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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1073 du 14 juillet 2012/Deuxième page

Deuxième page

Accidents du travail : Faits divers ou manifestations du système économique dominant ?

Le journal France Antilles a beau être un journal au service du patronat et de l’administration coloniale il ne peut tout le temps ignorer certains faits, même s’il les traite surtout comme des faits divers. C’est ainsi qu’à sa « une » du 10 juillet dernier on pouvait lire : «Six morts au travail» suivi d’un article consacré aux accidents du travail dont nous citons un extrait : «Chaque année, les accidents dutravail provoquent des morts etdes milliers d’arrêts de travail. LaGuadeloupe ne fait pas exceptionmême si les chiffres sont stables. Ily a quelques semaines, un hommede 52 ans, employé d’uneentreprise d’élagage, a trouvé lamort alors qu’il travaillait sur unepropriété privée au Moule. Il a étéélectrocuté en touchant un fildénudé alors qu’il venait de sesangler autour d’un poteau EDF.
Dernièrement, deux drames sont survenus à Marie Galante : un homme s’est tué en faisant une chute de six mètres sur un chantier, un second a perdu la vie, écrasé par une machine agricole.
L’an dernier, à Jarry, c‘est un jeune de 19 ans, en contrat de qualification, qui a péri en traversant le toit du bâtiment sur lequel il posait des panneaux photovoltaïques.
Des événements tragiques comme ceux-ci, la Guadeloupe en a connu neuf en 2011 et déjà six en
2012». (fin de citation).
Le 19 juin dernier, c’est un ouvrier agricole qui était écrasé par un chariot à bananes sur l’habitation Beauregard au Carbet en Martinique.
Plusieurs travailleurs du bâtiment ont trouvé la mort sur des chantiers au cours des dernières années. En particulier des grutiers, mais pas qu’eux. Le bâtiment est un secteur particulièrement dangereux !
Annick Minatchy-Celma ingénieur conseil régional, directrice des risques professionnels à la Caisse
Générale de Sécurité sociale déclare dans le même numéro de France Antilles : «On constatequ’il y a encore beaucoup delaisser-aller, notamment sur leschantiers. À l’issue de dernierscontrôles, 80% ont été arrêtés enraison du manque de sécurité».
En effet, mais ce sont les patrons qui sont directement responsables de ce laisser-aller criminel. Et cela France Antilles ne le dira pas. Il ne dira pas non plus que c’est pour réaliser plus de profits que les patrons se refusent à dépenser ce qu’il faudrait pour mettre tous les chantiers et les entreprises aux normes de sécurité maximales. Ils exposent donc les salariés à tous les risques jusqu’aux risques mortels.
Et si ce sont les morts par accidents du travail qui demeurent les cas les plus frappants, combien de travailleurs subissent des troubles qui parfois les tuent à petit feu : les cancers professionnels (cas de l’amiante, de la poussière etc..), les (TMS) troubles musculo squelettiques (gestes répétitifs, port d’objets lourds, passage du froid au chaud, ordinateurs, etc.), troubles psycho-sociaux (harcèlement, stress, violences au travail etc.)
On connait bien aussi le cas des ouvriers agricoles de la banane exposés aux pesticides et autres produits toxiques. Certains sont tombés gravement malades, d’autres en sont morts.
C’est le système capitaliste qui est responsable de cette hécatombe dans le monde du travail. Pour la course au profit, il n’hésite pas à broyer les hommes de la manière la plus cynique qui soit !




 

Guadeloupe : Fin de la récolte cannière 2012.

