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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1077 du 13 oct. 2012/Quatrième page

Quatrième page

Il y a 50 ans, la crise des missiles à Cuba et les risques de guerre nucléaire

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, le monde apparaissait divisé en deux blocs, l’un dominé par les États Unis, et l’autre par l’URSS. L’opposition des deux blocs, sous la forme du statuquo, ou de paix armée, reçut le nom de guerre froide. Et en octobre 1962, on  assista à      l'épisode le plus grave de cette guerre froide.
 L'hypothèse d'une nouvelle guerre mondiale n'avait jamais été aussi crédible!
 
Certes, l'URSS n'avait plus rien à voir avec les objectifs révolutionnaires de Lénine, Trotsky, et des bolchéviks de la révolution communiste de 1917. Le développement de la révolution mondiale n'était plus le but du pouvoir bureaucratique stalinien qui avait confisqué le pouvoir à partir de 1923.                                                                                     Mais, depuis la révolution d'octobre 1917, l'état ouvrier d'abord, puis l'état ouvrier dégénéré stalinien ensuite constituaient quand même un danger pour l'impérialisme mondial car ils contrôlaient toute une partie du monde qui échappait à la domination impérialiste. Les pays et les peuples dominés par l’impérialisme américain ou européen et qui cherchaient à se libérer, se tournaient vers l’URSS, qui constituait ainsi un pôle de ralliement pour la rébellion. Ces pays obtenaient alors un soutien et une aide économique de la part de l'URSS.                                                                                En 1962, l’URSS installa à Cuba des missiles nucléaires. Il s’agissait vraisemblablement d’une réponse à la présence en Turquie de missiles nucléaires américains tournés, eux, vers l’URSS. Mais leur présence à quelques encablures des côtes américaines constituait pour les Etats-Unis une insupportable provocation. Ce fut le prétexte pour instaurer un blocus partiel de l’île : tout bateau qui en approchait devait être fouillé. Il semble que le gouvernement américain ait hésité entre une intervention directe et un blocus, avant de faire le premier choix. En réponse, 14 navires soviétiques firent route vers la Havane ainsi que 4 sous-marins armés de torpilles nucléaires pour contrecarrer une éventuelle invasion américaine. Un avion espion américain fut abattu, et le président des USA, Kennedy, donna l’ordre de bombarder les sites de missiles à la prochaine agression.                                                        Les missiles en eux-mêmes ne constituaient pas un danger décisif : les bases soviétiques à Cuba n’étaient pas facilement défendables, et les missiles américains étaient semble-t-il obsolètes. Mais la réaction des États Unis poussa à une escalade qui mit le monde  très près d’une guerre nucléaire.                                                                       Le problème de fond n’était pas tant la seule présence de missiles à Cuba. Il tenait à l’avancée de l’influence de l’URSS dans le monde. De plus, Cuba, petite île qui tenait tête au géant américain avec l’appui de l’URSS, constituait un exemple pour tous les pays d’Amérique Latine pillés et étranglés par les États Unis. Il fallait donc casser Cuba, faire reculer l’Union Soviétique. Les USA prenaient alors le risque de voir l’URSS briser le blocus ce qui aurait mené à la guerre.                                                     Khroutchev, qui dirigeait alors l’Union Soviétique, renonça à forcer le blocus, fit retirer les navires de guerre et accepta de démolir ses bases, et les Etats Unis en contre partie, s’engagèrent à ne pas attaquer Cuba et à démonter leurs missiles en Turquie. L’URSS recula sans perdre la face et les deux blocs entrèrent alors dans une période dite de «détente». La guerre avait été évitée. Par la suite, les Etats Unis maintinrent un blocus économique sur Cuba dans le but de réduire la population à la misère et ainsi d’étrangler le régime. Mais tant que dura l’appui de l’URSS, la population cubaine put bénéficier d’un niveau de vie général supérieur à celui de nombre de pays dominés par l’impérialisme. A la chute de l'URSS, Cuba connut de très grandes difficultés et la population dut subir de graves privations. Cette période fut appelée par le régime, "la période spéciale". Aujourd'hui, la situation est un peu moins grave notamment en raison de l'aide du Vénézuéla et en particulier de l'aide pétrolière. Et le régime Castriste est toujours en place au grand dam de l'impérialisme US.            
Les USA n'ont jamais accepté  l'existence de Cuba après la révolution castriste. Depuis la prise du pouvoir par Fidel Castro en 1959, Cuba représentait une épine plantée dans la sphère d'influence directe des Etats Unis. L’île de Cuba est située à moins de 200 km des côtes américaines. Et dans cette île, un pouvoir et un peuple narguaient l’autorité et la domination des États Unis. Ceux-ci avaient dominé Cuba depuis qu’en 1898 ils avaient arraché l’île à l’Espagne. A la fin des années 50, les grandes compagnies américaines, et particulièrement la United Fruit, contrôlaient 80% des ressources cubaines : mines, élevage, raffineries de pétrole, 40% de l’industrie sucrière et 50% des chemins de fer. Un dictateur, Fulgencio Batista, mis en place par les Etats Unis, veillait sur place à ce que les intérêts US soient bien défendus.                                                                                          
 C’est alors, en 1956, que Castro et son groupe, arrivés de leur exil au Mexique, parvinrent à débarquer lors de leur seconde tentative à Santiago de Cuba. Ils déclenchèrent une guérilla visant à renverser le régime de Batista. Les guérilleros bénéficièrent d’un fort soutien populaire car la dictature de Batista et la domination américaine maintenaient le peuple dans un état de misère insoutenable. En 1959, ils marchèrent sur la Havane et le gouvernement de Batista s’effondra le 1 juillet. Le nouveau gouvernement confisqua 400 000 hectares de terre à trois entreprises US, dont la United Fruit, dans le but de réaliser une réforme agraire. Par la suite, l’opposition des USA à reconnaitre le régime castriste, à concéder des prêts pour la réalisation de programmes sociaux,  poussa ce dernier à établir des liens commerciaux et de coopération de plus en plus étroits avec l’URSS. Cuba fut alors considéré par les États Unis comme un poste avancé de l’URSS à leurs portes. C’est ce qu’ils ne pouvaient tolérer.                                                                                                                             En 1960, le président Eisenhower autorisa la CIA à entrainer et armer des exilés cubains en vue d’un débarquement à Cuba. Environ 1400 opposants au régime de Castro furent ainsi préparés au Guatemala. En 1961, Kennedy remplaça Eisenhower à la présidence. Il réalisa les projets de son prédécesseur, et les troupes pro-américaines débarquèrent à la Baie des cochons, au sud de Cuba. Cependant, contrairement à ce qu’espéraient les Etats Unis, la population cubaine se montra farouchement solidaire du régime de Castro et les forces à la solde des Etats Unis furent alors défaites.

