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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1078 du 27 oct. 2012/Quatrième page

Quatrième page

Afrique du Sud : la grève s’étend

Après la victoire des mineurs de Marikana qui ont obtenu entre 11 et 22 % d’augmentation de salaire malgré la brutalité de la répression (34 morts), d’autres travailleurs sud africains ont suivi l’exemple. Des dizaines de milliers de mineurs de charbon, d’or et de platine ont entamé ce que les journalistes français appellent des «grèves sauvages»… une traduction tendancieuse et malhonnête du terme «wildcat strike», c'est-à-dire une grève décidée démocratiquement par l’ensemble des travailleurs et non pas au cours d’un vote organisé et surveillé par la direction.
La «sauvagerie» en fait, est du côté des multinationales qui exploitent les richesses sud africaines et de l’État qui les protège. En plus des tirs de la police (un mort jeudi 3 octobre), les grévistes subissent désormais des licenciements en masse. Vendredi 4 octobre, 12 000 mineurs (la moitié des effectifs de la compagnie) ont été licenciés par l’Anglo American Platinum. Mardi 9 octobre, la société Gold One (or) licenciait 1400 grévistes, suivis de 2 161 mineurs chez Atlatsa (uranium).
Mais la mobilisation tient bon pour le moment. Les mineurs en grève ont déposé des plaintes contre la police sud africaine. Les travailleurs de la mine d’or Gold Fields ont repris le travail jeudi 18 sous la menace de licenciements, après un mois de grève. Mais la grève continue à Anglo American Platinum, le plus gros producteur mondial de platine, ainsi que dans d’autres mines d’or. 
Une fois de plus, la classe ouvrière noire d’Afrique du Sud, celle qui a contribué à renverser l’Apartheid, démontre sa force. De leur côté, la bourgeoisie noire qui s’est considérablement enrichie en bénéficiant des miettes que lui laissent les grandes compagnies étrangères, ainsi que les politiciens à son service, ont fait la démonstration de leur hostilité de classe vis-à-vis de ces travailleurs. En témoigne cette déclaration du gouvernement de Jacob Zuma : "L'Afrique du Sud va de l'avant vers la prospérité, sous la très compétente direction du président Zuma et son gouvernement. (...) Il y aura des hoquets ici et là, à cause des inégalités, de la pauvreté et de la conjoncture économique mondiale, mais nous restons fermement concentrés pour construire une Afrique du Sud unie, multiraciale, non sexiste, démocratique et prospère".  Cependant, dans le pays, le chômage atteint 38% de la population adulte, et la moitié des habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Ce même gouvernement a soutenu la police  après le massacre de 40 mineurs le 16 août dernier.
Vive la lutte des travailleurs sud africains par eux-mêmes et pour eux-mêmes !
 
                                                                                                                 

Haïti : la réponse de Martelly aux manifestants

Face aux manifestations de la population pauvre contre la  cherté de la vie, une des dernières trouvailles de l’équipe de Martelly est la distribution de repas dans les quartiers pauvres : «5 mobiles distribueront en moyenne 10 000 plats par jour aux personnes vulnérables», explique-t-il.
En dehors du fait que ces promesses n’engagent que ceux qui y croient, il s’agit d’une pseudo solution qui a déjà été utilisée par différents présidents pour se créer une clientèle qui leur a servi de soutien dans les élections passées. Ce système a été aussi utilisé par des gens qui sont devenus des hommes de main défendant les intérêts des cliques gouvernementales.
Martelly continue : « Il faut inciter nos compatriotes à consommer des céréales, tubercules et fruits produits localement …qui augmentera la production nationale, créera des emplois et garantira la souveraineté alimentaire du pays».
 Voilà une nouvelle qui, sous couvert d’alléger le coût alimentaire des familles, va dans l’intérêt des distributeurs des produits alimentaires. Ils gagnent sur les deux tableaux : que ce soit sur l’importation des denrées ou sur la production agricole locale.
Ce gouvernement n’envisage pas de faire appliquer par les patrons des entreprises le salaire minimum de 300 gourdes, ce qui a pourtant été décrété. Il n'envisage pas non plus de faire que les salaires rattrapent l’augmentation du coût de la vie.
L’équipe de Martelly au gouvernement montre qu’elle choisit de servir la bourgeoisie.
 

