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CO n° 37 du 17 avril 1974



EDITORIAL


LES TRAVAILLEURS DOIVENT PRENDRE EUX-MEMES EN MAIN LA DIRECTION DE LEURS LUTTES

Aussi bien en Martinique qu'en Guadeloupe, le mécontentement des travailleurs devant l'aggravation de leurs conditions d’existence continue de se faire sentir. Mais pour exprimer ce mécontentement et s’engager dans la bataille contre la vie chère, contre les licenciements et le chômage, les travailleurs ne se sentent pas appuyés à fond par les organisations syndicales. Ils voient les hésitations et les manœuvres de ceux-ci pour éviter la lutte entre ouvriers et patrons. Les syndicats multiplient les allées et venues entre les patrons et les travailleurs, brandissant devant les premiers la menace de l’action ouvrière, c’est-à-dire la grève.

Dans le Bâtiment, il a suffi de cette menace pour que les patrons accordent, après avoir lanterné les dirigeants syndicaux pendant des semaines et des semaines, une augmentation de salaire. Cela s’explique par le fait que la classe des patrons sait ce qui s’est passé en Martinique et ils ne veulent pas se trouver en face d’une grève générale de la même ampleur en Guadeloupe.

Pourtant, dans le Bâtiment, la CGT et la CFDT font le va-et-vient à la commission paritaire depuis plus de trois mois. Elles ont évité soigneusement toute grève, toute action importante des travailleurs de ce secteur et n’ont eu que des grèves tournantes à proposer aux ouvriers du Bâtiment. Résultat : les patrons faisaient la sourde oreille et, convoqués de commission paritaire en commission paritaire, se frottaient les mains devant l’attitude timorée des syndicats. Puis il y eut la grève en Martinique et les travailleurs de Guadeloupe, mis au courant des salaires obtenus en Martinique face aux mêmes patrons par leurs camarades martiniquais, commençaient à trouver un peu longues toutes ces discussions en commission paritaire. A tel point que les travailleurs menaçaient de déclencher, tout seuls, la grève pour obtenir satisfaction. Les syndicats appelaient à la grève le 2 avril, puis décommandaient cette grève. Il s’est trouvé, quand même, des travailleurs qui ont fait grève. Devant le climat de combativité dont témoignaient de nombreux indices, an accord était signé donnant 12 % d'augmentation de salaire dans le Bâtiment. Ce que trois mois de tractations avec les patrons n’ont pas permis d’obtenir, la menace de grève l’a obtenu. C’est au moment où le syndicat FTG, en opposition avec la CGT et la CFDT, s’apprêtait à déclencher la grève pour la revendication de 1.300 F minimum que les patrons se sont décidés à s’entendre avec la CGT et la CFDT, plus conciliatrices, et signer l’accord.

Les travailleurs de la Banane, eux, ont contraint les patrons guadeloupéens à céder sur les 35,50 F en se mettant en grève pendant une semaine, malgré les réticences de la CGT.

Déjà, les travailleurs du Bâtiment, en Martinique, avaient fait cette démonstration que la lutte paie plus et plus vite que les interminables négociations dans les cabinets des patrons. C’est une leçon que les travailleurs retiendront.

Mais il ne suffit pas de déclencher les grèves malgré l’avis des directions syndicales lorsque celles-ci montrent le même manque de hardiesse que dans la Banane. Il est indispensable pour les travailleurs d’apprendre à diriger eux-mêmes leurs luttes. Là où lis auront réussi à se mettre en lutte, ils devront aussi se donner leur propre organisme de direction, ils ne pourront faire confiance pour défendre leurs intérêts aux seuls syndicats. Leurs intérêts leur commandent de se doter d’un Comité de grève élu par tous les travailleurs qui sont dans la lutte. C’est le seul moyen qui permette de contrôler ce que font en leur nom les directions syndicales dont toute la conduite montre qu’elles ne sont pas décidées à organiser efficacement la lutte des travailleurs contre les patrons. C'est le seul moyen qui permette aux travailleurs de ne pas rester désarmés en cas de passivité, ou de trahison de tel ou tel syndicat.

Jusqu'ici, les travailleurs ont su donner de l’élan aux grèves qu’ils avaient contraint les syndicats à déclencher ; ils sauront aussi prendre la direction de ces luttes en commençant par imposer leurs comités de grève. Cela, c’est la condition du succès.


Guadeloupe, GREVES DANS LA BANANE : LES PATRONS ONT RECULE !

La grève de février en Martinique avait été suivie avec beaucoup de sympathie par les travailleurs de la Guadeloupe ; et nombreux étaient ceux qui pensaient « qu'il fallait faire comme en Martinique ». Quand la radio annonça que les ouvriers de la Banane en Martinique allaient être payés 35,50 F au lieu de 28,80 F certains travailleurs crurent que cette mesure concernait la Guadeloupe, et allèrent demander des explications à leur patron qui s’empressait de leur expliquer que cela n’intéressait pas la Guadeloupe. Dès lors, l’idée des 35,50 F pour une journée de 8 heures fit son chemin parmi les ouvriers de la Banane, d’autant plus que les militants de notre tendance popularisaient cette idée par voie de tracts, discussions et réunions dans la région de Capesterre, Goyave, et Petit-Bourg insistant sur le fait que seule la grève obligera les patrons à céder. C’est alors que la CGT lors d’une réunion de travailleurs de la Banane dressa un programme revendicatif comprenant notamment les 36,50 F et la révision des tâches. Ce programme fut envoyé au patronat qui fit la sourde oreille.

