Site

Archives de CO/CO de l'année 2013/CO n° 1082 du 5 janvier 2013/Deuxième page

Deuxième page

Martinique : Pour les marins-pêcheurs, la lutte a été payante.

Après 14 jours de mobilisation des marins-pêcheurs, et une dernière journée marathon de réunion avec les élus et parlementaires locaux, un accord a été signé dans la nuit de dimanche 30 au lundi 31 décembre. Les marins-pêcheurs obtiennent donc une aide d’extrême urgence de 3,5 millions sur les 5 millions d’euros qu’ils demandaient. L’État versera 2 millions, les deux collectivités, Conseil Régional et Conseil Général, 1 500 000 euros.
Le mouvement commencé le 17 décembre était dirigé par une intersyndicale. De nombreux marins-pêcheurs non syndiqués ont suivi activement le mouvement.
Après une première mobilisation devant le bâtiment des Affaires Maritimes à Fort-de-France, les pêcheurs sont restés mobilisés à partir du 20 décembre sur le port, bloquant les entrées de la Pointe des Grives.
Le facteur déclenchant de leur mobilisation a été l’arrêté pris le 1 décembre 2012 par les services de l’État qui leur interdit de pêcher la langouste de la Pointe Caracoli à Trinité et la Pointe Cerisier au François, zone riche en langoustes, pour cause de contamination des crustacées par la chlordécone. Cet arrêté avait été pris sans concertation avec les organisations des pêcheurs, suite aux études de l’IFREMER, l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation en Mer.
En plus d’aides à la réorganisation de leur profession pour faire face aux pertes subies depuis la pollution des eaux de source et de la mer par la chlordécone, les pêcheurs réclamaient une compensation sous forme d’une aide d’urgence qu’ils évaluent à 5 millions d’Euros.
Ils étaient d’autant plus déterminés qu’ils savaient que les responsables de cette pollution, les gros planteurs de bananes et le lobby béké, qui ont utilisé la chlordécone jusqu’en 1993, n’ont pas été pénalisés. Ils ne contribuent même pas au financement des organismes de recherche sur la chlordécone et ses ravages. Pis, ils ont régulièrement reçu des aides, et depuis, bon nombre d’entre eux ont vendu des terres pour des lotissements en en retirant un bon prix.
Durant le conflit, ce sont les mêmes qui, à la tête des organisations patronales, ont parlé de la «prise en otage de l’économie martiniquaise».
Les pêcheurs ont reçu le soutien d’élus, d’organisations syndicales et politiques, dont Combat Ouvrier. Pour beaucoup de gens de la population, il était clair que «les pollueurs devaient être les payeurs» ! C’est aussi ce qu’affirmait l’Intersyndicale qui avait apporté son soutien et appelé les travailleurs à la vigilance et la solidarité.
Lors des premières négociations menées avec le concours des élus locaux, 13 points d’une plateforme en 15 points avaient trouvé des solutions. Restaient la question, cruciale pour les pêcheurs, de l’aide d’urgence. Le samedi 30 décembre, l’intersyndicale des marins-pêcheurs a rejeté une première proposition du  gouvernement de 1 million d’euros soit moins de 900 euros par pêcheur, jugée méprisante.
Les élus et parlementaires, toutes tendances confondues, se sont attelés à la tâche pour «trouver une porte de sortie à ce conflit» et obliger le gouvernement à revoir sa copie. Ils se sont eux-mêmes portés comme payeurs. L’Intersyndicale des marins pêcheurs a accepté de baisser sa demande de 5 millions à 3,5 millions en misant sur la suite des discussions portant sur la réorganisation de la filière prévues dans l’accord qui a été signé.
Même si, cette fois encore, les «pollueurs ne sont pas les payeurs», les marins pêcheurs sortent de ce conflit la tête haute et quelque peu soulagés quant à l’avenir de leur profession.
 

 
 

Guadeloupe : Un sursis pour la décharge de la Gabarre aux Abymes

Zoom La décharge de la Gabarre, gérée par le SICTOM (Syndicat intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères) de la Guadeloupe devait en principe fermer ses portes le 31 décembre dernier suite à un arrêté préfectoral, parce que non  conforme aux normes concernant le traitement des ordures ménagères. En effet l’État, pour ne pas supporter des pénalités financières, avait par  Préfet interposé prévu cette  fermeture.
 Mais personne n’était dupe, car la fermeture de la décharge de la Gabarre le 31 décembre aurait posé plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. Mais c’était peut-être un moyen pour le Préfet de «mettre la pression» sur les dirigeants du SICTOM pour que la décharge soit mise aux normes.
Et c’est donc sans surprise que le 21 décembre dernier le Conseil  de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) a décidé de proroger l’exploitation du site de la Gabarre de trois mois sur avis du préfet, soit jusqu’au 31 mars 2013. Ce délai permettra au SICTOM de commencer les travaux de mise en conformité et faire en sorte que la décharge devienne à partir du 15 janvier 2013 un centre de déchets ultimes (CSDU). Les travaux pour la construction de la plateforme multi-filières ne sont prévus que pour juillet 2016, pour des travaux qui devraient commencer en 2014.
Il faut savoir que le SICTOM avait dû résilier le contrat avec le groupe URBASER qui devait effectuer les travaux de réhabilitation avec la création d’une plateforme  multi-filières, car le coût initialement prévu avait beaucoup augmenté. L’autre projet de réhabilitation, porté par le groupe Séché et cofinancé par le FEDER, avance et prévoit le traitement de 500 000 tonnes de déchets par le site de la Gabarre. Le problème c’est que le Préfet veut réduire le tonnage traité par ce Syndicat Intercommunal au profit du site de Sainte-Rose qui est géré par le groupe SITA Espérance. Cela risque de poser des problèmes financiers importants au SICTOM et à terme engendrer des menaces pour les  emplois.
Les responsables du SICTOM disent faire le maximum pour se mettre en conformité sachant que ce projet qui date de plusieurs  années est sans cesse reporté.
Il est quand même regrettable qu’un tel projet traîne autant, alors qu’une fois abouti il devrait permettre une nette amélioration de «l’environnement» des populations habitant autour de cette «plaie» qu’est la décharge. Il en va de même pour la mise en place d’une véritable politique de traitement des ordures ménagères dans le département. Il est plus que temps que la Gabarre devienne une véritable unité de traitement des ordures ménagères. Mais il ne faut pas que cela se traduise par des suppressions d’emplois ; les agents disent rester vigilants pour ne pas en être victimes.

