Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1082 du 5 janvier 2013/Troisième page

Troisième page

Décembre 1962, le début de "l'affaire de l'OJAM "en Martinique (Deuxième partie) ".

LE CONTEXTE LOCAL
En Martinique, le 20 décembre 1959, suite à un accrochage entre un automobiliste blanc et un jeune noir à scooter qui dégénéra à l'arrivée des CRS, une violente émeute éclata à Fort-de-France sur fond de chômage, de salaires trop bas et de profond malaise social. Pendant trois jours, les 20,2l et 23 décembre, les jeunes des quartiers populaires de Fort-de-France s'affrontèrent aux forces de répression.
Le Parti communiste martiniquais (le PCM qui n'était plus fédération du PCF depuis son congrès de 1957) fut pratiquement la seule organisation politique intervenant dans les couches populaires en effervescence. Le PPM (Parti Progressiste Martiniquais) constitué par Aimé Césaire en 1958, joua d'après le secrétaire général de la préfecture, «la carte de l’apaisement».
Après ces Journées d'émeutes, le pouvoir colonial exerça, cette fois encore, sa répression contre les jeunes et les militants. Les gardes mobiles remplacèrent rapidement les CRS. Le Premier ministre, Michel Debré, édicta l'ordonnance scélérate du 15 octobre 1960, par laquelle les fonctionnaires qui «troublent l'ordre public» pouvaient être mutés en France. Les dirigeants du PCM, Armand Nicolas, Georges Mauvois, Walter Guitteaud et Guy Dufond ainsi frappés, refusèrent l'exil en France. Les saisies de journaux comme "Justice", journal du PCM puis plus tard le "Cri des jeunes" ) et de revues  comme Matouba, organe des étudiants guadeloupéens et martiniquais, se multipliaient.
Parallèlement, comme c'est le cas après chaque montée de colère populaire, le gouvernement français annonça une loi-programme pour les DOM et des moyens distribués pour la restructuration de l’économie locale.
Michel Debré mit sur pied le B.U.M.I.D.O.M (Bureau pour le développement des migrations intéressant les Départements d'Outre-mer) par lequel une partie de la jeunesse fut incitée à quitter le pays pour trouver un emploi en France. La création du S.M.A (Service Militaire Adapté) complétait le dispositif visant à diminuer la pression exercée par le grand nombre de jeunes au chômage dans les DOM.
Au début de la récolte sucrière de l'année 1961, la grève éclata au Lamentin, à l'usine du Lareinty dirigée par le béké Roger Aubéry. Les ouvriers réclamaient des augmentations de salaire. La grève dura du 24 février au 14 avril. Dans la soirée du 24 mars, face à aux ouvriers en colère, les forces de répression ouvrirent le feu. Ils tuèrent trois jeunes, Marie-Calixte, Laurencine et Valide.
 
UN CONTEXTE DE MONTÉE DES RÉVOLTES ANTICOLONIALISTES DANS LE MONDE
A la fin de la 2ème guerre mondiale, dans les pays colonisés par les puissances impérialistes, en Afrique, en Extrême Orient, en Caraïbe éclatèrent des révoltes et des guerres contre l'oppression impérialiste. Ce fut le cas de la Chine, l'Inde, l'Indonésie,  et des pays sous domination coloniale française tels l’Indochine, Madagascar, l'Algérie, le Cameroun.
Face à la guerre déclenchée par les nationalistes algériens, le général de Gaulle, rappelé au pouvoir en 1958 par la bourgeoisie française, proclama le droit à "l'autodétermination" des peuples. Dans les Antilles sous domination britannique, le vieil ordre colonial était également remis en cause.
Le 6 août 1962 la Jamaïque obtint son indépendance. La révolution cubaine venait de triompher du dictateur Batista et était vue comme un modèle par une partie de la jeunesse estudiantine mais aussi celle des quartiers populaires.
 
LES LIMITES DE L'OJAM
 
Certes, les jeunes de l'OJAM ont eu le mérite de dénoncer le colonialisme français.
Ils se sont inspirés modérément des luttes anti impérialistes qui se déroulaient dans le monde. Mais comme tous ceux qu'ils avaient pris comme modèles, ceux de I'OJAM n'offrirent cependant aucune perspective réelle aux travailleurs et aux masses pauvres de la Martinique. Nationaliste, leur programme se limitait  timidement à laremise en cause du pouvoir colonial de la Martinique, mais sans mettre en avant les intérêts des travailleurs et des masses pauvres dans le cours de cette lutte, sans leur ouvrir la voie vers leur propre émancipation politique et sociale.
 

