : c’est ainsi que tous les Services publics ou privés fonctionnèrent normalement (écoles, Sécurité sociale, P.T.T., électricité, commerce, etc.). Quand on sait, d’autre part, que c’est l’inter-récolte et donc que beaucoup d’ouvriers agricoles ne pouvaient participer au mouvement, on voit que le pourcentage de ceux qui firent grève ce jour-là fut extrêmement faible.

On comprend, à voir l’attitude des syndicats, le peu d’enthousiasme et même l’écœurement de beaucoup de travailleurs.

Lors du meeting qui s’est tenu à la Maison des syndicats, Lamon, Agasta et compagnie nous ont laissé prévoir qu’il y aurait d’autres grèves d’une journée au cours du mois de novembre.

Nous pensons que là aussi les travailleurs ont intérêt à y participer. Car, au-delà des Lamon, Guitteaud ou Agasta et malgré eux, les travailleurs ont à faire connaître leur mécontentement à ceux qui orchestrent à la fois l’oppression coloniale et l’exploitation des travailleurs. Ils ont à faire savoir à tous les patrons et à leurs représentants, préfets et en face de lui un front uni contre la répression, ils reprendraient confiance dans la lutte à mener.

Les syndicats nous appelleront à d’autres journées d'action. Et bien, allons-y, prenons-les au mot et faisons de ces journées de véritables journées d’action !

Car chaque progrès que nous ferons dans ce sens nous préparera un peu plus à l'inévitable affrontement qui nous permettra de liquider aux Antilles la domination coloniale. Cela nous rendra chaque fois plus aptes à jouer le rôle de direction qui doit être celui de la classe ouvrière dans la lutte de l’indépendance de la Martinique et de la Guadeloupe et pour la suppression de toute forme d’exploitation.



Défendons les victimes de l’arbitraire colonial

Deux enseignants, un professeur de lettres, Hector Déglas, et un directeur d’école, Louber, viennent d’être victimes de la répression. Rappelons les faits : Hector Déglas qui, l’an dernier, enseignait au C.E.S. du Raizet, apprenait à cette rentrée que sa nomination à un poste était refusée. Le motif invoqué par le vice-rectorat serait l’émission de chèques sans provision par Déglas. En réalité, il ne s’agit que d’un prétexte utilisé par l’administration pour se débarrasser d’un enseignant dont les idées anti-colonialistes sont bien connues.

Jusqu’à présent, Déglas se trouve au chômage. Et contrairement à ce qui se passe en France, il n’a même pas la possibilité de s’inscrire à une caisse de chômage. Il se retrouve donc sans aucun revenu. Si le colonialisme refusé la paternité des 71.000 chômeurs que connaît la Guadeloupe, il lui sera assez difficile de nier sa responsabilité dans le fait qu’un enseignant soit sans emploi, au moment même où nombre d’enfants sont sans professeur... En ce qui concerne Louber, il a vu sa première nomination en tant que directeur de l'école de Dothémar cassée, parce qu’elle n’avait pas l’heur de plaire à M. Jalton, maire de la commune des Abymes, pour qui Louber est avant tout un adversaire politique. (Etant l’homme du préfet, le maire des Abymes a eu gain de cause.) Louber, quant à lui, a été d’autant plus vite déplacé qu’il appartient au P.C.G. Là encore c'est contre quelqu'un qui a des idées anti-colonialistes que l’administration, du préfet au vice-recteur compris, porte ses coups. Pour protester, les instituteurs ont fait une journée de grève. Mais cette journée n’a pas suffi pour faire reculer les autorités dans leur tentative de réprimer ceux qui dénoncent la situation coloniale de la Guadeloupe. Pour y arriver, il faudra plus d’une journée de grève. Il faudra

surtout la mobilisation de tous : élèves, parents d'élèves, syndicats enseignants du Primaire au Secondaire, contre la répression qui s’abat sur les deux enseignants.

Ce n’est qu’à cette condition que Déglas et Louber pourront réintégrer leur poste. Cette action est d’autant plus nécessaire que si l’on ne réagit pas à l’occasion de ces deux cas, ce sont tous les enseignants anti-colonialistes qui risquent de subir, peu à peu, le même sort.

Nous pensons que tout individu, qu’il soit enseignant ou autre, a le droit d’avoir toute opinion politique qui lui convient. Et c’est au nom de ce droit démocratique élémentaire que nous devons tous exiger de l’administration coloniale la réintégration d’Hector Déglas dans son poste ou dans tout autre poste au moins équivalent.


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Guadeloupe : GRÈVE DES TRANSPORTEURS (Taxis, T.C.)