 

Guadeloupe : Affaire des écoutes illégales : une avancée

Après six ans de bataille judiciaire, l’avocate Sarah Aristide a obtenu que l’affaire soit rouverte. Le 13 décembre, la Chambre de l’Instruction a en effet rendu une décision invalidant le précédent non-lieu. Un nouveau juge sera chargé de poursuivre l’enquête, en organisant notamment une confrontation entre l’avocate et le policier responsable.
L’histoire commence en 2007, lorsque Maître Aristide porte plainte pour violation du secret professionnel. Elle avait découvert que l’année précédente, une conversation avec l’un de ses clients avait été enregistrée et retranscrite par un policier. Cette plainte n’a pas vraiment mobilisé les autorités judiciaires, qui ont plutôt cherché à enterrer l’affaire. En 2009, le procureur de Pointe-à-Pitre avait même mis en examen Sarah Aristide pour «diffamation et violation du secret de l'instruction» parce qu’elle s’était exprimée dans la presse sur ces écoutes illégales.
Dans un État qui se dit de droit, de telles pratiques ne sont pas admissibles. Il est important que toute la vérité soit faite sur cette affaire.
 

Martinique : La situation des marins pêcheurs aggravée par la pollution à la chlordécone

En Martinique, environ 2000 personnes pratiquent la pêche. 1200 sont des pêcheurs enrôlés régulièrement, les autres ne sont même pas enrôlés.
Un millier de plaisanciers pratiquent la pêche occasionnelle, durant les week-ends. Les marins-pêcheurs pratiquent la «pêche à la Yole», pratique autorisée uniquement aux Antilles. La petitesse de leurs embarcations les empêche de pratiquer la pêche au large. La majorité des pêcheurs n’a pas les moyens financiers d’investir des centaines de milliers d’euros pour acheter des bateaux de pêche type chalutiers et ne bénéficient d’aucune facilité pour améliorer valablement leur outil de travail. Depuis 2004, ils ont été victimes de la restriction des zones de pêche (poissons d’eau douce et d’élevage, pêche dans l’embouchure de la Lézarde) suite à l’évaluation de la contamination des produits par le pesticide toxique. Au fil des années leur situation est donc devenue encore plus difficile voire aléatoire, bien que pour avoir le rôle et aller pêcher au-delà des 20 milles, les pêcheurs possèdent le «capacitaire», brevet technique, et aussi le BPPN, brevet de petite navigation, pour emmener des passagers. Ils se rendent compte que loin de leur permettre d’améliorer leur situation, d’investir dans du matériel homologué plus performant grâce à des aides, ils sont de plus en plus «traqués» par l’État qui, selon eux, veut tout prendre en main, tout contrôler, de la grandeur du bateau à la taille et au type du poisson.
Alors lorsqu’ils se sont fait traiter de «pêcheurs de pirogue» en pleine audience le lundi 24 décembre, ils n’y ont vu que le mépris d’une administration qui se moque complètement des difficultés quotidiennes des professionnels de la mer, et sont repartis encore plus déterminés.

 
 

Guadeloupe : Éducation : encore des postes supprimés !

En présentant ses vœux le 31 décembre, le président de la république F. Hollande s’est encore vanté de faire de l’éducation sa priorité. Près de 7000 postes devraient être créés à la prochaine rentrée.
Ce chiffre est un peu dérisoire, vu que 70 000 postes ont été perdus ces cinq dernières années. Mais ce qui est tout simplement scandaleux, c’est que les suppressions de postes continuent dans certaines académies, notamment pour l’Outre-Mer. En Martinique, 23 suppressions sont prévues dans le primaire, et 49 dans le secondaire. En Guadeloupe, 10 postes seraient perdus dans le primaire, et 30 dans le secondaire. La casse de l’école publique reste donc programmée aux Antilles, malgré les graves difficultés rencontrées ici par les élèves. Avec un cynisme sans bornes, le rectorat de Guadeloupe annonce «la rentrée de la refondation en 2013». Ce qu’il prévoit, c’est plutôt la rentrée de la démolition !

Bookmark and Share