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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1058 du 19 novembre 2011 /Page 4

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Sainte-Rose : Alexandre, « Bernus » Miatti ou une tranche d’histoire de la lutte des ouvriers agricoles

Alexandre Miatti, dit Bernus est décédé le 30 octobre à l’âge de 78 ans. Il a lutté durant plusieurs années contre la maladie sans perdre le moral et la bonne humeur qui était son trait de caractère particulier.
 
Des conditions  de travail harassantes
          Cet ancien ouvrier de la canne a connu la période où les usiniers se sont enrichis dans la région de Sainte Rose. Ces patrons usiniers exploitaient férocement les ouvriers agricoles qui travaillaient dans les champs de canne dans les pires conditions. Les salaires étaient très bas. Les femmes devaient couper 417 paquets de cannes dans une journée. Les coupeurs étaient payés à la tâche pour une surface donnée. Les ouvriers agricoles parcouraient plusieurs kilomètres à pied sans indemnité de transport. Bernus faisait partie de ces coupeurs infatigables qui se levaient tôt le matin. Il s’enorgueillissait  d’être le plus rapide coupeur de la région. Sa tâche vite terminée il s’empressait d’aller s’occuper de son jardin.
 
Comment l’usine volait les petits planteurs
Certains petits planteurs et colons possédaient quelques hectares plantés en cannes. Mais ils s’appauvrissaient pour enrichir les usiniers qui achetaient leurs cannes en les payant suivant la teneur en sucre. Les usiniers pouvaient facilement tromper le planteur car ils contrôlaient eux-mêmes la richesse en sucre. Ce vol organisé a entraîné la ruine des petits planteurs. Nombreux sont ceux qui devaient de l’argent à l’usinier à la fin de la récolte pour les labours et les engrais. Les petits planteurs ruinés devaient eux aussi travailler dans les plantations avant de couper leurs cannes.
 
La grande grève de 1971 dans la canne
Le mécontentement éclata au début des années 1970. Les ouvriers agricoles se mirent en grève pour des augmentations de salaire et de meilleures conditions de travail. Les petits planteurs réclamèrent la suppression du paiement de la canne à la richesse. Cette mobilisation dirigée par le syndicat UTA (Union des Travailleurs Agricole) et l’UPG (Union des Paysans Pauvres) s’étendit sur toutes les plantations. Ces deux organisations avaient été créées par des dirigeants indépendantistes qui étaient démissionnaires du GONG  (groupe d’organisation nationale de la Guadeloupe) indépendantiste. Les forces coloniales appelées les képis rouges quadrillèrent les champs pour s’en prendre aux responsables syndicaux. Bernus faisait partie des travailleurs qui furent mis en garde à vue durant plusieurs jours dans les locaux de la gendarmerie.
 
Combat –Ouvrier et Bernus dans la lutte, avec de nombreux travailleurs de la canne
C’est dans cette période que notre organisation, Combat Ouvrier, est entrée en contact avec les travailleurs de la canne et que Bernus s’est lié à nos camarades qui militaient dans la région. Avec d’autres ouvriers agricoles il diffusait le bulletin « Sab lévé » de Combat Ouvrier dans son «latylié» (atelier de canne, champ de canne des békés). C’est à cause de ce bulletin qui dénonçait les patrons usiniers que lui et d’autres travailleurs furent licenciés.
 
Les occupations de terre à Sainte Rose
En 1973 deux usines à sucre, Bonne Mère et Comté, ont fermé dans la région jetant au chômage de nombreux travailleurs. Les terres des usiniers restèrent à l’abandon. C’est dans ce contexte qu’une vague d’occupations de terres s’est étendue dans la région, contrôlée par l’UTA et l’UPG. Mais de nombreux ouvriers agricoles licenciés s’organisaient eux-mêmes pour occuper des terres. Bernus fut le premier à mobiliser les occupants de Conodor, petite section de Sainte Rose, pour occuper les terres laissées par les usiniers dans cette section. Les occupants ont dû se battre non seulement contre la répression judiciaire mais également contre les responsables de l’UTA et de l’UPG qui cherchaient à s’imposer comme les seuls dirigeants des occupations de terre à Sainte Rose. Mais c’était sans compter avec la détermination des occupants de Conodor. Non seulement ils surent défendre leurs terres mais ils ont soutenu d’autres occupations à Subercazeau à Béron.
Dans toutes les luttes qui se déroulèrent à Sainte Rose, Bernus était toujours présent. Il militait avec nos camarades et n’hésitait pas à leur venir en aide face à leurs adversaires. Jusqu’à sa mort il est resté fidèle à notre organisation. Il se faisait un plaisir d’être candidat sur nos listes électorales. C’est avec impatience qu’il attendait la  fête de Combat Ouvrier. C’est un camarade travailleur précieux que nous avons perdu. Nous penserons beaucoup à lui, particulièrement lors de notre prochaine fête en 2012. Nous adressons nos sincères condoléances à sa femme et à sa famille.
 
 
 

Mayotte : Suspension du mouvement de grève générale

Le mouvement de grève et les manifestations contre la vie chère qui ont secoué le département de Mayotte pendant 45 jours ont été suspendus dans la nuit du mardi 08 novembre dernier. Ce mouvement très dur, qui  paralysait depuis le 21 septembre ce tout nouveau département français de l’Océan Indien, a fait un mort et des dizaines de blessés dus à la répression policière. Mayotte est devenue département français mais la politique qui y est menée par la France est bien coloniale ; on réprime et on tue !
          Le négociateur, l’ex-Préfet D. Robin, dépêché à Mayotte par la ministre M. L. Penchard, fut selon ses dires, assez déçu de l’absence de l’intersyndicale et l’association de consommateurs qu’il attendait le jeudi 10 novembre pour la signature du protocole d’accord.  Ce protocole était pour lui, «à prendre ou à laisser ». L’accord proposait entre autres, une baisse du prix de la viande de bœuf de 10%, le prix de la tonne de sable de construction à 35€, le prix du gaz qui serait à négocier ultérieurement avec l’Etat. Après tant de sacrifices ces propositions étaient irrecevables pour les Mahorais. 
           Face au mécontentement de la population,  Soulaïmana Noussoura et Saïd Boinali, deux dirigeants de l’intersyndicale (pour ne citer que ceux-là) et les autres responsables du mouvement, ne se sont pas rendus à la signature du protocole. Ainsi, la grève générale est tout simplement suspendue jusqu’à nouvel ordre car rien n’est en fin de compte réglé.
          Les Mahorais doivent rester très vigilants face aux capitalistes locaux et leur allié naturel qu’est l’Etat français. Et surtout ils devront continuer à garder le contrôle de leur lutte.