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L’importance du vote pour la candidate communiste Nathalie Arthaud (ldc 142 - mars 2012)

Sur l’efficacité des élections pour changer la réalité des choses dans une société divisée en classes, l’opinion des communistes révolutionnaires est faite depuis très longtemps et ne laisse place à aucune ambiguïté. Sur le plan tactique cependant – alliances électorales éventuelles, etc. – ainsi que pour le choix des axes d’intervention dans la campagne électorale, il peut exister une grande variété de situations en fonction du contexte économique et politique, de la nature des préoccupations de l’électorat populaire, etc. Pour une multitude de raisons, bonnes ou mauvaises, l’élection présidentielle est certainement l’élection la plus politique en France sous la Ve République. Elle est celle, en tout cas, qui concerne l’ensemble de l’électorat autour des mêmes candidatures et, par là même, celle qui gomme ce qui est local, particulier, spécifique, qui fait les choux gras des candidats aux municipales, cantonales, voire législatives.
L’élection présidentielle de 2012 aura lieu après plusieurs mois de crise financière, après un tournant plus manifeste encore qu’auparavant vers des politiques d’austérité, au milieu d’attaques de plus en plus virulentes de la bourgeoisie contre les conditions d’existence des classes populaires. Des attaques d’autant plus virulentes que la bourgeoisie, ses responsables politiques et ses têtes pensantes sont désorientés devant les soubresauts de leur propre économie. Leur incapacité à maîtriser la crise financière les affole d’autant plus qu’ils sont, en revanche, parfaitement conscients que les contrecoups de la crise financière sur l’économie productive peuvent être d’une gravité imprévisible.
Le ralentissement de l’activité économique est déjà sensible. Mais les reculs de quelques pourcents du PNB (produit national brut) ne sont pas encore catastrophiques du point de vue du grand capital, même s’ils le sont déjà pour ceux de la classe ouvrière qui ont perdu leur emploi et pour leur famille. Faut-il rappeler que, lorsque la crise boursière d’octobre 1929 s’est répercutée sur la production industrielle, la chute de celle-ci aux États-Unis a été de l’ordre de 50 % !
La situation économique, le chômage, la dette des États marquent la campagne électorale. Il est particulièrement important, dans ce contexte, que se fasse entendre une politique qui parte des intérêts de classe des exploités.
Entre les deux candidats, Sarkozy et Hollande, entre lesquels se décidera qui occupera l’Élysée pour les cinq ans à venir, les différences politiques sont mineures sur la question fondamentale de la politique à mener face à la crise.
Leur vocabulaire respectif porte les marques du clivage traditionnel entre la gauche et la droite, surtout maintenant que Sarkozy s’acharne à reprendre au Front national une partie de l’électorat d’extrême droite, et affiche un langage « à droite toute ». Il n’y a cependant pas deux orientations politiques qui s’affrontent, dont l’une pourrait être considérée comme plus favorable aux travailleurs. Le clivage qu’ils essaient de creuser porte sur les mots, sur les exclamations démagogiques destinées, de la part de chacun, à son propre électorat. Les désaccords clairement affichés concernent tout au plus quelques sujets sociétaux (mariage homosexuel, droit de vote des immigrés aux élections locales, euthanasie, etc.).
Mais, dans la guerre à mort qui se déroule entre la bourgeoisie qui, confrontée à la crise, se bat pour préserver et accroître sa part dans le revenu national, et les travailleurs, victimes de cette offensive, Hollande ne prend pas plus position en faveur de ces derniers que son adversaire de droite. Rien pour empêcher le grand patronat de licencier, de réduire ses effectifs ou de délocaliser. Rien pour protéger le pouvoir d’achat des salaires, seule source de revenu pour la grande majorité de la population. Aucune mesure contraignante à l’égard des riches. On ne peut même pas dire, pour le moment, qu’il y a une différence significative dans les façons respectives dont chacun des deux candidats voit le rôle de l’État dans l’économie. Lorsque Mitterrand a choisi, en 1981, de nationaliser certains secteurs de l’économie, ce n’était certes pas, contrairement aux âneries véhiculées à l’époque par le Parti communiste, pour abattre le pouvoir économique du grand capital, mais pour aider ce dernier à se dégager de certains secteurs au profit d’autres. Cela dit, Hollande ne s’oppose pas plus à Sarkozy, même sur ce terrain.
