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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1081 du 8 déc. 2012/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe: AFFAIRE de l'assassinat de Jacques BINO, militant de la CGTG.
Rudy Alexis acquitté, malgré les efforts du pouvoir

Zoom Quelques jours après l'assassinat de Jacques Bino, militant syndical de la CGTG, en 2009,les enquêteurs avaient rapidement trouvé un coupable tout désigné : Rudy Alexis, un jeune qui avait commis quelques délits une dizaine d'années auparavant. Depuis lors, il avait fondé une famille et vivait principalement de l'agriculture et de l'élevage. Sympathisant du syndicat CTU (Centrale des Travailleurs Unie), il avait participé comme de nombreux membres de la population à la grève générale de 2009. Sur la foi de témoignages concordants de supposés compagnons, et de témoignages anonymes, il fut accusé d'avoir tiré sur Bino dans la nuit du 17 au 18 février 2009, aux abords de la cité Henri IV à Pointe-à-Pitre, où se dressait un barrage. On peut légitimement se demander quel aurait été son mobile. Selon l'accusation, il aurait tiré en pensant que Bino et son passager faisaient partie de la police, alors même que son véhicule portait le fanion rouge du LKP.
Ruddy Alexis est resté en prison durant 44 mois, dont 25 d'isolement, avant d'être acquitté, de retrouver la liberté à l'issue du procès qui s'est tenu du 19 au 30 novembre.
Le procès a été riche en rebondissements; le premier jour, la psychologie de l'accusé a été passée au crible. Ce fut l'occasion pour Errol Nuissier, un psychologue par ailleurs bien connu pour services rendus au patronat, de le déclarer psychopathe, contrairement à l'avis du psychiatre. Comme l'a signalé Maître Démocrite, l'un des avocats de la défense, ce «diagnostic» a été établi à l'issue de deux tests et d'un entretien d'une heure, alors que tout l'entourage de l'accusé le présentait comme un homme serviable et soucieux d'autrui.
L'attitude totalement imperturbable d'Alexis dans le box des accusés, quels qu'aient pu être les propos venimeux tenus à son encontre par l'accusation, était la preuve de son self contrôle.
Les avocats de la défense ont mis en lumière les incohérences et les failles d'un dossier qui est apparu à beaucoup comme monté d'avance. L'arme du crime n'a pas été retrouvée, les munitions récupérées chez Alexis ne correspondant pas à celles qui ont tué Bino. Le bandana et les gants qu'il aurait portés ont été trouvés puis égarés. Quant aux prétendus témoins, qui sont restés ensemble durant leur garde à vue, ils ont fourni à la police des témoignages concordants avant de se rétracter lors du procès proprement dit. L'un d'eux a même laissé entendre qu’un représentant de la justice lui aurait proposé un arrangement pour une affaire de viol sur mineure dont il est coupable. Pour les avocats de la défense, ces témoins versatiles sont «des délinquants et des indicateurs de police». Seul l'un des témoins a maintenu fermement sa déposition. Par contre, des témoignages d'habitants de la cité Henri IV ont fourni des descriptions du meurtrier ne correspondant pas au profil d'Alexis.
Le réquisitoire de l'avocat général consista par contre en une accusation virulente d'Alexis, reposant essentiellement sur les déclarations des témoins antérieures au procès. Cherchant probablement à impressionner le jury, il n'a pas hésité à frapper du poing sur sa table et à hausser le ton. Il s'en est pris à la presse qui selon lui était trop favorable à l'accusé, ce en quoi elle se faisait le porte-parole du sentiment général de la population.
Avant même l'issue du procès, ce sentiment était qu'il aurait fallu chercher ailleurs le véritable coupable. Pour la majorité des travailleurs et de l'opinion publique, et dès l'arrestation d'Alexis, le dossier était apparu si insuffisant que de sérieux doutes s'étaient installés, amenant la CGTG à constituer "un Comité pour la vérité sur l'assassinat de Jacques Bino". Cela prouve au moins que les
travailleurs et la population ne sont pas prêts à avaler n'importe quoi de la part des pouvoirs publics. En cela, les Jurés ont eux aussi fait preuve de discernement. Malgré tout, le parquet a décidé de faire appel.
 
 
 

Curaçao : crise gouvernementale sur fond de crise économique !

