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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1058 du 19 novembre 2011 /Page 2

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Martinique : A propos du grand CHU : les propos provocateurs de l’ARS

   Les réactions aux propos tenus par Christian Ursulet le directeur de l’ARS lors de la séance du Conseil Municipal de la ville de Fort de France du 27 octobre dernier, ont suscité une levée de bouclier des représentants des organisations syndicales de la Santé, mais aussi émotion et colère d’une bonne partie des agents hospitaliers.    
 En effet, présentant aux élus de la ville son plan du «grand CHU» par fusion du CHU de Fort de France, du CH Lamentin-Mangot Vulcin, et du CH de Trinité, le directeur de l’ARS a parlé de la nécessaire amélioration de l’offre de soins, mais aussi des déficits chroniques des établissements hospitaliers. Et devant des élus soucieux et quelque peu interloqués, il dressait pratiquement un réquisitoire contre les sources récurrentes de ces déficits.  
  Mais pour faire sa démonstration, M.Ursulet ne s’en est pas pris aux difficultés budgétaires venant de la baisse de près de 10 millions d’euros des budgets alloués aux hôpitaux de Martinique en 2011, ni au refus du gouvernement de majorer les dépenses d’un coefficient géographique correspondant au surcoût venant de l’éloignement, dès 2011. Il n’a pas parlé non plus des difficultés venant du manque de moyens financiers pour diminuer l’emploi précaire dans les hôpitaux. Il n’a pas parlé non plus du «trou» causé dans le budget des hôpitaux par les exonérations des charges accordées aux patrons par le gouvernement (298 millions d’euros d’après le rapport d’activité 2010 de la Sécurité sociale en Martinique), ni des 114 millions de dettes patronales vis-à-vis de cette même caisse. Il n’a pas dit que ces sommes si elles rentraient dans les caisses de la Sécurité sociale permettraient largement de résorber la dette des hôpitaux qui s’élève actuellement à plus de 257 millions d’euros.      
    Non ! Il s’en est pris avec insistance aux salariés, cherchant à jeter le discrédit sur eux. Avançant chiffres, ratios ou moyennes masquant le plus souvent des réalités très différentes ou même des projections qu’il serait bien compliqué de vérifier, Ursulet a été jusqu’à déclarer : «Avec nos effectifs, nous avons la capacité de prendre en charge une population de 2.5 millions d’habitants ». Puis, enfonçant le clou, il rajoute : à Trinité, nous avons 750 agents pour 180 lits…soit  beaucoup plus que «la norme nationale»… et  encore 24 sages-femmes ont assuré 597 accouchements en 2009 alors que «la norme» serait de 6 sages-femmes pour 1000 accouchements etc. et pour finir, qu’en laissant perdurer une telle situation : «Nous sommes tous des irresponsables» !  
   Les agents hospitaliers, tant ceux des services techniques, administratifs, et services de soins savent à quel prix, avec quel stress permanent, bon nombre d’entre eux assurent depuis de nombreuses années leurs fonctions. Absences non remplacées, impossibilités de prendre les congés comme ils en ont besoin, faisant souvent la double-vacation, «contre-poste», etc., palliant bien souvent au pied levé les conséquences d’une désorganisation venant du manque chronique de moyens et de la politique de favoritisme qu’une telle situation favorise.      
 Ils attendaient peut être plus de respect d’un directeur d’Agence Régionale de Santé, ancien syndicaliste en Martinique de surcroît.   
 Mais l’homme a en charge de faire rentrer la Santé en Martinique dans le nouveau costume étroit taillé par le gouvernement Sarkozy-Fillon -Bertrand, dans le cadre de la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires). Et pour cela, il le dit lui-même, il est prêt à «accepter toutes les injures, tous les crachats».   
Mais à force de tenir des propos blessants voire insultants à l’encontre des personnels, sans reconnaître que ces gouvernants demandent aux personnels de nouveaux efforts au nom de la crise capitaliste, Ursulet pourrait bien trouver en face de lui des salariés en crise, exigeant respect mais aussi des conditions de travail correctes et de l’emploi pour tous. Loin de donner de l’importance à de tels propos provocateurs, les agents auraient tout intérêt à se préparer pour ne pas continuer à être mangés tous crus… à la sauce tartare.
 
   
 

Guadeloupe : Errol Nuissier, «psy», ou auxiliaire patronal ! ?