Et par-dessus tout, il apparaît clairement que, quel que soit l’élu, il mènera sa politique en fonction des exigences du grand patronat et des banquiers.
Le problème, pour les communistes révolutionnaires, n’est pas seulement de dénoncer le faux choix auquel se limite l’élection présidentielle. Il est surtout d’opposer, aux différentes formulations d’une même politique pour préserver les intérêts de la bourgeoisie, une politique susceptible d’armer les travailleurs du point de vue de leurs intérêts de classe.
Aussi l’axe de la campagne électorale de Nathalie Arthaud, seule candidate dans cette élection qui se revendique clairement du communisme révolutionnaire, est-il de mettre en avant un certain nombre d’objectifs qu’il faudra imposer à la bourgeoisie pour préserver la classe ouvrière de la déchéance matérielle et morale. Ces objectifs découlent de la nécessité de préserver la seule source de revenu que le système capitaliste accorde aux prolétaires pour survivre : leur emploi et le pouvoir d’achat de leur salaire.
– Pour résorber le chômage, interdiction des licenciements et maintien intégral du salaire, et embauche par l’État de travailleurs, dans les services publics utiles existants et dans ceux à créer dans des domaines vitaux où le capital privé est défaillant, comme la construction de logements à prix coûtant à la portée d’un salaire d’ouvrier.

– Augmentation générale des salaires pour rattraper le pouvoir d’achat perdu au fil des ans, et garantie de ce pouvoir d’achat par l’échelle mobile des salaires, des retraites et des pensions.

– Afin de montrer que la bourgeoisie a les moyens de financer tout cela sans même se retrouver sur la paille, imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les entreprises. Pour commencer, afin de dévoiler les gaspillages capitalistes et les mauvais coups du patronat, abolition du secret des affaires et droit de regard de tous sur la gestion des entreprises et des banques.

Programme de lutte ou programme électoral ?

Il est évident que de tels objectifs, qui, s’ils étaient imposés, ébranleraient dans ses fondements la dictature capitaliste sur l’économie, ne pourraient être imposés que par des luttes massives, amples, explosives et, surtout, conscientes. Dans ce sens, ce n’est pas un programme électoral, mais un programme de lutte. Le fait qu’il soit défendu dans un contexte électoral n’en change pas la nature. On peut seulement espérer que, grâce aux possibilités d’une campagne électorale, il sera plus largement entendu.
Mais, si même un début de réalisation de ce programme est inconcevable sans lutte et que celle-ci n’est pas conditionnée par l’élection, quelles sont les raisons positives pour lesquelles les travailleurs conscients ont intérêt à voter pour Nathalie Arthaud ? La question nous est souvent posée, en particulier par ceux des travailleurs qui sont sensibles à la politique défendue par Nathalie Arthaud dans cette campagne, qui partagent au moins partiellement les objectifs pour les luttes futures, mais qui, en même temps, considèrent qu’un candidat comme Mélenchon est plus crédible pour exprimer leur sentiment de révolte et qui se préparent à voter pour lui.
Et cela, sans même parler de tous ceux, plus nombreux peut-être, qui, tout en n’ayant qu’une confiance limitée en Hollande et dans le Parti socialiste, se préparent à voter pour lui dès le premier tour pour, disent-ils, que ne se reproduise pas ce qui s’est passé en 2002, c’est-à-dire l’élimination du candidat de la gauche dès le premier tour et un deuxième tour opposant la droite et l’extrême droite.
Malgré les sondages qui donnent Hollande largement vainqueur au soir du deuxième tour, rien ne le garantit certes par avance. D’ici les élections, bien des rebondissements sont possibles. La droite est traditionnellement majoritaire dans ce pays et le discours de plus en plus à droite de Sarkozy, sa haine antiouvrière affichée avec des propositions comme le référendum sur les droits des chômeurs, peuvent ressouder autour de lui l’électorat de droite viscéralement antiouvrier.
