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Archives de CO/CO n° 947 du 17 juin 2006 /Première page

Première page

Éditorial: paru dans le journal Trotskyste Lutte Ouvrière signé Arlette Laguiller : L'exemple de juin 36

Depuis un quart de siècle, la classe capitaliste fait payer aux classes populaires la crise de son économie. Et les gouvernements ont beau changer, la gauche et la droite alterner  au pouvoir, leur orientation reste la même. Car le problème fondamental, c'est que les grandes sociétés capitalistes détiennent tous les leviers de l'économie et exercent sur la société une dictature absolue.
On convie périodiquement la population à élire des représentants dans une multitude d'institutions, des municipalités à la présidence de la république. Mais toutes ces institutions n'ont aucune prise sur le droit des grandes sociétés capitalistes de faire ce qu'elles veulent dans les secteurs économiques qu'elles contrôlent, de fermer des entreprises ou de menacer de le faire simplement pour augmenter la valeur de leurs actions en Bourse. Ce sont les Bouygues, Lagardère, Dassault ou Arnault qui détiennent le véritable pouvoir. Les autres, ceux qu'on élit, ne sont là que pour faire croire que nous sommes en démocratie, que c'est le peuple qui décide, et pour justifier avec des arguments politiques les mesures prises en faveur des capitalistes.
Voilà pourquoi ceux qui nous disent qu'il suffira de bien voter en 2007 pour changer notre sort se moquent de nous.
Bien sûr, devant les attaques répétées du gouvernement actuel, nombre de travailleurs se disent qu'avec la gauche, cela ne peut pas être pire. Mais la seule façon d'arrêter la dégradation des conditions d'existence du monde du travail, c'est de s'en prendre au grand patronat, c'est de répartir autrement la richesse produite. Et cela la gauche au gouvernement ne le fera pas plus que la droite !
Le PS, a été au cours du quart de siècle écoulé, plus longtemps au pouvoir que la droite, sans que son passage ait marqué un recul dans l'aggravation de la condition des travailleurs.
Les échanges de propos au sommet du PS, suite aux déclarations quasi sarkozystes de Ségolène Royal, sont révélateurs. Même ceux qui, comme Martine Aubry, Jack Lang, Strauss-Kahn, ont pris quelques distances avec le langage de Ségolène Royal (et cela d'autant plus facilement qu'ils sont en compétition avec elle pour la présidentielle), discutent uniquement de la forme de ses prises de position.
En fait Ségolène Royal s'inscrit dans la lignée des dirigeants de la SFIO de triste mémoire : de Jules Moch, ministre socialiste de l'Intérieur, qui en 1948 envoya l'armée contre les mineurs en grève ; de Guy Mollet, chef du gouvernement en 1956, qui rappela les jeunes libérés du service militaire pour les renvoyer faire la guerre en Algérie.
Le PC critique aujourd'hui certaines prises de position du PS. Mais il n'a pas d'autres perspectives politiques que de participer au gouvernement. Et l'éventuel gouvernement socialiste de 2007, quel qu'en soit le chef, se refusera à toucher aux profits capitalistes. Alors, malgré les discours actuels de ses dirigeants, si le PC revient au gouvernement, c'est le PS qui décidera. Il en a été ainsi avec la participation communiste aux gouvernements Mauroy et Jospin.
Aussi loin qu'on remonte dans le passé, les travailleurs n'ont obtenu quelques avancées qu'en se faisant craindre. Et en cette année où l'on commémore juin 36, il est utile de rappeler que ce qui a fait reculer à l'époque le grand patronat, c'étaient la grève générale, les occupations d'usines, la trouille profonde des bourgeois que la montée de la révolte ouvrière leur fasse perdre tout : leurs usines, leurs propriétés, leurs capitaux et jusqu'au droit de continuer à prospérer par l'exploitation. Et si le gouvernement socialiste de l'époque a fait quelques concessions aux travailleurs, les congés payés, les quarante heures et une augmentation des salaires, ce n'est pas par générosité, mais pour sauver la mise aux possédants ! Ce n'est pas l'élection du Front populaire qui a changé la donne en juin 36, c'est l'action collective de la classe ouvrière. C'est un exemple dont il faudra s'inspirer.