Le lundi 23 octobre 1973, les propriétaires de taxis et de transports en commun faisaient une grève d’avertissement de vingt-quatre heures... Ces derniers voulaient ainsi protester contre :

  1. La hausse continuelle des taxes sur l'essence.

  2. L’augmentation des prix de pneus.

  3. L’augmentation des taxes fiscales de toutes sortes.

Voilà pour les revendications communes avancées tant par les taximen que par les transporteurs en commun. En ce qui concerne plus particulièrement les taximen, ils protestaient aussi contre la nouvelle taxe de stationnement votée récemment par la municipalité de Pointe-à-Pitre. Taxe qui s’élève à 1 F de l’heure et qui aboutit pour le propriétaire de taxi à la situation paradoxale suivante : moins de clients, plus d’argent à payer... A ce rythme, nombreux sont ceux qui devraient vendre leur voiture dans un avenir assez proche... Et cette éventualité n’est pas dépourvue de

sérieux car, concurrencés par les cars mis au service des touristes par quelques gros propriétaires comme Charles Gabriel, les chauffeurs de taxis arrivent tout juste à s’en sortir.

Pour ce qui a trait aux transporteurs en commun, les propriétaires s’élèvent également contre l’obligation qui leur est faite d’immobiliser le car en cas de suspension du permis de conduire du chauffeur.

Bien sûr, cette grève a été pour beaucoup d’usagers un handicap sérieux. Elle l’a été surtout pour les nombreuses marchandes qui chaque matin prennent le transport en commun pour se rendre à Pointe-à-Pitre. Et il est certain que celles-ci n’ont pas dû regarder d'un bon œil cette grève. Mais les responsables sont-ils les propriétaires de transports en commun ? Sûrement pas. La responsabilité de cette grève incombe avant tout à l’administration colonialiste et capitaliste. C’est elle qui, en ne prenant aucune mesure contre les gros commerçants de pneus et de pièces de voiture, les laisse délibérément spéculer sur le prix de ces marchandises, et leur permet ainsi de réaliser des superprofits. C’est encore l’administration coloniale qui assure le monopole du transport à la C.G.T. (Compagnie Générale Transatlantique), cause indirecte de l'augmentation continuelle des prix des produits importés. Et c’est encore l’administration colonialiste qui, protégeant les grosses fortunes, fait peser de lourds impôts sur les petits artisans que sont les taximen et propriétaires de transports en commun.

C’est pour refuser tous les abus que ces derniers ont donc fait grève, et ils ont eu raison de le faire. Néanmoins, ils auraient gagné à faire une plus grande publicité auprès des usagers afin que ceux-ci comprennent mieux, à la prochaine occasion, que leur Intérêt est de soutenir les transporteurs, seule façon pour eux d’éviter une hausse des tarifs.

Georges RASSAMY.


La situation dans l’Enseignement

Tant bien que mal, la rentrée scolaire a eu lieu le 1er octobre dernier. Après de nombreuses démarches, la plupart des parents dont les enfants n’étaient pas d’office, scolarisés ont pu les faire inscrire. Malheureusement, ce ne fut pas le cas pour tout le monde, et beaucoup de jeunes ayant entre 15 et 16 ans ont dû rester chez eux... A nombre de ces derniers l’on a promis d'examiner leur cas à la rentrée de la Toussaint... Mais rares sont les familles qui gardent encore quelque espoir. Ces familles savent

bien que ce n’est qu’un moyen détourné de l’administration pour faire taire leurs réclamations. D’autant plus que rien n'a été entrepris jusqu’ici pour construire de nouveaux locaux, pour créer de nouveaux postes, etc. D’une façon générale, ce sont surtout les enfants possédant le D.F.E.O. (diplôme de fin d'études obligatoires), et à qui une place avait été promise en C.E.T., qui sont victimes de l'insuffisance de places dans les C.E.T. Dans la région de Pointe-à-Pitre la situation s’est encore aggravée, du

fait qu’au C.E.T. annexe de Baimbridge les premières années du C.A.P. commercial ou administratif ont été supprimées, sans pour autant qu’un autre collège technique ait été construit dans Pointe-à-Pitre même, ou aux alentours. Où vont donc être scolarisés ces centaines d’enfants qui attendent toujours ?

