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Archives de CO/CO avant 2001/CO à partir du n° 1 (1971-72)/CO n° 20 du 6 déc. 1972

CO n° 20 du 6 déc. 1972


Éditorial

COMBAT OUVRIER ” PARTICIPERA AUX PROCHAINES ÉLECTIONS

Au cours du premier trimestre de l'année 1973, soit en février, soit en mars, se dérouleront les élections législatives. Les travailleurs et toutes les couches pauvres du peuple entendront à cette occasion déclarations et promesses, toutes plus belles les unes que les autres. Les politiciens de tout bord vont une fois de plus tenter de tromper travailleurs et malheureux en leur faisant croire que l’élection d’un bon député changera leur situation. Chacun de ces politiciens prétendra, évidemment, être le meilleur et le plus honnête candidat.

Face à la vague de démagogie et de tromperie qui se prépare déjà, nous, militants révolutionnaires, ne pouvons rester inactifs.

Nous participerons aux prochaines élections législatives. Nous présenterons des candidats, mais nous n’irons pas aux élections avec pour objectif des postes de députés et en faisant aux travailleurs la promesse de changer leur sort par ce moyen.

Non, bien au contraire, nous utiliserons la campagne électorale pour montrer et expliquer aux travailleurs que le véritable moyen de changer quelque chose à la situation actuelle ne consiste pas à envoyer deux ou trois députés, même les plus honnêtes, à la Chambre des députés. Car nous avons la ferme conviction que les travailleurs peuvent faire infiniment plus qu’échanger un député contre un autre ; ils peuvent changer radicalement leur sort, leur vie, leur avenir. Mais pas par des bulletins de vote. Pour la classe ouvrière ainsi que pour tous les pauvres, la seule possibilité de changer leur sort réside dans la lutte de tous les opprimés contre les capitalistes. C’est la lutte contre la société actuelle, pour une société sans patrons, sans policiers, sans gendarmes, qui seule changera quelque chose à la situation des travailleurs.

Par les bulletins de vote, les travailleurs ne sont rien. Par la lutte, ils peuvent être tout. Ils peuvent mettre fin à la domination de ceux qui, depuis trois siècles, pillent notre pays et édifient des fortunes en France sur l’exploitation des travailleurs antillais. Ils peuvent prendre la direction de la lutte pour l’indépendance ; ils peuvent conquérir le pouvoir et l’exercer en bannissant des Antilles toute exploitation, toute oppression. Ils le peuvent — à condition justement de ne plus espérer d’un « bon député » ou d’un « bon gouvernement », mais en s'organisant eux-mêmes, en utilisant leur propre force.

C’est cette voie, la voie de la révolution socialiste, que les candidats de notre tendance représenteront à ces élections. Voter pour ces candidats ne remplace bien évidemment pas la lutte, mais un tel vote constitue un avertissement efficace à l’oppresseur colonial comme aux privilégiés de toutes sortes. Car il signifie que les travailleurs des Antilles sont las des faux choix qu’on leur laisse, des faux espoirs qu'on leur fait miroiter à chaque élection à la faveur de quelconques changements de députés. Cet avertissement sera le seul auquel nos oppresseurs pourront être sensibles pendant toute la comédie électorale.

Etant la seule tendance révolutionnaire se réclamant, sans hésitation ni réserve, de la classe ouvrière et luttant pour l’indépendance de la Guadeloupe et de la Martinique, pour le pouvoir des travailleurs, Combat Ouvrier permettra par sa présence dans la campagne électorale que tous les travailleurs et tous ceux qui veulent changer la situation, par des méthodes révolutionnaires et non en mendiant des réformes auprès de ceux qui nous méprisent et nous oppriment, se regroupent autour du même programme : celui de la lutte pour l’indépendance, sous la direction des travailleurs, pour la conquête et l’exercice du pouvoir par la classe ouvrière et pour le socialisme.


Solidarité avec Deglas

Le 8 novembre, Déglas, enseignant au CES du Raizet, a commencé une grève de la faim devant le vice-rectorat, après s’être volontairement enchaîné, pour exiger sa réintégration dans l’enseignement.

En effet, à la rentrée, Déglas n'avait pas obtenu de poste. Les raisons officielles invoquées par le vice-rectorat furent de prétendues émissions de chèques sans provision et le casier judiciaire n° 3 soi-disant chargé. Mais en fait, ce n’était là que prétextes, car il s’agissait surtout de réprimer un enseignant anti-colonialiste connu pour ses idées, et Déglas a pu très facilement le prouver.

Il a donc choisi de protester par la grève de la faim. Pendant plus de quatre jours, il a poursuivi la grève devant le vice-rectorat où se retrouvaient presque tous les jours des dizaines de jeunes travailleurs, lycéens et étudiants venant témoigner de leur solidarité.

Ainsi, le vendredi 10, vers 11 heures, un véritable meeting se tenait aux portes du vice-rectorat où Déglas expliqua les raisons de son action ; le lundi, plusieurs fois dans la journée, des attroupements se formèrent, montrant par là que de plus en plus les jeunes et une partie de la population devenaient sensibles à ce que l'on appelait déjà « l’affaire Déglas ». Ce n’est que le lundi 13 qu’il fut amené à la clinique Lemaistre où il poursuivit la grève.

