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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1074 du 28 juillet 2012/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : Solidarité avec les militants de l'UGTG

La campagne de répression anti-syndicale frappe depuis longtemps les camarades de l'UGTG. Elle s'est accrue après la grève générale de 2009. De nombreux militants, mais aussi Charly Lendo, secrétaire général adjoint, sont inquiétés. Raymond Gauthiérot  ex-secrétaire général, est sous le coup d'une menace d'emprisonnement. Dénonçons la répression anti-syndicale !

50ème anniversaire de l’indépendance de Trinidad et Tobago

Le 31 août 2012 marquera le 50 anniversaire de l’indépendance de Trinidad et Tobago. Cet État situé au sud de l’arc antillais est le plus grand et le plus peuplé des petites Antilles, avec 5131 km², soit 3 fois la superficie de la Guadeloupe et près de 5 fois celle de la Martinique, pour une population de plus de 1.200.000 habitants. L’île de Trinidad est la plus importante, Tobago n’ayant que 300 km² et un peu plus de 50.000 habitants.
Trinidad a la plus grande production industrielle des petites Antilles, essentiellement basée sur la production de pétrole et de gaz, ce qui lui permet de figurer honorablement en ce qui concerne le revenu moyen par habitant, ce revenu étant évidemment très inégalement réparti.
Comme quasiment toutes les îles des Antilles, Trinidad et Tobago fut successivement occupée par les Espagnols, les Français et les Anglais, ces derniers s’établissant durablement du début du 19 siècle jusqu’à l’indépendance. Les Espagnols avaient peu développé l’agriculture, si bien qu’en 1797, lors de la prise de pouvoir par les Anglais, la population n’atteignait que 17.718 habitants, dont 2.151 d’origine européenne, 4.476 Noirs et « gens de couleur » libres, 10.009 esclaves et 1.082 Amérindiens. Encore cette population d’esclaves était-elle récente, sous l’impulsion notamment d’émigrés blancs venus des Antilles françaises et fuyant la révolution. Ce sont eux qui commencèrent à développer une économie de plantation, composée de petites exploitations, avec comme principale production la canne, mais aussi le cacao qui allait faire la renommée de Trinidad au 19 siècle.
Les colonisateurs anglais firent venir davantage d’esclaves à partir de cette période, mais sous l’action des abolitionnistes et des révoltes dans les autres colonies, le trafic d’esclaves fut aboli dans les colonies anglaises, puis l’esclavage lui-même en 1833, plusieurs années avant les colonies françaises. En 1838, il y avait à Trinidad 17.439 anciens esclaves, contre 360.000 en Jamaïque. Les Britanniques se mirent alors à importer massivement des travailleurs sous contrat, essentiellement en provenance de l’Inde, de 1845 à 1917 (au total, 147.000 travailleurs). Ces derniers, comme aux Antillesdites françaises, subissaient des conditions très dures, proches de l’esclavage.
Au début du 20 siècle, avec la crise de la production agricole, notamment de la canne et du cacao, les conditions de vie des travailleurs agricoles se dégradèrent fortement. Dans les années 1920-1930, sous l’impulsion d’un travailleur de Grenade, Tubal Uriah Butler, les travailleurs industriels et agricoles s’organisèrent pour revendiquer une augmentation de leurs salaires de misère. Avec Adrian Cola Rienzi, d’origine indienne, il fit la jonction entre les travailleurs des deux principales communautés, face aux riches planteurs et aux colonisateurs britanniques.
La révolte ouvrière à Trinidad (1935-1937)
(Extraits traduits d'une brochure de Richard Hart, militant syndical jamaïcain," la révolte ouvrière à Trinidad (1935-1937) " publiée en 2002 par la Caribbean labour solidarity/socialist history Society)
" Le rapport du Bureau des Salaires, désigné par le gouvernement de Trinidad et Tobago en 1935, fut une grande déception pour les travailleurs. Les membres du Bureau avaient été désignés pour mettre en place un index du coût de la vie, et, peut-être à la suite du rapport, aucun salaire minimum n’avait été établi. Selon le commentaire d’un observateur, le Bureau « en utilisant des indices douteux par rapport aux besoins réels…, donnait l’impression que peu de travailleurs touchaient des salaires insuffisants ». Cipriani (dirigeant réformiste du parti travailliste) avait signé le rapport et cela, joint à d’autres signes de son conservatisme grandissant, avait entraîné vers 1936, chez une majorité de travailleurs, une perte de confiance en lui et le Trinidad Labour Party (Parti Travailliste de Trinidad).
En septembre 1936, Uriah Butler, ancien travailleur du secteur pétrolier devenu pasteur, très populaire parmi ses camarades immigrés de Grenade, et ancien partisan du TWA (Trinidad Workers Association), rompit les relations avec Cipriani et lança sa propre organisation. Le 19 juin 1937, après que la compagnie eut refusé ses demandes d’augmentation de salaires, Butler appela à la grève les travailleurs du pétrole de la compagnie Trinidad Leaseholds Limited, à Forest Reserve. Un mandat d’arrêt fut lancé contre lui, mais la tentative d’arrestation lors d’un meeting fut empêchée par la foule. Un caporal de police impopulaire, membre de l’équipe qui tentait de l’arrêter, fut battu, couvert de paraffine et brûlé. Un autre policier fut également tué. Butler entra dans la clandestinité.
Dans les deux jours qui suivirent, la grève s’était répandue dans les champs de pétrole. La grève suivit bientôt dans d’autres branches d’industries et de métiers, et avant peu toute l’économie fut paralysée par une grève générale. Selon un éditorial de la Gazette de Port-of-Spain, c’était une situation « qui atteignait des proportions jusqu’alors inconnues dans l’histoire de l’agitation ouvrière » dans la colonie. L’état d’urgence fut déclaré et deux bateaux de guerre britanniques furent dépêchés sur l’île, arrivant les 22 et 23 juin. Des marins et des troupes d’infanterie de marine furent débarqués, plus treize officiers de police d’Angleterre et deux d’Irlande. En complément des policiers, les forces militaires locales – les Volontaires de l’Infanterie et les Chevau-légers de Trinidad – furent mobilisées. De nombreuses arrestations et emprisonnements s’ensuivirent, mais Butler ne fut pas arrêté avant septembre. (Il fut traitreusement arrêté alors qu’il venait participer à une commission d’enquête sur les événements). Il fut alors jugé et condamné à deux ans de prison pour sédition.
L’attitude adoptée par le gouverneur, Sir Murchison Fletcher, et le secrétaire colonial, Howard Nankivel, contribua à la restauration du calme, qui fut atteinte vers la fin de juillet. Tous deux avaient admis publiquement que les salaires étaient trop bas, et que les employeurs des industries pétrolière et sucrière et le gouvernement avaient l’obligation d’assurer aux travailleurs un traitement décent et une rémunération correcte. Mais les principaux actionnaires de ces industries, majoritairement aux mains d’étrangers, étaient très influents dans les cercles proches du gouvernement britannique, et très vite le gouverneur fut contraint de prendre sa retraite et le secrétaire colonial transféré dans une autre colonie. (Fin de la traduction)."
Cette grève coûta la vie à une douzaine de travailleurs, il y eut des centaines de blessés et d’arrestations, mais les travailleurs de Trinidad ont réussi à obtenir une partie de ce qu’ils demandaient. C’est pendant cette période que fut créé le syndicat OWTU (Oilfields Workers’ Trade Union) qui jusqu’à ce jour regroupe les travailleurs du secteur pétrolier et est l’un des principaux syndicats de l’île. La date du 19 juin, début de la grève, est célébrée à Trinidad comme journée des travailleurs.
Ce soulèvement des travailleurs de toutes origines, unis dans la lutte, fut un avertissement pour le colonialisme anglais et la bourgeoisie locale, et depuis lors ils ont fait en sorte de diviser les travailleurs en opposant les deux communautés principales, d’origine africaine et indienne.
 