Voilà pour ceux qu’on pourrait nommer les malchanceux de cette dernière rentrée. Mais les scolarisés ont-ils vraiment eu plus de chance ? C’est ce que ne confirment point de nombreuses anomalies signalées dans quelques établissements scolaires. Ainsi, au C.E.T. de Capesterre, il y a encore des élèves qui ne sont jamais allés en classe cette année, faute de maîtres. Toujours à Capesterre, des parents d’élèves dénoncent à juste titre le fait que, dans une des classe ? du C.E.S., les élèves n’ont eu pour tout enseignement que celui du dessin. Là encore c’est par manque de professeurs. Nous avons également appris qu’au L.T.N. de Baimbridge certaines classes terminales manquent de professeurs de mathématiques et de français. Quand on sait que ces élèves se présentent au baccalauréat à la fin de l’année, on comprend toute l’importance de cette pénurie de professeurs. L’administration pense-t-elle vraiment faire durer cette situation ? Qu’attend-t-elle pour y remédier ? Peut-être faudra-t-il que les parents d’élèves et les élèves eux-mêmes se fâchent sérieusement pour qu’une solution soit trouvée à ces différents problèmes...
Marianne TIBUS.


ECHOS ECHOS


Dans la banane : les gendarmes au secours des gros propriétaires

A la S.C.E.F.A., société bananière à Capesterre, les ouvriers agricoles chargés de transporter les régimes de banane des champs au « hangar » se sont mis en grève spontanément le mercredi 11 octobre. On leur donne 20 centimes par régime en leur interdisant d'en transporter deux par « voyage » ; ils réclament 30 centimes par régime ou 20 centimes avec autorisation d'en transporter deux par voyage.

Un instant après, les gendarmes étaient sur les lieux, certainement appelés par Dormoy qui dirige la plantation et qui a refusé de satisfaire les revendications des « transporteurs ». Les « hommes en kaki » ont posé des questions aux travailleurs, pour essayer de les intimider et leur faire reprendre le travail. Par contre, ils n'ont nullement demandé à Dormoy de satisfaire les justes revendications des « transporteurs ».

Devant cette situation et compte tenu du fait que leur mouvement n'avait pas été organisé bien avant, mais qu'il était une révolte spontanée, les travailleurs décidèrent de reprendre le travail, bien que n'ayant pas obtenu satisfaction.

Mais si les travailleurs savent

maintenant quelle réponse Dormoy entend donner à leurs revendications, Dormoy, lui, pourrait bien avoir quelques surprises un de ces quatre matins !

Les gendarmes, quant à eux, n’avaient rien à faire sur la plantation. Le droit de grève a été imposé par la classe ouvrière au cours de ses luttes séculaires ; il est inscrit dans les lois. Et les travailleurs ne doivent pas se laisser intimider par de telles manœuvres.

Encore un exemple qui montre, s'il était encore nécessaire de le faire, à quoi servent les gendarmes et autres képis rouges qui sillonnent la Guadeloupe : défendre les intérêts des gros propriétaires fonciers et des capitalistes de tout poil.


Marsolle se venge sur le dos des travailleurs

On se souvient que les travailleurs de chez Marsolle, entreprise de mise en bouteille et de vente de rhum, avaient demandé que l'inspection du Travail se penche sur leur cas. Les salaires payés étaient dans la majorité inférieurs au S.M.I.C., les conditions de travail déplorables (hygiène, sécurité). Après la visite d’un inspecteur du Travail, Marsolle dut verser des rappels de salaire à certains travailleurs et promettre de modifier ses installations et aussi d'envoyer ses ouvriers et employés à la visite médicale. Jusqu’à maintenant, aucune des promesses n’a été tenue. De plus, non content de ne tenir aucun compte de la santé et de la vie de ses travailleurs, car ses installations et surtout ses machines risquent à tout instant d'électrocuter des travailleurs, Marsolle a décidé, en octobre, de payer la majorité des travailleurs à la quinzaine, alors que, jusqu’à septembre, tout le monde était payé au mois. Encore faut-il préciser que la paye ne se faisait pas à une date régulière et que toute journée ou même tout quart de journée d’absence, justifiée ou pas, était retenu sur la paye. Cette sangsue qui profite du travail de ses employés et ouvriers a le culot de préciser qu’il s’agit d'une punition parce que ceux-ci avaient écrit à l’inspection du Travail et faisaient trop parler de lui par Combat Ouvrier.

Qu'il sache qu'il en sera toujours ainsi tant qu'il continuera à exploiter de la sorte les travailleurs, sur le dos desquels il s’enrichit.


