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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1063 du 25 février 2012/Première page

Première page

Editorial:Non aux licenciements à Nouvelles Frontières. Interdiction des licenciements partout

 
À l'occasion de la fusion de «Nouvelles Frontières» (NF) avec Marmara, Tourinter et Aventuria au sein de « TUI Travel », il est question de la fermeture des agences «Nouvelles Frontières» Pointe-à-Pitre et Basse-Terre en Guadeloupe, Rivière-Salée et Fort-de-France (remplacée par une agence Corsairfly avec 6 postes seulement) en Martinique.
Quatorze licenciements sont programmés en Martinique et autant en Guadeloupe., des personnels qui ont jusqu'à 30 ans d'ancienneté mais pas l'âge de la retraite. Les jeunes contractuels chargés d'accueillir les touristes NF sont aussi menacés de perdre leur emploi. Sur tout le réseau NF, 484 licenciements sont annoncés.
Un débrayage a eu lieu le 8 février, concernant l'ensemble des agences. « Nous avons déjà payé le prix fort. En dix ans, il y a eu six plans sociaux chez NF et près de 400 postes supprimés », c'est ainsi que le personnel refuse ces licenciements dont les principaux responsables sont les patrons eux-mêmes.
Bien sûr il y a des pertes liées à la crise économique, il y a moins de voyageurs vers l'Afrique du Nord avec le « printemps arabe », mais il y a surtout la soif de profits des actionnaires. Les salariés NF s'en sont rendu compte dès le départ en 2001 du fondateur Maillot qui vendit NF à TUI. La course au profit des actionnaires s'est alors clairement manifestée. Ainsi, NF avec ses 1330 employés est aujourd'hui comparée à Marmara de TUI anglais qui pour un chiffre d'affaire moitié moindre n'a que 230 employés, et assure des profits à ses actionnaires. Il est aussi question de «comptes falsifiés», d'un trou comptable de plus de 55 millions d'euros, et de grandes pertes liées aux goûts de luxe du précédent Président révoqué en 2011 ou à des « erreurs stratégiques » de la direction. Les salariés n'ont pas dit leur dernier mot.
Beaucoup d'entre eux réclament la publication des comptes. Et c'est cela que tous les travailleurs qui entendent dire qu'on doit les licencier parce que les affaires marchent mal devraient réclamer : lever le secret et l'opacité des comptes de ces entreprises, avoir un état de l'enrichissement des patrons et de leurs familles. Même les patrons qui ne licencient pas mais qui prétendent ne pas pouvoir augmenter les salaires devraient être contraints à la transparence, la clarté sur toute leur comptabilité face aux travailleurs. Il faut engager la lutte pour ce faire.
En Guadeloupe des milliers de travailleurs de la banane se retrouvent sans emploi après la fermeture de plusieurs plantations, des centaines dans l'hôtellerie, pour les mêmes raisons. Les recompositions et reprises dans le secteur du commerce en Martinique laissent des dizaines d'employés sur le carreau. Ils viennent grossir le lot des.chômeurs de près de 30% dans les deux îles. Des milliers de « contrats aidés » connaissent la précarité à vie!
Il faut interdire les licenciements, les déclarer illégaux. Il faut contre le chômage répartir le travail entre tous, sans diminution de salaire !
Voilà une lutte qu'il faudra engager résolument pour que les travailleurs ne fassent pas les frais de la crise qu'on veut leur faire payer.
 

