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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1075 du 15 sept. 2012/Troisième page

Troisième page

Guadeloupe : Coupures d’eau : et si on asséchait les actionnaires ?

Depuis quelques mois, les plaintes de la population  concernant la distribution de l'eau sont de plus en plus fréquentes. Certains habitants d’Anse Bertrand par exemple se plaignent de ne pas avoir d’eau de manière « normale » depuis six mois. Dernièrement ce sont les maires de Pointe-à-Pitre et des Abymes qui sont intervenus pour déplorer les coupures intempestives de l’approvisionnement en eau de certains quartiers de leur agglomération. Et le comble c’est que même des habitants de certaines sections de Capesterre-B-E, la ville où est puisée une très grande partie de l’eau distribuée en Guadeloupe sont victimes du manque d’eau. Et que répondent les responsables de la Générale des Eaux, certains élus, et la préfecture ? La population est accusée de «trop consommer» d’eau. Ce n’est pas nouveau : quand ce n’est pas notre « incivisme » qui provoque les coupures, c’est la sécheresse ou la faute à pas de chance… La sècheresse explique-t-elle les coupures récurrentes à Capesterre B-E, à Goyave ou à Petit-Bourg ?   En réalité, il tombe des centaines de fois plus d’eau sur notre île que nous n’en consommons, même en Grande-Terre ! Le problème est tout autre : cette ressource naturelle indispensable est captée par des entreprises privées qui n’ont soif que d’une chose : le profit.
En Guadeloupe, la Générale des Eaux emploie environ 400 salariés, fliqués, stressés, filmés jusque dans les toilettes sur le site de Jarry… mais une petite dizaine de hauts cadres se la coule douce (c’est le cas de le dire) : ils empochent annuellement près de la moitié des salaires à eux seuls ! Or de telles sommes sont du même ordre de grandeur que l’effort des contribuables de Port Louis, par exemple, pour renouveler leurs canalisations vétustes !
La Générale des Eaux empoche l’argent des factures, les cadres se goinfrent… et les canalisations pourrissent ! C’est cela le problème de l’eau en Guadeloupe. Sur Port Louis, 58 % de l’eau potable produite est perdue par les fuites de la tuyauterie avant d’arriver au robinet. Le chiffre est de 56 % pour la Grande-Terre et dépasse 50 % pour l’ensemble de la Guadeloupe (contre 25 % seulement pour la France)… Autrement dit, des investissements sérieux dans les tuyaux qui transportent l’eau permettraient de quasiment doubler la quantité d’eau disponible !
L’argent existe pour cela – car même si la Générale des Eaux n’a pas fait de bénéfices en 2009 et 2010, le groupe Véolia auquel elle appartient engrange bon an mal an 1 à 2 milliards de profits chaque année ! Pour l’eau comme pour le reste, il faut prendre le « liquide » là où il est.   
 

Martinique : Hôtellerie : Le chœur des pleureuses trouve des oreilles complaisantes

Les patrons du secteur hôtelier ont profité du passage du nouveau ministre des Outre-mers, V. Lurel, en Martinique pour monter au créneau : lettre ouverte au Préfet puis table-ronde le 7 septembre avec S. Letchimy et le ministre.
On a entendu un vrai chapelet de prières patronales :
« Lessalairespratiquésdanslesîlesenvironnantessontentre5foiset15foisinférieursaux nôtres... » (Patrick Vial-Collet porte-parole des hôteliers de Guadeloupe).
« Notredramec'estqu'iln'yapasdeturn-over.EnFrancelessaisonnierstravaillent...ici,nossalariéscommencentetterminentleurcarrièredanslemêmehôtel... » (Benoît Le Cesne président du groupe des hôteliers de Martinique).
Cet appel sans fard à la précarité éclaire ce qu'ils entendent par le « nouveau projet social en concertation avec les représentations syndicales » qu'ils demandent dans leur lettre ouverte. Et la mention des salaires impayés ou retardés récemment dans les hôtels de la Semavil avait tout d'une menace ou d'un chantage.
Les hôteliers se sont permis de ne pas payer des charges sociales ces dernières années, ce qui bloque les aides européennes ; mais qu'à cela ne tienne, ils réclament un effacement-gel de ces charges et « un plan d'aide à leur activité comparable au soutien octroyé à la banane ».
D'après eux, cela seul permettrait d'engager des rénovations indispensables.
Le ministre et les autres participants à la table-ronde ont accueilli ces prétentions avec complaisance. Pourtant les patrons de l'hôtellerie devraient avoir des comptes à rendre sur leurs bénéfices passés et présents, leurs investissements, leurs provisions pour rénovation, etc. Au lieu de cela ils font courbettes et sourires, en attendant des aides plus conséquentes, prises sur l'argent public.
 