C’est à partir de ce moment-là que différents meetings furent organisés, que les étudiants entrèrent en grève et qu’un véritable mouvement de solidarité commença à se constituer, dont les grands absents furent encore une fois les syndicats enseignants, pourtant les principaux concernés. C'est le jeudi suivant que Déglas devait rencontrer le recteur, de passage en Guadeloupe. Ce dernier ne fit que de vagues promesses et répondit, non sans cynisme, qu’il donnerait sa position ultérieurement. Quelques heures plus tard, Déglas fut contraint physiquement de mettre fin à sa grève. Et s’il ne pouvait crier victoire, il est un fait certain, c’est que son action et celle de tous ceux qui l’ont soutenue, étudiants, lycéens, jeunes travailleurs, tendances politiques anti-colonialistes et révolutionnaires (essentiellement Combat Ouvrier et Chal’touné), ont largement contribué à sensibiliser la population tout entière sur la répression et l’arbitraire colonial.

De toute façon, la lutte pour la réintégration de Déglas, la lutte pour le respect du peu de libertés démocratiques qui nous reste continue. L’action de Déglas et du mouvement de solidarité qui s’est constitué concerne tous les enseignants et aussi tous ceux, ouvriers et paysans, qui ont le plus grand intérêt à lutter pour le respect des libertés démocratiques élémentaires droits de réunion, d’expression, libertés syndicales, etc.

Cette action doit se poursuivre et elle sera d’autant plus efficace que toutes les tendances anti-colonialistes, les travailleurs, les étudiants, les lycéens s’organiseront pour riposter en commun contre tout acte de répression et d’arbitraire colonialiste.

Marianne TIBUS.


Martinique :

APRÈS LA GRÈVE DU 21 NOVEMBRE

A cinq semaines de distance, la CGTM et FO, renforcées par la CFDT, ont lancé un nouveau mot d’ordre de grève de 48 heures pour l’obtention des douze revendications. Ce mouvement, à peine mieux préparé que le précédent, n’a pas vu un nombre sensiblement plus élevé de travailleurs faire grève.

Ainsi, comme lors de la grève précédente, ont fait grève les secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière martiniquaise, les secteurs où l’on fait toujours grève, essentiellement le bâtiment et les docks.

Par contre, si, comme la fois précédente, la SPEDEM ou les PTT n’avaient pas fait grève, on devait noter en plus l’absence des travailleurs municipaux de Fort-de-France. La mauvaise préparation de la grève n’empêcha d’ailleurs pas un des responsables du syndicat CGT des municipaux d’accuser les travailleurs municipaux de ne penser qu’à leur promotion et au passage aux échelons supérieurs. Comme quoi, si les travailleurs ne luttent pas, c’est de leur faute !

Cependant, il fallait noter une forte proportion d’employés de commerce — à peu près les deux tiers — sur le demi-millier de personnes qui s’étaient rendues à la Maison des syndicats le mardi matin. Le mercredi matin, il y avait 500 travailleurs qui étaient à la Maison des syndicats pour le défilé annoncé la veille. Les travailleurs défilèrent véritablement au pas de course à travers Fort-de-France, sans banderoles, sans pancartes ni sonorisation. Après la dispersion, de nombreux travailleurs exprimèrent leur mécontentement devant le manque de préparation et de la grève, et du défilé.

Et pourtant, en dépit de cette impréparation, le prolétariat martiniquais fait preuve d’une grande volonté de lutte que les hésitations, l’incapacité des bureaucraties syndicales n’arriveront pas à émousser. Une autre grève est prévue vraisemblablement pour la mi-janvier 1973. Gageons que les Lamon et Agasta ne la prépareront pas mieux que les autres. Mais la réussite de la grève dépend, aussi et surtout, des travailleurs. Il faut que ceux-ci prennent en main la préparation de cette grève, en vue d’obtenir des avantages valables. Alors, ils pourront faire reculer le patronat et l’Etat colonialiste.


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Assemblée Générale de Fraternité Ouvrière

DESTIVAL FERA-T-IL ECOLE ?

Le dimanche 26 novembre, à la salle Rémy Nainsouta, s'est tenue l'assemblée générale de Fraternité Ouvrière. Quatre-vingts syndiqués environ étaient présents. L’ordre du jour comprenait : rapport moral, rapport financier, bilan d'activité, réélection du Conseil d’administration, présentation d’un nouveau statut. L’assemblée a commencé par la lecture du rapport moral par un membre du conseil sortant. Dans ce rapport, il y avait quelques timides revendications, par exemple : suppression de la mensualisation calculée sur la base de 174 heures, paiement des jours fériés sans tenir compte du fait d’avoir travaillé la veille et le lendemain. En ce qui concerne le salaire, FO demande que le salaire augmente chaque fois que le SMIC est augmenté. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, mais nous voulons avant tout relever la façon dont le Conseil d’administration a dirigé la réunion.

Par exemple, avant de lire et discuter les nouveaux statuts, le Conseil d'administration voulait procéder à la réélection du nouveau conseil. L’intervention d’un membre de l’assemblée, approuvée par celle-ci, permit qu'on fasse lire d’abord les statuts. Mais là encore, volontairement ou par manque de moyens matériels, cela n’alla pas bien.

