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Archives de CO/CO de l'année 2012/CO n° 1069 du 22 mai 2012/Première page

Première page

Éditorial: Combat ouvrier et Lutte Ouvrière dans les élections législatives.

Cette semaine, la préoccupation des dirigeants politiques, c’est la passation de pouvoir entre Sarkozy et Hollande et ses conséquences. Pendant ce temps, le monde du travail continue à être confronté comme avant à l’ampleur du chômage, à la menace des plans de licenciements, à la dégradation du pouvoir d’achat. Les élections présidentielles passent mais la guerre du grand patronat contre la classe ouvrière est permanente.
Les grands partis politiques essaient de passionner l’électorat avec les législatives des 10 et 17 juin (9 et 16 juin aux Antilles). L’UMP tente de limiter les dégâts après l’échec de Sarkozy et de garder ses députés. Le Parti socialiste en appelle à nouveau au vote utile pour assurer à Hollande une majorité parlementaire.
On voit très bien l’enjeu de ces législatives pour les grands partis politiques. Il n’y en a pas, en revanche, pour les travailleurs. Pas seulement parce que l’Assemblée nationale n’a guère de pouvoirs. Mais aussi et surtout parce que, au-dessus du pouvoir exécutif comme au-dessus du pouvoir législatif, il y a un autre pouvoir : celui de l’argent, celui des grands groupes industriels et financiers qui ont fait la pluie et le beau temps sous Sarkozy comme ils continueront à le faire sous Hollande.
Ces élections législatives n’ont pas la possibilité de diminuer le pouvoir de l’argent, pas plus qu’elles n’ont celle d’améliorer le rapport des forces en faveur des travailleurs. Pour sauvegarder les conditions d’existence des salariés, des chômeurs, des retraités, il faudra imposer des mesures contraignantes qui empêchent le grand patronat de licencier, qui l’obligent à consacrer une partie de ses profits à sauvegarder les emplois et à augmenter les salaires. Cela ne pourra être imposé que par la force collective des travailleurs. Il serait vain de l’attendre de Hollande.
Les élections législatives permettent cependant aux électeurs de s’exprimer.
Combat Ouvrier et Lutte Ouvrière présenteront des candidats dans toutes les circonscriptions afin que ceux qui ont voté pour Nathalie Arthaud puissent confirmer leur vote et affirmer la permanence du courant communiste.
Au-delà de ces électeurs, nombreux sont les travailleurs qui sont d’accord avec les objectifs défendus par Nathalie Arthaud pendant la présidentielle. Ces électeurs ont jugé plus utile de voter pour Hollande dès le premier tour afin de se débarrasser de Sarkozy. Nous les appelons à profiter des législatives pour, cette fois-ci, voter selon leurs convictions et se prononcer pour l’interdiction des licenciements, la répartition du travail sans diminution de salaire, l’augmentation de tous les salaires et retraites et la suppression du secret industriel et bancaire comme un premier pas vers le contrôle des travailleurs et de la population sur les entreprises.
Pour les travailleurs, les questions vitales sont leurs emplois et le pouvoir d’achat de leurs salaires.
Même si Hollande était bien disposé à l’égard des travailleurs –ce qu’il n’a pas démontré-, il sera entouré d’hommes du grand patronat et soumis à la pression de la droite et de l’extrême droite. Il faut que les travailleurs montrent qu’ils n’accepteront pas que leurs intérêts soient oubliés.
Les candidats de Combat Ouvrier et Lutte Ouvrière ne sont pas des politiciens professionnels, ils ne se présentent pas pour faire carrière, ils vivent la vie des classes populaires. Ils militent pour le renversement du pouvoir du grand capital et pour mettre fin à l’exploitation et aux séquelles du colonialisme. Voter pour eux rappellera qu’une fraction au moins du monde ouvrier est décidée à imposer ses exigences au grand patronat et ne se laissera pas lanterner par le gouvernement. Voter communiste est aussi la façon la plus radicale d’exprimer son hostilité à la droite, serviteur affiché de la société d’exploitation.