La CGT organisa alors une assemblée générale le 24 mars 1974, dans le but de rédiger un programme d’action. A cette assemblée furent présents des travailleurs de différents syndicats et des non-syndiqués. A cette réunion, Leroy, le responsable CGT proposa comme il le fait dans les autres secteurs, une grève d'avertissement de 24 ou 48 heures pour les 2 et 3 avril. Beaucoup de travailleurs rejetèrent cette proposition pensant que cela ne suffirait pas pour faire céder les patrons. Leroy expliqua qu’il ne s’agissait que d'une grève d’avertissement et qu’au cas où les patrons de la Banane ne donneraient rien on reprendrait le mouvement. Finalement, on arrêta le principe d’une grève de trois jours (les 2, 3 et 4 avril). Merland, le secrétaire CGT de la Banane précisa : « au cas où les patrons ne viendraient pas en commission paritaire ». Mais pour les travailleurs la grève avait été décidée. Certains firent savoir qu’ils étaient partisans de la grève jusqu’à ce que les patrons cèdent.

Le lundi 1er avril, nouvelle assemblée générale. Les patrons de la Banane n’ayant pas répondu aux revendications, la grève est décidée effectivement pour le lendemain. Certains travailleurs émirent l’idée de mettre sur pied des piquets de grève et aussi un Comité de grève. Les responsables CGT n’étaient absolument pas d’accord et demandèrent même aux travailleurs de rester chez eux. Mais contrairement à leur désir, dès le mardi, des groupes de débauchage se formèrent devant le local de la CGT. Le mercredi 3, assemblée générale des grévistes. Leroy annonça que les patrons acceptaient de payer les 36,59 F mais à la condition d’augmenter les tâches. La nouvelle fut accueillie comme une insulte faite aux travailleurs. Leroy poursuivit en disant que comme les gros propriétaires n’avaient rien cédé, la grève allait se terminer le jeudi 4 comme convenu mais que le mouvement allait se poursuivre sous d’autres formes, parce que expliqua-t-il, beaucoup de travailleurs ne pourront pas supporter une grève longue. Contrairement à ses espérances, la majorité des travailleurs demandaient la continuation de la grève jusqu’au lundi 8 avril. Car, pour eux, si la grève s’arrêtait le 4 avril, les patrons auraient eu le temps de faire couper les bananes et de remplir le navire bananier qui était dans le port de Basse-Terre.

Le lendemain jeudi, le groupe de débauchage augmenta en importance. Même le secrétaire CGT Merland, hostile à ce principe, y participa, mettant sa voiture au service des grévistes. Le résultat, c’est que la grève fut totale dans la région de Capesterre-Goyave les jours suivants. Finalement, après bien des péripéties, les patrons de la Banane lâchèrent 35,50 F au lieu des 36,59 F, soit 5,01 F d’augmentation, la question des tâches devant être discutée par la suite en commission paritaire.

Certains travailleurs voulurent poursuivre le mouvement, mais, finalement, comme la majorité était pour la reprise, le lendemain 9 avril, le travail reprit dans toutes les plantations, les travailleurs étant bien décidés à refuser toute augmentation des tâches.






NI CHABAN, NI GISCARD, NI MÊME MITTERRAND NE CHANGERONT LE SORT DES TRAVAILLEURS DES ANTILLES !

Le ciment de la dalle de pierre qui devait recouvrir le cercueil du président défunt avait à peine séché qu'une lutte farouche pour sa succession s’engageait.

Et si, dans la bataille, les formations de gauche, à défaut d'être unies, présentent un candidat « commun », il n’en va pas de même à droite.

Au sein même de la majorité gaulliste, en effet, les hauts dignitaires du régime se livrent à un jeu de combinaisons diverses, de manœuvres sombres qui frisent l’indécence.

A l’heure où nous écrivons, nous ne connaissons pas encore le nom de tous les candidats qui participeront à la course au fauteuil présidentiel. Mais les ténors sont, d’ores et déjà, connus.

Qui sont-ils donc, ces gens qui tendent à monopoliser te devant de la scène politique ?

Il y a, à droite tout d’abord, le duo ou plus exactement, les frères ennemis : Jacques Chaban-Delmas et Valéry Giscard d’Estaing. Ils sont peut-être deux à se présenter, mais les travailleurs auront bien du mal à découvrir ce qui les sépare, Car, en vérité, il n’y a rien qui distingue Chaban de Giscard ! Durant ces dix dernières années, l’un et l’autre se sont retrouvés, sinon toujours dans le même gouvernement, du moins, sans cesse, au sein de la même majorité ; en tout cas, ils ont été, à des titres divers, responsables de la même politique.

En effet, quelles que puissent être les nuances politiques qui différencient les deux hommes et l’importance de ces nuances aux yeux de la classe politique, Chaban-Delmas et Giscard d’Estaing

défendent les mêmes intérêts, ceux de la bourgeoisie, diamétralement opposés à ceux des travailleurs.

Les forces de police coloniale qui ont, en février dernier, au Lorrain, en Martinique, tiré sur des travailleurs en grève, faisant deux morts, sont précisément armées et sous les ordres de tous ces hommes politiques de la bourgeoisie quand ils sont au pouvoir, qu’ils s’appellent Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing ou même Mitterrand.

En face de cette droite défendue en ordre dispersé par ses représentants, l’actuel secrétaire général du Parti Socialiste, François Mitterrand justement, soutenu par toute la gauche, brigue, lui aussi, le suffrage des électeurs.

A la différence des candidats de droite, Mitterrand se réclame des travailleurs. Il se présente comme le défenseur des travailleurs, des opprimés, des humbles. De cet homme, c’est cette image que cherchent à imposer les organisations en qui les travailleurs ont confiance : le Parti Communiste, le Parti Socialiste, la CGT, la CFDT.

D’après ces partis et syndicats, le candidat commun de la gauche parlerait au nom des travailleurs et incarnerait leurs intérêts.

