Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1103 du 21 déc. 2013/Troisième page

Troisième page

Saint-Kitts-et-Nevis : Magouilles de passeport diplomatique !

St Kitts et Nevis sont des îles anglophones de la Caraïbe proches de la Guadeloupe. Elles accédèrent conjointement à l'indépendance dans le cadre du Commonwealth, le 19 septembre 1983. Les îles formèrent la fédération de Saint-Christophe-et-Niévès. Le souverain de l'Angleterre est le chef de l'État et il est représenté par un gouverneur général.
Timothy Harris, un ministre qui a été exclu du gouvernement en janvier, a tenté dernièrement de voyager avec son passeport diplomatique. Il a été stoppé par les autorités de l’aéroport. Harris pensait qu’il pouvait continuer à jouir de ses privilèges ministériels, il a dû montrer son passeport personnel pour voyager. Une brimade du gouvernement contre Harris, leader de l’opposition ? Quelques jours avant, Harris avait dénoncé le scandale du passeport diplomatique vendu à un citoyen iranien, Alizera Moghadam. Cet homme en possession du passeport diplomatique de St Kitts et Nevis avait été arrêté à son arrivée au Canada. Alizera Moghadam a affirmé que le gouvernement de St Kitts et Nevis lui avait délivré son passeport contre une somme d’un million de dollars US. Le ministre des affaires étrangères de St-Kitts-et-Nevis avait déclaré qu’Alizera Moghadam avait reçu son passeport en échange d’investissements financiers. Ce ne serait pas la première fois que le gouvernement vend des passeports diplomatiques à des riches Iraniens ou Afghans, pour remplir les caisses de l’État. Cette fois, sous la pression des autorités canadiennes, le gouvernement de St-Kitts-et-Nevis a déclaré qu’il n’allait pas poursuivre la vente de passeports pour les citoyens originaires d’Iran et d’Afghanistan.

Martinique : Mobilisations des hospitaliers à Mangot Vulcin et au CH Fort-de-France

Depuis le lundi 9 décembre, les syndicats SASM et UGTM ont lancé un mot d’ordre de grève à l’hôpital Mangot Vulcin du Lamentin. Durant toute la semaine, les accès à l’hôpital ont été bloqués. Les responsables des syndicats ont fait des prises de parole pour dénoncer la précarité des emplois et aussi la mauvaise réorganisation de la cuisine centrale.
En effet, la direction a trouvé un nouveau moyen pour "dégraisser" le personnel. Suite à leur évaluation, des CDD se sont retrouvés avec des contrats d’un mois renouvelable, alors qu’ils étaient sous contrats de six mois renouvelables. La direction prétend que ce serait pour mettre ces agents à l’épreuve. Mais dans la réalité, elle est sûrement moins soucieuse de qualifier leur travail, ce qui pourrait se faire avec d’autres méthodes, que d’avoir à sa disposition des agents dont elle pourrait se débarrasser facilement  pour faire des économies.
Les syndicats dénoncent également les conditions de la réorganisation de la cuisine centrale. La direction du CHUM voudrait que la totalité de l’activité, production et distribution, soit organisée sur le site de Mangot Vulcin. Mais les équipes ne sont pas d’accord. Ils craignent que la réorganisation, comme d’habitude, se fasse au détriment de leurs conditions de travail et du service aux patients. Pour l’instant il y a une cuisine à l’hôpital Zobda Quitman, une à l’hôpital Mangot Vulcin et une antenne à l’hôpital de Trinité.
Mais voilà bien longtemps que par souci d’économies, les travaux nécessaires à la mise aux normes de la cuisine de Zobda Quitman n'ont pas été effectués.
Dans le même temps, une mobilisation se déroule au Centre hospitalier de Fort-de-France. Débutée par les syndicats FO et CDMT, elle a été rejointe dès le mardi 10 décembre par la CGTM. Le mécontentement des agents concerne la question des inégalités d’avancement de grade et d’échelon entre le CH Fort-de-France, le CH de Trinité et celui de Mangot Vulcin.
Des barrages avaient d’abord été installés à l’entrée du CHFF, puis les blocages ont continué au niveau du pôle administratif du CHUM.
Vu la situation, les injustices venant de l’incohérence de la direction et des restrictions budgétaires, il n’est pas étonnant que les agents du CHUM, ceux de Mangot Vulcin au Lamentin, de l’hôpital de Trinité ou de l’hôpital Zobda Quitman de Fort-de-France, se mettent en colère.
Les mobilisations des hospitaliers se font principalement tour à tour ou chacun de leur côté, ou à l'appel d'un syndicat après l'autre. Certes, les agents parviennent ainsi à régler certaines situations. Pourtant, tout montre qu'il faut aller vers une réaction unitaire des travailleurs. Les salariés des hôpitaux du CHUM n’ont pas les yeux fermés et ils ne sont pas dupes. Ils savent bien que la situation désastreuse qu’ils subissent vient principalement de la politique drastique de restrictions des budgets publics, initiée par les gouvernements successifs, pour remplir les coffres des spéculateurs et autres prédateurs. En s’y mettant tous ensemble, lorsqu’ils seront prêts, ils auront beaucoup plus de possibilités d’arracher  les moyens nécessaires au fonctionnement des hôpitaux de Martinique avec les effectifs, le matériel et la suppression de l’emploi précaire.
Au moment où nous écrivons, les mobilisations continuent tant à Mangot Vulcin qu’au CH Fort-de-France.
 
