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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1072 du 30 juin 2012/Quatrième page

Quatrième page

Guadeloupe : Il y a 50 ans, le crash du Boeing à Deshaies.

Attentat ou accident ?    (sous-titre)
Le 22 juin 1962, il y a cinquante ans donc, le Boeing d'Air France " Château de Chantilly" s'écrasait sur les hauteurs de Deshaies en Guadeloupe. Il n'y eut aucun survivant parmi les 143 passagers et membres d'équipage. Parmi eux, il y avait des étudiants qui rentraient aux Antilles en ce début de vacances.                                                  Mais ce qui a ajouté à l'émoi et la stupeur de la population des Antilles et de la Guyane fut la mort de trois personnalités politiques qui se trouvaient à bord. En effet, Justin Catayée, député de la Guyane, fondateur du Parti Socialiste guyanais, partisan de l'autonomie dans le cadre de la République Française était du voyage. Mais aussi Albert Béville, alias Paul Niger, fondateur et dirigeant du Front Antillo-Guyanais pour l'autonomie, interdit de séjour en Guadeloupe par les autorités coloniales, et Roger Tropos, jeune étudiant martiniquais membre aussi de ce Front.                                                              C'est la mort de ces trois personnalités et militants anti colonialistes qui accrédite pour bon nombre de gens, jusqu'à aujourd'hui, la thèse d'un attentat fomenté par les services spéciaux français pour éliminer ces dirigeants autonomistes. Jusqu'à aujourd'hui il n'y a aucune preuve tangible pour étayer cette thèse. Mais après tout, dans le contexte de l'époque, la thèse de l'attentat demeure plausible. Surtout quand on sait de quoi sont capables les services spéciaux et certains hommes politiques au service du colonialisme français.
Le contexte politique de l'époque
Les accords d'Evian mettant fin à une guerre coloniale de 7 ans en Algérie avaient été signés en mars. Des militants anti colonialistes antillo-guyanais comme Catayée, Béville et d'autres du Front Antillo-Guyanais avaient soutenu le Front de libération nationale algérien(FLN). Certains avaient même participé directement à la guerre côté FLN.                                                                                                                                                   En Caraïbe, Fidel Castro et Che Guevara venaient d'instaurer un pouvoir à l'issue d’une guerre révolutionnaire populaire. En Martinique, les émeutes populaires de 1959 et la grève des ouvriers du Lamentin en 1961 avaient été réprimées dans le sang par les troupes coloniales françaises. Ces événements avaient renforcé le sentiment d'injustice, de révolte, face à la situation coloniale dans une fraction de la jeunesse étudiante, chez certains intellectuels et travailleurs. Ils s'ajoutaient aux inégalités, à la misère chronique, au sous -développement, au racisme qui régnaient aux Antilles et en Guyane à cette époque dans une proportion beaucoup plus grande qu'aujourd'hui.
 Les services spéciaux français avaient bien entendu connaissance des contacts de militants antillais tant avec le FLN et le nouveau pouvoir algérien qu'avec les castristes cubains.                                                                                                            De plus, quelques jours avant l'accident du Boeing, le 14 juin, une manifestation  contre la présence de la Légion Étrangère en Guyane fut réprimée dans le sang à Cayenne. Justin Catayée fit une déclaration de protestation à l'Assemblée Nationale à ce sujet. Le président devait d'ailleurs lui couper le micro. Il prit l'avion le 21 pour être à la tête d'une manifestation de protestation contre la répression qui devait se dérouler le 25 juin à Cayenne.                                                                                                  Avec le recul on peut penser que les Béville, Catayée et autres militants autonomistes ne constituaient pas un si grand danger pour l'Etat français qu’il nécessitait de son point de vue  leur élimination. Mais en cette période, l'impérialisme et singulièrement l'impérialisme français craignait la contagion algérienne. Déjà, dans certains pays d'Afrique noire apparaissaient des mouvements de guérilla comme au Cameroun. Des militants anti colonialistes africains étaient rapidement éliminés par l'armée française ou les services spéciaux. De plus, la guerre d'Algérie avait fait surgir toutes sortes de barbouzes, tueurs, polices secrètes et mercenaires, directement ou pas liés au pouvoir gaulliste. L'élimination physique était revenue dans l'air du temps depuis la guerre d'Algérie.
Il ne faut pas oublier non plus qu'on était alors en pleine guerre froide entre l'URSS et ses satellites d'une part et le camp impérialiste mené par les USA d'autre part. Pour l'impérialisme il fallait tout faire pour éviter que l'URSS gagne des sphères d'influence. Singulièrement, la Caraïbe devait demeurer une chasse gardée et d'autant plus après la victoire de la révolution cubaine.
L'attentat, pas sûr, mais  possible
Que l'État français ait voulu mettre un terme à l'existence de ce Front Antillo-Guyanais, en éliminant certains de ses dirigeants n'est donc pas une hypothèse farfelue. D'autant que Catayée était très populaire en Guyane. Mais en l'absence de preuve c'est la thèse de l'accident qui prévaut encore aujourd'hui officiellement.  Disons simplement que cet accident tombait à point pour le gouvernement français hostile alors à toute forme d'autonomie des Antilles et de la Guyane. Pendant près de quinze ans encore, il a du reste montré qu'il n'a pas hésité à réprimer dans le sang plusieurs manifestations à connotation autonomiste ou indépendantiste. Il n'a pas hésité non plus à emprisonner bien des militants autonomistes et indépendantistes antillais et guyanais au cours de cette période marquée par la décolonisation et par les mouvements de libération au sein de son empire colonial.
Alors, attentat ou accident, ce qui est certain, c'est que le crash du Boeing  est désormais entré, non seulement dans l'histoire des Antilles-Guyane, mais aussi dans son histoire politique.

