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Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1083 du 19 janvier 2013/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Esclavage : Quelle lutte pour une totale réparation ?

L'esclavage a enrichi la classe capitaliste
Le MIR (mouvement international pour les réparations) a tenu une conférence de presse le 08 janvier en Guadeloupe pour présenter ses revendications concernant l’esclavage aux Antilles. Après la loi Taubira de 2001 qui a reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité, les représentants du MIR réclament réparation. Selon les avocats qui ont constitué un collectif en Martinique et en Guadeloupe, la reconnaissance de ce crime impose des réparations. Ils ont déposé une plainte contre l’État pour que justice soit faite à ce niveau. Depuis quelque temps, de plus en plus de voix s'élèvent pour réclamer ces «réparations».
 Il est vrai, la traite, le commerce triangulaire, l'esclavage ont permis le développement de grands ports européens tels Bordeaux, Nantes, Liverpool… Les bourgeoisies européennes se sont enrichies aussi et pour une grande part grâce au commerce triangulaire. Après l’abolition, l’État français a indemnisé les propriétaires d’esclaves en Martinique et en Guadeloupe. Ces derniers, en particulier les békés mais aussi des "Blancs-France" comme on dit, ont utilisé ce capital en plus de celui qu'ils avaient accumulé pour s’enrichir d'autant plus sur le dos d’une main d’œuvre salariée. En Haïti, la France de Charles X en 1825 va exiger de «La Perle des Antilles», sous peine de répression militaire féroce, la somme de 150 millions de francs or pour la perte des esclaves. Haïti versera la somme jusqu'au dernier centime à l'Etat français mais aussi les intérêts dus aux banques françaises prêteuses.
Portée et  limites des "réparations" chiffrées
Que certains réclament aujourd'hui des réparations pour les descendants d'esclaves paraît donc tout à fait logique et de bon sens. Cette action a l'avantage d'ouvrir les yeux de beaucoup sur les crimes du système esclavagiste. Oui, la bourgeoisie, et pas seulement la bourgeoisie française mais la bourgeoisie anglaise, hollandaise, espagnole, portugaise, nord américaine, les bourgeoisies de tous les pays d'Amérique latine devraient indemniser les descendants d'esclaves mais aussi les peuples africains d'Afrique aussi. Il faudrait indemniser les descendants pour plus de trois siècles d'esclavage moderne, pour la déportation de plusieurs millions d'Africains ! Il faudrait y ajouter tous les crimes les plus odieux qui ont été associés à cette barbarie ! Y ajouter aussi le préjudice moral et psychologique considérable qui perdure aujourd'hui au sein du peuple noir !
Si bien que le montant chiffré de ces réparations serait si énorme qu'il est incalculable ! Demander à la bourgeoisie et à ses États ces réparations là, c'est leur demander de se ruiner et se suicider ! Ou bien alors c'est demander une aumône !
Alors même si la revendication des partisans des réparations est légitime, elle est insuffisante. La véritable réparation passera par le fait de récupérer à la bourgeoisie mondiale et à ses États tout ce qu'ils ont volé pillé, par l'esclavage et par le système capitaliste lui-même, véritable géniteur de l'esclavage et de l'exploitation moderne de l'homme par l'homme.
Si les descendants d'esclaves mais aussi tous les exploités et les pauvres, si tous ces esclaves modernes que sont les travailleurs exploités par  les capitalistes s'armaient de cette volonté là, eh bien ils pourraient récupérer les richesses accumulées sur leur dos, leur sueur, leur sang. Ils se feraient justice eux-mêmes et jusqu'au bout.
 