Pourtant, Mitterrand ne représente pas plus les travailleurs que les autres candidats. C’est un homme politique, de gauche peut-être, mais bourgeois à coup sûr, comme ceux contre qui il se présente dans ces élections.

Au pouvoir, Mitterrand ne fera rien de différent de ce qu’ont fait avant lui Pompidou ou De Gaulle.

Mitterrand président, ce sera pour les travailleurs la même exploitation et pour les Antilles la même oppression ; c’est tout le passé de cet homme politique qui le dit. Et, aujourd’hui, c’est tout son programme électoral, dans lequel on chercherait en vain l'expropriation des capitalistes ou l'indépendance pour la Guadeloupe et la Martinique.

Nous croyons que de ces élections, nous, travailleurs, n’avons rien à attendre. Quel qu’en soit, demain, le résultat, il ne pourra pas en sortir de changement radical pour nous. Aussi, tous ceux qui promettent monts et merveilles de ces élections nous mentent. De même, tous ceux qui nous demandent de respecter une trêve sociale pendant la durée de la campagne électorale veulent préserver les intérêts des bourgeois et passer pour responsables devant eux.

Travailleurs des Antilles, ne nous laissons pas bercer d’illusions ! Nous n’aurons et ne pourrons de toute façon obtenir que ce que notre lutte nous permettra d’arracher.

Si nous voulons mettre fin à notre exploitation et à la dépendance coloniale, ne comptons pas sur Mitterrand ! Car même s’il promettait quoi que ce soit, il ne tiendrait pas parole ; mais de toute façon, il ne promet rien : il demande de lui faire confiance.

Ph. D.



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Martinique :

Contre la répression, la riposte doit être immédiate et unitaire

Après le puissant mouvement de grève qui s’est déroulé en février, après la puissante démonstration de force faite par la classe ouvrière de la Martinique, la bourgeoisie coloniale veut faire payer aux travailleurs et à ceux qui les soutiennent, les militants révolutionnaires, la grande peur qu’elle a eue et les revendications qu'elle a été obligée de satisfaire.

Depuis quelque temps, dans la région de Marigot, des tentatives de lynchage ont eu lieu contre des militants ; une de leurs voitures a été incendiée. Dimanche 7 avril, Michel Renard, maire du Marigot, tentait d’empêcher des militants du GRS de diffuser leurs tracts, il a fait appel à une bande de nervis armés de sabres et de couteaux, ainsi qu’aux gendarmes par l’intermédiaire de la sous-préfecture ; il tentait même d’effrayer la population par une préparation psychologique en faisant sonner les sirènes de la commune.

Les camarades du GRS ont pu, néanmoins, en discutant avec la population imposer la diffusion de leurs idées. C’est donc un premier échec pour Renard.

Lundi, trois militants anticolonialistes : Bravo, Cabort-Masson et Ferdinand ont été arrêtés : des gardes mobiles armés jusqu’aux dents ont perquisitionné leurs domiciles avant de les emmener. A l’heure actuelle, seul Ferdinand est encore en prison sous prétexte de « détention d’armes », alors que les nervis de l’UDR, eux, tentent d’imposer leur loi avec des armes de toutes sortes dans la région de Marigot et, cela, impunément.

Il s’agit là de véritables méthodes de gangstérisme, de banditisme, de la part des politiciens UDR et des gardes mobiles. Mais tous ces gens n’agissent pas seuls, ils agissent sur l’ordre des capitalistes terriens du secteur bananier, avec la complicité du pouvoir colonial, c’est-à-dire des préfets et sous-préfets, et de toute la bourgeoisie coloniale.

  • N'oublions pas qu’André Aliker a été assassiné par ces mêmes gens.

  • N’oublions pas Ilmany,

  • N'oublions pas Marie Louise.

Les capitalistes locaux cherchent à provoquer, à créer un climat de tension telle que les forces de gendarmerie noient un de ces jours dans un bain de sang la lutte des travailleurs.

Déjà, depuis quelque temps, dans leurs journaux, La Vague, Le Combat, France-Antilles, ils

ont déclenché une campagne hystérique et bien orchestrée contre les partis de gauche et les groupes révolutionnaires. Les plumitifs de ces torchons dénoncent « ceux qui veulent assassiner la Martinique» «ceux qui reçoivent des ordres de l’extérieur » ; ils en appellent à la justice coloniale «trop clémente» selon eux, pour réprimer « les agitateurs gauchistes », ils livrent les dirigeants de certains groupes et partis à la

répression en les nommant et en les portant responsables des événements de février. Aujourd’hui, ils passent à une autre phase, ils attaquent physiquement les travailleurs et les militants révolutionnaires.

Il est temps que se constitue très rapidement un front uni contre la répression, rassemblant tous les partis de gauche et d’extrême-gauche, tous les anticolonialistes, tous ceux qui ont été partie prenante dans le grand mouvement que la classe ouvrière de ce pays a organisé il y a quelques semaines.

Il faut empêcher d'agir les bandes armées du pouvoir colonial et de la bourgeoisie.

  • A bas la répression des bandes armées de la bourgeoisie !

  • A bas la répression coloniale !

  • Cessez immédiatement les poursuites !

  • Libérez Ferdinand !


Un "B.M.C." en Guyane

Un « BMC » (pour les non avertis, bordel militaire de campagne) vient d’être installé par la légion étrangère basée maintenant en Guyane, après avoir été chassé de Madagascar. Il faut bien, n'est-ce pas, occuper ces légionnaires qui, après l'entretien des routes (alors qu'il y a des milliers de chômeurs), la répression sur les Indiens et les travailleurs guyanais, n'ont plus grand-chose à faire, et cette oisiveté risquerait bien sûr d’être néfaste pour le moral des troupes.