En revanche, la crainte que Hollande soit écarté du deuxième tour par Marine Le Pen est infondée. Nous ne sommes pas en 2002, après cinq ans d’un gouvernement socialiste qui avait dégoûté et démobilisé avant tout l’électorat socialiste lui-même. Sans parler des alliés du Parti socialiste, du Parti communiste aux Radicaux de gauche, qui, tout en ayant mené pendant cinq ans la politique de Jospin, avaient voulu empêcher que la déconsidération du Parti socialiste ne rejaillisse sur eux. Ils avaient pris leurs distances au dernier moment en présentant leur propre candidat. Les différentes composantes de feu la Gauche plurielle avaient doublement raté leur coup. D’abord, parce que se démarquer de Jospin sur le tard ne les avait pas préservés d’un recul électoral (rappelons que, si Jospin avait perdu deux millions et demi d’électeurs au premier tour en 2002 par rapport à 1995, Robert Hue, pour le Parti communiste, en avait quand même perdu un million et demi). Ensuite, parce que ce sont les dissensions internes de la Gauche plurielle qui, en ayant savonné la planche sous les pieds de Jospin, avaient fait que Le Pen s’était retrouvé au deuxième tour.
Nous ne sommes pas dans la même situation aujourd’hui. S’il n’est pas impossible que Marine Le Pen se hisse au deuxième tour, cela serait au détriment de Sarkozy plutôt que de Hollande. L’argument du « vote utile » dès le premier tour dans la bouche des responsables socialistes est aussi mensonger que l’était en 2002 la menace que Le Pen soit élu président de la République, fiction inventée pour justifier le soutien de toute la Gauche plurielle à Chirac.
Croire et reprendre à son compte ce type de mensonge n’est pas fondé sur un raisonnement cohérent. C’est une forme particulièrement pauvre d’illusions électoralistes.
Cet attrait pour le « vote utile » en faveur d’un candidat socialiste qui ne suscite même pas des illusions du même type qu’avait pu en susciter Mitterrand en 1981 est en quelque sorte le symétrique de la fuite vers l’abstention de nombreux électeurs des classes populaires, dégoûtés par de fausses alternances.
Le haut niveau du nombre d’abstentionnistes reflète, à coup sûr, l’écœurement à l’égard des grands partis qui se succèdent au pouvoir ; mais il est signe, aussi, de dépolitisation. Il n’est pas l’expression d’une prise de conscience politique.
Un signe plus grave encore de cette dépolitisation serait si une fraction significative de l’électorat populaire choisissait d’exprimer son écœurement en rejoignant dans le vote pour Le Pen l’électorat d’extrême droite traditionnel.
En l’absence de luttes, l’expérience de larges masses est seulement celle des coups reçus, des déceptions et de la résignation. Elle se traduit par des gestes passifs.
Même les votes en faveur de Mélenchon, qui pourraient passer pour une certaine forme de prise de conscience politique, ne serait-ce qu’en exprimant la méfiance vis-à-vis de Hollande, portent encore les marques de la résignation. Car, si Mélenchon dénonce la politique que risque de mener Hollande, il se place quand même dans la perspective que seul un changement gouvernemental peut ouvrir de nouveaux horizons. « Un bon gouvernement de gauche » à la place de ceux auxquels nous ont habitués les caciques du Parti socialiste, voilà en dernier ressort la ligne stratégique de Mélenchon. Le flou de l’orientation – avec qui le Front de gauche pourrait-il constituer un « bon » gouvernement de gauche, si ce n’est avec le vieil appareil du Parti socialiste ? – se dissipe lorsque Mélenchon affine et répète que son modèle, c’est Mitterrand. Et, là où Mélenchon reste dans une prudente ambiguïté, les dirigeants du Parti communiste ne se gênent pas pour affirmer leur conviction qu’une victoire de Hollande ouvrirait la perspective d’une nouvelle variante de la Gauche plurielle sous l’égide du PS.
Bien sûr que, dans l’interprétation des votes et de leur signification politique, le pourcentage plus ou moins important des voix en faveur de Mélenchon aura une signification politique, ne serait-ce que par rapport aux espoirs qu’il est susceptible de susciter dans l’électorat de gauche.
