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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1084 du 2 février 2013/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Les dettes des patrons envers la Sécurité Sociale, un vol autorisé

Les Départements d’Outre-mer sont en tête pour le montant de la dette vis-à-vis de la Sécurité Sociale et particulièrement la Guadeloupe qui à elle seule doit plus d’un milliard d’euros. Cette dette concerne près de 9000 entreprises  en Guadeloupe, mais aussi la plupart des hôpitaux et certaines collectivités et établissements publics.
Ce qui est particulièrement scandaleux dans cette affaire, c’est que bien souvent, la part salariale, qui est prélevée sur le salaire des travailleurs, n’est pas reversée à la CGSS ; c’est purement et simplement un vol autorisé. Tout récemment encore, le directeur du CHU Pointe-à-Pitre-Abymes qui faisait part de ses difficultés de trésorerie sur les ondes, a déclaré qu’il n’allait pas payer la part salariale.
Et aujourd’hui, non contents de ne pas verser leur dette à la CGSS, nombre de  patrons réclament encore des exonérations de charges sociales, des moratoires. Ils ont rencontré le ministre des Outre-mer, Victorin Lurel pour exposer leurs difficultés et attendent sa réponse.
La CGSS menace de porter plainte contre les entreprises qui doivent les charges salariales, mais en réalité n’agit pas vraiment. Tient-elle compte des risques de liquidation de ces entreprises qui pourraient entraîner la suppression d’environ 20 000 emplois ? Attend-t-elle le feu vert du gouvernement ?
A chaque fois c’est la même chanson. Bien des entreprises qui ont les moyens de payer leurs charges sociales, font toujours le chantage à l’emploi pour ne pas payer. Comment expliquer que la Guadeloupe soit le département où le montant de la dette est le plus important alors que beaucoup de secteurs d’activités bénéficient d’exonérations de charges patronales et ont déjà bénéficié de moratoires. A cet égard, la palme revient aux patrons de l’hôtellerie. En effet, le représentant de la Fédération Guadeloupéenne des Industries du Tourisme, Nicolas Vion, n’a pas hésité à réclamer entre autres : un moratoire, d’autres aides et la mise en zone franche de tout le secteur alors que les hôteliers bénéficient déjà d’une exonération des charges patronales au nom de la défense de l’emploi dans les DOM. Et qu’il y a peine quelques semaines, on a entendu de la bouche de responsables du secteur que la saison touristique est bonne et que les hôtels sont pleins. Ils sont vraiment insatiables. Et cette fois encore, c’est aux travailleurs et au petit peuple en général qu’on va demander de payer pour permettre aux patrons de s’en mettre plein les poches. Il faudra bien un jour mettre fin à toutes ces «pwofitations».
 


 
 

La grève générale de février 1974 en Martinique.

Zoom(Première partie)
 
La grève générale commencée le 11 février 1974 est une page importante de l'histoire du mouvement ouvrier en Martinique. Si les 14 et 16 février l'assassinat par les forces de répression de deux ouvriers agricoles à l'habitation Chalvet au Lorrain marqua la fin de la montée de la grève, celle-ci se solda néanmoins par des reculs patronaux, surtout du patronat béké de l'agriculture, sur les revendications des grévistes.
 
La situation sociale en début 1974
Depuis les années 1960, une grave crise touchait la filière canne à sucre. Pour les possédants békés, la canne ne permettait plus de faire suffisamment de profits. Les usines fermaient. Sur 12 sucreries en 1962, il en restait 2 en 1974. Des 62 rhumeries de 1962, il n'en restait plus que 20. Le chômage augmentait. De 1967 à 1974, on dénombrait 5000 chômeurs de plus.
Dans les années 70 les prix flambaient. Les capitalistes décidèrent de faire payer aux travailleurs les conséquences du «choc pétrolier» de 1973. Le gouvernement fit marcher la planche à billets. Tout était cher : l’essence, les transports, les marchandises de première nécessité, huile, pain, farine, poisson. Pour les travailleurs, la misère croissait.
 