Réparations totales oui mais comment ?
Cela suppose une  lutte de bien plus grande envergure que celle des associations qui réclament "réparation" : une lutte révolutionnaire contre les exploiteurs actuels pour les déposséder des richesses qu'ils ont volées, non seulement par l'esclavage mais par le colonialisme et l'exploitation sous toutes ses formes. C'est cette lutte que prétendent incarner les militants communistes révolutionnaires.
Par contre, il nous semble que bien des partisans des réparations voudraient réduire cette revendication à un petit bilan chiffré, dans le but de pouvoir rendre viable de petits États comme la Guadeloupe ou la Martinique indépendantes ou alors remplir les caisses des États africains déjà existants, avec bien des corrompus à leur tête. Ils réduisent donc la revendication des réparations à bien peu de choses, à une vision nationaliste étriquée. Les communistes révolutionnaires sont bien plus radicaux que cela. Ils exigent une véritable et entière réparation ! Une réparation totale. Et cette réparation là passe par la lutte révolutionnaire des exploités pour récupérer toutes les richesses de l'ensemble de la société confisquées et accaparées aujourd'hui par une minorité de riches, par l'esclavage des Noirs mais aussi par l'exploitation sans bornes des peuples coloniaux mais aussi des travailleurs des pays riches.
De toutes façons, pour obtenir de véritables réparations, les opprimés noirs comme tous les autres ne pourront faire l'économie d'une telle lutte, ou alors continuera le règne de la barbarie qu'incarne aujourd'hui l'esclavage moderne, le capitalisme. Oui, "socialisme ou barbarie", voilà l'alternative pour les opprimés noirs comme pour l'humanité entière.
 

 
 

Guadeloupe : Guadeloupe : Procès de R. CéCé. Ils sont embarrassés.

Le mercredi 16 janvier, le jeune militant du journal Rebelle ! et de Combat Ouvrier,  Raphaël Cécé, étudiant, devait comparaître  au tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre. Il lui est reproché d'avoir soi-disant proféré des menaces à l'encontre de policiers lors d'un rassemblement de jeunes lycéens, le 18 mai dernier devant le commissariat de Pointe-à-Pitre-Abymes. Ce jour-là les lycéens étaient venus soutenir l'un d'entre eux  qui était convoqué. Cette accusation est un mensonge grossier
 Le 16 janvier donc, plusieurs dizaines d’étudiants et de lycéens se sont mobilisés pour le soutenir. Certains ont manifesté depuis le lycée Providence des Abymes, rejoints par des élèves du LGT Baimbridge, du LPO et de Jardin d’Essai. Des militants de Combat Ouvrier et d’autres organisations : CGTG, FKNG, SOS Basse-Terre Environnement, SNES-FSU, UGTG etc. étaient aussi présents devant le tribunal pour soutenir Raphaël.
À l’audience, tout le monde était au rendez-vous : les neuf témoins, et les six avocats rassemblés en collectif pour défendre notre camarade. Le tribunal a demandé un renvoi de l’affaire au mois de mars, prétextant cette fois un planning surchargé ! On peut remarquer que l’avocat des policiers à qui on a demandé de porter plainte ne s’est même pas présenté, preuve que ce renvoi était déjà programmé d’avance.
On rappelle qu’en mai dernier, Raphaël avait été convoqué en urgence au tribunal. Et l’autre étudiant accusé dans cette affaire, Sony Laguerre, avait été recherché dans tout Pointe-à-Pitre comme s’il était un dangereux bandit. Depuis, procureurs et juges s’organisent pour reporter à chaque audience. À l’heure où nous écrivons, on ne sait pas encore quelle sera leur attitude le 18 janvier, pour le procès de Sony, mais on peut encore s’attendre à une nouvelle dérobade.
Les consignes reçues de la préfecture manquent-elles de clarté ? Ou bien espèrent-ils avoir à l’usure  le mouvement de soutien autour de «Rebelle» en décourageant les témoins et les sympathisants ? Mais le harcèlement judiciaire dont sont victimes les membres de «Rebelle» les renforce dans leur détermination, et les manifestants seront encore plus nombreux le 13 mars 2013 devant le tribunal, pour défendre le droit à la liberté d’expression !

 

Martinique : Emplois d’avenir : mais quel avenir pour les jeunes ?

