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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1059 du 17 décembre 2011/Page 3

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Guadeloupe : Marie-Galante, la mobilisation continue

Suite au succès de la mobilisation du 1 décembre à Marie-Galante et face au mépris des autorités – qu’il s’agisse de l’Agence régionale pour la Santé, des élus ou de la Préfecture –le collectif «Marie-Galante péyi doubout » soutenu par les organisations du LKP, par la CGTG et par Combat Ouvrier appelait à une nouvelle mobilisation le 9 décembre dernier.
Après un meeting dynamique, un millier de manifestants ont défilé sur les routes de l’île avant d’occuper la cour de l’usine de Grande Anse dans une ambiance bon enfant. Les dizaines de personnes qui s’étaient mobilisées depuis la Guadeloupe ont alors pu constater les conditions indignes dans lesquelles sont contraints de travailler les salariés de l’usine : «nou vlé on lizin nèf !» est une des revendications centrales de la mobilisation (en plus du maintient des services de maternité et de chirurgie dans l’île). Il est clair que les 2 millions lâchés par le Préfet et la nomination par la directrice de l’ARS d’un chirurgien pour une durée de 2 mois, le 8 décembres, cela très certainement dans le but de désamorcer le mécontentement, ne sont que des mesures symboliques, bien loin de répondre aux véritables aspirations des travailleurs et de la population Marie-Galantaise dans son ensemble.
Devant l’absence de réponse, le collectif « Marie-Galante péyi doubout » a appelé à renforcer la mobilisation. Déjà, depuis le 1 décembre, les manifestants dont beaucoup de jeunes occupent la place de la mairie baptisée « place du premier décembre ». Ils occupent aussi les locaux et la communauté des communes à proximité et y dorment.
Ils ont raison, mais l’arrestation de deux jeunes Marie-Galantais montre que les pouvoirs publics n’ont pas l’intention de lâcher quoi que ce soit sans un mouvement de grande ampleur. Finalement, le mieux serait encore que les travailleurs de tout l’archipel reprennent un jour le chemin de la grève de 2009.
           

 

Sainte-Lucie : Élections générales : Victoire du SLP (parti travailliste).

Les élections générales qui ont eu lieu le 28 novembre 2011 ont vu la victoire très nette du Saint Lucia Labour Party (SLP) face au Parti Uni des Travailleurs (UWP : United Workers Party) qui était au pouvoir depuis 2006. Le nouveau Premier ministre est maintenant Kenny Anthony, mais pas si nouveau que ça car il s’agit d’un vieux cheval de retour.
En fait, depuis l’indépendance obtenue en 1979, ces deux partis se sont succédé au gouvernement, pour des périodes plus ou moins longues. En 1997, Kenny Anthony, prenait les rênes du gouvernement jusqu’en 2006, en écartant John Compton (UWP). Ce dernier a pris sa revanche en 2006, mais décède en 2007 et est remplacé par Stephenson King.
Bien qu’ayant un nom faisant référence au mouvement ouvrier, aucun des deux partis ne défend réellement les intérêts des travailleurs.
 
 
L’île se trouve actuellement dans une situation économique et sociale difficile, aggravée par les effets du cyclone Tomas qui a fait 14 victimes et beaucoup de dégâts. Sainte-Lucie est peuplée de 180 000 habitants environ, pour une superficie de 620 km carrés (un peu plus du tiers de la Guadeloupe).
 La principale production est la banane, qui a beaucoup diminué, et le gouvernement essaie de compenser par le tourisme, mais cela reste insuffisant. Le pays est également classé en tant que paradis fiscal, mais cela ne rapporte guère à la population.
Dans son programme, le parti sortant UWP avançait comme argument qu’il avait «moins aggravé» le déficit public que le SLP : alors que ce dernier aurait doublé la dette, il ne l’aurait, lui, accrue que de 20% ! 
Les deux partis dans leur programme mettent la priorité sur une relance de l’économie en exonérant les entreprises au maximum, et par ailleurs ils se font forts d’accroître la répression en renforçant les services de police contre la violence et le trafic de drogue… 
La population a donc voulu sanctionner le parti au pouvoir en votant pour le SLP qui l’a nettement emporté par 11 sièges contre 6 à l’UWP, parti au pouvoir. Le résultat était exactement l’inverse en 2006.  Mais c’est probablement sans illusion.
D’ailleurs Kenny Anthony annonce la couleur : il n’y aura pas de journée fériée, comme il est de tradition après les élections. Selon lui, il faut prendre le pli dès maintenant car la situation est difficile.
Là comme ailleurs, tant que les travailleurs et la population pauvre en général ne prendront pas leurs affaires en mains, leur sort ne changera pas, les deux partis continuant à se succéder pour le plus grand bonheur de quelques capitalistes locaux et surtout du capital financier international, pour qui Sainte-Lucie permet de « blanchir » des capitaux d’origine souvent douteuse.

