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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1081 du 8 déc. 2012/Quatrième page

Quatrième page

Bangladesh : morts pour le profit

Samedi 24 novembre, 124 travailleurs sont morts, et autant ont été blessés, dans l’incendie de leur usine qui produit des T-shirts et des polos. Cette usine est située en banlieue de la capitale Dacca, dans une zone qui regroupe 3 millions de salariés du textile, en majorité des femmes.
Chaque année, plusieurs usines brûlent : les patrons du textile piétinent toutes les normes de sécurité pour faire plus d’argent. Le bâtiment qui a flambé faisait 8 étages, alors que le permis de construire ne prévoyait que 3 étages. Dans ces usines, les ateliers sont surpeuplés, avec des machines à coudre branchées sans respect des règles. Les courts-circuits déclenchent des incendies, comme ce fut le cas fin novembre.
Lorsque le feu a pris, des travailleurs survivants racontent que les surveillants leur ont dit : «il ne s’est rien passé, c’est l’alarme qui est hors-service, retournez travailler». Nombreux sont ceux qui ont sauté par les fenêtres, parce que les issues de secours étaient fermées à clé à chaque étage. Les autres ont été pris au piège.
L’association des patrons du textile du Bangladesh s’est engagée à verser près de 1000 € à chaque famille qui a perdu un proche dans l’incendie. Et le gouvernement du Bangladesh a décrété une journée de deuil national.
Mais tout cela n’est qu’hypocrisie. Le textile représente 80% des exportations de ce pays, dont la main d’œuvre est l’une des moins chères au monde. Le salaire minimum mensuel est d’environ 30€, pour des horaires qui peuvent atteindre 19h par jour lorsque les commandes affluent.
Les salariés du secteur textile ont l’habitude de se battre pour défendre leurs droits. Et à chaque fois, les patrons peuvent compter sur la police et l’armée pour réprimer les grévistes. La répression a déjà fait des dizaines de morts et des centaines de blessés.
Dès le lendemain de l’incendie, les travailleurs ont manifesté massivement. Ils étaient 15 000 pour exiger l’arrestation et la condamnation des patrons rapaces du textile. C’était aussi la meilleure manière de rendre hommage à leurs camarades disparus.


 

                                                                                                                 

La Palestine reconnue Etat observateur non-membre à l'ONU

Les Etats membres de l'ONU ont voté majoritairement pour accorder ce statut à la Palestine. Le président Mahmoud Abbas, membre du Fatah et secrétaire général de l'OLP (Organisation de Libération de la Palestine), à son arrivée à Ramallah (Cisjordanie), siège de l’autorité Palestinienne, a déclaré : «Maintenant nous avons un État. La Palestine a obtenu un succès historique aux Nations unies».
 