Peut-être que le colonialisme pense ainsi faire d’une pierre deux coups : préserver le moral des troupes et résoudre le problème du chômage en proposant au maximum de jeunes Guyanaises de se prostituer tout en contribuant à maintenir « la présence française dans ces lointains départements ».

La scélératesse coloniale n'a vraiment pas de bornes !


Acquittez les jeunes du Gros-Morne !

On se souvient qu’à la suite d’un match de football le 30 septembre 1973, au Gros-Morne, des incidents avaient eu lieu. Audouin, le chef de la brigade de gendarmerie, avait même été blessé à la tête. Par la suite, les gendarmes avaient convoqué une quinzaine de jeunes et avaient battu et torturé plusieurs d’entre eux. Non contents de cela, ils avaient accusé cinq d’entre eux de « violences et voies de fait ». Le procès se déroula le 20 mars.

Auparavant, s’était créé un Comité de soutien aux jeunes et les organisations de gauche et d'extrême-gauche avaient appelé à deux meetings au Gros-Morne et à Fort-de-France.

Le Préfet, inquiet, interdit toute manifestation près du Palais de Justice gardé par une trentaine de flics et quatre cars de garde-mobiles. A l’audience, ce furent les jeunes qui accusèrent les gendarmes de les avoir battus. Finalement, le jugement fut renvoyé au 3 avril.

Ce sont les cinq jeunes qui ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis !

Mais il n’est pas question d’accepter pareil verdict. Ces jeunes doivent être acquittés ! C’est pourquoi ils ont fait appel. Et ils ont raison.

La justice étant ce qu’elle est, peut-être la cour d’appel confirmera-t-elle le verdict rendu en premier jugement. Mais il est indispensable de dénoncer la complicité qui unit toutes les autorités face aux tortures policières.

Et de même que ces jeunes ont obtenu le soutien actif des organisations démocratiques et de la population, soutien qui a déjà contraint l’administration et la justice coloniales à reculer une première fois, seule une mobilisation encore plus large et plus puissante est nécessaire pour arracher leur acquittement. Il nous faut montrer au colonialisme qui torture, fusille et condamne qu'il ne peut pas faire impunément tout ce qu’il veut dans ce pays.

A bas la Justice Colonialiste !

Les jeunes du Gros-Morne doivent être acquittés !


Guadeloupe

BATIMENT : les patrons donnent 5,70 F, mais les travailleurs peuvent arracher plus par la lutte

Dans le Bâtiment, un accord vient d’être signé entre le patronat et les syndicats CGT, CFDT et FO (Basse-Terre), accord selon lequel les salaires seront augmentés de 12 %. A première vue, cela pourrait apparaître comme un succès réel, et gageons que la direction CGT ne se fera pas faute de présenter cela comme une victoire de sa stratégie de discussion à tout prix, l’aboutissement de... quatre mois de rencontres avec les patrons.

Mais si les dirigeants réformistes des syndicats s’estiment satisfaits, on ne saurait en dire autant des travailleurs. Disons tout d’abord que les 12 % d'augmentation sont peu en regard des hausses de prix qui ont touché ces derniers mois les produits de base tels que le riz, l’huile, la morue, le pétrole, le gaz, etc., et qui se chiffrent en 30, 40 ou 50 %, et parfois plus. Ce n'est pas un salaire horaire de 5,70 F qui permettra aux ouvriers ne serait-ce que de vivre décemment.

La CGT le sait très bien qui, en acceptant ces 5,70 F, a fait un recul considérable par rapport à sa revendication d'origine, qui était de 1.000 F nets minimum par mois, soit 6,32 F de l’heure. Mais dans le même temps qu’elle réclamait cela, elle prévenait déjà les patrons qu'elle était prête à se contenter de moins, puisqu’elle précisait : « Nous ne voulons pas formuler les revendications en termes démagogiques (sic) comme le fait actuellement Jason... (qui) réclame 7,48 F de l'heure pour le manœuvre. (...) Nous voulons poser les problèmes sérieusement et nous demandons aux patrons de faire la même chose. Nous sommes pour la négociation, mais les travailleurs ne peuvent pas attendre indéfiniment le bon plaisir du patronat. Il faut discuter sérieusement ».

En d’autres termes : nous, les dirigeants syndicaux, nous sommes des gens responsables, qui ne demandent pas grand-chose, qui ne cherchent qu’à discuter; mais attention : les travailleurs, eux, ne peuvent pas attendre indéfiniment. On ne saurait mieux résumer, et la position des dirigeants syndicaux, et ce qui a conduit les patrons à accorder les 5,70F.

Alors que la grève était prévue pour le 2 avril, on vit les directions syndicales la renvoyer sans cesse, jour après jour, sous prétexte que « les négociations se poursuivaient ». Mais le mécontentement n’en était pas moins réel chez les travailleurs, à tel point que certains firent grève d’eux-mêmes, et qu'un tract fut distribué sur un grand chantier de Pointe-à-Pitre, par des ouvriers invitant leurs camarades à prendre leur lutte en main.

Dans de telles conditions, on comprend que le patronat ait senti la nécessité d’accorder aux travailleurs un salaire équivalent à celui des ouvriers martiniquais, tout en évitant d'avoir à faire face à une grève générale comme en Martinique (n’oublions pas qu'il s'agit des mêmes sociétés). Les syndicats, quant à eux, et singulièrement la CGT, n’ont aucune envie de voir se déclencher un mouvement d’ensemble des travailleurs pendant cette période préélectorale. D’où leur empressement à conclure un accord.