DH :
La grève des agents de Mangot Vulcin a été suspendue lundi 16 décembre. Les agents attendent encore des réponses de la direction. A La Meynard, les syndicats ont signé un protocoles de fin de conflit avec des avancées correspondant à leurs revendications dans la soirée du mardi 17 décembre. Satisfaits, ils restent néanmoins attentifs à la mise en application de ces accords.

Ukraine : une proie de plus entre les mains des grandes puissances

Depuis près d’un mois,  la place de l’Indépendance à Kiev, récemment rebaptisée EuroMaïdan, est occupée par des centaines de milliers de manifestants.
Ils réclament la démission du président Viktor Ianoukovitch, car il a refusé de signer l’accord de «partenariat» proposé par l’Union européenne.
Ce pays de 46 millions d’habitants est partagé entre un Ouest nationaliste dit «pro-européen» c’est-à-dire qui veut s’allier à l’Union Européenne et aux États-Unis. Et de l’autre, un Sud et un Est dits «pro-russes» qui veulent maintenir les relations actuelles avec la Russie.
Cette révolte des manifestants rappelle «la révolution orange» de 2004 où les mêmes membres de la petite et de la moyenne bourgeoisie urbaine, nationalistes, de l’ouest de l’Ukraine, occupaient la place de l’indépendance.
Ils avaient réussi à obtenir, à l’époque, la démission de Ianoukovitch qui était Premier ministre «pro-russe». Il a été soupçonné d’avoir falsifié en sa faveur les résultats du scrutin présidentiel. Ce sont des politiciens pro-occidentaux, Iouchtchenko et Ioulia Timochenko, qui ont remporté les élections.
Mais ces politiciens pro-occidentaux ont mené une politique décevante pour le peuple ukrainien car les problèmes économiques et sociaux n’ont pas été résolus. C’est ainsi que Ianoukovitch a même pu trouver, en 2010, une majorité pour accéder à la présidence, sans fraude cette fois.
Les manifestants, qui occupent actuellement la place de l’Indépendance, reprochent au Gouvernement d’avoir repoussé l’accord que l’Union européenne (UE) proposait à six ex-républiques soviétiques, dont l’Ukraine.
Ces manifestations ont débuté avec des milliers de gens, notamment des étudiants, pour défendre la liberté, la démocratie et mettre fin à la politique pro-russe du gouvernement autoritaire ukrainien. Ils espèrent qu’une adhésion à l’Union Européenne leur apportera la liberté, la démocratie et la fin de la corruption du régime.
Quant à la petite et moyenne bourgeoisie qui manifestent aussi, elles comptent avoir une part du gâteau en faisant du «business» avec les grands groupes occidentaux.
Des dirigeants politiques nationalistes profitent de ces manifestations pour se faire les porte-paroles des Pro-Europe. Parmi les membres de l’opposition au Président Viktor Ianoukovitch,  il y a l’ex-champion du monde de boxe Vitali Klitschko. C’est le leader du Parti Oudar ou «coup de poing», il espère accéder au gouvernement.
L’autre représentante de l’opposition, une ancienne Premier Ministre, Ioulia Timochenko, compte de nombreux partisans. Mais elle se trouve en prison car elle a été condamnée  pour de soi-disant  trafics financiers quand elle dirigeait le gouvernement «Orange». Soutenue par l’Europe et les États-Unis, Timochenko accuse l’actuel président d’être un corrompu, et d’avoir contribué à son arrestation afin de la neutraliser politiquement.
Enfin, il y a le Parti national socialiste d’Ukraine la Svoboda («Liberté») qui est un parti d’extrême droite raciste, xénophobe et anti-ouvrier. Ils font semblant de soutenir les travailleurs menacés de licenciements, mais sont en réalité des ennemis de la classe ouvrière.