Guadeloupe : Réunion publique des jeunes autour de «Rebelle»

Le samedi 3 décembre, l’équipe du journal Rebelle ! dont font partie plusieurs militants de Combat Ouvrier organisait une réunion publique sur le thème « Jennès Gwadoup : ka pou nou fè alè ? ».
Une quarantaine de jeunes venus de trois collèges, six lycées et des deux sites universitaires ont débattu pendant deux heures de la crise et de son impact sur une jeunesse déjà sinistrée et des mouvements de révolte de la jeunesse dans le monde. Les autorités craignent de voir de tels mouvements éclater chez nous et les jeunes présents estimaient que c’est la raison de l’aggravation des brimades et du flicage dont ils font l’objet dans les établissements scolaires : « ils savent que leur société n’a rien à nous offrir, alors… yo ka pwan douvan avan douvan pwan yo ! ».
Plusieurs rendez-vous ont été pris pour agir dans les prochaines semaines sur les questions du chômage, de la sécurité – la vraie : normes sismiques, normes sanitaires, contraception, sida, etc. – des transports et du respect qu’ils attendent de la part d’une administration coupable du naufrage de l’école. Ils ont raison !
 
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Martinique : ESAT Bellefontaine : les salariés se font respecter !

Les salariés de l’ESAT(Etablissement et Service d’Aide par le Travail) de Bellefontaine ont tenu bon pour obtenir satisfaction à leurs revendications. Sur les 27 salariés de cet établissement médico-social, 21 étaient en grève depuis le 8 novembre contre des licenciements, mais aussi contre des sanctions financières illégales, des modifications inopinées de leurs plannings de travail et d’autres décisions prises en toute irrégularité contre eux et aussi contre les travailleurs handicapés qu’ils encadrent.
  Ils se trouvaient face à une nouvelle directrice butée, et soutenue par une présidente du conseil d’administration  autoritaire qui n’est autre que l’ancienne directrice du CHU de Fort de France.
Face au refus de ces responsables de faire aboutir leurs revendications, les grévistes sont restés déterminés. Ils se sont organisés en comité de grève et ont continué à camper à l’entrée de l’établissement. Ils ont eu le soutien des familles des travailleurs handicapés qui ont participé en nombre, à plusieurs réunions et conférence de presse au cours desquelles elles ont dénoncé certaines des conditions de travail de leurs parents handicapés, ou des détournements pratiqués sur leur maigre salaire et plus généralement le manque de respect dont ils faisaient l’objet. Malgré cela, les deux responsables continuaient à faire la forte tête, allant jusqu’à quitter les lieux en plein milieu d’une séance de négociation. C’est alors que les grévistes décidèrent de s’adresser directement à la tutelle, l’ARS (agence régionale de Santé). Le directeur de l’ARS a fini par écouter les propositions des salariés grévistes. Ceux –ci déclaraient que, conscients du préjudice subi par les travailleurs handicapés, ils étaient prêts à reprendre le travail, sans la directrice et la présidente du Conseil d’administration en question, qui s’étaient montrées toutes deux incompétentes pour la bonne gestion de ce type d’établissement médico-social.
 Le vendredi 9 décembre, soit après un mois de grève, un « mandataire ad hoc » a été désigné par le tribunal de grande instance et un document stipulant les conditions de la reprise de l'activité a été signé par les travailleurs de l’ESAT. Leur plateforme revendicative n’a pas encore étudiée et les négociations doivent reprendre dès la semaine prochaine avec le mandataire. Mais d’ores et déjà, ils ont pu faire l’administration les respecter. Les salariés de cette petite structure, en se montrant déterminés et en apprenant à diriger leur grève eux-mêmes, ont aussi gagné le respect d’autres travailleurs, notamment ceux des structures médico-sociales. Cette expérience leur servira assurément au moment de luttes futures.
 
D. H : A la reprise du travail prévue le mardi 13 décembre pour préparer les locaux au retour des travailleurs handicapés, les salariés se sont trouvés face à des blocages : coupure d’électricité, serrures changées, cuisine fermée. Le bras de fer avec la direction qui s’est vue désavouée n’est donc peut-être pas terminé ! Affaire à suivre.

Drones : l’armée nous prend pour cobayes

Aucun média officiel, aucun élu ne semble être au courant : des essais de drones (avions sans pilotes) ont été ou sont effectués au-dessus de Marie-Galante et du nord de la Martinique par l’armée française. Pour Marie-Galante, cela s’est passé du 20 novembre au 10 décembre, et pour la Martinique, les manœuvres sont en cours, du 12 décembre 2011 au 14 janvier 2012, comme en attestent les documents à destination des pilotes indiquant une zone réglementée, interdite d’accès pendant les essais.
On constate sur les cartes qu’il s’agit de zones habitées, puisque des communes comme Saint-Louis de Marie Galante, le Lorrain, Basse-Pointe ou Macouba en Martinique en font partie. Les essais ont lieu entre le sol et 3 000 pieds, soit 900 mètres.
Connaissant le penchant de l’armée française pour les « bavures » et autres « dégâts collatéraux », cela n’a rien de rassurant.
On peut surtout se demander pourquoi nous servons encore de cobayes : l’armée aurait pu choisir des zones quasiment vides du Massif Central ou mieux encore, s’entraîner au-dessus de la mer. Sans doute a-t-on préférer faire des essais sur des zones peuplées, le but de ces drones étant d’espionner ou de détruire des êtres humains, pas des moutons ou des poissons…Serions nous en temps de guerre ?
Récemment, le journal le Monde faisait état des craintes d’un général français à propos du développement incontrôlé des robots militaires. Apparemment, c’est chez nous qu’ils sont venus se faire la main…