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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1060 du 14 janvier 2012/Page 4

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Etats-Unis : Mumia Abu Jamal a quitté le couloir de la mort.

Après 30 ans de bataille juridique, Mumia Abu Jamal et ses défenseurs ont obtenu l’annulation de sa condamnation à mort. En effet le 16 décembre 2011, le procureur de Philadelphie a commué la peine de mort en prison à vie. Il a écarté une autre décision de justice qui prévoyait la convocation d’un nouveau jury. Mais ce nouveau jury  ne pouvait décider que d’une nouvelle condamnation ou la prison à vie.
La justice américaine tout en reconnaissant des irrégularités de procédure n’a pas remis en cause l’affaire sur le fond et a toujours considéré Mumia comme le meurtrier du policier Faulkner. Elle a refusé de tenir compte des irrégularités les plus graves, en particulier celles qui mettent en cause l’impartialité du juge Sabo qui en première instance a condamné Mumia. Ce juge faisait partie d’une organisation raciste « L’ordre fraternel de la police » et a été dénoncé par sa greffière qui l’a entendu dire avant le procès : «Nous allons les aider à faire frire ce nègre ». L’acharnement judiciaire dont a été victime Mumia prouve bien que la justice américaine a voulu faire payer à ce journaliste noir son appartenance aux Black Panthers et ses dénonciations contre le racisme et les violences policières.
C’est à la mobilisation internationale sans relâche que Mumia doit sa vie. S’il n’avait pas bénéficié d’un tel soutien il y a longtemps qu’il aurait été exécuté comme tant d’autres. Rappelons qu’il n’y a pas longtemps que Troy Davis a été exécuté alors qu’il clamait son innocence.
Toutes les organisations qui ont soutenu Mumia considèrent cette première libération comme une victoire et n’ont pas l’intention d’abandonner le combat jusqu’à sa totale liberté.
La justice américaine continue cependant de s’acharner contre Mumia. Dans la prison où il a été transféré, Mumia reste toujours dans une cellule isolée comme dans le couloir de la mort. Il n’a pas de contact avec la population carcérale. Il ne peut voir librement ses amis et ses parents, étant séparé  d’eux par une vitre. Mais il est aussi déterminé qu’il l’a été depuis sa condamnation à mort il y a 30 ans. Et il a déclaré qu’il continuera de se battre pour son entière liberté.
 
 
 
 
 
 
 

Réunion Publique de Combat Ouvrier
Vendredi 27 janvier 2012 A 19H

BAIE- MAHAULT au réfectoire de Belcourt (en face de l’école Cora Mayeko).
3 Thèmes :
«  La crise du capitalisme, une menace grave pour toute l’humanité »
«  Les travailleurs et la population de Guadeloupe face à la situation économique, sociale et politique actuelle du pays »
« Pour la création d’un Parti révolutionnaires des travailleurs communistes »
Les exposés seront suivis d’un débat.
 

Haïti : Deux ans après le séisme, une situation dramatique pour les pauvres

Choléra et  Boat people
Deux ans après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a fait plus de 200.000 morts, la situation de la population laborieuse se dégrade toujours plus. Les tentatives de certains boat people qui cherchent à rallier les USA sont des échecs comme  au mois de décembre où 45 personnes ont péri sur les 160 qui tentaient de rallier la Floride sur une embarcation de fortune. Le choléra s’est définitivement installé au sein de la population pauvre, 200 nouveaux cas sont déclarés chaque jour et les fortes  pluies provoquent des flambées dans les zones touchées ou dans les camps de sinistrés. Plus de 50 % des débris ont été enlevés, mais d'autres restent bien visibles dans les rues de Port-au-Prince ; près de 70 % de la population laborieuse n’a toujours pas d'emploi, ni accès à des services de base. Dans environ 650 écoles, des constructions en préfabriquées ont été installées par des ONG  (organisations non gouvernementales) c'est-à-dire les organisations  humanitaires.
 
Aucune politique sérieuse de relogement
Martelly, le président, débute l’année par un coup médiatique mettant en avant une campagne dite de relogement des sinistrés. Il s’agit en fait d’une campagne de nettoyage des places publiques avec déguerpissement des sinistrés des camps  où s’entassent toujours près de 500.000 personnes sous des tentes ou des abris de plus en plus délabrées.
Après le séisme, ce sont d’abord les habitants eux mêmes qui se sont débrouillés seuls bien avant que les ONG n’apportent des tentes et mettent en place des latrines et l’approvisionnement en eau.  Ce sont ces mêmes ONG qui ont mis en place les centres de traitement contre le choléra remplaçant les gouvernements défaillants dont le principal but était de rétablir l’ordre, d’empêcher d’éventuels soulèvements, et de maintenir la population pauvre au travail.
Parmi les sinistrés de la zone métropolitaine ceux qui avaient la possibilité de trouver un hébergement dans une famille en province ont quitté le camp, ceux dont la maison n’était que fissurée ont pu faire des réparations provisoires et ont, malgré la peur de l’effondrement, réintégré ce logement. Ceux qui  ont pu être pris en charge par une ONG pour s’inscrire dans un programme de relogement ont pu aller dans les camps de logement provisoire.
 