Guadeloupe : A Gardel, les ouvriers reprennent le travail la tête haute

Zoom Les travailleurs de l’usine Gardel ont repris le travail samedi 05 mai 2012 après 3 semaines de grève. Dimanche 06 l’usine a broyé les cannes restées à terre avant la grève et le dimanche suivant les cannes fraiches ont recommencé à entrer.
 Les ouvriers se battaient pour obtenir l’application de la convertibilité de l’accord Bino. L’article 5 de cet accord prévoit que le bonus de 200 € net soit versé dans sa totalité par les employeurs, au terme des aides de l’Etat. Les travailleurs de Gardel avaient décidé de ne pas tenir compte de la prolongation de 9 mois des aides de l’Etat au patronat, jusqu’au 31 décembre 2012, et de réclamer la convertibilité à partir du mois d’avril 2012, comme prévu par l’accord. Ils avaient aussi déposé un cahier de revendications dans le cadre des Négociations Annuelles Obligatoires. Après plusieurs jours de grève, les planteurs de canne ont commencé à faire toutes sortes de pressions pour la reprise du travail. Les agriculteurs que la grève pénalisait, ont déversé des cannes dans les rues, tenté de bloquer l’entrée de l’usine, et ont été jusqu’à menacer de représailles les dirigeants du mouvement.
Dans cette grève, les ouvriers n’ont pas réussi à proposer une alliance entre eux et les petits planteurs contre l’usinier qui en laissant pourrir le conflit le laissait s’envenimer aussi ! Certains planteurs, les mieux lotis, et d’autres intervenants dans le secteur semblaient s’opposer à cette alliance.
Certains politiciens de gauche ont essayé de tirer partie de la grève pour tenter d’imposer leur présence dans la réunion de la commission de suivi et d’interprétation de l’accord Bino. Les ouvriers de Gardel avaient annoncé qu’ils accepteraient l’interprétation de l’article 5 que donnerait la commission. Mais après avoir crié sur tous les tons que cette réunion de la commission était indispensable au plus vite, les patrons ont renvoyé la prochaine réunion d’abord au 24 mai puis finalement au 4 juin 2012. Les ouvriers sont donc dans l’attente de la décision de la commission d’interprétation de l’accord Bino.  
La reprise s’est effectuée sur le gain d’améliorations dans le cadre des NAO. Les ouvriers ont obtenu une augmentation de 2,5% des salaires, une augmentation de 10% de la prime de transport, une amélioration de la valeur du ticket restaurant qui passe de 4 à 5€, une amélioration de la prime de départ à la retraite qui s’élève à 4 mois et demi du salaire pour un départ après 35 ans de service et de 5 mois pour un départ après 40 ans ; l’amélioration de la prime d’ancienneté pour un salarié qui totalise 40 ans de présence dans l’entreprise. Cette prime est revalorisée à 27% du salaire brut.
Un goût amer demeure parmi les salariés car les 17 jours de grève n’ont pas été négociés. Les ouvriers ont bien conscience que la grève de Gardel aura été le fer de lance de la grève débutée le 10 mai pour l’application de la convertibilité dans plusieurs entreprises. La signature du protocole d’accord doit avoir lieu mercredi 16 mai. Les dirigeants syndicaux ont décidé d’essayer d’arracher le paiement d’une partie sinon de tous les jours de grève.

Martinique : Les employés de l’hôtel «La Baie du Galion» en lutte contre les menaces de licenciement de 25 d’entre eux.

Depuis la semaine dernière, les 33 employés de l’hôtel situé à Trinité, sont mobilisés contre les menaces de licenciements qui pèsent sur 25 d’entre eux. Car Patrice Fabre, le patron de la chaine Karibea dont fait partie «La Baie du Galion» a l’intention de transformer cet hôtel en résidence hôtelière. Le prétexte c’est qu’avec la crise, il y aurait un ralentissement de la fréquentation et que l’affaire ne serait pas suffisamment rentable selon lui. Pourtant, le tourisme est présenté depuis des années par les responsables politiques comme étant le secteur essentiel pour l’activité économique et l’emploi.
Quel contrôle les travailleurs ont-ils sur la marche de cette entreprise ? Ont-ils eu accès à ses comptes, à tous les comptes. Ceux de cette année mais aussi ceux des années précédentes ? Où les bénéfices antérieurs ont-ils été investis ? Et l’argent investi dans les onze autres hôtels de la chaine Karibea en Martinique et les quatre de Guadeloupe, indiqués sur le site du groupe ? Sans remonter à l’argent amassé par le groupe Fabre du temps où il provenait de la sueur des ouvriers de la banane jusqu’aux années 1980 ! Ce sont des questions auxquelles les travailleurs mobilisés en nombre exigent d’avoir des réponses.
P. Fabre ne cherche-t-il pas tout simplement à profiter du prétexte de la crise, pour réorganiser son groupe et continuer à engranger encore plus d’argent ? Et de faire les salariés payer les conséquences de cette réorganisation en licenciant 25 d’entre eux ?
Une telle mesure  avec le licenciement des ¾ du personnel est scandaleuse et inacceptable. Son scénario ne passe pas.
Le 4 mai dernier, avec le syndicat CDMT, les employés ont dénoncé publiquement les projets de leur patron. Ils ont fait une «opération molokoy» entre le quartier de Tartane et la ville de Trinité. Arrivés dans la ville, ils ont manifesté aux cris de «Manscour, au secours». Le député maire de la ville les a bien sûr assurés de son appui. Il a aussi rappelé que ce patron avait pu bénéficier d’aides de la Région. Mais les employés savaient qu’ils n’avaient rien à attendre de plus de cet homme politique, respectueux de l’ordre établi et du pouvoir des riches.
Les 33 employés continuent à se mobiliser avec leurs camarades des autres hôtels du groupe Karibéa. Conscients qu’ils ont contribué par leur travail à enrichir la famille Fabre, ils n’acceptent pas de voir P. Fabre jeter 25 d’entre eux à la rue, pour remplir  encore plus son coffre fort. Ils ont bien raison et doivent avoir le soutien des autres travailleurs pour empêcher tout licenciement.