Il n’y avait pas de copies des statuts pour chacun des membres présents. La lecture se fit sans qu’on ait eu la possibilité de revoir ou amender les statuts.

Ce fut par la même méthode que le nouveau Conseil d’administration fut élu. Une seule liste était présentée par le CA sortant, sans que les syndiqués présents dans la salle aient eu la possibilité de présenter leur candidature à ce CA. D’une manière générale, il n'y eut guère de discussions véritables au cours de l’assemblée.

Nous tenons à critiquer ces méthodes, car elles font du tort aux travailleurs. Si Fraternité Ouvrière a reproché à Destival ses menées anti-démocratiques, ce n’est pas pour les continuer en son absence.

De telles méthodes ne peuvent en rien permettre de faire du syndicat un lieu où règne une saine ambiance démocratique, permettant la discussion et l'éducation de tous. Si les travailleurs doivent diriger demain la société et donc contrôler leurs dirigeants, il faut que, dès maintenant, les mœurs qui règnent au sein de leurs organisations les préparent à cela.

Par ailleurs, si cette pratique se maintient et se répand au sein du syndicat, il est à craindre que les nouveaux dirigeants ne parviennent à dégoûter beaucoup de travailleurs qui se tiendront ainsi à l'écart du syndicat.

SIDOINE.


Bonne-Mère : l’usine tournera-t-elle ?

Un mois avant la fin de la dernière récolte, l’usine de Bonne-Mère à Sainte-Rose arrêtait de tourner. La raison : un générateur et une turbine tombaient en panne. Cette panne devait contraindre l’usine à envoyer ses cannes à Grosse-Montagne et à Darboussier. Tant bien que mal, une partie des cannes restant sur pied était broyée. Inutile de dire que cette panne eut pour conséquence un arrêt des activités des ouvriers du secteur industriel de la société. Arrêt qui était d’autant plus durement ressenti par ces derniers, qu’à maintes reprises, dans le courant de la récolte, de multiples pannes s’étaient produites, les contraignant au chômage forcé sans aucun salaire.

Certains pensaient que les responsables allaient tout de même mettre à profit l’inter-récolte pour faire réparer le générateur et la turbine en panne. Mais, jusqu’ici, aucune réparation n’a été entreprise. A deux mois de la prochaine récolte, la situation semble assez préoccupante... De l’avis même des ouvriers de l’usine, il semble difficile que le générateur et la turbine soient réparés en l'espace de deux mois. Il faut au moins trois ou quatre mois pour pareille réparation... La situation est à tel point préoccupante, que nombreux sont les ouvriers et les habitants de la région de Bonne-Mère qui se demandent si l’usine fonctionnera à la prochaine récolte. Ils ont raison de se poser cette question, quand on sait que, contrairement à la coutume, la majorité des ouvriers industriels employés à l’entretien des machines n’ont travaillé que quinze jours chaque mois depuis la fin de la récolte. En outre, beaucoup d’ouvriers se demandent s’il ne s’agirait pas là d’une simple manœuvre de l’usine afin de les pousser à démissionner. Solution qui, selon eux, ne manquerait pas d’arranger les actuels propriétaires de Bonne-Mère... En effet, le bruit court depuis quelques mois, que ceux-ci seraient en pourparlers avec des capitalistes canadiens, par l’intermédiaire de Simonet (Grosse-Montagne), il semblerait que les Canadiens veuillent bien acheter, mais sans travailleurs... S’il en était ainsi, les présomptions des ouvriers de l'usine seraient absolument fondées.

Mais il ne faudrait pas attendre l'ouverture de la récolte pour les vérifier. C'est dès maintenant que les travailleurs doivent se mobiliser, faire connaître ce qui se passe, non seulement dans la région de Bonne-Mère, Sainte-Rose, mais encore ailleurs, aux travailleurs d’autres usines. C’est la seule façon de déjouer les sordides plans des usiniers et d’avoir la garantie que les travailleurs de l’usine de Bonne-Mère ne viendront pas grossir le rang des 50.000 chômeurs qu’il y a déjà en Guadeloupe, et que l’usine marchera à coup sûr dès l'ouverture de la récolte.

ECHOS ECHOS ECHOS


Prisunic (Guadeloupe) : Elections au Comité d’entreprise

Le 13 novembre ont eu lieu, dans les établissements « Prisunic » de la Guadeloupe, les élections au Comité d’entreprise.

Les résultats peuvent paraître décevants : 96 votants sur environ 300 travailleurs. En fait, ce vote reflète le peu d’intérêt que portent les employées à ces Comités d’entreprise qui ne sont en rien des organes permettant une amélioration de nos conditions de travail, une augmentation de nos salaires. Ce n’est jamais autour d'un tapis vert que les travailleurs ont arraché des revendications au patron !

Il est quand même étonnant et frappant que le syndicat, une fois de plus, ait brillé par son absence... Pas de réunions pour la composition des listes, pas de discussions sur le rôle du CE, et sur ce qu’on peut en attendre, aucun tract invitant au vote ; seules quelques initiées, cette fois encore, qui furent candidates, ont été sollicitées pour la composition des listes.