                                                                                                                 

Venezuela : Après la réélection de Chavez !

Le dimanche 7 octobre, Hugo Chavez, président du Venezuela, remportait pour la 3è fois consécutive l’élection présidentielle avec près de 55% des suffrages et une participation électorale supérieure à 80%.  Son adversaire Henrique Capriles, à la tête d’une coalition allant du Centre droit au Centre gauche,  a obtenu environ 45% des voix. Ces résultats sont proches de ceux enregistrés dans le pays lors des élections législatives de 2010.
Les critiques et dénigrements du régime avaient pourtant enflé au cours des mois précédents. Ils s'appuyaient sur le clientélisme, la corruption, la gabegie, le développement de la criminalité. Et tout cela  sur fond de ce que l'opposition appelait la "rente du pétrole". Ces critiques, en grande partie justifiées, s’ajoutaient aux problèmes de santé de Chavez, atteint d'un cancer.
Des soutiens importants à l’opposition étaient relayés et financés par des ONG  (organisations non gouvernementales)américaines sous le prétexte de favoriser l’expression des droits de l’homme.
Comme lors des élections précédentes, ce type d’interventions avait pour objectif de déstabiliser le régime de Chavez proche de Cuba dérangeant la politique des Etats Unis en exerçant son influence sur les pays de l’Amérique Latine ou de la Caraïbe.
Le «comandante Chavez» comme il est appelé, reste donc très populaire, tout particulièrement parmi la population des quartiers pauvres qui s’entasse autour des grandes villes et particulièrement de la capitale Caracas.
Depuis 1999, date de l’arrivée de Chavez au pouvoir, la grande majorité de la population pauvre du pays continue de lui accorder sa confiance et de soutenir sa  soi-disant«révolution bolivarienne». Avec Chavez,  une grande partie de la manne exceptionnelle venant des exportations d’un des pays possédant les plus grandes réserves mondiales de pétrole, est utilisée  pour améliorer le sort immédiat des populations. Elle ne sert plus uniquement comme c’était le cas pour les dirigeants aux affaires avant Chavez, à engraisser les compagnies pétrolières et toutes les oligarchies locales. Des plans d’aides sociales importants ont été mis en place pour diminuer la pauvreté de millions de gens, pour la santé ou pour l’éducation. Pour autant la population vénézuélienne est loin d’être sortie de la pauvreté. La proportion de pauvres vivant avec moins de 2.5dollars par jours, représente toujours 27% de la population.
Et, c’est bien là les limites de ce que Chavez appelle la «révolution socialiste bolivarienne».
Malgré les grandes richesses du pays, les travailleurs et la population restent particulièrement exploités. Ils restent aussi à la merci des sociétés pétrolières et en définitive des capitalistes privés qui dominent les secteurs clés de l'industrie et les banques. Car au-delà de ses déclarations enflammées sur le «socialisme du 21è siècle», Chavez a laissé à ces capitalistes toute leur puissance sociale. Ils continuent d’exploiter les travailleurs et les populations aujourd’hui.
Alors, au-delà des résultats de l’élection présidentielle et de leur joie devant la victoire de leur champion, les masses populaires vénézuéliennes auront intérêt  à se fier aux transformations qu'elles pourront elles mêmes imposer dans la société, en s’appuyant sur les forces  des travailleurs. La seule garantie qu'elles pourraient avoir pour améliorer leur sort durablement serait de s'organiser elles mêmes en une force politique indépendante y compris de Chavez. Car pour leur véritable émancipation, les travailleurs et les masses pauvres du Venezuela  devront se battre pour l'élimination définitive de la bourgeoisie possédante, ce que Chavez, malgré tous ses discours enflammés ne peut ni ne veut faire.

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