La riposte des travailleurs
En réponse, à la fin de l’année 1973, il y eut une multiplication des conflits, au cours desquels les travailleurs revendiquaient des augmentations de salaire importantes.
Le 10 janvier, une grève du bâtiment démarra et les ouvriers élurent le jour même un Comité de grève. Ils exigeaient 25% d’augmentation sur leur salaire. Des équipes de débauchage sillonnèrent les routes de Martinique. La reprise du travail fut décidée sur un protocole d'accord prévoyant 14% d'augmentation. Ces 14% avaient été arrachés par la lutte mais des remous parmi les travailleurs témoignaient d'une certaine méfiance vis-à-vis des directions syndicales qui avaient pesé dans le sens de la fin de la grève.
Les grévistes avaient participé à plusieurs manifestations dans Fort-de-France dont, le lundi 14, une manifestation commune des lycéens, des élèves de CET (Collèges d'Enseignement Technique) et des grévistes de France-Antilles en lutte depuis plus de deux mois contre leur patron rapace, Hersant. Les lycéens et élèves des CET étaient en grève depuis le 7 janvier pour protester contre l'augmentation des prix de la pension et de la demi-pension. Les manifestants défilèrent aux cris, entre autres, de «A bas le gouvernement colonialiste».
Le 17 janvier, les ouvriers agricoles des plantations de Basse-Pointe, Macoumba et du Lorrain se mirent aussi en grève. Ils réclamaient la suppression du SMAG (Salaire minimum garanti dans l’agriculture) plus bas que le SMIC et un salaire minimum de 35,46F pour 8h de travail au lieu de 29,55F. Sur certaines plantations, de jeunes militants issus du mouvement nationaliste : Groupe Septembre 70, GAP (Groupe d’Action Prolétarienne) ou du GRS (Groupe Révolution Socialiste), étaient à leurs côtés.
Les salariés de la SPEDEM (Société de production d'électricité de la Martinique), aujourd’hui EDF-Martinique, entrèrent également en grève illimitée le 7 février. Ce conflit couvait depuis le 28 décembre 1973, suite à une entourloupe du préfet Orsetti, qui renvoyait une négociation sur leurs revendications à fin janvier.
 
Vers la grève générale
La grève des ouvriers agricoles prit de l'ampleur, notamment dans le Nord. Devant l’ampleur des mouvements sociaux, la CGTM -centrale syndicale influencée à l’époque par le PCM (Parti Communiste Martiniquais)- FO et la CFDT, lancèrent un mot d’ordre de grève générale illimitée à partir du 11 février. Elles le lancèrent malgré le fait qu'elles s'étaient empressées d'en finir avec la grève du Bâtiment, malgré le fait qu'elles avaient jusque là tout fait pour que les luttes déjà déclenchées ne se rejoignent pas. Les directions de ces syndicats apparaissaient plutôt timorées à beaucoup de travailleurs qui ne voulaient plus se contenter des miettes données lors des accords qu’elles signaient  avec le patronat. Elles ne semblaient pas prêtes à faire réellement de leur appel un pas important pour imposer la plate-forme revendicative en 12 points mise en avant, dont l’alignement du SMIC et des allocations familiales sur ceux de la France. En fait les directions syndicales lancèrent cet appel pour ne pas être dépassées et pour tenter de mieux contrôler le mouvement.
Pourtant, les travailleurs en lutte sauront prendre les directions syndicales au mot et aller vers un mouvement vivant. En effet, la détermination était grande et, dans les secteurs en lutte les grèves se durcissaient face à l’arrogance patronale (coupures d’électricité, débauchages sur les chantiers, riposte à coups de pierre aux interventions policières dans les manifestations).
De jeunes travailleurs, dont certains proches de Combat Ouvrier, appelaient leurs camarades à mettre en place des «comités de grève» pour prendre le mouvement en main, en garder le contrôle et aller le plus loin possible vers la satisfaction des revendications. Nombreux étaient les travailleurs qui se rejoignaient à la Maison des Syndicats, ou encore dans les manifestations, lors des débauchages.
Et, au matin du 12 février, la grève générale fut vraiment à l'ordre du jour.
 