               «  Il nous semble que le mouvement social du premier trimestre de 2009 (mouvement LKP) de part son jusqu’au-boutisme, ses slogans et surtout son incapacité à participer à la vie publique pour faire des propositions et participer à l’évolution des choses, a exacerbé d’une part la souffrance des relations interpersonnelles déjà présente dans le pays, a augmenté les incertitudes et les angoisses des populations les plus fragiles, a accru le mépris de nous-mêmes, a exacerbé le racisme et la xénophobie et au-delà de tout cela, a légitimé la libération sans contrainte, ni culpabilité, de la pulsion de destruction présente chez tout être humain normalement constitué. En effet, il nous a appris à nous haïr nous-mêmes, à cracher sur nos élus, sur nos chefs d’entreprise, sur les gens qui sont représentatifs de ce pays et à défier tout ce qui venait de la France.  »
Telle est une partie de  la contribution, d’Errol Nuissier, psychologue, expert auprès de la Cour d’Appel de Basse-Terre au 10ème Congrès des élus, axé sur la violence et l’insécurité  et tenu le 7 novembre 2011. Elle fut validée par les Conseils Général et Régional.    
Faudrait-il croire qu’avant LKP tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes ? 
On comprend pourquoi les radios et télés officielles, et le journal patronal France-Antilles ouvrent toutes grandes leurs portes à ce genre de  personnes.
Car derrière une soi-disant analyse psycho-sociale, ce monsieur fustige tout simplement les mouvements sociaux, les grèves et les luttes des travailleurs. Et partant, il méprise les dizaines de milliers de travailleurs et de membres de la population laborieuse qui ont participé au mouvement de 2009. Ce n’est pas LKP qui  a produit la masse des manifestants et des grévistes. Ce sont ces derniers qui ont fait de LKP ce qu’il a été à l’époque.  
Ces genres «d’analyses»  sont en réalité des prises de position politiques contre la grève générale de 2009 et tendent à faire porter devant la population, sur LKP,  la responsabilité des maux sociaux qui existent aux Antilles depuis des  dizaines d’années. Il  ne s’agit ni plus ni moins que de la poursuite d’une campagne anti LKP, anti grèves, anti ouvrière. Nuissier n’est donc pas neutre. En disant et répétant ces contre vérités et ce tissu d’inepties, il fait en réalité un choix politique et social clair : celui de la défense des intérêts patronaux, et de ceux des politiciens qui tel Lurel et d’autres ont pris position contre LKP et la grève générale.    
Cela dit, en étant près d e trois ans après le début de la grève générale aussi critiques et virulents contre LKP, Nuissier et ses complices idéologiques n’en cachent pas moins leur peur, la peur d’une réédition de janvier et février 2009.
Derrière LKP c’est le mépris envers les travailleurs et la population combative pour améliorer son niveau de vie qui s’affiche. Derrière  LKP, c'est  la peur des masses pauvres. C’est donc une position de classe.     
Car Nuissier, comme l’autre «psy», Spéronel, négociateur  des  patrons lors de conflits sociaux, ne sont que de petits supplétifs au service du patronat béké , des exploiteurs et de leurs commis politiques de droite et de gauche. Et ils ont raison d’avoir peur !
 
 
                                                                                                                      

Martinique : Avec la sympathie de la population, les jeunes tiennent tête à la police à Sainte-Thérèse . La préfecture recule !