« Déguerpissement » mais pour aller où ?
Lors de son élection Michel Martelly avait fait du relogement une de ses actions prioritaires. En fait de relogement il s’agit de déplacer les sinistrés des places publiques pour qu’ils ne soient plus aussi visibles et réintègrent les quartiers populaires dont ils avaient été chassés par le séisme. 
Ce programme de «déguerpissement» des sinistrés avait déjà  commencé quand les ONG se sont retirées progressivement des camps, durant l’année 2011, en ne finançant plus la distribution de l’eau ni l’entretien des latrines. Cela a amené une augmentation du prix de l’eau et une aggravation des conditions sanitaires avec  une recrudescence de cas de choléra dans certains camps.
Le gouvernement prend le relais en organisant ce déguerpissement de façon systématique. Des chefs de camps reçoivent une somme permettant de donner 20.000 gourdes, à peu près 400 euros, à chaque  famille. Celles-ci signent un reçu et leurs tentes sont détruites sur le champ. A elles de trouver un lieu à louer pour se loger, dans le quartier populaire d’à côté ou de partir en province.  
La promesse de création de logement n’a pas été tenue. Aucun gouvernement jusqu’alors n’a lancé de plan de reconstruction générale. On observe seulement quelques réalisation ici où là. Les quelques milliers de maisonnettes provisoires construites par les ONG n’ont pas suffit à reloger les centaines de milliers de sinistrés. Ceux qui sont expulsés vont grossir les bidonvilles déjà existant au bas de la ville, à Cité Soleil, ou étendre des zones d’habitations précaires comme à Pétionville où les possédants se sont déplacés plus haut ou comme à Tabarre autour de la résidence d’Aristide.
 
Les ouvriers pressurés
Mais qu’ils soient dans des logements provisoires ou bien sous les tentes, les ouvriers des entreprises de la zone industrielle de Port au Prince n’ont eu aucun répit. Dès la réouverture des entreprises ils sont retournés au travail dans les entreprises de confection avec toujours le même salaire, contraints de survivre avec  moins de 2 euros par jour. Les patrons des entreprises de la zone industrielle, comme les Apaid, Brandt ou Mevs ont engrangé des bénéfices alors que la situation se dégradait dans les camps et que le choléra faisait des ravages dans la population pauvre.
 
Les possédants haïtiens : Des charognards !
Après ces deux années, les  possédants haïtiens, qui ont crié à la faillite de l’économie nationale au lendemain du séisme, se retrouvent avec des bénéfices substantiels.  Après avoir récupéré une partie des aides internationales pour la reconstruction, ceux qui tiennent le marché de l’importation comme les Accra, Mevs ou Biggio ont augmenté leurs bénéfices en amenant une flambée des prix des denrées et des matériaux. Ce sont ces quelques familles bourgeoises qui exploitent la classe ouvrière haïtienne et renflouent les banques locales avec les apports des haïtiens de la diaspora. Ce sont eux qui font et défont les gouvernements, et  les présidents comme Martelly orientent la politique du gouvernement pour  servir leurs intérêts.

Jamaïque : Elections sur fond de misère et de corruption

Le 5 janvier 2012, Mme Portia Simpson-Miller a été nommée premier ministre suite aux élections législatives du 29 décembre qui ont donné la victoire à son parti le PNP : 42 sièges contre 21 au JLP qui était en place depuis 2007. Ces deux partis bourgeois populistes peu différents, le Parti National du Peuple (PNP) et le Parti Travailliste Jamaïcain (JLP) alternent au pouvoir depuis l’indépendance de l’île en 1962.
La situation de la majorité de la population est catastrophique : chômage, bas salaires, accès aux études et à la santé restreints à une petite couche de privilégiés. Le nouveau premier ministre a fait une campagne active s’adressant aux pauvres et leur promettant une vie meilleure.
Ce ne devrait pas être impossible à réaliser, malgré la crise mondiale, car la Jamaïque a des ressources non négligeables. Mais si les pauvres ont voté en majorité pour « Mama P » ce n’est pas par confiance dans ses promesses, mais surtout pour changer. En effet, pendant les 4 ans et demi où le JLP était aux commandes, 96 000 emplois ont été perdus, affectant environ 400 000 personnes sur les 2,7 millions d’habitants. L’augmentation annuelle de la pauvreté est passée de moins de 10% en 2007 à près de 18% en 2011. Beaucoup de témoignages indiquent que la population, les jeunes, particulièrement touchés par le chômage, ont peu d’illusions sur le PNP. C’est la même petite bourgeoisie qui dirige ces deux partis. C’est aussi certainement une des raisons de la forte abstention qui se chiffre à plus de 47%.
Mais tout indiquait quele JLP devait perdre. Sa politique économique était critiquée. La corruption de ses membres et leur arrogance (certains ministres ont insulté et méprisé plusieurs catégories de travailleurs : enseignants, infirmières, policiers..) sont apparues clairement pendant leur passage au pouvoir. Au point que le JLP a cru bon d’avancer de 9 mois les élections. Il y a été surtout amené suite à l’affaire Christopher « Dudus » Coke en mai 2010. Un des ministres JLP a été pris en flagrant délit de mensonge vis-à-vis de la population : le JLP protégeait ce trafiquant « Dudus » contre la demande d’extradition des USA et le gang de Dudus lui assurait 99% des voix aux élections dans son quartier Tivoli. Cette affaire avait entrainé la population à soutenir  les gangs contre police, dans une guerre de la capitale Kingston qui a fait 73 morts. Aujourd’hui la nouvelle Premier ministre promet de ne rien cacher : «Vous saurez tout ! ». 
L’expérience d’une nouvelle équipe au pouvoir qui ne changera rien au sort de la population permettra-t-elle aux travailleurs, aux chômeurs, aux pauvres de Jamaïque de savoir qu’ils ne peuvent compter que sur leur action indépendante, leur lutte contre les classes dominantes, pour arracher les conditions de vie décentes auxquelles ils ont droit ?