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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1061 du 28 janvier 2012/Page 1

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Editorial: Les vœux de Sarkozy à l’Outre-mer : citer Césaire pour préparer rigueur et austérité.

Dans ses vœux à l’Outre-mer, depuis la Guyane, Sarkozy a cru flatter les peuples des séculaires possessions françaises en citant Césaire : « Nous ne voulons plus donner à personne délégation de penser pour nous ». Il appelle donc «les Outre-mers», comme «ils» disent maintenant  à ne compter que sur eux mêmes. Et tout cela pour faire croire que les peuples d’Outre-mer se complairaient dans «l’assistanat et les subventions» alors qu’en fait ce sont les capitalistes, le grand patronat que l’État arrose de subventions. Bref, toujours ce même langage qui sue le paternalisme colonial, dans le même registre des «danseuses de la France, chères à entretenir» de Giscard d’Estaing.
Pourtant, c’est bien en Guyane que Sarkozy déclare tout cela. En Guyane, où Total vient de découvrir un important gisement de pétrole sous-marin, où les satellites sont projetés dans l’espace avec des milliards d’euros de retombées pour les grandes entreprises capitalistes françaises et européennes comme SAFRAN ( ex Snecma), Air Liquide et EADS entre autres, sans compter l’exploitation du bois ou de la crevette de Guyane par les capitalistes. Tout comme le nickel et le cobalt de Nouvelle Calédonie ont permis à une poignée de capitalistes d’engranger de fabuleux profits. C’est le cas de la filiale du groupe français ERAMET, la SLN (Société Le Nickel) dont l’actionnaire principal, Duval est la 23 fortune de France. Quant au groupe béké martiniquais  Bernard Hayot, avec un patrimoine de 250 millions d’euros, il doit à ses ancêtres esclavagistes l’accumulation primitive de son capital. Aujourd’hui il règne sur une quantité d’entreprises dans le monde, en Martinique et Guadeloupe, dont Carrefour. A l’île de la Réunion, le PDG du groupe Bourbon, Jacques de Chateauvieux est bien la 73 fortune de France avec un capital de 515 millions d’euros. Sur la même île, François Caillé PDG du groupe du même nom peut se targuer d’un patrimoine de 80 millions d’euros.
 Alors, lorsque Sarkozy déclare aux Guyanais que la république française leur assurera des retombées directes des richesses du pétrole guyanais, d’une part il ment cyniquement, car c’est Total qui décide et pas lui. Et d’autre part, ce sont tous les revenus financiers des capitalistes des «Outre-mers» qui devraient revenir aux travailleurs et aux peuples de ces pays qui ont sué sang et eau depuis des siècles pour remplir les coffres forts de ces riches.
Ces richesses ne rapportent rien aux peuples d’Outre-mer et pas plus aux exploités de France. Pour qu’elles leur rapportent ils devront les prendre !
 Sarkozy a voulu jouer «les grands papas blancs» protecteurs, mais son discours était celui d’un petit politicien démagogue en campagne. C’est ainsi qu’il s’est prononcé contre le vote des immigrés. En Guyane a-t-il dit, ce serait 37% de la population, non française, qui voterait. Un clin d’œil à l’électorat du Front national.
Ne nous y trompons pas, derrière tout cela, il y a tous les ingrédients d’une  politique anti-ouvrière, anti-pauvre. Car ce sont bien les travailleurs guyanais et d’Outre-mer comme de France qui sont visés.
Il faut traduire la langue de ces politiciens : la seule chose que Sarkozy est venu dire  à tous en Guyane, c’est : «Vous devez payer la dette de l’État, celle des riches, et faire toujours plus de sacrifices». C’est cela et cela seul qu’il y avait derrière les appels à la «responsabilité» des peuples d’Outre-mer, à leur «développement endogène» et autres balivernes.