Marsolle licencie un travailleur

Un travailleur de chez Marsolle a été licencié pour avoir été surpris par des douaniers essayant d’emporter deux à trois litres de rhum en plus de ce qui était porté sur le laisser-passer. Le travailleur a dû payer une amende. Marsolle n'a pas hésité un seul instant, surtout qu’il est particulièrement monté contre ses travailleurs parce que ceux-ci avaient réclamé la visite d'un inspecteur du Travail, il y a quelques mois de cela Marsolle croit avoir le beau rôle ; il a surpris un travailleur commettant une faute. Mais en fait, le plus voleur n’est pas celui qu’on croit. Une heure de travail payée au S.M.I.C. vaut 3,625 F ; 4 heures valent 14,50 F. Et c'est 14,50 F que Marsolle retient chaque quinzaine à ses travailleurs qui font des heures supplémentaires non payées. On voit quelle somme cela fait au bout d’une année et de plusieurs années. C’est grâce à l'exploitation éhontée des travailleurs qu'il peut se payer bateau de plaisance et autres. Et aujourd’hui, pour trois bouteilles de rhum, il prive un travailleur de son gagne-pain. Il est grand temps que les travailleurs s'organisent pour faire entendre raison à ces petits potentats capitalistes


La police en action

Le mercredi 18 octobre au soir, un certain nombre de sympathisants de notre journal collaient des affiches invitant au meeting organisé le 22 octobre par Combat Ouvrier pour protester contre la répression. Au cours de leurs patrouilles particulièrement nombreuses ce soir-là, des policiers ont embarqué les colleurs d'affiches et aussi d'autres jeunes qui passaient ou qui regardaient. Ils ont passé la nuit au commissariat de Pointe-à-Pitre, et le lendemain on a dressé leurs fiches anthropométriques : photographie de face et de profil et empreintes des dix doigts notamment.

C’est bien significatif du manque de démocratie que des jeunes soient fichés comme des malfaiteurs pour avoir simplement collé des affiches invitant à un meeting. Signalons aussi que certains policiers ont mis beaucoup de zèle à ce sale boulot, et particulièrement l'un d’eux alla jusqu'à insulter un travailleur, le traitant de voyou et de vagabond. Les plus zélés ont d'ailleurs passé la nuit à déchirer les affiches. Lorsqu'il s’agit d’affiches de l'U.D.R., la la police a un tout autre comportement.

Ainsi, il existe deux poids, deux mesures. Selon que l’on est U.D.R. ou partisan de l'indépendance !...


CHEZ DUBREUIL : On assassine des travailleurs

Il y a quelques jours de cela, un jeune travailleur de la Banane a échappé de justesse à la mort. Après avoir répandu de cette poudre dont nous ne cessons de parler dans notre journal, il a mangé des bananes. Mais comme la poudre, poison violent, s’était répandue sur son visage et aussi sur ses lèvres, on comprend donc ce qui s'est passé. Il a fallu faire appeler un médecin, le soir, à son chevet.

On dira encore que c'est la faute du travailleur, qu'il n’avait qu'à faire attention. En réalité, le responsable, c'est Dubreuil ; lui qui ne met pas les instruments de protection à la disposition des travailleurs qui manipulent ce produit si dangereux, bien que cela soit précisé sur l’emballage. Masque, gants, cache-bouche sont indispensables pour ceux qui répandent ce produit. C’est donc un nouveau crime qui vient d’être perpétré par un patron, car ce n'est pas la première fois qu'un accident de ce genre se produit. Des travailleurs ont déjà perdu leur vie à cause de ce produit. Mais les gendarmes n’interviennent pas dans ces cas-là.

C'est tous les jours que des travailleurs de la Banane mettent leur vie en danger pour permettre aux Dubreuil, Dormoy et autres Butel de faire fortune. Et pourtant il existe un moyen de faire disparaître les risques : refuser de répandre une telle poudre. La vie des travailleurs importe plus que quelques kilos de bananes de plus pour les capitalistes.

Qu'attend l'inspection du Travail pour jeter un œil dans cette affaire ? Il est inadmissible que de telles choses puissent se dérouler dans l'ombre, sans que les responsables de ces crimes soient inquiétés.

C'est un scandale. Et nous nous chargerons par tous les moyens de le dénoncer jusqu'à ce que des mesures sérieuses soient prises pour interdire l’utilisation de la poudre qui tue.


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Contre la répression coloniale L’UNITE EST NECESSAIRE ET POSSIBLE

Nous avons déjà eu l'occasion de dénoncer la répression coloniale en Martinique et en Guadeloupe et d'expliquer quelle devait être, selon nous, l'attitude de tous les militants anti-colonialistes contre cette répression. Il nous semble nécessaire de revenir sur ce point du fait des nouveaux développements pris par les attaques dont sont victimes des anti-colonialistes de toutes tendances (affaire Déglas, affaire Louber, chasse aux colleurs d’affiches de Combat Ouvrier, affaire Courbain, affaire Gatibelza, pour ne citer que les faits les plus récents). Du fait également que l'attitude des groupes luttant contre le colonialisme n’a, dans aucun cas, été celle qui s’imposait : c’est-à-dire une riposte immédiate et unitaire de toutes les tendances...