Bien que les NAO (négociations annuelles obligatoires) du secteur aient débuté dès la mi-décembre 2011, la récolte 2012 a été très agitée. C’est que la tactique patronale qui consiste à faire trainer les rencontres à répétition fut encore mise en place. Mais de plus, alors qu’aucun accord n’était en vue, les usiniers ont donné l’ordre de coupe et donc l’ouverture de la récolte pour le jeudi 2 mars 2012 tout en déclarant que les NAO reprendront le lendemain. Les représentants des ouvriers avaient suspendu la poursuite des négociations exigeant plus de documents sur le plan de modernisation de l’usine de Grande Anse de Marie Galante et plus de précisions sur le devenir de la filière canne sur la «grande galette», les patrons ont tout de même voulu passer en force.
Ainsi, les balances se sont ouvertes effectivement le 3 mars à Gardel mais ce fut aussi le déclenchement de la grève des travailleurs de la sucrerie le même jour avec comme préalable à la reprise l’application de l’accord Bino à 256 € intégrés dans le salaire de base et non sur la rémunération brute. Devant le refus des usiniers, les positions se sont durcies. De là, un troisième acteur est entré en scène. Certains planteurs, mais pas les plus petits, et des opérateurs de coupe se sont mobilisés surtout contre les ouvriers pour exiger que le travail reprenne à l’usine (sé la bayè ba bèf ka soté !). (C’est quand la barrière est basse que les bœufs peuvent l’enjamber).
Une chose est certaine, c’est que la direction de Gardel a tout fait pour entretenir et utiliser le conflit entre planteurs et ouvriers de l’usine (selon l’adage, diviser pour régner). Et certains planteurs, pas les plus à plaindre, s’en sont pris violemment aux grévistes de l’usine, traitant même les dirigeants syndicaux de l’UGTG de «criminels» et inscrivant ce mot sur les murs en différents points de l’île. À aucun moment, ils ne s’en sont pris aux capitalistes de l’usine Gardel !
Mais par leur sang froid, les ouvriers ont su éviter l’affrontement.
Ce conflit s’est terminé le samedi 5 mai redémarrant une récolte des plus perturbées qui s’est terminée le 30 juin dernier. 506 000 tonnes de canne furent broyées par Gardel à 8,17% de richesse alors qu’elle prévoyait en fin de compte 513 500 tonnes.
47 000 tonnes de sucre extraites et 22 500 tonnes de mélasse. On constate que pour un tonnage de canne inférieur à 2011, Gardel a produit plus de sucre (47 000 t contre 42 700 t en 2011) mais par contre moins de mélasse (22 500 t contre 26 777 t).
S’agissant de Grande Anse, elle démarra avec 2 mois de retard. 80 000 tonnes de canne broyées pour une prévision de 110 000 tonnes réévaluées à 100 000.
L’aide à la sucrerie a été suspendue à la construction d’une Centrale thermique Bagasse adossée à l’usine.
Les planteurs ont subi des pertes, mais ce ne sont pas les ouvriers de Gardel qui en sont la cause. Ces derniers se sont battus pour leurs revendications. Le responsable est la direction de l’usine et de la filière canne qui chaque année font trainer les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO).
Elles ne remettent jamais les documents de travail à temps, chipotent sur les augmentations de salaires de misère alors que la filière reçoit des millions d’euros d’aides venant de l’État chaque année (13 971 000 € en 2011 et autant sinon plus en 2012) pour l’ouverture de la campagne. Des deux usines c’est Gardel qui encaisse la plus forte part de cette aide départementale. Comme chaque année, les patrons de Gardel empochent les profits qui ne sont pas négligeables. Cela ne les empêche pas de perturber chaque année le démarrage de la récolte.
 



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Les élus martiniquais à l'Assemblée Nationale, surtout, pas de vague...

