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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1079 du 10 nov. 2012/Quatrième page

Quatrième page

Panama : Victoire de la population, malgré une répression sanglante

À partir du 19 octobre, la population de la ville de Colon au Panama est descendue dans les rues. Le président panaméen – le milliardaire corrompu Martinelli – venait de proclamer la «loi 72» qui autorisait la vente aux compagnies étrangères des terrains qui bordent le canal, actuellement propriétés de l’État. Cela a provoqué la colère des habitants de cette zone.
En effet, la location de ces terrains par les entreprises rapporte chaque année 100 millions de dollars à l’État, dont une partie est utilisée au bénéfice des habitants de la région. La «loi 72» aurait donc eu des conséquences néfastes pour la population, déjà victime d’une pauvreté massive. 
Dès le premier jour de manifestations, la répression a été féroce, et un enfant de neuf ans est mort tué par les balles de la police. Mais la mobilisation s’est poursuivie les jours suivants, avec un appel à la grève générale à partir du 22 octobre, et s’est étendue à la capitale Panama City.  
Le 28 octobre, le gouvernement a reculé, et a abrogé la «loi 72». Le bilan final fait état de trois morts du côté des manifestants, quarante-huit blessés, et des centaines d’arrestations.  
Les habitants de Colon ont célébré leur victoire en défilant à nouveau dans les rues le lendemain, rendant également hommage aux morts et aux blessés. Des négociations doivent commencer le 7 novembre pour obtenir des réparations pour les familles des victimes, ainsi que l’abandon des poursuites contre les manifestants arrêtés.
Le canal de Panama, par où transite une bonne partie du commerce mondial, est une source de profits considérables pour les capitalistes qui l’exploitent et pour les politiciens qui les servent, alors que les habitants de la région ne reçoivent que des miettes. Mais leur détermination a su faire céder le gouvernement, et lui rappeler que ce sont eux, les 30 000 travailleurs du canal, qui font tourner la machine !

 

                                                                                                                 

Haïti : Après le passage de «Sandy» les gesticulations du gouvernement.

Zoom Une semaine après le passage  de l'ouragan Sandy en Haïti, un  bilan provisoire était déjà de 54 morts, 20 disparus et des dizaines de blessés. Les dégâts matériels sont considérables dans les zones du Grand Sud et de l’Ouest du pays. Ce sont surtout les trombes d’eaux qui ont ravagé les plantations, emporté les animaux, raviné les routes et détruit une dizaine de ponts. Près de 200.000 personnes ont été placées dans des abris provisoires et de nombreuses maisons détruites.
Les médias ont repris en boucle les images de rivières en crue et d’habitants demandant des secours au milieu de la boue. Puis on a eu droit aux clichés du président et des sous-fifres portant des sachets d’eau ou des paquets de savons voire même de la nourriture à des populations pauvres. 
Appliquant la méthode du pansement pour cacher la plaie purulente sans la soigner, le gouvernement a décrété «l’état d’urgence» à partir du 5 novembre. Une série de  grandes déclarations a abouti à ce que la commission de stabilisation des prix des produits de première nécessité annonce «la nécessité de la création du stock stratégique de produits». Cette commission fantôme avait déjà ce projet après le passage du cyclone Isaac et elle n’a rien réalisé. L’autre action est l’habituelle création de travaux qui donne du travail à la population d’une zone pendant quelques semaines sans résultats durables. Dans toutes ces actions le gouvernement se garde surtout de toucher ou même menacer les intérêts des bourgeois de l’import export ou des banquiers. Il se garde bien, ne serait-ce que d’inciter un bourgeois comme Vorbe à mettre au service de la communauté son parc d’engins de travaux pour réaliser des infrastructures de drainages, de routes, de ponts.
Le Venezuela, comme les Etats-Unis promettent de débloquer des fonds. Mais ce sont les banquiers qui les attendent pour renflouer leurs comptes en banque et ceux des  politiciens comme il en a été des aides après le passage d’Isaac.
Depuis plusieurs mois la population s’insurge contre la hausse du coût de la vie. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs grandes villes de province ainsi que dans la zone métropolitaine. La colère des travailleurs, des pauvres, des habitants des bidonvilles excédés pourrait les amener à décréter eux-même leur «état d’urgence» et prendre en main la mise en place des travaux qui sont nécessaires au bien être de la majorité de la population.

 

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Algérie, 1er novembre 1954 : le FLN déclenche la lutte armée

Une série d’attentats en divers lieux du territoire ouvrirent les hostilités contre le colonialisme français. Ils firent peu de victimes, essentiellement des dégâts matériels et furent revendiqués par le FLN, Front de Libération Nationale. Ils étaient organisés par un petit groupe d’hommes, six sur le territoire et trois qui dirigeaient les opérations depuis l’étranger. Leur but était de surprendre le pouvoir colonial et de frapper l’opinion algérienne qui subissait le mépris et la misère propres à un peuple colonisé. L’impérialisme français s’était imposé en Algérie à la fin du XIXème siècle, à l’issue d’une guerre de conquête coloniale. Par la suite, l’Algérie était devenue une colonie de peuplement, une émigration française et européenne prenant possession des terres et de grandes sociétés exploitant les richesses naturelles du pays. Les Algériens ne bénéficiaient pas du droit de vote, très peu d’enfants étaient scolarisés, la population arabe ou kabyle vivait en général dans la misère et subissait l’exploitation. Le chômage important forçait de nombreux Algériens à émigrer en France et les émissaires de l’industrie française, notamment de l’automobile, venaient les chercher jusque dans les villages pour les enrôler comme salariés. En France, ils étaient souvent en butte au racisme, sous payés, travaillant très dur.  
C’est aussi dans l’émigration en France, parmi les intellectuels et les ouvriers, que se développa le sentiment national. En Algérie, il fut renforcé par la tuerie de Sétif, en 1945. Lors d’une manifestation du 1 mai, des affrontements violents éclatèrent entre Algériens et Européens. La répression du pouvoir colonial fut féroce : 45 000 morts. Deux ans après ces événements, le droit de vote fut accordé aux Algériens, des membres d’organisations nationalistes modérées obtinrent quelques postes dans les Assemblées, sans que cela modifie pour autant la situation de misère et de mépris que subissait la population. 
C’est donc dans cette situation tendue qu’éclatèrent les bombes du FLN en 1954, déclenchant la guerre d’Algérie qui devait s’achever en novembre 1962. Le FLN entendait diriger seul les opérations, avec l’appui de la population mais sans son contrôle sur les luttes ni sur les décisions concernant son avenir. Le FLN organisa une armée de libération nationale, l’ALN. Il gagna un appui populaire, mais quand cela ne suffisait pas, il eut recours à la terreur, faisant plus de victimes dans la population algérienne que parmi les Européens. Le nombre de victimes algériennes du FLN est estimé à 16 378, et 13 000 disparus. Le FLN s’imposa comme parti unique, et prit le pouvoir lors de l’indépendance en 1962.

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