De la deuxième guerre mondiale à l’indépendance (1945-1962)
 
Lors de la guerre mondiale, entre 1940 et 1945, Trinidad devint une base militaire américaine et la production pétrolière fut développée. La présence de cette base américaine eut une grande influence sur l’évolution de la société.
Pendant toute la durée de la guerre, dès la fin de 1939, Butler fut à nouveau arrêté.
Les travailleurs n’en continuèrent pas moins à s’organiser et les revendications contre le système colonial à se développer.
En 1945, le Butler Party fondé par le leader syndical obtint la majorité des sièges au parlement. Mais le gouverneur l’écarta pour nommer Albert Gomes en tant que Premier ministre.
En 1956, le parti de Butler n’obtint que deux sièges. C’est le People National Movement (PNM) avec à sa tête Eric Williams qui obtint la majorité. Il était plus acceptable aux yeux de la bourgeoisie locale et de l’impérialisme que Butler, jugé trop radical.
Eric Williams, brillant historien, est l’auteur de « Capitalisme et esclavage », ouvrage qui demeure une référence sur le sujet. Il est resté au pouvoir pendant 25 ans, d’abord dans le cadre d’un État autonome, puis de l’indépendance en 1962 jusqu’à sa mort en 1981.
L’indépendance de 1962 se fit dans la foulée de la fin des empires coloniaux britannique et français, au début des années soixante. Elle ne fut pas le fruit d’un grand bouleversement mais de la mise en place graduelle d’un pouvoir au service de l’impérialisme - les Américains prenant le pas sur les Anglais - et de la bourgeoisie locale. En 1958, un projet de fédération des Antilles britanniques (West Indies Federation) avait bien été mis en place, avec pour capitale Chaguaramas, siège de la base militaire américaine. Mais le retrait de la Jamaïque avait amené le gouvernement de Trinidad à s’orienter vers sa propre indépendance.
 