Mais c’est une analyse, un constat, pas une position militante.

Se saisir des élections pour exprimer la présence d’un courant communiste

L’élection présidentielle qui vient ne permettra rien d’autre que de s’exprimer. Mais s’exprimer c’est déjà beaucoup. Dans nombre de pays, les travailleurs, les pauvres, ont encore à se battre pour conquérir ce droit.
Ici même, en France, le mouvement ouvrier a mené bien des combats dans le passé pour que ce droit élémentaire, le droit de voter dans les élections, soit reconnu aux travailleurs. Même aujourd’hui, ce droit n’est pas complet, ne serait-ce que parce qu’il n’est pas reconnu à toute une partie de la classe ouvrière, les travailleurs immigrés, qui vivent ici, sont exploités ici, mais à qui on refuse ce droit démocratique élémentaire. Ce n’est plus le suffrage censitaire des débuts du parlementarisme bourgeois, destiné implicitement à écarter du vote les classes pauvres, mais cela en est une version édulcorée.
Malgré un certain nombre d’obstacles qui limitent la possibilité pour des courants politiques minoritaires de présenter un candidat, il est à la portée du courant communiste révolutionnaire de surmonter ces obstacles par un effort militant. Notre tendance a réussi à présenter une candidate, Arlette Laguiller, dans six consultations présidentielles successives, et va présenter Nathalie Arthaud dans cette élection. Les électeurs des classes populaires sont donc libres de s’exprimer sur une politique de classe. Encore faut-il qu’ils en aient la volonté ! Or, tout en respectant les formes démocratiques, les démocraties bourgeoises ont inventé une multitude de moyens pour peser sur les opinions. Le premier est évidemment l’argent lui-même et le fait que les moyens d’information sont entre les mains de la bourgeoisie. Il n’y a pas besoin qu’existe la propagande d’État d’une dictature pour vider de contenu l’expression électorale de l’opinion publique.
Au lieu de bâillonner les classes populaires par la force, comme dans les dictatures, on les amène à se bâillonner elles-mêmes, c’est-à-dire à accepter de se départager entre les candidats des grands partis estampillés par la bourgeoisie.
Dans le passé, quand le mouvement ouvrier politique était en train d’émerger, les élections ont toujours été l’occasion de batailles politiques où le camp du mouvement ouvrier mesurait ses forces sur le terrain électoral en opposant ses candidats et sa politique à ceux de la bourgeoisie.
Ces batailles électorales ont joué un rôle certain dans la formation du Parti socialiste du temps de Jules Guesde et de Paul Lafargue, comme en ont joué un les élections qui ont suivi la naissance du Parti communiste en France. Elles ont joué un rôle dans la formation d’une conscience politique de classe. Au fil de l’évolution qui a transformé d’abord le Parti socialiste puis le Parti communiste en partis institutionnels, c’est-à-dire en partis admis par la bourgeoisie, cette habitude s’est effilochée.
Il serait oiseux de discuter quelle est, là-dedans, la part de la pression de la bourgeoisie pour intégrer toute contestation dans les institutions, et quelle est la part de la dépolitisation croissante de la classe ouvrière elle-même. Le fait est que, aujourd’hui, un des combats politiques des communistes révolutionnaires doit être de prendre le contre-pied de cette évolution. Non pas dans l’abstrait. Non pas en se faisant les porte-parole d’une sorte d’éducation civique pour que les électeurs aillent voter. Certes pas ! Mais en profitant de toutes les occasions, notamment celle offerte par la campagne électorale, pour expliquer qu’il ne suffit pas de se détourner de la politique de la bourgeoisie. Peu importe à la classe dominante que la politique menée en son nom soit approuvée par la population ou pas. Cela, c’est le problème des dirigeants politiques à son service. La bourgeoisie impérialiste américaine se fait une raison du faible taux de partici-pation aux élections. La montée de l’abstention dans les classes populaires n’est pas un signe de force, c’est l’expression d’une faiblesse, une façon d’abandonner le terrain politique.
La classe ouvrière ne doit pas laisser le terrain politique à la bourgeoisie et à ses guignols de la caste des politiciens professionnels. Elle ne pourra jouer son rôle historique qu’en opposant à la bourgeoisie sa propre politique, au niveau le plus élevé qui soit : jusqu’à arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie.