Bien sûr, à Prisunic, la direction est forte, et nous sommes encore trop nombreuses à craindre de nous organiser. Pourtant, nous ne devons compter que sur nous-mêmes. C’est à nous d’obliger le syndicat à intervenir sur les problèmes qui nous intéressent, à nous informer sur ce qui se trame dans les hautes sphères de la direction. C’est à nous de réclamer l’élection de nos délégués, même au Comité d’entreprise, sur un programme d’action, après discussion et choix de celles qui doivent nous représenter.

En effet, beaucoup d’entre nous n’ont pas participé au vote parce que nous ne connaissions pas les déléguées, et que, surtout, nous ne voyions pas quelles actions ces déléguées mèneraient au Comité d’entreprise.

A Raizet, l’heure du vote fixée par la direction était 13 heures, heure de la fermeture du magasin ! En définitive, à cause de l’inexistence de tout syndicat actif, il n’y a eu que vingt votants sur quatre-vingt-seize employées !

Il est vraiment temps que nous nous organisions sérieusement et que nous montrions à la direction que, lorsque nous sommes tous ensemble, nous sommes bien les plus forts !

Une section syndicale active aurait pu obliger Derene, le directeur, à organiser ces élections pendant les heures de travail, et aurait pu, en faisant appel aux employées, garantir les libertés syndicales et leur liberté d’expression.


MARTINIQUE : Expulsion de deux militants américains du SWP

Le lundi 6 novembre, la police de Fort-de-France arrêtait deux militants américains du SWP (Socialist Workers Party) séjournant en Martinique. Ces militants devaient prendre la parole lors d’un meeting organisé par le GRS (Groupe Révolution Socialiste) et JAG (Jeunesses d’Avant-Garde) sur les luttes révolutionnaires aux USA.

Le lendemain, ils furent tout simplement jetés dans le premier avion en direction des USA, avec un mandat d’expulsion.

Décidément, le pouvoir colonial ne rate pas une occasion de se ridiculiser. Pensait-il peut-être que ces 'deux militants déclencheraient une révolution en Martinique ?

Cela tend à devenir une habitude du gouvernement colonialiste français d’expulser les étrangers « gênants ».

Il y a deux ou trois ans, deux militants du Black Power avaient été expulsés de la même façon de la Martinique. En France même, « terre d’asile et pays démocratique », c’est tous les jours que des militants basques, espagnols, portugais ou autres sont expulsés, si ce n’est remis manu militari aux mains de leur gouvernement s’ils sont réfugiés.

Nous le savons bien, lorsqu’il s'agit d'empêcher ceux qui ne pensent pas comme eux de s'exprimer, le gouvernement et ses flics emploient tous les moyens ; mais lorsqu’en outre ceux-ci sont des étrangers, ils ont encore moins de scrupules à bafouer leurs propres lois.


MARTINIQUE : L’incurie de l’Administration au lycée de Trinité

Du lundi 13 au vendredi 17 novembre, le lycée de Trinité est resté sans eau. Pourquoi ? On se le demande. En effet, aucune information n’a été donnée aux lycéens à ce sujet ; quoi qu’il en soit, dès le mardi, les élèves commencèrent à déserter l’établissement : il était impossible aux internes de se laver et il n’y avait pas d'eau pour les usages courants. Ainsi, les lycéens ont perdu une semaine sur leur programme, tout cela à cause de l’incurie de l’administration. Pourtant la presse locale a gardé un silence prudent sur ce fait. Mais si ces lycéens avaient fait, ne serait-ce qu’une heure de grève, alors on aurait vu France-Antilles crier haro sur les « trublions-gauchistes-anarchistes » qui empêchent les « bons » élèves de travailler.


GUADELOUPE :
Qu’attendent les usiniers pour payer la ristourne aux petits planteurs ?

Dans deux mois, la campagne sucrière 1973 débutera. On pourrait croire que les comptes de 1972 sont définitivement arrêtés et connus. Jusqu’à présent, il n’en est rien, et les planteurs attendent toujours que la « ristourne » leur soit payée.

Pourtant, à la fin de 1971, un protocole agréé par la Commission Interprofessionnelle de la Canne précisait que « le solde du paiement sera effectué en fin de récolte, au plus tard le 31 octobre ».

Malgré ces accords, le bordereau établi à l’Assocanne-Jarry par Max Martin et ses compères, seul élément permettant de calculer le barème du prix définitif, n’est toujours pas publié.

Ce retard ne provient sûrement pas de la difficulté des calculs ; mais il faut se rendre à l’évidence, il s’agit tout simplement d’acculer les planteurs à s’endetter plus, de les acculer à l’assistance, à la mendicité par nécessité. De plus, ces messieurs du syndicat des usiniers espèrent faire avorter toute tentative de grève à l’ouverture de la récolte de 1973, les petits planteurs n’ayant plus qu’un désir : sortir de leur misère en se précipitant avec l’énergie du désespoir sur la coupe et la livraison de la canne.

Voilà ce que cherchent les magnats du sucre.

Cette situation ne peut plus durer. Les petits planteurs doivent et peuvent empêcher que l’arbitraire de Max Martin et ses acolytes les accule à une misère noire, et exiger que ce qui leur est dû leur soit payé rapidement.