Haiti : Des morts victimes de l’absence de services publics

Le lundi 18 juin, une quarantaine de passagers sont morts lors de l’accident du bus qui les transportait de Port au Prince à Jérémie. Près de la localité de Duchity le bus a tenté de traverser la Rivière Glace qui était alors en crue et il a été emporté par les eaux. Parmi la cinquantaine de passagers, 5 d’entre eux ont survécu car ils sont descendus du bus avant la traversée.
Cet accident fait suite à celui du 9 juin où un bus s’est renversé sur la route du Cap  entrainant la mort de 3 passagers qui bien que transportés à l’hôpital n’ont pas survécu à leurs blessures. Le Premier ministre avait alors dénoncé «l’attitude irresponsable de certains citoyens » et indiqué que des dispositions allaient être prises pour sanctionner les responsables.
Le 7 avril, c’est sur la route du Sud au Morne Tapion que 27 marchandes sont mortes.  Le camion qui les amenait au marché s’est renversé lorsque les freins ont lâché. 19 d’entre elles sont mortes faute de soins appropriés à l’hôpital.
Le 16 janvier 2012, c’est dans la capitale, à Delmas 33, qu’un camion fou fauchait les passants et les marchandes faisant plus de quarante  morts et 56 blessés, 
A chaque fois, les médias ont pointé la négligence des chauffeurs, cause première de ces accidents puis l’état lamentable du réseau routier ainsi que celui des véhicules qui font office de transports en commun pour la population pauvre.  
Le président Martelly a répété le même discours où il déplore la situation, fustige les chauffeurs et promet des mesures pour changer la situation. Et puis ?  Rien !
Les gouvernements successifs ne se sont jamais attelés à la tâche de construire un réseau routier au service de la population. Les quelques tronçons de route convenable servent à acheminer les marchandises et la production des zones industrielles vers le port ou l’aéroport pour l’exportation. Les possédants ne procèdent pas à des investissements qui ne leur rapportent pas immédiatement.
Le système de transport est à l’image de l'ensemble des services publics. Les hôpitaux publics, le système de distribution d’eau, d’électricité, le ramassage des ordures sont inexistants ou inefficaces pour la population pauvre qui en a besoin.
 Le gouvernement, le président sont exclusivement au service des riches.