Le dernier cas de répression, contre Déglas, devrait, à notre avis, entraîner une riposte unie de toutes les organisations anti-colonialistes. Nous avons, pour notre part, et dans plusieurs cas, proposé aux différents groupes l'unité d'action contre la répression. Et dans chaque cas précis, la riposte unitaire n’a pas été possible parce que telle ou telle organisation exigeait de toutes les autres qu’elles acceptent leur façon de voir et leurs thèmes de propagande à eux, afin de mener la lutte contre les exactions de l’impérialisme français.

D’autres organisations n’acceptent l’unité d’action qu’à la condition qu’elle s’opère sous leur direction, ce qui revient au même que l’attitude précédente.

Pour nous, il s’agit là de conceptions entièrement fausses.

Nous pensons que l’unité d’acon contre la répression coloniale est une chose nécessaire. Mais pour qu'elle se réalise, elle doit s’appuyer sur une volonté réelle d'organisations ayant des programmes politiques différents de lutter ensemble contre un ennemi commun.

Il existe, en effet, parmi les organisations révolutionnaires, deux courants principaux, le courant nationaliste et celui qui se réclame du marxisme révolutionnaire et donc de la classe ouvrière. Entre ces deux grandes tendances, il y a des divergences politiques très importantes. Mais à l'intérieur même du courant nationaliste l’on trouve toute une série de courants se distinguant par des prises de positions différentes sur des problèmes parfois importants de la lutte révolutionnaire.

Il serait donc puéril et peu sérieux d'envisager l’unité d’action sous l’angle de compromis ou de concessions politiques entre tendances différentes. Il n’est pas dans notre intention de le faire et nous supposons qu’il en est de même de la part d’autres groupes.

Pourtant, nous persistons à penser que se serrer les coudes, quels que soient par ailleurs les divergences qui existent entre nos tendances, face à notre ennemi commun, est la seule politique juste et responsable pour s’opposer de manière efficace à la répression.

Nous ne voyons aucune impossibilité à ce que des groupes et tendances politiques, sous leur propre drapeau, avec leurs propres mots d’ordre et sans rien abandonner de leur programme, agissent en commun par l’organisation de meetings, de rassemblements ou toute autre forme de manifestations qui pourraient être nécessaire au recul de la répression coloniale.

Enfin, et ce n’est pas le moins important, si nos organisations et tendances s’associent dans une action commune, elles pourront, grâce au sérieux et au sens de la responsabilité dont elles auront ainsi fait la preuve, bénéficier d’un crédit plus grand auprès des travailleurs et de l'ensemble du peuple. Cet aspect n’est pas négligeable dans la mesure où l’action des masses reste en définitive la seule qui soit décisive pour faire reculer de manière notable la répression coloniale.



Les aveux de M. Audebert

Dans une interview accordée au journal Le Figaro, M. Audebert, président de la Chambre de commerce, déclarait ce qui suit : « Nous avons les meilleures relations avec les Créoles ; nous les recevons ; nous les voyons, mais nous VOULONS CONSERVER NOTRE EPIDERME BLANC. C’est notre droit, je suppose ? ». Cette phrase aurait provoqué un tel remue-ménage dans les milieux politiques, tant en France qu’en Guadeloupe, que France-Antilles, dont tout le monde sait à qui va la sympathie, a cru bon de publier un démenti à la demande même de l’auteur... Démenti ou pas, il serait tout de même étonnant qu’un journaliste du Figaro, journal de la droite française, fasse dire à M. Audebert ce qu'il n’aurait à aucun moment prononcé. Pour ce genre de propos, et pour une fois, nous pouvons faire confiance au Figaro. M. Audebert a certainement dit cela... Mais il pensait peut-être que cette phrase n’allait pas être publiée et, pris de panique par les conséquences que pourrait avoir une telle déclaration, M. Audebert tente de faire machine arrière. Que M. Audebert se rassure. Ses propos ne sont point pour étonner. Peut-être étonneront-ils une partie de la bourgeoisie noire qui vivote dans les milieux « békés » ! Et c’est plus à cette bourgeoisie noire que s’adresse le démenti de France-Antilles. Quant à la grande majorité des travailleurs et des pauvres gens de la Guadeloupe, ils savent que M. Audebert et les siens tiennent à leur épiderme pour se distinguer des exploités antillais, noirs dans leur majorité écrasante. Parce que, pour M. Audebert et les siens, l’esprit de caste que confère la couleur blanche de la peau doit être maintenu pour continuer et perpétrer l’exploitation du travail des ouvriers et petits paysans et le pillage des richesses des Antilles par une minorité privilégiée. En tant qu’exploiteurs, M. Audebert et les siens sont déjà vomis par les masses travailleuses des Antilles. Et il ne viendra à l’esprit d'aucun exploité conscient de côtoyer des gens de la sorte. En revanche, les travailleurs savent aussi que nombre de gens ayant « l’épiderme blanc », et en particulier les travailleurs blancs, sont eux aussi décidés à en finir avec la race des exploiteurs tels les Audebert. Et c'est avec ceux-là que les travailleurs antillais entretiendront « les meilleures relations », pour bâtir une « société fraternelle » où des racistes comme M. Audebert n’auront pas leur place.