Les 10 et 11 janvier, Thierry Repentin, ministre délégué à la formation professionnelle et à l’apprentissage a effectué une visite en Martinique. Son passage avait pour objectif de se rendre compte de la mise en place des emplois d’avenir (centre de formation d'apprentis) de Rivière Salée.
Ces emplois d’avenir, mesure phare du gouvernement Hollande-Ayrault, sont censés répondre aux difficultés que rencontrent les jeunes de 16 à 25 ans non diplômés et peu qualifiés et des jeunes handicapés âgés de 16 à 30 ans. Ils concernent donc des jeunes qui sont dans la précarité et qui galèrent de petits boulots en petits boulots. Ils sont proposés généralement, mais pas seulement, dans des collectivités locales et des associations. En Martinique, sur plus de 20 000 jeunes au chômage, seulement 1500 jeunes pourront en bénéficier.
 En regardant de plus près, l’objectif de ce dispositif est de mettre en place un programme de création d’emplois limité à trois ans, et en principe accompagnés d’une formation. Mais une fois cette période effectuée, ces jeunes se retrouveront de nouveau à galérer.
En plus, ce projet est plutôt favorable au patronat, parce qu’il aura la possibilité lors de chaque création d’un contrat d’avenir, de toucher une prime à l’emploi. Ces contrats seront financés à 75 % par l’État et de 25% par la Région.
Avec un chômage qui dépasse les 60 % des jeunes de 16 à 25 ans. Il n’y a pas lieu, ni pour le gouvernement ni pour les élus locaux de se vanter.
 Pourtant, il y a de l’argent pour créer des milliers d’emplois utiles, avec un vrai salaire et sans précarité. Mais pour cela, il faudrait que l’État cesse de faire des cadeaux de dizaines de milliards au patronat.
 

Martinique : Le patronat doit des millions à la Sécurité Sociale !

Le 4 octobre dernier, le conseil d'administration de la Sécurité Sociale de Martinique (CGSS), a adopté une motion dans laquelle on pouvait lire : "Vivement préoccupé par la situation du recouvrement des cotisations sociales en Martinique, dont les performances sont altérées par la dégradation de la conjoncture économique et par la défaillance de certains cotisants publics majeurs..."
 
Cette évocation du «recouvrement des cotisations sociales» a fait souffler un vent d'inquiétude du côté du patronat qui a engagé son chantage habituel en agitant la perspective de 20.000 licenciements.
Une réunion s'est tenue le 7 janvier entre Serge Letchimy, président du Conseil Régional, les présidents de la CCIM (Caisse de Commerce et d'Industrie de la Martinique), de la CGPME (Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises), du Medef-Martinique et la présidente de la CGSS.
On a pu lire dans les comptes-rendus de cette réunion que la dette des entreprises envers la Sécurité Sociale se monte à 890 millions d'euros et que … tout le monde cherche un arrangement.
Concernant les cotisations sociales salariales qui sont bien prélevées sur les feuilles de paie mais que les employeurs gardent pour eux, il est prévu l'officialisation par le Parlement de la pratique du «moratoire» (obtention de délais) déjà en cours pour la partie d'endettement «cotisations patronales». Le vol deviendra légal, tout simplement.
Il est admis que collectivités locales et établissements publics laissent gonfler leur dette. D'ailleurs c'est le ministère de la Santé lui-même qui recommandait dernièrement au CHU le non-paiement des cotisations sociales comme moyen de retour à l'équilibre. Et le fait que, paraît-il, les fournisseurs non plus ne sont souvent pas payés, est utilisé par les entreprises pour justifier qu'elles ne paient pas la Sécu.
Le serpent se mord la queue ? Il n'en mourra pas ! La présidente de la CGSS a dit souhaiter «que chaque partie soit satisfaite». Quant à Serge Letchimy il s'engage dans sa politique habituelle de cadeaux aux entreprises, à commencer par un «chèque-conseil» pour la mise à disposition d'un expert-comptable. Mais il est question aussi «d'aides au fonctionnement, sinon à l'investissement». Le contribuable paiera. Et les patrons seront encore les grands gagnants de l'affaire.
 


 
 

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