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Il y a cinquante ans, le 28 octobre 1962, de Gaulle fait adopter par référendum l'élection du président de la république au suffrage universel

De Gaulle homme politique était apparut durant la deuxième guerre mondiale. Il n'avait été jusque là qu'un obscur colonel aux idées réactionnaires. Se trouvant à Londres lors de l'annonce par Pétain de la capitulation du gouvernement français face à l'Allemagne, il refusa de rentrer, et lança son fameux appel à la résistance le 18 juin 1940. Il se déclarait ainsi candidat pour la défense des intérêts de la bourgeoisie française, dans le camp des Anglo-Américains.  
De Gaulle parvint à s'imposer comme le chef de la Résistance, s'appuyant sur les  principales forces politiques, notamment le Parti socialiste SFIO et le Parti Communiste.
À la Libération, il fut président du Gouvernement provisoire pour « redresser la France » pour le compte de la bourgeoisie. Il bénéficia de l'appui des partis de gauche dont le Parti Communiste, qui participa à son gouvernement.
En 1946, de Gaulle démissionna sur un désaccord avec l'Assemblée sur sa conception de l'État, le rôle des partis et la question des crédits militaires. Sa « traversée du désert » dura jusqu'en 1958. Il se consacra à la direction du  Rassemblement du peuple français (RPF), un parti d'extrême droite, anti-communiste, qui obtint quatre millions de voix et 117 députés aux élections de 1951. Mais des défections amenèrent  sa disparition en 1955.
 
 De Gaulle dut attendre jusqu'en 1958 pour revenir au pouvoir. Deux problèmes étaient alors préoccupants pour la bourgeoisie : l'instabilité gouvernementale et l'Algérie.
 
LES INSTITUTIONS EN QUESTION
 
L'instabilité politique était chronique dans la IVème République. Elle appelait deux solutions : rendre le gouvernement plus indépendant de la Chambre, et une nouvelle loi électorale qui diminuerait la représentation du Parti Communiste. Autrement dit, une réforme de la Constitution. Aucun des partis du centre et de la droite n'en était capable.  
A cela s'ajoutait depuis 1954 la guerre d'Algérie. La bourgeoisie française savait qu'elle ne pouvait pas gagner la guerre d'Algérie et que l'indépendance était inéluctable. Mais aucun gouvernement n'osait faire un pas en cette direction.
 Le recours à de Gaulle était envisagé par nombre d'hommes politiques. L'occasion en fut fournie le 13 mai 1958. À Alger, les soutiens de « l'Algérie française » prirent le Gouvernement général et formèrent un Comité de salut public présidé par le général Massu. Immédiatement, Massu demanda à  de  Gaulle « de bien vouloir rompre le silence en vue de la constitution d'un gouvernement de salut public ». Le général Salan lança un vigoureux « Vive de Gaulle ! » devant la foule.
De Gaulle apparut comme seul capable d'empêcher un coup de force de l'armée. Il vit se rallier en 15 jours la quasi-totalité de la classe politique française.
Nommé président du Conseil de la IVème République, le 1er juin 1958, de Gaulle  obtint la confiance de l'Assemblée, qui lui accorda les pleins pouvoirs pour six mois, ainsi que la possibilité de modifier la Constitution. Cette nouvelle Constitution, celle de la Vème République, fut adoptée par référendum par une écrasante majorité de   79 % de «oui». Parallèlement, une loi électorale réduisait la représentation du PCF qui, avec 9 % des voix, n'eut que dix députés.
 
APRÈS L'ALGÉRIE FRANÇAISE, L'INDÉPENDANCE
En Algérie, tout en intensifiant la guerre, de Gaulle fit des pas qui devaient mener à l'indépendance par des négociations avec les chefs algériens de la rébellion armée. En septembre 1959, en prononçant une première déclaration en faveur de «l'autodétermination» de l'Algérie, il s'attire l'hostilité des colons et de l'armée. Suivirent en 1960 la journée des barricades à Alger, le putsch des généraux en 1961 et le développement du terrorisme d'extrême-droite de l'OAS (Organisation de l'Armée Secrète).
 Les accords d'Evian conclus avec le FLN (Front de Libération national) algérien menèrent à l'indépendance de l'Algérie en juillet 1962. De Gaulle fit approuver cette issue par un référendum-plébiscite qui obtint 90% de oui.
 Et quelques mois plus tard, le 28 octobre 1962, il fit adopter, par un nouveau référendum, l'élection du président de la République au suffrage universel. Il y eut 62,25% de «oui». Ainsi de Gaulle officialisait son rôle au-dessus des partis, ayant suffisamment de prestige pour imposer ses vues.
Ce prestige ne résista pas à Mai 68. La bourgeoisie ne pardonna pas à de Gaulle de n'avoir pas su éviter celle-ci. 
Son usure fut confirmée lors du référendum d'avril 1969, sur la création des régions et la réforme du Sénat. Mis en minorité avec 46,7 % de « oui », de Gaulle se retira. Il mourut un an plus tard. 
Depuis, les présidents qui se sont succédé à la tête de la Vème République, se sont couverts des habits institutionnels que de Gaulle avait fait tailler à sa mesure. Mais, sans le prestige et la situation favorable dont il avait bénéficié, ils sont tous apparus, de Pompidou à Hollande, comme les présidents d'une ex-grande puissance, nageant dans un costume trop grand pour eux.

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