De son côté, l’ex-Fraternité Ouvrière, rebaptisée depuis peu FTG (Fédération des Travailleurs de la Guadeloupe) mettait en avant le mot d’ordre de 1.300 F minimum, somme plus en rapport avec les besoins actuels des travailleurs. Cependant, l’absence totale de mesures prises par ce syndicat pour déclencher effectivement la lutte pour les 1.300 F fait douter de sa volonté réelle de les obtenir. Après quatre entrevues avec les patrons qui aboutirent à une impasse, une grève «d’avertissement» était annoncée pour le jeudi 11 avril, grève qui fut d’ailleurs assez peu suivie, étant donné le manque de préparation.

Devant cette attitude des directions syndicales, les unes comme les autres se refusant à engager un mouvement véritable alors que rien n’est vraiment résolu, seule une action déterminée des travailleurs du Bâtiment pourra contraindre les patrons à céder. Mais pour une telle action, les travailleurs ne doivent compter que sur eux-mêmes. L’exemple des camarades du secteur de la Banane a montré que lorsque les ouvriers décident de prendre eux-mêmes leur lutte en main, les dirigeants syndicaux sont bien obligés de les suivre, et que cette lutte peut être victorieuse. Les travailleurs du Bâtiment pourraient bien, eux aussi, en faire la démonstration.


ECHOS ECHOS


MARTINIQUE : Licenciements chez Clérempuy

Encore pour des raisons de rentabilité, Clérempuy a licencié, il y a quelques jours de cela, une dizaine de travailleurs. On aurait pu croire que c'est pour fin de chantier. Eh bien, non ! car M. Clérempuy a d'importants travaux à la zone de Gros de la Jambette et il pourrait y employer de nombreux travailleurs.

Mais ce grand seigneur du Bâtiment préfère « purger » un petit nombre de travailleurs par des cadences poussées et des heures supplémentaires écrasantes.

Il est évident que par sa volonté de nous mettre en coupe réglée Clérempuy nous prend pour des imbéciles mais c'est là une appréciation que nous nous devons le lui faire regretter.


CHEZ LAROUGERY : N’acceptons pas d’être roulés par les patrons

Larougery a pris pour habitude de nous imposer trois mois d’essai alors que la convention collective prévoit une semaine.

Cela permet à ce « Monsieur » de nous licencier au bout de trois mois éventuellement.

Mais les travailleurs ne se laisseront pas faire et l’obligeront à respecter le temps d'essai en vigueur dans tous les chantiers.





SEGTA - DE BRIAND :

Non aux licenciements, A bas les heures supplémentaires !

Les ouvriers travaillent de 7 heures du matin jusqu'à 19 heures du soir et même jusqu'à 20 heures.

Cela montre que, sur le chantier, il manque du personnel. Dans le deuxième bloc, il y a un traceur pour tout le bâtiment.

Ce traceur doit courir à droite, à gauche, tantôt au premier, tantôt au neuvième ou encore à la préfa ; vraiment, il y a de quoi devenir fou. Malgré cela, la SEGTA licencie des centaines d’ouvriers à Ozanam.

Nous devons à tout prix obliger les patrons à embaucher du personnel, interdire les heures supplémentaires et imposer aux patrons de nous donner du travail ailleurs, lorsqu’un chantier prend fin.

C'est par là seulement que nous arriverons à obtenir notre ancienneté et en même temps à éliminer le chômage.


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Blocage du prix de sept articles

De la poudre aux yeux des travailleurs !

Le jeudi 10 avril, au cours d’une réunion à la préfecture de la Guadeloupe, le préfet Le Cornec a réussi à convaincre les gros négociants d'accepter le blocage de sept articles de première nécessité.

Déjà, le 26 mars dernier, avait eu lieu une première « séance de concertation » sur les problèmes de la hausse des prix. Ainsi, il aura fallu attendre plus de six mois pour que les pouvoirs publics daignent « discuter » de la hausse des prix alors que, depuis, le niveau de vie des travailleurs ne cesse de baisser et que leur situation devient chaque jour plus dramatique.

Le préfet cherchait soi-disant une solution pour freiner la flambée des prix ; et à qui la demande-t-il ? A ceux-là mêmes qui, se servant de la hausse du coût des transports, profitent pour augmenter les prix de vente sans contrôle, de 100 à 200 % bien souvent.


il est sûr que les transports ont augmenté mais l’augmentation des marchandises est de beaucoup plus importante que la simple répercussion de l’augmentation des transports. La différence va tout droit dans les poches des grands négociants qui développent leurs affaires, ouvrent des succursales, etc.

La décision de bloquer les prix de sept articles : riz, huile, salaisons de porc, légumes secs, poissons séchés, pâtes alimentaires, ne peut pas changer grand-chose pour le budget d’une famille de travailleurs. De plus, cela montre bien le mépris dans lequel le gouvernement tient les travailleurs. Pour lui, il faudrait sans doute que les travailleurs acceptent de se nourrir uniquement avec les sept articles. Peut-être, n’ont-ils pas besoin de se vêtir, d’envoyer leurs enfants en classe, etc. ?

Mais les travailleurs ne vivent pas avec « sept articles » et ce blocage sous-entend que les gros commerçants pourront se rattraper largement en continuant d’augmenter sans contrôle le prix des autres articles. En fait, cette mesure, prise d’ailleurs après avoir laissé grimper les prix suffisamment pour que les capitalistes tirent de ces produits des profits substantiels, n'est que de la poudre jetée aux yeux des travailleurs, à grand renfort de publicité. Cela s'inscrit dans la politique de charme de Le Cornec, comme d’ailleurs toutes les tournées-promenades qu’il a entrepris de faire dans les communes.

