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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1067 du 21 avril 2012/Quatrième page

Quatrième page

Ben Bella : Un dirigeant nationaliste qui a instauré un régime de dictature en Algérie.

Ahmed Ben Bella est décédé à l’âge de 95 ans, 50 ans après la signature des accords d’Évian et l’indépendance de l’Algérie. Il faisait partie des neufs «chefs historiques» du Comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA), futur FLN et était de ceux des militants du FLN qui ont déclenché la lutte armée contre le colonialisme français en 1956.
Durant la seconde guerre mondiale, il participe dans l’armée française à la bataille de Monte Cassino et sera promu adjudant et décoré de la Médaille militaire par le général De Gaulle.
Marqué par les massacres perpétrés par l’armée française à Sétif et à Guelma le 8 mai 1945, il a adhéré au PPA (Parti du peuple algérien) et au MTLD (Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) de Messali Hadj. Membre de l’OS (Organisation Spéciale) dirigée par Hocine Ait Ahmed, il a participé au braquage de la Poste d’Oran de 1949 pour financer le mouvement indépendantiste. Arrêté à Alger en mai 1950, il sera condamné à 7 ans de prison mais s’évadera en 1952 pour se réfugier au Caire où il rencontrera Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider avec qui il formera la délégation extérieure du FLN.
C’est au cours d’un voyage en Égypte en 1956 que son avion a été intercepté par les forces militaires françaises et qu’il a été incarcéré. Il n’a donc pas participé à toutes les luttes sur le terrain. 
Libéré au moment de l’indépendance, il est devenu le premier chef d’État algérien, poste qu’il cumulera avec celui de premier ministre, avec le soutien de Boumediene qui dirigeait l’ALN, plus connue comme « l’armée des frontières ». Mais les dissensions ne vont pas tarder à apparaître entre ces deux dirigeants et en 1965, 3 ans après l’indépendance, Boumediene va évincer Ben Bella du pouvoir après un coup d’État militaire. Ben Bella sera de nouveau emprisonné cette fois-ci par le nouvel homme au pouvoir en Algérie. Jusqu’à sa mort il n’a joué aucun rôle dans l’appareil d’État et était considéré simplement comme un homme de prestige ayant  participé à la révolution, une auréole qui ne peut effacer son passé de dictateur.
Les oppositions entre Ben Bella et Boumediene ne s’appuyaient pas sur des divergences politiques. Ce sont des conflits pour le pouvoir qui en ont fait des ennemis. En réalité les deux dirigeants vont mener la même politique l’un après l’autre, une politique qu’ils vont imposer au peuple algérien. Ben Bella va instaurer le parti unique en éliminant y compris par une répression féroce toutes les organisations indépendantes du FLN. Les syndicats et associations seront encadrés par des dirigeants imposés par le pouvoir. Pour bâillonner la classe ouvrière Ben Bella va contrôler l’UTA (Union générale des travailleurs algériens). Les grèves seront interdites. Le nouveau régime va décréter l’islam religion d’État, la langue arabe comme seule langue. Les femmes vont continuer à vivre dans l’oppression féroce. Le mot d’ordre du pouvoir devait être appliqué : «L’islam ma religion, l’arabe ma langue, l’Algérie ma patrie».
La seule liberté concernait la libre circulation des biens et des capitaux au profit de la bourgeoisie et des possédants algériens ainsi que des entreprises étrangères. Pour la population pauvre et les travailleurs la seule solution était d’émigrer en France.
C’est la même politique que les successeurs de Ben Bella vont mener. Que ce soit Boumediene, Chadli et les autres dirigeants, ils vont continuer jusqu’à aujourd’hui à réprimer toute opposition.   
Et avec la mainmise des grandes entreprises multinationales et des grandes puissances sur l’économie mondiale, l’économie algérienne ne pouvait être qu’une économie sous tutelle, sous développée, avec une population frappée par le chômage et une clique de possédants algériens. La main mise des entreprises françaises dans le pays n’a pas disparu ce qui permet d’entretenir les meilleures relations politiques entre l’État algérien et l’ancienne puissance coloniale.

Haïti : Martelly prépare une armée au service des possédants

Depuis 2 mois, dans  quelques villes de province, notamment au plateau central, des individus en uniforme et armés se réclamant des Forces armées d'Haïti (FAD’H) démobilisées, manifestent et défilent en demandant la remobilisation de l’armée. L’ancien camp d'application des Forces armées d'Haïti à Lamentin 54 est occupé dans  le même temps par des hommes en armes qui refusent de quitter les lieux. Ils sont chez eux disent-ils et demandent leur reconnaissance et la nomination d’un État-major.  7Dès son élection Martelly a fait savoir qu’il était pour la reconstruction de l’armée. En dépit de ses déclarations le 3 mars dernier interdisant aux anciens militaires de circuler en treillis et armés, il n’a jamais donné l’ordre ni de les désarmer, ni de les neutraliser. En fin de compte, face à la police qu’il ne contrôle pas entièrement, Martelly prépare une force armée qui lui soit propre. 
Comme tous ses prédécesseurs, il cherche la force armée sur laquelle il s’appuiera. Duvalier a eu les «macoutes», les généraux putschistes s’appuyaient sur  les «verts olives», Cédras utilisait les hommes du FRAPH, Aristide lâchait ses «chimères» et Martelly prépare ses «brigades roses». Ce sont elles qui  intervenaient durant la campagne présidentielle pour accompagner les cortèges et mettre de « l’ordre ».   
La seule armée qui soit nécessaire c’est celle de la population pauvre en armes pour défendre ses intérêts contre les possédants.