Mardi 18 octobre au matin, l'épicerie «Fruits et légumes» (chez «Fabrice»), au quartier Sainte-Thérèse de Fort-de-France, n'ouvre pas. Rapidement le bruit court qu'il s'agit d'une fermeture administrative motivée par de fréquents rassemblements de jeunes à proximité immédiate du commerce, s'ajoutant à une licence «alcool» litigieuse. Quelques jeunes du quartier se regroupent, discutent, remarquent qu'il est vraiment injuste que le gérant subisse la fermeture pour des faits reprochés à eux... Parmi les badauds on soutient les jeunes : l'épicerie incriminée est un lieu de vie du quartier et l'épicier aide volontiers les clients dans la gêne. La fermeture est largement considérée comme abusive.
Durant l'après-midi le rassemblement a grossi. Quelques jeunes empêchent partiellement la circulation des véhicules sur l'avenue Maurice Bishop en mettant du feu dans des poubelles. L'intervention consécutive de la police, avec gilets pare-balles, casques et boucliers, fait monter la tension. Des échauffourées éclatent qui dureront jusque bien après la tombée de la nuit et plusieurs barrages seront dressés... Finalement, face à la colère des jeunes, la police préfère rebrousser chemin.
Le lendemain France-Antilles perd le sens des proportions, titrant en pleine page sur les «violences urbaines» et «l'émeute», et parle de «délinquants» ainsi que de la fermeture d'un «bar», au lieu d'une épicerie ! Mais, dans les jours suivants, le ton change. Sur six personnes jugées le vendredi en comparution immédiate, cinq sont relaxées. On évoque la possibilité d'une réouverture rapide de l'épicerie, qui sera effective dès le mercredi 26, à la grande joie du voisinage.
Visiblement on a senti en haut lieu, à la vigueur et à la rapidité de la réaction des habitants du quartier, que la situation pouvait devenir explosive. Le mécontentement contre chômage et vie chère est généralisé et bien réel. Dans ces conditions les autorités ont peur des réactions populaires ; et elles ont bien raison.
Cette flambée de colère à Sainte-Thérèse a déclenché des réactions révélatrices.
Le journal France-Antilles a été fidèle à lui-même en insultant les manifestants.
Pour la municipalité PPM, Catherine Conconne (responsable de la sécurité) s'est portée sur les lieux. Ses commentaires ultérieurs ne vont pas vraiment dans le sens de la solidarité avec ceux qui ont protesté : «J'ai revu février 2009» - et on sent bien que pour elle ce n'est pas une «vision» agréable - « ... on ne demande pas à un policier de jouer les assistantes sociales. Ce n'est pas son rôle. L'autorité est nécessaire, sinon c'est l'anarchie».
Du côté des policiers, l'intersyndicale a été effrayée, dès qu'elle a senti le recul de la préfecture, que celui-ci puisse signifier un désaveu de leur attitude musclée sur le terrain et donc qu'elle ait pu céder devant la pression de la rue. Pour ces policiers, le dernier mot doit rester à la répression. Elle a dit exiger du préfet, sous peine de recours au ministre de l'intérieur, l'assurance qu'il y avait eu effectivement nouvel examen du dossier.
Et le préfet a mangé son chapeau, ou plutôt envoyé un sous-fifre le manger à sa place. Le secrétaire général de la préfecture a développé, sans rire, les «éléments nouveaux» de l'affaire. Ils auraient, entre autre, réalisé le «caractère social» de l'épicerie et son gérant aurait garanti l'ordre public à proximité de son commerce.
La municipalité et la préfecture peuvent bien en rajouter en matière d'obséquiosité devant la police, cela n'efface pas qu'à Sainte-Thérèse, par leur réaction, ce sont les jeunes et de la population qui se sont fait respecter !
 
 

Martinique : l'hôpital public contaminé par des emprunts toxiques

Ci-dessous des extraits d'un article de Lutte Ouvrière (n° 2258 du 11/11/2011).


Ce ne sont pas seulement des villes et des conseils généraux qui ont souscrit des emprunts toxiques. La carte de France de ces emprunts établie par la banque Dexia, qui a été rendue publique par Libération, montre que de nombreux hôpitaux ont également recouru à ce genre d'emprunts dits «structurés» auprès de la banque Dexia. (...)
Soumises à des restrictions budgétaires de la part du gouvernement et confrontés à d'importants déficits budgétaires (...), les directions des établissements se sont lancées au cours des années 2000 dans des investissements destinés à regrouper les services pour faire des économies. Cette fuite en avant a été en partie financée par des emprunts.
C'est à la suite du désengagement de l'État et de son organisme financeur, la Caisse de dépôts et consignations, dont l'institution spécialisée dans le financement des collectivités locales et des établissements publics, le Crédit local de France, a été privatisée en 1991, que la banque Dexia a pris le relai. C'est en effet elle qui a absorbé le Crédit local de France et a repris son activité en constituant Dexia Crédit Local en 1996. Les relations établies auparavant par la banque publique ont ainsi permis à des requins de la finance de mettre la main sur le financement des collectivités !
Ces prêts à taux variables (des taux qui peuvent maintenant atteindre 15 %), joués sur les places boursières et qui rapportent gros à certains, s'avèrent être de véritables bombes à retardement qui vont plomber encore un peu plus les comptes des hôpitaux. La spéculation menace aussi directement la santé publique !
Ce sera une mesure de salubrité publique d'exproprier les banques.
 
Rien que pour les prêts ainsi souscrits entre 2007 et 2008 (37 millions d'euros) les données publiées chiffrent le surcout à supporter par le CHU de Fort-de-France à 10 millions d’euros….