Claire GOYA


Le meeting de “Combat Ouvrier” : Solidarité avec Gatibelza

Le vendredi 20 octobre, notre tendance organisait une réunion publique à la Mutualité de Pointe-à-Pitre pour protester contre la répression.

Nous aurions aimé que ce meeting fût unitaire et nous avions proposé à Chaltouné de l'organiser en commun, ce que cette tendance avait refusé, invitant ses sympathisants à un meeting la veille. Deux orateurs se succédèrent à la tribune, le premier exposant brièvement l'affaire Louber, le second développant plus longuement les faits actuels de répression (l'arrestation de Gatibelza notamment), les véritables causes de cette répression, et notre position quant à l'unité d’action.

Il souligna notamment que, au lieu de défendre ses intérêts de boutique, chaque tendance révolutionnaire anti-colonialiste devrait, à chaque fois que la répression frappe, chercher l'unité d’action pour riposter fermement au colonialisme. En effet, lorsque tel ou tel militant est arrêté, tel ou tel journal saisi, telle liberté démocratique bafouée, ce ne sont pas seulement les victimes directes de la répression qui sont concernées, mais l’ensemble des militants. Et si les travailleurs constataient qu’à chaque attaque du colonialisme la riposte était unanime pour exiger le respect des libertés démocratiques, s'ils constataient que le colonialisme a en face de lui un front uni contre la répression, ils reprendraient confiance dans la lutte à mener.

Telles furent, après avoir dénoncé la répression, les positions exprimées par le second orateur.

Ensuite, un membre de La Vérité vint apporter le soutien de son journal à la lutte contre la répression, après quoi, vers 21 h, les quelque 70 participants se séparèrent.


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LA TOURNEE ELECTORALE DE DENIAU

Dans la dernière quinzaine d’octobre, le nouveau secrétaire d’Etat du gouvernement Messmer « visitait ses départements » : prise de contact, voyage d’études, nous dit-on. Il n’empêche que pour les Antillais, tant à la Guadeloupe qu’à la Martinique, ce voyage est resté vide de sens comme l’avait été celui de son prédécesseur, Messmer.

Deniau, cherchant un thème accrocheur, avait l'idée de placer son voyage sous le signe de la culture et de la jeunesse.

C’est à la Martinique que la culture devait être plus particulièrement à l’honneur. Deniau devait se servir du cadre de ce département pour réunir la fine fleur de la « France d’Amérique » : ambassadeurs, consuls, préfets.

Deniau devait réserver ses envolées lyriques sur la jeunesse et le sport à la Guadeloupe : la « réputation de champions des athlètes guadeloupéens », leurs « qualités physiques », toutes les flatteries y passèrent... Allant de la piscine olympique de Basse-Terre au Creps, il ne devait pas rater une occasion de saluer les « jeunes sportifs » et d'appeler la jeunesse à croire à cette planche de salut, le sport !

Car en dehors du sport ou, du moins, de l’espoir qu’il peut susciter, le gouvernement français n’a absolument rien à offrir aux jeunes Antillais.

Il apparaît clairement que le voyage du secrétaire d’Etat français se plaçait en fait dans la perspective fort proche des élections législatives de mars 1973, et ce ne sont pas ses déclarations sur « le respect du jeu de la démocratie » qui nous feront douter du sens de cette visite.

En effet, la position des élus U.D.R. est loin d’être confortable et ils se sentent plutôt en mauvaise posture à l’approche des élections. Ce n'est pas la situation économique et sociale actuelle qui permettra de renverser cette tendance, déjà très nette lors des élections municipales de 1971.