États-Unis : Après l'assassinat d'un jeune Noir

 
Le 26 février dernier, à Sanford (Floride), un jeune Noir, Trayvon Martin, 17 ans, sorti acheter des bonbons, a été abattu par le patrouilleur de quartier George Zimmerman. Ce dernier, adepte de l'autodéfense fut encouragé dans cet État par une loi baptisée     «Défendez-vous» mais surnommée «Tirez d'abord» par ses adversaires. Ce n’est que tout dernièrement que Zimmerman a été arrêté et incarcéré. La procureure avait décidé qu'elle ne réunirait pas de jury populaire pour statuer sur cette affaire. Mais face à la pression populaire et aux manifestations dans tous les USA, elle a bien dû faire machine arrière. En effet, depuis des semaines, cette affaire avait déclenché dans de nombreuses villes des manifestations de Noirs américains pour exiger l'incarcération et des sanctions contre Zimmerman. Le bimensuel trotskyste américain The Spark (L'Étincelle) a consacré deux articles à cette affaire, dont voici des extraits : 
« (...) Les bandes vidéo de la police montrent que celle-ci a dit à Zimmerman de rester dans sa voiture mais qu'il n'en a rien fait. Au contraire, il en est sorti, avec une arme, et a poursuivi Martin. Alors même si Martin avait attaqué Zimmerman - ce qui est peu probable - cela aurait encore été Martin qui avait à «se défendre», comme l'incite la loi de Floride, et pas Zimmerman. (...)
Zimmerman a été laissé en liberté parce que son père est un ancien magistrat de la cour de Virginie et sa mère une employée de la cour. Mais le fait que leur fils ait pu rester aussi longtemps sans être mis en état d'arrestation, et que tout le système de la   «justice» ainsi que les élus ne sont pas mobilisés dans cette affaire, montre que tout le système est raciste et qu'il faut s'en débarrasser.    
(...) Il n'y a pas deux côtés à cette affaire. Trayvon a été lynché, de la même façon que beaucoup de jeunes Noirs l'ont été dans les années Trente, Quarante et Cinquante où on était lynché simplement pour avoir regardé un Blanc de travers.
Bien sûr, il n'a pas été lynché avec une corde et pendu à une branche d'arbre du Sud. Il a été abattu d'un coup de fusil dans la rue par un adepte de l'autodéfense qui l'a condamné à mort pour être «suspect» - c'est-à-dire pour n'être rien d'autre qu'un jeune homme noir, marchant naïvement dans la rue. 
Tout comme ces lynchages du temps passé, son meurtrier peut vaquer en toute impunité. Dans l'État raciste de la Floride d'aujourd'hui, le meurtre d'un jeune homme noir n'appelle aucun châtiment. Et si une sanction devait voir le jour, elle ne viendrait que des meetings et des manifestations déclenchés par cet acte en Floride mais aussi dans tout le pays. 
Trayvon Martin était censé être un de ces jeunes hommes chanceux, un joueur de football estimé dans son école, vivant une vie assez confortable. Il n'en a pas moins été abattu. Il ne peut pas être plus clair, dans les États-Unis racistes d'aujourd'hui, que la chasse aux jeunes Noirs est ouverte.
 Un jeune homme noir sur dix meurt avant d'avoir 18 ans. Certains sont tués par des racistes, d'autres par des policiers, la majorité par d'autres jeunes Noirs. Et tous vivent dans des conditions difficiles créées par la pauvreté et les besoins non satisfaits : manque d'emplois avec un taux de chômage de 70 % pour un Noir sans diplôme ; absence d'accès à des études décentes puisque le pays dépense pour un jeune Noir des quartiers pauvres des grandes villes moins d'un tiers de ce qu'il alloue aux enfants des bourgeois des banlieues résidentielles.
(...) Cela aussi est une sorte d'assassinat, une sorte de lynchage de toute une génération de jeunes hommes noirs, et de jeunes femmes également. Il y aurait pourtant assez de richesses dans la société capitaliste pour que cette carence systématique puisse être éradiquée en une génération. (...) »
 
 
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USA : Violence raciste à Tulsa. Les tireurs ne sont pas seuls en cause.

Deux hommes blancs à Tulsa, Oklahoma, se sont livrés à une fusillade déchaînée, tuant trois Noirs et en blessant deux autres. Les médias ont tenté de justifier la fusillade, prétendant que l’un des hommes Jacob England, métis d’Indien américain, était furieux à cause du meurtre de son père deux ans plus tôt par un Noir.
Ces hommes ont fait feu sur cinq personnes, qui marchaient dans des quartiers totalement différents, des gens qu’ils ne connaissaient pas. Ils cherchaient à tuer des Noirs. N’importe quel Noir.
C’était une vengeance raciste pure et simple. Et elle a été en partie favorisée par l’énorme campagne menée par Fox News et autres médias de droite, pour soutenir que l’assassinat de Trayvon Martin était quelque part justifiable. Ils répétaient le mensonge selon lequel Martin aurait attaqué son assassin, George Zimmerman. Ils déclaraient que Zimmerman avait eu raison de tuer le jeune homme. Ils présentaient Martin comme étant dangereux.
Cette campagne trouve un écho dans les esprits de personnes déjà déformées et déséquilibrées par le racisme de cette société.
En assassinant la personnalité de Trayvon Martin, les médias de droite ont préparé le terrain pour d’autres assassinats racistes. Ceux de Tulsa ne seront pas les derniers.