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Archives de CO/CO de l'année 2011/CO n° 1054 du 24 septembre 2011/Page 4

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Etats-Unis : Troy Davis de nouveau menacé d’exécution.

          L’Etat de Georgie aux Etats Unis, a fixé la date d’exécution de Troy Davis au 21 septembre. C’est la quatrième fois que ce Noir américain est menacé de mort. En 2008 c’est à quelques heures de son exécution qu’il a bénéficié d’une suspension de peine. Troy Davis est accusé d’avoir tué un policier blanc en 1991
 
Cela fait 20 ans qu’il se trouve dans le couloir de la mort et qu’il clame son innocence. Malgré des irrégularités dans la procédure et les doutes qui existent autour des preuves, la rétractation de sept témoins  et le fait que plusieurs jurés qui avaient voté pour sa culpabilité, sont revenus sur leur position, affirmant qu’ils avaient subi des pressions de la part des policiers pour voter pour la culpabilité de Davis, la justice américaine le juge coupable. Pour certains, le coupable est celui-là même qui était allé dénoncer Troy Davis à la police.
 
C’est grâce au soutien international que Davis a échappé jusqu’ici à la mort. Une pétition a été adressée au comité de grâce de Georgie. Cette affaire a des similitudes avec celle de Mumia Abu Jamal. Ce dernier attend toujours d’être fixé sur son sort.   L’Accusation a fait appel de la décision de la Cour d’Appel de Philadelphie qui a réclamé un nouveau jury pour décider de l’exécution ou de la prison à vie
 
Aux Etats-Unis quand on est pauvre et surtout qu’on n’a pas les moyens de payer des avocats de renom, on peut être condamné et parfois à mort,  même si l’on est innocent.
DH : La grâce ayant été refusée, Troy Davis devrait être exécuté le 21 / 09 /11.
 

Haïti : Viol d’un jeune Haïtien par les militaires Uruguayens de la MINUSTAH.

Le 24 août une vidéo circulant sur le net montrait des casques bleus violant  un jeune Haïtien au milieu des rires. C’est ainsi que la population et les parents de la victime ont appris que 4 militaires uruguayens du contingent de la MINUSTAH (Mission des Nations Unies pour la Stabilisation en Haïti) basée à Port-Salut avaient abusé sexuellement d’un jeune garçon de 18 ans. Les faits s’étaient produits un mois plus tôt, le 24 juillet, le jeune homme qui pensait être leur ami a été pris dans un traquenard, battu, puis violé alors qu’un des militaires filmait la scène qu’il allait ensuite faire circuler parmi son contingent.
 
Les sévices ont été reconnus par les médecins haïtiens mais le juge qui a ouvert une enquête et demandé d’entendre les soldats uruguayens n’en aura pas l’occasion puisque les soldats ont été rapatriés le week-end  dernier.
 
Le gouvernement uruguayen a porté plainte devant la justice du pays contre ses quatre Casques bleus, le chef du bataillon uruguayen en Haïti a déjà été rappelé par le ministère de la Défense. Le ministre uruguayen de la Défense quant à lui a présenté ses excuses à Haïti. Il a également précisé que son gouvernement prendrait «les sanctions maximales» et ferait en sorte de dédommager la victime. Le chef de la Minustah, a aussi présenté des excuses au gouvernement haïtien et promis de renforcer la discipline au sein de la mission onusienne. Beaucoup de palabres en tout cas.
 
Le président d’Haïti, Michel Martelly a condamné, «cet acte qui révolte la conscience nationale» et a demandé un «rapport détaillé rétablissant l'exactitude et les circonstances des faits». Il ne pouvait pas faire moins.
 
La Minustah, compte 12 000 hommes en uniforme, depuis le séisme de 2010, dont 900 pour le contingent uruguayen. Malgré les affirmations répétées des délégations de l’ONU, la population découvre que l’objectif des forces de sécurité de l’ONU en Haïti  n’a jamais été de soutenir la population. Elles ont amené dans leurs « bagages » les mœurs et exactions des forces d’occupation. Autour des casernements des militaires il se forme une petite société de trafic où les soldats sont omnipotents ; avec leur argent ils peuvent tout acheter et se permettre tous les trafics et abus face à une population démunie.
 