Si Le Cornec tient tellement à cœur d’éviter aux travailleurs les conséquences désastreuses de l’inflation, il y a un moyen. Qu’il impose immédiatement aux Rimbaud, aux Audebert et à tous les patrons l’obligation d’augmenter automatiquement les salaires à chaque paie, en fonction des hausses de prix constatées par les travailleurs eux-mêmes.

Mais la démagogie de Le Cornec ne va pas jusque là...

Georges RASSAMY.


LE PREFET AUX CHAMPS...

Décidément, M. Le Cornec est un préfet dont on ne saurait dire qu’il ménage ses efforts pour redorer le blason de sa profession, bien terni, il faut le dire, par son prédécesseur, qui n’était guère préoccupé par toutes ces subtilités, et qui estimait que les képis-rouges suffisaient pour le dialogue. M. Le Cornec, lui, est plutôt dans le genre bien élevé ; il n’hésite pas à « faire du social » : il a même serré la main à des ouvriers agricoles (mais oui, mais oui !) et c’est le genre de personne qui, avant de vous faire matraquer par ses CRS, est capable de vous demander de bien vouloir l’excuser, car s’il fait cela, c’est uniquement parce qu’il y est obligé. Et si par hasard un ouvrier tombait assassiné par !es « forces de l’ordre », on l’imagine très bien envoyant des fleurs à la veuve, avec sa carte.

Il faut le voir à la une de France-Antilles, les cheveux soigneusement plaqués vers l’arrière, à la Rudolf Valentino, posant pour la postérité, le sabre à la main, dans les champs de canne (vous avez vu, hein, je n’ai pas peur de me salir les mains !) ; ou encore marchant d’un pas assuré dans les bananeraies pour mieux « toucher du doigt les conditions de travail ».

Tout cela ne semble pas, en tout cas, avoir incité notre héros à intervenir auprès des patrons pour qu’ils améliorent en quoi que ce soit les conditions de travail dans la Canne et dans la Banane. Il semblerait même que ces promenades au grand air l'aient quelque peu perturbé, au point de lui donner des idées saugrenues : c'est ainsi que l’on a pu entendre notre cher préfet conseiller aux travailleurs, pour résister aux effets de la hausse des prix, de... planter des légumes dans leur jardin !

Voilà qui est admirable ! Ainsi, inutile de revendiquer une amélioration des salaires : il suffit, en plus de huit à dix heures de travail quotidien sous le soleil, d'aller cultiver son jardin, et là question est résolue. Pourquoi n’avoir pas proposé à chacun de fabriquer lui-même ses propres chaussures, son propre transistor, sa propre chemise, son propre tissu et de raffiner son propre pétrole, tout cela en guise de distraction, le soir, avant de se coucher ? Comme cela, on n’aurait même plus besoin de salaire, puisqu’on fabriquerait tout soi-même !

Sans doute, ces réflexions sont-elles venues à M. Le Cornec après une harassante journée de travail à la préfecture, où il éprouva le besoin de faire du jardinage, pour se détendre. Mais les travailleurs, eux, ne vont pas sur les plantations ou les chantiers pour visiter. Ils y travaillent suffisamment dur pour être en droit de revendiquer un salaire qui leur permette de vivre, sans faire du jardinage.

Ajoutons que ceux qui ont un morceau de terre n’ont pas attendu les conseils du préfet pour le cultiver, car bien souvent, c’est cela qui leur permet de tenir, ce qui est assez scandaleux. Enfin, dernière question : permettra-t-on à ceux qui n’ont pas de terre de venir planter leurs légumes dans les jardins de la préfecture ?

SIDOINE.


Grève des ouvriers de la Banane


La direction du S.O.B. a pris le train à temps

La grève des ouvriers de la Banane, malgré l’effervescence qui régnait dans ce secteur depuis le début du mois de mars a surpris la direction du SOB (Syndicat des Ouvriers de la Banane). En effet, cette direction, avec Rovélas à sa tête décida d’appeler les travailleurs du SOB à ne pas participer à la grève dès travailleurs de la Banane déclenchée le 2 avril. Comment expliqua-t-elle sa position ? Pour Rovélas, car de fait, c'est lui qui dirige le SOB, la grève du 2 a été déclenchée par des éléments dangereux pour la classe ouvrière en accord avec la CGT. Rovélas considère comme dangereux pour la classe ouvrière, plus de cent travailleurs réunis en assemblée générale et décidant démocratiquement de leur lutte.

D'autre part, le SOB explique que lors de la grève des ouvriers de la SCEFA (société bananière), déclenchée par le SOB, du 18 au 25 janvier, la CGT avait demandé aux travailleurs de ne pas faire grève.

En conséquence, aujourd’hui, des ouvriers sont en grève à la suite d'un mot d'ordre lancé par la CGT, le SOB demande à ses adhérents de ne pas faire grève. On se demande si la direction du SOB cherche à défendre effectivement les intérêts des travailleurs. Pour elle, une grève qui n’a pas été déclenchée sous ses ordres n’est pas valable.

Mais, la direction du SOB était bel et bien en retard d'une grève, car la plupart des travailleurs de ne syndicat étaient déjà dans la grève pour les 36,59 F.

Finalement, la direction du SOB prit le train à temps et le jeudi 4 avril, elle demanda aux ouvriers de la Banane d’entrer en grève pour... « obliger les patrons à nous recevoir (la direction du SOB) et discuter notre programme de revendication basé en général sur l’arrêté préfectoral du 1er août 1949 ». De la lutte pour les 36,59 F, il n’en est pas question. Voilà comment des gens qui prétendent défendre les intérêts des travailleurs mettent à nu leur opportunisme.