L’Ukraine est comme beaucoup d’autres pays un gibier tiraillé entre des puissances prédatrices qui veulent la garder sous leur zone d’influence. La Russie veut créer une Union douanière «eurasienne» avec certains pays de l’ancien espace soviétique regroupant l’Ukraine, la Biélorussie, le Kazakhstan, l'Arménie.
 L’Ukraine dépend de la Russie notamment en ce qui concerne l’exportation de certaines marchandises, l’approvisionnement en gaz et sa dette.
C’est la raison pour laquelle la Russie met la pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il rejette l’accord de l’UE.
De l’autre côté, les puissances occidentales, que sont l’Union européenne soutenue par les États-Unis, veulent s’associer, mais sans les intégrer à l’Union, aux six États issus de l’éclatement de l’Union soviétique de 1991: l'Ukraine, la Biélorussie, la Moldavie, l'Arménie, la Géorgie et l'Azerbaïdjan.
Ce contrat de libre-échange proposé par Bruxelles est issu d’une négociation qui a commencé il y a cinq ans. Ce contrat ne propose en réalité rien de concret pour les travailleurs et la population pauvre. Si l’Ukraine accepte de s’ouvrir à l’Union européenne, une grande partie de son économie risque d’en pâtir avec des fermetures d’usine en cascade, des licenciements massifs, et l’étranglement des exploitations agricoles locales par les groupes de l’agro-alimentaire ouest-européen. Le premier ministre, Mykola Azarov, affirme que l'Ukraine aurait besoin de 20 milliards d'euros d'aides européennes pour signer un accord d'association avec l'UE. Cela permettrait d’atténuer les conséquences des pertes économiques en cas de rupture des échanges avec la Russie. Mais l’Europe bien entendu a refusé. Ce qui l’intéresse c’est de subvenir aux besoins des capitalistes européens en inondant le marché ukrainien de leurs produits et en leur donnant l’illusion que les choses iront mieux.
Contrairement à ce qu’on veut nous faire croire, le président Ianoukovitch et les magnats d’une industrie privatisée par l’appareil d’État ne sont ni «pro-russe », ni «pro-européens» : ils défendent leurs seuls intérêts face à leurs voisins européens et russes. A l’heure actuelle, ils estiment qu’ils ont plus à perdre à rompre avec la Russie, car leur économie en dépend. Ils n’espèrent pas mieux d’un accord avec l’Union Européenne.
Actuellement en Ukraine, 30% de la population vit au dessous du seuil de pauvreté, le salaire moyen est inférieur à 200 euros par mois. L’État, touché par la crise financière, a sollicité l’aide du FMI (Fond Monétaire International) et se retrouve au bord de la cessation de paiement. L’État ukrainien doit s’en prendre aux conditions d’existence déjà plus que précaires des classes laborieuses pour respecter ses accords avec le FMI. Lors d’une visite en 2012 le FMI a recommandé au gouvernement de prendre des mesures pour augmenter les prix du gaz et du chauffage.
Les travailleurs et la population pauvre ne pourront pas davantage compter sur l’Union européenne, qui comporte en son sein des puissances prédatrices comme la France ou l’Allemagne, qui appauvrissent les travailleurs même dans leurs propres pays. Et encore moins sur la Russie de Poutine qui cherche à promouvoir ses intérêts.
La seule perspective pour la classe exploitée ukrainienne, c’est de ne compter que sur ses propres forces de lutte pour changer ses conditions de vie, défendre ses propres intérêts en se libérant de l’oppression des exploiteurs.
 

Bookmark and Share