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Fort-de-France : Quand le patronat Béké se transforme en communauté békée

Comme l'an passé, 1a municipalité de Fort de France avait choisi de célébrer le 22 mai, par la présentation d'un grand spectacle sur la place Abbé Grégoire quartier de Terres Sainville. Le maire P.P.M. S. Letchimy, voulant donner un caractère solennel à sa manifestation, s'était mis en quatre et avait invité notables et élus. Le préfet, la députée de Guyane Christiane Taubira et le député A. Almont, l'archevêque de la Martinique et d'autres élus étaient présents.
En fait, la surprise est venue de la participation de Roger De Jaham, patron « dans différents secteurs (imprimerie, consommables, informatiques, publicité) sur l'ensemble des quatre DOM » — dixit le journal Antilla, intervenant en «représentant de la communauté békée de la Martinique», après en avoir fait la demande par écrit au maire. De Jaham déclarant entre autre «En tant que membres à part entière de la société martiniquaise, nous ne pouvions rester silencieux ce jour-là.»
Tant le maire que le dit-représentant de la dite-communauté békée ont rivalisé de formules lyriques et creuses pour expliquer que malgré le poids de l'histoire, connue et désormais reconnue, se posait la question de «regarder, dans le respect qu'exige la confiance». Et
 le maire de poser innocemment certaines questions : «Est ce le début d'un dialogue nourri par la pluralité des consciences ? Sommes nous prêts à l'unité et au dépassement des clivages ethniques ? Sommes nous en mesure de créer les conditions d'une conscience collective partagée ?» Et bla- et bla- et bla ! Et tout ce bla-bla servi avec la bénédiction du préfet, de l'archevêque et autres notables et de certains intellectuels.
A. Marie-Jeanne président de Région, n'avait invité ni préfet, ni békés à la commémoration qu'il organisait avec son parti le M.I.M. au Prêcheur. Commentant la cérémonie de Terres Sainville il déclarait quant à lui : «il ne peut y avoir de réconciliation sans pouvoir local martiniquais».
Et voilà comment la réalité bien actuelle du pouvoir économique qui se trouve en Martinique aux mains d'une forte minorité de patrons békés, se voit transformée par un coup de baguette magique, en problème de communautarisme ou encore d'identité de groupe ethnique qui aurait à se réconcilier avec le reste de la population.
La réalité est pourtant toute autre. Partant de leur position de privilégiés, descendants d'esclavagistes, de leurs biens, de leurs terres, les patrons békés ont actuellement encore entre leur main l'essentiel des richesses économiques de la Martinique dans l'agriculture, dans le commerce, dans les matériaux de constructions, le bricolage, dans les nouvelles technologies (informatique), dans les affaires immobilières ou dans le tourisme, etc. Ils continuent de les faire «fructifier» pour eux, leurs femmes, enfants et familles, en exploitant souvent durement les travailleurs de leurs entreprises. La réalité c'est que dans ce pays, les travailleurs qui veulent améliorer leurs conditions de vie se trouvent confrontés à une véritable coalition des patrons menée le plus souvent par un carré dur de patrons békés. Pour eux, il n'est ni question de dialogue, ni question de partage, mais bien de lutte des classes.
Ce type de cérémonie qui se veut œcuménique, ne change rien à cette réalité là. Et les travailleurs, ceux qui luttent quotidiennement, ont bien raison de regarder avec méfiance cette soi-disant réconciliation et de ne rien en attendre pour changer leur sort.

Guadeloupe / Martinique Succès de la grève au Crédit Moderne
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Durant les négociations  annuelles obligatoires, les salariés du Crédit Moderne se sont massivement mis en grève pour obliger la direction à faire des propositions plus sérieuses quant à l'augmentation des salaires.
La mobilisation a commencé par un débrayage le 30 mai afin de faire pression sur la  direction. Les salariés réclamaient une augmentation substantielle de leur salaire (130 € brut par mois), l'augmentation de la prime de transport et le bonus Villepin. Ils estimaient que leur salaire avait pris du retard par rapport à ce qui se pratique dans la profession et que la direction pouvait leur donner satisfaction compté tenu des résultats excellents de l'année 2005 (14 millions d'euros de bénéfice net après impôt).
Dès le 31 mai, plus de 90 % du personnel s'est mis en grève à l'appel de la CGTG et de la CFTC (en Guadeloupe) et de la CDMT, SMBEF (en Martinique). Il s'agissait d'un véritable ras le bol en ce qui concerne les salaires qui sont à la traîne. La direction a proposé dans un premier temps 21 €, puis environ 50 € mais cela ne faisait pas le compte. Elle tentait de faire passer l'augmentation sur la prime Villepin qui est exceptionnelle et n'est pas pérenne.
Après plusieurs séances de négociations (en Martinique et en Guadeloupe), un accord était signé le mardi 6 juin. Cet accord prévoit une augmentation de salaire de 76,16 € brut par mois avec effet rétroactif au 1er janvier, une augmentation de 2,40 € de la prime de transport qui passe à 45 €, 850 € pour la prime Villepin. Il faut savoir que la prime Villepin est exonérée de toutes charges patronales et c'est donc un avantage pour les patrons. De plus il y a une augmentation de 180 € de la rémunération variable qui est versée selon les objectifs atteints.
La direction n'a pas voulu payer les jours de grève mais a accepté un étalement et retiendra un jour par mois. Les salariés ont repris le travail la tête haute et satisfaits d'avoir obtenu une petite part du bénéfice atteint grâce à leur travail.