Les directions syndicales et la démocratie ouvrière

LA grève du 2 avril dans la Banane n’a pas surpris que la direction du SOB ; elle a surpris aussi celle de l’UTA. Mais ne voulant pas rater le train, celle-ci envoya sur les lieux un groupe de militants, dont le secrétaire administratif Mounien. D’entrée, celui-ci annonça que l’UTA avait déjà déclenché le mouvement de grève dans là région de Vieux-Habitants, Baillif, Saint-Claude, Gourbeyre, Trois-Rivières allant même jusqu'à dire que le mouvement de grève dans la Banane avait été en fait déclenché par la direction de l’UTA. Personne ne fit attention à cela. Mais, par la suite, Mounien revint à la charge. Quand il s’est agi d’envoyer des groupes de débauchage dans la région de Trols-Rivières, il déclara que son syndicat s’occupait déjà de cette région et que ce n'était pas nécessaire d’envoyer une équipe (par la suite, on sut que la grève n'avait touché qu’une seule plantation dans la région). Le jeudi, le groupe de débrayage regroupait près d'une centaine de personnes dont des militants de l’UTA. Tous ceux qui avaient mis leurs voitures à la disposition des grévistes étaient acceptés. C’est alors que le vendredi, Mounien insista à nouveau

sur le fait que c’était l’UTA qui avait déclenché la grève, mentant de la manière la plus honteuse.

Il déclara ensuite que les organisations politiques ne devaient pas se mêler à la grève sous prétexte que dans ce cas le patronat adopte une attitude plus dure et refuse de négocier. En fait, il s'agissait pour les démissionnaires du GONG, qui se cachent derrière l’UTA, d’écarter ceux des militants de notre tendance qui discutaient depuis longtemps avec les travailleurs de la Banane et avaient mis leurs voitures à la disposition des grévistes. Le lendemain, un tract de l’UTA déversait un flot de calomnies sur Combat Ouvrier traitant nos militants « d’agitateurs qui veulent semer la confusion et désorganiser la lutte des travailleurs ». Le tract se terminait en demandant aux travailleurs de chasser de leur mouvement la racaille trotskyste de Combat Ouvrier.

De son côté, la direction de la CGT, avec Leroy en tête, eut la même attitude. Quand un travailleur proposa de mettre sur pied un Comité de grève, Leroy prit la parole pour déclarer que c’était un mot d’ordre d’une organisation politique qui voulait s’introduire dans la grève. Comme si le Parti

Communiste n’était pas représenté en la personne de Leroy lui-même. Par la suite, la section communiste de Capesterre sortit un tract nous traitant de profiteurs de grève. Tout ce beau monde, de l’UTA à la CGT, en passant par le SOB, était d’accord pour déverser leurs calomnies sur Combat Ouvrier au lieu d’utiliser toutes les énergies pour une meilleure organisation de la grève.

Les ouvriers n'ont finalement suivi ni Leroy, ni Mounien dans leur attitude antidémocratique ; ils ont imposé à ces messieurs la démocratie ouvrière et le droit pour chaque militant de défendre ses positions sur le mouvement.

Max RODON.


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Votez révolutionnaire, votez Arlette Laguiller !

Les élections présidentielles sont, sans doute, de toutes les élections, celle qui restent le plus loin des préoccupations d’un grand nombre de travailleurs des Antilles, tant il apparaît dérisoire de contribuer, une fois tous les sept ans, au choix du chef d'un Etat bourgeois qui perpétue ici l’oppression coloniale.

Si les travailleurs ne peuvent attendre aucun changement de leur sort par ces élection, ni en tant qu'exploités, ni en tant que colonisés, ils peuvent néanmoins saisir l’occasion de faire un double geste politique. Le geste politique d’abord, de montrer leur haine des hommes politiques de droite, qu’ils s’appellent Chaban-Delmas ou Giscard d’Estaing ouvertement au service de la bourgeoisie exploiteuse, partisans déclarés de la situation coloniale actuelle.

Le geste politique de défiance ensuite, à l’égard du candidat unique de la gauche qui, même s’il bénéficie du soutien d’organisations ouvrières, n’en est pas moins totalement indigne de la confiance des travailleurs et de par son passé et de par son programme présent qui refuse tout engagement tant en ce qui concerne l’amélioration du sort des travailleurs que le droit des colonies à l’indépendance.

La meilleure façon d’exprimer ce double geste politique est, à notre avis, de voter pour la candidate révolutionnaire Ariette Laguiller.

Arlette Laguiller est la seule de tous les candidats qui fait entendre à ces élections la voix des

travailleurs, car travailleuse elle-même, les problèmes, les préoccupations, les aspirations des travailleurs sont aussi les siens.

Militante révolutionnaire, elle lutte contre l’exploitation capitaliste, mais aussi contre l’oppression coloniale en Guadeloupe, en Martinique, comme dans tous les DOM et TOM. Elle s’affirme nettement pour le droit des Antilles à l’indépendance immédiate.

Bien sûr, mettre un bulletin dans l’urne en faveur d’Arlette Laguiller ne mettra fin ni à l’exploitation capitaliste, ni à l’ « oppression coloniale ». Mais, plus le nombre de votes en faveur d’Arlette Laguiller sera grand aux Antilles, plus net sera l’avertissement tant à l'intention des autorités préfectorales qu’à l’intention du futur chef de l’Etat, quel qu’il soit. Et le sens de cet avertissement sera clairement que les travailleurs des Antilles ne se fient pas aux promesses électorales, ne se laisseront pas duper et qu'ils sont convaincus que leur émancipation, en tant qu’exploités et en tant que travailleurs, ne peut résulter que de leurs propres luttes.