Ce n’est évidemment pas l’enjeu dans une simple élection présidentielle. La nature de classe du pouvoir se décide sur une scène infiniment plus vaste que les bureaux de vote d’une consultation électorale. Mais, pour être en situation de disputer réellement le pouvoir à la grande bourgeoisie, la classe ouvrière doit investir toutes les sphères de la vie sociale et politique, faire contrepoids à la poli-tique de la bourgeoisie, remettre en cause ses décisions.
Et cela commence par la volonté de s’exprimer sur le terrain de classe dans toutes les occasions politiques. L’élection présidentielle en est une. Cela commence par refuser de marcher dans toutes ces petites combines de la vie électorale, tous ces petits chantages du genre « voter utile » en faveur d’un Hollande puisque « il ne peut pas être pire que Sarkozy ». Cette affirmation n’a pas de sens, car Hollande fera ce que le grand patronat, les puissances d’argent exigeront de lui. Et cela ne dépend ni de son étiquette ni de ses préférences ou souhaits personnels, mais de la gravité de la crise et de la façon dont le grand patronat souhaite en tirer profit pour aggraver la situation des travailleurs.
Que ceux qui sont satisfaits de l’éternel jeu de balancier entre une droite qui mène une politique franchement de droite et une gauche qui en fait autant en changeant un peu les mots votent pour Hollande dès le premier tour, c’est dans l’ordre des choses. Mais il n’y a pas de raison que ceux qui se méfient de Hollande et qui partagent tout ou partie des exigences à mettre en avant contre le patronat capitaliste s’autocensurent et votent pour le candidat du PS dès le premier tour. Car voter pour Hollande alors qu’on a d’autres choix, sans même les contraintes du second tour, c’est lui accorder un chèque en blanc, c’est lui donner la possibilité, lorsqu’il sera amené à prendre des mesures antiouvrières, de prétendre qu’il le fait avec un mandat des travailleurs eux-mêmes.
Mais finalement, à une autre échelle, Mélenchon joue sur les mêmes réflexes électoralistes. Sa démarche s’appuie sur cette fraction réformiste du mouvement ouvrier, de ses militants, de ses appareils, qui ne veulent pas d’un renversement révolutionnaire de la bourgeoisie, mais qui ne se retrouvent pas dans la politique d’un Parti socialiste devenu depuis longtemps un parti bourgeois comme les autres.
Mais la perspective d’un « bon gouvernement de gauche », qui est toujours un leurre pour les travailleurs, l’est plus encore aujourd’hui avec la crise. Au fur et à mesure que la crise s’aggrave et la férocité de la bourgeoisie avec, il y a de moins en moins de place pour un « bon gouvernement de gauche » qui, au moins partiellement, protégerait les travailleurs. Il n’y aura que des gouvernements de combat de la bourgeoisie. Que cela serve de leçon !
En Grèce, le capital financier n’a même pas laissé d’échappatoire au Parti socialiste pour lui permettre d’entourer les exigences des banquiers de quelques mièvreries réformistes. N’ayant ni la volonté ni les moyens de combattre le grand capital, la gauche grecque a dû non seulement cautionner ses exigences par un vote parlementaire, mais aussi en devenir l’exécutant.
La mouvance réformiste dans le mouvement ouvrier étant ce qu’elle est, il est dans l’ordre des choses qu’une fraction de l’électorat populaire se retrouve dans le vote en faveur de Mélenchon avec, de surcroît, l’illusion de s’être démarquée de Hollande et de ce qu’il représente.
Aucun volontarisme de la part des communistes révolutionnaires ne peut dépasser l’état d’esprit général de l’électorat ouvrier. Mais ce qu’ils peuvent et ce qu’ils doivent faire, c’est se battre pour que s’expriment tous ceux qui ne se retrouvent pas dans la politique proposée par Mélenchon et, à bien plus forte raison, dans celle de Hollande.
Le sens de la candidature de Nathalie Arthaud est précisément de permettre à cette fraction de l’électorat populaire, fût-elle minoritaire, de s’exprimer.