 

Nathalie Arthaud aux Antilles !

En Martinique
 
Le mardi 22 janvier Nathalie Arthaud, la porte-parole de Lutte Ouvrière et candidate de cette organisation aux dernières élections présidentielles, tenait une conférence de presse en compagnie de notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud, à l’Impératrice, à Fort-de-France. Dans sa déclaration liminaire, Nathalie Arthaud a indiqué que cette première visite en Guadeloupe et en Martinique était importante pour elle car elle n’avait pas pu venir à la rencontre des travailleurs durant la campagne des Présidentielles de 2012. Elle voulait pouvoir prendre le pouls de leurs préoccupations. Elle ajoutait qu’après avoir rencontré, en Guadeloupe notamment, des travailleurs de plusieurs secteurs, ouvriers agricoles, d’usine à sucre, agents des hôpitaux, employés du commerce par exemple, elle se rendait compte que leurs préoccupations étaient très proches de celles des travailleurs de France : en plus de l’arbitraire patronal, les bas salaires, la précarité et surtout le chômage de la jeunesse, intolérable. Sous prétexte de la crise actuelle, a-t-elle poursuivi, Hollande et le gouvernement socialiste actuel, font exactement la même politique que Sarkozy. «En 10 mois, il n’a eu le temps de rien faire pour les travailleurs : ni sur les retraites, ni sur les salaires, pas même de relever le SMIC en dehors des 3 centimes au 1 janvier 2013 qui sont une véritable provocation. Mais il a eu le temps de multiplier les cadeaux au patronat : 20 milliards de crédit d’impôt, payés en augmentant la TVA et en diminuant les dépenses publiques nécessaires à la population, projet de loi sur la compétitivité».
Nathalie Arthaud terminait en affirmant que les travailleurs n’ont pas à rester figés, ni à baisser les bras devant la politique de Hollande, mais à reprendre le chemin de la lutte collective, en se rassemblant et s’organisant dès aujourd’hui pour préparer les luttes futures.
Concernant la récente loi Lurel dite «contre la vie chère en Outre-mer», notre camarade, Nathalie Arthaud a relevé que ce texte ne reprenait pas les accords sur les bas salaires et le pouvoir d’achat signés après les mobilisations de 2009, notamment l’accord Bino en Guadeloupe. Elle dit aussi que la «régulation des prix» annoncée est encore loin d’une baisse des prix permettant à ceux qui ont de petits revenus ou pas de revenu du tout, de manger et vivre correctement ; et que face au pouvoir des gros possédants, le meilleur contrôle était bien celui que pouvaient exercer les populations mobilisées comme en 2009.
Nathalie Arthaud a également répondu à des questions des journalistes sur le changement institutionnel, ou sur la guerre au Mali, qu’elle condamne comme une guerre impérialiste déclenchée pour protéger les intérêts des industriels français au Mali mais aussi au Niger tout proche.
La conférence de presse se termina par une sympathique et fructueuse rencontre avec des camarades et des sympathisants de Combat Ouvrier.
 
.....Et en Guadeloupe
Une conférence de presse de Nathalie Arthaud eut lieu aussi en Guadeloupe le mardi 22 janvier dernier. Le 24, elle tint une réunion publique avec Combat Ouvrier et notre camarade Jean-Marie Nomertin. Elle intervint sur les mêmes thèmes qu'en Martinique. Lors de la réunion publique, dans la salle joseph Théodore Faustin, aux Abymes, Nathalie Arthaud s'adressa au public après  une intervention de  nos camarades Marie Agnès Castrot sur les luttes en cours et Jean-Marie Nomertin. 130 personnes avaient fait le déplacement. La réunion publique se termina après que Nathalie Arthaud ait répondu à plusieurs questions lors du débat et après que tous aient entonné "l'Internationale".
 

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