Décès de notre camarade Gérard Séné

Zoom Notre camarade Gérard Séné est décédé le 3 février dernier, à l’âge de 68 ans, à Montpellier. Il fut inhumé, le jeudi 16 février au cimetière de Goyave en Guadeloupe.
Il avait dû se rendre en 2011 à Montpellier. Il s’est battu contre la maladie pendant une année avant que le cancer ait eu raison de lui.
Notre camarade est né le 31 juillet 1943 et a grandi en Guadeloupe élevé par une tante après la mort de ses parents très jeunes.
C’est en 1963 que Gérard partit en France poursuivre ses études, comme tous les bacheliers de l’époque. Mais de suite l’engagement militant, politique  accapara tout son temps, ses forces  et ses préoccupations.
Notre camarade fut l’un des principaux fondateurs de notre organisation politique Combat Ouvrier en Guadeloupe et en Martinique. C’est en novembre 1965, à Paris, qu’un  noyau d’étudiants antillais  avec lui comme principal animateur et organisateur lançait le « manifeste de la ligue antillaise des travailleurs communistes » dans un petit journal ronéoté du nom de « Lutte Ouvrière ». L’un des principaux articles de ce programme : «  le drapeau des masses sera le drapeau rouge » affirmait la nécessité de la construction d’un Parti Ouvrier communiste révolutionnaire aux Antilles dites «  françaises » , condamnait le nationalisme prôné par les organisations indépendantistes de l’époque. Il affirmait aussi la nécessité de l’indépendance organisationnelle et politique du prolétariat de Guadeloupe et de Martinique dans la tradition révolutionnaire de la révolution russe d’octobre 1917, celle de  Lénine, de Trotsky et combattait le stalinisme qui gangrénait la plupart des partis communistes et de larges fractions de la classe ouvrière.
La compréhension d’un tel programme a été facilitée par le contact avec les camarades du groupe trotskyste « Voix Ouvrière » (UCI-Union communiste internationaliste - aujourd’hui Lutte Ouvrière - organisation d’Arlette Laguiller et Nathalie Arthaud).L’aide théorique de ces camarades ayant déjà une plus longue expérience politique et militante fut précieuse en dépit du petit groupe qu’ils constituaient à l’époque.
Gérard, par ses contacts et discussions avec les  camarades  de « VO » a pu  ensuite convaincre plus efficacement le petit groupe d’étudiants antillais de la justesse du programme communiste révolutionnaire, léniniste et trotskyste. C’est notamment au sein de l’AGEG (Association générale des étudiants guadeloupéens) et de l’AGTAG (association générale des travailleurs antillais et guyanais) que se mena alors la lutte politique et idéologique contre le nationalisme, le tiers mondisme et autres castrisme. C’est notamment contre le programme du GONG (Groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe) que le groupe animé par Gérard eut à mener la lutte qui privilégiait les intérêts spécifiques de la classe ouvrière face à ceux qui représentaient objectivement les intérêts de la petite bourgeoisie.
Ce groupe milita durant plusieurs années dans l’émigration antillaise en France autour de son petit journal «  Lutte Ouvrière » et d’une feuille qui dénonçait l’exploitation des travailleurs : «  gro-ka » et qui était distribuée principalement  aux travailleurs des PTT et des hôpitaux.
En 1971 le groupe décida de rentrer en Guadeloupe, puis en Martinique. Gérard poursuivit son rôle d’animateur, de formateur, de militant, de conseiller, de dirigeant aux côtés de ses camarades jusqu’à sa maladie, début 2010.
Il eut notamment l’occasion de s’impliquer personnellement dans plusieurs grèves de la banane aux côtés des travailleurs dans la région de Capesterre. Il fut  aussi plusieurs fois candidat de Combat Ouvrier  aux élections, cantonales et législatives.
Dans le même temps, Gérard a aussi contribué à la formation de groupes de notre tendance internationale : l’UCI (Union Communiste Internationaliste) dans l’émigration africaine en France avec l’UATCI (L’Union Africaine des travailleurs communistes internationalistes), ou encore de l’OTR en Haïti,  (Organisation des travailleurs révolutionnaires). Il a aussi eu l’occasion de faire plusieurs voyages en Amérique latine pour discuter avec d’autres groupes et organisations du mouvement trotskyste.
Le militant Gérard aura consacré sa vie au communisme révolutionnaire, à lutter pour construire une organisation qui sache incarner et défendre ces idées. Il l’a fait avec un dévouement  et un travail remarquables. Ses qualités d’orateur et surtout de débatteur, de polémiste n’étaient pas un secret pour tous ceux qui l’ont approché sur ce terrain.
L’homme Gérard, lui, aimait la vie, les bonnes tables, la musique, surtout le jazz. Passionné, très cultivé et curieux de tout, sa soif de connaissances le poussait toujours à rechercher plus loin, à lire, à se documenter sans arrêt.
Le jeudi 16 février donc un hommage lui a été rendu par sa famille et ses camarades de Guadeloupe et de Martinique, comme il le souhaitait, dans la simplicité, et la discrétion, conclu par une vigoureuse «Internationale», le chant des travailleurs, le chant des communistes.