Le crime de Port Salut est un de ceux qui ont pu être rendus publics, mais le plus souvent les militaires se couvrent les uns les autres. En fait, depuis leur arrivée en Haïti plusieurs agents de la Minustah ont été impliqués dans des cas de viol, de vol ou de violences arbitraires qui sont restés impunis.
          La réputation de la Minustah, une armée d’occupation comme toutes les autres,  est en chute libre et la mission, depuis longtemps, n'a plus de contact avec la population sinon au bout du fusil. L'affaire de viol du jeune de Port Salut par des soldats uruguayens est une de trop.
          Des centaines d'Haïtiens ont manifesté le 14 et 15 septembre, à Port-au-Prince, pour réclamer le départ des Casques bleus. La manifestation a donné lieu à des affrontements entre la foule et la police haïtienne devant le palais présidentiel. Des manifestants ont notamment lancé des pierres sur les policiers, qui ont répliqué avec des tirs de gaz lacrymogènes.
          Le président M. Martelly a estimé pour sa part que la mission de l'ONU en Haïti qui «contribue au maintien de l'ordre dans le pays depuis 2004 devait rester en attendant qu'une force nationale puisse prendre la relève». Derrière les paroles du nouveau président, apparaît sa principale préoccupation : la protection des intérêts des  bourgeoisies locale et internationale.

Lybie : Le nouvel eldorado

          Des réserves pétrolière estimées à 40 milliards de barils et dont Total espère emporter un beau morceau, Vinci qui vise les marchés des transports et de l’eau ainsi que la reconstruction de la tour de contrôle  de  l’aéroport de Tripoli, Bolloré qui veut la gestion du terminal à conteneurs du port de Misrata, Airbus qui guigne de nouvelles commandes  pour remplacer les appareils endommagés ou détruits et veut livrer vingt A 320 et A350 commandés en 2007. Quant à Dassault, il veut vendre les 17 Rafales que Sarkozy disait avoir placés à Kadhafi : ce sont ces gens là que N. Sarkozy, endossé de son costume de libérateur des peuples, est parti défendre lors de sa visite éclair en Lybie !
Parce que la guerre a commencé entre les groupes industriels et financiers pour le partage du gâteau libyen, ce voyage sert à rappeler aux dirigeants du CNT (comité national de transition) que ce sont  les Etats ayant soutenu les insurgés qui doivent être les premiers servis.  En effet la concurrence entre les Etats, pour ne pas être oubliés dans la distribution des contrats, est rude. Et le voyage des chefs de gouvernements français et britannique est là pour rappeler qu’ils furent les plus en pointe dans le soutien militaire aux insurgés, et qu’ils comptent  tailler la part du lion pour leurs bourgeoisies respectives. Par la voix de Juppé, le gouvernement français a d’ailleurs tenu à rappeler que « c’est nous, la France et la Grande-Bretagne, qui avons fait le job» !
400 entreprises françaises sont déjà dans les « starting blocs », car  l’argent de la reconstruction  est estimé à 150 milliards de dollars ! Et en effet, comme Juppé l’a également fait remarquer, le coût de l’intervention française, 1 million d’euros par jour, « est aussi un investissement sur l’avenir ». Le déplacement de Sarkozy en Lybie marque la volonté du gouvernement d’avoir ce retour sur investissements  au nom de sa bourgeoisie.
La concurrence des puissances occidentales pour encaisser les dividendes de la guerre est d’une brutale indécence. Elle s’opère alors que la population libyenne subit encore les horreurs de la guerre, que les libertés démocratiques pour lesquelles elle s’est battue sont loin d’être assurées à cause de la remise en selle des anciennes forces de répression. La volonté  de Moustafa Abdeljalil, le principal dirigeant du CNT libyen, est de faire de la loi islamique de la charia « la principale source » du nouveau  droit libyen !
Mais  il est vrai que les conditions d’existence de la population libyenne et les libertés démocratiques sont le dernier des soucis des grandes puissances.