MARTINIQUE : Tentative d’intimidation des vendeurs de Combat Ouvrier

Le dimanche 12 novembre, deux jeunes vendeurs de Combat Ouvrier ont été interpellés au Robert par un gendarme, pour défaut de permis de colportage. Vraiment, c’est se moquer du monde. Le permis de colportage est institué pour ceux dont c'est le métier de vendre sur la voie publique. Les jeunes qui vendent Combat Ouvrier ne sont pas payés pour le faire ; ce n'est pas leur profession. Ils vendent Combat Ouvrier parce qu'ils sont d’accord avec le contenu du journal. Mais n'en déplaise à notre gendarme, Combat Ouvrier reviendra au Robert.


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Deux meetings de soutien à Déglas

Une foule nombreuse se pressa aux deux meetings qui se déroulèrent à la Mutualité de Pointe-à-Pitre

pour soutenir Déglas et protester contre la répression qui le frappait.

Lors du premier meeting où devaient intervenir les représentants de différentes tendances dont Combat Ouvrier, près d’un millier de personnes se pressaient dans la salle et sur les balcons latéraux. L’enthousiasme et la chaleur du soutien étaient grands.

Les déclarations et interventions des différentes organisations et tendances furent vivement approuvées par la salle qui applaudissait chaudement les orateurs. Une motion dénonçant l’acte arbitraire perpétré contre Déglas et réclamant sa réintégration fut acclamée. Tracts, journaux circulaient largement dans l’assistance, ainsi qu’une pétition qui recueillit de nombreuses signatures. Une collecte rapporta plus de 400F.

Ce fut un succès et cela devait peser sur la suite de l’action, car le lendemain l’agitation en faveur des libertés démocratiques gagnait les centres universitaires et le lycée.

Le deuxième meeting tenu par le GONG et Chal'touné fut aussi un succès. Près de six cents personnes vinrent écouter les orateurs de ces deux groupes. Le syndicat Fraternité Ouvrière devait venir y porter son soutien à Déglas.

Ayant décidé suivant notre ligne de conduite habituelle de donner le soutien le plus complet à un militant anti-colonialiste touché par la répression, Combat Ouvrier avait participé de la manière la plus active à la campagne d’information sur
« l’affaire Déglas ».

Des milliers de tracts étaient distribués sur les lieux de travail, les quartiers, le lycée de Pointe-à-Pitre et dans la région de Petit-Bourg et Capesterre. Deux prises de parole avaient lieu, l’une devant le lycée de Baimbridge et l’autre au quartier de Lauricisque.

Là, ce fut devant une assistance composée en majorité de travailleurs que nous devions dénoncer le mauvais coup fait à Déglas.

Nous devions élargir le problème et montrer que pour mettre fin à toutes ces exactions colonialistes, il fallait mettre fin à la dépendance coloniale et détruire le système d’exploitation capitaliste lui-même.


Les syndicats S.N.I.-S.N.E.S. face à l'affaire Déglas

Déglas étant un enseignant, on eût pu penser que les syndicats enseignants SNI (Syndicat National des Instituteurs) et SNES (Syndicat National de l’Enseignement Secondaire) allaient réagir et lui manifester d’une façon ou d’une autre, leur solidarité.... Il n’en fut rien. Contraint par la tournure que prenaient les événements, le SNES dut effectuer une enquête auprès du vice-rectorat pour en savoir plus long sur « l’affaire Déglas ». Et puis, ce fut tout. Pas un tract, même pas une lettre aux autorités pour, au moins, leur montrer que le syndicat ne tenait absolument pas à cautionner ce « coup bas » porté à un collègue. Quant au SNI, sa direction crut bon de ne rien faire et de ne rien déclarer. Et ceci essentiellement par sectarisme, parce que les dirigeants de ces syndicats ne partagent pas les idées de Déglas.

Le devoir des syndicats, c’est avant tout de défendre tout enseignant victime de l’arbitraire et du non-respect des libertés démocratiques, quel qu'il soit. L’attitude des syndicats cités est donc une véritable démission. Cette démission commune du SNES et du SNI face à leur responsabilité est d’autant plus grave que l’affaire Déglas n’était pas le seul cas d’arbitraire. En même temps que ce dernier, Louber et Aboso, respectivement directeur d’école et conseiller d’éducation, connaissaient, eux aussi, des difficultés pour leur nomination. Il était donc évident et clair pour tout le monde qu’il y avait un climat de répression.

En ne réagissant pas rapidement, face à l’affaire Déglas, en faisant preuve d’une attitude timorée et veule, ce n’est pas seulement quelques militants anti-colonialistes que le SNI et le SNES risquent de jeter en pâture aux autorités coloniales, ce sont ces syndicats eux-mêmes qui risquent d’être frappés en tant que tels. Le colonialisme n’a pas pour habitude de distinguer entre bons et mauvais anti-colonialistes ; pour lui, il n’y a que des opposants, et comme tels, il faut les éliminer. De même qu'on ne peut pas être à la fois pour et contre le colonialisme, de même on ne peut à la fois prétendre défendre les libertés démocratiques élémentaires (droit de parole, liberté d'opinion) et se taire face à l’affaire Déglas.