ISRAËL, UN ÉTAT MIS EN PLACE PAR LES SIONISTES ET L'IMPERIALISME AU DÉTRIMENT DU PEUPLE PALESTINIEN
 
Au début du 20 siècle, ce territoire faisait partie du vaste Empire ottoman, qui incluait la plus grande partie du Moyen Orient. Il était peuplé de paysans pauvres, travaillant le plus souvent sur des terres qui appartenaient à de riches propriétaires résidant dans les villes. Du fait de sa situation géographique, cette partie était convoitée par les grandes puissances occidentales, avides de se créer une ouverture vers les richesses naturelles du Moyen Orient.
A l'issue de la première guerre mondiale, c'est l'Angleterre qui mit la main sur la Palestine et les régions environnantes et les occupa militairement. A ce moment 60 000 juifs vivaient en Palestine, soit moins de 9% de la population. Pour asseoir sa domination, l'impérialisme britannique promit la Palestine à un mouvement nationaliste juif de la diaspora, "le mouvement sioniste". Ce dernier considérait la Palestine comme la «patrie perdue» des Juifs de l'époque biblique. Encourager l'immigration juive permettait à l'Angleterre de dresser les Juifs contre les Arabes et ainsi de justifier sa domination.
A partir des années 30, l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne et la montée de l'antisémitisme en Europe accélérèrent le mouvement migratoire. Au lieu de coexister en harmonie avec la population palestinienne, comme l'avaient fait jusque là les Juifs de Palestine, les sionistes cherchèrent à constituer une société qui excluait les Arabes. Ils achetaient les terres des grands propriétaires et en chassaient les paysans qui les cultivaient. L'occupation de la Palestine fut donc une entreprise de colonisation. Un mouvement nationaliste palestinien qui s'était organisé contre l’occupation anglaise dénonça également l'immigration juive et ses conséquences. Une première révolte arabe éclata en1936, contre les troupes britanniques. Elle fut réprimée, avec l'aide du mouvement sioniste.
Au début de la première guerre mondiale, le Premier ministre anglais Winston Churchill déclarait vouloir créer «un grand Etat juif» en Palestine. Mais à l'issue de la guerre, l'impérialisme trouva plus avantageux de maintenir sa domination directe. C'est alors que le mouvement sioniste se tourna vers les États Unis pour obtenir la création d'un État juif en Palestine. Disposer d'un État allié dans la région tout en diminuant l'influence anglaise intéressait les USA. Sous leur pression, les Britanniques se retirèrent, et en novembre 1947, l'ONU décréta le partage de la Palestine en deux États : un État juif et un État palestinien. Les Juifs obtinrent le contrôle de 55% du territoire alors qu'ils ne représentaient qu'un tiers de la population. La naissance de l'Etat d'Israël fut proclamée par Ben Gourion le 14 mai 1948.
 
LES GUERRES. LES RÉVOLTES DU PEUPLE PALESTINIEN CONTRE L’OPPRESSION
 
Le nouvel État fut quasi instantanément envahi par les armées de plusieurs pays arabes voisins. Leurs troupes furent défaites par des combattants juifs très déterminés et dès lors Israël s'étendit aux 78% du territoire. Des centaines de milliers de Palestiniens fuirent et se réfugièrent dans des camps de toile, à Gaza, en Cisjordanie et dans les pays arabes voisins, Jordanie, Liban, Syrie. Des centaines de Palestiniens furent massacrés.
En 1967, à l'issue de la «guerre des six jours», Israël occupa la Cisjordanie et la bande de Gaza, territoires peuplés exclusivement de Palestiniens. Plus tard, en 1974, des colonies de peuplement israéliennes s'installèrent dans les territoires occupés, chassant des Palestiniens de leurs terres et y installant des Juifs. C'est à partir de la défaite en 1967 des pays arabes que les Palestiniens commencèrent à s'organiser de manière indépendante et que l'OLP (Organisation de libération de la Palestine), dirigée par Yasser Arafat, se positionna en tant qu'organisation dirigeante de la lutte. Son objectif était la création d'un État palestinien sur l'ensemble du territoire occupé par lsraë1. Cette politique nationaliste dressait ainsi une barrière entre Palestiniens et Juifs, dont le mouvement sioniste s'imposa comme le défenseur.
En 1987 éclata la première Intifada, la «guerre des pierres», qui opposait de jeunes Palestiniens armés de roches aux soldats de l'armée israélienne. En 1992, Isaac Rabin, un travailliste, fut élu à la tête de l'État d'lsraël. Lors de sa campagne, son parti avait promis d'engager les négociations avec les Palestiniens, ce qui aboutit en 1993 aux accords d'Oslo et à la reconnaissance progressive d'une «Autorité palestinienne» dont Israël attendait qu'elle maintienne la population palestinienne dans la soumission. Isaac Rabin fut assassiné par un colon nationaliste israélien et l'extrême droite revint au pouvoir en  Israël. La Cisjordanie et Gaza furent isolées. Gaza devint une prison entourée d'un mur ne comportant qu'un seul point de passage où subsistaient un million de Palestiniens. En Cisjordanie, les colonies de peuplement se développaient. La situation des Palestiniens devint pire encore qu'elle ne l’était : misère, humiliations, occupation permanente de l'armée, et un chômage galopant avec l'impossibilité d'aller travailler en Israë1.
La déception de la population vis-à-vis de l'Autorité palestinienne entraina un discrédit du parti laïc "Fatah" d'Arafat et une montée en puissance d'un parti islamiste: le Hamas. La deuxième Intifada, qui éclata en 2000 fut la conséquence de cette colère et de cette déception. Cette fois, les jeunes révoltés furent armés par les organisations nationalistes et les attentats suicides encouragés. Ce terrorisme aveugle contribua à pousser de plus en plus la population israélienne à soutenir une politique répressive, qui aboutit à l'élection de Sharon en 2001. Les bombardements effectués par l’armée israélienne et les assassinats de dirigeants palestiniens se multiplièrent. En 2005, Sharon prit la décision d'abandonner Gaza pour poursuivre la colonisation de la Cisjordanie. Gaza fut dès lors entourée d'un blocus, coupée du reste du monde.
 