Les 3 députés martiniquais de la mouvance MIM-RDM (Mouvement indépendantiste martiniquais d’Alfred Marie-Jeanne et Rassemblement démocratique martiniquais) ont aidé le Front de Gauche (FDG) à constituer un groupe à l’Assemblée Nationale.
Le FDG alignait 10 députés, il en fallait 15. Finalement le groupe «technique» GDR (Gauche Démocratique et Républicaine) est formé des 10 députés FDG - dont les 7 députés du Parti
Communiste Français -, des députés martiniquais à l’exception de S. Letchimy qui siège directement sur les bancs du groupe PS, de G. Serville du Parti Socialiste Guyanais et de H. Bello, élue divers-gauche de l’île de la Réunion.
Le PS n’avait pas entendu les appels du FDG qui demandait que le seuil pour la constitution d’un groupe soit ramené de 15 à 10 membres. Constituer un groupe permet à un parti politique d’avoir plus de visibilité au Parlement, notamment en pouvant intervenir plus largement par des questions aux ministres.
Le PS n’aura pas eu, vis-à-vis du PCF, les largesses qu’il a eues vis-à-vis d’EELV (Europe Écologie les Verts) en assurant, par l’application d’un accord préélectoral d’attribution de circonscriptions, l’élection d’un nombre suffisant (18 finalement) de députés écologistes pour la constitution d’un groupe.
Dans le groupe qu’ils constituent avec le FDG, les députés martiniquais ont leur liberté de vote. Qu’en ont-ils fait lors du vote sur la déclaration de politique générale du nouveau premier ministre ?
Azerot, du RDM, a voté la confiance au gouvernement et a déclaré peu après : «J’ai doncvoté la confiance augouvernement Ayrault. Je l’aientendu parler de la jeunesse, del’emploi et surtout de lathématique de la vie chère. J’enai été content même si c’était unpetit clin d’oeil aux Antilles et auxOutremers mais on peut sesatisfaire que cela ait étémentionné dans son discours... Ilfaut aussi être réaliste ; la crise est là... »
Nilor et Marie-Jeanne du MIM se sont abstenus avec les députés du FDG. Marie-Jeanne s’en est expliqué ainsi : «C’est une abstention positive...il y a de l’austérité en filigrane,mais il faut être objectif, ce n’estpas d’aujourd’hui que lesdifférents gouvernements de laFrance ont laissé aller lesdéficits... Il ne faut pas jeter lapierre à un gouvernement. Tousportent à la longue cetteresponsabilité. C’est cetteaccumulation qui faitqu’aujourd’hui, la France est entrain de perdre sa souveraineté. »
Voilà donc l’indépendantiste martiniquais devenu «patriote» français.
Pour le reste, les députés martiniquais, indépendantistes ou non, sont bien loin de partir en guerre pour la défense des intérêts du monde du travail, ce qui est le cadet de leurs soucis
 

Martinique : Yan Monplaisir, entre ambition personnelle et démagogie

Yan Monplaisir, candidat UMP malheureux aux législatives dans la circonscription du Nord, a rendu publique sa candidature à la présidence de la future Assemblée Unique de Martinique, dans une page entière de France-Antilles, fin juin.
Quelques citations de ce nouveau candidat et néanmoins vieux politicien :
« [Ce qui me motive] C‘est l’envie de servir mon pays. »
« Au préalable, je veux tordre le cou à cette affaire de droite et gauche. C’est une vaste escroquerie. »
« Et j’ai eu comme suppléante une femme de gauche, Danielle Suriam qui a appelé à voter François Hollande. Je l’ai choisie car son discours m’a plu. C’est dans cet esprit que je veux construire l’alternative. Si je ne prends pas l’initiative de le faire, nous n’avons plus le choix qu’entre Serge [Letchimy] et Alfred [Marie-Jeanne]». «J’ai un projet pour la Martinique, celui d’un acteur économique qui est aussi un acteur politique». «Je me sens comme le vecteur de cette affaire». «La population a besoin d’un programme, d’un projet et d’un leadership».
«L’acteur économique», on connaît, c’est un des dirigeants du groupe Monplaisir (Hôtel Batelière, ATV...). Un patron qui exploite les travailleurs.
«L’acteur politique», lui, veut continuer à affirmer le droit des patrons à diriger la société.
Voilà «l’alternative» que propose Monplaisir. Poursuivre la même vieille politique capitaliste éculée et moribonde sur fond de séquelles coloniales et d’ambition personnelle non satisfaite.