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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1078 du 27 oct. 2012/Première page

Première page

Edito: Quand le secteur de la santé n'est pas "rentable"... on en meurt !

Depuis plusieurs mois, les travailleurs hospitaliers se mobilisent sans arrêt dans et à l'extérieur des établissements, en Martinique comme en Guadeloupe. Les 18 et 19 octobre derniers, l’UTS-UGTG a organisé «deux journées de mobilisation, des travailleurs de la Santé». Les raisons de cette mobilisation : La politique de réorganisation de la santé mise en œuvre par les gouvernements depuis plusieurs années. Et une seule phrase de Mme Vuillaume, la directrice de l’ARS en Guadeloupe citée par l’UGTG en dit long sur les véritables objectifs de cette politique : « La santé est dorénavant un produit commercial qui se vend et qui doit rapporter ». Et   la directrice de l’ARS ajoute : « …Les établissements de santé publics et privés doivent être en mesure de rentabiliser leurs activités et leur structure sans financement public… » « …Il convient de fermer les services et établissements déficitaires… ». Et le mot de la fin : « Cette réorganisation de l’offre de soins passe malheureusement par la suppression des effectifs et des services en trop ». 
Un seul mot permet de qualifier à sa juste mesure cette politique : criminelle ! Et l’exemple de cette femme enceinte qui en France a accouché sur l’autoroute et perdu son bébé en voulant rejoindre un hôpital situé à plus d'une heure de sa ville de résidence vient malheureusement justifier ce qualificatif.  On pense immédiatement à la fermeture récente de la maternité et de la chirurgie à l'hôpital de Marie Galante. Comment faire en cas de cyclone par exemple pour acheminer les malades et femmes enceintes à Pointe-à-Pitre par hélicoptère ? Et même sans cyclone, ce système est bien trop aléatoire !
Ceux qui ont participé  à toutes les dernières mobilisations ont eu raison de le faire. Il faut que tous les travailleurs de la Santé, avec l’appui du reste de la population laborieuse, mettent un coup de d'arrêt àcette casse terrible du service public de santé !  Ce ne sera pas "leur bourse pour notre vie" ! Il ne faut pas laisser les gouvernements faire payer aux travailleurs la crise des banquiers des financiers, des riches, des capitalistes. C'est leur crise, c'est à eux de la payer, pas aux travailleurs, pas à la population ! et quant à la santé, la nôtre, celle de tous, eh bien elle n'a pas de prix ! Est-on si "comptable" avec les dépenses du secteur de la "défense" ? Ceux qui se mobilisent, qui se battent, qui se rassemblent, qui protestent, qui défilent dans les rues sont sur la bonne voie.
Et il est à espérer que  la mobilisation des employés les plus combatifs ne soitqu’une étape vers la mobilisation de tous, que ces employés mettront  tout en œuvre pour enclencher une politique de lutte unitaire de tous les travailleurs de la Santé sur les deux îles au moins. Oui, une politique de lutte, large, déterminée, puissante et unitaire est indispensable.Elle augmentera considérablement les chances des travailleurs de la Santé de mettre un coup d’arrêt à la politique criminelle mise en œuvre par lesgouvernements de droite et de gauche.

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Martinique : Émotion pour Thierry Dol d'un côté, froideur officielle de l'autre

En Martinique, personne ne peut ignorer le sort de Thierry Dol, jeune ingénieur martiniquais retenu en otage au Nord-Mali depuis plus de 2 ans, avec d'autres. Son sort est rappelé quotidiennement dans les médias et diverses marques de solidarité se succèdent (pétitions, marches aux flambeaux, course-relais de lycéens, etc.), surtout au François d'où il est originaire.
Thierry Dol travaillait au Niger, pour Sogea-Satom, un sous-traitant d'Areva, qui y exploite des mines d'uranium. Le 16 septembre 2010 il a été enlevé chez lui avec 6 de ses collègues et conduit au Nord-Mali où il est retenu par AQMI (Al Qaïda au Maghreb Islamique). Depuis, le sort des 4 otages (trois avaient été rapidement libérés), dépend des négociations en cours et de la situation politico-militaire sur le terrain.
Officiellement le gouvernement français ne verse jamais de rançon, mais qui peut croire que les libérations obtenues, par exemple en juin 2011 celles des journalistes H. Ghesquière et S. Taponier après 18 mois de captivité en Afghanistan, l'ont été sans contreparties ? Il semblerait toutefois que AQMI se heurte à une fin de non-recevoir.
Ce n'est pas la 1ère fois. En juillet 2010 Michel Germaneau, otage d'AQMI, était mort au mains de ses ravisseurs, dans le désert du Sahel, alors qu'une opération commando avait été tentée, et ratée, pour le libérer.
Pour Thierry Dol et ses compagnons la situation est devenue encore plus critique du fait de la partition de fait du Mali et de l'effondrement en avril 2012 de son appareil d'état au Nord, remplacé par des milices d'indépendantistes Touaregs et des milices islamistes, ces dernières évinçant d'ailleurs rapidement les premières.
Hollande envisage à présent de soutenir – officiellement sans intervention directe – l'intervention militaire en préparation de la Cedeao (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest), pour paraît-il restaurer l'unité du Mali.
F. Hollande a, le 13 septembre 2012, reçu la famille de Thierry Dol, comme Sarkozy l'avait fait peu après l'enlèvement. Pour quoi leur dire ? On ne le saura pas, mais il faudrait être naïf pour croire que la vie de ces otages, fussent-ils détenteurs d'une carte d'identité française, soit de beaucoup de poids pour des dirigeants capables de décider d'envoyer l'armée dans des bourbiers sanglants, en Irak, en Afghanistan ou ailleurs, et pour lesquels les souffrances des peuples sont quantités négligeables.
La France prétend être une démocratie, mais où sont les libertés démocratiques quand la diplomatie, tout comme l'armée, agit en dehors de tout contrôle de l'opinion publique ? Les négociations suite aux prises d'otages, comme les perspectives d'interventions militaires, sont entourées du plus grand secret. C'est «circulez, il n'y a rien à voir...». Les raisons des uns et des autres, on ne peut que les deviner. Les intérêts économiques des grosses sociétés françaises et de leurs actionnaires ne viennent certainement pas en dernier, mais la population n'y a rien à dire. Sans parler des habitants de ces régions, qui en plus des exactions des milices, officielles ou rebelles, sont menacés de subir une invasion d'armées au service des grandes puissances occidentales.
Au regard de ces intérêts politiques, économiques ou militaires de l'impérialisme français, l'émotion ressentie pour le sort de Thierry Dol est certainement bien désarmée. Ce fait pourrait bien renforcer une méfiance justifiée envers ceux qui nous gouvernent en foulant aux pieds les sentiments des couches populaires.