POURSUITE DE LA RÉSISTANCE DU PEUPLE PALESTINIEN
 
Après la mort d'Arafat en 2004, son premier ministre Mahmoud Abbas fut élu président de l'autorité palestinienne. De son côté, le Hamas remporta les élections au Conseil législatif palestinien en 2006 et une lutte violente opposa les deux partis pour le pouvoir. En 2007, le Hamas prit le contrôle de Gaza alors que le Fatah conservait la Cisjordanie. Depuis lors, l'opposition reste vive entre partisans des deux partis.
Dernièrement, la guerre qui n'a jamais cessé a repris d'intensité entre Israël et l'enclave de Gaza. Après une semaine de bombardements qui ont fait 140 morts et des milliers de blessés dans la population palestinienne, une trêve a été proclamée. Le gouvernement israélien, soucieux de montrer sa force dans la perspective des élections de janvier 2013, s'est déclaré vainqueur. De son côté, le Hamas table sur le fait qu'il a contraint Israël à ouvrir plusieurs points de passage, et qu'il faut compter avec lui.
 
VICTOIRE DIPLOMATIQUE ET MORALE DES PALESTINIENS MAIS RÉALITÉ  INCHANGÉE.
 
C'est dans ce contexte et consécutivement à la requête de l'Autorité palestinienne, que les États de l'ONU ont voté à la majorité la participation de la Palestine en tant qu'État non-membre. En réaction, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé l'intention de son gouvernement de construire 3000 logements supplémentaires en Cisjordanie et à Jérusalem Est, annexée en représailles à la démarche palestinienne en direction de l'ONU.
Autant dire que malgré la victoire symbolique et morale, cet embryon de reconnaissance n'apportera rien de plus sur le terrain à la population palestinienne.
 
LES PEUPLES PALESTINIEN ET ISRAELIEN ENFERMÉS DANS L'IMPASSE DU NATIONALISME
 
Les politiques nationalistes de leurs dirigeants ont conduit deux peuples à un état de guerre permanent. Les Palestiniens, enfermés dans leurs territoires jusqu'à l'asphyxie, subissant les bombardements meurtriers, en sont les principales victimes. Quant aux Israéliens, ils se retrouvent à jouer le rôle peu enviable de gardiens de prison et d'hommes de main de l'impérialisme. Aucun des dirigeants nationalistes de ces deux peuples ne peut représenter un espoir de solution, pas plus que l'impérialisme qui s'appuie sur Israël pour défendre ses intérêts dans la région. Le conflit entre Israéliens et Palestiniens ne pourrait trouver de solution qu'avec la fin des inégalités sociales qui ont fait de l'un, un peuple d'oppresseurs et de l'autre un peuple opprimé. Si parmi les populations victimes de cette situation intenable se dégageait une génération décidée à se retourner contre leurs propres classes dirigeantes, elle pourrait offrir à ces deux peuples la perspective d'un combat commun pour sortir de l'impasse où les ont acculés les directions nationalistes.
 
 

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