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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1080 du 24 nov. 2012/Deuxième page

Deuxième page

Guadeloupe : Politique et Communauté de communes

Ary Chalus, le député-maire de Baie-Mahault, crie à la dictature. Le préfet vient en effet d’ordonner l’entrée de sa ville dans le regroupement de communes «Cap Excellence» (Pointe-à-Pitre et les Abymes). Le véritable enjeu de la dispute, ce sont les quelques 20 millions d’euros de taxes que la zone de Jarry rapporte à Baie-Mahault chaque année.
C'est en juin dernier que Chalus a été élu député. Il avait fait campagne notamment en déclarant qu'il rejoindrait la communauté de communes du Nord Basse-Terre avec Lamentin, Sainte Rose et Deshaies alors qu’au départ il était plutôt intéressé par «Cap Excellence». Il est certain qu'il a gagné des voix aussi sur ce terrain. Si à la suite de ses démarches, malgré l'injonction du préfet, Chalus parvient à rejoindre comme il l'avait promis le regroupement du Nord-Basse Terre, le «trésor» de Baie-Mahault fera de lui «le roi du pétrole» dans un territoire  regroupant trois communes de la circonscription dont il vient d'être élu député. Si par contre, Chalus se voit contraint de rejoindre Cap Excellence, les millions de Baie-Mahault seront fortement sollicités par les 80 000 habitants de Pointe-à-Pitre-Abymes qui ont des besoins criants en équipements de toutes sortes… mais qui n’ont aucune chance de voter Chalus aux prochaines élections législatives car n'étant pas dans sa circonscription!
Du point de vue de l’intérêt général, quelle est la meilleure solution pour la population de ces communes ?  Il y a du pour et du contre dans ces plans de regroupement des communes.
D’un côté, ils permettent en principe de regrouper les moyens pour mieux organiser le territoire. Par exemple, si vous voulez un réseau de bus réguliers couvrant toute la région pointoise, il vaut mieux l’organiser au sein d’un regroupement de communes comme Cap Excellence. Prier pour que des bouts de réseau gérés de chaque côté aient des arrêts et des horaires qui, par miracle, se correspondent est clairement moins efficace. D’ailleurs, de ce point de vue, le refus de Chalus n’est pas une bonne nouvelle pour les milliers de travailleurs qui aimeraient bien accéder un jour à la zone de Jarry en transports en commun...
On peut espérer aussi la mise en place de grandes cuisines centrales pour les établissements scolaires (y compris les collèges et les lycées), d’équipements sportifs ou culturels dignes d’une zone urbaine de plus de 100 000 habitants, voire la «renationalisation» de l’eau que l’on reprendrait ainsi dans les mains des multinationales qui s’arrosent aujourd’hui avec nos robinets… Bon, d’accord, ce sont des rêves, mais disons qu’au moins, le regroupement des communes les rend un peu plus crédibles.
D’un autre côté, en ces temps de restrictions et d’attaques anti-ouvrières sur les services publics, on a de très  bonnes raisons de se méfier. Il ne faut jamais oublier que de nos jours, «regrouper», cela veut souvent dire, dans la tête des gestionnaires de tout poil, supprimer des emplois et finalement réduire la qualité des services. Demandez donc aux personnels des hôpitaux ou aux habitants de Marie-Galante qui ont vu les services de chirurgie et de maternité de leur île «regroupés» avec ceux du CHU !
En fin de compte – et comme d’habitude – les gesticulations des élus et de l’État qui prétendent avoir à cœur les intérêts de la population ne doivent pas trop nous émouvoir. Seule la mobilisation de ceux qui ont un besoin vital de ces services, les pauvres et les travailleurs, peut garantir que les communautés de communes servent réellement améliore notablement leur vie quotidienne

Martinique : Manscour : une sortie peu glorieuse

Louis-Joseph Manscour, après avoir été battu par Alfred Marie-Jeanne aux dernières élections législatives, a dû quitter la direction de la FSM, section martiniquaise du PS français.
Mais cet homme que ses propres amis politiques de Trinité qualifient de «girouette» ou «d’anguille», pouvait-il encore se maintenir, même s’il dit et répète qu’il passe la main volontairement. Sa vie politique est bien trop trouble et si peu passionnante qu'il est inutile de s'y plonger. 
Disons seulement que Manscour, par ailleurs maire de Trinité, ne peut être regretté ni comme député ni comme dirigeant soi disant «socialiste» de la Martinique par aucun travailleur conscient de ses intérêts. Car il a été un des plus fervents défenseurs de la défiscalisation et autres avantages revendiqués par les parons et les riches. En revanche, pour les travailleurs en lutte, il n’a eu que des mots de compassion ou pour avouer son impuissance. Ce fut le cas par exemple face aux employés de l’hôtel «La Baie du Galion» de Tartane victimes du béké Fabre. Alors que ces  derniers scandaient «Manscour, au secours», il a refusé de soutenir leur lutte. Dans un autre cas, le maire de Trinité, alors député en appelait à la répression par l’Etat de la grève des agents d’EDF pour leur prime vie chère.
En définitive, c’est un homme adepte des combines politiques qui durant toute sa carrière a toujours louvoyé pour conquérir un poste et s’y maintenir, qui a passé la main le 16 novembre à un de ses adjoints à la mairie de Trinité.