Curaçao, est une île des Antilles néerlandaises, située au large des côtes du Venezuela. Sa superficie est de 450 km2. Elle compte une population de 173 400 habitants (chiffre de 2006) essentiellement noire d'origine africaine. Comme pour toutes les îles des Caraïbes, les ancêtres de cette population furent importés d'Afrique comme esclaves.
Le 19 octobre, les élections législatives de Curaçao donnaient le parti PS (Peuple Souverain) vainqueur des élections avec 5 élus sur 21, face à cinq autres partis. PS est passé devant MFK, Movimentu Futuro Korsou - (Korsou est le nom de Curaçao en papimientu, la langue créole de Curaçao). Le MFK a obtenu 5 sièges également mais le PS a obtenu plus de voix. C'est le MFK et le PS qui dirigeaient ces deux dernières années.
Pendant la campagne, le leader de PS, Helmin Wiels, a été très critiqué par une fraction de l’opinion aux Pays Bas pour son projet indépendantiste qui pourtant, semble-t-il, ne dérange pas le pouvoir néerlandais.
Initialement, trois des partis, PS, MFK et MAN (2 sièges), étaient d'accord pour former de nouveau un gouvernement de coalition. Très vite MFK a critiqué PS, l'accusant de ne pas être «vraiment indépendantiste» et PS critiquait vertement l'ex Premier ministre, dirigeant de MFK, l'accusant de corruption.
Aux dernières nouvelles un gouvernement devrait être constitué le 15 décembre, un accord ayant été trouvé entre PS et deux partis qui pensent que «ce n'est pas encore le moment pour l’indépendance». Ces deux derniers partis sont le "PAIS", parti nouveau venu (4 sièges) et le PNP (1 siège). Ces 10 élus ensemble n'ont pas la majorité. Le 18 novembre encore il était question que PAR (4 sièges), un parti qui s'affiche favorable à «la coopération avec le royaume néerlandais» fasse partie de la coalition gouvernementale, mais PAR s'est retiré. Finalement, la coalition aura la majorité car un des fondateurs de PAR, Glenn Sulvaran, a quitté son parti pour la rejoindre.
On voit donc PS, favorable à l'indépendance -toutefois «après un referendum» et «pas avant dix ans»- se regrouper avec les partis les plus hostiles à l'indépendance.
Dans le même temps, la situation économique de Curaçao n'est pas bonne. Les caisses de retraite et de maladie sont en faillite. Les fonctionnaires risquent de ne plus être payés dès avril 2013. Un ancien ministre exhorte les nouveaux députés à prendre rapidement des mesures risquant d'annihiler l'action sociale de l'Etat et d'augmenter le chômage. Au même moment doit se décider la proposition de l'aide américaine de «préférence commerciale» à laquelle St Maarten (partie hollandaise de l'île de Saint Martin) et Curaçao sont éligibles depuis la dissolution des Antilles néerlandaises en 2010. Toutefois les USA mettent des conditions : ne pas nationaliser les biens privés ou les propriétés de sociétés américaines, ne pas être communiste... La situation de crise économique explique peut être aussi les difficultés des politiciens à former un gouvernement et se retrouver aux prises avec de multiples difficultés. En attendant, c'est sur les travailleurs et la population laborieuse de l'île que pèsent les plus grandes difficultés.
 
 
 

EGYPTE : Les manifestations actuelles, gages de nouveaux changements ?

Depuis son élection le président, Mohamed Morsi, membre des "Frères musulmans"  ne cesse de concentrer le pouvoir en ses mains. Il y a 6 mois profitant d’un incident militaire dans le désert du Sinaï il s’était affranchi de la tutelle du Conseil Suprême des forces armées. Ce n'était pas ce qu'il avait fait de pire jusque là. Mais ces derniers jours, par décret, il accapare le pouvoir judicaire. Tant et si bien qu’aujourd’hui il détient  pouvoirs judiciaire et exécutif. Le pouvoir législatif est détenu par ses partisans membres des partis islamistes. Bien sûr, pour amadouer ses détracteurs il affirme que cet état de fait n’est que provisoire.
Les masses égyptiennes et les jeunes en particulier, sur fond de grèves ouvrières non négligeables,  qui par leurs manifestations ont renversé le dernier dictateur Hosni Moubarak il y a deux ans, ainsi que les partis laïcs, n’acceptent pas l’installation d’une nouvelle dictature qui ne veut pas dire son nom. Jour après jour, ils manifestent dans les grandes villes d’Égypte et occupent la place Tahrir : haut lieu de la révolte au Caire, la capitale du pays.
Les partisans de Morsi manifestent également, bloquent la haute cour constitutionnelle   sous l’œil bienveillant de la police. Mais  les manifestations anti Morsi se poursuivent. Aussi, le gouvernement Égyptien a fait adopter en toute urgence une constitution qui fait la part belle à la charia (la constitution  s’inspire du coran). Il a fixé pour le 15 décembre un référendum pour l’adopter.
La population d’Égypte a raison de s’opposer aux menées des islamistes car l’État qu’ils préparent est un État dictatorial et religieux. Et c'est la forme que prendra cet État au service de la bourgeoisie égyptienne. Il sera un instrument de répression des travailleurs et de la population. Depuis la chute du dictateur Moubarak rien n’a  vraiment changé. La police et l’armée sont omniprésentes. Les salaires sont bas, de l’ordre de 11 euros par jour pour 12 heures de travail. Le chômage et la misère sont le lot de la population.
La crise fait des ravages dans le pays. Le FMI a accordé 4,8 milliards  de dollars à l'État Égyptien à condition qu’il augmente les impôts et qu’il diminue ses dépenses. Donc, dans les mois à venir le gouvernement fera des coupes sombres dans les dépenses sociales, baissera les salaires des fonctionnaires, et les prix  des denrées et les impôts s’envoleront. Quel que soit le gouvernement qui sortira de la crise il faudra qu’il  impose une telle politique à la population.
Que le gouvernement soit islamiste ou laïc  il devra appliquer cette politique imposée par le FMI.
Derrière les manifestations actuelles il y a  la colère contre la misère, le chômage, qui s'exprime. Il faut donc espérer qu’au cours de ces luttes, les masses pauvres d'Égypte et principalement les travailleurs parviennent à trouver la meilleure voie possible en l'état actuel des choses pour gagner des positions qui leur permettent d’améliorer leur sort.
La  lutte contre l’installation de ce gouvernement islamiste rétrograde est de bon augure. Mais si cette lutte pouvait aussi être un avertissement sérieux pour les libéraux laïcs prétendant au pouvoir, les masses égyptiennes feraient alors un bon coup double. Dans tous les cas, si elles parviennent à montrer qu'elles ne sont pas prêtes à faire les frais d’une politique de rigueur appliquée  par les islamistes ou par les libéraux laïcs, tous  au service du FMI, elles auront gagné une première manche.  

Parution du journal : Avis aux lecteurs !

Le prochain numéro du journal paraîtra le samedi 5 janvier 2013

 
 

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