La grève des étudiants pour le respect des libertés démocratiques

C’est le mardi 14 décembre que les étudiants de l'institut Vizioz votaient à l’unanimité la grève illimitée de soutien à Déglas, suivis deux jours après par les étudiants en lettres du CESL.

Pendant dix jours environ, la solidarité des étudiants s'est manifestée concrètement par voie de tracts, par leur présence et leurs interventions lors de toutes les manifestations organisées pour soutenir l’action de Déglas. Malgré les quelques réticences d'une minorité à poursuivre la grève, l’ensemble des étudiants a agi avec cohésion et unité pendant tout le déroulement de l'action. C'est avec la même cohésion qu'ils décidèrent d’arrêter la grève après l’entrevue de Déglas et du recteur, afin de la terminer, sinon sur une victoire, tout au moins sans aucun sentiment d’échec. Leur action a permis de sensibiliser la population et les lycéens sur la répression colonialiste, et cela constitue une pression non négligeable sur l'administration coloniale. Pour preuve, il n’est qu'à voir les assemblées générales de l’institut Vizioz faisant salle comble chaque fois, et où étudiants et non étudiants se sont plusieurs fois retrouvés pour faire le point et exprimer leurs opinions sur la situation coloniale de la Guadeloupe. Une grève, donc, en tout point utile et positive.


BASSES MANŒUVRES ET FILOUTERIES ELECTORALES


GUADELOUPE :

A la suite des élections municipales de mars 1971, un certain nombre de résultats avaient été contestés et des recours pour annulation avaient été faits soit par le PCG, soit par l’UDR. A Sainte-Anne, l’UDR contestait l’élection de Ibéné, candidat communiste ; à Saint-Louis, l’UDR contestait l’élection de Lubino qui avait bénéficié de l’appui du PCG ; par contre, le PCG remettait en cause l’élection de Maximin à Petit-Bourg, celle de Helene à Gosier et celle de Moustache à l'Anse-Bertrand, tous trois candidats UDR.

Le tribunal administratif de Basse-Terre avait rejeté le recours pour Sainte-Anne, mais le Conseil d’Etat en a décidé autrement : il a annulé l’élection de Ibéné.

Pour Saint-Louis, celle de Lubino a été aussi annulée, alors qu’on attend toujours la décision pour les élections de Petit-Bourg, Anse-Bertrand et Gosier.

A coup sûr, cela fait partie des petites manœuvres du gouvernement français et de sa majorité UDR pour faire le plein de députés UDR en Guadeloupe et pouvoir, grâce aux mal élus des D.O.M. (car les mêmes manœuvres sont effectuées en Martinique, à la Réunion) maintenir l’actuelle majorité à la Chambre des députés. Mais, où le gouvernement français montre le mépris dans lequel il tient le droit de vote et fait preuve d’un cynisme méprisant, c’est quand il désigne, comme membres de la délégation qui remplace la municipalité communiste de Sainte-Anne et a charge donc de préparer les nouvelles élections prévues pour les 17 et 24 décembre prochains, des UDR bon teint : l’avocat Gresse, ancien secrétaire général de l’UDR en Guadeloupe et candidat de ce parti aux législatives de 1967, Gouffran, régulièrement candidat UDR et un inspecteur de police en retraite.


MARTINIQUE :

La période précédant les élections législatives se caractérise par un grand nombre de manœuvres électorales.

Ainsi, à Rivière-Salée, les élections ont été cassées. En mars 1971, avait été élue une équipe « démocrate » malgré les manœuvres de Terrade et de l’UDR. Mais Terrade est têtu : les élections cassées, qui dirige la commission chargée de préparer le scrutin ? Tout simplement le responsable UDR de Trinité !

A Sainte-Marie, les nouvelles élections sont aussi prévues pour le 10 décembre. Là, le scrutin sera décisif car Sainte-Marie est la deuxième commune de l'île. L'UDR-fraudeur Petit, battu à Sainte-Marie, risquerait de ne pas retrouver son siège de député.

Au Lorrain, Pernock, le socialo-UDR se débat comme un beau diable. Le tribunal administratif a déjà invalidé son élection ; il a fait appel devant le Conseil d’Etat. Il a poursuivi en justice quatre de ses adversaires politiques de gauche qui ont été purement et simplement relaxés, tant la plainte était fantaisiste. Le Lorrain étant une commune très importante du Nord, on voit l’intérêt de l'UDR à conserver cette commune.

Bref, avec Sainte-Marie, Lorrain, Rivière-Salée, Terrade a du pain sur la planche : comment, en effet, transformer des voix d'oppositionnels en « béni-oui-oui, la Martinique, c'est la France » ?


CAN’NARI KA Dl CHAUDIE FESSE-LI NOUE (proverbe créole)

Depuis la mi-octobre, une violente polémique se déroule entre le PCM et le PPM. Le désaccord a commencé sur le type de campagne à mener dans le sud. On a vu ainsi le PPM accuser le PCM d'électoralisme et, inversement, le PCM traiter le PPM de diviseur.

Mais au-delà de ces invectives, ce qu'il importe de remarquer, c'est que ces accusations et contre-accusations se déroulent toujours en période pré-électorale, et on reste sidéré d'entendre le PPM accuser le PCM d'électoralisme. Que fait donc d’autre Césaire que siéger à la Chambre des députés depuis 1945 ?