La majorité parlementaire actuelle en France essaye de glaner quelques députés U.D.R. pour grossir ses rangs à la Chambre des députés. Alors, le gouvernement français est décidé à mettre le prix nécessaire pour une bonne campagne électorale, pour décider les hésitants, redonner confiance aux élus.

C’est ainsi que pendant les deux semaines de son séjour, Deniau s’est permis d’agiter au nez des populations des D.O.M. des... « surprises » : histoire de capter l'attention, d’obliger les gens à considérer le représentant français, et par là même la France, comme un distributeur de « bonnes choses ».

Les deux opérations de choc furent, en premier lieu, la baisse du prix des transports aériens entre la France et les Antilles, qui fut annoncée à la Martinique, et en second lieu, la décision de démarrer les travaux d'une université scientifique à la Guadeloupe : vieux cheval de bataille agité depuis plusieurs années et qui a servi déjà à plusieurs élections. Mais ce n’était pas tout, il y en aurait pour tout le monde : Pointe-à-Pitre aurait sa piscine olympique, le Fort Fleur-d’Epée serait restauré, des bourses d’études pour les athlètes seraient accordées... et ainsi de réception en réception, chaque milieu touché avait droit à une « surprise », histoire d’assurer quelques voix aux députés chancelants.

A aucun moment du voyage ne furent abordés les problèmes cruciaux que connaît l’immense majorité de la population : chômage, misère, licenciements, fermetures d’usines, conditions de travail déplorables, répression. Cela n'a rien d’étonnant ; ce n’était pas le but du voyage de Deniau.

Le seul point de vue qu'a daigné écouter le secrétaire d’Etat a été celui des représentants des Chambres de commerce des trois départements. Et pour ceux-ci, cela est clair : les difficultés de l’industrialisation viennent principalement des « hauts salaires » appliqués aux Antilles ! Ces messieurs ne manquent pas de toupet quand même !

Ce sont ceux-là qu’écoutent tous les ministres colonialistes français, et eux seuls, même s’ils lancent quelques miettes pour le sport, histoire d’appâter la jeunesse et de la détourner des problèmes auxquels elle est quotidiennement confrontée.

Mais elle ne s’y laisse pas prendre. C’est ainsi qu’à la Martinique, une poignée de jeunes manifesta son opposition à la politique du colonialisme français et un mouvement de grève fût déclenché dans différents lycées de Fort-de-France durant toute la durée du séjour de Deniau.

Le colonialisme français sait que, malgré toutes les belles déclarations de ses ministres, le climat social aux Antilles est très tendu et que les problèmes sont profonds. On en veut encore pour preuve le déploiement des forces de répression, képis rouges et CRS qui entouraient la promenade touristique de Deniau. La Martinique et la Guadeloupe étaient pratiquement quadrillées pendant plusieurs jours, les contrôles, vérifications d'identité et autres mesures policières étaient multipliés. Il faut croire que le gouvernement craint à tout moment, et en particulier lorsqu’il a le toupet d'envoyer un de ses représentants faire de la propagande électorale, une manifestation du mécontentement et de l’exaspération de la population.

Néanmoins, pour cette fois-ci, l’alerte a été vaine. Les travailleurs et les masses pauvres ont considéré avec mépris ce nouveau pigeon voyageur, car il y a bien longtemps qu’ils ne croient plus à ces fadaises.


LES CAMÉLÉONS CHANGENT DE COULEUR
A L’APPROCHE DES ÉLECTIONS

Depuis quelques temps (manœuvres électorales obligent), les partis de gauche traditionnels, socialiste ou communiste, dévoilent des trésors d’ingéniosité pour se trouver dans la meilleure position possible avant la bataille des législatives.

Ainsi, tant en Guadeloupe qu'en Martinique, les fédérations socialistes montrent tout d’un coup un regain de vigueur.

En Guadeloupe, c'est un délégué de Mitterrand, Florian, qui est venu mettre un peu d'ordre dans la maison et reconstituer la « Fédération Socialiste Guadeloupéenne ». En effet, certains « socialistes », trouvant sans doute le programme de leur parti en ce qui concerne les D.O.M. trop à gauche, avaient fait scission depuis le mois de juillet dernier.

En Martinique, le congrès de la Fédération Socialiste, réuni le 8 octobre dernier, a adopté une motion en faveur de « la défense d’un statut pour le droit d’exercer nos légitimes responsabilités, d'une assemblée démocratiquement élue, avec pleins pouvoirs pour l’organisation et la gestion de toutes les affaires de la Martinique ».