Guadeloupe : Des ouvriers dockers refusent la précarité sur le port de Jarry

Quatre ouvriers dockers ont décidé de mettre fin à l’injustice qu’ils subissent depuis des années sur le port de Jarry. Ils poursuivent leur employeur, le groupement d’intérêt économique AREMA, filiale de la CMA-CGM, devant le conseil des Prud’hommes de Pointe-à-Pitre pour obtenir la requalification de leur contrat de travail en contrat à durée indéterminée.
Sur le port, plus de 60 dockers sont embauchés en contrats à durée déterminée journaliers. Leur patron les oblige à embaucher tous les matins et leur fournit du travail en fonction des bateaux qui déchargent leurs marchandises sur le quai de Jarry. Ce contrat dit «d’usage constant» présente tous les avantages pour l’employeur. Il lui permet de décider du nombre d’heures de travail de chaque docker et de limiter l’embauche quand l’activité baisse. Pour l’ouvrier, cette précarité constitue une angoisse permanente du lendemain. Le GIE AREMA utilise cette angoisse pour annihiler toute volonté de lutte collective des dockers. Les divisions entre dirigeants syndicaux, le favoritisme, l’individualisme, la perte de la tradition de solidarité entre ouvriers permettent au GIE de maintenir cet arbitraire patronal. C’est en s’appuyant sur un article de la convention collective de la manutention portuaire de la Guadeloupe que le GIE fait perdurer les CDD dits d’usage constant. Les dockers subissent cette précarité sans réagir depuis très longtemps. Tous ceux qui ont essayé de protester ont été sanctionnés. AREMA ne leur permet pas de travailler. Les contremaitres restreignent leur embauche à quelques heures par mois, diminuant leur salaire mensuel sans avertissement. Des dockers moins anciens sont promus à des postes d’ouvriers mensualisés en CDI. Ceux qui font de la «lèche» au patron sont promus cadres et exercent une pression sur les précaires pour qu’ils acceptent de continuer à subir sans se plaindre.  
Mais la machine à subir ne peut pas durer éternellement. Une dizaine de dockers avaient décidé de relever la tête. Ils ne sont plus que quatre désormais. Dans l’impossibilité de déclencher un arrêt de travail, ils ont choisi d’attaquer le GIE AREMA en justice pour obtenir un CDI à temps plein et des indemnités pour harcèlement moral. Malgré leur petit nombre, l’annonce de la convocation aux Prud’hommes de leur employeur AREMA a rapidement fait le tour de la plateforme portuaire.  
Le directeur a immédiatement décidé, sans autre forme de procès, la mise à pied des quatre dockers concernés. Ce n’est pas la première fois que des ouvriers dockers mettent en cause les contrats d’usage en justice. Certains en France ont obtenu gain de cause, ainsi que des travailleurs d’autres professions. Les quatre dockers, pourraient, s’ils gagnent, constituer un exemple pour tous les CDD employés par AREMA. Le GIE craint la contagion. Les dockers précaires pourraient exiger l’embauche en CDI pour tous. C’est  pour décourager une nouvelle fois une lutte plus large qu’AREMA fait pression sur les quatre ouvriers en leur refusant l’embauche et en tentant de les affamer. Les quatre sont bien décidés à aller jusqu’au bout de leur action !
 

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