Quoi qu'il en soit, les travailleurs n'ont rien à gagner dans cette histoire. Ce qui les fera vaincre, ce n'est pas trois députés de gauche, PCM ou PPM, mais leur lutte résolue et déterminée pour l’indépendance des Antilles sous la direction du prolétariat.


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Une coopération qui coûte cher à l’Afrique

Fin novembre, Pompidou a effectué un voyage en Afrique qui avait pour but officiel de « renforcer la coopération » et d’affirmer que ce système était bénéfique aussi bien pour la France que pour les « partenaires » africains. Or, comme l’ont dit les commentateurs, on vit Eyadema, président du Togo, « s’écarter de son texte préparé à l’avance » (sic) pour réclamer une révision des accords monétaires entre son pays et la France. Quelques jours après, la Mauritanie et le Dahomey faisaient une demande semblable.

On le voit, même les hommes de paille de l’impérialisme se mettent à ruer dans les brancards, et cela malgré le « cadeau » de 100 milliards d’anciens francs de remise de dettes fait par Pompidou, Soit dit en passant, le prétendu cadeau ne représente qu’une infime partie du pillage continuel et séculaire exercé par la France sur ses colonies. De surcroît, il s’agit de la remise d’une dette contractée avant l'indépendance qui a servi, d’une part, à améliorer les infrastructures, pour l’essentiel à l’usage des usiniers et des propriétaires qui étaient (et sont encore pour la plupart) des capitalistes français, et, d’autre part, cet argent a permis de mettre en place l’administration et les forces de répression des futurs Etats « indépendants », cela afin de perpétuer le système d’exploitation au profit de l'impérialisme français. Si cadeau il y a, c’est donc avant tout un cadeau de l’Etat français à ses propres capitalistes ou, en tout cas, dans l’intérêt de ceux-ci.

Par contre, Pompidou a montré son agacement dès qu’il était question de toucher à la zone franc. Ces pays font partie, depuis leur « indépendance », de la zone franc, c’est-à-dire que leur monnaie est alignée sur le franc français (1 F CFA = 2 centimes) ; cette zone franc n’est en fait que l’un des moyens qu’a la bourgeoisie française pour contrôler l’économie de ces pays. Cette sujétion atteint un degré tel que ces pays ne disposent même pas d’une banque émettrice propre, et que la fabrication et l’impression des billets sont faites en France ! Pompidou prétend que ce système garantit la solidarité de la monnaie CFA, qu’il est le seul à lui assurer une crédibilité sur le plan international. En fait, cela n’a pour résultat que d'assurer aux Etats africains une dévaluation à chaque fois que le franc français dévalue, chose assez fréquente, comme chacun sait.

Or, si les capitalistes français dévaluent, c'est que cela les arrange : la perte subie sur le prix des produits industriels est compensée par une plus forte vente. Mais cela n’arrange nullement les Africains : la production de ce qu’ils exportent (matières premières, produits agricoles) ne peut pas être augmentée rapidement, et ils subissent donc une perte sèche.

Et le problème monétaire n’est qu'un des aspects de la « coopération » et de ses effets désastreux pour les peuples africains. Les échanges entre la France et ses ex-colonies appauvrissent ces dernières de plus en plus : le prix des produits industriels s'accroît sans cesse, tandis que celui des matières premières et produits agricoles africains stagne. Il y a aussi « l’importation » massive en France de milliers de travailleurs africains qui constituent une main-d’œuvre à bon marché.

Voilà ce qu’est la prétendue « coopération » : un marché de dupes qui ne profite qu’aux capitalistes français. Et il ne saurait en être autrement des relations entre un pays impérialiste et un pays sous-développé. L'impérialisme ne fait pas de cadeau : il ne fait des échanges que lorsqu'il y trouve son profit, donc lorsqu'il a la possibilité de voler les peuples avec lesquels il entre en rapport.

L’indépendance style Togo ou Dahomey n’est en fait qu’une indépendance factice qui maintient un tel état de choses, sous la protection cette fois des flics et d'un appareil d'Etat autochtone. Et cela est une leçon pour nous, pour notre avenir. Car il y a chez nous un tas de gens qui sentent le vent tourner, et qui commencent à laisser entendre qu’ils ne seraient pas hostiles à l'indépendance, mais à une indépendance en « coopération » avec maintien de « liens étroits avec la France ». Mais tant que la France est dominée par les capitalistes, cette coopération signifiera nécessairement la poursuite de l'exploitation de travailleurs antillais au profit de l’impérialisme français.

En fait, tous ces gens sont prêts à jouer ce rôle de gendarmes et de marionnettes de l’impérialisme français, comme les dirigeants africains. Ils voudraient apparaître comme des candidats valables au poste de gérant de l'impérialisme dans des Antilles soi-disant indépendantes. Tous ceux qui nous affirment : indépendance avant tout, le reste (c’est-à-dire qui sera au pouvoir) ensuite, non seulement veulent tromper les travailleurs, mais ne sont même pas capables d'assurer une réelle indépendance, l’exemple des pays africains nous le prouve.