Il y a trois ans, la grève générale de Guadeloupe et Martinique

Il y a trois ans, le 20 janvier et le 5 février 2009, commençait l’une des plus grandes grèves et mobilisations de l’histoire du mouvement ouvrier de Guadeloupe et de Martinique. Puis ce fut ensuite le tour de l’île de la Réunion. Les revendications étaient nombreuses mais les principales étaient la baisse des prix, et l’augmentation de 200 euros pour les bas salaires. Cette grève d’ampleur historique aura mobilisé non seulement de nombreux travailleurs, mais aussi de larges couches de la population pauvre, effrayant durablement le grand patronat, les hauts fonctionnaires et une partie de la moyenne et petite bourgeoisie locale qui vit à l’ombre de la pwofitasyon.
Mais c’est le lobby béké et le grand patronat qui ont fait montre de plus d’arrogance et de mépris.
LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon), regroupant 48 organisations : politiques, syndicales, des associations écologistes, culturelles, de consommateurs avait pris naissance le 5 décembre 2008 en Guadeloupe pour préparer la lutte, dont il était loin alors de soupçonner l’ampleur et le succès aux Antilles et dans le monde. En Martinique, le K5F (Kolektif du 5 février) regroupa les organisations syndicales.
La  grande frayeur d’alors du grand patronat et la crainte aujourd’hui d’un retour à une telle lutte expliquent le procès minable intenté par les békés contre notre camarade Ghislaine Joachim-Arnaud en Martinique et les attaques subies par de nombreux autres militants dans les deux îles. Elles expliquent aussi que depuis trois ans, des élus, des journalistes et écrivaillons de tous poils – bref – de prétendus « intellectuels » attribuent tous les maux de nos sociétés aux « conséquences de la crise de 2009 ». La vérité est différente.
Les problèmes de la Guadeloupe et de la Martinique sont, pour l’essentiel, ceux de la société capitaliste dans son ensemble, doublés des séquelles du colonialisme. La  crise capitaliste mondiale n’était pas étrangère à la montée de la colère. D’ailleurs on a vu ensuite se dérouler dans le monde de nombreuses grèves ouvrières, comme en Égypte, au Nigéria avec une grève générale, notamment, et les révoltes populaires dans les pays arabes et dans bon nombre de pays. La crise économique mondiale et ses conséquences sur les travailleurs et les masses pauvres n’ont pas fini de susciter d’autres grèves et révoltes.
Les acquis de cette grande lutte ont soulagé bon an mal an, pendant trois ans, une partie de la population. 38 jours de grève en Martinique, 44 en Guadeloupe, et la mort d’un militant CGTG, Jacques Bino, n’auront donc servi « qu’à ça » ?
Non, la grève générale a montré en outre que les travailleurs avaient la possibilité de faire plier les riches et les puissants. En Martinique, les travailleurs et les jeunes ont mis en déroute totale et sans ménagement une provocation des békés qui croyaient, sûrs d’eux et dominateurs, pouvoir organiser une contre manifestation. Du reste le lobby béké et patronal poussait l’État à réprimer plus durement. Certains selon la rumeur auraient même souhaité une répression armée. Et c’est sur leur pression que Fillon, premier ministre, rappela en France Yves Yégo alors Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer. Il aurait été  jugé par le lobby colonial trop compréhensif à l’égard des grévistes et de leurs revendications.
Un homme politique de la Martinique pris subitement d’un sursaut de bonne foi devait même déclarer le 31 mars 2009 : « je vais vous dire : ce que le collectif a obtenu, aucun élu n’aurait pu l’obtenir ».
Les travailleurs ont même montré qu’ils étaient en mesure de paralyser leur pouvoir.  Ce sont là des acquis inestimables à l’heure où la crise s’aggrave. À l’heure aussi où un bras de fer se prépare peut-être entre travailleurs et grand patronat qui refusera de prendre la relève de la part de l’État dans les 200 euros en mars prochain.
Nous ne devons pas nous y tromper : les travailleurs devront reprendre tôt ou tard, et le plus tôt serait le mieux, le chemin du 20 janvier et du 5 février 2009  et la prochaine fois, aller encore plus loin et mieux !