 

De la suite dans les contrats bidons…

Pour «lutter contre le chômage» F. Hollande sort encore deux «nouveaux» contrats ! Le «contrat d’avenir» (mais où vont-ils chercher tous ces noms !) qui est une nouvelle mouture d’emploi jeune et le «contrat de génération» : une entreprise qui embauche un jeune peu qualifié tout en maintenant l’emploi d’un «vieux» de plus de 57 ans bénéficiera d’un cadeau fiscal de 4000 euros par an…
Au moins, disent les optimistes, cette dernière mesure est réservée aux PME et pas aux grands groupes qui croulent déjà sous les cadeaux. Eh bien non ! Le gouvernement prévoyait de financer le «contrat de génération» en limitant les allègements de charges sur les bas salaires dont bénéficient déjà les gros capitalistes, mais il a suffit d’un froncement de sourcil du Medef pour qu’il y renonce. Encore une fois ce sont les petits – principalement les chômeurs et les salariés – qui vont casquer. Il n’y a donc guère d’espoir que ce trentième ou quarantième contrat-gadget (on a perdu les comptes !) change quoi que ce soit. 
Au fait, les entreprises du CAC 40 ont engrangé 73 milliards de bénéfices l’année dernière : de quoi embaucher trois millions de personnes au SMIC en payant les charges sociales plein pot !
La seule vraie solution : interdire les licenciements et partager le travail entre tous les salariés et aussi obliger les multimilliardaires à embaucher sans compensation d’aucune sorte.
                                                                                  

Martinique : Des salariés à la rue pourvu que vive le profit !

En ce début d’année scolaire, les entreprises chargées de la restauration scolaire se tirent dans les pattes.
Depuis une quinzaine d’années l’entreprise Datex dont la directrice est Muriel Palandri, détenait le monopole de la restauration scolaire des collèges et des écoles primaires dans le Sud. Le marché étant juteux et le monopole étant remis en cause, la société s’est retrouvée face à un autre concurrent. Ce dernier est Yann Monplaisir, patron de Servicechef et de l’entreprise Catering qui fabrique et livre les repas chauds dans les avions.
Servicechef a emporté le marché cette année pour les 9 collèges du Sud. Il s’agit des collèges de Sainte-Anne, Saint-Esprit, Vauclin, Trois-Ilets, Diamant, Ducos, Saint-Luce, Rivière-Salée et  Anses-d’Arlet.
Dans cette affaire, les patrons se disputent le marché, l’un accusant l’autre pour avoir la part du lion. Une réunion s’est tenue le vendredi 31 août au collège de Sainte-Luce en présence des élus et des 2 patrons. Là, les parents d’élèves présents ont manifesté leur colère car le service de la cantine était menacé pour les premiers jours de rentrée, mettant en cause la mésentente entre ces patrons-là.
Auparavant, ce marché était organisé par la Communauté d’Agglomération de l’Espace Sud (CAESM). Mais depuis 2007, c’est le Conseil Général qui détient avec les collèges la responsabilité de l’organisation de la restauration scolaire. Il en a donné la gestion à des entreprises privées. Les mairies n’ont plus cette responsabilité soi-disant pour alléger leurs charges, et diminuer le personnel communal.
D’ailleurs, certains salariés ne savent pas dans quelle entreprise ils sont affectés. Une douzaine d’entre eux se retrouvent actuellement sans emploi. Ils ont manifesté leurs craintes en se mobilisant devant la société Servicechef montrant qu’ils n’entendent pas se retrouver comme des balles de ping-pong, sans aucune garantie   d’emploi.
Rien d’étonnant si les choses prennent aujourd’hui cette tournure. Parce que ce qui prime pour le patronat c’est faire du profit, en pratiquant les meilleurs prix pour prendre  de juteux marchés dans la restauration scolaire, tout en employant le minimum de personnel.