Eh bien, il faut que cette fraction s’exprime ! D’abord et avant tout pour montrer qu’elle existe, qu’elle garde un drapeau levé. Avant même qu’une explosion sociale ne crée le rapport de forces nécessaire pour imposer les objectifs vitaux nécessaires pour protéger les travailleurs contre les licenciements, le chômage et l’effondrement du pouvoir d’achat de leurs salaires, il est indispensable que ces objectifs soient discutés, admis, et fassent partie de la conscience collective de la classe ouvrière.
Ce drapeau ne regroupe pas beaucoup de monde aujourd’hui ? Peut-être. Mais la crise est un formidable accélérateur d’Histoire. Son aggravation poussera de nouveaux contingents de travailleurs vers la pauvreté et vers la misère, mais aussi, on peut le souhaiter, à se poser des questions sur le pourquoi de cette évolution désastreuse et sur le moyen de l’arrêter. Et quand les masses exploitées commenceront à se poser ces questions, elles auront la possibilité de trouver les bonnes réponses. Il faut que les communistes révolutionnaires trouvent l’oreille des masses poussées vers la pauvreté, sans être détournées par ceux qui se cramponnent aux illusions d’un passé aujourd’hui révolu, qui sont aussi les plus sensibles aux illusions électorales, au « vote utile » et autres balivernes. Malheureusement, ce sont souvent les militants des courants réformistes du mouvement ouvrier, militants politiques ou syndicalistes, qui s’accrochent le plus à ces illusions et qui les propagent. S’il faut chercher à les convaincre, il ne faut pas qu’ils puissent constituer un écran entre l’activité communiste révolutionnaire et ceux des travailleurs qui subissent le plus fortement les coups de la bourgeoisie.
Et c’est là que s’établit le lien entre le programme de lutte avancé par la candidate de Lutte Ouvrière dans cette campagne électorale et les luttes futures qui, elles, ne se dérouleront pas à coups de bulletins de vote.
Les luttes conscientes ne tombent pas du ciel. L’explosion sociale, que la lutte de la bourgeoisie contre la classe ouvrière en cette période de crise ne manquera pas de provoquer, sera le fait de centaines de milliers, de millions de travailleurs, de larges masses d’exploités.
Ce seront les luttes elles-mêmes, leur dynamique, qui amèneront ces millions de travailleurs à la conscience de qui sont leurs amis, qui sont leurs ennemis, qui sont ceux qui veulent les pousser vers des voies de garage.
Mais pour que les masses puissent alors juger, il faut que les drapeaux des uns et des autres soient clairement levés. C’est pourquoi il faut que les différences politiques soient marquées le plus nettement possible, afin que les masses puissent juger de la validité de la politique des uns et des autres et changer leur choix au fil des expériences acquises dans leurs mobilisations.
Il peut y avoir bien des façons d’exprimer le mécontentement d’une classe exploitée qui en est encore à espérer la solution de la classe dominante et de ses hommes politiques. Mais, au moment où le monde du travail s’ébranlera, il aura besoin d’objectifs précis et de militants pour les propager.
Le vote en faveur de la candidate communiste et des objectifs qu’elle avance ne peut se substituer à l’énergie des masses en lutte. Mais il peut contribuer à donner une orientation à cette énergie. C’est en fonction de cet avenir-là que le nombre de voix qui se porteront sur la candidature de Nathalie Arthaud peut jouer un rôle. Comme il peut représenter une étape importante dans la construction du parti communiste révolutionnaire. Car la lutte de classes ne s’arrêtera pas à une date fixée par le calendrier électoral et l’aggravation de la crise rendra toujours plus nécessaire un parti représentant les intérêts politiques de la classe ouvrière.

17 février 2012





Les illusionnistes (19 mars 2012)

Le meeting de Mélenchon sur la place de la Bastille a été une réussite par le nombre de participants. Bien sûr, le PCF qui a choisi pour candidat l’ancien sénateur socialiste et ministre de Jospin, y est pour beaucoup avec sa capacité de mobilisation. Mais il n’y a pas que cela. La manifestation a reflété aussi à sa façon le rejet que suscite Sarkozy dans une partie importante de la population.
