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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1084 du 2 février 2013/Première page

Première page

Editorial: Troupes françaises hors du Mali !

Le mercredi 23 janvier 2013, un sergent-chef français au Nord Mali déclarait à la radio (France info) : «C'est la première mission où je perçois l'engouement de la population pour la présence française». Cela en dit long sur «le bien» que les soldats français font d’habitude en Afrique. Et cela fait froid dans le dos, lorsque le même jour, un rapport de la Fédération internationale des droits de l’homme signale que l’armée malienne qui remonte vers le nord derrière les Français se livre à des exécutions sommaires de civils, suivies d’enterrements collectifs
La France a une très vieille tradition d’intervention militaire et de pillage en Afrique, avec à chaque fois, de terribles conséquences pour les populations. Cela va de l’époque coloniale, à la fin du 19 siècle, à la toute récente intervention en Côte d’Ivoire en passant par l’atroce guerre civile du Rwanda. Cette nouvelle guerre, même si pour le moment elle est accueillie avec soulagement par nombre d’Africains, ne doit pas faire illusion : elle est de même nature.
La hausse des prix des matières premières depuis quatre ans a accéléré les manœuvres des grandes puissances pour dépecer l’Afrique, encore plus rapidement qu’avant si une telle chose est possible. Les États-Unis par exemple, se sont dotés, le 1 octobre 2008, d’un nouveau commandement militaire spécifiquement dédié à l’Afrique : l’Africom. Depuis, les forces spéciales US sont intervenues massivement dans des programmes d’entraînement des armées du Maghreb et de l’Afrique de l’ouest pour un coût total de 600 millions de dollars.
L’armée malienne – qualifiée de «partenaire exemplaire» – a été un des bénéficiaires de cette opération. Il n’est pas impossible que le coup d’État militaire contre le gouvernement malien en mars dernier ait été la partie émergée d’un désaccord entre la France et les États-Unis. Les deux puissances impérialistes se poussent mutuellement du coude depuis des années pour partager le contrôle de cette région riche en uranium. Pour eux, ce n’est qu’une petite dispute entre «gens du monde». Pour les masses pauvres, c’est à chaque fois une catastrophe.
 C’est le coup d’État, perpétré par des militaires maliens entrainés par l’armée américaine, qui a permis aux séparatistes de prendre le contrôle du Nord Mali en avril 2012. De même, c’est l’intervention de l’armée française en Libye et la distribution massive d’armes pour renverser Kadhafi qui a permis aux groupes islamistes de prendre à leur tour le Nord Mali en chassant les séparatistes. Finalement, la guerre actuelle permet à l’armée malienne de remonter derrière les troupes françaises et de se venger sur les populations, plantant les graines d’une possible guerre ethnique dans le futur. 
Le sort des 200 000 Maliens qui vivent encore aujourd’hui dans l’esclavage – un phénomène comparable à celui des «restavèk» en Haïti – montre bien la vraie nature de cette guerre. La «démocratie malienne» que l’armée française défend n’a jamais rien fait pour eux. Et selonAg Idbaltanat, dirigeant de l’organisation Temedt («solidarité») qui tente de les organiser : «Les gens qui sont les plus pauvres, les plus fragiles, et parmi eux ceux qui vivent dans l’esclavage au nord du Mali, sont comme la paille qui gît sous les pattes d’une bande d’éléphants en colère. S’il y a la guerre, ils seront écrasés». 
Oui, les islamistes qui ont pris le contrôle du Nord Mali font peser une terreur moyenâgeuse sur la population. Mais l’intervention de la France revient à jeter un bidon d’essence sur le feu pour essayer de l’éteindre.

 

Martinique : La violence aveugle, un phénomène social sur le terreau d’une société en crise.