Et si nous voulons éviter les désillusions de nos camarades africains, nous, travailleurs antillais, devons préparer une toute autre indépendance. Ce n’est qu’en nous emparant nous-mêmes du pouvoir pour l’exercer nous-mêmes, pour diriger nos propres affaires que nous serons réellement indépendants.

Noël CANTIUS.


Vietnam, RIEN NE CACHERA LA DÉFAITE DE L'IMPÉRIALISME

Cela fait un mois que Nixon a été réélu à la présidence des Etats-Unis, sur la promesse savamment entretenue de faire la paix au Vietnam dans un proche délai.

Rappelons que ce cadeau de Noël qu’il a promis au peuple américain lui a permis de désamorcer l'opposition pacifiste qui aurait pu lui être néfaste sur le plan électoral.

Mais toutes ces promesses de Nixon n’étaient que pure hypocrisie. Car la guerre se poursuit au Vietnam. L’aviation américaine continue à déverser chaque jour sur le Vietnam des tonnes de bombes qui font parmi la population civile des milliers de victimes. Ces actes sont d’autant plus criminels que l'impérialisme sait qu’il a perdu la guerre et qu'il lui faut plier bagages. Et même si on ne connaît pas la teneur des entretiens entre le gouvernement sud-vietnamien, le représentant du gouvernement américain Henry Kissinger et Le Duc Tho, le délégué du Nord-Vietnam, on peut dire qu’ils sont sans aucun doute le prélude à un désengagement total des Américains au Vietnam.

Mais Nixon n’est pas pressé. Il prend tout son temps. D’une part, parce que sa réélection lui a donné une marge de manœuvre très importante pour essayer d’arracher quelques concessions supplémentaires au camp adverse. D’autre part, tout ce louvoiement est destiné aussi à donner l’illusion aux partisans de la continuation de la guerre qui constituent une couche non négligeable de sa base électorale, que les Etats-Unis n’ont pas perdu la guerre au Vietnam et qu’ils s’en vont de leur propre gré.

Cette politique, l’impérialisme américain la paie de milliers de victimes vietnamiennes. Ce n’est pas ce qui le gêne le plus, car il n’y a point de limite à sa barbarie. Il ne recule point devant les moyens pour arriver à ses fins. Mais tout le tissu de mensonges et d’hypocrisie dont il entoure les négociations en cours ne cachera pas le fait que le peuple vietnamien a tenu en échec l’impérialisme américain.

Bien sûr, nous savons que le pouvoir qui sera mis en place ne sera en rien celui de la classe ouvrière et donc que cette victoire-là n’est pas celle des travailleurs vietnamiens ; celle-ci reste encore à conquérir au Vietnam comme dans tous les autres pays. Mais tout de même, la lutte du peuple vietnamien doit constituer un exemple pour nous aux Antilles. Elle nous a montré ce que les opprimés sont capables de faire contre une puissance impérialiste, lorsqu’ils sont déterminés.

Mais pour que demain la lutte des travailleurs et des paysans pauvres antillais pour l'indépendance des Antilles aboutisse à ce qu’ils prennent eux-mêmes le pouvoir et l’exercent directement, et réellement, il faut que dès maintenant les travailleurs s’attellent à la construction du parti ouvrier révolutionnaire.

Georges RASSAMY.


A PROPOS DU BUDGET DES D.O.M. POUR 1973

L'Assemblée nationale a adopté en première lecture le budget des soi-disant D.O.M. Ce budget serait en augmentation de 10 % par rapport à 1972. Radio et presse aux ordres nous ont régulièrement annoncé que 379 millions au lieu de 343 seraient consacrés aux D.O.M.

Le vote a été l'occasion des sempiternelles déclarations sur les « problèmes » des Antilles et de la Réunion et des T.O.M. Les solutions envisagées sont toujours les mêmes : l'émigration, le tourisme et l’industrialisation.

Ministres et députés gouvernementaux sont passés maîtres dans l’art d'utiliser des mots creux et dans le radotage. Car la seule politique qu’ils pratiquent, outre la répression, est celle de la poudre aux yeux.

Pendant un moment, la poudre aux yeux, c’était la « régionalisation », puis ce turent les « cadeaux ». « On » nous fit « cadeau » d'une université, on nous fit «cadeau» du tarit réduit sur les voyages aériens entre Paris et Le Raizet, il faut ajouter aussi une piscine olympique et un crédit de 407.000 F pour l'organisation des voyages de jeunes vers la France.

On ne peut guère trouver mieux en matière de politique démagogique et à courte vue ! Le gouvernement ne cesse de se moquer du monde. Etant incapable de résoudre les problèmes urgents et importants qui se posent, il tente de tromper son monde en faisant du spectaculaire et même du... publicitaire. Cela ne règle pas le problème du chômage, des bas salaires et de l’absence d’organisation économique véritable des soi-disant D.O.M.

Qu’importe ! Il faut tenir ! Il faut garder la colonie sous la botte !

Mais que ces messieurs ne se fassent pas trop d'illusions. L'apparente indifférence qui règne cache un profond mécontentement. Un mécontentement qui ne tardera pas à se transformer en volonté de lutte pour briser sans rémission la dépendance coloniale, et faire définitivement cesser toutes les simagrées d'une Assemblée qui prétend nous représenter.