C’est sur ce rejet que surfe également Hollande dont le principal argument, y compris vis-à-vis de Mélenchon, est d’affirmer qu’il est le seul à pouvoir battre Sarkozy au deuxième tour.
La montée de Mélenchon dans les sondages témoigne, en plus, d’une méfiance à l’égard de Hollande. Son langage est plus radical, lui qui parle de l’« insurrection citoyenne » et qui affirme que « devant une France défigurée par les inégalités sociales, il faut tourner la page de cet ancien régime qui nous permettra de refonder la République ».
Mais, pour mettre fin aux inégalités sociales, il ne suffit pas de changer le numéro et de parler de Sixième République. Les banques, le grand patronat, la classe capitaliste, ne tirent pas leur pouvoir d’une Constitution, mais de l’exploitation, du monopole qu’ils ont sur l’argent, sur les entreprises et sur toute l’économie. On ne combat pas ce pouvoir avec des mots, et seulement des mots.
Or, Mélenchon ne donne que des mots qui sonnent bien mais qui ne proposent pas d’objectifs, de programme, c’est-à-dire des armes à ceux qui sont les victimes du système capitaliste. Il ne leur donne même pas des armes pour se défendre en cette période de crise contre les coups redoublés de la classe capitaliste, contre les licenciements, contre l’écrasement du pouvoir d’achat, contre l’anarchie de l’économie.
La perspective brandie par Mélenchon est seulement : « Faites-moi confiance et avec un meilleur gouvernement, on fera mieux que Sarkozy ». Mais c’est un mensonge. À commencer par le fait que, si la gauche l’emporte au deuxième tour, ce « meilleur gouvernement » sera celui de Hollande et du PS. Voter pour Mélenchon, c’est simplement une autre façon de voter pour Hollande. Et celui-ci n’a ni l’intention ni les moyens d’affronter le grand patronat.
Mélenchon ne s’en cache pas : son modèle, c’est le gouvernement de Mitterrand, c’est le gouvernement de Jospin dont il a été un des ministres pendant deux ans. Les travailleurs qui ont vécu ces périodes ont toutes les raisons d’en garder le souvenir amer des déceptions et des désenchantements.
Aujourd’hui, plus encore qu’au temps de Mitterrand, la crise est grave et la lutte de la classe capitaliste contre les travailleurs plus féroce. Dans cette guerre sociale, les travailleurs se berceraient d’illusions en croyant à un sauveur suprême.
Dans la présidentielle qui vient, la candidate de Lutte Ouvrière, Nathalie Arthaud, représente une tout autre politique. Elle consiste à dire aux travailleurs qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes et ont infiniment plus de forces pour briser le mur de l’argent que tous les ministres, de quelque étiquette qu’ils soient. Contrairement à Hollande et à Mélenchon, elle ne fait pas de promesses. Elle propose des objectifs qui permettront à la classe ouvrière, aux chômeurs, aux pauvres, de changer réellement le rapport de forces avec la classe capitaliste.
Contre le chômage, il faut l’interdiction des licenciements et la répartition du travail entre tous sans diminution de salaire. Il faut imposer à l’État de créer des emplois utiles à tous dans les services publics et procéder à de grands travaux comme la construction du million de logements sociaux qui manquent.
Il faut imposer une augmentation générale des salaires et des retraites et leur indexation automatique sur les hausses de prix. Pour montrer que le grand patronat et les banquiers ont largement les moyens de financer tout cela, il faut leur imposer le contrôle des travailleurs et de la population sur les comptes et les projets des entreprises. En commençant par la suppression du secret industriel et commercial.
Tout cela ne pourra être imposé que par des luttes collectives, déterminées et conscientes.
Le vote pour Nathalie Arthaud ne remplace pas la lutte mais il la prépare. Il montrera qu’il y a, parmi les électeurs, des travailleurs qui non seulement veulent exprimer leur colère contre Sarkozy et leur méfiance vis-à-vis de Hollande, mais savent que, quel que soit le futur gouvernement, ils auront à se battre et à gagner contre le grand patronat. Et qui savent quels sont les objectifs vitaux à imposer.