La "Région Martinique" a organisé du 16 au 23 janvier une campagne de sensibilisation et de prévention contre la violence, avec notamment des affiches ayant comme slogan «La violence en Martinique j’aime pas ! Je m’engage pour la non-violence». Son objectif est «de mobiliser l’ensemble de la population», à savoir : les familles, les jeunes, les écoles, mais aussi, les médias, les artistes, les associations, les organisations politiques, les entreprises et le sport.
En effet, depuis plusieurs mois, on assiste à une recrudescence de faits violents commentés régulièrement dans le quotidien France-Antilles ou sur les ondes. Cette violence inquiète de plus en plus la population, notamment celle des quartiers populaires. La violence se manifeste dans les établissements scolaires, ou encore parmi les jeunes, souvent des petits délinquants sans repère, en chômage pour la plupart, qui se laissent entrainer par le phénomène de la drogue ou de l’alcool.
A tel point que la Région souligne que c’est un «fléau d’autant plus inquiétant qu’il se veut en crescendo et divers (agressions sous la menace d’armes, braquages en tout genre, règlements de compte à l’arme blanche, viols etc.). La Martinique, la Guadeloupe et la Guyane enregistrent des taux de vols avec violence largement plus élevés que dans l’hexagone, le constat est donc sans appel ! Pour ce qui est des violences avec armes, l’ensemble de l’hexagone affiche un taux de 13%, la Guadeloupe se distingue avec 47%, la Guyane attire l’attention avec 42 % et la Martinique n’éclaircit pas le tableau avec un taux de près de 30%».
On comprend l’inquiétude des familles, des personnes âgées qui ne sont pas tranquilles lorsqu’elles se déplacent. Et personne n’est épargné par cette recrudescence de la violence qui vient frapper pour certains à leur porte.
Alors, bien sûr, cette campagne de sensibilisation contre la violence regroupe certainement des personnes de bonne volonté, profondément choquées à juste titre par ce qu’elles voient ou vivent directement. On peut cependant remarquer qu’elle est muette sur les responsabilités, et donc les responsables, en chair et en os, de cette dégradation dans une société sans avenir.
Il n’y a donc pas lieu de se faire des illusions sur ses résultats et sur une éventuelle diminution de la violence. La crise de la société dirigée par la classe des capitalistes  engendre bien des maux qui à leur tour engendrent la violence : la montée du chômage, des licenciements, la vie chère, les bas salaires et les difficultés pour un nombre de plus en plus grand de familles. Ces dernières ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Il faudra bien plus que des campagnes d’affichage pour se débarrasser des maux de cette société  qui poussent sur un terreau d'injustices de toutes sortes.


 

Guadeloupe : premières victoires des jeunes de Rebelle ! face à l’arbitraire des autorités

Le vendredi 25 janvier, trois lycéennes ont été exclues du lycée de Providence aux Abymes. L’une d’elles, mineure, a même été embarquée brutalement par la police dans l’établissement, et retenue au commissariat. Sa mère n’a pu récupérer sa fille au poste qu’en fin de matinée.
Le motif ? Cette jeune fille portait un pin’s de soutien au journal Rebelle ! Ce petit mensuel dénonce régulièrement les problèmes auxquels la jeunesse de Guadeloupe doit faire face. Les lycéens y décrivent notamment leurs mauvaises conditions d’études, ainsi que les abus de pouvoir qu’ils subissent dans les établissements scolaires.
Le rectorat a toujours refusé de rencontrer les rédacteurs de ce journal, et il a choisi la répression pour essayer de les faire taire. Depuis septembre 2008, les Rebelles ont dÜ faire face à de nombreuses tentatives d’intimidation de la part des responsables de l’académie, qui ont reçu l’appui de la préfecture. C’est ce qui a conduit devant les tribunaux deux étudiants, qui sont également militants de Combat ouvrier : Raphaël Cécé et Sony Laguerre.
Mais il semblerait que les autorités sont en train de «perdre leur fil». Le 16 janvier, le tribunal a demandé piteusement un report pour l’affaire de Raphaël. Et le 18 janvier, lorsque Sony s’est présenté, le tribunal a enfin accepté que les deux procès se déroulent le même jour, le 13 mars 2013. C’est une avancée, car cela montre qu’il ne s’agit pas de deux procès différents, concernant deux jeunes délinquants, mais bien d’une seule et même affaire, où ces jeunes sont poursuivis pour leur activité militante. La CGTG a décidé de montrer son soutien à Raphaël et à Sony en appelant les salariés à la mobilisation le 13 mars.
Ces avancées ont conduit le recteur à organiser, le mardi 22 janvier, une «cellule de crise anti-rebelle», au cours de laquelle, de son aveu même, il a encouragé les proviseurs à s'attaquer aux membres du journal Rebelle ! C'est la raison pour laquelle, trois jours plus tard, au lycée Providence, la proviseure s'est sentie autorisée à faire arrêter une enfant par la police et à faire subir des sanctions injustes à deux autres jeunes filles. Cela a soulevé une certaine émotion. Les lycéennes ont reçu le soutien de nombreuses organisations politiques et syndicales. Le collectif d’avocats qui défend Raphaël et Sony s’est aussi mobilisé. Le recteur d’académie, M. Martens, a d’abord adopté une posture autoritaire et il a soutenu la proviseure, en allant jusqu’à calomnier l’élève interpellée ainsi que les Rebelles. Mais il a dû se raviser, et ordonner au lycée la réintégration des trois élèves le jeudi 31 janvier.
Les jeunes rédacteurs et diffuseurs de Rebelle ! en sortent renforcés dans leur détermination. Ils ont bien l’intention de rester mobilisés pour défendre Raphaël et Sony le 13 mars. Combat ouvrier sera à leur côté.

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