 

Guadeloupe : Déclaration du journal Rebelle

CEUX QUI VEULENT NOUS FAIRE TAIRE, SONT CEUX QUE LA VÉRITÉ EFFRAIE
Ce mercredi 21 novembre 2012 à 7h25, les gendarmes de Baie-Mahault ont arrêté trois membres du journal Rebelle ! devant le lycée agricole de Convenance. Le responsable de cette nième tentative d’intimidation ? Le proviseur Franck Gastine, que la liberté d’expression effraie.
Cela n’a rien d’étonnant. Comme d’habitude, ces méthodes de dictateurs au petit pied sont le fait des responsables scolaires que la vérité dérange le plus.
À travers les 1 500 exemplaires vendus mensuellement en Guadeloupe, notre journal permet aux lycéens et aux étudiants de s’informer et de dénoncer les abus de pouvoir, le mépris ouvert des procédures et lorsque c’est nécessaire l’incompétence d’un certain nombre de responsables de l’éducation…
Dans le cas de Franck Gastine, on se souvient qu’il a fallu que les lycéens fassent grève plusieurs années de suite pour que soit mis fin au scandale de la cantine insalubre de Convenance. M. Gastine trouvait alors malin de répondre avec mépris que « les asticots c’est bon pour la santé », jusqu’à ce qu’une inspection des services sanitaires l’oblige à y mettre bon ordre. On se souvient qu’il n’a rien eu de plus pressé, après cela, que de fermer le seul lieu d’expression libre du lycée – le « foyer » – et d’instaurer à grands frais un système de badges électroniques…
Les ordres reçus par les vigiles qui ont malmené et menacé une jeune femme membre de notre journal une heure durant, dans le but manifeste (mais vain) de déclencher un incident, n’ont pas empêché notre vente de se dérouler dans le calme… Ce que les militaires appelés par M. Gastine ont constaté en arrivant.
Mercredi 21 novembre, M. Gastine, venu faire sa déposition à la gendarmerie où nos trois camarades étaient retenus… en est reparti sans porter plainte. Nos camarades ont été immédiatement relâchés.
Cela paraît incroyable : il y a encore des responsables scolaires pour croire, au bout de quatre ans et demi d’activité de notre journal, que des intimidations de ce genre pourraient nous faire reculer. Nous leur adressons solennellement cet avertissement. Elles ne font que démasquer votre haine de la liberté d’expression. Elles ne font que démasquer votre culpabilité face à la jeunesse de ce pays. Elles ne font que renforcer notre détermination.
Pour l’équipe du journal Rebelle !
Raphaël Cécé et Sony Laguerre

            

Martinique : Pour la «résilience», transformer le monde...

Samedi 10 novembre était organisée au grand amphi de l'université de Schœlcher, une conférence sur le thème : «La résilience, une démarche collective pour la Martinique ?». L'amphi était bondé.
 Le terme «résilience» est utilisé en physique pour décrire l'état d'un matériau après une contrainte (par exemple un choc). Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik, un des principaux conférenciers invités, est connu pour avoir introduit le concept de «résilience» dans le domaine de la psychologie. Dans ce domaine, "la résilience est un phénomène qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression". Autrement dit, pour le peuple martiniquais, d'effacer le traumatisme psychologique de trois siècles d'esclavage, de racisme et de colonisation.
 Mais que peut signifier sa transposition en ce qui concerne les rapports sociaux ?
La société martiniquaise, comme les autres, n'est pas encore sortie de l'état de contrainte, loin de là : le chômage de masse, notamment de la jeunesse est une contrainte, la vie chère est une contrainte, comme le sont, souvent, la dureté des rapports au travail ou le fait d'être soumis à un pouvoir situé à 7000 kms de distance.
Ces contraintes s'exercent dans le cadre d'une société de classes où l'exploitation des uns fait la fortune des autres et où le pouvoir est exercé pour le compte du gros patronat. Dans une société aussi où les séquelles du colonialisme demeurent encore trop fortes. Et le fait qu'une grande partie des profits réalisés sur le dos des travailleurs martiniquais aille directement dans les poches d'une dizaine de familles békées, descendantes des colons esclavagistes, s'il est un héritage du passé, est quand-même bien actuel.
Des groupes de manifestants ont quelque peu troublé les débats, non sans raison. L'un de ces groupes était venu dénoncer l'autorisation récente de l'épandage aérien de pesticides sur les bananeraies au mépris de la population, martiniquaise. L'autre groupe a dénoncé le rôle joué par l'un des organisateurs de cette conférence : Roger de Jaham et son association " tous créoles". Roger de Jaham est une figure bien connue du milieu capitaliste béké.
Cette manifestation bruyante était en elle-même une preuve que bien des contraintes sont encore exercées sur la population martiniquaise. En particulier le fait qu'une partie du milieu béké tente de gommer l'exploitation et le racisme subis par la population noire, indienne et de couleur de la part des exploiteurs sous l'appellation "tous créole" est une forfaiture. Tous créoles, peut être ! Mais pas tous égaux !
Sans la perpétuation de l’exploitation capitaliste et coloniale, des sujets tels que l’esclavage ou le colonialisme ne seraient pour nous que des sujets d’histoire, comme l’esclavage dans l’empire romain peut l’être pour les italiens d’aujourd’hui. Mais ce n’est pas le cas. Et la formule de Marx, en 1845 : «Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c'est de letransformer », et celle du Manifeste du parti communiste de 1848 : «L’histoire de toute société jusqu'à nos jours est l'histoire de luttes de classes», gardent toute leur actualité.
Cette transformation incombera à la classe des travailleurs, et elle seule pourra déboucher sur cette «résilience» que, dans le mouvement ouvrier, on appelle «socialisme» ou «communisme».
 


 
 

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