Enfin, un bon nombre de membres ou sympathisants du PCG ou du PCM répugnent, à juste titre, à donner leur caution à Mitterrand en votant pour lui dès le premier tour sans pour autant s’abstenir. Eh bien ! même s’ils estiment nécessaire de voter pour le candidat unique de la Gauche au deuxième tour, par souci de ne pas favoriser la droite, souci dont nous sommes solidaires, en votant pour Arlette Laguiller au premier tour, ils voteront à gauche sans pour autant cautionner le passé de Mitterrand.

Combat Ouvrier appelle donc tous les travailleurs, aux Antilles comme dans l’émigration, à voter pour Arlette Laguiller.


MITTERRAND, UN HOMME POLITIQUE BOURGEOIS COMME LES AUTRES

Mitterrand nous est présenté par toutes les grandes organisations de la classe ouvrière comme l’homme providentiel. Car, élu président il favoriserait les conditions d'application du programme commun de la gauche, ou encore le développement des luttes sociales. Mais toutes ces belles promesses peuvent-elles nous faire oublier qui est Mitterrand ?

Pouvons-nous oublier que c’est ce même Mitterrand qui a été pendant sept ans de tous les gouvernements de la IVe République, qui, lorsqu'il était ministre des Anciens Combattants en 1947, a brisé une grève des employés de son ministère en licenciant le quart d'entre eux ; qui, lorsqu’il était ministre de l'intérieur, lui aussi, en 1954, disait à propos des Algériens qui se battaient pour leur indépendance : « La seule négociation, c’est la guerre ».

Alors pouvons-nous croire vraiment que cet homme là va défendre les intérêts des travailleurs ou des opprimés des colonies ?

Pouvons-nous croire que cet homme politique bourgeois, ministre dans les mêmes gouvernements que Chaban-Delmas ou Edgar Faure, longtemps membre du même parti que Jacques Soustelle, s’est transformé en défenseur des ouvriers ?

Pouvons-nous croire que celui qui, dans des gouvernements précédents, a réprimé les grèves et mené les guerres coloniales va être demain au service des exploités et des opprimés ?

Non, sérieusement, nous ne le pouvons pas ! Tout dans le passé de François Mitterrand nous en empêche.

Mais certain nous dirons que cela c'est du passé, l'homme a changé, il est entré au Parti Socialiste. Comme si être un dirigeant du Parti Socialiste était une référence ! Comme si les opprimés n'avaient pas de raison particulière de se souvenir que la dernière fois que le PS était à la tête du gouvernement en la personne de Guy Mollet, il a renié ses promesses électorales de faire la paix en Algérie et il a utilisé son pouvoir pour aggraver cette sale guerre coloniale en y envoyant le contingent ! Mitterrand n'a jamais renié son propre passé politique, ni le passé de son parti ! il faut croire qu'il en est fier et qu’il s’en réclame.

Mais si son passé nous porte à la méfiance, son attitude présente ne peut que renforcer nos appréhensions.

Déjà, il se veut président de tous les Français et bousculant ses alliés, PC et radicaux de gauche, et même son propre parti, il proclame que son programme, s’il peut s'inspirer du programme commun, ne peut être que le sien propre et que sur ce point, il n’a à consulter ni le PC ni le PS...

Alors, si même vis-à-vis de ses propres alliés, il ne se soumet à aucun contrôle, pouvons-nous croire qu'il se soumettra demain à celui des travailleurs ?


Dans les banques : un succès qui prépare la victoire finale !

A Paris comme en province, la grève des employés de banque dont nous avons parlé dans notre dernier numéro, touche à sa fin après plus de deux mois et demi pour le Crédit Lyonnais, plus d’un mois et demi pour la BNP et la Société Générale.

Les grévistes ont pu arracher aux banquiers :

  • une augmentation mensuelle de 80 F pour tous ;

  • une prime de 450 F ;

  • le paiement d'une grande partie des salaires perdus du fait de la grève.

Bien sûr, les avantages obtenus sont faibles comparativement à la longueur de la lutte et à la combativité des employés. Mais même le peu obtenu n’a pu être arraché que grâce à la lutte.

Et tous les employés de banque en sont conscients. S’ils reprennent le travail cette semaine, on ne trouve pas trace de démoralisation dans leurs rangs.

Dans certaines banques, comme au Crédit Lyonnais qui fut à l'origine de la lutte, les employés ont appris au cours de la grève à constituer un Comité de grève et à diriger eux-mêmes leur propre lutte, indépendamment des appareils syndicaux, voire contre eux, lorsque ces derniers cherchaient à brader la grève. C’est là le gage le plus précieux pour l’avenir. Nombreux sont ceux, qui répètent qu'ils n’attendront pas 17 ans (la dernière grande grève des employés de banque date de 1957) avant de se mettre à nouveau en grève.

Dans les banques, comme à Rateau, comme à Air France, comme dans de nombreuses autres entreprises, les travailleurs ont montré aux patrons qu’ils n’entendaient pas payer seuls les frais de la crise et que, dans l’immédiat, élections présidentielles ou pas, il n’est pas question de faire aux banquiers le cadeau d’une trêve sociale.

N. C.


En France : 1er mai brade par les organisations de gauche

Ainsi donc, en France, les grandes organisations politiques et syndicales, le PC, le PS, la CGT, la CFDT ont pris la décision de supprimer, cette année, le défilé du 1er mai.

Soucieuses de sauvegarder à tout prix la « sérénité sociale » (pour reprendre l’expression du quotidien du PCF) à la veille des élections présidentielles, ces organisations ont décidé de brader la journée internationale des travailleurs.

A l’heure où nous écrivons, nous ne savons pas encore si les organisations d’extrême-gauche en France prendront, seules, l’initiative d’une manifestation. Dans l’affirmative, notre organisation participera à cette manifestation et appelle les travailleurs antillais en émigration à y participer.