Comme il est curieux de lire dans cette motion qu'il existe « une agriculture mal équilibrée », une « hypertrophie du secteur commercial », un « chômage chronique n’entraînant le versement d'aucune allocation », des « mesures d’exception aussi injustes que choquantes (ordonnance d’octobre 1960) », un « sous-développement culturel », la « totale mainmise du pouvoir sur tous les moyens d'information », comme c'est curieux en effet ! Et, voyez-vous ça, aux Antilles, il existe la répression, il paraît qu’il y a eu « des victimes des manifestations de décembre 1959», les «meurtres des jeunes Marajo et Nouvet », et... il y a aussi des grèves aux Antilles ! Comme le dit la motion : « grèves renouvelées des ouvriers du bâtiment, grève des banques, grève d’Air France », etc. On s’en serait à peine douté !

Comme il est curieux de découvrir qu'aux Antilles il existe en un mot une véritable situation coloniale (sans toutefois prononcer le mot, car on tient à rester prudent !).

A qui ces « socialistes » feront-ils croire que la situation des masses laborieuses, que la répression sont leurs soucis majeurs ? Après s’être tus, pendant des dizaines d’années ; après avoir cautionné le régime colonial ; après s’être tus sur tout, et en toute occasion, que ce soit lors des massacres réguliers de population, des régulières répressions s’abattant férocement sur les jeunes et les travailleurs des Antilles, après avoir trempé dans tous les maquillages électoraux, trempé dans toutes les compromissions, avec leurs mains tachées du sang de millions d’Algériens, de milliers de Malgaches, assassinés sur l’ordre de leurs dirigeants — les Guy Mollet, Mitterrand et compagnie — ils prétendent aujourd’hui se soucier du sort des masses laborieuses de ce pays. La vraie raison du changement d’attitude des « socialistes » est ailleurs : aujourd'hui, aux Antilles, pour une fraction de la bourgeoisie, la carte de la départementalisation, la carte de « la France notre mère patrie » ne paie plus ; elle ne paie plus, car des couches toujours plus larges de la population n’y croient plus, car elles se rendent compte que les problèmes essentiels n’ont pas été résolus : sous-développement, chômage, manque de libertés démocratiques sont des réalités qui crèvent les yeux à tous. Le régime colonial est bien là, et non seulement les ouvriers et paysans pauvres en ont conscience, mais aussi une couche toujours plus large de la petite-bourgeoisie. Alors, la seule carte payante pour les élections (car en dehors des périodes électorales on se garde bien de la brandir) devient celle d’un certain « changement de statut », celle de « l’autodétermination ». Car il s’agit à la fois de coller le plus possible au désir de changement de la population, tout en le canalisant dans une voie de garage pour éviter les « égarements », les « dépassements ». Les « socialistes » sentent bien qu’on ne pourra contenir bien longtemps les masses laborieuses des Antilles sous le joug colonial avec le mythe de la dé­partementalisation.

En fait, ces socialistes ne sont que le reflet d’une partie de la bourgeoisie antillaise plus « réaliste », qui a conscience qu’il vaut mieux être « dans le vent » pour tenter de sauver, pendant qu’il en est encore temps, les intérêts qu’elle détient, et continuer ainsi à exploiter avec une étiquette de gauche la masse des travailleurs et des petits paysans.

D'ores et déjà, les travailleurs doivent se méfier profondément de ces caméléons parfaitement à l'aise dans la plus basse démagogie électoraliste, et les balayer de leur chemin. Les travailleurs n'ont absolument pas à accorder leur confiance à des hommes qui ne se souviennent d’eux qu’à la veille des élections.


Bravo les étudiants !

Au cours de son périple aux Antilles, Deniau a été l’hôte d’honneur d’une réception au C.U.A.G. (Centre Universitaire Antilles-Guyane). A cette occasion, Deniau s’attendait à ce qu’il lui soit présenté des étudiants bien-comme-il-faut, c’est-à-dire tenant compte de tous les égards et honneurs dus à un haut fonctionnaire de l’Etat français !

Eh bien, pour cette fois, le secrétaire d’Etat en a été pour ses frais ! Les étudiants lui ont dit en face tout ce qu’ils pensaient de la répression exercée contre les enseignants et contre eux-mêmes, puisque leur ronéo leur a été enlevée récemment par la police, les privant ainsi d’une possibilité de s’exprimer.

Ce n’est pas souvent qu’un envoyé du gouvernement s’entend dire ses quatre vérités, et gageons qu’il n’est pas prêt d’organiser, à l’avenir, de telles réunions sans s'entourer de certaines précautions préalables !