 
De l’indépendance à nos jours
 
Depuis 1962 se sont succédé plusieurs gouvernements, dans le cadre d’un système parlementaire inspiré du modèle britannique. En 1976, Trinidad marqua sa séparation avec la monarchie britannique en devenant une république, toujours au sein du Commonwealth.
Après la mort d’Eric Williams, le PNM est resté au pouvoir jusqu’en 1995, où le Congrès National Unifié (UNC) dirigé par Basdeo Panday, remporta les élections. C’est la première fois qu’un Premier ministre d’origine indienne dirigeait le pays. En 2001, Patrick Manning, du PNM, reprit le gouvernement des mains de l’UNC. En 2010, il provoqua des élections anticipées qu’il perdit face à l’actuelle Première ministre, Kamla Persad-Bissessar, élue à la tête d’une coalition, le People's Partnership (partenariat du peuple) regroupant l’UNC et un nouveau parti issu d’une scission. Elle est en principe au pouvoir jusqu’en 2015.
Il faut noter que la participation aux élections a diminué, car une partie de la population est déçue des deux partis se succédant au pouvoir, pour mener la même politique allant dans le sens de la finance internationale, au détriment de la population.
Alors qu’une fraction de la bourgeoisie locale s’enrichit d’une partie des revenus du pétrole et du gaz naturel (dont Trinidad est le premier fournisseur des États-Unis), des pans entiers de la population vivent dans des conditions précaires et sans perspectives. Là-dessus vient se greffer la division entretenue entre les communautés d’origine africaine et indienne, qui représentent à peu près chacune 39% de la population (les Indiens étant désormais légèrement plus nombreux). Chacun accuse l’autre de favoriser sa communauté, notamment lors des alternances au pouvoir, en fonction de l’origine du Premier ministre.
La frustration d’une partie de la population noire a entraîné en 1990 la prise en otage du gouvernement par un groupuscule extrémiste musulman, qui se rendit au bout de six jours.
Aujourd’hui, la coalition en place est composée de membres des deux communautés, ce qui n’empêche pas les critiques. Jack Warner (connu dans les instances internationales du football), d’origine africaine, a été nommé ministre de la police par la Première ministre. Il se voit néanmoins reprocher la brutalité de son intervention pour démonter un campement de manifestants opposés à l’expulsion des habitants majoritairement indiens d’un quartier où l’on veut faire passer une autoroute.
Le développement du chômage et une forte criminalité liée au trafic de drogue atteignent de plein fouet la population pauvre. Paradoxalement, la fuite des cerveaux conduit la bourgeoisie à faire appel à une immigration qualifiée pour occuper certains postes.
Les travailleurs qui ont une longue expérience de l’organisation syndicale sont combatifs et ne se laissent pas faire. En 2011, le gouvernement a instauré pendant plus de 3 mois un couvre-feu, officiellement pour lutter contre la criminalité, mais en fait pour museler la protestation des travailleurs : pendant cette période, les réunions syndicales et les manifestations publiques étaient interdites. De nombreuses exactions ont été perpétrées contre la population pauvre dans les quartiers populaires. Lorsque cet état de siège a été levé en décembre dernier, les travailleurs ont manifesté pour montrer leur détermination.
Des grèves ont eu lieu cette année dans plusieurs secteurs, notamment la cimenterie (3 mois de grève), la Poste, l’industrie pétrolière, les banques et d’autres secteurs qui ont manifesté leur solidarité.
Comme le disait le leader du syndicat des banques, « il est temps que les travailleurs créent leur propre parti ». Certes, cette phrase sortie de la bouche d'un leader syndical réformiste est démagogique et trompeuse car la création d'un véritable parti ouvrier n'est évidemment pas le but réel de ces leaders-là. Mais un tel but, affiché et repris par les travailleurs eux-mêmes et par des militants communistes révolutionnaires, donnerait alors une véritable perspective d'avenir aux travailleurs et aux pauvres de Trinidad et Tobago, comme par contagion à tous les travailleurs et exploités des Antilles.