AIR CARAÏBES : PLAN DE LICENCIEMENT DÉGUISÉ, AUCUNE RÉACTION SYNDICALE

L’Inspection du Travail, tant en Guadeloupe qu’en Martinique a écrit à Air Caraïbes pour dénoncer les abus de la direction concernant les changements de contrat de travail et départs organisés depuis quelques mois, qui constituent un véritable plan de licenciement.
En particulier avec la suppression de l’Embraer, la direction a proposé aux PNT (pilotes) et PNC (hôtesses et stewards) concernés des solutions de reclassement mais sous la pression : les collègues n’ont pas eu droit au délai de réflexion réglementaire d’un mois.
Le patron refuse le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), pourtant légal, défendu par l’Inspection du travail. Pourtant, depuis un an, une dizaine de travailleurs ont quitté l’entreprise, et ce n’est pas fini. Les salariés ont le droit de savoir exactement quels sont les plans de la direction. Les solutions proposées doivent, c’est la règle, être discutées collectivement dans le cadre d’un PSE. La solution collective, c’est aussi l’intérêt des travailleurs. Si le patron ne le fait pas, c’est pour pouvoir mettre le couteau sous la gorge des travailleurs concernés. Les départs dits «volontaires», traités individuellement, se font dans les conditions et au tarif du patron.
L’Inspection du Travail menace enfin la compagnie  de ne plus bénéficier de l’aide fiscale pour l’investissement productif,  si elle ne respecte pas la garantie de maintien et de création d’emplois liée à cette aide.
Ce n’est pas un hasard si des salariés en Martinique ou en Guadeloupe ont saisi l’Inspection du Travail. Tous les travailleurs n’acceptent pas d’être floués par le patron. Tous ne croient pas que le patron les aime et leur donnera plus d’avantages que ce à quoi ils ont droit.
Certains travailleurs se plaignent de ne rien savoir de ce qui les concerne et de ne pas être informés par leurs représentants. Le syndicat majoritaire (FO) ferait même campagne en Guadeloupe pour défendre la démarche « individuelle » choisie par le patron.
 

 

 

Guadeloupe : Pour faire reculer le chômage, la lutte seule permettra d’imposer des solutions

Les derniers chiffres du chômage de l’année 2012 sont aussi mauvais que ceux du début de l’année. Les commentateurs ont beau jeu de souligner à tout bout de champ qu’en Guadeloupe, le nombre de chômeurs augmente moins qu’en France.  Dans sa dernière enquête emploi, l’INSEE indique que le taux de chômage serait resté stable car il touche 23% de la population active en 2012 comme en 2007 !
 En réalité, même si le taux de chômage reste stable, le chômage s’aggrave. Officiellement, 60 000 chômeurs sont inscrits dans la catégorie 1 (les personnes à la recherche d’un emploi à temps plein). Mais toutes catégories confondues, ce sont près de 70 000 personnes qui étaient inscrites en octobre 2012, soit une augmentation de 5% sur un an. Cette augmentation des chiffres, si elle est moins «spectaculaire» que l’augmentation du nombre de chômeurs en France, est cependant continue depuis des années. Ce chômage endémique de masse qui frappe un nombre croissant d’actifs depuis des dizaines et des dizaines d’années, pèse négativement sur la vie de tous les salariés de Guadeloupe et plus largement sur les classes populaires.
Aujourd’hui, de nombreux chômeurs, découragés, ne s’inscrivent plus à Pôle Emploi. Pour l’INSEE, ces chômeurs non inscrits représentent au dernier trimestre 2012 17 000 personnes qui n’ont toujours pas retrouvé un travail. Si Pôle Emploi ne permet pas aux chômeurs de retrouver un emploi stable, alors que c’est son rôle, à quoi bon s’y inscrire ? En Guadeloupe seuls 3 chômeurs sur 10 ont droit à des allocations chômage. Pas étonnant que ceux qui n’ont pas droit aux allocations se désinscrivent. Ce faible taux d’indemnisation est significatif lui aussi de l’aggravation de la situation des chômeurs : la précarité s’accroit. Ainsi, des personnes qui retrouvent un emploi sont quelques mois après condamnées à s’inscrire de nouveau à Pôle Emploi car la majorité des offres proposées sur le marché du travail sont des contrats à durée déterminée de courte durée ou des contrats «aidés» rémunérés en partie par l’État. Or, pour prétendre à une indemnisation du chômage il faut avoir travaillé au moins 4 mois à temps plein. Quant au temps partiel subi, il touche en majorité les femmes mais ne leur est pas réservé. L’emploi intérimaire ne cesse de se développer dans tous les secteurs et en particulier dans le bâtiment et les travaux publics.
 La durée d’inscription à Pôle Emploi s’allonge aussi : en 2007, selon l’INSEE, 52% des personnes inscrites l’étaient depuis plus de 3 ans ! En 2012, le chômage de plus de 3 ans frappe 56% des demandeurs d’emploi inscrits soit plus de la moitié. Avec une situation aussi dramatique on trouve encore des journalistes ou des politiques pour laisser croire que les salariés privés d’emploi sont des assistés qui resteraient chez eux à attendre qu’on les appelle pour un poste. En réalité, ces chiffres sont la résultante des plans de licenciement qui, s’ils sont moins visibles qu’en France, n’en sont pas moins réels en Guadeloupe, et d’une précarité de plus en plus grande. Parallèlement, le nombre d’allocataires du RSA est passé de 37 000 à 41 000 de 2011 à 2012, malgré les contrôles de plus en plus tatillons du Conseil Général. Ce ne sont sûrement pas les mesures dérisoires du gouvernement Hollande, qui consistent à faire des cadeaux aux patrons tout comme celles de son prédécesseur Sarkozy, qui feront reculer le chômage et les difficultés croissantes des travailleurs.
Tandis qu’un jeune sur deux est privé d’emploi, ceux qui travaillent croulent sous la tâche. Il n’y a aucune fatalité à cette situation. Pour y remédier il faudra, par la lutte, imposer au patronat et à son fidèle serviteur, l’État, la répartition du travail entre tous, sans diminution de salaire.
 



En bref …
Hausse des tarifs bancaires

La loi de régulation des prix de Lurel  vient à peine d'être votée que déjà on apprend que les tarifs bancaires vont augmenter. 58% des tarifs  moyens selon l'IEDOM (Institut d'émission des départements d'Outre-mer) sont en augmentation. Les frais pour un compte sans mouvement augmentent de 60%. En 2009, sous l'effet de la grève générale les banques avaient baissé leurs tarifs. Aujourd'hui la tendance est à nouveau à l'augmentation. Alors vivement que la tendance à la lutte générale soit de nouveau en augmentation contre la "pwofitasyon" !

Bookmark and Share